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Full text of "Histoire de Florence"

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HISTOIRE 


toi 


FLORENCE 


OUVRAGES  DU  MÊME  AUTEUR 


JérôflM  Savonarol*,  m  t1«,  ••■  prédioatUm*,  ■•«  éoiiU.  Oufnige  couronne  par 
l'Acadimie  frtnçiase.  3«  édition.  1  toI.  in-12  (Haehetla). 

iMiu  MM  d«  révolatiM  m  Italto.  1848-1849.  1  fol.  io-lS  (Hachette). 

Attoaae  Merosl,  prévM  dM  marohaBda.  fr  édition,  dans  la  collection  municipale  de 
rUifltoira  de  Paris.  1  toI.  in4. 

■lalolra  da  la  UUdratara  Italianaa,  dapala  aaa  orifiaaa  Joaqa'à  noa  Jonra.  2«  édition. 
1  ToI.  in-li  (Delagrafe). 

Laa  aarlagaa  •apagnols  aona  la  régna  i'Baari  IV  ai  la  réganoa    da  Maria  da 
Médiola.  Ouvrage  couronné  par  l'Académie  française.  1  vol.  in-8  (Didier). 

L'igllaa  ai  l'Eut  an  rranea,  aooa  la  régna  d*Banri  rv  at  la  réganoa  da  Bfaria  da 
Médlala.  Ouvrage  couronné  par  l'Académie  française.  S  vol.  in-8  (Pedone-Laoricl) 

La  démooraUa  an  Franoa  an  mofan  âga.  Ouvrage  couronné  par  l'Acadéinie  dcb 
sciences  morales  et  politiques.  S"  édition.  S  toI.  in-li  (Didier).; 

itada  klatorl«M  aor  SoUy,  couronnée  par  l'Académio  française. 

IÉI01U8  LUS  A  L'ACADillI  DES  SCIENCES  lOIALES  ET  P0UT1Q0E8 

KT  msiais  dasis  »■  coMrru  aiiiDvt 

La  oomiaaaa  MathUda  da  Toaoana  at  la  Saint-lUéga  (1865). 

Un  proeéa  orImiBal  aoaa  la  régna  d'Henri  HT  (1867). 

La  dno  da  LanM  alla  ooor  d'Bapagna  aana  la  régna  da  Philippe  III  (1870). 

MioMira  eritlqoa  aar  l'aatanr  ai  la  oooipoaittoB  daa  Œooaomlaa  Royalaa  (1871). 


Tjpograpbio  Uhure»  rue  de  Fleurus»  9,  à  Paris. 


•  1 
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HISTOIRE 


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FLORENCE 


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F.-T.    PERRËNS 


Util 


TOME  SECOND 


PARIS 

LIBRAIRIE   HACHETTE  ET  C 

79,   BOULEVARD    SAINT-GERNAIM,    79 

i877 
ÙroitM  (to  proprièCé  et  de  tnutucUon  féMrvés. 


nuToiu  DT,  rLOnxiiCE. 


HArtlËTTI:  tl  l- 


HISTOIRE 


DE 


FLORENCE 


LIVRE  IV 


CHAPITRE  PREMIER 

LE    GOUVERNEMENT    DES    GIBELINS 

—  1261-1«66  — 

Guerre  des  gibelins  de  Florence  contre  Lacques  et  les  guelfes  réfugiés  (1261). — 
Négociation  des  guelfes  avec  Gonradin.  —  Atermoiements  de  la  cour  d'Aile- 
magne.  —  TentatÎTe  des  guelfes  pour  rentrer  à  Florence  (26  septembre  1262). 
Occupation  et  abandon  de  Signa.  —  Campagne  des  gibelins  dans  le  val  d'Arno 
inférieur  (printemps  de  1263).  —  Traité  avec  Lucques.  —  Expulsion  des 
guelfes.  —  Ils  se  retirent  à  Bologne.  —  Ils  se  font  mercenaires  à  Modène  et 
à  Reggio  (1264).  -^  Ils  se  relèvent  progressivement.  —  Manfred  noue  contre 
eux  des  alliances.  —  Négociations  du  saint-sicge  pour  lui  susciter  un  rival.  — 
Charles  d* Anjou.  —  Lenteur  de  la  négociation.  —  Clément  IV  en  hâte  la  fin 
(1265).  —  Ses  emprunts  aux  banquiers  toscans.  — Armée  de  Charles.  —  Ar- 
rivée de  Charles  i  Rome  (mai  1265).  —  Il  jure  le  traité  (29  mai).  —  ^ou- 
velles  négociations  financières.  —  Accueil  fait  à  l'armée  française  en  Italie.  — 
Sa  marche  vers  Rome.  —  Elle  est  grossie  des  guelfes  toscans.  —  Agitation  et 
combats  en  Toscane.  —  Manfred  cherche  un  accommodement.  —  Bataille  de  Bé- 
névent  (26  février  1266).  —  Défaite  et  mort  de  Manfred.  —  Jugement  des 
Italiens  à  son  égard. 

Quoique  la  dominalion  gibeline  fût  matériellement 
établie  à  Florence,  les  courages  y  étaient  encore  frémis- 
sants. Il  ne  fallut  guère  moins  d'une  année  à  Guido  No- 

mST.   DE  FLOBOIGI.   —  H.  i 


â  GUERRE  DES  GIBELINS  DE  FLORENCE         (An.  1261) 

vello  pour  les  calmer  ou  les  réduire,  en  leur  faisant  sen- 
tir, par  Tappareil  de  sa  puissance,  Tinanité  de  toute  ré- 
bellion. C'est  seulement  en  septembre  1261  qu'il  se  crut 
en  mesure  de  traiter  la  province  comme  la  ville,  d'y  sou- 
mettre les  pacifiques  et  d'y  forcer  au  départ  les  belliqueux. 
Oter  à  ceux-ci  ce  voisin  refuge  de  Lucques  où  ils  répa- 
raient leurs  forces  et  préparaient  leur  revanche,  c'était 
en  somme  accomplir  du  même  coup  les  deux  parties  de 
cette  tâche,  caries  tièdes  cessent  d'être  à  craindre,  dès 
qu'on  écarte  d'eux  ce  qui  les  pourrait  échauffer.  C'est  donc 
contre  Lucques  que  Guido  Novello  entreprit  de  faire  cam- 
pagne. Aux  mille  cavaliers  allemands  dont  il  disposait, 
il  joignit  deux  mille  cavaliers  toscans,  et  «  une  grande 
foule  de  peuple  »,  composant  les  milices  à  pied^  Ayant 
enlevé  sans  peine  aux  Lucquois  Castelfranco  et  Santa 
Croce',  il  crut,  dans  son  impéritie  militaire,  que  l'ex- 
pédition ne  serait  qu'une  promenade.  Santa  Maria  a 
Monte'  le  détrompa  cruellement  :  trois  mois  elle  le  retint 
au  pied  de  ses  modestes  murailles.  La  famine  seule  lui 
ouvrit  les  portes;  encore  dut-il  acheter  la  soumission 
d'une  poignée  d'hommes  exténués,  en  garantissant  toute 
sécurité  aux  personnes  et  aux  biens.  Plus  graves  encore 
furent  les  difficultés  devant  Fucecchio*.  La  fleur  du  parti 


i  E  popolo  grandissimo  (Villani,  VI,  83).  C'est  ainsi,  dVdinaire,  sans 
prendre  la  peine  de  les  compter  et  d*en  donner  le  nombre,  que  les  chroni- 
queurs parlent  des  hommes  de  pied. 

*  Castelfranco  di  sotto,  val  d*Amo  inférieur,  rive  droite  de  TArno,  vica- 
riat de  Fucecchio,  évèché  de  Lucques.  —  Santa  Croce  même  pays,  patrie 
de  Lami  (Repetli,  I,  545,  V,  157). 

'  Val  d'Âmo  inférieur,  à  trois  milles  ouest  de  Castelfranco  (Repetti,  lU, 

71). 

^  Montecalvoli,  à  4  milles  ouest  de  Castelfranco  en  face  de  Pontedera, 
et  Pozzo  à  un  mille  de  Santa  Maria  a  Monte  (Repetti^  Ul,  330,  IV,  630)  se 


(An.  lS6i)  CONTRE  LDCQUES  ET  LES  GUELFES.  5 

guelfe  s'y  était  jetée,  pour  prévenir  la  chute  de  ce  boule- 
vard avancé.  Les  pluies  de  décembre  avaient  rendu  im- 
praticables les  alentours,  en  tout  temps  marécageux.  Un 
siège  d'hiver  n'étant  point  à  tenter,  Guido  Novello  n'es- 
péra plus  qu'en  un  prompt  et  hardi  coup  de  main.  Il  fit 
appel  à  tout  ce  que  Florence,  Pise,  Sienne,  Pisfoia  et  les 
autres  villes  de  son  parti  avaient  de  gibelins  disponibles  ^  ; 
mais,  après  un  mois  d'inutiles  escarmouches,  il  dut  re- 
brousser chemin'.  Jusqu'au  printemps,  il  se  voyait  con- 
damnée l'inaction,  triste  début  pour  le  hobereau  inca- 
pable, dont  l'aveugle  caprice  de  la  fortune  avait  fait  un 
comte  palatin,  un  capitaine,  et  le  départ  de  Giordano  un 
vicaire  général  du  roi  en  Toscane'. 

Cette  saison  de  répit  ne  fut  point  perdue  pour  les  guel- 
fes. Ils  reprirent  auprès  de  Conradin  la  négociation 
ouverte  en  1259.  Étrange  au  premier  abord,  elle  était 
logique  et  néci'ssaire.  Les  avances  deManfred  repoussées, 
il  ne  restait  plus  qu'à  se  tourner  vers  son  rival.  Il  fallait 
aux  vaincus  des  forces  et  un  chef.  Richard  de  Cornouail- 
les  s'était  dérobé  au  périlleux  honneur  de  l'être.  En  vain 
on  l'avait  convié  à  une  entreprise  contre  «  l'ancien  prince 
de  Tarente»  :  il  n'avait  aucun  goût,  disait-il,  à  conqué- 
rir le  royaume  de  la  lune*.  Il  préférait  faire  le  généreux 
en  ledonnantà  autrui.  A  l'investiture  du  duché  de  Souabe 


rendirent  après  la  chute  de  cette  dernière  ^lace,  mais  elles  n*avaiont  pas 
d*importance. 

*  E  furoiio  alla  detta  cotnpagnia  Pisani  e  Sancsî  c  Fiorentini  ghibellini  e 
Pistolesi  e  altre  terre  assai  (Simone  délia  Tosa,  i'iCI,  p.  199). 

«  Villani,  VI,  83.  Stefani,  H,  127.  Paolino,  U,  26.  Ammirato,  1.  II,  1. 1, 
p.  126. 

'  In  Tuscia  comitis  palatini,  nunc  regii  in  Tuscia  Ticarii  generalis  (Ca- 
leffo  vecchiOy  p.  465  v*.  Doc.  du  16  octobre  1264). 

^  Idem  est  ac  si  quis  diceret  :  Vende  Tel  do  tibi  lunam,  ascende  et  ap- 
prrhcnde  eam  (Matth.  Paris,  864,  cité  par  Saint-Priest,  I,  243). 


4  NÉGOCIATIONS  DES  GUELFES  (An.  1261 

et  des  terres  d'empire  qu'il  conférait  à  Conradin,  pour 
gagner  des  partisans  parmi  ceux  des  Hohenstaufen ,  il 
joignait  avec  une  libéralité  facile  le  titre  de  roi  de  Sicile 
et  de  Jérusalem  *.  Ce  n'était  qu'un  mot,  mais  ce  mot  rat- 
tachait Conradin  à  l'Italie,  justifiait  la  précédente  am- 
bassade des  guelfes,  en  autorisait  de  nouvelles.  Resserrées 
jadis  comme  dans  un  étau  par  la  formidable  puissance 
qu'exerçait  au  nord  et  au  midi  Frédéric  IF ,  Rome  et  la 
Toscane  portaient  avec  moins  de  crainte  leurs  regards 
vers  la  lointaine  Allemagne,  depuis  que  l'étau ,  violem- 
ment brisé  par  l'usurpation,  ne  pouvait  plus  les  écra- 
ser. 

A  peine  établis  à  Lucques,  Guido  Guerra,  capitaine 
des  fugitifs,  et  leurpotestal  Maghinardo,  comte  de  Pani- 
cote>  avaient  donc  envoyé  à  Conradin  Guido  Altoviti  de 
Florence,  «  syndic  et  ambassadeur  des  guelfes,  dont  les 
paroles  avaient  du  poids  et  les  actes  de  la  maturité.  » 
Deux  autres  Florentins  et  deux  Lucquois  l'accom- 
pagnaient'. Reçu  par  Louis,  comte  palatin  du  Rhin  et 
duc  de  Davière,  oncle  et  tuteur  du  jeune  roi,  Altoviti  lui 
exprima  l'ardent  désir  d'une  alliance  qui  amènerait  en 


»  Janvier  1257.  Cherrict,  m,  80. 

*  Pe**  nobilem  et  prudentem  virum  concivem  Testrum  dominum  Guido- 
iiem  Altoviti  de  Florentia,  sindicum  et  arnbasiatorem  Testiiim,  verbis  qui- 
dem  pondère  non  carentibus  et  gcstibus  maturitatem  persone  sue  deccnti- 
bus  (Lih.  mult,  epist.  Responsiva  ad  precedentem,  ap.  Cberrier,  III,  511, 
Append.).  Selon  Villani  suivi  par  Aminirato,  il  y  aurait  eu  deux  ambassa- 
deurs, Bonaccorso  Bellincioni  des  Adimari  et  Simone  Donati.  Peut-être  fu- 
rent-ils  envoyés  ultérieurement.  Selon  Mazzarosa  (I,  101),  les  Lucquois  au- 
raient aussi  envoyé  deux  ambassadeurs.  Quant  à  la  date  de  Tambassade, 
elle  n'est  pas  clairement  donnée  par  le  ms.  (actum  apud  Illuminestri  anno 
Domini  MGCdm  (sic)  viii  ydus  niaij),  mais  elle  résulte  des  paroles  de 
Villani.  Au  1.  VII,  cb.  83,  il  est  en  1261 ,  et  au  ch.  85  en  1262  (Panno  ap- 
presso).  Donc  au  ch.  84  consacré  à  Tambassade,  quand  il  dit  c  in  questi 
tenipi ,  »  il  parle  de  1 261 . 


(Ar.  1261)  AYlilG  GONAÂDIN.  5 

Italie  Gonradin  ou  un  délégué  de  sa  couronne,  c<  apte  et 
sufGsant^  o.  Dans  les  lettres  qui  furent  mises  sous  les 
)euxdece  prince,  les  guelfes,  ces  éternels  adversaires 
de  l'Àlleniagne ,  se  disaient  humblement  sujets  du  chef 
(le  l'Allemagne,  «  habitants  de  son  royaume,  torturés  par 
rinique  tyrannie  de  Manfred,  prince  de  Tarente*,  »  et  ils 
déclaraient  ne  faire  qu'un  avec  le  vaillant  peuple  de  Flo- 
rence '.  «  Quoique  la  témérité  des  ennemis ,  écrivaient- 
ils,  persiste  dans  ses  pervers  et  cruels  desseins,  leurs 
forces  déjà  presque  épuisées  seront  bientôt  réduites  à 
néant,  car  le  saint-père  nous  a  pris  ouvertement,  ainsi 
que  les  Lucquois,  sous  sa  protection  puissante.  Il  a  en- 
serré Manfred,  les  Siennois,  les  gibelins  et  tous  leurs 
fauteurs  dans  les  pénibles  liens  de  l'excommunication,  il 
a  soulevé  contre  eux  la  Marche,  le  duché  (de  Spolète),  le 
jardin  de  saint  Pierre.  Il  nous  a  envoyé  en  qualité  de 
légat  son  chapelain,  le  révérend  P.  Dom  Guala  deVer- 
ceil,  pour  nous  venir  en  aide  jusqu'à  la  confusion  finale 
des  ennemis.  Les  guelfes  d'Arezzo,  nos  alliés  et  nos  frères, 
tiennent  toujours  leur  ville  dans  votre  obéissance  et  ont 
chassé  leurs  gibelins.  Les  cités  de  Romagne ,  beaucoup 
de  terres,  de  princes,  de  barons  en  Toscane,  tiennent  pour 
nous.  Les  Lucquois  mettent  leur  puissance  à  notre  dispo- 
sition. C'est  pourquoi  nous  supplions  Votre  Sérénité,  en 

1  In  quantum  inhiantibus  et  ardentibuB  devotionis  vestre  desidcriis  nos- 
trum  felicem  adTentum  ad  partes  Italie  vel  alterius  ydonei  et  sufflcientis 
Icgati  nostri  per  omnia  laudabili  proposito  prcstolantes,  adnecti  et  uniri 
nobis  indissolubili  fédère  cupiatis  (Responsiva,  etc.,  ap.  Gberrier,  III,  511, 
Appcnd  ). 

*  YestrU  regnicolis,  iniqua  Manfridi  principis  Tarentini  tyranide  cru- 
ciatis  {lÀh.  mult,  epitt.  Pars  Guelfi  tcribit^  etc.,  ap.  Gberrier,  III,  509, 
Àppend.). 

'  Nos  et  strenuum  populum  Florentie,  euro  quo  unnm  et  idem  sumus 
(/Wd.,p.  509). 


6  PROMESSES  DE  œNRADIN.  (An.  1261) 

qui  réside  tout  notre  espoir,  devenir  en  Italie  broyer  l'in- 
solence de  vos  détracteurs  et  reconquérir  votre  royaume. 
Quand  on  saura  bien  que  vous  êtes  envie,  sans  grave 
effort  de  combat,  vos  ennemis  fuiront  de  devant  votre  face, 
la  multitude  de  vos  fidèles  se  jettera  à  vos  pieds,  tout  suc- 
cédera selon  vos  vœux,  et  jamais,  en  aucun  temps,  notre 
puissance  ne  vous  fera  défaut*.  » 

Dans  ce  langage  sans  dignité  pullulaient  les  assertions 
aventureuses.  En  fait,  la  résistance  d'Arezzo,  dont  on 
pouvait  prévoir  le  terme*,  était  de  peu  de  secours,  le  sou- 
lèvement des  villes  au  dehors  de  peu  de  réalité,  l'appui 
du  pape  de  peu  d'avantage,  et  les  efforls  des  guelfes  flo- 
rentins eux-mêmes  de  peu  d'effet.  Que  les  conseillers  de 
Conradin  en  eussent  le  sentiment  ou  qu'ils  jugeassent 
leur  prince  a  trop  petit  garçon  »  pour  s'embarquer  dans 
une  si  hasardeuse  entreprise',  ils  lui  dictèrent  des  dé- 
monstrations et  des  réponses  qui  payaient  les  ambassa- 
deurs de  leur  monnaie  de  mauvais  aloi.  Conradin  déclara 
qu'il  leur  ouvrait  ses  bras  comme  à  de  fidèles  amis,  qu'il 
les  prenait  «  sous  les  ailes  de  sa  protection  »  et  promettait  de 
les  défendre  \  Retirant  de  ses  épaules  un  manteau  doublé 
de  fourrures,  il  le  leur  donna  comme  gage  de  sa  promesse 
de  venir  au  plus  tôt  en  Italie  \  Mais,  ni  sa  mère,  ni  le 

*■  lÀher  muUarum  epistolarunij  Pars  guelfi  scribit  Conrado  II,  etc. ,  ap« 
Gherrier,  UI,  p.  510-511,  Âppend. 

*  Le  12  juin  1262,  Ârezzo  concluait  une  ligue  avec  Sienne  (Consiglio 
délia  Campana,  X,  41).  -  Malavolti  (part.  H,  1.  2,  r*  26,  29)  met  donc  à 
tort  en  1263  la  soumission  d'Arezzo. 

'  Trovarono  Curradino  si  piccolo  garzone  che  la  madré  non  accon!«ntl 
in  niuna  guisa  che  si  partisse  di  l^  (Villani,  VI,  84). 

*  Expansis  vos  totius  benivolentie  noslre  brachiis  tamquam  devotos  nos- 
tros  karissimos  amplectentes,  et  sub  alis  nostre  protectionis  et  defensionis 
nutricio  favoris  nostri  gremio  confoventes,  opem  vobis  et  auxilium  contra 
omnes...  (Lib,  mult,  epist.  Responsiva^  etc.) 

*  Villani,  VI,  183.  Mazzarosa,  I,  101. 


(Ah.  1261)         JOœ  ET  PRÉPARATIFS  DES  GUELFES.  7 

mari  de  sa  mère*  n'étaient  d'avîs  que  le  temps  en  fût 
venu.  Son  tuteur,  avec  l'autorité  de  sa  charge,  déclarait 
qu'en  tout  cas  il  convenait  de  prendre ,  avant  de  partir, 
l'avis  des  princes  d'Allemagne  et  le  conseil  des  autres  su* 
jets  *.  C'était,  à  y  regarder  de  près,  une  fin  de  non  recevoir, 
car  on  savait  sujets  et  princes  peu  disposés  aux  expédi- 
tions lointaines,  et  jaloux  de  garder  parmi  eux  leur  roi, 
arbitre  souverain  do  leurs  différends. 

Pleins  d'illusions  cependant,  et  avides  d'espérance,  les 
guelfes  prirent  ces  échappatoires  pour  des  promesses,  et 
se  résignèrent  au  retard.  Réunis  dans  l'église  de  San 
Frediano,  à  Lucques,  pour  entendre  le  rapport  de  leure 
ambassadeurs  et  la  lecture  des  lettres  royales,  ils  s'aban- 
donnèrent même,  en  voyant  le  manteau  de  Conradin,  à 
une  joie  folle,  comme  s'il  eût  été  une  arme  contre  l'en- 
nemi, ou  tout  au  moins  la  marque  certaine  que  le  roi  des 
Romains  serait  bientôt  parmi  eux.  Enhardis  par  ce  mi- 
rage, ils  formèrent  sur-le-champ  et  exécutèrent  bientôt  le 
dessein  de  marcher  sur  Florence.  Ils  réunirent  toutes  leurs 
forces,  accrues  d'un  corps  d'Allemands  que  les  Lucquois 
avaient  à  leur  solde\  Mais  les  sentant  insuffisantes  contre 
celles  dont  disposait  Guido  Novello  \  ils  attendaient  le 
succès  à  la  fois  des  intelligences  qu'ils  entretenaient 


'  Le  comte  Meinhart  de  Goritz,  frère  du  comte  de  Tyrol,  avait  épousé  la 
mère  de  Conradin,  le  6  octobre  1258.  Âmmirato  (1.  II,  t.  I,  p.  126)  dit 
sans  preuves  qu'elle  était  faTorable  à  l'expédition.  La  suite  prouvera  le 
contraire. 

*  Ih*ehabito  tamen  prius  principum  Alemaniae  et  aliorum  subdîtorum  nos- 
trorum  consilio  (Responshay  etc.,  loc.  cit.,  p.  512). 

'  Cum  Teutonicis  Lucensium  et  aliis  quos  habere  subsidiarios  undique 
potuenint,  convenerunt  in  unum  (Lettre  d'un  gibelin  toscan,  ros.  de  la 
Bibh  de  VAlhenœwn,  à  Turin,  publiée  par  Cherrier,  III,  507,  Append.). 

^  Cum  omni  prorsus  essent  ^lotentia  et  viribus  destituti  (Ibid.), 


8  TENTATIVE  DES  GUELFES        (An.  1262) 

dans  leur  patrie \  et  de  la  ruse  habilement  ourdie  d'une 
démonstration  pacifique.  Le  26  septembre  1262%  ils  se 
menaient  en  marche,  précédés  du  légat  apostolique,  et, 
s'il  en  faut  croire  une  relation  gibeline,  de  faux  moines 
portant  le  crucifix.  Les  femmes,  les  enfants  cheminaient 
avec  eux,  et  tous  ensemble,  sur  leur  loute,  ils  faisaient 
entendre  ce  cri  rassurant  :  La  paix  !  la  paix'  !  Leurs  actes 
ne  le  démentaient  point  :  ne  traiter  personne  en  ennemi, 
c'était  la  condition  première  pour  donner  quelque  chance 
au  plan  adopté^. 

Telles  n'étaient  point  alors  les  allures  de  la  guerre. 
Surpris  de  tant  de  douceur,  Guido  Novello  flaira  un 
piège  et  ne  s'y  laissa  point  prendre.  Avec  les  autres  ca- 
pitaines, il  mit  la  ville  en  état  de  défense  et  fit  appel  aux 
Pisans,  aux  Siennois,  aux  diverses  milices  de  la  taglia^.  Le 
8  octobre,  les  Siennois  ayant  envoyé  deux  cents  bons 
hommes  d'armes  «  contre  les  guelfes  et  les  Lucquois  qui 


*  Per  alcmio  trattato  che  haveano  in  Firenze  (Villani,  VI,  85).  Pertrat- 
tati  occultamente  tenuti  in  Firenze  (Ammirato,  1.  II,  1. 1,  p.  126). 

*  La  lettre  de  Turin  donne  la  date  du  26  septembre,  qui  est  par  consé- 
quent incontestable,  quoique  M.  Bonaïni  (loc.  cit.,  p.  267)  dise  février.  On 
ne  peut  savoir  où  il  a  pris  cette  date,  car  ni  Villani,  ni  Stefani  ne  donnent 
le  mois.  Quant  à  Tannée,  elle  n*est  pas  indiquée  dans  la  précieuse  lettre 
qui  nous  sert  ici  d'autorité,  mais  tous  les  auteurs  s'accordent  à  dire  1263. 
M.  Bonalni  n'est  pas  plus  fondé  à  prétendre  que  les  guelfes  partirent  douce- 
ment de  Lucques  la  nuit,  et  que  le  but  de  Texpédition  était  Signa.  Quanta 
M.  deCherrier,  il  la  rapporte,  contre  toute  vraisemblance,  aux  premiers  jours 
qui  suivirent  Texpulsion  des  guelfes  (El,  108,  109).  Ils  ne  pouvaient  son- 
ger à  rentrer  au  moment  où  ils  sortaient  par  terreur. 

'  Et  distponentes  sub  novo  malitie  génère  in  spem  simulate  pacis...  per 
stratam  directe  versus  Florentiam  cum  legato  Ecclesie,  falsis  fratribus, 
mulieribus  et  pueris  multis  premissis  cnicibus  et  vociferando  unanimiler 
pacem,  pacem,  dirigere  quasi  pacifice  gressus  suos  (Lettre  de  la  Bibl.  de  Tu- 
rin, loc.  cit.,  p.  507,  508). 

*  Et  ut  pacis  viderentur  auctores,  in  itinere  neminem  offendebant 
(Ibid.). 

>  Villani,  YI,  85.  Ammirato,  1262, 1.  0,  t.  I,  p.  126. 


(Ar.  1262)  POUR  RENTRER  A  FLORENCE.  9 

voulaient  entrer  dans  Florence*,  »  l'armée  gibeline  se 
déployait  aussitôt  au  dehors,  sur  une  étendue  de  cinq 
milles*.  Celte  démonstration  suffisait  pour  déconcerter 
Tennemi  et  lui  ôter  toul  espoir  d'une  surprise.  C'est  pour- 
quoi il  se  retirait  à  Signa,  distanle  de  sept  milles'^,  et 
occupée  par  lui,  non  sans  prévoyance,  dans  sa  marche  en 
avant.  La,  au  point  où  les  montagnes  s'écartent  juste 
assez  pour  livrer  passage  à  l'Arno  et  à  la  route*,  il  se  flat- 
tait de  tenir  bon,  en  attendant  une  occasion  meilleure,  et  de 
protéger  son  quartier  général  de  Lucques  contre  des  agres- 
sions prévues*.  Mais  tout,  en  ce  moment,  tournait  contre 
les  guelfes.  Ils  apprenaient,  le  lendemain,  queFrancesco 
Simplice*,  qui  se  parait,  comme  Guido  Novello,du  litre  de 
vicaire  général  en  Toscane,  venait,  avec  un  corps  de  cava- 
lerie, de  rejoindre  le  camp  gibelin,  et  qu'on  y  avait  résolu 
de  marcher  contre  les  émigrés,  de  les  attaquer  dans  leur 
fortes  positions  \  Ceux-ci,  menacés  par  devant,  l'étaient  en 
même  temps  par  derrière.  Les  milices  pisanes  s'ébran- 

'  Contiglio  délia  Campana,  X,  75  v*. 

*  Sed  nos...  munita  prius  civitate,  cum  florentina  militia  venimus  con- 
tra illos.  Quibus  risis,  fecirous  gentes  nostras  pcr  acies  ordinari  extra 
civitatem  per  miliarïa  quinque  (Lettre  d'un  gibelin  toscan,  ap.  Ghcrrier,  III, 
507,  Âppend.). 

'  Ainsi  dit  la  lettre  du  gibelin.  Selon  Ammirato,  six  milles, 
^  Yoy.  un  croquis  représentant  ce  défilé  dans  Elisée  Reclus,  Nouvelle 
géographie  universelle,  I,  408. 

*  Et  sic  dum  Tidissent  constantiam  gentis  nostre  intrepidam,  ad  susci- 
piendum  eos  taliter  ut  decebat,  ad  partes  alias  niutato  proposito  diverte- 
runt,  bospitantes  ea  nocte  apud  Signam  (Lettre  d'un  gibelin,  Ibid.). 

'  Ce  surnom  de  Simplice  était  aussi  porté  par  Bartolommeo  d'Anglano, 
frère  du  comte  Giordano  (Jordanum  et  Bartolomeuin  de  Aglano  dictos  co- 
mités.—(Lettre  de  Charles,  Lucques,  7  février  1268.  Cod.  dipL  delregno, 
t.  n,  part.  I,  p.  111.) 

Die  namque  sequenti,  adyeniente  summo  mano  D.  Francisco  Simplice 
regio  in  Tuscia  vicario  generali,  cum  strenua  militum  comitiva,  disposui- 
mus  hostiliter  procedere  contra  eos  (Ibid.), 


10  CAMPAGNE  DES  GIBELINS  (An.  1265) 

laient  à  leur  tour,  demandant  qu'on  les  attendit,  car  elles 
voulaient  leur  part  de  la  victoire*.  Ce  fut  le  signal  de  la 
débandade.  Poursuivis  dans  les  campagnes  par  la  cavale- 
rie, les  impuissants  défenseurs  de  Signa  éprouvèrent  de 
grandes  pertes*,  avant  de  rentrer  dans  Lucques,  où  ils 
ne  devaient  plus  longtemps  trouver  un  sûr  abri.  Stérile 
autant  que  prématurée,  cette  triste  expédition  avait  duré 
douze  jours'. 

L'hiver  fut  rude  pour  les  vainqueurs  comme  pour  les 
vaincus.  Il  fallait  payer  leur  solde  à  ces  ruineux  mer- 
cenaires que  le  mauvais  temps  autorisait  à  l'inaction, 
mais  que  la  prudence  ne  permettait  pas  de  congédier. 
Pourrefaire  ses  finances  épuisées,  Sienne  battait  monnaie 
sur  le  dos  de  ses  plus  riches  prisonniers  :  en  les  maltrai- 
tant, elles  les  contraignait  à  faire  venir  de  Florence 
diverses  sommes,  dans  l'espoir  d'un  sort  plus  doux*. 
Au  risque  des  foudres  pontificales,  elle  frappait  les 
clercs  eux-mêmes  d'une  taxe  exigible  moitié  tout  de 
suite,  moitié  à  la  Toussaint*.  Pise,  cependant,  har- 
celait de  ses  plaintes  les  chefs  de   la  ligue  gibeline. 

*  Et  cum  in  procinctu  itineris  jam  essemus,'  ecce  supenrenit  nuntius  Pi- 
sanorum,  etc.  (Ibid,) 

*  In  quorum  fu^  cum  per  diversa  et  varia  loca  diversim  et  Tarie  reces- 
{iissent,  percussores  nostri  équités  quos  pro  eis  retardandis  et  retinendis 
preinisimus  infeste  persequentes  ad  dampna  eis  in  personis  et  rébus  gra- 
vissima  iotulerunt  (Ibid,),  Cf.  Yillani  (YI,  85)  et  Ammirato,  1.  U,  t.  I, 
p.  126,  127. 

>  Stefani,  II,  128.  Les  chroniqueurs  rapportent  fort  inexactement  les 
faits  que  permet  de  rétiblir  la  lettre  du  gibelin,  témoin  oculaire,  à  ce  qu'il 
semble,  car  il  parle  toujours  à  la  première  personne  du  pluriel. 

^  Le  20  octobre  1262,  Sienne  faisait  un  choix  parmi  les  prisonniers,  elle 
les  mettait  c  aile  strettc,  »  elle  exigeait  d'un  certain  Bondone  di  Davanzo 
ou  Davanzato,  qu'il  fit  venir  2000  livres.  (Consiglio  délia  Campana,  X, 
80,81,82.) 

*  Le  19  octobre  1262  une  taxe  de  2000  livres  était  levée  dans  ces  con- 
ditions sur  le  clergé  (Ibid,)*' 


(Ah.  1263).  DANS  LE  VAL  D'ARNO  INFÉRIEUR.  11 

Inquiétée  par  Lucques  et  ses  hôles  remuants,  elle  récla- 
mait des  secours*.  Le  printemps  venu,  il  fallut  bien  Ten- 
tendre.  Guido  Novello  conduisit  son  armée  dans  le  Val 
d'Arno  inférieur,  et,  de  là,  au  pays  de  Lucques,  pour  y 
détruire  tours  et  châteaux.  Casliglione  tomba  bientôt 
entre  ses  mains*.  Lucques  lit  battre  ses  milices  et  les 
guelfes  florentins,  qu'elle  avait  envoyés  à  la  défense  de 
son  territoire.  C'est  dans  cette  rencontre  qu'apparaît  pour 
la  dernière  foisFarinata  des  Uberti.  Il  avait  fait  prisonnier 
Cece  Buondelmonti,  traditionnel  ennemi  de  sa  famille. 
Soit  pour  s'en  faire  honneur,  soit  pour  lui  sauver  la  vie, 
il  l'avait  mis  derrière  lui,  en  croupe  sur  son  cheval'.  Son 
frère  Piero  Asino,  dans  un  transport  de  brutale  violence, 
frappa  le  prisonnier  de  sa  masse  de  fer  sur  la  tête,  et  le 
tua  ainsi  sur  le  cheval  même  qui  l'emportait*.  Le  signal 
élnit  donné  d'une  guerre  sans  quartier,  résolue  à  abuser, 
comme  à  user  de  la  victoire.  Abandonnés  de  tous,  en  proie 
à  la  terreur,  les  châteaux  de  Nozzano,  de  Ponte  a  Serchio, 
de  Rotaja,  de  Sarzana,  succombent  à  tour  de  rôle  *.  Perdre 


*  A  la  date  du  51  octobre  1262,  on  trouve  trace  d'une  ambassade  des 
Siennois  auprès  du  pape  pour  procurer  un  accord  entre  Pise  et  Lucques 
(Connglio  délia  Campanay  X,  84  y*).  Les  événements  ultérieurs  prouvent 
<{ue  cette  démarche  dut  être  sans  fruit. 

*  Il  y  a  deux  localités  de  ce  nom  dans  le  val  de  Serchio,  Castiglion  di 
Garfagnana  et  Castiglion  dei  Lucchcsi.  C'est  de  ce  dernier  qu'il  s'agit  ici. 
Il  couvre  le  Serchio  en  face  de  Aipafratta.  C'était  un  château  frontière  (Re- 
petti,  I,  595,  597). 

'  Alcuno  disse  per  camparlo  (Yillani,  Yl,  86).  Ammirato,  plus  affirmatif, 
parce  que  l'histoire  de  Farinata  est  devenue  légende,  dit  sans  restriction 
c  per  camparlo  (1.  U,  1. 1,  p.  127).  » 

*  Les  mêmes  et  Stefani,  il,  129. 

^  Nozitano,  sur  la  rive  droite  du  Serchio,  presque  à  l'entrée  de  la  plaine 
de  Pise,  et  sur  une  hauteur  qui  sert  à  la  communication  du  Monte  Pisano 
et  du  Monte  ai  Quiesa  (Rep.,  III,  650).  —  Ponte  a  Serchio  était,  comme 
son  nom  rindiquc,  une  tête  de  pont,  en  face  de  la  colline  dite  d'Avano 
(Rep.,  IV,  522).  —  Rotaja  ne  figure  pas  dans  Repetti.  Serczzana  ou  Sar^ 


12         LES  GUELFES  CHASSÉS  DE  LDCQUES    (An.  1iG3) 

ainsi  leurs  possessions,  et,  pour  prix  d'une  hospitalité 
dispendieuse,  ne  trouver  dans  leurs  hôtes  aucun  secours 
efficace,  c'en  était  trop  pour  les  Lucquois.  Ils  cédèrent  à 
la  mauvaise  fortune.  Par  un  traité  secret,  ils  rachetèrent 
leurs  châteaux  et  leurs  captifs,  ceux  des  derniers  combats 
comme  ceux  de  Montaperli,  encore  nombreux  à  Sienne*. 
Ils  s'obligèrent  à  entrer  dans  la  ligue  gibeline,  à  recevoir 
un  vicaire  royal,  à  chasser  non  pas  leurs  propres  guelfes, 
mais  ceux  de  Florence  et  de  Toscane  *,  et  à  les  poursuivre 
partout  comme  ennemis  des  Siennois.  Ils  promirent  en  ou- 
tre de  restituera  Sienne  tout  l'argent  à  elle  pris  en  France, 
en  Angleterre  ou  ailleurs  par  le  légat  du  pape,  par  la 
commune  ou  des  marchands  de  Lucques,  le  soin  de  fixer 
Icschiffres  étant  laissé  au  vicaire  royal.  Ces  promesses, 
renouvelables  tous  les  cinq  ans,  devaient  être  insérées 
dans  les  constitutions  lucquoises  et  y  rester  à  perpétuité*. 
Ce  fut  pour  les  exilés  comme  un  coup  de  foudre.  Ils 
n'eurent  vent  du  traité  que  par  l'ordre  qu'ils  reçurent, 
sous  peine  de  la  vie,  d'évacuer,  dans  les  trois  jours,  le 
port  de  salut  \  Ils  ne  pouvaient  demander  un  sursis,  car 


zana,  dans  le  val  di  Magra,  à  la  base  méridionale  du  Monte  d'Armelo  ou 
des  CapucinSy  dans  une  plaine  riante  sur  la  route  de  Gênes  (Repetti,  Y, 
182). 

«  Stefiini,  II,  129. 

*  Senxa  cacciare  di  Luoca  nlcuno  cittadino,  guclfo  o  ghibellino  che  fosse 
(Villani,  VI,  86).  Cf.  Simone  deila  Tosa,  p.  100.  Stefaui,  II,  129. 

3  Documents  du  8  octobre  1264  et  du  20  juillet  1265  (Caleffo  vecchio, 
p.  462  V*,  465).  Le  témoignage  concordant  de  tous  les  auteurs  et  le  rap^ 
prochement  a^ec  d'autres  faits  ne  permettent  pas  de  douter  que  cette  négo- 
ciation et  ce  traité  soient  de  1265.  On  y  revint  à  plusieurs  reprises  comme 
c'était  Tusage,  et  comme  le  prouvent  les  deux  dates  de  1264  et  1265  don- 
nées par  le  Caleffo  vecchio. 

^Ma  ci6  con  tanta  segretexza  che  benchè  fusse  la  conclusion  di  questa 
pratica  menata  per  la  lunga  in  fino  alF  anno  1263  (Anunirato  parle  ainsi 
parce  qu'il  met  en  février  1262  Taffaire  de  Signa),  mai  di  ci6  non  per- 


(An.  1363).  SORTENT  DE  LA  TOS€\NE.  15 

les  compagnies  allemandes  approchaient,  et  hors  du  ter- 
ritoire de  Lucques  ils  n'avaient  plus  d'asile  en  Toscane  \ 
Tristement  ils  recommencèrent  leur  exode,  pour  gagner 
Bologne  à  travers  l'Apennin.  Des  femmes  nobles  suivaient 
à  pied  leurs  maris  à  cheval.  Elles  tenaient  leurs  enfants 
dans  leurs  bras,  ou  les  mettaient  prématurément  au 
monde  sur  les  pierres  du  chemin.  Plusieurs,  dénuées  de 
tout  moyen  d'existence,  livraient  leur  beauté  pour  un  gîte 
de  quelques  heures  ou  un  frugal  repas.  À  Bologne,  impu- 
nément guelfe,  grâce  à  son  épais  rempart  de  montagnes, 
ces  malheureux  respirèrent  enfin;  mais  trop  fiers  pour 
vivre  de  la  charité  publique,  beaucoup  continuèrent  leur 
route  :  ils  allèrent  au  loin,  jusqu'en  France,  chercher 
dans  le  travail  le  pain  de  leurs  familles,  et  dans  un  com- 
plet changement  d'habitudes  l'oubli  de  leurs  maux.  Là, 
propageant  les  industries  dont  la  pratique  ou  le  spectac.e 
leur  était  familier,  les' plus  vains  de  leur  antique  origine 
se  firent  marchands  ou  changeurs.  Dans  le  trafic  et  la 
banque  ils  réalisèrent  de  considérables  fortunes,  qui  leur 
permirent  plus  tard  de  faire  grande  ligure  à  Florence. 
C'est  grâce  à  leur  exemple  que  leurs  concitoyens  eurent  la 
hardiesse  et  contractèrent  la  coutume  de  se  répandre  dans 
toute  l'Europe,  hors  de  l'Europe  même,  jusqu'en  Asie  et 
en  Afrique,  pour  y  établir  et  y  entretenir  de  lucratives 
relations*. 

venne  odore  alcuno  a'  Fiorentini  (Ammirato,  1.  II,  1. 1»  p.  127).  Cf.  Stefan 
H,  129. 

'  Allora  erano  i  guelfî  di  Firenze  in  taie  slato  che  non  troTavano  terra 
che  gli  ritenesse  in  Toscan»  (Paolino,  II,  27). 

'  Ben  si  disse  per  molti  antichi  che  Tuscita  ch*  e'  guelfi  usciti  di  Firenze 
fccero  di  Lucca,  Âi  cagione  e  principio  délia  loro  ricchezza,  perciô  che  ail- 
hora  molli  usciti  Fiorentini  andarono  oUre  monti  in  Francia,  che  mai  non 
T^erano  usati,  onde  poi  moite  ricchezze  ne  tornarono  in  Firenze  (Villani, 
VI,  86). 


14  LES  EXILÉS  MERCENAIRES  (An.  1264) 

D'autres,  à  qui  manquaient  l'audace  ou  les  ressources 
pour  franchir  les  mers  ou  les  Alpes,  vécurent  misérable- 
ment en  Romagne,  ToBil  ouvert  sur  toute  occasion  de 
louer  leurs  bras  en  qualité  de  mercenaires.  Ils  ne  rece- 
vaient à  Bologne  qu'une  solde  insuffisante,  et  ils  en  rou- 
gissaient comme  d'une  aumône,  n'aspirant  qu'à  la  gagner 
dans  des  entreprises  militaires,  dont  ils  escomptaient,  en 
outre,  les  éventuels  profits.  Ainsi  les  proscriptions  civiles 
donnaient  naissance  à  ces  errantes  compagnies  d'hommes 
en  armes,  proie  du  plus  fort  enchérisseur,  et,  durant 
plusieurs  siècles,  fléau  de  l'Italie. 

C'est  Modène  qui,  la  première,  les  appela.  Ses  habi- 
tants en  étaient  venus  aux  mains  sur  la  place  publique, 
«  comme  c'est  l'usage  en  Lombardie,  »  dit  naïvement 
Villani*.  Battus  et  menacés  d'expulsion,  les  guelfes  de 
Modène  firent  appel  aux  Florentins  de  Bologne.  Au  nom- 
bre de  quatre  cents  environ,  ces  exilés  accoururent,  à  pied 
ou  à  cheval,  avec  ou  sans  argent*.  Ayant  tout  à  gagner  et 
rien  à  perdre,  ils  combattirent  en  héros  d'aventure.  Les 
gibelins  écrasés,  tués,  chassés,  dépouillés,  ils  se  trouvèrent 
dans  l'opulence  et  s'équipèrent  richement  :  or,  armes, 
chevaux,  rien  ne  leur  manqua  plus  '.  On  savait  ce  que  va- 
laient leurs  bras  :  Ueggio  y  fit  appel  à  son  tour.  Forese  des 
Adimari,  leur  chef,  sortit  avec  eux  de  Modène,  le  28  fé- 
vrier 1264*.  Des  guelfes  modenais  faisaient  partie  de  l'ex- 

'  E  coin*  è  usanza  nelle  iorre  di  Lombardia  di  comballere  in  sulla  pi- 
azza  (Villani,  VI,  187). 

'  Gon  danari  chi  ne  potè  avère  e  chi  sanz'  essi,  v^andarono  a  cavallo  e 
apiede(Stefani,  II,  130). 

*  Ë  guadagnarono  la  roba  de'  ghibellini  ed  arricchirono  (Slefaui,  loc. 
cit.).  Cf.  Villani,  Âminirato,  loc.  cit. 

Stefani  met  ces  deux  aventures  en  1263;  Ammirato  sous  la  rubrique 

de  cette  même  année  (l.  U,  t.  I,  p.  125).  Pour  la  seconde  Villani  (VI,  87) 

1265.  Gela  parait  peu  probable  :  la  révolution  de  Modène  ne  dut  pas 


(ÂR.  1264)  A  MODÈNE  ET  À  REGGIO.  15 

pédition.  Divisée  en  deux  corps,  l'un  d'infanterie,  l'au- 
tre de  cavalerie,  la  petite  troupe  arriva  le  6  mars  devant 
Reggio.  Brisant  une  porte  qu'on  avait  murée,  elle  pénétra 
jusque  sur  la  place  publique.  Mais  elle  y  rencontra  plus 
de  résistance  que  dans  le  précédent  coup  de  main.  Très- 
puissants  à  Reggio,  les  gibelins  étaient  animés  au  com- 
bat par  une  sorte  de  géant,  nommé  Cacca  ou  Cacha,  dont 
l'énorme  masse  de  fer,  sans  cesse  tournoyante,  s'abattait 
meurtrière  sur  les  ennemis  et  les  faisait  reculer.  Il  en  fal- 
lut douze,  invités  par  leur  chef  à  se  sacrifier  au  salut 
commun,  pour  abattre  à  coups  de  dague  ce  colosse,  ex- 
ploit qui  parut  si  méritoire  qu'on  appela  désormais  ceux 
qui  l'avaient  accompli  les  douze  paladins.  Par  la  chute 
d'un  seul  ils  avaient  décidé  la  victoire.  A  Reggio  comme 
à  Modène,  et  à  Parme  comme  à  Reggio,  ils  s'enrichirent 
aux  dépens  des  vaincus.  Prenant  goût  au  métier,  ils  se 
tinrent  prêts  au  service  de  quiconque  les  voudrait  à  sa 
solde,  mais  de  quiconque  surtout,  avec  ou  sans  solde, 
pourrait  leur  rouvrir  les  portes  de  la  patrie*.  La  patience 
d'ailleurs  leur  était  facile,  grâce  aux  honneurs  qu'on  leur 
rendait.  Un  d'entre  eux,  Buonaccorso  Bellinzoni,  deve- 
nait, en  1266,  potestat  de  Reggio,  et  s'y  distinguait  par 
son  dévouement  aux  «  pauvres,  »  comme  à  l'intérêt  pu- 
blic'. Congédié  pour  ce  motif,  au  bout  de  huit  mois,  par 

mettre  tant  de  temps  à  avoir  son  contre-coup  dans  la  voisine  Heggio  ;  mais, 
comme,  d'autre  part,  il  donne  la  date  précise  des  jours  et  des  mois, 
nous  pensons  qu  il  faut  placer  cette  dernière  entreprise  aux  premiers  mois 
de  1264. 

«  Villani,  Vï,  87.  —  SleHini,  U.  129.  —  Ammirato,  1.  U,  t.  1,  p.  128. 
—  Metnoriaîe  potestatum  Regiermum  (R.  I.  S.,  t.  Vlll,  1123).  Annales 
veleres  MuUnensium  (R.  1.  S.,  t.  XI,  67).  Chronicon  Parmense  (R.  1.  S., 
t.  IX,  779). 

*  Et  fuit  prsedicta  pax  utilis  pro  pauperibus  et  mala  pro  nobilibus  ;  et 
ideo  expulerunt  eum  nobiles,   quia  bene  recuperabat  jura  communis  a 


16         LES  GUELFES  REPRENNENT  COURAGE.    (An.  1264) 

la  noblesse,  sa  disgrâce  n'entraioait  point  celle  de  ses 
compatriotes  :  leur  nombre  et  leur  renom  de  vaillance  les 
protégeait. 

Sur  eux,  dès  lors,  les  opprimés  portaient  partout  des 
regards  chargés  d'espérance.  Or  les  opprimés,  c'était  tout 
le  monde,  sauf  celte  aristocratie  gibeline  qui  masquait 
mal,  sous  le  nom  conservé  des  institutions  établies,  la 
domination  tyrannique  dont  les  poteslals  et  le  vicaire  de 
Manfred  se  faisaient  l'instrument.  En  écrasant  les  peu- 
ples d'impôts  et  d'injustices,  ils  semaient  le  mécontente- 
ment, et  devaient  tôt  ou  tard  récolter  la  révolte.  Même 
écrasés,  les  guelfes  restaient  une  force.  A  Lucques,  le  vi- 
caire royal  et  ses  Allemands  n'osaient  pas  plus  les  chasser 
du  pouvoir  que  de  la  ville;  ils  les  voyaient,  sans  s'y  op- 
poser, transformer  leurs  cinq  consuls  en  dix  anziani^  un 
de  chaque  faction  par  porte  ou  quartier,  et  réduire  à  deux 
mois  cette  charge  populaire,  double  pas  vers  la  démo- 
cratie, qui  se  plait  à  augmenter  le  nombre  des  magistrats 
et  à  diminuer  la  durée  de  leur  pouvoir'.  Capitale  et  cita- 
delle des  gibelins.  Sienne  ne  permettait  pas  à  ses  guelfes 
une  si  facile  revanche;  mais  elle  les  voyait,  nobles  et 
popolaniy  se  retirer  fièrement  à  Radicofani,  terre  d'Église, 
d'où  ils  ravageaient  le  territoire  de  leur  patrie,  et,  battus 
plus  d'une  fois,  se  retrempaient  dans  la  défaite  et  le  sang'. 


praedictis  inagnutibus  et  ab  omnibus  aliis  personis  (Memoiiale  potestatum 
Regiensium,  R.  1.  S.,  t.  VllI,  1126). 

*  Cette  réfonne,  introduite  après  un  siècle  et  demi  de  gouvernement  con- 
sulaire, dura  autant  que  la  république  de  Lucques,  sauf  qu'en  1370,  en  ré- 
duisant à  trois  les  cinq  quartiers,  pour  ne  pas  diminuer  le  nombre 
des  anziani,  on  en  donna  trois  à  chaque  terzo  ;  quant  au  dixième,  on  le 
prit  alternativement  dans  chacun  des  terzi,  en  lui  donnant  le  nom  de  gonfa- 
lonier  et  Thonneur  de  la  présidence.  Yoy.  Mazzarosa,  I,  104,  et  Inghirami, 
YI,  435. 

Malavolti,  part.  II,  1.  U,  f  28  r". 


(Â!i.  1264)    MANFRED  NOUE  CONTRE  EUX  DES  ALLIANCES.  17 

Chez  les  guelfes  toscans,  aux  plus  mauvais  jours  de  l'exil, 
dominait  celte  conviction  vivifiante  que  le  règne  de  leurs 
ennemis,  sans  racines  dans  le  passé,  serait  sans  durée 
dans  Tavenir. 

Surpris  d'un  réveil  si  rapide,  l'intelligent  Manfred 
sentait  venir  le  péril,  et  tentait  de  le  conjurer  par  des 
alliances.  Il  en  concluait  une  avec  le  marquis  de  Mont- 
ferrat,  et  renouvelait  avec  la  Lombardie  ses  anciennes  li- 
gues ^  Mais  la  Lombardie  n'était  déjà  plus  que  l'ombre 
d'elle-même.  Plus  tôt  née  que  la  Toscane  à  la  civilisation, 
elle  ressentait  avant  cette  province  l'incurable  mal  de  la 
décadence.  Elle  voyait  les  vices  de  ses  institutions,  et  elle 
les  aggravait,  croyant  y  remédier.  Ses  nobles  se  parta- 
geaient tous  les  emplois,  et  elle  ne  savait,  ni,  comme  Flo- 
rence, les  leur  arracher  pour  les  confier  à  d'autres,  ni, 
comme  Venise,  faire  tourner  ces  empiétements  de  caste 
au  profit  de  sa  grandeur.  L'impuissance  de  ses  polestats 
étant  une  cause  d'anarchie,  elle  faisait  d'eux  des  chefs 
militaires,  des  despotes,  des  tyrans.  A  ce  prix  bannie  des 
villes,  l'anarchie  plus  que  jamais  se  déchaînait  dans  les 
campagnes  :  les  guelfes  y  étaient  en  désaccord  avec  le 
saintrsiége,  et  pour  se  soutenir  invoquaient  l'appui,  se 
mettaient  sous  les  ordres  de  chefs  gibelins'. 

Entre  lui  et  ses  faibles  alliés,  Manfred  voyait  d'ailleurs 
se  dresser  tout  à  coup  un  redoutable  ennemi.  Dans  la 
chaire  de  l'apôtre  ne  trônait  plus  le  vieux,  l'inerte 
Alexandre  IV.  A  ce  pontife,  mort  le  25  mai  1261,  avait 


*  Voy.  Cherrier,  III,  117. 

*  Les  Délia  Torre,  si  puissants  à  Milan,  ne  pouvaient  plus,  quoique 
guelfes,  s'entendre  avec  le  pape,  et  c'étaient  Buoso  de  Doara,  le  marquis 
Pelavicino,  gibelins,  qui  soutenaient  les  guelfes  (voy.  Sismondi,  II,  417; 
Cherrier,  m,  111). 

■UT.   Dl  PLOEBRGB.   —  O.  3 


18  URBAIN  Vf  SUSCITE  (Ah.  1264) 

succède,  le  29  août  suivant,  le  fils  d'un  savetier  de  Troyes 
en  Champagne^  Jacques  Pantaléon,  dilGourl-Palais,  suc- 
cessivement chanoine  de  Laon,  archidiacre  et  évoque  de 
Verdun,  patriarchedeJérusalem*.  Huit  cardinaux  l'avaient 
élu,  trop  jaloux  les  uns  des  autres  pour  chercher  dans  le 
sacré  collège  à  qui  donner  la  tiare.  Un  tel  pape,  pen- 
saient-ils, n'aurait  d'yeux  que  pour  la  Terre  Sainte,  d'ar- 
deur que  pour  une  nouvelle  croisade.  Mais  Urbain  IV, 
tout  plébéien  qu'il  était,  avait  une  vue  plus  large  des  in- 
térêts de  la  chrétienté.  Tout  lui  criait  que  les  temps  hé- 
roïques de  la  foi  étaient  passés,  que  le  souvenir  des  échecs 
subis  en  Orient  et  la  gravité  des  querelles  engagées  en 
Occident  détourneraient  les  peuples  de  se  lever  à  sa  voix, 
s'il  la  faisait  entendre,  comme  jadis  un  autre  Urbain, 
dans  un  nouveau  concile  de  Clermont. 

Arrêtant  donc  ses  regards  sur  l'Italie,  il  y  vit  Manfred 
prêt  à  combattre  l'Église,  et  pas  un  instant  il  n'eut  la  dé- 
cevante pensée  de  tenter  avec  lui  une  tardive  réconcilia- 
tion. La  faute  commise  était  désormais  irrémédiable. 
C'est  avec  un  frémissement  d'indignation  que  les  chré- 
tiens fidèles,  ameutés  par  la  curie  romaine,  voyaient  Man- 
fred lancer  ses  Sarrasins  contre  le  patrimoine  de  saint 
Pierre.  «Jérémie,  écrivait  Urbain  IV,  a  prétendu  que  les 
maux  de  ce  monde  venaient  de  l'aquilon.  Nous  affirmons, 
au  contraire,  qu'ils  viennent  pour  nous  de  l'usurpateur 
de  Sicile,  de  cet  homme  pervers  qui  corrompt  les  peuples 
par  ses  richesses,  déchire  le  patrimoine  de  l'Église,  et 
nous  sépare  violemment  du  reste  des  fidèles.  Non-seule- 
ment il  conteste  l'autorité  que  nous  tenons  du  bienheu- 


«  Villani,  VI,  88. 

•  Voy.  Chemer,  m,  11*. 


(il.  1264)  UN  RIVAL  k  MANFRED.  19 

reux  Pierre,  mais  il  ose  braver  les  censures  ecclésias- 
tiques, et,  en  voyant  son  audace  impunie,  ceux  qui 
tremblaient  devant  l'excommunication  apprennent  à  la 
mépriser*». 

Que  restait-il,  après  ces  plaintes  véhémentes,  sinon  de 
susciter  un  rival  à  Manfred,  et  de  l'éprendre,  par  con- 
séquent, la  politique  résolue  d'Innocent  IV?  Successive- 
ment cet  énergique  pontife  avait  offert  la  couronne  de 
Sicile  à  Richard  de  Gornouailles,  peu  empressé  à  con- 
quérir la  lune;  puis  à  Louis  IX,  trop  scrupuleux  pour 
faire  profiter  d'une  injustice  un  de  ses  plus  jeunes  fils*; 
à  Gharies,  comte  d'Anjou,  contraint  à  un  refus  par  l'ab- 
sence du  saint  roi  son  frère,  alors  en  Egypte';  enfin  à 
Henry  III  d'Angleterre,  qui  avait  accepté  pour  son  fils 
Edmond  *.  Mais  autre  chose  était  d'accepter  en  principe,  et 
d  embarquer  un  prince  incapable  dans  une  entreprise  dont 
les  risques,  vus  de  près,  faisaient  évanouir  les  séductions. 
C'est  chassé  par  Manfred  du  Royaume,  proie  insaisissable 
qu'il  avait  voulu  saisir  au  nom  comme  au  profit  du  saint- 
siége,  qu'Innocent  lY,  jadis,  en  avait  jeté  l'ofire  aux  quatre 
vents  de  l'horizon.  Qui  pouvait  dire,  si  la  conquête  deve- 
nait possible,  que  le  nouveau  pape  ne  la  revendiquerait  pas 


*  «  Et  ecclesiastics  censurae  vigorcm  débilitât  et  conculcat.  •  (Regesta 
Urbani  IV,  lib.  10,  Curiales.  n*  95.  Cité  par  Clierricr,  III,  152-153.) 

*  fl  Regnuni  Siciliœ....  régi  Francorum  illustri  viro  tuo  ad  opus  alicujus 
ex  coinmunibus  natis  vestris  duximus  liberaliter  offerendiim.  Verum  ab  eo 
rcge....  super  hoc  responso  devoto,  sed  non  pro  veto  reccpto.  »  (Regina; 
Francorum  illustri.  Ann.  eccL,  1264,  §  2,  l.  XXI,  p.  131.) 

'  Voy.  Saint-Pnest,  I,  242-243.  On  sait  que  Charles  d'Anjou,  après 
s'être  illustré  par  ses  exploits  à  la  croisade,  en  était  revenu  avant  saint 
Louis. 

*  Rjmer,  •  De  concessione  Sicilis  nomine  papae  facta  Edmundo  filio  ré- 
gis. •  1254.  ieto  publka,  t.  I,  p.  502,  2*  éd.,  Undres,  1727.  Cf.  Mat- 
thieu Pahi,  p.  599,  éd.  de  Paris. 


20  GUARLES  D^ANJOU.  (An.  1264) 

contre  celui  qui  l'aurait  faite  et  ne  la  pourrait  défendre, 
au  ncm  d*^un  droit  supérieur  et  sacré*? 

Urbain  IV  hésita  un  inslant  sur  le  choix  d'un  cham- 
pion. Par  leur  ambassade  auprès  de  Gonradin,  les  guelfes 
de  Florence  et  de  Lucqucs  avaient  semblé  lui  désigner  le 
jeune  héritier  des  césars  tudesques,  et  les  demi -promesses 
mises  dans  la  bouche  de  cet  enfant  laissaient  quelque  es- 
pérance de  voir  quelque  jour  ses  bannières  apparaître  au 
débouché  des  Alpes  ;  mais  ce  jour  pouvait  être  lointain  en- 
core, car,  pour  le  moment,  l'entourage  de  Gonradin  de- 
meurait hostile  à  toute  expédition.  Or  les  exilés  florentins 
étaient  à  bout  de  patience.  Constamment  prosternés  aux 
pieds  du  pape,  ils  mettaient  sous  ses  yeux  le  pathétique  ta- 
bleau de  leurs  misères  ;  ils  le  suppliaientde  leur  rouvrirau 
plus  tôt  les  portes  de  leur  patrie'.  Volontiers  il  céda  à  leur 
désir,  qui  était  le  sien,  et  il  fit  à  Gharles  d'Anjou  de  nou- 
velles ouvertures. 

Ce  choix  était  de  sa  part  naturel  et  tout  ensemble  op- 
portun. Français,  il  ne  pouvait  considérer  comme  étran- 
ger un  sire  des  fleurs  de  lis.  Les  guelfes,  en  quête  d'un 
protecteur  et  d'un  chef,  avaient  avec  un  frère  du  roi  de 
France  plus  d'affinités  de  race  et  de  tempérament  qu'avec 
un  fils  du  roi  d'Angleterre.  Ils  devaient  préférer  à  un  mo- 
narque allemand  un  prince  français,  à  un  enfant  de  capaci- 
tés encore  inconnues  un  homme  d'âge  mûr  et  de  talent 
éprouvé'.  Son  acceptation,  cette  fois,  semblait  certaine. 


*  Rymer,  Gonfîrniatio  donationis  prinise  a  domino  papa  Innoccntio  facte 
de  rcgno  Siciliae.  1254.  Ada  puhlica^  t.  I,  p.  512. 

^  <  Urbano  grandemente  conforlalo  da'  fuorusciti  fiorontini  i  quali  cssen- 
doli  ogni  giorno  a  piedi,  conlinuamentc  li  raccoutavano  le  loro  miserie.  » 
(Ammirato,  1264,  1.  II,  l.  I,  p.  128.) 

^  Je  ne  sais  sur  quoi  se  fonde  M.  de  Gherrier  (III,  152)  pour  affinDer  que 
rappel  5  Gharles  d*Ânjou  n'clait  pas  populaire  en  Italie.  Populaire,  il  ne 


(An.  1264)  SON  CARACTÈRE.  21 

On  le  savait  avide  d'une  couronne  et  poussé  par  sa  femme 
aux  aventures,  seul  moyen  d'en  ceindre  leur  front*.  On 
pouvait  espérer  le  consentement  de  Louis  IX.  Louis  IX, 
en  effet,  ne  devait  pas  se  croire  les  mômes  droits  sur  son 
frère  que  sur  ses  fils.  Il  désirait  la  fin  de  cette  lutte  inter- 
minable, qui  servait  de  prétexte  à  de  continuelles  exactions 
sur  son  clergé,  et  qui  absorbait,  sous  le  noms  de  décimes 
et  d'annates,  une  grande  partie  du  numéraire  dans  tons 
les  États  chrétiens*.  Il  connaissait  Charles  d'Anjou  ca- 
pable de  faire  pencher  la  balance  en  faveur  de  l'Église, 
et  par  conséquent  d'assurer  comme  de  rétablir  la  paix, 
puisque  toute  paix  imposée  à  l'Église  vaincue  n'est 
qu'une  trêve,  la  patience  étant  la  force  de  qui  compte 
sur  l'éternité. 

Neuvième  et  dernier  fils  de  Louis  VIII  et  de  Blanche 
de  Castille,  Charles  d'Anjou  tenait  surtout  de  sa  mère  : 
on  eût  dit  un  Espagnol.  Sec,  nerveux  et  robuste,  ses  traits 
fortement  prononcés  semblaient  durs,  grâce  à  son  teint 
olivâtre  et  à  ses  yeux  perçants  comme  ceux  d'un  aigle, 
au-dessus  de  son  grand  nez  crochu'.  Tandis  que  saint 
Louis  était,  comme  un  vrai  Français,  porté  à  l'expansion, 
à  une  gaieté  douce  que  relevait  une  pointe  d'ironie*,  lui, 
îl  était  fier,  sombre,  taciturne,  à  l'espagnole.  Le  rire. 


rétait  pas  plus  que  tant  d'autres  appels,  mais  il  Tétait  autant,  et  il  ne  sur- 
prit personne. 

^  Voy.  Villani,  VI,  90.  Les  deux  filles  aînées  de  Raymond -Bércn- 
ger  IV,  co::ite  de  Provence,  mort  en  1245  sans  enfants  mâles,  étaient  reines 
l'une  de  France,  Tautrc  d'Angleterre.  La  plus  jeune,  Béatrix,  avait  apporté 
en  dot  à  Charles  d'Anjou  tous  les  Ëtals  do  son  père.  Voy.  pour  plus  de  détails 
Saint-Priest,  U,  17. 

«  Voy.  Cherrier,  III,  129.  Sismondi,  II.  421. 

*  f  Di  féroce  riguardo ,  grande  di  persona  e  bene  nerboruto ,  di  colore 
ulivigno  econ  grande  naso.  »  (Villani,  YII,  1.) 

*  Voy.  Saint-Priest,  11,57. 


22  CÏÏARLES  D'ANJOU.  (An.  1264) 

le  sourire  même,  effleuraient  rarement  ses  lèvres*.  Mé- 
nestrels, mimes,  bouffons,  n'avaient  guère  accès  auprès 
de  lui*.  S'il  céda  par  accident  au  démon  des  vers',  ce 
fut  pour  sacrifier  à  la  mode,  plutôt  que  par  goût  pour  les 
femmes,  qui,  seules  alors,  les  inspiraient.  Son  orgueil 
castillan  se  targuait  des  moindres  avantages,  par  exemple 
de  ce  qu'il  était  né  fils  de  roi,  tandis  que  Louis  IX  était 
né  fils  de  prince*.  Sa  piété,  véritable  comme  celle  de  son 
frère,  était,  par  surcroît^  militante  :  c'est  par  le  glaive 
qu'elle  voulait  assurer  le  triomphe  de  l'Église,  vivante 
image  de  la  religion.  Aller  en  guerre  pour  l'Église  en  y 
trouvant  soi-même  son  compte,  gagner  son  salut  en  ga- 
gnant un  royaume,  c'était  l'idéal  de  l'existence  pour  un 
prince  ambitieux  non  moins  que  dévot.  A  la  croisade,  il 
avait  déployé  les  brillantes  qualités  d'un  preux,  et  Ton 
pressentait  en  lui  celles  d'un  conquérant.  Qualités  et  dé- 
fauts, il  avait  tout  d'un  roi,  même  la  majesté  royale,  plus 
visible  en  sa  personne  qu'en  celle  de  ses  frères*.  Homme 
de  conseil  et  d'action,  il  tenait  pour  perdu  le  temps  donné 
au  sommeil.  D'âme  haute  non  moins  que  hautaine,  il 


*  ff  Quasi  non  ridea,  se  non  poco.  »  (Villani,  VU,  i.)  —  •  Hilaris  Tel 
jocosus  vix  aut  numquam.  »  (Chron.  Imp.  et  Pont,,  ms.  in  Laurent.  Bibl. 
Plut.  XXI,  cod.  5  et  7.  Cité  par  Ctierricr,  UI,  130.) 

*  •  Di  gente  di  corie,  ministri  o  giucolari  non  si  dilettoè  mai.  »  (Villani, 

vu,  1.) 

'  Voy.  dans  Saint-Priest,  t.  U,  append.  C,  deux  chansons  françaises  de 
Ctiarlcs  d'Anjou,  et  dans  la  BibL  de  V École  des  Chartes  (novembre  et  dé- 
cembre 1842),  une  Iraduction  par  Fauriel  de  sa  réponse  rimée  en  proYençal, 
au  troubadour  Sordello  qui  Tavait  accusé  d'ingratitude. 

*  Matthieu  Paris,  ap.  lluillard-Bréholles,  VI,  233.  —  Louis  VIII  n'était  en- 
core qu'héritier  présomptif  quand  saint  Louis  vint  au  monde  en  1215  ;  il 
était  roi  lors  de  la  naissance  de  Charles  d'Anjou  (Cherrier,  UI,  131,  n.  2). 

'  Tous  furent  fils  de  roy,  mais  Charles  le  fu  miex. 

[Adam  de  la  Halle,  Cest  du  roy  de  Sézile,  éd.  Buchon,  VII,  26.) 

Ce  poëme  contemporain  se  trouve  aussi  dans  les  œuvres  de  Rulebeuf,  éd. 


(Al.  1264)  SON  CARACTÈRE.  SS 

était  «  honnête  comme  un  religieux  \  »  sincère  et  ferme 
dans  ses  promesses'.  S'il  se  plaisait  à  lâchasse  aux  chiens 
et  à  Toiseau,  passe-temps  cher  aux  princes^  i!  savait  dans 
ses  États  encourager  l'étude,  dont  les  rois  tirent  honneur 
et  profit.  Mais  égoïste  et  cupide  pour  l'argent  comme 
pour  les  terres 'f  il  accablait  ses  sujets  de  taxes,  ne  payait 
ni  ses  dettes  ni  le  salaire  de  ses  serviteurs*,  ne  se  mon- 
trait généreux  que  par  intérêt,  pour  s'assurer  le  dévoue- 
ment de  ses  chevaliers.  Ardent  et  obstiné  à  la  poursuite 
du  but,  il  manquait  de  scrupules  sur  le  choix  des  moyens. 
Cruel  et  sanguinaire,  il  tenait  pour  rien  la  vie  d'autrui, 
qu'il  sacrifiait  sur  Téchafaud  comme  sur  les  champs  de 
bataille.  Dédaigneux  de  la  multitude  humaine,  il  s'in- 
quiétait peu  de  faire  régner  la  misère  où  il  avait  trouvé 
la  prospérité.  Homme  méchant  et  terrible,  pour  tout  dire, 
autant  qu'énergique  et  habile,  s'il  n'était  aimé  que  de 
peu  de  personnes,  il  était  redouté  de  tous,  même  des 
rois*. 

IjCS  obstacles  semblaient  s'accumuler  sur  sa  route,  mais 
il  savait  attendre  et  n'acheter  les  choses  convoitées  d'au- 
cun sacrifice  incompatible  avec  sa  dignité*.  Louis  IX  hé- 

Jubinal,  1. 1,  I.  I,  p.  28  ;  Paris,  1839.  —  <  Pare  maestà  reale  più  ch*altro 
signore.  •  (Villani,  VII,  i.) 

^  «  Bonesto  corne  uno  religioso.  •  (Villani,  VU,  1.) 

*  c  Fermo  e  veritiere  d'ogni  sua  promessa.  •  (Villani,  VU,  i.)  Plus  tard. 
Clément  IV  répondait  à  Don  Enrique,  infant  de  Gastille,  qui  reprochait  à 
Charles  d'Anjou  un  manque  do  foi  :  •  Non  te  decet  imponere  tanto  Tiro  du- 
plicitatis  maculam,  quem  veracem  semper  invenimus  et  sincerum.  • 
(Clem.  IV  ep.  dlxix.  Viterbe,  19  décembre  12G7.  Thés,  anecd.,  l\,  549.) 

*  •  Tuos  provinciales  ad  onera  supra  vires  adstrictos  suis  fraudas  sli- 
pendiis.  »  (£p.  Clementis  IV,  n*  cccuxx.  Viterbe,  22  septembre  1266. 
Thés.,  U,  406.) 

*  •  Largo  fu  a*  cavalieri  d'arme,  ma  curioso  d*acquistare  terra,  signoria 
c  moneta.  •  (Villani,  VII,  1.) 


s 

6 


Mollo  temuto  e  ridottato  da  tutti  li  redel  mondo.  »  (Villani,  VII,  1.) 
Dans  une  chanson  de  lui,  qui  roule,  il  est  vrai,  sur  le  thème  amoureux 


24  NÉGOCIATIONS  DU  SAINT-SIÈGE  (Ah.  1264) 

si  lait  plus  qu'on  n'aurait  cru  à  donner  son  consentement. 
Assez  mobile  en  ses  idées  sur  l'hérédité  royale  hors  de 
France*,  il  croyait  peu  au  droit  de  Conradin,  et  beaucoup 
à  celui  d'Edmond  d'Angleterre,  qui  avait  reçu  l'investi- 
ture. Il  fallut,  pour  le  convaincre  et  le  vaincre,  arracher 
à  Henry  m,  malade  et  presque  prisonnier,  une  renoncia- 
tion verbale  que  devait  signer,  deux  ans  plus  tard,  en 
1265,  Simon  de  Montfort,  comte  de  Leicester,  déposi- 
taire, par  le  triomphe  de  ses  armes,  du  pouvoir  royal*. 
Mais  alors  c'est  Charles  d'Anjou  qui  repoussa  fièrement 
les  conditions  du  marché.  Il  consentait  bien  à  offrir  tous 
les  trois  ans  au  pape  une  haquenée  blanche  en  signe  de 
vasselagc,  et  même  à  séparer  la  couronne  de  Sicile  d'avec 
la  couronne  impériale,  mais  il  exigeait  que  le  pape  payât 
une  bonne  partie  des  dépenses;  il  n'admettait  pas  qu'on 
imposât  à  ses  sujets,  tous  les  dix  ans,  l'insolite  serment 
de  lui  refuser  obéissance  s'il  manquait  à  une  seule  de  ses 
obligations';  il  refusait  d'abandonner  au  sainl-siége  Na- 


si  fort  en  honneur  dans  ce  temps-là ,  on  trouve  ces  vers  significatifs  et  ca« 
ractérisliques  : 

Trop  es  deslrois  qui  est  deconforté. .. 
Ce,  sachiez  bien,  jà  ne  m'en  partiré... 
Si  me  convient  attendre  son  voloir, 
Et  j'atendrai  comme  loial  ami. 

(Ia  confort  et  le  desconfort,  publié  d'après  un  ras.  de  la  Bibl.  nat.,  par 
Saint-Priest,  II,  app.  C,  p.  299,  300.) 

<  Voy.  k  cet  égard  la  preuve  que  Saint-Priest  (II,  69-70)  tire  d*un  passage 
de  Joinville. 
*  Rymer,  Acta  puhlica,  t.  I,  part.  II,  p.  457  (éd.  de  Londres,  1816.) 
'  •  Jurare  faciet  omnes  eorumdem  regni  et  terrae  comités....  et  bur- 
genses,  ceterosque  alios....  quod  dictus  comes  et  ejus  haeredes  omnes.... 
universa  ac  singula  praemissa  inviolabiliter  observabunt,....  et  si  eum  vel  hîe- 
redes....  in  quibuscumque  casibus  juxta  tenorem  conditionum....  cadere 
contigerit,....  nulla  tenus  eis  sed  roroano  tantum  pontifici  obedient....  Hoc 
etiam  juramentum  de  décennie  in  decennium  renovabitur.  •  (Urbani  IV 
ep.  vu.  Orvielo,  17  juin  1263.  Thés.,  II,  18.) 


(An.  1264)  AVEC  CHARLES  D^ANJOU.  25 

pies,  Capoue,  la  Terre  de  Labour,  les  îles  voisines  et  la 
Terre  de  Gaudio,  jusqu'à  Bénévent,  dont  Manfred,  en 
1255,  offrait  de  payer  sa  réconciliation  avec  l'Église^  ;  il 
répugnait  enfin  à  exclure  du  trône  ses  descendants  en 
ligne  collatérale.  En  d'autres  temps,  Urbain  IV  n'eût  point 
plié.  Mais  pressé  d'avoir  une  armée,  un  chef  militaire, 
un  prétendant,  il  avait  donné  à  son  légal,  Albert  de 
Parme,  de  pleins  pouvoirs  pour  renoncer,  en  augmentant 
la  redevance  pécuniaire,  à  ces  deux  dernières  condi- 
tions'. 

Survint  aloi'sune  nouvelle  et  plus  épineuse  difficulté. 
Au  mois  d'août  1263,  les  Romains,  en  proie  à  l'anarchie, 
avaient  élu  Charles  d'Anjou  sénateur  et  gouverneur  de 
Rome,  sous  condition  d'y  résider'.  Urbain  IV  n'y  pou- 
vait consentir,  car,  du  coup,  le  prince  français  aurait  eu 
des  intérêts  opposés  à  ceux  de  l'Église,  et  fût  devenu  plus 
redoutable  pour  elle  que  n'était  Manfred  lui-même. 
Charles,  de  son  côté,  estimait  tout  refus  prématuré,  tant 
qu'il  ne  serait  pas  en  possession  du  royaume  de  Sicile. 
Plutôt  que  de  céder  sur  ce  point,  le  pape  ordonnait  de 
rompre  les  négociations,  ne  voulant  pas,  disait-il,  pour 
éviter  l'écueil  de  Scylla,  tomber  dans  le  gouffre  de  Cha- 


*  Urbain  IV,  ep.  vu,  ap.  Martène,  Thés,  anecd.^  II,  9-19.  —  Saint  Louis 
et  son  conseil  approuvèrent  la  résolution  de  Charles  d'Anjou  (Ibid.,  l\,  57, 
ep.  xvii). 

«  17  juin  1263.  Modificationes,  etc.  (Regest.  Vrh.  IV,  1.  II,  n«  133, 
f^  45.  -  Urb.  IV  cp.  nu.  Orvieto,  17  juin  1263.  Thés,  anecd.,  H,  19.) 
Huit  jours  plus  tard,  il  ajoutait  encore  de  moindres  concessions  (Urb.  IV 
ep.  IX.  Orvieto,  26  juin  1263.  Thés.,  II,  22). 

'  Voy.  dans  Saint-Priest  (II,  329-530,  iippend.  F),  la  formule  inédite  de 
l'élection,  d'après  la  Bibl.  Àngelica  à  Rome,  et  la  letlre  des  Romains  h 
Charles  pour  lui  offrir  la  dignité  de  sénateur,  d'après  Li  livres  dou  Tré- 
sor, deBrunetto  Latini.  — Cf.  Ann,  eccL,  12G4,  g  5-8,  XXII,  151-155.  — 
Ant.  Vitali,  Storia  de*  Senatori  di  Roma,  p.  128-151. 


26  EFFORTS  DD  SAÏKT-SIÉGE  (Ai.  1264) 

rybde*.  Grâce  à  un  compromis,  il  les  évita  l'un  et  l'autre. 
11  se  contenta  d'un  serment  verbal,  que  ne  refusa  point 
le  comte  d'Anjou,  de  ne  conserver  la  dignité  de  sénateur 
qu'autant  que  le  saint-sicge  ne  lui  intimerait  pas  d'y  re- 
noncer. Charles  se  lit  aussitôt  représenter  à  Rome  par  un 
officier  provençal,  Jacques  Gantelme,  en  attendant  qu'il 
pût  se  rendre  lui-même  en  Italie,  ce  qu'il  promit  de  faire 
au  mois  de  septembre  suivant'. 

C'était  l'épée  de  Damoclès  sur  la  tête  de  Manfred.  Pour 
y  échapper,  ce  prince  actif  multipliait  aussitôt  les  pra- 
tiques, s'efforçait  de  tourner  conlre  son  futur  rival  les 
villes  encore  soumises  au  saint-siége,  et  d'attirer  dans  son 
orbite  toutes  celles  qui  gravitaient  en  dehors.  La  curie 
romaine  ne  vit  pas  sans  horreur  la  fidèle  Orvieto  mettre 
la  main  sur  un  village  d'Église,  entrer  avec  les  gibelins 
de  Pise,  de  Sienne,  de  Florence,  dans  un  complot  pour 
livrer  le  pape  et  ses  cardinaux  au  «  prince  de  Tarente  », 
avec  l'aide  d'un  corps  de  troupes  siciliennes  et  de  mille 
Allemands  cantonnés  en  Toscane'.  Si  l'ordre,  prompte- 
ment  lancé  aux  potestats  des  villes  pontiflcales  d'assem- 
bler sans  retard  leurs  milices*,  conjura  cet  imminent  pé- 
ril, la  crainte  d'une  conjuration  nouvelle  fit  tomber  à  la 


*  •  Tractatus  habitus  super  regno  penitus  conquiescat;  ne,  dum  Scyllam 
vitare  cupimus,  in  Charybdis  voragineni  incidamus.  »  (Urb.  IV  ep.  xt,  ad 
Albertum  noiar.  25  décembre  1263.  Thés.,  Il,  30.) 

*  1264.  Sabas  Malaspina,c.  x,  xi  (R.  I.  S.,  t.  VIII,  808).  -  Saint-Priest, 
II,  93-98.  Cherrier,  III,  139, 144. 

*  Nam  Florentin!,  Pisani,  deinde  Senenses, 

Petrus  de  Yico,  Theutoniciquc  sai, 
Summum  pontificem  cum  fratibus  l'rbcvetanis 
Tentassent  ab  eis  obsidionc  cnpi,  etc. 
[Thienici  Vallicoloris  Prœfatio,  etc.  R.  I.  S.  t.  HT,  part.  2,  col.  418.) 

*  10  juillet  1264.  Regeit  Urh.  IV,  1.  III,  n*  143,  144  et  passim,  I^  117, 
ap.  Charrier,  111,  148. 


(Ah.  1964)    EN  FAVEUR  DE  CHARLES  D*ANJOU.  27 

fois  les  hésitations  du  pieux  Louis  IX,  les  réserves  de  son 
orgueilleux  frère,  les  exigences  du  lenace  Urbain  IV.  Sou- 
haitant l'arrivée  du  sénateur  de  Rome  avant  même  la  con- 
clusion du  traité  qui  devait  le  faire  roi  de  Sicile,  le  pon- 
tife faisait  ressortir,  il  exagérait  même  à  dessein  les  dan- 
gers de  la  situation.   «  Nous  sommes  ici  (à  Orvieto), 
écrivait-il  à  son  légat  en  France,  dans  Tatlente  d'un  siège 
et  de  persécutions  plus  terribles  que  les  précédentes, 
entre  des  scorpions  et  des  serpents  très-venimeux,  espé- 
rant toutefois  que  le  comte  de  Provence,  fidèle  à  son  ser- 
ment, arrivera  à  Rome  vers  la  fête  de  la  Saint-Michel. 
Sachez  que,  dès  à  présent,  nos  dépenses  en  cette  occa- 
sion se  montent  à  deux  cent  mille  livres  siennoises.  Néan- 
moins, en  l'attendant,  nous  n'épargnerons  ni  argent  ni 
fatigue  ;  mais  souvenez-vous  que,  s'il  reculait  le  terme 
fixé,  il  nous  faudrait,  par  insuffisance  de  ressources, 
abandonner  celte  résidence  ^  » 

Septembre  venu,  et  Charles  d'Anjou  ne  paraissant 
point,  Urbain  IV,  surpris  par  les  gibelins  dans  Orvieto, 
ne  leur  échappa  que  par  la  fuite.  Avec'sa  cour  il  s'établit 
à  Pérouse,  où  il  ne  devait  pas  rester  longtemps*.  Trois 
mois  plus  tard  la  maladie  l'emportait  au  tombeau.  Une 
comète  chevelue  qui  se  tint  tout  ce  temps  au-dessus  de 
l'horizon,  semblant  jeter  des  flammes  et  changer  con- 
stamment de  forme*,  parut  aux  uns  annoncer  le  châti- 
ment de  Manfred*  et  la  béatitude  du  pape  dans  le  para- 


*  17  juillet  1264,  ep.  lxyii,  ap.  Martène,  Thés,,  II,  85. 

«  Saint  Priest,  H,  107-108.  —  Cherrier,  III,  148.  —  Léo,  1.  IV,  c.  ii, 
t.  I,  p.  485. 

*  Vita  Urbani  IV,  ex  Aroalrico  Augerio,  R.  I.  S.,  t.  III,  part.  Il,  p.  405. 
—  Ex  Papirii  Massoniy  1.  V,  R.  I.  S.,  ibid.y  p.  419. 

^  «  Propter  confusionem  et  per  sequutionem  ipsius  Manfredi  Dei  et  Eccle- 
siae  maligni  hostis.  •  (Vita  (Jrb,  /K,  ibid.) 


28  EMPRUNTS  DE  CLÉMEWT  IV  (An.  1265) 

dis*,  aux  autres  sa  mort*  et  peut-être  Téchec  de  Charles 
d'Anjou,  à  tous  la  guerre,  la  peste,  la  maladie*,  la  dépos- 
session et  la  fin  de  grands  princes,  avec  d'aulres  infinies 
calamités*.  C'est  aux  partisans  de  Manfred  que  sembla 
donner  raison  le  phénomène  céleste,  en  disparaissant  le 
jour  même  où  expirait  le  sainl-pèrc  (2  octobre  1264)* . 
Ils  ne  manquèrent  pas  d'en  tirer  un  heureux  horoscope 
pour  le  succès  final  de  la  cause  gibeline. 

Mais  Manfred  était  d'un  sang  philosophiquement  re- 
belle aux  superstitions  les  plus  accréditées  :  en  dépit  des 
astres,  il  espérait  peu.  Il  lui  fallait  un  pape  ami,  et  dans 
le  conclave  dominait  le  parti  français.  Au  champenois 
Urbain  IV  succédait  bientôt  le  languedocien  Guy  Foulquet 
le  gros,  de  Saint-Gilles-sur-Rhône,  jurisconsulte  instruit 
et  intègre,  de  mœurs  simples  et  austères,  qui  avait  figuré 
non  sans  honneur  dans  le  parlement  de  France  et  dans 
les  conseils  de  saint  Louis,  porté  successivement  les  titres 
d'évêque  du  Puy  et  d'archevêque  de  Narbonne.  Très- 
favorable  aux  progrès  des  fleurs  de  lis,  il  ne  pouvait  que 
suivre  la  politique  de  son  prédécesseur,  et  malgré  la 
défiance  des  visées  ambitieuses  de  Charles  d'Anjou,  hâter 


^  «  Quod  ad  cœli  transierit  sanctas  mansiones.  •  (Ann.  eccL,  1264,  §  69, 
t.XXn,p.  155.) 

'  «  Questa  si  disse  che  signifiée  la  morte  del  papa.  »  (PaoUno,  0, 
27.) 

Vita  Urb.  IVexBemardi  Guidonis  rn«.,R.  I.  S.,  l.  lU,  part.  I,  p.  594. 
—  Cf.  Roger  Bacon,  Opus  majus^  p.  243.  Londres,  1753. 

«  Morte  di  principi  grandi,  mutation  di  regni  e  allre  infinité  cala- 
mità.  «  (Malavolti,  part.  II,  1.  U,  f»30  r*.) 

*  «  Quse,  dicto  pontifice  in  Domino  dormienle,  ulterius  non  est  visa  per 
aliquem.  »  (Ann.  eccL,  1264,  §  69,  XXII,  155.)  —  Un  peu  plus  tard,  les 
astrologues  trompaient  encore  Manfred  :  «  Veniunt  aslrologi,  cerlam  spem 
régi  de  prosperis  successibus  pollicentur.  •  (Sabas  Malaspina,  1.  II,  c.  xn, 
R.  1.  S.,  t.  VIII,  814.) 


(AN.  1265)       AUX  BANQUIERS  TOSCANS.  29 

et  seconder  la  grande  entreprise  dont  ce  prince  était  ap- 
pelé à  prendre  la  direction  *. 

Le  premier  soin  de  Clément  IV,  avant  même  que  le 
traité  déflnitif  fût  conclu,  devait  êlre  d'assurer  au  saint- 
siége  les  ressources  que  la  France  désormais  ne  pouvait 
ou  ne  voulait  fournir*.  Plus  lente  et  plus  difficile  de  jour 
en  jour,  même  avec  un  pape  français,  devenait  la  percep- 
tion delà  décime  et  des  autres  redevances  ecclésiastiques. 
C'est  donc  à  l'Italie  et  à  ses  riches  trafiquants  que  l'Église 
demandait  les  moyens  d'assurer  des  subsides  au  futur 
envahisseur.  Le  25  avril  1265,  elle  contractait  avec  Jacopo 
Ricomanni  et  Albertino  Rota,  «  citoyens  et  marchands  de 
Florence,  stipulant  et  comptant  en  leur  nom  comme  au 
nom  de  Rardo  Frescobaldi  et  autres  associés',  »  un  em- 
prunt de  trois  mille  livres  tournois.  Cette  somme,  rem- 
boursable, le  15  août  suivant,  par  la  chapibre  aposto- 
lique à  Troyes  ou  à  Paris*,  fut  aussitôt  versée  aux  mains 
du  vicaire  de  Charles  d'Anjou  à  Rome,  Jacques  Gantelme, 
qui  n'avait  pu,  malgré  la  dignité  sénatoriale  de  son  maî- 
tre, contracter  directement  cet  emprunt*. 

C'était  le  modeste  commencement  d'opérations  finan- 
cières fréquentes,  qui  furent  la  nécessité,  bientôt  même 
la  ruine  de  ce  laborieux  pontificat.  Pour  mieux  dire, 


«  Ammirato,  1265,  1.  U,  t.  I,  p.  129.  —  Sainl-Priesl,  II,  114.  —  Cher- 
rier,  UI,  154-156.  —  Léo.  1.  IV,  c.  ▼,  1. 1,  p.  484.  —  H.  Martin,  IV,  319. 

*  Le  dernier  pape  a^ait  autorisé  la  levée  des  décimes  sur  les  églises  de 
France,  mais  la  plupart  des  prélats  refusaient  de  payer  (Gherrier,  III,  157). 

*  «  A  dilectis  filiis  Jacobo  Ricomanni  et  Albertino  Rota,  civibus  et  merca- 
foribus  florentinis,  mutuantibus  et  numerantibus  pro  se  et  Bardo  Lamberti 
Friscobaldi  et  aliis  eorum  sociis.  »  (démentis  IV  ep.  xlyiu.  Pcrouso, 
25  avril  1265.  Martène,  Thés.,  H,  123-124.) 

*  •  Apud  Trecas,  si  erunt  nundinîe,  vel  apud  S.  Genovefam  Parisius  sol- 
vendarum.  •  (Ibid.) 

*  •  Gum  ipsi  non  possent  mutuum  invenire.  »  (Ibid.) 


30  PÉNURIE  DE  CHAÎiLES  D'àNJOU.  (An.  1^) 

Urbain  IV,  déjà  pressé  de  besoins,  avait  donné  le  scan- 
daleux exemple  de  battre  monnaie  en  trafiquant  des 
foudres  pontificales.  Voulant  obtenir  quelques  milliers 
de  livres  des  marchands  de  Sienne,  ville  frappée  d'inlerdit, 
il  avait  exemple  de  toutes  censures  ecclésiastiques  Rolando, 
fils  de  Buonsignore,  Bonaventura,  fils  de  Bernardino, 
Ranerio,  fils  de  Giacomo,  Francesco,  fils  de  Guido,  et  tous 
leurs  associés ^  La  plupart,  sans  aucun  doute,  étaient 
gibelins;  mais  Tintérêt  mercantile  les  sollicitant  de  servir 
la  cause  guelfe,  ils  n'avaient  pas  hésité. 

Ce  n'était  point  avidité  pure,  si  Charles  d'Anjou,  avant 
même  de  conduire  son  armée  en  Italie,  réclamait  in- 
stamment des  subsides.  Même  en  restant  dans  ses  États, 
il  s'y  fût  trouvé  besoigneux.  A  Marseille,  malgré  les  pro- 
fits d'un  commerce  actif  avec  le  Levant,  l'argent  était  rare. 
On  n'y  voyait  guère  circuler  que  des  monnaies  étrangères. 
Celles  du  pays  étaient  discréditées  par  l'altération  con- 
stante qu'on  en  faisait.  Les  terres  rapportaient  si  peu,  que 
longtemps  en  Provence  les  dots  avaient  été  payées  en 
nature.  Moins  riches  encore  étaient  les  comtés  du  Maine 
et  d'Anjou.  Huit  ans  après  la  conquête  de  Naples,  les 
gabelles  du  Mans  et  d'Angers  ne  rapportaient  que  quinze 
mille  deux  cents  livres  tournois,  alors  que  la  guerre 
contre  Gênes  et  Pise  avait  ruiné  le  commerce  des  Mar- 
seillais'. 

Un  autre  motif  encore  rendait  impérieux  les  besoins 
d'argent.  Par  la  durée  comme  par  la  dislance,  la  guerre 
d'Italie  excédait  les  droits  du  souverain  sur  ses  vassaux. 
Il  ne  les  pouvait  retenir  sous  sa  bannière  que  quarante 

«  aem.  IV  ep.  i?.  Pérouse,  28  février  126S.  Thés.  U,  101. 
«  Papon,  Histoire  de  Provence,  II,  357;  III,  59,  ap.  Saint-Priesl,  U,  121- 
122.  —  Pardessus,  t.  U,  Introd.,  p.  G5 


(A!i.  1265)      SON  EXPÉDITION  TRANSFORMÉE  EN  CROISADE.  31 

jours,  dont  six  pour  aller  et  revenir,  à  raison  de  six 
lieues  par  journée,  et  encore  à  condition  de  ne  point 
sortir  des  comtés  où  ils  avaient  leurs  manoirs \  Quelles 
sommes  ne  fallait-il  pas  pour  entraîner  si  loin  une  armée 
de  six  cents  arbalétriers,  de  cinq  mille  cavaliers,  de 
quinze  ou  vingt  mil  le  fantassins'!  Le  saint-siége  lui-même 
n'y  pouvait  sufûre,  s'il  ne  recourait  aux  expédients. 
Le  mieux  imaginé  fui  de  transformer  en  croisade  reli- 
gieuse une  entreprise  politique.  Moyennant  la  permission 
de  porter  une  croix  mi-partie  de  blanc  et  de  rouge*, 
moyennant  Téconomique  promesse  de  cent  jours  dMndul- 
gence*,  Clément  IV  eut  la  joie  de  voir  s'enrôler  une  foule 
de  pieux  gentilshommes,  ardents  à  donner  el  même  à 
recevoir  les  coups  d'estoc  et  de  taille  qui  leur  devaient 
procurer  le  salut.  D'ailleurs,  une  fois  le  traité  conclu,  et 
il  l'était  depuis  le  26  janvier  1265%  le  pape  autorisait 
son  légat  à  remettre  au  «  roi  de  Sicile  »  l'argent  de  la 
décime,  à  mesure  des  recouvrements,  et  invitait  Louis  IX 

^  «  Ricotii,  I,  293. 

•  Annales  veteres Mutinensium  (K,  I.  S.,  t.  XI,  67).  —  Chron.  Parmense 
<R.  I.  S.,  t.  IX,  780).  —  Ann.  ^cn.,  Ub.  VI  (R.  I.  S.,  t.  VI,  565). 

'  «  Nos  enim  cnicesignatos  illos,  quorum  vota  fuehnt  Uditer  conunu- 
tata,  illa  indulgentia  illoque  privilegio  ac  ea  immunitate  gaudere  volumus 
que  predicte  terre  succurrenlibus  in  generali  conciHo  sunt  concassa.  • 
(7  mars  1265.  UUerœ  curiakê,  anno  I,  f  59,  Bibl.  nat.,  t.  XXXV.  — 
M.  de  Cherrier  (111,  515,  Âpp.)a  publié  ce  document  in  extenso,  —  «  Mul- 
tos de  ipsa  décima  équités....  soldat,  aliisque  concedit  crucesignatorum 
veniam....  a  Gampanis  militibus  quos  summus  pontifex  soldari  fecerat.  » 
(Sabas  Malaspina,  II,  15,  16,  R.  I.  S.,  t.  VHI,  815.) 

*  Et  lors  fut  une  croiserie 

Dont  on  portait  la  croiz  partie  ; 
Les  croiz  forent,  si  comme  semble. 
De  blanc  et  de  Termeil  ensemble. 
(Ckron.  métrique  de  S.  Maghire,  coll.  Buchon,  VII,  n, 

ap.  Cherrier,  III,  159.) 

>  Voyez-en  le  texte  intégral  dans  Saint-Priest,  II,  552,  Âpp.,  et  dans  Ltt* 
nig,  Cod.  dipl..  H,  946. 


52  DÉPART  DE  CHARLES  D'ANJOU.       (An  1265) 

à  faire  des  avances  à  son  frère,  sous  la  garantie  de 
rÉgIise^ 

Même  à  prix  d'or,  il  fallait  du  temps  pour  conduire  à 
travers  les  Alpes  près  de  trente  mille  hommes,  des  bords 
du  Rhône,  où  ils  campaient,  non  loin  de  Lyon,  jusque  sur 
ceux  du  Tibre,  où  Clément  IV  les  attendait.  Charles 
d'Anjou  était  pressé  :  il  avait  promis  au  pape  d'être  à 
Rome  avant  la  Pentecôte.  Esclave  de  sa  parole,  il  laissa 
son  armée  sous  le  commandement  nominal  de  son  gendre, 
Robert  de  Béthune-Dampierre,  héritier  du  comté  de 
Flandre,  et  sous  les  ordres  effectifs  de  Gilles  le  Brun, 
seigneur  de  Trasignies  et  connétable  de  France,  néces- 
saire conseiller  de  cette  inexpérience  princière'.  Puis, 
aux  derniers  jours  d'avril,  il  se  rendit  à  Marseille,  et 
suivi  de  mille  lances  d'élite  qui  montaient  vingt  galères, 
il  cingla  de  voiles  vers  les  côtes  d'Italie'. 

La  tempête  était  déchaînée  sur  le  golfe.  Les  quatre- 
vingts  navires  pisans  ou  siciliens  de  Manfred*  pouvaient 
surprendre  au  passage  la  petite  escadre  et  le  téméraire 
envahisseur.  Mais  lui,  il  ne  craignait  rien  :  il  comptait 
sur  la  Providence,  dont  il  croyait  fermement  servir  les 
desseins  et  qui  le  devait  conduire  par  la  main.  Il  échappa 
à  l'ouragan,  et  par  l'ouragan  à  ses  ennemis  :  jamais 
l'amiral  de  Manfred  n'eût  pu  croire  qu'on  prît  la  mer 
par  un  si  gros  temps.  Rapidement  poussé  par  le  vent 
maître,  ou  mistral,  vers  les  rivages  toscans,  Charles  y  vit 


*  Clera.  IV  ep.  cv.  Pérousc,  18  juillet  1265.  Thés.,  II,  165,  n"  179; 
Pérouse,  31  octobre  1265.  Thés.,  Il,  241. 

*  Connétable  avant  février  1248,  il  vivait  encore  en  1272  (voy.  Anselme, 
Hist.  gén,  de  la  maison  royale  de  France,  etc.,  t.  VI,  p.  87. 

5  Saint-Priest,  U,  137.  —  Cherrier,  Ul,  161. 

*  Flaminio  dal  Borgo  (Diss.  vi,  p.  411).  —  Grassi  (p.  115)  dit  84.  —  Cf. 
Inghirami,  VI,  437,  Sismondi,  II,  450. 


in.  1365)  SON  ARRIVÉE  A  ROME.  33 

se  disperser  sa  flottille  ;  lui-même,  avec  sa  galère  royale, 
il  vint  s'échouer  sur  un  banc  de  sable,  près  de  Porto 
Pisano.  Guido  Novello  était  pour  lors  à  Pîse.  Il  y  avait 
reçu,  dans  une  diète,  tous  les  pouvoirs  de  Francesco  Sim- 
plice,  rappelé  avec  ses  Allemands  par  Manfred  en  dé- 
tresse, et  il  portail  seul  désormais  le  titre  de  vicaire  gé- 
néral en  Toscane*.  Il  courut  au  rivage  pour  mettre  la 
main  sur  Thumnine  épave  ;  mais  déjà  l'énergique  comte 
d'Anjou,  à  force  de  bras,  remettait  à  flot  sa  galère  et 
confiait  de  nouveau  sa  fortune  à  la  tempête.  Toujours 
poussé  par  le  vent  du  nord  ',  il  passait  inaperçu  des  na- 
vires siciliens  tout  occupés  de  se  sauver  eux-mêmes,  et 
qu'allait  emporter  vers  les  eaux  génoises  un  brusque  re- 
tour des  vents  du  Midi*.  A  la  hauteur  de  l'embouchure 
du  Tibre,  il  se  jeta  dans  un  frêle  esquif,  et,  au  risque  de 
périr,  ordonna  d'aborder  à  la  côte.  Là,  ayant  rallié  ses 
galères,  il  leur  commit  le  soin  de  dégager  le  fleuve  des 
poutres  et  pieux  dont  on  l'avait  encombré;  il  leur  donna 
rendez-vous  à  Rome,  et  se  dirigea  par  la  voie  de  terre 
vers  Saint-Paul  hors  des  murs,  où  il  prit  enfin  quelque 


<  Malavolti,  part.  II,  I.  U,  S"  30  r».  M.  de  Cherrier  (lU,  462)  qualifie  bien 
mal  Guido  Novello  en  rappelant  «  le  commandant  des  gibelins  de  Pise.  i> 

*  «  Quae  Karolum  devebebant,  ad  terram  ventorum  impulsu  fuissent  im- 
pulsa.... •  (Sabas  Malaspina,  1.  Il,  c.  xvii,  R.  I.  S.,  t.  YIII,  815.) 

'  Nous  ne  voyons  pas  où  M.  Hillebrand  (p.  38)  peut  prendre  que  la  flotte 
sicilienne  fut  complètement  détruite.  Sabas  Malaspina,  qui  est  la  principale 
autorité  sur  ces  faits,  ne  dit  rien  de  semblable.  11  montre  Manfred  adressant 
des  reproches  à  son  amiral  sur  sa  négligence ,  mais  nullement  sur  la  perte 
de  la  flotte,  laquelle,  en  effet,  revint  vers  Rome  après  la  tempête.  Voici  le 
texte  :  «  Gum  ndmiratus  stolii  galearum  Régis  quas  usque  in  districtum 
Januae  valida  tempestas  impulerat,....  illico  retroccssit  et  répétons  fauces 
urbis,  compcrit  ex  ipsis  faucibus  omnia  obstacula....  dejecta....  sicque  ob 
hoc  a  Rege  praedicto  de  incauta  et  neglecta  soUiciludine  redargutus ,  passus 
est  condignas  contumelias  et  terrores.  »  (Sabas  Malaspina,  1.  II,  c.  xix,  R. 
.  S.,  t.  Vm.  p.  816.) 

H18T.   DE  PLOUUKS.  —  n.  3 


34  CHARLES  D^ÂiSJOU  JURE  LE  TRAITÉ.  An.  1265 

relâche,  tout  en  fournissant  ses  hommes  de  chevaux  ^ 
c(  Quand  les  Romains  oyrenl  la  nouvelle  de  sa  mer- 
veilleuse venue,  si  s'en  émerveillèrent  moult  et  dirent  : 
Sainte  Marie  !  que  sera  de  cet  homme  que  les  périls  de 
mer  ni  les  aguets  de  ses  ennemis  ne  troublent  ni  n'épou- 
vantent !  Vraiment  la  vertu  de  Notre  Seigneur  sera  avec 
lui  *.  »  Les  portes  de  la  Ville  éternelle  étaient  fermées  et 
à  l'abri  d'un  coup  de  main  ;  mais  les  gibelins  n'osant 
plus  sortir  de  leurs  maisons,  les  guelfes  marchent  en 
grande  pompe  au  devant  de  ce  prince  que,  de  loin,  ses 
ennemis  appelaient  Carlotto^  le  petit  Charles',  mais  qui, 
de  près,  les  pénétrait  de  terreur*.  Il  entra  dans  Rome 
entouré  d'une  multitude  immense,  portant  des  branches 
d'arbres,  qu'ornaient  leurs  vertes  feuilles  du  printemps. 
Sur  son  passage  retentissaient  les  pieux  hosanna  et  les 
saints  cantiques,  au  son  des  instruments.  C'était  le 
samedi,  veille  de  la  Pentecôte.  Le  féal  chevalier  tenait  sa 

m 

promesse  avec  l'exactitude  d'un  roi*. 

Huit  jours  plus  tard,  le  29  mai,  il  se  rendait  dans  la 
basilique  de  Saint-Jean  de  Latran,  où  il  était  reçu,  en 
l'absence  du  pape,  retenu  à  Pérouse,  par  cinq  cardinaux 
délégués,  par  le  clergé,  les  nobles  et  le  peuple.  Après 
avoir  ouï  lecture  du  traité  qui  lui  conférait  la  couronne 
de  Sicile,  il  jura  solennellement  toutes  les  conditions  que 


<  Sabas  Malaspina,  1.  H,  c.  xvjii,  U.  1.  S.,  YUI,  p.  816. 

*  Guillaume  de  Nangis,  Vie  de  saint  Louis  (Rectieil  des  historiens  de  la 
France,  XX,  421.) 

'  Villani,  VU,  6. 

^  Par  une  singulière  inadvertance,  M.  de  Saint-Priest  (U,  146)  nous 
monlre  Rome  entière  allant  chercher  Charles  non  à  Saint-Paul-hors-les- 
Murs,  mais  à  Ostie  ! 

»  Sabas  Malaspina,  loc.  cit.  —  Marlène,  Thés.,  II,  135.  —  Villani,  VU, 
0.  —  Vitali,  Storia  de'  Senatori  di  Rovuif  I,  140.  —  Sisiuondi,  II,  451. 
—  Saint-Pricst,  U,  146*  —  Gherrier,  Ul,  162. 


(An    1265)      NOUVELLES  NÉGOCUTIONS  FINANCIÈRES.  35 

le  saint-siége  y  mellail,  notamment  de  ne  jamais  pré- 
tendre, pour  lui  ni  ses  successeurs,  à  la  domination  sur 
le  reste  de  la  péninsule  ou  sur  l'Allemagne*.  Afin  de  lui 
en  ôter  l'occasion,  il  lui  était  interdit  de  se  mêler  en 
rien  des  affaires  de  TEmpire,  de  la  Lombardie,  de  la 
Toscane*,  d'y  accepter  aucune  élection,  d'y  contracter 
aucun  mariage,  d'y  faire  aucune  acquisition  ou  conquéle, 
d'occuper  ces  contrées  en  totalité  ou  en  partie'.  On  verra 
bientôt  que,  sans  violer  ce  traité,  l'Église  devait  en  in- 
terpréter les  termes  de  manière  à  ouvrir  au  roi  la  Tos- 
cane, après  lui  en  avoir  interdit  l'accès. 

Pour  le  moment,  c'est  encore  de  battre  monnaie  qu'il 
s'agissait.  Tout  l'argent  remis  au  comte  d'Anjou  s'était 
englouti  dans  les  préparatifs  et  la  première  aventure  de 
l'entreprise.  Comment  en  refuser  d'autre  au  prince  qui 
se  voyait,  faute  d'espèces,  retenu  dans  Rome,  et  qui 
s'obligeait,  s'il  en  était  requis,  à  fournir  au  saint-siége 
trois  cents  chevaliers  bien  armés  pour  servir  pendant 
trois  mois  sous  la  bannière  pontificale,  sur  terre  ou  sur 
mer,  en  quelque  province  d'Italie  qu'il  plût  au  pape  de 

1  c  Cura  prorsus  intentionis  sit  romans  Ecclcsi»  ut  regnum  et  terra  praD- 
dicta  nullo  unquam  lempore  imperio  uniantur,  ut  scilicet  unus  Romanorum 
imperator  et  Sicili»  rex  existât.  Quod  autem  circa  unionem  ipsoruin  regni 
et  terne  cum  regno  romano  aut  regno  Teotonise  ,  seu  cum  Lombardia  vel 
Tuscia,  sive  cum  roajori  parte  ipsaruin  Lombardiae  et  Tusciae  intelligimus.  i 
(Art.  19,  ap.  Saint-Priest,  l\,  355,  Âppeod.) 

*  •  Nec  intromittent  se  ullo  modo  de  regimine  ipsius  imperii ,  vel  regni 
Romani,  seu  regni  Theotoniae,  aut  Lombardiae,  seu  Tusciae.  »  (Art.  11,  ap. 
Saioi-Priest,  11,  350^  Âppend.) 

'  •  Nullum  hujus  modi  electioni  vel  nominntioni  assensum  prsesta- 
boot....  »  (Art.  11,  p.  350.)  —  <  Numquam  matrimonialiter  copuletur.  » 
(Art.  13,  p.  352.)  —  «....  Lombardiam  vel  Tusciam  vel  majorera  parfera 
ipsanim  per  se  vel  per  alios  seu  aliura  occupabunt,  capient ,  vel  acquirent , 
aut  sibi  alias  quomodo  libet  vindicabunt  »  (Art.  14,  p.  353).  Dans  d*aulres 
articles  encore,  notamment  dans  le  douzième,  il  est  question  de  la  Toscane 
et  de  précautions  prises  à  son  sujet. 


36  EMPRUNTS  DE  CLÉMENT  IV       (An.  1265) 

les  conduire  ou  de  les  envoyer*?  Pour  contracter  de  nou- 
veaux emprunts,  Clément  IV  était  prêt  à  s'adresser,  ce 
sont  ses  propres  termes,  «  aux  premiers  marchands  venus 
de  Sienne,  de  Florence  ou  d'ailleurs*.  »  Ces  mêmes  Sien- 
nois  qui  s'étaient  enrichis  en  prêtant  à  Urbain  IV,  Bona- 
ventura  Bernardini,  Francesco  Guidi  et  leurs  associés^, 
ouvrirent  également  leur  bourse  à  son  successeur.  Le 
3  juin,  ils  lui  fournirent  vingt  mille  livres  tournois, 
remboursables,  capital  et  intérêts,  sur  la  décime  de 
France,  à  la  Saint-Michel  suivante.  Ce  n'était  pas  même 
les  six  mois  d'usage;  mais  ces  âpres  marchands  ne  vou- 
laient plus  prêter  à  si  long  terme  *,  et  pour  ce  court  laps 
de  temps,  ils  exigeaient  la  garantie  de  la  chambre  apo- 
stolique*. On  comprend  mal,  de  prime  abord,  que  ces 
conditions  usuraires  et  dures  parussent  a  libérales  »  à 
Clément  IV  •,  et  qu'il  n'eût  que  des  éloges  pour  ces  prê- 

*■  •  In  Campaniam,  in  Maritimam,  in  Patrimonium  beati  Pétri  in  Tuscia, 
ducatum  Spoletanum,  Marcham  anconitanam,  et  in  praemissam  civitatem 
bcneventanam....,  et  in  orones  alias  terras  ipsius  Ecclesiae  per  Italiani,  tre- 
ccntos  milites  equis  et  arrais  bene  ac  docenler  munitos  et  paratos  ,  ita  quod 
unusquisque  ipsorum  habeat  quatuor  equitaturas,  vel  très  ad  minus....  per 

très  menses  integros quod  si  maluerit  Ecclesia....  nayali  juTari  exer- 

citu,  prsedicti  milites  débita  taxatione  ac  recompensatione  praehabita  in  na- 
Tale  stolium  commutentur.  »  (Art.  8,  p.  548.) 

*  «  Â  quibuscumque  mercatoribus  Senensibus  vel  Florentinis  aut  quibus- 
libet  aliis.  »  (démentis  IV  ep.  lxix.  Pérouse,  3  juin  1265,  ap.  Martène, 
Thés.,  U,  139.) 

'  Ces  associés  sont  nommés,  dans  la  lettre  du  pape,  «  Facio  et  Rostanno 
Juncte,  Uugone  Jacobi,  Lotto  Hugolini,  Jacopo  Egidii,  Guascone  Trapili- 
cini.  »  (Ibid,) 

*  c  Cum  creditores  in  longum  terminum  nihil  credart.  •  (Ep.  cxx.  Pé- 
rouse, 5  août  1265.  Thés,,  II,  179.) 

*  a  Idenique  magistereis  super  hoc  praedictam  decimam  obligavit,  et  nos 
hujusmodi  obligation!  nostrum  prxbentes  assensum,  nostra  et  Ecclesiae  Ro- 
mans bona  eisdem  mercatoribus,  si  ductus  cornes  in  solutione  pecuniae  prae 
dictc'e  forte  cessaret,  per  dilcctum  ûlium  P.  Camerarium  nostrum  fecunus 
obligari.  »  (Ibid.) 

®  <  Liberaliter  mutuarunt.  »  (Ibid.) 


(An.  i!265)  AUX  MARCHANDS  FLORENTINS.  57 

teurs  «  afTectionnés,  qui  jamais  ne  faisaient  défaut  à 
rÉglise*  ;  »  la  suite  de  la  correspondance  donne  seule  la 
clef  du  mystère.  Un  emprunt  du  pape  régnant  et  un 
autre  du  pape  défunt  aux  mêmes  banquiers,  montant 
ensemble  à  neuf  mille  livres  tournois,  n'avaient  pas  été 
remboursés  à  l'échéance  fixée,  grâce  à  l'incurie  de  Simon 
de  Brion,  cardinal  de  Sainte-Cécile,  légat  pontifical  en 
France*.  Pour  qu'en  de  telles  conditions  ces  créanciers 
prêtassent  de  nouveau,  ils  y  devaient  trouver  non-seule- 
ment leur  compte,  mais  encore  de  considérables,  d'in- 
solites profits. 

Us  en  auraient  voulu  de  plus  insolites  encore,  si  la 
concurrence  ne  les  eût  forcés,  dans  une  certaine  mesure, 
à  limiter  leurs  prétentions.  A  Sienne  même,  Clément  IV 
pouvait  faire  et  faisait  appel  à  Tommaso  Spigliati.  En 
juillet,  il  ordonnait  de  payer  quatre  mille  livres  tournois 
empruntées,  toujours  pour  les  verser  aux  mains  du  roi 
de  Sicile,  h  Lottario  Bonasce,  marchand  d'Orvieto,  et  à 
Ricco  Bonaguida,  Nero  Fornari,  Angelerio  Bonelli,  mar- 
chands florentins'^.  En  août,  il  devait  payer  trois  mille 
livres  à  leurs  compatriotes  Peregrino  Cassini,  Albertino 
Rota,  Giuseppe  Coppi,  Amatore  Puzzini*.  Il  avait  encore 


*  c  Qai  ad  penonam  nostram  et  Rom.  Ecclesiam  affectum  genint  benc- 
Tolentis  specialis,  quique  nobis  et  eidem  Eccle^iaeia  aliquo  necessitatis  arli- 
culo  non  desunt.  »  (Ibid,) 

*  •  Miramur  nec  immerilo  quum  quod  nos  tibi  expresse  per  nostras  de- 
derimus  litteras  in  niandatis  ut  novem  millia  libranim  Turonensium  quarum 
dilecti  filii  Bonaventura  Beraardi,  Rayncrius  Jacobi  et  Franciscus  Guidi.. . . 
partem  de  mandato  felicis  recordationis  Urbani  papae  praedecessoris  nostri , 
parlera  Tero  ad  instantiam  nostram....  liberaliter  mutuarunt....  pnefatis 
mercatoi'ibus  adhucprsedictampecuniamsolTere....non  curasti.  »  (Glcm.  IV 
ep.  Lxxxiv.  Pérouse,  6  juillet  1265.  Hartène,  Thés,,  II,  149.) 

'  Glem.  IV  ep.  lxxxtui.  Pérouse,  10  juillet  1265.  Thés.,  \i,  152. 
^  Ep.  cxix.  Pérouse,  août  1265,  p.  177. 


38  EXPÉDIENTS  FINANCIKRS  DE  CLÉMENT  lY.     (An.  1265) 

pour  créancier  à  Florence  Lotterîo  Ferrucci  et  Bindo  Ga- 
ligaï,  sans  compter  ceux  de  Pérouse,  de  Rome,  de  Mont- 
pellier*. Les  créances  varient  d'ordinaire  entre  cinq  cenls 
et  dix  mille  livres;  cependant  elles  s'élèvent  quelque- 
fois à  vingt  mille  et  môme  à  cinquante  mille*.  L*Église 
eût  volontiers  emprunté  davantage;  mais  tout  son  trésor 
donné  en  garantie,  vases  sacrés  enrichis  de  pierres  pré- 
cieuses, crucifix  d'or,  encensoirs  d'argent,  n'inspirait 
pas  confiance  au  delà.  Encore  ne  comptait-on  les  espèces 
ni  sur-le-champ,  ni  en  une  seule  fois'.  Maigre  résultat 
acheté  bien  cher  au  prix  d'un  sourd  mécontentement 
dans  le  clergé,  et  de  la  lourde  obligation  d'assurer  le 
remboursement  prochain  de  soixante  mille  cinq  cenis 
livres,  avec  les  intérêts*. 

Cette  obligation,  comme  on  vient  de  le  voir,  n'était 
pas  toujours  remplie.  Le  prêteur  courait  risque  de  perdre 
intérêt  et  capital,  car  il  n'était  pas  seul  à  avoir  des  droits 
sur  le  gage,  et  il  reculait  devant  le  scandale,  nuisible  à 
son  crédit,  de  saisir  les  vases  consacrés.  Aussi,  la  bonne 
volonté  des  premiers  jours  faisait-elle  place  bientôt  à  une 
défiance  croissante.  Clément  IV  s'en  plaint,  comme  de  la 


*  Ep.  L?,  29  avril  1265,  p.  128.  —  Ep.  ccxliii.  Pérouse,  il  mars  1266, 
p.  289.  —  Ep.  cxLix,  Pérouse,  21  août  1265,  p.  201. 

*  M.  de  Cherrier  [III,  176)  a  donné  une  liste  des  emprunts  pontificaux 
pour  Tannée  1265.  Nous  ne  la  reproduisons  pas,  parce  qu'elle  est  incomplète 
et  inexacte.  Pour  qu'elle  fût  de  quelque  intérêt,  il  faudrait  d'ailleurs  y 

oindre  les  emprunts  des  années  subséquentes. 

'  <  Yasa  aurea  et  argentea  cum  pretiosis  lapidibus  et  generaliter  totum 
thesaurum  Ecclesiœ  iisdcm  obligavimus  prseter  morem  ,  et  cum  tanta  licet 

nsolita  cautione  de  50  millibus  libris  Turonensibus  habendis  non  subito, 
nequesimul,  scdsatis  prope,  satisque  continue  aliquam  speni  habemus.  De 
majori  vero  pecuni»  nuUam,  quia  nec  pignora  tantum  valent.  »  (Ep.  ccx, 
Pérouse,  22  décembre  1265,  p.  260.  —  Cf.,  ep.  ccxxii,  19  janvier  1266, 
p.  269.) 

*  Ep.  ccxii,  ccxxu,  Pérouse,  !•'  et  19  janvier  1266,  p.  262,  269. 


(Ax.  1265)  SES  SOLUCITATIONS  A  LOUIS  IX.  39 

malice  des  changeurs,  et  recourt  contre  eux  aux  repro- 
ches, aux  menaces,  à  l'excommunication  ^  Il  tenait  sous 
l'interdit  toutes  les  villes  gibelines,  entre  autres  Sienne 
et  Florence.  II  jouait  de  ses  foudres,  sans  crainte  de 
se  blesser.  Pour  un  prêt  nouveau,  il  absolvait  ses  créan- 
ciers ;  pour  une  réclamation  ou  un  refus,  il  les  frappait 
de  nouveau*.  Ainsi  forcés  à  délier  les  cordons  de  leur 
bourse,  ils  exigeaient  du  moins  que  le  roi  de  France 
s'engageât  lui-même  par  lettres,  car  ils  n'espéraient  de 
recouvrement  que  sur  les  redevances  françaises*.  C'était 
donc  Louis  IX  qui  devenait  la  Providence  financière  du 
snint-siége.  L'expédition  de  son  frère  était,  après  tout,  une 
entreprise  de  famille,  et  il  ne  lui  fallait  pas  moins  de 
mille  livres  par  jour  pour  ses  Français  et  ses  Campa- 
niens^.  «  Croyez-vous,  lui  écrivait  Clément  IV,  que  tant 
d'hommes  puissent  vivre  de  vent,  qu'on  puisse  trouver, 
au  delà  des  monts,  des  préteurs  qui  veuillent  exposer 
leurs  espèces,  quand  ils  voient  les  précédents  ne  pas  re- 
couvrer leurs  créances'?  Nous  ne  cessons  de  crier,  et 


«  c 


.  Non  negamus  quam  arguis  Senensium  mercatorum  desidiam,  nec 
malitiara  excusamus,  sed  potius  et  minis  et  terroribus  frangimus  prout  pos- 
fiimus  et  continuis  increpationibus  perurgemus.  »  (Ep.  ccxxit  à  Charles 

d'Anjou,  p.  273.) 

*  •  Quam  contra  persecutorem  Ecclesi»  et  fautores  ejus  tulimus....  Si 
quos  hactenus  aliter  absolvisti,....  eos  piotinus  in  pristinam  reducas 
sententiam.  »  (Ep.  ccxi  à  Tarchevêque  de  Tyr.  Pérouse,  1*'  janyier  1266, 

p.  261.) 

»  «  Nec  dabunt  cam  (pecuniani)  Italici  mercatores  recipiendam  in  Frau- 
da, nisi  régis  Franci»  illustris  habuerunt  litteras.  »  (Ep.  cxxxti, 
33  août  1265,  p.  190.) 

*  «I  Gui  omni  die  cum  suis  et  Campanis  quod  ad  suura  necessario  traxit 
obsequiuin,  sunl  necessariae  mille  libr».  »  (Ep.  cxx,  Pérouse,  5  août  1265. 
Thés.,  11,  178.) 

»  «  Nec  posse  de  vento  vivere  tôt  et  lanlos,  nec  creditores  ullraneos  in- 
Tenire  qui  se  velint  hoc  tempore  ad  mutuum  dandum  exponere ,  praBsertîm 
cnm  audiant  niale  prioribus  satisfactum.  »  (Ep,  cxx^y,  23  août  1265* 


40  PLAINTES  DU  PAPE  A  CHARLES  D'ANJOU.      (Aw.  1265) 

notre  voix  retentit  comme  une  trompette,  en  voyant  le 
naufrage  de  l'Église,  la  détresse  de  notre  fils,  Tilluslre 
roi  de  Sicile.  Si,  à  l'arrivée  de  sa  noble  et  glorieuse  ar- 
mée, notre  roi  manque  de  ressources,  nous  pourrons 
dire  que  le  navire  aura  péri  dans  le  port.  Donnez  ou 
prêtez  de  Targent  aux  marchands  siennois  qui  sont  en 
France,  ou  pensez  que  vous  nous  abandonnez  au  caprice 
des  venls  et  de  la  mer*.  »  Et  à  son  légat,  le  cardinal  de 
Sainte-Cécile  :  «  Empruntez  donc  pour  donner  aux  Sien- 
nois des  sommes  que  leurs  associés  de  France  mettront 
au  service  du  roi,  notre  bâton  de  vieillesse.  Demandez  au 
roi  de  France,  à  son  frère,  aux  prélats,  aux  religieux,  aux 
bourgeois,  aux  usuriers,  à  tout  le  monde,  quand  même 
vous  auriez  d'eux  essuyé  dix  refus*.  »  Mais  après  avoir 
tenté  ces  efforts  surhumains,  le  malheureux  pontife  de- 
vait se  retourner,  non  sans  humeur,  vers  l'insatiable 
Charles  :  «  Nous  n'avons,  lui  écrivait-il,  ni  montagnes 
ni  fleuves  d'or;  nos  ressources  sont  épuisées,  et  les  mar- 
chands sont  fatigués  '.  Je  ne  sais  comment  vous  ferez  pour 
continuer  à  vivre  dans  Rome,  si  votre  armée  ne  vient  pas, 
et  comment  vous  aviserez  à  l'entretenir  quand  elle  sera 
venue.  Votre  frère,  sollicité  trois  fois,  n'a  pas  répondu 


p.  188.)  —  •  Numquid  enim  de  vento  creditur  possevWere....  »  (Ep.  cxx, 
5  août  1265,  p.  178.) 

*  •  Procura  modis  omnibus  ut  de  tua  vel  mutuanda  pecunia  Senensibus 
mercatoribus  qui  sunt  in  Francia  tantum  detur  quod  in  his  partibus  se  pos- 
sint  effundere  ad  subsidium  socii  eorum,  alioquin  cogita  quod....  nos  man 
et  ventis  expositos  derelinques.  i  (Ep.  clxxxi,  17  novembre  1265,  p.  242.) 

*  «  Noster  baculus  senectutis....  quaere  ergo  mutuum  quod  des  Senen- 
sibus, illud  régi  in  istis  partibus  per  socios  suos  refusuris.  Quaere  cum  regc, 
qu£re  cum....  omnibus,  etsi  decies  rcpulsam  passus  fueris  apud  ipsos.  » 
(Ep.  CLxxxii,  p.  245.) 

•  Nec  montes  nec  fluvios  habemus  aureos....  exhausit  jam  viribus  et 
mercatoribus  faligatis.  i  (Ep.  ccxxv  à  Charles  d'Anjou,  p.  274.) 


(Ah.  1265)  L'ARMÉE  FRANÇAISE  EN  ITALIE.  Ai 

une  seule.  Le  clergé  de  France  n'est  pas  plus  empressé 
que  lui.  Le  légat  n'a  pu  ramasser,  avec  Tordre  de  votre 
autre  frère  le  comte  de  Poitou,  que  quatre  mille  marcs 
d'argent  et  cent  mille  livres  tournois*.  » 

L'heure  était  proche  de  cette  suprême  difficulté.  Au 
débouché  des  Alpes  retentissaient  les  trompettes  et  se 
déployaient  les  bannières  de  Charles  d'Anjou.  Les  popu- 
lations, en  France,  suivaient  de  leurs  vœux  cette  magni- 
fique armée.  Le  trouvère  Rutebeuf  écrivait  : 

Prions  pour  le  roi  Charles  ;  c'est  por  nos  maintenir, 
Por  Dieu  et  saint  Eglise  c'est  mis  au  convenir  *. 

a  Allons  en  Pouille,  disait  Hugues  de  Saint-Cyr,  un  des 
rares  troubadours  du  parti  guelfe  ;  allons  conquérir  le 
royaume  :  qui  ne  croit  pas  en  Dieu  ne  doit  pas  posséder  de 
terre".  »  En  Italie,  du  premier  coup,  les  guelfes  prirent 
partout  la  confiance  que  perdaient  les  gibelins.  Du  coté  de 
la  force  passèrent  beaucoup  de  transfuges.  L'exagération 
méridionale  portait  à  soixante  mille  hommes  les  trente 
mille  que  Robert  de  Bélhune  amenait  à  son  beau-père,  le 
nouveau  roi*.  Leur  libre  passage  était  assuré  par  des  trai- 
tés habilement  conclus  avec  les  seigneurs  et  les  communes, 
en  Piémont  et  en  Lombardie*.  Après  Turin  et  Novare, 


*  Ep.  CLXxxi,  p.  241. 

>  Œuvres,  I,  147.  Ed.  Jubinal,  Paris,  1839,  in-8». 

*  Et  aneiu  en  Polba  lo  règne  conquerer. 

Car  sel  qu'en  Dieu  non  cre  non  deu  lerra  tcncr. 

{Histoire  littéraire  de  la  France^  XIX,  472.) 

^  «  Et  erant  bene  dicti  Francisci  sexaginta  millia.  n(Chron.  Parmense, 
1265.  R.  I.  s.,  t.  IX,  780.) 

*  Voy.les  indications  détaillées  de  tous  ces  traités  dans  Tiroporlant  ouvrage 
que  publie  h  Naples  M.  del  Giudice,  Codice  diplomaiico  del  regno  di  Carlo 
e  II  d'Ângid,  p.  59,  41,  47.  —  Naples,  1863,  in-4*.  —  La  première  par- 
ie dusecoad  ▼olume  a  paru  en  1869. 


42  MARCHE  DES  FRANÇAIS  VERS  ROME.  (An.  1265) 

Verceil,  qui  avait  juré  la  ligue  gibeline  sur  les  reliques 
de  saint  Eusèbe,  son  patron,  ouvrait  ses  portes  avec  un 
empressement  obligé*.  Pour  gagner  Rome,  il  fallait  tour- 
ner l'Apennin  et  passer  par  Bologne,  car  les  gibelins,  maî- 
tres de  la  Toscane,  fermaient  la  route  directe.  Napoleone 
délia  Torre,  anziaiio  perpétuel  ou  seigneur  de  Milan,  le 
marquis  Obizzo  d'Esté,  le  comte  de  San  Bonifacio,  avec  les 
milices  de  Mantoue  et  de  Ferrare,  courent  pleins  de  défé- 
rence au  devant  des  Français.  Buoso  de  Doara  livre  le 
passage  de  l'Oglio  et  se  retire  sur  Crémone*.  Seul  fidèle, 
le  marquis  Pelavicino  ne  pouvait  contenir  ce  flot  chaque 
jour  grossissant.  Vaincu  à  Capriolo,  il  découvrait  Parme 
cl  Bologne.  A  la  voix  de  l'évéque  Geoffroy  de  Beaumont, 
préchant  la  guerre  sainte.  Lombards,  Romagnols,  Bolo- 
nais se  rangent  à  Tenvi  sous  l'étendard  de  la  victoire,  fort 
réjouis  de  faire  leur  salut  dans  l'autre  monde  en  servant 
leurs  intérêts  dans  celui-ci.  De  Rome  accoururent  à  cheval, 
sous  le.s  ordres  de  Guido  Guerra,  quatre  cents  nobles  exilés 
de  Florence,  qui  s'étaient  offerts  au  pape  dès  l'arrivée  de 
Charles  d'Anjou*.  Ils  rejoignirent  à  Mantoue  l'armée, 
surprise  de  leur  splendide  équipement*.  Les  armes  de 
Clément  IV,  une  aigle  rouge  dans  un  champ  blanc,  sur 


<  c  Et  cum  fuerinl  apud  Yercelas,  episcopus  Yercellarum  et  advocati  et  alii 
de  parte  que  dicitur  Ecclesie  contra  juramenta  promissa  et  facta  super  reli- 
quias  S.  Eusebii  confessons  illius  civitatis,  eos  iatraxerunt  in  civitatem  Ver- 
celii.  »  (Chron.  de  Rébus  in  Italia  gestis,  p.  254.) 

«  Villani  (Vif,  4),  Ammiralo  (1.  H,  t.  I,  p.  129)  croient  à  la  trahison. 
Dante  de  même  : 

Ei  piangeqtii  l'argento  de'  Frnnceschi  : 
lo  vidi,  potrai  dire,  quel  da  Ducra 
Là  dove  i  pcscatori  stanno  frcschi. 
(Inf.  XXXU,  113.) 

Stefani,  II,  131,  ap.  Delizie.  etc.,  VUI,  1,  2. 
*  Villani,  VI,  87. 


(An.  1265)  COMBATS  EN  TOSCANR.  45 

un  serpent  vert,  brillaient  sur  leur  bannière,  et  montraient 
en  eux  les  champions  attitrés  de  l'Église.  Ils  y  ajoutèrent 
plus  tard  un  petit  lis  rouge  sur  la  tête  de  l'aigle,  et  tels 
furent  désormais  les  insignes  distinctifs  de  ce  grand  parti 
guelfe  auquel  appartenait  l'avenir  *. 

Pendant  que  ce  torrent  d'hommes,  accru  ainsi  de  nou- 
veaux et  continuels  affluents,  dévastait  tout  dans  sa 
marche  vers  Rome,  «  sans  se  souvenir,  dit  Muratori, 
qu'ils  étaient  chrétiens  et  croisés*,  »  la  Toscane  gibeline 
faisait  bonne  contenance.  Par  une  simple  démonstration 
armée,  Sienne  forçait  à  la  soumission  l'abbaye  de  San 
Snlvadore.  Elle  mettait  à  sac  Sarteano'^  et  Radicofani, 
plus  obstinées  dans  la  résistance.  Elle  renforçait  de 
quelques  compagnies  de  milice  l'armée  que  les  Florentins 
entretenaient  dans  le  val  d'Arno*.  C'est  là  seulement 
qu'avait  pris  quelque  gravité  l'agitation  produite  par  le 
passage  des  Français  sur  l'autre  versant  de  l'Apennin. 
L'évêque  d'Arezzo,  de  la  famille  des  Uberti*,  et  gibelin 
par  conséquent,  s'était  retourné  vers  les  guelfes  pour 
tirer  vengeance  de  ses  diocésains,  qui,  soutenus  de  Guido 
Novello,  avaient  porté  sur  les  biens  épiscopaux  une  main 


«  Villani,  VII,  2.  Ammirato,  1.  Il,  t.  I,  p.  129.  M.  de  Sainl-Priest  tra- 
duit :  «  une  aigle  de  gueules  et  un  serpent  de  sinople  sur  champ  d'argent 
(U,  166).  . 

*  «  Commisero  dapertutio  le  enormità  che  si  possono  immaginare,  senza 
ricordarsi  di  essere  cristiani  e  crociati.  •  (Muratori,  Ann.  d'italia^  1265.) 
Un  peu  plus  tard,  le  pape  lui-même  se  plaignait  des  excès  de  l'année  de 
Charles  à  Bénévent  (Clem.  IV  ep.  ccLxn.  Pérousc,  12  avril  1266.  Thés,, 
n,  306.) 

'  Sartcano,  dans  le  val  di  Chiana,  entre  Chianciano,  Cetona  et  Chiusi,  à 
dix  milles  au  sud  de  Montepulciano,  et  quinze  milles  de  Radicofani,  en  pas- 
sant par  la  montagne  de  Cetona  (Repetti,  Y,  175). 

«  19  janvier  1266.  Comiglio  délia  Campana,  XII,  8,  21 .  22. 

»  Villani  (VU,  12)  le  donne  comme  étant  des  Ubertini,  mais  Muratori  cor- 
rige dans  une  note  en  disant  des  Uherti.  Cf.  Stefani,  II,  132. 


44  UBERTO  SPIOVANATO  DES  PAZZI.  (An.  1205 

sacrilège.  Donnant  en  garde  à  ses  nouveaux  alliés  les 
châteaux  qui  lui  restaient,  il  les  aidait,  en  outre,  à  s'em- 
parer, de  Castelnuovo*.  Cette  place  prise,  il  fallait  la 
défendre,  et  Guide  Novello  la  serrait  de  près.  Les  chroni- 
queurs rapportent  du  chef  qui  y  commandait  une  ruse 
de  guerre,  telle  que  les  aimait  la  subtilité  des  Toscans.  Ce 
chef,  nommé  Uberto  Spiovanato,  était  des  Pazzi  du  val 
d'Arno.  Il  fabriqua  une  fausse  lettre  où  il  se  faisait  an- 
noncer la  prochaine  arrivée  du  roi  Charles.  Il  y  ai)pliqua 
e  grand  sceau  de  l'évêque  d'Arezzo,  son  oncle,  en  le 
détachant  d'une  missive  de  ce  prélat.  Il  mit  cette  lettre 
avec  d'autres  et  de  l'argent  dans  une  bourse  de  soie,  qu'il 
eut  soin  de  perdre  au  plus  fort  d'une  sortie  et  d'une  es- 
carmouche. Les  assiégeants  l'ayant  trouvée,  crurent  aux 
allégations  du  parchemin  trompeur,  et  décampèrent  en 
toute  hâte  pour  rentrer  à  Florence.  C'était  abandonner 
aux  guelfes  enhardis  tout  le  val  supérieur  de  l'Arno*. 

Quoique  réel,  cet  échec  n'avait,  du  reste,  aucune  im- 
portance. Presque  invincibles  dans  les  montagnes,  les 
exilés  ne  pouvaient  tenir  en  plaine.  Ils  inspiraient  encore 
si  peu  de  crainte,  que  les  chefs  gibelins  n'hésitaient  pas 
à  s'affaiblir  pour  envoyer  à  Manfred  plusieurs  escadrons 
de  cavalerie,  politique  évidemment  judicieuse,  car  pour 
défendre  la  Toscane  gibeline,  il  fallait  à  tout  prix  écraser 
Charles  d'Anjou'. 

Mais  bien  probable  était  déjà  son  triomphe.  Les  défec- 
tions de  la  Lombardie  avaient  leur  pendant  au  fond  de  la 


Ml  y  a  plusieurs  localités  de  ce  nom.  Celle  dont  il  s'agit  ici,  c'est  Castel- 
nuovo  délia  Chiassa,  val  d'Arao  supérieur,  sur  la  rive  gauche  du  fleuve  et 
a  route  duCasentino  (Repetti,  I,  507). 
Villani,  Vri,  12.  Stefani,  If,  132. 

»  Malavolti,  part.  U,  1.  II,  ^  31  y\ 


(An.  1265)       SUPRÊMES  NÉGOCIATIONS  DE  MANFRED.  45 

Fouille.  Pour  cette  campagne  où,  selon  le  dur  mot  de 
Dante,  «  tout  Âpulien  fut  menteur  *,  »  les  rangs  de  l'ar- 
mée française  se  grossirent  des  San  Severino,  des  Morra, 
des  Fasanella,  dont  les  familles  n'avaient  reçu  de  Frédé- 
ric II  que  des  bienfaits.  Les  bourgeois,  le  menu  peuple, 
travaillés  par  les  agents  pontiGcaux,  considéraient  sans 
effroi  un  changement  de  maître,  si  le  nouveau  maître  de- 
vait rouvrir  les  églises.  Manfred  s'épuisait  en  efforts  pour 
entrer  avec  lui  en  arrangements,  pour  faire  agréer  sa 
soumission  au  saint-siége.  Une  à  une  il  énumérait  les 
difficultés  de  la  conquête.  Il  tentait  d'en  dégoûter  son 
rival.  Mais  les  réponses  qu'il  recevait  lui  en  étaient  tout 
espoir*.  «  Votre  lettre,  lui  écrivait  ironiquement  Clé- 
ment lY,  se  répand  en  comparaisons  fatigantes.  Elle  ex- 
pose longuement,  et  contre  toute  vérité,  l'impuissance, 
l'orgueil  de  ce  noble  guerrier,  en  qui  tous  les  yeux  ver- 
ront, par  la  suite  de  l'affaire,  non-seulement  ce  que  vaut 
rhomme,  mais  encore  ce  que  Dieu  peut  en  l'homme. 
Que  si  l'on  nous  objecte  la  difficulté  des  voies,  Dieu  est 
puissant  à  ouvrir  ce  qui  est  fermé,  à  dénouer  ce  qui  est 
noué,  à  vaincre  le  grand  nombre  par  le  petit.  Attendons 
son  jugement'.  » 

Il  fallait  donc  recourir  aux  armes.  Mais  dans  quelles 


*  Là  dove  fu  bugiardo 

Ciascun  Pugliese. 

{Inf.  XXVni,  16.) 

M.  de  Saint-Prîest  (H,  173)  traduit  bugiardo  par  couard^  ce  qui  est  un  for- 
mel contre-sens. 

M.  Von  Raumer  (Geschichte  der  Hoherutaufen,  IV,  51 4)  prétend  que 
Clément  IV,  après  le  couronnement  de  Charles  d'Anjou,  songea  de  nouveau 
à  entamer  des  négociations  avec  Manfred.  La  réponse  du  pape  prouve  le 
contraire.  Le  couronnement  est  du  1*'  janvier  1266  ;  les  propositions  de 
Manfred  sont  antérieures  ou  postérieures  de  quelques  jours. 
^  Clem.  IV  ep.  ccixvi,  1266  (pas  de  mois).  Martène,  Thés.,  II,  274. 


46  CHARLES  D^ANJOU  DANS  LE  ROYAUME.         (An.  1266) 

inégales  et  cruelles  conditions  !  La  trahison  élait  jusque 
dans  la  famille  de  Manfred,  jusque  chez  son  beau-frère 
Riccardo  d'Aquino,  comte  de  Caserte*.  Ils  sont  toujours 
rares,  les  fidèles  serviteurs  qui  s'ensevelissent  dans  la 
ruine  de  leur  maître.  Or  cette  ruine,  tout  le  monde  la 
prévoyait.  Détaché  de  sa  souche,  privé  de  la  sève  qu'il 
puisait  jadis  en  terre  allemande,  ce  rameau  des  Hohen- 
staufen  ne  pouvait  reverdir  qu'à  la  condition  d'être  planté 
en  terre  papale,  de  trouver  dans  la  papauté  un  nouveau 
principe  de  vie,  et  tout  espoir  en  était  perdu  depuis 
longtemps. 

Déjà  la  campagne  était  commencée.  En  huit  jours, 
par  un  temps  froid  et  sur  la  neige  durcie,  Charles  avait 
conduit  sa  lourde  cavalerie  et  ses  pesantes  machines  aux 
frontières  de  l'État  napolitain.  Son  adversaire,  sagement 
résolu  à  la  défensive,  tentait  encore  de  feintes  négocia- 
tions :  il  attendait  des  mercenaires  allemands.  La  réponse 
qu'il  reçut  était  d'un  rude  soldat,  comme  d'un  fervent 
chrétien  :  —  «  Allez,  s'était  écrié  le  prince  français,  dites 
au  sultan  de  Lucera  que  je  le  mettrai  en  enfer,  ou  qu'il 
me  metlra  en  paradis*  ».  Dès  le  premier  engagement,  la 

*  Villani  (VU,  5)  prétend  que  Manfred  avait  abusé  de  sa  belle-sœur,  la  com- 
tesse de  Caserte,  et  par  là  veut  expliquer  la  trahison  du  comte.  M.  de  Cher- 
rier  (lU,  186)  répond  qu'elle  était  mariée  depuis  vmgV^pt  ans,  et  qu'à  par- 
tir de  Texcommunication  de  Frédéric  ,  la  famille  d*Àquino  eut  toujours  un 
pied  dans  chaque  camp. 

*  Villani  (VII,  5)  donne  cette  réponse  dans  un  jargon  macaronique  qu'il 
prend  pour  du  français  :  «  Allés,  idit  moi  a  le  sultam  de  Locere  hoggi  mê- 
lerai lui  en  emfern,  o  il  metra  moi  en  paradis.  »  —  H.  de  Cherrier  met  à 
cet  endroit  la  négociation  avec  le  pape  que  nous  avons  rapportée  plus  haut  ; 
mais  c'est  de  sa  part  purement  arbitraire,  car  la  lettre  pontificale  ne  porte 
que  la  date  de  Tannée.  \\  est  clair  qu'à  ce  moment  il  n'y  avait  plus  de  né- 
gociation possible  qu'avec  l'ennemi  qu'on  avait  devant  soi.  Si  Charles  avait 
consenti  qu'on  envoyât  des  ambassadeurs  à  Pérouse  et  qu'on  attendit  leur 
retour  avant  de  poursuivre  sa  marche,  il  en  serait  resté  quelque  chose  dans 
.  histoire. 


(ÂH.  1266)  LES  DEUX  ARMÉES  EN  PRÉSENCE.  47 

première  ligne  de  défense  fut  perdue.  Tandis  que  le 
comte  Giordano  surveillait  en  vain,  avec  sa  cavalerie,  les 
gués  du  Garigliano,  le  comte  de  Caserte  livrait  le  passage 
de  ce  fleuve  à  la  hauteur  de  Ceperano.  Sur  la  seconde 
ligne,  la  forteresse d'Aquino  ne  pouvait  tenir;  Roccad'Ar- 
ce,  un  nid  d'aigle,  était  lestement  escaladé  par  les  fantassins 
de  France,  «  dédales  empennés  »,  comme  les  appelle 
Sabas  Malaspina*.  Naples  etOaëte  ouvraient  prudemment 
leurs  portes*.  San  Germano,  imprenable  clef  des  contrées 
méridionales,  tombait  à  son  tour  par  surprise  aux  mains 
des  Français  et  des  guelfes  florentins,  leurs  alliés^  Le 
bas  Vulturne,  protégé  par  Capoue,  pouvait  être  une  troi- 
sième ligne  de  défense;  mais  les  gués  du  haut  Vulturne 
une  fois  franchis,  elle  devenait  intenable.  Manfred  se 
retira  donc  et  rallia  le  gros  de  ses  troupes  dans  la  vallée 
du  Calore,  non  loin  de  Bénévent.  Pour  prévenir  des  dé- 
fections nouvelles,  il  les  déploya  sur  trois  lignes  dans  la 
plaine  de  la  Grandella,  où,  faute  d'avoir  occupé  les  délilés 
des  montagnes,  il  voyait  descendre  les  Français;  puis,  de 
pied  ferme,  il  attendit  ou  offrit  l'inévitable  combat.  Sa 
deuxième  c<  bataille  »  ou  «  eschielle  »,  comme  on  disait 
alors,  était  formée  de  mille  gibelins  toscans  et  lombards, 
commandés  par  le  comte  Giordano.  L'ennemi,  imitant 
ces  dispositions,  avait  également  placé  au  second  rang 
les  guelfes  italiens  avec  les  Provençaux,  mille  lances  en- 
viron sous  les  ordres  du  roi.  Sous  ceux  de  Guido  Guerra 


*  «  liane  gallici  milites»  quasi  lene  quid  esset,  miractilosc  conscendunt, 
ad  quam,  nisi  novas  alilum  niutarentur  in  formas  aut  lacertos  huberent 
monstniose,  daedalica  fîctione,  pennalos,  vix  credercntur  posse  pcr  longa 
tempora  devenirc.  •  (Sabas  Malaspina,  1.  III,  c.  iy,  R.  I.  S.,  t.  YIII,  8t2l.) 
Chron.  de  rébus ^  etc.,  p.  256. 

^  \'illani,  VU,  6.  Sabas  Malasuina*  l.  Ul.  c.  iv,  R.  I.  S.,  t.  VIU,  821. 


48  BATAILLE  DE  BÉNÉVENT.        (An.  1235 

a  réserve  était  formée  de  quatre  cents  exilés  florentins. 
Manfred  les  voyait  ainsi  que  les  autres,  et  il  admirait  leur 
belle  ordonnance.  On  prétend  qu'il  dit  avec  tristesse  : 
—  Ces  guelfes  ne  peuvent  perdre  aujourd'hui.  Où  sont 
ces  gibelins  qui  me  devaient  assistance  et  pour  qui  j'ai 
dépensé  tant  de  trésors*?  —  Ceux  qu'il  comptait  dans 
son  armée,  quoique  plus  nombreux  que  n'étaient  les 
guelfes  dans  l'armée  ennemie,  ne  lui  pouvaient  faire 
oublier  lant  de  nobles  et  de  bourgeois  prudents  qui  res- 
taient claquemurés  dans  leurs  villes,  sous  prétexte  de  les 
conserver  à  la  cause  gibeline  et  au  roi  Manfred  (26  fé- 
vrier 1266). 

C'est  donc  contre  un  adversaire  sans  espoir,  mais  non 
sans  courage,  et  avec  des  forces  visiblement  plus  consi- 
dérables*, que  Charles  d'Anjou  allait  se  ruer  avec  une 
confîance  qui  ne  négligeait  d'ailleurs  aucun  moyen  de 
succès.  Il  recommandait  aux  siens  de  férir  d'estoc  plutôt 
que  de  taille,  les  chevaux  à  la  tôte  et  les  cavaliers  a  l'ais- 
selle, mais  les  chevaux  de  préférence  aux  cavaliers,  car 
ceux-ci  une  fois  à  terre  et  sous  leurs  montures,  embarras- 
sés dans  leurs  étriers  et  alourdis  par  le  poids  de  leurs 
armes,  pourraient  être  facilement  occis  par  les  hommes 
de  pied'.  —  Nul  ne  s'en  aille!  — criaitil,  pour  défendre 
de  faire  quartier.  Tout  était  permis  contre  le  «  sultan  » 
qui  avait  dans  son  armée  tant  de  «  porcs^,  »  tant  de  Sar- 

*  Villani,  vu,  8,  9.  —  Ammiralo,  l  H,  1. 1,  p.  130. 

*  Les  auteurs  s'accordent  sur  ce  point,  quoiqu'ils  varient  sur  les  chiffres. 
'  «  Reddite  vos  cautos  et  attentes  ut  poilus  cquos  quam  homines  offen- 

datis....  »  (Sabas  Malaspina,  1.  III,  c.  vi,  R.  I.  S.,  t.  VIU,  p.  823.)  —Si  pri- 
rent petites  espées  qu'ils  avoient  et  s'escrièrent  que  on  ferit  d*estoc  par 
dessous  les  esselles,  où  les  Aleman  estoient  plus  legierement  armés.  (G.  de 
Nangis,  Vie  de  saint  Louis,  Hisl.  liit.  de  la  France^  XX,  425.) 

<  Porcine  sunt  isti  qui  contra  nos  cum  tanto  clamore  descendunt  ?  » 
Sabas  Malaspina,  1.  lU,  c.  x.  R.  i.  S.,  t.  VIII,  826.) 


(Ah.  1266)  DÉFAITE  DE  MÂl^FftËD.  49 

rasins  ennemis  de  Dieu,  si  peu  de  prêtres  et  d'aumô- 
niers. 

Entre  ces  musulmans  et  ces  croisés,  le  combat  fut  une 
horrible  et  confuse  mêlée.  La  discipline  militaire  dispa- 
rut sous  une  aveugle  fureur,  fruit  ordinaire  des  haines 
religieuses.  Des  deux  parts,  nulle  tactique  :  à  mesure 
que  les  troupes  engagées  faiblissaient  ou  pliaient,  on  en 
faisait  avancer  de  fraîches.  Quoique  la  courte  épée  des 
Français  luttât  avec  désavantage  contre  Tépée  si  longue 
des  Allemands^  la  victoire  devait  donc  rester  aux  plus 
nombreux.  Autour  de  lui,  Manfred  ne  voyait  plus  qu'une 
poignée  de  fidèles  :  des  Romains,  des  Lombards,  quelques 
barons  du  royaume.  Avec  eux  il  s'élança  pour  un  su- 
prême effort;  mais  jusque  parmi  eux  il  rencontre  des 
traîtres  ou  des  lâches  :  son  grand  camérier,  le  comte  de 
Malecta,  se  retire  vers  Bénévent,  emportant  le  trésor  dont 
il  était  le  gardien*.  Son  beau-frère,  le  comte  d'Acerra, 
prend  la  fuite  avec  d'autres  seigneurs.  N'ayant  plus, 
comme  il  le  dit  alors,  qu'à  mourir  en  roi,  plutôt  que  de 
vivre  dans  l'exil  et  la  misère*,  il  quitte  ses  insignes  royaux, 
qui  l'eussent  fait  reconnaître,  et,  des  mains  d'un  écuyer, 
prend  son  heaume  de  bataille.  L'aigle  d'argent  qui  en 

>  Car  les  deux  mains  en  haul  levées 

dictent  d'unes  longues  espées 

Souër  tranchanz  à  larges  meures...  ''; 

Li  François  espées  reportent 
Coui  tes  et  roidcs  dont  ils  taillent, 
Mez  aux  ennemis  navrer  Paillent. 

[Guill.  Guyart,  Royaux  lignages,  t.  H,  p.  77.) 

«  Cherrier,  III,  195. 

'  «  Polius,  inquit,  hodie  volo  inori  rcx  quam  vivere  cxul  et  miser.  »  (Ri- 
cohaldi  FerrariensU  Pomarium,  R.  I.  S.,  t.  IX,  135.)—  «Mulo,  inquit,  ho- 
die mori  rex  in  acic  quam  vivere  exul  et  calamitosus.  »  (Chroii.  Fr.  Pi- 
pini,  c.  VI,  K.  I.  S.,  t.  IX,  679.)  Cf.  Chron.  Siciliœ  auclore  anonyniOj  R. 
I.  S.,  t.  X,  832. 

UST.  M  FLOliENCE.  —  U.  ^ 


50         RECHERCHE  DU  CORPS  DE  MANFRED.    (An.  1266) 

faisait  le  cimier  étant  tombe  à  terre  :  Hoc  est  signum  Dei, 
dit-iP;  mais  il  ne  s'en  jeta  pas  moins  au  plus  fort  de  la 
mêlée,  et  il  y  disparut  obscurément,  comme  le  dernier  de 
ses  hommes  d'armes\ 

Parmi  les  captifs  conduits  au  camp  des  vainqueurs  se 
trouvaient  bien  le  comte  Giordano,  les  frères  Simplice, 
et  ce  Piero  Àsino  des  Uberti,  qui  avait  jadis  cassé  la  tête 
à  Cece  Buondelmonti,  sur  le  cheval  du  grand  Farinata'; 
mais  vainement  on  y  chercha  Manfred.  Comme  personne 
ne  disait  l'avoir  vu  parmi  les  vivants,  Charles  donna  ordre 
d'examiner  les  morts.  De  trois  jours  il  défendit  d'en  en- 
lever un  seul  du  champ  de  bataille.  A  la  (in,  un  soldat 
picard,  qui  avait  dans  son  butin  le  destrier  royal,  déclara 
avoir  vu  tomber  dans  la  lutte  le  cavalier  qui  le  montait, 
un  homme  blond  aux  yeux  bleus,  avec  une  barbe  rouge 
au  menton,  de  peau  blanche,  de  taille  moyenne,  de  phy- 
sionomie agréable*.  A  cette  description  précise,  les  courti- 

*  Villani,  VII,  9. 

*  M.  de  Cherrier  (III,  196)  fait  remarquer  avec  raison  que  Guillaume  de 
Nangis  (hc,  cit.,  p.  427)  et  Fcrrcti  de  Vicence  (1.  I,  R.  I.  S.,  t.  iX«  947) 
sont  les  seuls  chroniqueurs  qui  accusent  Manfred  d'avoir  pris  la  fuite.  Les 
autres,  quoique  guelfes  pour  la  plupart,  rendent  témoignage  de  sa  bra-* 
▼cure. 

'  «  Magnum  quoquo  captivorum  numo.rum  ad  carceres  Garoli  bellicus 
eventus  adduxit,  inter  quos  Jordanus  et  Bartholomaeus  Simplex,  eorumquc 
firatres,  nec  non  Pctrus  Âsini  de  Ubertis  Florcntinus  ghibcUinœ  iactionis 
auctor.  f  (Fr.  Pipini  Chron,,  c.  vi,  R.  1.  S.,  t.  IX,  680.)  —  «  Non  si  fa 
menzione  di  persona  altra  di  conto  de'  Fiorentini  che  Picro  Asino  degli 
Uberli.  t  (Ammirato,  1.  H,  t.  I,  p.  130.) 

*  «  Erat,  inquit  (miles  Picardus),  homo  flavus,  amœna  facie,  aspectu  pla- 
cabilis,  in  maxillis  rubeus,  oculis  sidereis,  per  totum  nivens,  stalura  medio- 
cris.  f  (Sabas  Malaspina,  1.  III,  c.  xui,  R.  I.  S.,  t.  VUI,  830.)—  A  la  même 
page,  cet  auteur  dit  encore  :  «  Formosum  corpus  Manfredi.  »  Cf.  Dante  : 

Biondo  era  e  belle  e  di  geutiie  aspetto; 
Ma  Vun  de*  dgli  un  colpo  avea  divido... 
E  oioetrommi  una  piaga  a  sommo  il  petto. 
(Purg.  111,107.) 


(An.  1306)  SÉPULTURE  DE  MANFRED.  5i 

sans  napolitains  reconnurent  celui  quUls  appelaient  <x  leur 
roi,  leur  capitaine,  leur  ma'tre,  leur  agneau*.  »  Après 
bien  des  recherches,  on  le  trouva  percé  de  coups,  dé- 
pouillé par  les  ribauds  ou  r.oldats  d'aventure  qui,  dans 
les  combats,  n'avaient  d'yeux  que  pour  le  bulin*.  «  Et  jà 
soit  ce  qu'il  eût  été  faussemeit  et  contre  droit  honoré  de 
royale  majesté,  le  roi  Charles,  qui  de  ce  fut  remembrant, 
et  qui  libéral  et  franc  cœur  avoit%  ne  souffrit  pas  que  sa 
charogne  fût  laissée  aux  bêles  et  aux  oiseaux  du  ciel  à 
dévorer,  ainçois  la  fit  couvrir  de  un  moncel  de  pierres  en 
une  voie  commune  près  de  Boni  vent  \  d  Le  seul  honneur 
funèbre  qu'il  refusa,  ce  fut  la  sépulture  ecclésiatique,  à 
laquelle  ne  pouvait  prétendre  un  excommunié '^.  Les  Ita- 
liens, d'esprit  plus  libre,  mais  moins  conséquents,  ne 
virent  que  dureté,  qu'indigne  vengeance  dans  cet  acte  de 
naturelle  et  pieuse  logique  \  Par  une  semblable  erreur, 

*  fl  Heu,  heu  !  occisus est  agnus,  rex,  dux  et  dominus  noster ,  qui  elegit 
cum  suis  mori  potius  quam  vWere  sine  ipsis.  p  (Sabas  Malaspina,  1.  lU, 
c.xiii,  R.  I.  S.,  t.  Vin,  830.) 

*  €  Contigit  quod  Die  dominica  corpus  invcntum  est  nudum  penitus  in- 
ter  cadavera  peremptorum.  »  (Lettre  de  Charles  d'Anjou  au  pape,  Cod.  dipL 
del  regno,  I,  114.)  — Villani  (VU,  9)  etFr.  Pipini  (R.  1.  S.,  t.  IX,  680)  rap- 
portent une  version  plus  saisissante,  et,  pour  ce  motif,  suivie  dans  la  Divine 
Comédie  :  c  Un  villain  ayant  reconnu  et  ramassé  le  cadavre  de  Manfrcd,  Tau-^ 
fait  porté  au  camp  ,  couché  sur  un  âne  ,  en  criant  à  tuc-téte  :  Chi  accatta 
Manfredi  f  Sur  quoi  un  baron  aurait  accablé  le  villain  de  coups  de  bâton  et 
fait  apporter  le  corps  à  Charles,  devant  qui  le  comte  de  Caserte,  Giordano 
d^Ângiano,  Bartolommeo  Simplice  et  autres  famihers  du  malheureux  vaincu, 
le  reconnurent,  c  Uélas  !  se  serait  écrie  le  comte  Giordano,  les  yeux  pleins 
de  larmes  et  en  se  voilant  la  face  :  c'est  bien  mon  seigneur  !  » 

'  Trop  libéral  même,  au  gré  de  ce  rude  chroniqueur  :  «  Et  fu  la  cause 
pour  ce  qu'il  les  cuida  atraire  par  dcbonnaireté,  mais  tniex  li  venit  que  il 
les  eut  fet  punir  et  décoler.  »  (Guill.  deNangis,  loc.  cit.,  p.  427.) 

*  Guillaume  de  iNangis,  loc,  cit.j  p.  427. 

*  Ego  itaque  naturali  pietate  inductus,  corpus  ipsum  cum  quadam  hono- 
rificentia  sepulturae,  non  taraen  ecclesiasticse,  tradi  feci  (Lettre  de  Charles 
Cod.  dipL  del  regno,  I,  114). 

*  In  quo  vere  quum  non  sit  vindicta  ad  mortuos,  generositati  sua  idem 


52  MANFRËD  JUGÉ  (Ar.  1266) 

ils  prirent  pour  une  basse  injure  ces  pierres  jetées  sur  le 
cadavi*e,  seul  monument  funéraire  des  héros  morts  dans 
les  temps  primitifs^  L'injure  vint  du  haineux  Pignatelli, 
archevâque  de  Cosenza,  qui,  par  ordre  du  pape'  ou  de 
son  propre  mouvement,  fit  exhumer  avec  ignominie  et 
transporter  hors  du  royaume  les  restes  de  Manfred.  Au- 
dessus  de  Geperano,  non  loin  du  Liris  et  sur  les  rives  d'un 
ruisseau  de  l'État  pontifical,  le  Yerde,  qui  y  déverse  ses 
maigres  eaux,  ils  furent  jetés  dans  un  champ  sans  les 
couvrir  ni  de  pierres  ni  de  terre,  exposés  au  vent  et  à  la 
pluie,  en  proie  à  ces  oiseaux  du  ciel  dont  un  rival  triom- 
phant avait  du  moins  voulu  les  protéger'. 

La  poésie  contiunporainc  ne  se  montra  guère  plus  clé- 
mente a  la  défaite.  Elle  faillit,  cette  fois,  à  son  noble  rôle, 
qui  est  de  l'honorer  et  de  la  relever,  dans  la  mesure  de 
la  justice.  C'est  à  peine  si  quelques  étrangers,  le  trouba» 
dour  Àimeri  de  Peguilain\  le  trouvère  Adam  de  la  Halle, 

Carolus  plurimum  dcrogavit  (Fr.  Pipini  Chron,,  c.  6.  R.  I.  S.,  t.  IX,  680). 
Dante  est  plus  juste  : 

Sotto  la  çuardia  tlclla  grave  inora 
(Purg,  m,  129.) 

Guardia  compense  grave,  qui  pourrait  être  pris  en  mauvaise  part. 

1  Sabas  Malaspina,  loc,  ci^.  ViUani,  Vil,  9.  Gherrier,  lU,  199.  — Aujour^ 
d'hui  encore,  nejctte-t-on  pas  souvent  une  pierre  ou  un  peu  de  terre  dans 
la  fosse  ouverte  d*un  parent,  d'un  ami,  avant  de  s'éloigner? 

*  Se  '1  poster  di  Coscnza  c:h'  alla  caccia 

Di  me  Tu  messe  per  Ciementc... 
(Purg.  III,  124.) 

*  Villani,  Vil,  9.  Pétri  Diaconi  HiU.  mon,  Ca$êin.,  p.  756,  ap.  Cherrier, 
m,  200.  —  Cf.  Dante,  Purg.,  lU,  130  : 

Or  le  bagna  la  pioggia  c  movc  il  vente, 
Di  Tuor  dal  Rcgno,  quasi  lungo  il  Vente, 
Ovc  lu  trasmutô  a  lume  spcnto. 

*  Totas  honora  e  (uig  fag  benestan 
Foron  gutal  c  délit  e  mal  ine^ 


(Ah.  iîM)  PAR  LES  POËTES  CONTEMPORAINS.  53 

eurent  quelques  mots  de  bienveillant  souvenir  pour  la 
lamentable  victime  d'une  grande  cause.  Il  est  vrai  que 
les  paroles  de  ce  dernier  sont  en  quelque  sorte  une  réha- 
bilitation autorisée,  car  ménestrel  au  service  du  vain- 
queur, il  ne  reproche  au  vaincu  que  son  impiété  : 

Biaus  chevalier  et  preus  et  sages  fu  Manfrois, 
De  toutes  bonnes  tèches  entechiès  et  couilois  ; 
En  lui  ne  faloit  riens,  fors  que  seulement  fois*. 

En  Ilalie,  sous  l'implacable  règne  des  guelfes^  Dante 
le  premier  et  Dante  à  peu  près  seul  osa  être  juste  pour 
ce  grand  gibelin  malgré  lui.  II  Tappelle  «  le  fils  heureu- 
sement né  de  César*.  »  Quoique  ses  péchés  fussent  «  hor- 
ribles, »  c'est  au  purgatoire,  non  dans  l'enfer  qu'il  le 
place,  parce  qu'il  s'était  tourné  en  mourant  vers  la  a  Bonté 
infinie',  »  pure  hypothèse  du  poëte,  mais  marque  d'in- 
dulgence et  d'admiration.  Au  seuil  du  purgatoire  même, 
selon  la  doctrine  des  théologiens,  Manfred  devait  altendre 
trente  années  pour  chacune  de  celles  qu'il  avait  vécu  dans 
les  censures  ecclésiastiques  :  Dante  abrège  pour  lui  le 
temps  de  ces  épreuves  préliminaires*,  et  la  postérilé  ra- 


Lo  jorn  que  mortz  aucis  lo  miel  presan 
E  'i  plus  plasen  qu'ancroais  nasques  de  maire, 
Lo  yalen  rei  M^nfrei  que  capdelaire 
Fon  de  yalor,  de  gaug,  de  totz  loa  bes; 
Non  sai  cossi  morlz  aucir  lo  pogues,  etc. 
[Aimeri  de  Peguilain,  ap.  Renouard,  Choix  des  poésies  originales 

des  troubadours,  V,  12.) 

*  Ccit  du  roi  de  Sezite,  dans  les  Œuvres  de  Ruteheuf,  l,  435,  notes  et 
éclaircissements. 

*  Federicus  Caesar  et  bene  genilus  ejus  Manfredus  (De  vulgari  eloquio, 
I,  liî,  éd.  Fraticelli,  Opère  minori  di  Dante,  II,  180). 

»  Purg.  III,  118. 

*  Purg,  lU,  136. —  M.  de  Saint-Priest  (II,  207)  se  trompe  étrangement 
quand  il  explique  Tindulgence  et  la  pitié  de  Dante,  par  ce  motif  que  Mao- 


54  JUGEMENT  DE  LA  POSTÉRITÉ.  (An.  1266) 

tifie  cette  sentence  atténuée,  mais  sévère  encore  :  sans 
méconnaître  les  talents  réels,  le  caractère  aimable,  la 
mort  glorieuse  de  Manfred,  elle  ne  peut  oublier  sa  cou- 
pable ambition.  Si  elle  en  parle  sans  indignation  et  sans 
trop  de  blâme,  c'est  qu'elle  pèse  les  raisons  qui  en  sont 
Texcuse  :  le  désir  des  Italiens,  dans  toute  la  péninsule, 
de  ne  point  voir  un  même  prince  dominer  sur  le  Nord  et 
sur  le  Midi;  des  Napolitains  dans  la  Fouille  et  en  Sicile, 
d'avoir  un  roi  qui  vécût  parmi  eux  et  n'eût  souci  que  de 
leurs  intérêts;  l'incertitude  de  savoir  quel  était,  dans  ces 
contrées  méridionales,  le  maître  légitime,  du  pape  ou  de 
l'hérilier  de^  Hohenstaufen,  qui  s'en  attribuaient  simul- 
tanément la  souveraineté  ;  les  qualités  personnelles  enfln 
qui  devaient  rendre  l'affable,  le  doux,  le  généreux  Man- 
fred  aussi  populaire  parmi  ses  sujets  que  devait  l'êlre 
peu  le  sombre,  le  dur,  le  cruel  Charles  d'Anjou. 

fred  aurait  été  un  a  prince  presque  national,  qui  avait  essayé,  quoique  en 
Tain,  de  fonder  une  Italie.  »  Bien  autres  étaient  les  vues  du  poète,  du  poli- 
tique qui,  de  tous  ses  vœux,  appelait  Henri  VU. 


CHAPITRE  II 

LES    FRATI    GAUDENTI   ET   LE    PROTECTORAT 
DE  CHARLES  D*ANJOU 

—  1266-1267  — 

Effets  de  It  bataille  de  Bénévent  en  Italie.  —  Réconcilialion  de  Florence  avec 
l'Église.  —  Concessions  de  Guido  Novello.  —  Les  frati  gaudenti,  —  Conseil 
des  trente-six  huoni  uamini,  —  Organisation  qu'ils  donnent  aux  art».  —  Pro- 
grès de  la  démocratie.  —  Efforts  de  Clément  lY  pour  chasser  les  Allemands. 
— Emprunt  refusé  à  Guido  Novello.  —  Attaque  des  Lamberti  contre  les  trente- 
six  (11  no\'embre  1266).  —  Résislance  des  marchands.  —  Échec  et  retraite  de 
Guido  Novello.  —  Il  lente  de  rentrer  dans  Florence  (12  novembre).  —  Réor- 
{^anisation  du  gouvernement  florentin.  —  Part  qu'y  prend  Clément  lY.  —  Effort 
des  Florentins  pour  conserver  leur  indépendance.  —  Domination  passagère 
dos  modérés.  —  Mariages  mixtes.  —  Mécontentement  des  guelfes  et  du  pape. 
—  Leurs  tentatives  pour  dissoudre  le  ligue  gibeline.  —  Entrée  de  Guy  de 
Montfort  et  des  Français  à  Florence  [\2  avril  12G7).  —  La  seigneurie  offerte  à 
Charles  d'Anjou.  —  Réforme  des  institutions  florentines.  —  Les  douze  buoni 
uomini,  —  Les  divers  conseils.  —  Les  biens  des  gibelins  confisqués.  —  Orga- 
nisation de  la  parle  guelfa.  —  Plaintes  des  gibelins  :  Fra  Guittone  d'Arezzo. 

Comme  un  coup  de  foudre  attendu,  mais  que  l'attente 
ne  rend  pas  moins  formidable,  la  bataille  de  Bénévent 
retentit  dans  toute  Fltalie,  et  Tébranla  jusqu'en  ses  fon- 
dements. La  chute  de  Manfred  était  pour  les  gibelins  plus 
que  la  perte  d'un  chef  habile  et  puissant  ;  c'était  la  ruine 
d'une  maison  redoutée,  unique  support  de  leur  parti. 
«  La  Sicile,  écrivait  avec  enthousiasme  Clément  IV,  est 
rcssuscitée  vivante  d'entre  les  morts*.  »  En  Lombardie, 

'  Ecceper  Dei  graliam  Sicilia  rediviva  nuper  a  mortuis  resurrexit  (Clem. 
IV  ep.  ccLXxxTiii.  Thet.f  II,  527). 


56  GUIDO  NOVELLO  AFFAIBLI  A  FLORENCE.        (An.  1266) 

toutes  les  villes,  sauf  Pavio  el  Vérone,  tous  les  tyrans, 
sauf  Buoso  de  Doara,  adhèrent  aux  vainqueurs*.  La 
moindre  résistance  est  aussitôt  châtiée  ;  Buoso  de  Doara 
se  voit  excommunié,  banni  pour  toujours*.  La  Marche, 
si  longtemps  rebelle  au  souverain  pontife,  son  maître  lé- 
gilime,  en  reconnaît  enfin  l'autorité'.  Les  guelfes  de 
Toscane,  si  cruellement  abattus,  relèvent  partout  la  têle. 
Pour  menacer  les  gibelins  de  jusles  représailles,  ils  n'at- 
tendent pas  même  le  retour  des  vaillants  exilés  qui 
venaient  de  se  couvrir  de  gloire.  Ils  se  rapprochent  de 
Florence  ;  ils  viennent  jusqu'au  pied  des  murailles, 
jusqu'à  l'église  des  Servi  pour  y  tenir  conseil,  pour  y 
nouer  ou  renouer  avec  leurs  amis  du  dedans  des  relations 
que  n'empêchent  plus  leurs  ennemis*.  Dans  Florence 
même,  où  commande  toujours  Guido  Novello,  après  avoir 
murmuré  tout  bas,  on  se  plaint  tout  haut  des  dépenses 
extrêmes,  des  charges  désordonnées,  des  prestations 
énormes  et  vexatoires  qu'il  impose  aux  habitants.  «  Le 
peuple,  dit  Stefani,  commençait  à  rugir,  en  se  rappelant 
qu'il  avait  coutume  d'être  seigneur,  et  qu'on  le  traitait 
comme  chiens*.  »  Il  étendait  la  responsabilité  de  ses 
maux  à  tous  les  magistrats,  et  il  avait  cessé  de  les  craindre, 
car  il  les  sentait  plus  occupes  de  se  défendre  que  d'atta- 
quer. I^  tyrannie  cesse  d'être  redoutable,  et  elle  disparaît 
d'elle-même,  quand  elle  redoute  son  châtiment  pour  le 
lendemain. 

Les  plus  habiles,  en  pareils  cas,  perdent  la  tête.  Que 

*  Clem.  lY  ep.  cclvii,  caxxxviii.  Thei.,  II,  502,  327. 

*  Ckron,  de  rébus,  etc.,  p.  259  sq.  —  Memorialc  potestatum  liegien" 
siiim.  R.  LS.,t.  VIII,  1126. 

'  Marchia  nostrn  ad  nos  rcdiit  (Clem.  IV  ep.  ccltii.  Thés, y  II,  302), 

*  Villani,  VII,  13. 

>  Coininciô  il  popolo  a  ruggire,  ricordandosi  che  soleano  avère  lasignoria 


(An.  1266)       IL  RÉCONCILIE  FLORENCE  Â  L*ÉGLISE.  57 

pouvait  Guido  Novcllo,  aussi  médiocre  homme  d'Ëtat 
quMnsuffisant  capitaine?  Il  ne  pensait  qu'à  sauver  son 
pouvoir,  et  il  se  flattait  encore  d'y  parvenir*.  Il  ne  com- 
prenait pas  que,  séparé  comme  il  Télait  du  peuple,  il  ne 
pouvait  céder  quelque  chose,  sans  être  réduit  à  céder 
tout.  C'est  l'éternelle  histoire  des  gouvernemenls  mena- 
cés. Ils  épuisent  leurs  forces  à  remonter  le  courant  qui 
les  emporte,  et  quand,  à  bout  de  forces,  ils  s*y  abandon- 
nent, l'abîme  est  trop  près  pour  qu'ils  n'y  soient  pas 
précipités. 

Son  premier  soin,  un  mois  à  peine  après  la  bataille, 
fut  de  réconcilier  Florence  avec  TÉglise.  Dans  le  courant 
de  mars  1266,  «  le  potcstat,  le  conseil  et  la  commune, 
revenant  à  ce  cœur  dont  ils  s'étaient  éloignés  inconsidé- 
rément et  non  sans  périP,  »  envoyaient  en  ambassade 
auprès  du  pape  quatre  juges  :  un  d'eux,  Jacopo  de  Cerrelo, 
était  constitué  syndic  pour  demander  en  leur  nom  la 
levée  de  l'excommunicalion  et  de  l'interdit.  Clément  IV 
accueillit  favorablement  l'humble  requête  ;  mais  ne 
jugeant  pas  qu'on  lui  offrît  de  suffisantes  garanties', 
le  25  mars,  il  commettait  au  cardinal  Oltaviano  des  Ubal- 
dini  le  soin  de  donner  satisfaction  à  Florence,  après  que 
soixante  marchands  «  solvables  »  se  seraient  engagés  a 
obéir  en  tout  au  saint-siége  et  à  payer  sur  leurs  propres 


et  il  reggimcnto,  e  chc  non  crano  signori.  ma  como  caui  traltati  da*  ghi- 
bellini  colle  imposte  clic  il  conte  Guido  facea  loro.  (Stcfani,  U,  135.) 

«  Villani,  Vil.  13. 

'  Lettre  de  Clément  IV  au  card.  Oltaviano  des  Ubaldini ,  Pérousc, 
25  mars  1266  (Arch.  di  Stuto,  Cartapecore  Strozziane-Uguccioni). 
M.  G.  Capponi  a  public  pour  la  première  fois  ce  document  (T.  I,  p.  549, 
app.,  n»  1). 

^  Quia  tamen  ab  eisdem  sindicho  fideijussoribus  datis  ab  eo  plenarie 
non  est  chautum  (/(tV/.,  ap.  Capponi,  p.  5i9). 


58  PROJETS  DE  RÉFORMES  (kn.  i26G) 

biens  toutes  les  sommes  qu'il  pourrait  exiger  d'eux  \ 
Le  7  avril  suivant,  l'ancien  ami  de  Frédéric  II  faisait 
rentrer  Florence  gibeline  dans  le  giron  de  l'Église.  Cinq 
juges  et  notaires  «  par  raulorilé  impériale  »  enregistiaient 
cette  grâce,  qui  s'étendait  nominativement  à  quelques 
particuliers  '  ;  Arezzo ,  Pistoia  suivaient  aussitôt  cet 
exemple.  «  La  porte  est  ouverte,  écrivait  joyeusement  le 
pape,  au  salut  de  toute  la  Toscane'.  » 

Sûr  désormais  de  la  bienveillance  ou  tout  au  moins 
de  la  neutralité  du  saint-siége,  Guido  Novello  n'avait  plus 
qu'à  mériter  et,  s'il  se  pouvait,  qu'à  conquérir  celle  de 
ses  adversaires  enhardis.  C'était  la  partie  ardue  de  sa 
tâche.  Il  y  eût  fallu  plus  d'adresse  et  de  résolution  qu'il 
n'en  avait.  Il  ne  sut  imaginer  que  des  mesures  incohé- 
rentes, que  d'insuffisantes  concessions,  et  il  les  imagina 
trop  tard.  «  Employés  avant  d'être  nécessaires,  dil 
Machiavel,  ces  remèdes  auraient  pu  être  utiles.  Tardifs 
et  sans  préparation,  non-seulement  ils  ne  servirent  point, 
mais  encore  ils  hâtèrent  la  ruine*.  »  Au  lendemain  du 
jour  où  il  avait  fait  au  pied  du  trône  pontifical  une  soumis- 
sion prudente,  Guido  faisait  encore  mine  de  se  défendre  : 
il  appelait  à  lui  les  forces  de  la  taglia^  qui  élevèrent  les 


*  Receplis  ab  eis  sexaginla  fideijussoribus  mcrcatoribus  qiios  facilitate 
conyeniendi  ac  solvendi  facultate  idoneostibi  esse  constiterit...  pecuniarum 
sumroas  quas  per  nos  scu  alios  aut  aliutn  exigemus  vel  exigi  facicmus  ab 
cîs,  de  propriis  bonis  soWent  (Ihid.), 

*  Facta  fuit  ista  relaxa tio...  anno  1266,  die  7  mcnsis  aprilis...  Ego  iiih- 
periali  auctoritate  judex  et  notarius...  (Ibid,). 

>  Ecce  janua  panditur  ad  salutem  totius  Tuscise.  Jam  namquc  Tiam  tenet 
eamdem  Pistorium,  eamdem  Âretium...  (Clcm.  IV  ep.  cclxiv.  Pérousc, 
13  avril  1266.  Thés,,  II,  310). 

*  Quelli  rimedii  che,  avcndoli  fatti  prima  clie  la  nécessita  yenisse,  sa- 
rebbero  giovati,  facendoli  dipoi  senza  grade,  non  solamente  non  gioTa- 
rono,  ma  affrettarono  la  rovina  loro  (MadiiaTcl,  lit,  fior,,  II,  19). 


(Ah.  4266)  DE  GUIDO  KOVELLO.  59 

siennes,  en  y  joignant  ses  six  cents  Tedeschi^  au  chiffre 
respectable  de  quinze  cents  cavaliers*.  Pour  gagner  lés 
esprits,  le  bon  vouloir  de  la  multitude  et  du  parti  guelfe% 
il  substituait,  cependant,  des  procédés  humains  aux 
rigueurs  ;  il  tentait  même,  paraît-il,  d'appeler  un  popo- 
lano^  GiannuzzoSoldanieri,  aux  fonctions  de  capitaine  du 
peuple;  mais  Soldanieri  n'acceptait  pas,  ou  il  ne  pouvait 
prendre  possession  de  sa  charge'*  :  personne  ne  se  laissait 
séduire  à  ces  avances  intéressées  de  la  faiblesse  et  de  la 
peur.  C'est  alors  que  Guido  Novello  conçut  le  dessein 
d'introduire  à  Florence  une  magistrature  bizarre,  essayée 
en  1254  à  Modcne,  et  qui  ne  pouvait  qu'obtenir  l'agré- 
ment du  saint-siége. 

Confier  à  deux  polestals  simultanément  l'administration 
de  la  chose  publique,  telle  avait  élé  l'innovation  de 
Modène*.  Guido  Novello  y  crut  apporter  une  amélioration 
ingénieuse,  en  voulant  que  l'un  des  potestats  fût  guelfe  et 
l'autre  gibelin.  Pour  faire  montre  d'impartialité,  il  in- 
troduisait la  guerre  au  sommet  de  la  judicature,  et  si 
disposé  qu'on  soit  à  le  croire  sincère  dans  cette  expérience, 


*  Villani,  VU,  14.  Ptoléraée  de  Lucques  (Annal.,  R.  I.  S.,  t.  XI,  1285). 
Stefani  (U,  135)  dit  2200. 

*  Guadagnarsi  gli  animi,  la  benevolenza  délia  moUitudine  délia  parte 
guelfa  (Malavolti,  part.  II,  l.  2,  f*  34  ).  Cet  auteur  croit  à  tort  qu'on  eût 
mieux  réussi  en  redoublant  de  sévérité  (È  più  facile  usar  la  forza  e  la  se- 
▼erità  con  la  quale  si  tendono  i  sudditi  in  timoré,  che  il  mostrarsi  troppo 
benigno  e  amorevole  (Ibid.). 

'  Paolino,  II,  27.  Si  Taffirmation  de  ce  chroniqueur  est  exacte,  il  faut 
croire  que  cette  nomination  fut  rapportée  ou  non  suivie  d'effet,  car  Gian- 
nuzzo  Soldanieri  ne  figure  pas  au  livre  ms.  intitule  :  Officialet  foreuses 
civitatis  Floreniiœ. 

*  Interdum  binis  uno  tempore  potestatibus  civitas  regenda  tradebatur. 
Quod  Mutinae  factum  fuit  anno  1254,  adlectis  a  populo  Domino  Castellano 
Domini  Ândaloi  et  Domino  Rambertino  Dominî  Matthaei  (Muratori,  Antiq, 
Ital.,  Diss.  46,  t.  IV,  col.  88). 


60  LES  FRATI  GAUDENTI.         (An.  1266) 

dans  cette  concession  peu  sensée,  on  se  demande  malgré 
soi  si,  derrière  ces  magistrats  de  parade,  neutralisés  Tun 
par  l'autre,  il  ne  se  flattait  pas  de  gouverner  seul,  comme 
par  le  passé. 

Il  y  avait  alors  en  Italie  un  ordre  moitié  religieux, 
moitié  militaire,  dont  les  membres  portaient  le  nom  de 
chevaliers  ou  frères  de  Sainte-Marie.  C'étaient  peut-être 
ceux  de  Fra  Pietro  de  Vérone  qui,  sortant  de  Florence, 
s'étaient  propagés  et  transformés  '.  Us  devaient  être  issus 
de  familles  nobles,  du  côté  maternel  comme  du  côté  pa- 
ternel'. Ils  portaient  une  tunique  blancbe  et  un  manteau 
gris  avec  une  croix  et  deux  étoiles  rouges  sur  plastron 
blanc,  des  gants  de  cuir  ou  de  laine,  et  les  insignes  mili* 
laires,  Técu,  le  heaume,  les  éperons  de  fer.  Ils  obser- 
vaient les  jeûnes  de  l'Ëglisc  et  beaucoup  d'autres,  faisaient 
maigre  le  lundi  et  le  mercredi,  s'abstenaient  d'œufs  et  de 
laitage  le  vendredi,  de  lard  et  de  sang  le  samedi.  Ils  li- 
saient l'ofCce  de  la  Madone,  sauf  les  illettrés,  qui  réci- 
taient le  Paler  et  VAve  cinquante-neuf  fois.  Les  hommes 
mariés  étaient  admis  dans  Tordre,  pourvus  qu'ils  reçus- 
sent de  leurs  femmes  licence  d'y  entrer.  Celles-ci,  en  pa- 
reil cas,  entraient  elles-mêmes  dans  un  couvent,  où  elles 
revêtaient  des  habits  de  drap  gris  ou  blanc,  des  manteaux 
de  peau  d'agneau  ornés  de  bandes  blanches.  D'obligation 
plus  stricte  encore  était  pour  elles  cette  retraite,  si  leurs 
maris,  considérés  comme  convers  ou  terziarii,  obtenaient 
l'autorisation  de  continuer  à  vivre  dans  leurs  maisons\ 


<  Voy.  plus  haut,  t.  I,  p.  373. 

*  On  peut  le  voir  dans  les  lettres  de  Fra  Guittone  d'Arezzo,  qui  apparte- 
nait à  cet  ordre.  Voy.  Osservalore  fiorentinOt  UI,  150-152,  3*  éd. 

s  Voy.  la  Bulle  d'Urbain  Vf, Sol  iste  vents  (1261),  qui  confirme  Tinstitu- 
lion  et  règle  tous  ces  détails.  Elle  se  trouTû  dans  Federici,  Istoria  de*  cU'- 


[An.  12G6)  LEUR  INSTITUTION.  61 

Le  but  de  IMnstitulion  explique  ces  tolérances  singu- 
lières. Il  n'était  autre,  selon  Villani,  que  de  défendre  les 
veuves  et  les  orphelins,  de  s'entremettre  dans  les  difTé- 
rends,  et  de  procurer  des  réconciliations*.  C'est  ainsi 
qu'amenés  à  vivre  «  dans  le  siècle,  »  les  frères  de  Sainte- 
Marie  vivaient  exempts  des  austérités  monastiques,  comme 
des  taxes  publiques,  recherchaient  le  bien-être,  le  luxe, 
les  festins,  ne  se  faisaient  reconnaître  pour  moines  que 
par  l'habit  et  l'oisivelé.  Aussi  le  nom  de  frati  gaudenli 
ou  godenti,  qu'on  leur  donnait  d'abord  sans  intention 
malicieuse,  signifia-t-il  bientôt  frères  viveurs  ou  bons 
vivants*.  Avec  non  moins  d'ironie  et  plus  de  grossièreté, 

valieri  gaudenli^  t.  Il,  Monumenta,  p.  16.  Venise,  1787,  in-4*;  Gozzadini, 
Cronaca  di  Ronzano  et  Memorie  di  Loderingo  d*Andalà,  Bologne,  1851, 
Ghirardacci,  Sloriadi  Bologna,  t.  f,  tavola  dei  nomi,  et  Savioli,  VI,  368. 
Le  bref  de  Clément  IV  qui  siutorisc  la  vie  commune  est  dans  Savioli,  VI, 
420,  et  dans  Gozzadini,  p.  167-169. 

'  Dovcvano  difendcre  le  vedovc  e  pupilli  e  intramettersi  di  pacc  (Vil- 
lani,  VU,  15J. 

*  A  principio  multi  videntes  formam  habitus  nobilis  et  qualitatem  vitae, 
quia  sciljcet  sine  labore  vitabant  oncra  et  gravamina  publica,  et  splendide 
cpulabiintur  in  otio  cœperunt  dicere  :  Quales  fratres  sunt  isti?  Certe  sunt 
fratres  gaudentes.  Ex  hoc  obtentum  est  ut  sic  Yocentur  vulgo  usque  in  ho- 
diernmn  diem ,  quum  tamen  proprio  vocabulo  vocentur  milites  Domine 
(BenTenuto  Rambaldi  d*Imola.  Comment,  in  Dant.  Comcsd,  Inf.,  XXIII, 
103,  ap.  Muralori,  Antiq.  ItaL,  II,  1092).  Cristofano  Landino,  autre  com- 
mentateur de  Dante,  et  Jacopo  délia  Lana  disent  de  même.  11  faut  remar- 
quer pourtant  que  tout  au  moins  à  Florence  cet  ordre  ne  jouissait  pas  de 
rimmunité  des  charges,  comme  le  prouve  la  rubrique  suivante  du  Statulo  : 
■  Quod  fratres  gaudentes  teneantur  solverc  libras  et  facliones  facere  co 
munis  Florentie  (lib.  IV,  tract.  5).  n  Gozzadini  (p.  28)  s'évertue  à  prouver 
que  gaudenli  ne  doit  pas  être  pris  en  mauvaise  part,  attendu  que  gaiulio 
est  synonyme  de  gloria^  et  que  dans  un  texte  qu'il  cite  (p.  185)  il  est  dit  : 
c  Milizia  di  Maria  vergine  gloriosa,  ossia  dei  frati  gaudenti.  »  Federici  (I, 
185)  parle  de  même.  Â  supposer  que  ces  auteurs  aient  raison,  on  comprend 
que  certains  écarts  de  la  vie  ont  dû  pousser  la  malice  populaire  à  détourner 
le  mot  de  son  sens  primitif,  d'autant  plus  qu'il  est  constant  que  c'est  pour 
avoir  montré  un  goût  trop  vif  du  plaisir  que  cet  ordre  fut  supprimé  par 
Sixte-Quint  en  1585.  Voy.  Osserv.  fior.,  UI,  152.  Cf.  Villani  :  •  Poco 
duré,  che  seguirono  al  nome  il  fatto,  cioè  d'iatendere  più  a  godere(yn,13).» 


62  FRATI  GAUDENTl  (An.  1266) 

la  verve  populaire  les  appela  Capponi  di  CristOy  chapons 
du  Christ*. 

C'est  à  cet  ordre  étrange,  proche  des  Augustins  par  ses 
règles  et  des  Templiers  par  ses  dérèglements,  que  Guido 
Novello  demanda  deux  potestats.  Du  monastère  de  Ron- 
zano,  situé  sur  ces  pittoresques  hauteurs  qui  avoisinent 
Bologne,  il  tira  deux  frati  de  quelque  renom,  Catalane 
des  Malavolti*  et  Loderingo  d'Andalô.  Ce  dernier,  quoi- 
que marié,  passait  pour  un  des  fondateurs  de  sa  confré- 
rie*. 11  s'était  distingué  comme  polestat  dans  les  villes  gi- 
belines de  Modène,  Sienne,  Faenza,  Pise  et  Reggio*. 
L'autre,  avant  de  revêtir  F  habit  des  frati  gaudcntij  avait 
exercé,  comme  guelfe,  la  même  charge  à  Plaisance,  où 
Ton  conservait  un  bon  souvenir  de  son  administration*. 
Le  choix  que  faisait  d'eux  le  maître  de  Florence  semblait 
donc  jusliliable,  au  moins  en  apparence.  Clément  IV 
l'approuvait.  Il  y  voyait  un  acheminement  à  la  résurrec- 
tion des  guelfes,  et,  en  esprit  politique,  il  s'en  contentait. 
Il  ne  pensait  pas  que  deux  chevaliers  d'un  ordre  religieux 
pussent  gouverner  autrement  que  par  ses  conseils  et  se- 
lon ses  desseins*.  En  conséquence,  le  12  mai,  il  exhortait 


*  Jacopo  dclla  Lana,  ap.  Osserv.  fior,,  lU,  151. 

*  Federici  (I,  345)  ne  croit  pas  qu'il  fût  des  Malavolli  de  Sienne.  Il  pense 
que  Villani  a  fait  confusion. 

*  Federici,  I,  295.  —  Gozzadini  (p.  25)  dit  même  que  Tordre  fut  fondé 
par  lui  ;  mais  cet  auteur  esl  suspect,  parce  que  ses  ancêtres  sont  mêlés  à 
cette  histoire.  Leur  nom  figure  dans  les  documents. 

*  A  Modène  en  1251,  à  Sienne  en  1253,  à  Faenza  en  1254  et  1262,  à 
Pise  en  1255,  à  Reggio  en  1258  (Gozzadini,  p.  20,  29). 

5  En  1200.  Federici,  1,  545. 

^  Cum  igitur  civitas  florentina,  quxdudum  peccatis  exigentibus  efXlorue- 
ral,  reflorere  nostris  temporibus  videatur,  ne,  quod  absit,  novi  flores  re- 
marceanl  ex  defectu  regiminis  non  suspecti,  multorum  judicio,  tam  intrin- 
secis  quam  extrinsecis  civitatis  ejusdem  civibus  utile  Yidealur  nostro  régi 
cousilio  civilatem,  nostraque,  saltemad  tempus  aliquod,  proTidentia  gubei^ 


(An.  1266)  POTESTATS  A  FLORENCE.  63 

par  lettres  Catalane  et  Loderingo  à  accepter  la  charge  qui 
leur  était  offerte.  c<  Ce  n'est  pas,  leur  écrivait-il,  aban- 
donner la  religion,  c'est  la  soutenir,  c'est  la  réchauffer, 
que  de  s'employer  au  gouvernement  des  choses  de  ce 
monde,  sur  Tordre  de  celui  qui  a  droit  de  commander, 
quand  on  s'y  porte  non  par  amour,  mais  par  soumission, 
pour  le  salut  du  prochain*.  »  Convaincu  que  leur  admî-' 
nistralion  serait  propice  aux  guelfes,  il  jugeait  le  moment 
venu  (Je  relever  le  parti  tout  autour  de  Florence.  11  re- 
prochait aux  Siennois  de  n'avoir  pas  prêté  Toreille  aux 
exhortations  de  son  chapelain  et  de  s'être  laissé  séduire 
par  des  chefs  ardents  à  mettre  la  corde  au  cou  du  Père  des 
fidèles".  Il  leur  indiquait,  comme  gage  de  réconciliation 
avec  l'Église,  un  serment  que  feraient  sur  l'Évangile  le 
conseil  général,  assemblé  au  son  de  la  cloche,  le  syndic, 
le  potestat,  le  capitaine  et  autres  officiers^.  A  Lucques, 
redevenue  guelfe  par  la  mort  de  Manfred,  il  conseillait 
de  placer  à  sa  têle  le  comte  Guido  Guerra,  dont  il  faisait 
un  pompeux  éloge*.  Mettre  aux  mains  du  clief  des  exilés 
florentins  toutes  les  forces  de  Lucques,  c'était  menacer 
Florence,  si  elle  résistait  au  mouvement  général. 

Guido  Novello  sentit  le  péril;  mais  il  était  trop  tard 
pour  reculer.  Il  fallait  abandonner  une  partie  du  pouvoir 
pour  ne  pas  le  perdre  tout  entier.  Ayant  installé  ses  deux 

nari  (Clem.  IV  ep.  cclxxxui.  Viterb.,  12  mai  1266.  Mart.  Thés.  11,  321)» 
^  Scire  vos  Yolumus  quod  rcligio  non  deserilur  sed  fovetur,  si  ad  ejus 
qui  juberc  potest  imperium  a  mundanis  tumuitibus  avulsus  aniinus  ad  eos- 
dem  pro  tempore  non  amandos,  sed  potius  lolerandos,  pro  sainte  rcdu- 
citur  proiimorum  (Ibid.), 

*  Contempla  nuncii  non  contenti,  nobis  etiam  pararo  iaqueum  moliun- 
tur  (Clem.  IV  ep.  cccviu,  sans  date.  Thés.  II,  350). 

»  Ibid.,  p.  351. 

*  Ad  civitatis  Testrs  regimen  (Ciera.  IV  ep.  CGLXxvti.  Viterbe,  8  mai 
1266.  7/ie«.n,  318). 


64  LES  TRENTE-SIX  BUONUOMmi.  (Ar.  1266) 

poleslals  au  palais  de  la  Badia\  il  les  flanqua,  pour  les 
conseiller  cl  les  surveiller,  de  Irenle-six  btwni  uomini^ 
pris  parmi  les  plus  considérables  marchands,  artisans, 
hommes  du  peuple  des  deux  parlis\  Dans  le  délibéraiif, 
comme  dans  Texécutif,  il  était  fidèle  à  son  système  d'équi- 
libre. Mais  plus  fortes  que  sa  volonté  furent  les  circon- 
stances, la  logique  des  passions  et  celle  des  intérêts.  Les 
frati gaudenti  auraient  dû  ne  pas  s'entendre  :  ils  s'enten- 
dirent pour  extorquer  le  plus  d'argent  qu'ils  purent  aux 
Florentins'.  Les  hionitiomini  oublièrent  comme  eux  les 
discordes  guelfes  et  gibelines,  pour  ne  se  souvenir  que 
d'une  chose,  c'est  qu'ils  avaient  sujet  de  faire  cause  com- 
mune, en  qualité  de  marchands  et  d'artisans.  Ils  ne  se 
bornèrent  point  à  assister  les  deux  potestats  quand  ils  en 
étaient  requis.  Ils  eurent  des  réunions,  des  délibérations 
quotidiennes  dans  la  «  boutique  »  des  consuls  de  Cali- 
mala,  située  au  Mercilo  nuovOy  en  bas  de  la  maison 
des  Cavalcanti*. 

*  On  ne  sait  pas  au  juste  la  date  de  leur  entrée  en  charge  ;  mais  ils  y 
étaient  le  24  mai  1206,  comme  le  prouTe  un  document  rapporté  par  Manni 
(t.  XXVII,  p.  118)  et  auquel  renvoie  Gozzadini  (p.  35). 

*  Buoni  uomini  mercatanti  e  artefici  de'  maggiori  e  de*  migliori  (Vil- 
lani,  VU,  13).  Si  elessero  36  uo:nini  mercatanti  ed  arteGci  li  quali  furono 
guelfi  e  ghibellini  mcscolati  (Stefani,  11,  153).  De*  maggiori  artcGcic  mer- 
catanti (Ammirato,  1260, 1.  H,  t.  I,  p.  130).Trenla  sci  popolani  (Machia- 
vel, ht,  fior,,  11,  19).  —  M.  llillebrand  dit  (p.  40)  :  •  Pour  donner  une 
constitution  au  peuple  et  pour  veiller  aux  finances.  »  Rien  n'autorise  k 
croire  qu'il  s'agit  alors  d'une  constitution,  pas  même  le  texte  d'Âmmirato, 
qui,  après  avoir  dit  que  ce  conseil  délibérait  sur  les  dépenses,  ajoute  : 
•  Come  d'ogni  altro  fatlo  delb  repubblica.  »  Mais  il  faut  reconnaître  que 
l'erreur  commise  l'a  été  de  bonne  heure,  car  Malavolti  appelle  déjà  les  30 
fl  riformatori  del  governo.  »  (Part.  H,  1.  2,  f^  54.) 

'  Credcndo  che  pcr  Toncslà  dell'  abito  fossono  comuni  e  guardassono  il 
comune  da  soperchie  ispese,  i  quali  tutto  che  d'animo  di  parte  fossono  di- 
visi,  sotto  coverla  di  falsa  ipocrisia,  furono  in  concordia  perd  più  al  gua- 
dagno  loro  proprio  che  al  bene  del  comune  (Villani,  Yll,  13). 

*  Villani,  VU,  13.  —  Sur  cet  emplacement  s'élève  aujourd'hui  une  mai- 


(Ah.  1206)  ORGANlSATIOiN  DES  ARTS  MAJEURS.  65 

11  n'est  pas  exact,  comme  on  Ta  dit,  qu'ils  s'y  occu- 
passent de  donner  une  constitution  nouvelle  à  Florence, 
ni  même  d'y  créer  les  arts,  qui  existaient  depuis  quatre- 
vingts  ans;  mais  ils  s'étudièrent  à  organiser  les  arts  exis- 
tants sur  le  modèle  de  Calimala.  Chaque  art  eut  dès  lors 
son  capitaine,  ses  consuls,  ses  gonfalons*.  Une  sorte  de 
hiérarchie  s'élablit  entre  eux.  Le  premier  rang,  par  un 
respect  raisonné  de  la  justice  et  instinctif  des  professions 
libérales,  ne  fut  point  disputé  à  l'art  des  juges  et  des  no- 
taires i^udici  e  notai)  ^  dont  l'enseigne  était  d'azur,  por- 
tant au  milieu  une  grande  étoile  d'or.  Au  second  passè- 
rent les  marchands  de  Calimala  {mercatanti  di  Calmala) 
avec  leur  gonfalon  rouge,  à  l'aigle  d'or  sur  globe  blanc. 
Au  troisième,  les  changeurs  ou  banquiers  {cambiatori)  ^ 
ayant  bannière  rouge  parsemée  de  florins  d'or.  Au  qua- 
trième, les  fabricants  de  laine  {(anajuoli),  reconnaissa- 
bles  au  mouton  blanc  qui  se  détachait  sur  champ  ver- 
meil. Au  cinquième,  les  médecins,  apothicaires,  merciers 
{mediciy  speziali^  merciai)^  dont  le  gonfalon  portait  sur 
champ  rouge  l'image  de  la  Vierge  Marie,  tenant  dans  ses 
bras  l'enfant  Jésus.  Au  sixième,  les  fabricants  de  soie 
{setaiuoli)  :  une  porte  rouge  sur  champ  blanc  distinguait 
leur  bannière.  Au  septième,  les  pelletiers  et  peaussiers 
(pcllicciai)j  avec  un  Agnas  Dei  blanc  sur  champ  azur". 
Ces  sept  arts  formaient  le  popolo  grasso^  le  peuple  gras, 
c'est-à-dire  enrichi. 

Les  autres,  quoique  plus  nombreux,  ne  comptaient  pour 

son  plus  moderne,  mais  où  Ton  n  fixé  une  plaque  commémoralive.  Cette 
maison  est  au  coin  des  rues  Porta  Rossa  et  Calzaioli.  Le  rez-de-chaussée  est 
occupé  par  un  pharmacien. 

*  Ë  voile  (il  popolo)  air  nrli  daie  consoli  e  botteghe e gonfaloni  (Stefani, 
11,  155). 

<  Villani,  VU,  13.  Stefaiii,  11,  154. 

UIST.    DE  FLOMENCE.    —   II.  5 


À 


66  LES  ARTS  MINEURS.  (Aji  12(i6) 

rien  dans  rÉlat,  et  formaient  le  popolo  mirmto.  A  ce  mo- 
ment de  l'histoire  florentine,  la  dénomination  célèbre 
d'arts  majeurs  et  d'arts  mineurs  serait  encbre  prématu- 
rée*. Au-dessous  des  premiers,  il  n'y  avait  que  de  simples 
métiers,  d'humbles  corporations.  Cinq  d'entre  elles,  toute- 
fois, commençaient  déjà  à  s'élever,  à  prendre  de  l'impor- 
tance. A  défaut  d'un  rôle  politique  et  d'une  organisation 
officielle,  on  les  voyait  imiter  librement  l'organisation  des 
arts,  se  donner  comme  eux  des  gonfalons,  c'est-à-dire  le 
moyen  de  rallier  leurs  membres  en  temps  opportun.  Les 
détaillants  de  draps  florentins,  fripiers,  marchands  de 
coupons  et  de  rognures  avaient  une  enseigne  mi-partie  de 
blanc  et  de  rouge  ;  les  bouchers  l'avaient  jaune  avec  un 
bouc  noir;  les  cordonniers,  à  bandes  alternativement 
blanches  et  rouges;  les  maçons  et  charpentiers,  rouge, 
avec  la  hache,  la  scie,  la  cognée  et  le  pic;  les  forgerons, 
blanche,  avec  de  grandes  tenailles  noires*. 

On  comprend  que  Villani  fasse  dès  lors  mention  de  ces 
humbles  métiers.  Par  leur  organisation  en  quelque  sorte 
militaire,  ils  pouvaient  peser  d'un  certain  poids  dans  la 
balance,  défendre  la  commune  contre  ses  ennemis  du 
dehors,  soulever  au  dedans  ou  comprimer  l'émeute.  Pos- 
térieurement, parvenus  au  rang  d'arts,  ils  reçurent  le 
nom  d'arts  mineurs,  qu'ils  devaient  transmettre  bientôt 
aux  métiers  intimes,  marchands  de  vin,  marchands 
d'huile,  boulangers,  aubergistes  et  autres,  pour  prendre 
eux-mêmes  celui  d'arts  intermédiaires  ou  moyens.  Mais 
dès  ors  ce  premier  progrès  de  leur  destinée  modifiait 


^  Appresso  cssendo  il  popolo  grasso  distinto  in  setle  arti,  le  quali  si  do*- 
minarono  poi  Tarti  niaggiori,  a  differcnza  di  quelle  che  in  procesio  di 
tempo  furono  detle  minori  (Aimnirato,  1.  Il,  t.  I,  p.  151,  ann.  1266). 

«  Villani,  VU,  15. 


(Ah.  1366)         GROUPEMENT  NOUVEAU  DES  PARTIS.  67 

sensiblement  l'assiette  des  partis.  Les  deux  grandes  fac- 
tions qui  combattaient  l'une  pour  le  pape,  l'autre  pour 
l'empereur,  l'une  pour  conserver  à  la  noblesse  ses  privi- 
lèges, l'autre  pour  en  acquérir  au  peuple  d'équivalents, 
se  confondent  dans  les  mêmes  rangs,  sont  enveloppées 
dans  les  plis  du  même  gonfalon.  Les  noms  de  guelfes  et 
de  gibelins  subsistent,  mais  ils  n'empêchent  plus  de  sub- 
ordonner les  passions  politiques  aux  intérêts  sociaux,  et, 
d'ailleurs,  ils  changent  de  sens.  Dans  une  ville  où  la 
noblesse  s'efface  de  plus  en  plus,  où  elle  est  déjà  contenue, 
où  elle  sera  bientôt  opprimée  \  les  guelfes  soutiendront 
le  gouvernement  populaire  et  les  gibelins  l'oligarchique". 
Si  ceux-là  restent  d'accord  avec  le  pape  et  ceux-ci  avec 
l'empereur,  c'est  que  protéger  la  démocratie  est  dans  les 
traditions  de  l'Église,  et  soutenir  l'aristocratie  dans  l'in- 
térêt de  l'Empire.  A  l'aristocratie  qui  disparait  s'en  sub- 
stitue, il  est  vrai,  une  autre,  par  les  privilèges  reconnus 
aux  principaux  arts,  comme  par  l'usage  de  grouper  dans 
les  mêmes  rues  ou  quartiers  ceux  qui  exercent  même  in- 
dustrie ou  même  traGc.  Mais  c'est  une  aristocratie  mar- 
chande et  moyenne,  forcée  par  les  prétentions  et  les  mé- 
pris des  grands  à  tendre  encore  la  main  aux  petits. 
Quoique  vaincus  avec  Manfredet  déconcertés  par  sa  mort, 
les  grands  espéraient  encore  que  les  dernières  vagues 
soulevées  par  la  tempête  viendraient  expirer  aux  limites 
de  la  Toscane.  Grâce  à  leur  armée  de  mercenaires  teu- 
tons, indifférente  à  tout  ce  qui  faisait  battre  le  cœur  aux 


*  E  quîvi  il  popolo  cominciô  a  volere  vedere  il  freno  alli  uobili  (Stefanif 
U,  135). 

*  Già  si  cra  incominciata  a  scorger  b  nascosta  virlù  di  qucsli  nomi, 
non  Yoler  quasi  dir  allro  guelfi  che  lo  stato  popolare,  ne  ghibellini  altro 
che  quelio  degli  ottimati  (Anumrato,  1.  U,  1. 1,  p.  133). 


i 


as  EFFORTS  DE  CLÉMENT  IV  (Ak.  1260) 

Florentins,  ils  pouvaient  encore  paraître  redoutables.  Ce 
lui  chez  leurs  adversaires  une  souveraine  preuve  de  pru- 
dence et  de  (act  que  de  ne  point  engager  la  lutle.  Ils 
laisseront  aux  conséquences  de  Bénévent  le  temps  de  se 
produire.  Sans  prétendre  à  conquérir  prématurément  le 
pouvoir,  ou  même  à  le  rendre  aux  guelfes,  ils  se  bornè- 
rent à  donner  aux  métiers  une  organisation  vigoureuse, 
et,  par  là,  à  la  société  florentine  des  bases  solides  qui  lui 
permctlraient  d'attendre  le  jour  inévitable,  le  jour  pro- 
chain où  la  puissance  passerait,  par  la  force  des  choses, 
aux  mains  de  ses  membres  les  plus  actifs,  les  plus  riches, 
les  plus  sensés. 

Une  vuesuperiicielledes  choses  et  les  illusions  propres 
aux  vaincus  peuvent  seules  faire  croire  à  Malavolti  que 
Guido  Novello  aurait  pu  triompher,  sans  l'appel  malen- 
contreux des  deux  frali  gaudenti^  et  la  création  plus 
malencontreuse  encore  des  trente-six  btu>ni  tiomini  ^  Où 
n'étaient  pas  les  Allemands,  la  domination  gibeline  suc- 
combait d'elle-même.  Le  14  juin  1266,  Montepulciano 
tombait  au  pouvoir  des  rebelles  de  Sienne*.  A  Florence, 
les  poteslats  étaient  impuissants  à  tout,  sauf  à  pressurer 
leurs  administrés;  les  trente-six  se  neutralisaient  en  deux 
fractions  égales,  sauf  pour  Tintérél  commun  des  arts. 
Clément  IV,  le  27  juillet,  demandait  ouvertement  pour 
les  guelfes  qu'ils  pussent,  en  donnant  caution,  retourner 
librement  à  leurs  affaires,  car  «  ils  n'avaient  offensé  et 


*  Per  mantcnimciUo  d'\  qucllo  stalo,  il  ehe  poteva  facilinsntc  avvenirc, 
se  egli  con  gli  altpî  capi  di  quella  fattionc,  non  ha?esse  (con  la  crealion 
dclle  duc  podcslà  c  dei  5G  riformatori  del  govcrno  délia  repubblica) 
mostrato  cosî  smisurato  timorc  e  inresolulionc  (Malavolti,  part.  U,  1.  2. 
f  34). 

'  Consiglio  délia  Campana,  Xli,  40. 


(Ax.  1266)     POUR  RENVOYER  LES  ALLEMAND^.  69 

ne  se  proposaient  d'oiïenser  qui  que  ce  fûl^  »  11  défendait 
d'allenter  en  rien,  ni  en  fait  nî  en  droit,  à  ceux  qui  se 
trouvaient  hors  de  Florence".  11  exigeait  que  «  tous  les 
louions,  comme  excommuniés,  comme  perfides  et  mani- 
festes persécuteurs  de  TÉglise,  fussent  licenciés,  chassés 
de  la  ville  et  du  territoire,  pour  n'èlrc  plus  jamais,  nulle 
part,  à  la  solde  des  Florentins'.  »  Ses  ordres  n*é(ant  point 
exécutés,  il  revenait  à  la  charge,  visiblement  à  bout  de 
patience\  Bientôt  il  ne  se  bornait  plus  à  reprocher  tant 
d'énormes  et  prolongés  excès,  tant  d'hésilalion  à  faire, 
même  après  être  rentrés  en  paix  avec  l'Église,  ce  qui  au- 
rait dû  êlre  fait  auparavant*,  kxxx  frati  gaudenti  il  veut 
substituer  un  syndic  de  son  choix,  Jacopo  de  Gollemedio, 
chevalier,  pour  qui  il  demande  une  escorte  et  des  gages 


*  «  Cum  ipsi  nullum  ofTenderint  vel  proponant  offendcre,  et  damna  plu- 
rima  sustinuerint  sine  culpa^  negoliationes  suas  et  ncgotia  libère  prosequi 
non  valenles  eos  ad  sua  domicilin  tute  et  libère  rcmittatis.  •  (Clem.  IV 
ep.  cccxLv.  Viterbe,  27  juillet  1266.  Thés..  Il,  378.) 

*  «  Prohibentes  ne  contra  exlrinsccos  Florcnlinos  vcl  alios  in  confiniis 
positos  juris  vel  facti  processum  nliquem  atlentetis.  •  (Clem.  IV  ep.  ccacv, 
::ans  lieu  ni  date.  Thes,^  H,  419.) 

'  •  ManJarous  quatenus  omnes  Teulonicos  ibidem  in  nrmis  morantes  aut 
consuetos  morari  tanquam  perddos  et  cxcommunicatos  et  persccutores  £c- 
clesiae  manifeslos  liccntialis  et  a  vobis  abjicialis  omnino  ita  quod  nec  in  ci- 
YÎtate  Teslra  remaneant,  nec  etiam  in  districlu  nec  in  vestris  dispendiis  alibi 
ubicumque.  >  (Clem.  IV  ep.  cccxxii,  5  juillet  1266.  Thes.yWt  362.  Lettic 
adressée  aux  fraii  gaudenti.) 

^  «  Cum  Yobis  per  nostras  litleras  mandassemus  quoil  sceleratos  Tlieulo- 
nicos  ejiceretis  a  vobis  tanquam  exrommunicalos  et  pcrfidos  ne  sedis  apo- 
stolicse  inimicos.  »  (Clem.  IV  ep.  cccxcv,  sans  date.  Thn.,  Il,  418.)  M.  Bo- 
naïni  (loc.  cit.)  place  cette  lettre  entre  le  23  novembre  et  le  27  décembre. 
Comment  serait-ce  possible,  puisque  alors  les  Allemands  n'étaient  déjà  plus 
à  Florence?  il  est  obligé  de  la  placer  entre  les  n**  413  et  421.  Marlène  a 
mieux  ^u  sa  date  probable,  en  lui  donnant  le  n*  395. 

s  •  Multiplices  et  énormes  excessus  plurimum  elongalos....  sic  quia 
i*elaialionem  earum,  si  scripti  juris  sequeremur  angustias,  salisfactio  com- 
pctens  anlecedere  debuisset.  d  (CIrm.  IV  ep.  cccxcv  sans  date.  The$.^  II, 
418.) 


70  EMBARRAS  FINANCIERS  DE  GUIDO  NOVELLO.    (An.  12CC) 

convenables.  Se  heurlanl  à  la  force  d'inertie,  puis  à  un 
refus  formel  S  il  flétrit  en  termes  amers  la  rébellion,  les 
machinations  secrètes  de  Guido  Novello  et  des  siens  contre 
l'Église  romaine,  contre  le  roi  de  Sicile,  son  cher  tils  en 
Jésus-Christ,  puis  il  leur  donne  dix  jours  pour  chasser 
les  Allemands  cl  comparaître  en  sa  présence  par  délégués, 
faute  de  quoi  il  procéderait  contre  eux  comme  il  le  juge- 
rait bon*. 

De  telles  menaces  on  savait  qu'en  penser  à  Florence  ; 
mais  on  savait  aussi  s'en  faire  une  arme  pour  combattre 
le  gouvernement  qui  les  attirait  sur  la  tête  des  citoyens. 
Les  émissaires  du  pape  avivaient  encore  celle  opposition 
grondante.  Revelus  de  l'habit  ecclésiastique,  ils  voyaient 
s'ouvrir  respeclueusement  devant  eux  les  portes  de  la 
ville,  toujours  fermées  devant  les  guelfes  laïques.  De  là 
cependant  ne  vint  point  la  crise  et  l'inévitable  dénoû- 
ment.  Ce  qui  perdit  Guido  Novello,  ce  furent  ses  embarras 
ûnanciers. 

Sans  cesse  il  lui  fallait  de  l'argent  pour  payer  ses  mer- 
cenaires. Pas  d'argent  pas  de  Suisses,  a-t-on  dit  prover- 
bialement au  seizième  siècle.  Avec  plus  de  vérité  encore 
on  l'eût  pu  dire  des  Allemands,  deux  siècles  et  demi  plus 
tôt.  Mais  le  comte  Guido  ne  pouvait  puiser  que  par  l'in- 
termédiaire des  magistrats  dans  l'escarcelle  des  habitants. 


'  c  Dilectum  filium  Jacobum  de  Collcnicdio  militem,  quem  Tobis  deili- 
mus  potcstutem  per  veslrum  syndicum  ad  nostram  missum  praesentiam  ho- 
noraretis  sabrio  competenti,  et  honeslx  mililum  comilivae  provideretis  in 
sumCibus,  per  quam  possel  civitalis  Tcstrx  stalum  pacificum  conservare,  ni- 
hil  horuin  effici  re  voluislis ,  immo  clarius  et  apertius  respondistis  quod  ea 
Tcleorum  aliquod  minime  facerelis.  •  (Ibid.) 

*  «  Invenimus  rebellioncm  in  liminc....  ut  machiuationes  abditas  tacea- 
mus....  Mandantes  quatenus  infra  decem  dics  a  perccptione  praesentium  die- 
tis  ejcctis  Theutonicis....  coram  nobis  comparealis  per  syndicum....  quod  sive 
Teneritis  sive  non,  in  negotio  prout  nobis  visum  fuerit  procedemus.  »  (Ibid.) 


(A.^.  1266)  COMPLOT  CONTRE  LES  TRENTE-SIX.  71 

et  il  sentait  croilre,  à  chaque  demande,  le  mauvais  vou- 
loir des  Ireutc-six  *.  Au  sein  d'une  ville  où  dominait,  mal- 
gré tout,  l'esprit  guelfe,  on  n'avait  pu  rétablir  en  sa  fa- 
veur l'égalité  sans  lui  rendre  la  prépondérance.  Le  jour 
où,  pour  payer  quinze  cents  odieux  cavaliers,  les  mar- 
chands se  voyaient  menacés  de  taxes  nouvelles,  l'entenle 
devenait  facile  aux  conseillers  pris  dans  leurs  rangs;  par 
la  résistance  ils  servaient  à  la  fois  leurs  intérêts  mercan- 
tiles et  leur  popularité. 

La  taxe  proposée  par  le  comte  était  d'une  livre  de  dix 
sous  pour  cent*.  Les  biLoni  iiomini  la  repoussèrent  comme 
trop  lourde  pour  le  peuple,  sans  se  refuser,  d'ailleurs,  à 
en  étudier  une  autre  moins  onéreuse*.  Guido  Novello  ré- 
pondit avec  humeur  qu'il  n'avait  pas  le  temps  d'attendre. 
Ses  amis  renchérirent  sur  ses  plaintes.  Dans  les  concilia- 
bules de  la  faction,  où  dominaient  les  grandes  familles 
gibelines,  Uberti  et  Fifanti,  Lamberti  et  Scolari,  Galigaï 
et  Tedaldini,  on  ne  parla  plus  que  de  supprimer  ces  in- 
struments peu  dociles,  qui,  créés  de  la  veille,  s'érigeaient 
déjà  en  censeurs,  et  prétendaient  un  droit  de  contrôle, 
quand  on  ne  leur  avait  donné  qu'à  grand  peine  un  droit 
de  sanction. 

La  résolution  prise,  on  l'exécuta  sans  retard.  Lell  no- 

'  •  Presono  sospello  di  parte,  parendo  loro  che  i  delti  trenta  sei  sostenes- 
sono  e  favorassono  i  guelfi  popolaui  ch'  erano  rimasi  in  Fircnze.  »  (Vil- 
ani,  VU.  14.) 
*  «  Una  libbra  di  soldi  dieci  al  centinajo.  »  (Villani,  VII.  14.) 
^  «  E  i  detti  36  cercavano  altro  modo  di  Irovare  danari  con  mcn  gravezza 
del  popolo.  »  (Viilani.  YII.  14.)  Stefani  (If.  135)  dit  qu'ils  adhérèrent  à 
Tiinpôt,  mais  cherchèrent  un  moyen  de  moins  léser  le  peuple  en  vendant 
une  gabelle  «  ordmata.  »  Selon  Villani.  il  ne  s^agissait  que  d'un  retard  de 
quelques  jours.  HulavoUi  (part.  Il,  1.  II,  P*  34  v*)  accuse  seul  les  36  d'avoir 
voulu,  par  ambition  et  par  haine,  soulever  le  peuple  porte  aux  nouveautés  ; 
mais  il  est  siennois.  gibelin,  et  a  mal  compris  renchainemcnt  logique  de 
faits  qui  contrariaient  ses  idées  comme  ses  sentiments. 


72  LES  TRENTE-SIX  SOUTENUS  PAR  LES  ARTS.    (An.  426C) 

vembre,  jour  de  grande  foire,  à  l'occasion  de  la  saint 
Marlin,  de  leurs  maisons  de  Calimala  débouchèrent 
comme  des  fauves  les  Ijamb(»rli  et  leurs  masnadieri.  Ils 
se  dirigeaient  vers  la  maison  des  consuls  de  cet  art,  où  se 
réunissait  le  nouveau  Conseil. —  Où  sont,  s'écriaient-ils, 
ces  voleurs  de  trente-six,  que  nous  les  mettions  en  pièces*? 
—  Avertis  à  temps,  les  trente-six  prennent  la  fuite  et 
mettent  leurs  pei'sonnes  en  sûreté  ;  mais  c'en  était  fait  de 
leur  charge,  si  la  récente  organisation  des  ar(s,  qui  était 
leur  œuvre,  ne  les  eût  soutenus  \ 

En  peu  d'instants  les  boutiques  se  ferment,  les  gens 
des  métiers  se  réunissent  en  armes  dans  leuvssesti^  sous 
leurs  gonfalons  respectifs  ;  puis  ils  se  rendent  tous  dans 
la  rue  Santa  Trinita.  Ils  y  trouvent,  ils  y  reconnaissent 
pour  chef  un  gibelin  de  haute  naissance,  Gianni  Solda- 
nieri,  qui  se  fait  «  chef  du  peuple,  »  sans  autre  droit 
que  celui  du  plus  entreprenant  ou  du  plus  ambitieux''. 
Autour  de  sa  maison  et  delà  tour  des  Girolami  ils  élèvent 

^  «  Ove  sono  questi  ladroni  di  30,  chc  noi  gli  tagliercmo  tutli  per  pez/i? 
(Villani,  VH,  14.)  —  Toute  cette  histoire  est  contestée  par  Dal  Boi^o  (t.  L 
part.  II,  p.  15)  et  M.  Bonaini  (loc.  cit  ,  p.  278)  :  ils  se  fondent  sur  la  briè- 
veté de  Malespini,  sur  le  silence  do  Paolino  et  de  Stefani,  sur  ce  que  les 
frati  gaudenti ,  religieux  de  profession  ,  ne  pouvaient  désobéir  au  pape  qui 
avait  ordonné  Texpulsion  des  Allemands.  Mais  toutes  ces  raisons  sont  sans 
yaleur.  L'autorité  de  Malespini  est  nulle  aujourd'hui.  PaoHno  pas^c  sous  si- 
lence beaucoup  de  faits  incontestables,  et  Stefani  parle  de  ceux-là  (H,  135). 
Les  frati  gaudenii  avaient  déjà  désobéi  au  pape,  puisque  les  Allemands 
n'étaient  pas  expulsés  et  que  le  pape  s'en  plaignait.  Ces  religieux  jouaient 
un  rôle  trop  efËacé  pour  ne  pas  être  entraînés  par  les  violents  gibelins. 
M.  Bonaîni  d'ailleurs  reconniift  (p.  281)  qu'ils  furent  «  di  mal  ferme  carat- 
tere.  » 

s  «  Sospeltavano  del  popolo  e  scntiano  che  li  loro  gonfaloni  erano  trovati 
per  ragunarsi  coU'  arme  aile  loro  case  a  chi  volesse  essere  contre  il  popolo 
dire  o  fare  nulla.  »  (Stefani,  II,  135.) 

^  «  E  messer  Gianni  del  Soldanicri  si  fece  capo  del  popolo  per  montare  in 
istato.  »  (Villani,  Yll,  li.)  Dante  l'a  mis  dans  son  Knfer  parmi  les  haitres 
(XXn,  1-21). 


(Am.  1266)    GUIDO  NOVELLO  SORT  DE  FLORENCK.         73 

des  serragli  ou  barricades,  au  moyen  de  plairas  accumu- 
lés devant  la  demeure  des  Tornaquinci,  et  sont  bientôt 
rejoints  par  tous  les  popolani  du  parti  guelfe,  sans  sécu- 
rité désormais  dans  les  autres  seslieri.  (lomme  leur 
nombre  augmentait  sans  cesse,  Guido  Novello  ne  pouvait 
attendre,  pour  réprimer  la  révolte,  les  renforts  de  la  ta- 
glia  et  des  villes  voisines,  qu'en  toute  hâte  il  avait  de- 
mandés. Il  réunit  ses  cavaliers  et  ses  partisans  sur  la 
place  San  Giovanni,  et  eu  bon  ordre  il  les  conduit,  à  tra- 
veis  le  dédale  des  petites  rues,  à  l'attaque  des  serragli. 
Sur  leur  chemin,  du  haut  des  tours,  des  fenêtres,  des  re- 
tranchements improvisés  pleuvait  une  grêle  de  pierres, 
de  flèches  et  de  (rails,  tandis  qu'au  delà  apparaissaient, 
comme  une  seconde  ligne  de  barricades,  mais  de  barri- 
cades mobiles  et  prêtes  à  se  porter  en  avant,  les  lances 
des  méliers. 

Aux  yeux  du  faible  Guido  la  partie  élait  perdue.  11 
donna  ordre  à  ses  bannières  de  faire  voile-face  et  se  re- 
plia vers  son  point  de  départ.  Ne  s'y  croyant  point  en  sû- 
reté contre  des  adversaires  enhardis  par  sa  retraite,  il  la 
poursuivit  dans  la  direction  du  palais  communal,  fil  oc- 
cuper fortement  par  sa  cavalerie  l'espace  compris  entre 
la  porte  San  Piero  et  la  place  San  Firenze,  puis,  accom- 
pagné d'Uberto  des  Pulci,  de  Cerchio  des  Cerchi,  de  Gui- 
dingo  Savorigi,  les  seuls  des  trente-six  qui  lui  fussent 
restés  fidèles,  il  se  rendit  auprès  des  fratigaudenti^  et,  du 
dehors,  sans  entrer  dans  le  palais,  tant  il  avait  peu  con- 
fiance en  des  magistrats  qui  é;aient  pourtant  ses  créatures, 
il  leur  redemanda  les  clefs  de  Florence.  Eux,  de  Tinté- 
rieur  et  d'une  fenêlre,  ils  criaient  de  toutes  leurs  forces 
à  Uberto  et  à  Cerchio  d'approcher  et  de  dire  au  comie 
qu'au  lieu  de  partir  il  retournât  à  son  logis  :  ils  se  fai- 


74  ATTAQUE  INFRUCTUEUSE  (An.  1266) 

saient  forts  d'apaiser  le.peuple  et  de  payer  les  Allemands. 
Mais  Guido,  obsédé  de  soupçons,  en  proie  à  la  peur,  ne 
voulut  rien  entendre.  Nul  ne  le  poursuivait  :  c'était  assez 
pour  les  gens  des  arts  d'avoir  repoussé  son  attaque.  Non- 
obstant, il  exigea  les  clefs,  que  ne  pouvaient  refuser  les 
deux  polestaU.  Alors,  au  milieu  d'un  profond  silence,  il 
demanda  si  tous  ses  Allemands  et  ses  autres  cavaliers 
étaient  autour  de  lui,  et  il  ordonna  à  son  porte-étendard 
de  marcher  en  avant  pour  sortir  de  la  ville.  Par  la  rue 
San  Firenze  et  les  derrières  de  San  Pier  Scheraggio,  il 
gagna  la  vieille  porte  aux  bœufs,  longea  les  remparts 
dans  la  direction  du  nord,  traversa  sous  une  pluie  de 
pierres  le  faubourg  de  Pinti,  et  alla,  le  soir  même,  de- 
mander un  refuge  à  Prato,  où  il  respira  enfin  librement'. 

Il  avait  eu  plus  de  cœur  et  tout  ensemble  de  capacité  au 
lendemain  de  Montaperli,  dans  des  circonstances  et  de- 
vanl  des  difQcullés  bien  autrement  graves.  Mais  ce  qui  est 
possible  quand  le  vent  enfle  les  voiles,  cesse  de  l'être  quand 
il  les  déchire,  ou  seulement  quand  il  les  laisse  pendre  le 
long  du  mât.  Soutenus  à  leur  début  par  la  terreur  ou  l'en- 
thousiasme, les  gouvernements  triomphent  des  plus  for- 
midables émeutes  ;  plus  tard  ils  succombent  aux  premiers 
bruits  de  la  rue,  parce  que,  avec  le  temps,  la  terreur  s'est 
dissipée  ou  l'enthousiasme  évanoui. 

Honteux,  quoi  qu'il  en  soit  a  d'être  parti  sans  être 
chassé,  sans  avoir  frappé  un  coup  d'épée  et  versé  une 
once  de  sang  %  »  Guido  Novello  réunit  dans  la  nuit  ses 
conseillers,  et,  sur  leur  avis  conforme  au  sien,  reprit  le 


*  Villani,  VII,  U,  -  Slcfani,  II,  135.  —  Ainmirato,  l.  U,  t.  I,  p.  133. 
—  Lcon.  Bruni  Aretino,  1.  IL  —  Machiavel,  ht.  fior..  H,  20. 

*  «  Sanza  colpo  di  spada  o  esserne  cacciati.  •  (Villani,  VII,  15.)  —  «  Scnzn 
pur  esservi  sptrsa  un*  oncia  di  sangue.  t  (Ammirato,  1.  II,  t.  I,  p.  134.) 


(A5.  1266)  DE  GUIDO  NOVELLO.  75 

lendemain,  à  l'aube,  la  roule  de  Florence.  A  Timprovisle 
il  arrive  devant  les  murailles,  non  loin  du  pont  alla  Car^ 
raja.  Il  déploie  en  ordre  de  balaille  sa  cavalerie  dans  le 
pré  qui  est  devenu  le  faubourg,  puis  le  quarlier  d'Ognis* 
santi,  et  il  somme  les  habitants  d'ouvrir  la  porte.  Mais 
ceux-ci  avaient  résisté  derrière  des  serragli  élevés  à  la 
ba(e;  comment  eussent-ils  cédé,  quand  de  forts  remparts 
et  des  fossés  pleins  d'eau  les  protégeaient?  Ils  repoussent 
la  sommation  verbale  par  des  railleries  et  une  démonstra- 
tion armée  à  coups  de  flèches.  Maltraités,  blessés,  mais 
toujours  la  menace  aux  lèvres  et  la  rage  au  cœur,  ces  as* 
saillants  intempestifs  retournent  ignominieusement  vers 
Prato.  Sur  leur  chemin  était  le  château  de  Gapalle^  :  ils 
Tattaquent  pour  ne  pas  rentrer  sans  quelque  succès  chez 
leurs  hôtes  ;  ils  y  échouent,  remportant  ainsi  deux  affronts 
au  lieu  d'unV 

Alors  sonna  l'heure  des  plaintes  amères  et  des  récri- 
minations stériles.  Les  gibelins  reprochèrent  à  leur  chef 
sa  rapacité  dans  le  gouvernement,  sou  incapacité  à  la 
guerre,  sa  couardise  devant  l'ennemi,  l'ennemi  fùt-il  un 
vil  peuple  de  marchands.  Ils  l'accusèrent  d'avoir  laissé, 
avec  une  imprévoyance  coupable,  les  hommes  d'armes 
sans  emploi,  les  magasins  communaux  vides  d'arcs  et 
d'arbalètes  '.  Ils  se  souvinrent  un  peu  tard  qu'il  avait  été 
mauvais  parent,  mauvais  frère*.  Pour  s'affranchir  de 


*  Val  de  Bisenzio»  à  un  mille  et  demi  au  nord  de  Gampi,  au  milieu  d*une 
riche  pbinc  (RepeUi,  î,  449). 

«  ViUani,  VU,  15.  —  Ammiralo,  I.  If,  l.  1,  p.  134. 

'  «  Non  fu  niuno  de*  soldati  che  non  biasimasse  manifestamente  in  tulle 
le  cosela  mala  condolta  del  suo  capilano....  »  (Ammiralo,  ibid.) 

^  «  Il  quale  essendo  stato  crudele  col  conte  Simone  suo  fratello  e  col  conte 
Guido  Guerra  suo  cugino ,  havendoli  preesochè  diserlati  sollo  prclesto  che 
fossero  di  fazioa  guelfa.  »  (Ibid.) 


70  SFTIIATÎON  ÉBRANLÉE  (Ax.  1266) 

toute  responsabilité  dans  l'échec  et  dans  la  honte,  ils  la 
rejetèrent  sur  leur  idole  de  la  veille  et  la  brisèrent  du 
coup\  Ne  fallait-il  pas,  selon  l'usage,  expliquer  par  un 
fait  accidentel  et  unique  des  faits  nombreux  et  d'ordre 
général? L'accident, à  Florence,  c'était  la  domination  des 
gibelins.  Celle  des  guelfes,  c'élait  le  retour  à  la  règle,  à 
la  coutume,  à  la  tradition. 

Étonnés  de  leur  facile  triomphe,  les  vainqueurs,  lout 
d'abord,  n'en  pouvaient  recueillir  les  fruiCs.  AvecGuido 
Novello  et  les  Lambert! ,  n'étaient  sortis  de  Florence  que 
les  cavaliei^  de  la  taglia  et  les  Allemands.  Tout  prétexte 
manquait  pour  condamner  à  l'exil  le  gros  des  gibelins, 
car  ils  n'avaient  point  pris  part  à  la  lutte.  Soit  qu'ils 
fussent  en  nombre  pour  faire  respecter  leurs  droits,  soit 
que  l'esprit  de  conciliation  ait  un  moment  régné  parmi 
les  guelfes,  on  ne  fit  que  rétablir  ce  que  Guido  Novello 
avait  voulu  renverser.  Les  trente-six  reprirent  leui's 
fonctions,  à  la  réserve  des  trois  qui  s'étaient  ouvertement, 
déclarés  pour  lui,  et  peut-être  de  quelques  autres,  suspects 
des  mômes  sentiments.  Quant  aux  frali  gaudenti^  quoique 
accusés  de  prévarication,  ou  de  rapacité  tout  au  moins,  ils 
ne  furent  pas  congédiés*,  récompense  espérée  de  leur 
prudente  réserve  dans  les  derniers  événements.  Toutefois^ 
le  souverain-pontife  fut  prié,  probablement  en  secret, 
d'envoyer  le  polestat  qu'il  avait  offert*.  L'arrivée  de  cet 

*  «  llnvcnJo  per  inaggior  siciirlh  ricevula  c  posta  insiemc  gran  quantilà 
di  gentc  d'arme,  pareva  chc  dovesson  star  le  cose  più  sicure  e  più  quiclc 
per  iiiantenimenlo  di  quello  slato.  »  (Malavolti,  part.  II,  1.  ll,i^  54  ?*.)  — 
Malavolti,  siennois  et  gibelin,  est  cvidcmment  1  ocho  d'accusations  qui  pa^ 
saient  de  génération  en  génération. 

*  Les  chroniqueurs  présentent  leur  expulsion  comme  immédiate.  La  cor- 
respondance deCléme.nt  IV  prouve  le  contraire.  On  le  verra  bien  plus  bas. 

^  «  Milti  sibi  polestatcm  nobis  humiliter  petierunt.  »  (Clem.  IV 
ep.  ccccxiii.  Yilerbe,  23  novembre  4266.  Thés.,  H,  420.) 


(Ak.  1266)        DES  FBATI  GAUDENTI.  77 

officier  devait  cire  pour  les  deux  autres  le  signai  du  départ. 
Clément IV  comprit  à  demi  mol.  Le  20  novembre,  il  avait 
écrit  aux  «  recteurs,  capitaines,  prieurs  des  arts  et  peu- 
ple »  de  Florence  pour  les  féliciter  d'un  succès  qui  allait 
assurer  la  paix  de  la  Toscane,  les  exhortant  à  réprimer 
toute  tentative  de  résislance,  et  prometlant  de  les  y  aider  ^ 
liC  22,  il  leur  écrivait  de  nouveau,  et  leur  annonçait 
l'envoi  d'un  de  ses  chapelains,  Elias  Peleti,  auditeur 
général  des  causes  au  sacré  palais,  chargé  de  préparer 
les  voies  au  potestat  Jacopo  de  Collemedio,  de  fi*apper  les 
rebelles,  de  réformer  au  besoin  les  constitutions  floren- 
tines, et  il  enjoignait  à  Tévéque,  au  clergé,  au  peuple, 
aux  frati  gandenli^  d'obéir  à  cet  envoyé*.  «  Quanta  vous, 
nos  chers  (ils  Loderingo  et  Catalane,  ajoutait-il,  qui,  sur 
notre  commandement,  avez  donné  quelque  temps  vos 
soins  au  gouvernement  de  Florence,  nous  avons  décidé  de 
vous  accorder  par  ces  présentes  la  permission  de  vous 
retirer,  que  vous  avez  souvent  demandée,  pour  vaquer 
plus  librement  à  vos  devoirs  religieux  \  » 

L'incident  le  plus  imprévu  suspendit  l'effet  de  ces  ar- 
rangements. Le  23  novembre,  Clément  IV  avait  invité  par 
lettres  Jacopo  de  Collemedio  à  partir  pour  Florence,  afin 
d'y  prendre  possession  de  sa  charge,  en  passant  par  Vi- 
tcrbe,  où  il  recevrait  également  des  instructions.  Ce  per- 
sonnage était  si  étranger  aux  événements  de  la  politique, 
si  peu  au  fait  des  obligations  mêmes  de  son  emploi,  que 
les  lettres  lui  exposaient  la  révolution  florentine,  et  lui 
indiquaient  la  qualité  comme  le  nombre  de  ceux  dont 


«  Clcm.  IV  cp.  ccccix.  Vilerbe,  20  novembre  1266.  The».,  II,  427. 
*  Ibid,  cl  II*'  cccc.\,  ccccxi,  ccccxii  ;  leUres  écrites  de  Viterbc  le  22 
ijufeinbre  1266.  Thés.,  II,  VIS,  429. 
'  Qeni.  IV  ep.cccciii.  Vilerbe,  22  Doveuibre  1266.  Thés.,  U,  429. 


78  aÉMENT  IV  CONGÉDIE  (An.  1266) 

devrait  se  composer  sa  famiglia  *.  Pour  suppléer  à  l'insuf- 
Gsance  de  son  délégué,  le  pontife,  renonçant  à  son  dessein 
de  lui  confier  tous  les  pouvoirs,  rétablissait  la  charge  de 
capitaine  du  peuple,  agréable  «  au  peuple  soulevé  \  » 
Mais  soit  qu'il  se  crût  impropre  à  sa  lourde  tache,  soit 
qu'il  jugeât  la  domination  de  l'Église  mal  assurée  dans 
une  ville  d*où  les  principaux  guelfes  étaient  encore  exilés, 
Jacopo  de  Gollcmcdio  sollicita  et  obtint,  c<  pour  des  causes 
probables,  »  d'en  être  déchargé*. 

Rares  sans  doute  étaient  les  candidats  à  ces  fonctions 
lucratives  mais  épineuses,  car,  pris  au  dépourvu,  Clé- 
ment IV  écrivait,  le  27  décembre,  aux  frati  gaudentij  aux 
autres  recteurs  et  à  tout  le  peuple  de  Florence,  que,  ne 
jugeant  pas  la  paix  établie  chez  eux  digne  du  nom  de 
paix,  il  les  invitait  à  ne  rien  innover  sans  le  concours  des 
guelfes,  ou  «  si  cela  leur  paraissait  difficile,  »  de  lui 
envoyer  des  personnes  munies  de  leurs  instructions,  afin 
que,  s'aidant  de  leur  avis,  il  pût  leur  désigner  un  bon 
potestat.  Il  déclarait  nul  par  avance  tout  ce  qu'ils  feraient 
sans  son  commandement,  et  se  réservait  de  procéder 
contre  eux,  s'il  y  était  forcé  par  leur  obstination  *. 


*  «  Ad  nostram  prolinus  accédas  praesentiam,  inde  Florentiam  profec- 
turus,  et  ut  scias  qualiter  oporlcat  accedere,  scias,  etc.  »  (Clem.  IV 
ep.  cGCGxiu.  Viterbe,  25  novembre  1266.  Thés.,  II»  429.) 

*  «  Venun  licet  eo  lempore  quo  te  vocandum  duximus,  decrcverimus  te 
solum  in  regimine  remansurum  ;  nunc  populo  suscitato  tolerare  nos  con- 
Yeiiit  et  decet,  quod  si  aliquis  ibi  populi  capitaneiis,  sed  fidelis  et  de  parte 
Ecclesiae,  et  qui  te  in  omnibus  adjuvet,  nec  possil  jurisdictionem  tuam  in 
aliquo  enervare.  »  (Ibid,) 

'  c  Quia  dilectus  filius  Jacobus  de  Collemedio,  quem  pr^ficere  vobis  vo- 
luiraus  polestatcm,  ex  causis  probabilibus  oblatum  sibi  recusavit  officium.  » 
(Clem.  IV  ep.  ccccxxi.  Viterbe,  27  décembre  1266.  Thés.,  U,  456-457.) 

*  «  Ncc  pacem  vestram  credamus  nomine  pacis  dignam,  sub  ejusdem  dé- 
bite juramenti  vobis  districtius  inhibemus  ne  ad  novi  ordinationem  re^mi- 
nis  sine  partis  guelforum  proccdatis  assensu ,  vel  si  hoc  vobis  videtur  difli- 


(An.  i266j  LES  FRATI  GAUDENTI.  79 

Ce  qu'il  appelait  obstination,  c^était  un  légitime  désir 
d'indépendance.  Affranchis  des  Allemands  et  convaincus 
par  le  succès  du  H  novembre  que  ces  étrangers  ne  pou- 
vaient rien  contre  les  murs  de  la  ville,  les  Florentins 
refusaient  d'invoquer  ou  même  de  subir  le  secours  des 
Français.  Charles  d'Anjou  en  était  mécontent,  et  Clé- 
ment IV  plus  encore.  Aussi  signifiait-il  son  ultimatum  à 
ces  marchands  insubordonnés.  «  Afin  que  la  discorde  ne 
pût  régner  de  nouveau  entre  les  partis,  nous  avions  per- 
suadé et  ordonné  à  notre  très-cher  iils  en  Jésus-Christ 
l'illuslre  roi  de  Sicile,  qu'il  n'envoyât  pas  au  secours  des 
guelfes  les  cavaliers  qu'il  y  destinait,  comme  ses  lettres 
nous  en  avaient  informé.  Mais  nous  venons  d'apprendre 
que  Guido  Novello,  très-vigilant  ennemi  de  Dieu  et  de 
l'Église,  enlacé  dans  les  liens  de  nombreuses  excommuni- 
cations, conserve  auprès  de  lui,  avec  ses  gibelins,  les 
Teutons  excommuniés  et  perfides  qu'il  avait  déjà  quand 
il  résidait  avec  vous  à  Florence.  Nous  vous  enjoignons 
donc  à  tous  et  à  chacun,  sous  l'obligation  du  serment  qui 
vous  lie  à  nous,  de  consacrer  toutes  vos  forces  et  vos  soins 
les  plus  efficaces  à  rejeter  ces  maudits  Teutons  hors  de 
vos  frontières.  Si  cela  n'est  pas  fait  dans  les  huit  jours 
après  la  réception  des  présentes,  nous  délierons  les  mains 
du  roi,  nous  ferons  en  sorte  qu'il  envoie  sa  cavalerie*.  » 

Le  parti  mixte  et  modéré  qui  dominait  pour  lors  à 
Florence,  n'avait  pas  attendu  ces  missives  pontificales 
pour  réformer  à  son  gré  le  gouvernement.  Voyant  les 

cite,  mitUlis  ad  nos  pcrsonas  sufâcienter  instnictas,  quarum  consiliis  infor- 
mati,  bonam  Tobis  Taleamus  eligere  potestatem.  Quod  si  secus  acceptaveritis, 
id  decreviraus  irritum  et  inane,  processuri  ad  alla,  prout  expedire  viderimus 
et  Yestra  coutumacia  suadcbit.  »  (Clem.  IV  ep.  ccccxxi.  Viterbe,  27  dé^ 
cembre  12G6.  Thés.,  \l  p.  456.) 
*  Ibid, 


80  NOUVKAU  GOUVERNEMENT.  (\>.  1266) 

frati  gaudetUi  ridicules  comme  moines  mariés,  et  impo- 
pulaires comme  magistrats  inca|)abics  ou  négligents,  il 
avait  enfin  pris  au  mot  leur  offre  hypocritement  réitérée 
d'abandonner  une  charge  qui  les  enrichissait*.  Dans  la 
seconde  moitié  de  décembre,  Calalanoet  Loderingo  exer- 
çaient encore  leurs  fonctions*.  A  parlir  de  ce  moment,  ils 
disparaissent  de  la  scène,  où  ils  avaient  si  pitoyablement 
joué  leur  rôle,  n'ayant  su  être  ni  honnéles,  ni  actifs.  Pour 
en  remplir  la  place,  les  Florentins,  sans  s'inquiéter  du 
pape,  ni  des  ordres  qu'il  leur  transmettait  par  son  cha- 


*  Le  rôle  de  ces  deux  chevaliers  reste  enveloppé  do  mystère.  C*étaionl 
probablement  des  habiles,  qui  ménageaient,  comme  on  dit,  la  chèvre  et  le 
chou,  et  qui  faisaient  de  vastes  profits.  Loderingo,  même  diaprés  son  pa- 
négyriste, acquérait,  après  avoir  quitté  Florence,  des  propriétés,  des  vignes 
et  des  bois  (G<)ziradini,  p.  46).  L*accu<ation  d* hypocrisie  est  générale;  mais 
on  ne  sait  au  juste  sur  quoi  l'établir.  Dante  les  accuse  d'avoir  été  complices 
secrets  des  guelfes,  et  les  met  pour  ce  motif  parmi  les  hypocrites  recou- 
verts de  lourdes  chapes  de  plomb  dorées  en  dehors  (Inf.,  XXIII,  103).  Les 
commentateurs  de  Dante  leur  reprochent  vaguement  d'avoir  troublé  la  paix, 
chassé  ou  persécuté  les  gibelins,  brûlé  leurs  maisons,  notimment  celle  des 
Uberti  au  gardingo  (douane  actuelle.  Voy.  la  note  de  Costa  et  Bianchi,  au 
vers  107  du  chant  XXIII  de  V Enfer),  On  a  dit  aussi  qu'ils  étaient  hypocrites 
parce  que  leur  vœu  leur  interdisait  d'accepter  la  charge  de  potestat;  mais 
cette  interdiction  n'était  pas  absolue  ;  elle  était  subordonnée  aux  intérêts 
de  rÉglise,  comme  le  prouve  le  texte  de  la  bulle  Sol  isU  venu  :  «  Non  rc- 
cipiant  officia  publica,  scilicet  podestarias  civilatuui  vel  castrorum  aliorum- 
ve  locorum  aut  aliud  officium  quod  pertineat  ad  commune,...  nec  eant  nd 
hujus  modi  consilia  nisi  pro  negolio  fidei^  vcl  eccletiœ  liberiatis,  aut  pro 
bono  pacUf  seu  pro  aliis  operibus  pielalis  vel  mamlalo  sedis  apostolicœ 
speciali  (Voy.  Federici,  t.  H,  Monumenta,  p.  19.  Doc.  18,  §4).  »  Lode- 
ringo mourut  en  1295.  Catalano  ci  1285,  après  avoir  été,  une  fois  sorti 
de  Florence,  provincial  de  la  Lumbardie  inférieure  et  définiteur  au  chapitre 
général  tenu  àReggio  (Voy.  Goz/adini,  p.  48-51). 

'  La  lettre  du  pape  du  27  décembre  que  nous  avons  citée,  leur  était 
adressée  ;  mais  il  n'est  pas  impossible  que  leur  départ  eût  eu  lieu  dans  le 
temps  qu'il  avait  fallu  pour  que  la  nouvelle  de  leur  séjour  prolongé  parvint 
à  Vitcrbe  et  Tordre  de  s'éloigner  à  Florence.  Ils  durent  ou  obéir  à  cet 
ordre  dans  les  trois  derniers  jours  tie  décembre  ou  le  devancer  de  peu. 
D'après  Villani  (YIl,  15)  leur  départ  est  antérieur  à  janvier. 


(.\2i.  \W)  COLÈRE  DU  PAPE.  81 

pclain  Elias  Peleti  \  dépéchaienlaux  Orviétans  des  ambas- 
sadeurs chargés  de  leur  demander  des  secours,  un  potestat 
cl  un  capitaine  du  peuple\  De  ces  fidèles  amis  ils  obtin- 
rent cent  cavaliers  qui  reçurent  mission  de  faire  bonne 
garde  à  Florence,  sons  les  ordres  de  deux  de  leurs  conci- 
toyens, Pielro  ou  Paolo  Bernardini,  capitaine  du  peuple*, 
et  Ormanno  Monaldeschi,  potestat*. 

Dans  ce  premier  mouvement  de  sa  colère,  le  pape 
fulmina  rexcommunication%  et  trois  mois  il  la  laissa 
peser  sur  les  Florentins  ;  mais  ceux-ci  n'en  furent  pas 
ébranlés.  Ils  avaient  sous  les  yeux  le  triste  spectacle  des 
agitations  extérieures,  et  ils  ne  voulaient  pas,  eux-mêmes, 
y  retomber.  En  tous  lieux,  dans  la  Toscane,  dans  Tltalie, 
ils  voyaient  prodiguer  l'outrage,  précurseur  de  sanglantes 
hostilités.  Fetenti^  ou  puants,  tel  était  le  nom  dont  les 


*  Cum  cives  Florcnlini  post  jurumenta  de  nostris  mandatis  implendis 
praestita,  fidem  primam  irritam  facientes  conlra  nostrum  mandatum  ex- 
pressum  per  dilectum  filium  magislrum  Eliaiii  capelianum  nostrum  (Glem. 
IV  ep.  ccccxLviii.  Vilorbe,  31  mars  1267.  Thés.  II,  454). 

*  Ces  événements  ont  été  jusqu'à  présent  mal  connus  et  mal  compris. 
M.  P.  Villari,  un  de  ceux  qui  enlendenl  le  mieux  Thistoire  de  Florence,  dit 
pourtant  «  qu'assurés  du  secours  d'un  protecteur  étranger,  les  Florentins 
remettent  un  potestat  et  un  capitaine  et  procèdent  à  leur  quatrième  con- 
stitution (PolitecnicOt  décembve  1866,  p.  690).  »  Or,  ils  ne  voulaient  juste- 
ment pas  de  ce  secours  étranger,  et  rétablir  un  potestat  et  un  capitaine 
c'était  revenir  à  Tanciennc  constitution,  non  en  faire  une  nouvelle. 

»  Villani,  Vlî,  15.  Stefani,  H,  137. 

*  £  un  altro  gentiluomo  dn  Orvieto  capitauo  dcl  popolo  (Villani,  VII,  15). 
Ammirato  ajoute  à  ces  mots  :  <  Benchc  il  nome  suo  sia  oscuro  (1.  U,  t.  I, 
p.  154).»  Ce  nom  est  donné  par  une  lettre  de  Clément  IV:  «P.  Bernardini, 
civem  Urbevetanensem  in  capitaneum  nuper  rcceperint  (ep.  cccglxviii, 
The$,  U,  454).  On  lit  dans  une  note  d'ildefonso  de  San  Luigi  à  Stefani  (11, 
137,  Delizie^  etc.,  VllI,  8)  que  ce  capitaine  s'appelait  Amelio  di  Corbano 
011  Gottifredo  de^la  Torrc.  Le  bon  Père  en  était  aux  conjectures  et  nous 
avons  la  certitude. 

^  Ob  quamcausam  excomuiunicalionis  sentcntiam  incurrerunt  (Clem.  IV 
ep.  GcccLxviu.  Ibid.), 

H18T.  DK  FLOBIUICK.    —   11.  6 


82  Mariages  mixtes.  (âm.  \m) 

guelfes  flétrissaient  les  gibelins;  ferracani,  ou  chiens 
ferrés,  celui  dont  les  gibelins  sligmalisaienl  les  guelfes  \ 
Combien  n^en  paraissait  pas  plus  précieuse  la  concorde 
renaissante  qui  faisait  de  Florence  comme  une  oasis  de 
paixl  II  parut  bon  de  cimenter  la  concorde  par  des 
mariages.  En  janvier  1267  un  décret  fut  rendu  qui 
«  remettait  à  Florence  les  guelfes  et  les  gibelins  *,  »  c'est- 
à-dire  le  petit  nombre  de  gibelins  qui  étaient  sortis  avec 
Guido  Novello,  et  le  petit  nombre  de  guelfes  qui  con* 
sentiraient  à  rentrer  sous  cette  condition  de  s'allier  à 
d'anciens  ennemis*.  Ainsi  Guido  Novello  donna  sa 
fille  à  Forese,  fils  de  Bellincione  des  Adimari,  Simone 
Donati  la  sienne  à  Nerozzo  des  Uberti*.  Celle  du  grand 
Farinata  épousa  Guido,  fils  de  Cavalcante  des  Caval- 
canti,  et  Bindo  des  Adimari  prit  femme  dans  la  maison 
des  Uberii.  Les  âmes  candides,  les  esprits  à  courte  vue 
célébrèrent  joyeusement  par  des  fêtes  ce  passager  retour 
à  la  concorde  ;  mais  la  plupart  des  guelfes  restaient 
sombres  et  défiants.  Ils  tenaient  pour  traîtres  ceux  d'entre 
eux  qui  condescendaient  à  ces  alliances*.  Ils  se  sentaient, 
comme  par  le  passé,  sous  le  joug  des  gibelins,  qui  ral- 
liaient à  eux,  par  de  vains  dehors  de  conciliation,  les 
marchands  et  les  tièdes,  plus  jaloux  de  continuer  ou  de 
reprendre  leurs  affaires  que  de  dégainer  de  nouveau.  Le 

«  Sabas  Malaspina,  1.  IV,  c.  3.  R.  I.  S.,  t.  VIII,  858. 

«  Villani,  VII,  15. 

^  C'est  ainsi,  pensons-nous,  qu'il  faut  interpréter  et  concilier  deux  as- 
sertions de  Villani  dans  la  même  pa;?e  :  «  Rimisero  i  guelfi  e  ghibellini  in 
Firenze  e  fecero  tra  loro  molti  matrimonii.  —  Poco  durô  la  pace,  che  lor- 
nati  in  VirenzeiuUi  H  guelfi  »  (VII,  15). 

*  Villani,  VU,  15.  Amrairato  (1267),  au  lieu  d'AzzoUno,  dit  Ugolino  di 
Farinata. 

*  Per  li  quali  parentadi  gli  altri  guelfi  di  Firenze  gli  ebbono  tutti  a  sos^ 
petto  u  parte  (Villani,  VU,  15). 


(An.  i'267)      LES  GUELFES  ET  LE  PAPE  MÉCONTENTS.  83 

jour  viendrait  bientôt  où  ces  hypocrites  lèveraient  le 
masque  et  arûcheraienl  leur  tyrannie,  si  le  pape  et  le  roi 
de  Sicile  ne  déjouaient  leurs  calculs. 

L'un  et  l'autre,  à  vrai  dire,  ne  s'y  épargnaient  pas. 
C'était  entre  eux  et  les  Florentins  retirés  à  Lucques  un 
incessant  échange  de  lettres  et  de  messages.  La  conspira- 
tion se  tramait  activement,  et  Clément  IV  en  tenait  les  fils. 
Le  18  janvier  1267,  il  écrivait  au  comte  Guido  Guerra, 
capitaine  des  bannis  :  «  Répondez-nous,  et  nous  leur  enjoin- 
drons aussitôt  qu'ils  chassent  sur-le-champ  leur  capitaine 
et  appel  lent  une  des  trois  personnes  désignées  pour  exercer 
la  charge  de  potestat.  Mais  comme  il  se  trouve  à  Acqua- 
sparta  cent  bons  et  fidèles  Teutons,  bien  fournis  d'armes 
et  de  chevaux,  nous  croyons  que  si  vous  les  aviez  avec 
vous  au  moins  pour  un  mois  ou  deux,  vos  ennemis  en 
seraient  très-effrayés  et  penseraient  qu'on  forme  contre 
eux  de  plus  grands  desseins.  Nous  voulons  que  vous 
le  sachiez,  on  nous  a  officieusement  averti  qu'avant  peu 
il  vous  serait  offert  de  rentrer  à  Florence.  Mais  il  y  aura 
tant  de  Siennois,  de  Teutons  et  de  Pisans  tout  prêts 
avec  vos  adversaires,  qu'au  moment  de  votre  retour  ils 
vous  envelopperaient  tous,  ou  la  plus  grande  partie  d'entre 
vous,  ce  dont  Dieu  vous  garde.  C'est  pourquoi  nous  vou- 
lons que,  chez  nos  fi^s  bien  aimés,  à  la  simplicité  de  la 
colombe  s'ajoute  la  prudence  du  serpenta  d 

Ainsi  les  guelfes  et  leur  chef  ne  répugnaient  pas  plus 
que  les  gibelins  au  concours  des  Allemands.  Ces  merce- 
naires, on  le  savait  bien,  étaient  à  qui  les  payait  le  plus 
et  le  mieux.  Mais,  au  nombre  décent,  ils  ne  pouvaient 


i  Ckin.  iV  ep.  gccgxxtii.  Viterbe,  i8  janvier  1267.  Thés.  U,  440- 
441. 


84  EFFORTS  POUR  DISSOUDRE  (As.  1207) 

suffire;  il  fallait  encore  des  Français.  Que  Charles  d'An- 
jou octroyât  de  ses  chevaliers,  on  n'en  faisait  pas  de 
doute  :  il  payerait  parla  une  dette  de  reconnaissance,  et 
tout  ensemble  il  marquerait  sa  soumission  au  pape,  il 
servirait  son  propre  intérêt.  A  ces  raisons  il  parut  sage, 
pourtant,  d'ajouter  un  argument  de  poids.  Le  comte 
Guido  Guerra  partit  pour  Rome,  muni  de  tout  l'argent 
qu'avaient  pu  ramasser  ses  compagnons  d'exil  *. 

Dans  le  même  temps,  d'habiles  efforts  étaient  faits 
pour  dissoudre  la  ligue  gibeline.  S'ils  échouaient  à 
Sienne,  ils  réussissaient  à  Pise,  où  l'on  craignait  pour  la 
marine  marchande  les  attaques  de  la  flotte  sicilienne. 
Sur  la  proposition  du  pape,  Pise  entrait  en  arrangements 
avec  Lucques*.  Elle  achetait  les  bonnes  grâces  du  saint- 
siége  par  un  dépôt  de  trente  mille  livres  d'or'  et  parla 
promesse  d'une  expédition  de  dix  galères  au  moins,  qui 
partiraient  pour  la  Palestine  aux  premiers  jours  de  mars*. 
Kntamées  dans  le  cours  de  janvier,  ces  négociations  se 
poursuivaient  encore,  que  Clément  IV,  qui  en  tenait  le 
succès  pour  certain,  invitait  Charles  d'Anjou  à  «  ne  pas 
se  détourner  de  ces  Pisans  qui  visiblement  lui  seraient 


<  Mandato  per  H  guelfi  a  Roma  e  con  danari  délia  parte  a  fare  onore  a 
Re  Carlo,  impetrô  da  lui  grazia  (Paolino,  II,  28,  29).  Villani  dit  bien  que 
les  guelfes  ne  firent  cjt  appel  à  Charles  d*Ânjou  qu'après  être  rentrés  à  Flo- 
rence ;  mais  il  connaît  mal  les  faits  et  est  en  contradiction  avec  la  corres- 
pondance pontificale. 

*  Mandatum  Pisanis  dedimus  de  captivis  Lucanis  quos  detinent,  pace 
inter  eos  vel  sallem  treuga  ad  quadriennium  firmata  reddendis.  Quod  si 
neutrum  procedcre  contingat,  praîcipimus  eisdem  ut  illos  restituant... 
(Clem.  IV  ep.  ccccx\x.  Vilerbe,  5  février  1267.  Thés.  II,  442). 

*  Quia  vcro  iidcni  Pisani  Rom.  Ëcclesiam  multipliciter  offendenint,  vo- 
luuius  quod  ex  parte  nostra  injungas  ut  eisdem  certum  galearum  numo- 
nim  X  ad  minus  paratas  mitlanl  instanti  mensc  martii  in  subsidium  Terrae 
Sancl»  (Ibid.). 

^  Grassi,  p.  IIG.  Inghirami,  VI,  447. 


(An.  1267)  LA  LIGUE  GIBELINE.  85 

utiles  ainsi  qu'à  TÉglise  et  à  la  malheureuse  Terre  Sainte, 
qu'ils  soutenaient  dans  le  présent  et  soutiendraient  encore 
dans  l'avenir*.  »  Le  31  mars  tout  était  réglé,  et  les  galè- 
res pisanes  avaient  sans  doute  pris  la  mer,  car  le  pontife 
écrivait  à  Guido  Guerra  et  aux  exilés  florentins  ces 
lignes,  où  paraissent  (oui  ensemble  sa  joie,  son  espoir, 
sa  prudence  :  a  Relevez  la  lête,  parce  que  votre  rédemp- 
tion est  proche,  mais  soyez  hommes  de  paix  et  humbles 
d'esprit  en  attendant  ce  bienfait  de  la  grâce  divine  *.  » 

Déjà,  du  reste,  la  grâce  commençait  à  opérer.  Huit 
cents  chevaliers  français*  s'acheminaient  vers  la  Tos- 
cane,  sous  la  conduite  du  comte  Guy  de  Montfort,  digne 
rejeton  d'une  race  sanguinaire  autant  qu'énergique,  et 
que  n'eussent  désavoué  ni  son  père,  vainqueur  d'Henry  III 
d'Angleterre,  ni  son  aïeul,  le  bourreau  des  Albigeois  *. 
D'un  tel  chef,  comme  de  ses  rudes  chevaliers,  les  gibelins 
avaient  tout  à  craindre  :  ils  n'attendirent  pas  son  arrivée. 
Ils  s'éloignèrent  à  l'approche  de  ces  hommes  du  Nord, 
avides  de  butin,  qu'accompagnaient  les  exilés  guelfes, 
avides  de  vengeance'.  Avec  les  gibelins  ardents  partirent 

<  Serenitatem  tuam  rogandam  duxiinus  et  allenlius  exhortandam  quati- 
nus  cives  eosdem  quos  non  soluin  nobis  et  tibi  utiles  fore  perspicimus,  nec 
non  et  miser»  Terrx  Sanctse  quœ  ab  ipsis  sustcnlatur  quolidie  et  speralur 
in  posterum  adjuvanda  nec  abhorreas  nec  abjicias  (CIcm.  I^  cp.  ccccxli. 
Yiterbe,  29  janvier  1267.  Thés.  II,  441).  —  Cf.  une  autre  leUi*e  au  même 
rar  le  même  objet,  à  la  date  du  lendemain,  p.  441-442. 

*  Clem.  IV  ep.  ccgcilvi.  Viterbe,  51  mars  1267.  Thés.  II,  454. 

'  Paolino  (II,  29)  dit  trois  cents,  mais  il  est  en  contradiction  avec  tous 
les  auteurs. 

*  Guy  de  Monifort  était  petit-Gls  de  Simon  de  Montfort,  chef  de  la  croi- 
sade contre  les  Albigeois,  tils  de  Simon  de  Montfort,  fait  comte  de  Leicester 
quand  il  commandait  en  Gascogne  au  nom  du  roi  d'Angleten*e,  neveu  d'A- 
maury  de  Montfort,  comte  de  Toulouse,  qui,  après  avoir  cédé  tous  ses 
droits  à  Louis  VIll,  avait  pris  la  croix  et  était  devenu  captif  des  Sarrasins 
(Voy.  H.  Martin,  Hist.  de  France,  IV,  554,  4-  éd.). 

*  Dal  popolo  e  dai  guelfi  erano  forte  odiati,  perché  questi  non  potevano 


86  FLORENCE  ÉVACUÉE  (An.  1267) 

ces  gibelins  modères  qui  dominaient  à  Florence  depuis 
le  départ  de  Guido  Novello.  Poursuivis  des  mêmes  haines 
que  leurs  violents  devanciers,  ils  méritaient  plus  de  jus- 
tice. On  a  pu  incriminer  leurs  intentions,  mais  non 
leurs  actes.  S'ils  n'avaient  rappelé  qu'un  petit  nombre 
de  bannis,  ils  marquaient  le  dessein  de  les  rappeler  tous, 
et  Machiavel  croit  à  leur  sincérité*.  Bien  des  guelfes 
étaient  rentrés  individuellement  et  sans  bruit,  parmi 
ceux  que  n'avait  proscrits  aucune  sentence  formelle. 
Ainsi  pouvait  s'éviler  la  brusque  réaction  de  leur  retour 
collectif,  en  môme  temps  que  des  mariages  eussent  rap- 
proché les  deux  partis,  sans  les  rancunes  intraitables 
qui  virent  des  déserteurs  et  des  traîtres  dans  ceux  qui 
s'y  prêtaient,  et  qui  préférèrent  attendre  plus  longtemps 
une  revanche  sans  conditions.  Personne  ne  crut  à  la 
bonne  foi  de  ces  gibelins  raisonnables,  de  ces  marchands 
enrichis  qui,  après  avoir  triomphé  par  la  violence,  es- 
sayaient, pour  la  première  fois,  de  régner  par  la  dou- 
ceur. Personne  ne  sut  démêler,  parmi  les  clameurs  des 
passions  forcenées,  la  voix  de  l'intérêt  bien  compris,  ré- 
clamant, au  moyen  de  concessions  réciproques,  une  paix 
durable,  dont  profitât  le  travail.  Pour  l'obtenir  précaire, 
cette  paix,  il  fallut  rentrer  dans  les  voies  battues,  et  l'éta- 
blir, comme  précédemment,  par  l'oppression  d'une  moi- 
tié des  citoyens. 

Le  H  avril  dojà,  Florence  était  évacuée.  11  semble  que 
Clément  IV  ne  l'espérât  pas  de  sitôt.  Irrité  de  menées  qui 
tendaient  a  reconstituer  le  parti  vaincu  en  lui  donnant 

cnnccllare  dalla  inemoria  Tesilio,  e  quello  si  ricordava  troppo  délia  tiran- 
nide  loro,  mcnlre  che  visse  soilo  il  governo  di  quelli  ;  il  che  faceva  che  ne 
Tuna  ne  Fallra  parte  posava  lanimo  (Machiavel,  l$t,  fior.,  M,  20). 

*  Si  délibéré  di  i  iunire  la  cit(à  e  richiamare  tutti  i  cittadini  cosi  ghibel- 
lin'  corne  guelfi,  i  quali  si  trovassero  fuori  (Machiavel,  loc.  cU.), 


(An.  1267)  PAR  LES  GIBELmS.  87 

pour  chef  Conrad  in,  la  veille  même  de  ce  jour  décisif, 
il  écrivait  aux  guelfes  de  Florence,  |)Our  leur  signaler  le 
danger  et  les  informer  des  moyens  pris  en  vue  de  le  con- 
jurer :  «  De  la  race  du  serpent  est  né  un  venimeux  roite- 
let qui,  de  son  souffle,  empeste  la  Toscane.  Des  rejetons 
de  vipères,  des  hommes  de  pestilence,  traîtres  envers 
nous,  envers  TEmpire  vacant,  envers  notre  cher  fils  le 
roi  de  Sicile,  sont  envoyés  en  diverses  villos,  exagèrent 
leurs  forces  par  de  raffinés  mensonges,  sollicitent  les 
uns  par  des  prières,  les  autres  à  prix  d'or,  de  s'écarter 
des  voies  de  la  vérité.  Guido  Novello,  Gorrado  Trincia, 
Gorrado  Gapece,  qui  s'efforcent  d'ériger  en  Toscane  cette 
idole  impie,  ne  cessent  pas,  dit-on,  ouvertement  et  en 
secret,  de  stipendier  des  Teutons,  de  conclure  desiraitcs, 
d'ourdir  des  complots.  Un  d'eux  porte  même  le  titre  de 
vicaire  de  celui  que,  dans  leur  folie,  ils  appellent  publi- 
quement roi,  roi  de  Sicile,  et  qu*ils  ont  poussé  à  se  ser- 
vir du  sceau  royal.  »  Or,  c'est  plus  que  n'en  peut  sup- 
porter le  «  cher  fils  »  de  l'Église.  11  envoie  en  Toscane 
une  partie  de  ses  chevaliers,  pour  en  expulser  les  pertur- 
bateurs de  la  paix,  pour  réjouir  la  multitude  des  hommes 
sages  et  pacifiques.  Il  viendra  bientôt  après  lui-même, 
«  car  nous  avons  décidé  de  le  nommer  pacificateur  gé- 
néral, pour  tout  le  temps  que  durera  la  vacance  de  l'Em- 
pire, qu'il  lui  appartient  de  proléger*.  » 

Le  17  avril,  jour  de  Pâques*,  entrait  à  Florence  Guy 
de  Montfort,  suivi  de  huit  cents  cavaliers  français  et  des 

'  Clem.  IV  ep.  ccccl.  Dilectis  Gliis  Polestali,  Consiiio  et  universis  civibus 
Florentinensibus.  Viterbe,  10  avril  1267.  Thés.  Il,  456. 

'  Villani  et  Slefani  disent  seulement  le  jour  de  Pâques,  sans  donner  la 
date.  M.  de  Gherrier  (111,  226)  dit  le  12  avril.  Mais  Pâques  tombait,  cette 
année-là,  le  17  avril.  Voy.  le  calendrier  perpétuel  dans  VArl  de  vérifier  les 
daieê,  t.  I.  —  Reumont  dit  la  veille  du  jour  de  Pâques. 


88  LES  FRANÇAIS  A  FLORENCE.  (Ak.  1267) 

exilés  florentins.  Cinquante-deux  ans  auparavant,  à  pa- 
reil jour,  le  jeune  Buondelmonte  était  tombé  sous  le 
poignard  des  Uberti.  Déjà  la  légende  l'avait  transformé 
en  chef  des  guelfes;  aussi  Villani  voit-il  dans  cette  coïn- 
cidence le  doigt  de  Dieu,  et  la  preuve  «  que  jamais  les 
gibelins  ne  reprendraient  le  dessus*.  »  Il  est  toujours 
facile,  après  coup,  de  porter  sur  le  passé  de  semblables 
jugements;  en  fait,  les  guelfes,  que  l'intervention  de 
Charles  d'Anjou  rendait  maîtres  du  pouvoir,  se  croyaient 
si  peu  certains  de  le  garder  longtemps',  qu'ils  char- 
gèrent des  ambassadeurs  de  déférer  au  roi  la  seigneurie  *, 
avec  le  droit  de  désigner  un  vicaire  royal  et  un  potes- 
lat,  qui  dirigeraient  en  son  nom  les  choses  de  la  guerre  et 
de  la  justice. 

Cette  offre  était  conforme  aux  vœux  de  Charles,  car 
elle  donnait  à  son  nouveau  royaume  de  solides  avant- 
postes.  Il  lui  plut,  néanmoins,  de  jouer  le  désintéresse- 
ment. «  C'est  le  cœur  des  Florentins  que  je  veux,  dit-il, 
et  non  une  autre  seigneurie.  Mais  je  leur  enverrai  un 
vicaire  chaque  année,  pour  les  aider  à  se  gouverner*.  » 
Florence  venait  de  se  donner  un  maître.  Aux  docu- 
ments de  ses  archives,  Charles  d'Anjou  porte  le  titre  de 
potestat  *.  Or,  qu'est-ce  qu'un  polestat  investi  de  sa  charge 

*  Gbe  bene  parve  fosse  judicio  di  Dio  che  mai  poi  i  delti  ghibellini  non 
tornarono  in  istato  (Villani,  VII,  15). 

'  M.  Abel  Desjardins  ne  nous  parait  pas  présenter  les  choses  dans  leur 
vrai  jour,  quand  il  écrit  ce  qui  suit  :  «  L'établissement  d'une  maison  fran- 
çaise sur  le  trône  des  Deux-Siciles  avait  déterminé  l'affranchissement  et 
garanti  la  liberté  de  Florence.  Le  peuple  dans  sa  reconnaissance  conféra,  elc  » 
(Négociations t  etc.  Introduction,  p.  21.) 

'  Villani  prétend  que  la  seigneurie  fut  offerte  à  Charles  pour  dix  ans. 
On  verra  au  chapitre  suivant  qu'elle  ne  lui  fut  donnée  que  pour  six  ans  et 
demi.  Vot.  plus  bas,  ch.  m,  p.  il 4,  n.  1. 

*  Villani,  Vil,  15.  Stefani,  II,  138. 

^  Tempore  dominalus  excellentissimi  Dom.  Régis  Caroli  Potcstalis  Flo- 


(An.  1267)  CHARLES  D'ANJOU  POTESTAT.  89 

pour  plusieurs  années,  cl  qui  Texercc  par  délégués  ?  Mais 
la  sujétion  élail  lolérable,  car  le  mailre  résidait  au  loin, 
et,  des  deux  paris,  on  avait  mêmes  intérêts,  mômes  enne- 
mis. Le  protecteur  ne  gênait  pas  les  protégés  dans  l'ad- 
ministration intérieure  de  leur  ville,  pour  les  réformes 
qu'ils  méditaient.  Il  ne  parut  oppressif  que  par  ses  exigen- 
ces pécuniaires,  sans  cesse  renouvelées;  encore  se  les  fit-il 
pardonner  :  les  Florentins  ne  croyaient  pas  payer  trop 
cher  la  sécurité  que  leur  donnait  son  appui. 

C'est  grâce  à  cet  appui  qu'ils  purent  librement  affermir 
par  quelques  changemenis  opportuns  leur  constitution 
de  1250.  Ils  n'en  firent  point  alors,  comme  on  l'a  dit, 
une  quatrième,  car  ils  ne  procédaient  pas  à  la  manière 
moderne.  Aux  rouages  nouveaux  ils  préféraient  les  rouages 
anciens,  habilement  réparés  :  ils  en  jugeaient  l'usage 
plus  facile  et  plus  sûr,  parce  qu'ils  s'adaptaient  bien, 
depuis  longtemps,  à  l'ensemble  de  la  machine*.  On  ne 
voit  pas  très-clair  encore  dans  ce  mécanisme  savant  et 
compliqué  ;  mais  on  commence  à  percer  les  ténèbres  qui 
l'enveloppent,  et  le  bon  Ammiraio,  avec  son  esprit  net, 
en  pousse  un  soupir  de  soulagement  ^  Antérieures,  sans 
aucun  doute,  à  1267,  les  institutions  florentines  n'appa- 
raissent qu'à  cetle  date  avec  leurs  traits  principaux. 

Trois  éléments  s'y  rencontrent,  qu'il  faut  distinguer 
avec  soin  :  le  premier  parasite  et  passager,  le  second 

rentie  et  Doin.  Giordani  de  Insola,  Dei  gratia  vicarii  ejus  de  anno  1267 
(Serment  que  doivent  prêter  au  roi  Charles  les  gibelins  pour  rester  à  Flo- 
rence, ap.  Lami,  Memorab.  Eccl.  flor,,UÂ9Q,  et  Delizie,  etc.,  Y11I,216.) 

*  Machiavel  ne  s*y  est  pas  trompé  :  «  Fermato  questo  governo,  »  dit-il  à 
cette  date.  (ht.  /ior.,11,  20.) 

'  A  me  par  quasi  dopo  follissiuic  ténèbre  incominciare  a  scorger  la 
luce...  Per  1  innanzi  s^andrà  camminando  tutlavia  per  maggior  luce,  fuichè 
di  nuovo  ricadremo  in  alcuna  tenebra  (Ainmirato,  1267, 1.  III, 1. 1,  paît.  1, 
p.  136). 


90  RÉFORME  DES  INSTITUTIONS.  (An.  1267) 

ancien,  légèrement  modifié,  le  troisième  plus  récent. 
L'élément  parasite,  c'était  le  vicaire  royal,  très-puissant, 
car  de  lui  dépendaient  la  paix  ou  la  guerre,  mais  destiné 
à  disparaître  avant  peu.  L'élément  ancien,  c'étaient  le 
potestat,  le  capitaine  du  peuple,  le  conseil  des  trente-six. 
Mais  le  potestat  était  nommé  par  le  roi  et  ramené  à  ses 
attributions  judiciaires  primitives  ;  le  capitaine  du  peuple, 
placé  comme  lui  sous  la  dépendance  immédiate  du  vicaire, 
n'était  plus  que  le  chef  des  milices  urbaines.  Le  conseil 
des  trente -six,  trop  nombreux  pour  exercer  un  pouvoir 
exécutif  plus  encore  que  législatif,  était  réduit  à  douze 
membres,  deux  par  sesto  :  c'est  déjà  le  nombre  et  la 
répartition  de  cette  fameuse  seigneurie  qui  a  été  l'âme  du 
gouvernement  florentin  pendant  toute  la  période  répu- 
blicaine. A  ces  douze  magistrats,  les  auteurs  donnent  le 
nom  de  buoni  uomini,  terme  vague,  ou  d^anziani,  terme 
précédemment  employé*,  quoique  déjà  commençât  à  être 
en  usage  celui  de  prieurs  des  arts^  qui  devait  bientôt  les 
remplacer.  Même  avant  le  protectorat  de  Charles  d'Anjou, 
on  le  trouve  dans  les  lettres  de  Clément  IV  aux  Florentins, 
pour  désigner  les  chefs  des  métiers*.  Après  avoir  formé 
le  conseil  des  frati  gaudentiy  ils  forment  celui  du  vicaire  : 
c'est  Guy  de  Monfort  qui  les  préside.  A  cela  près,  «  ils 


<  Fatli  12  buoni  uomini  (Villani,  VU,  17).  Efecero  i  guelfi  reggimento 
di  12  anziani  (Slefani,  II,  138).  M.  Reumont  (Tav.  cron.,  p.  28)  dit 
qu^ils  étaient  choisis  parmi  les  nobles.  Rien  ne  semble  moins  Traisem- 
bbble,  et  comme  il  ne  cite  pas  ses  autorités,  on  ne  peut  tenir  compte  de 
son  assertion. 

*  c  Dilectis  filiis  fratrîbus  civitatis  florentin»  regentibus  vel  eorum  alter 
consilio  prioribus  artium  et  communi  civitatis  ejusdem.  •  (Glem.  IV  ep. 
cccicv,  sans  claie.  Tha,  II,  418.  Celte  lettre  est  entre  deux  du  18  et  du 
19  octobre  1266.)  c  Dilectis  filiis,  Recloribus ,  Capilaneis,  Prioribus 
artium  et  Populo  florentino.  •  {Ibid.,  n.  ccccix,  20  novembre  126G, 
p.  427.) 


(An.  1267)  MÉCANISME  DES  CONSEILS.  91 

gouvernaient  la  République  de  la  même  manière  que 
faisaient  précédemment  les  anziani^.  » 

L'élément  le  plus  nouveau  de  cette  constitution, c'était 
le  pouvoir  consultatif  ou  lég'slalir.  11  était  d'une  com- 
plication extrême,  comme  si  res|)rit  démocratique  en 
progrès  eût  vodu  marquer  la  défiance  qui  lui  est  ha- 
bituelle, et  tout  ensemble  assurer  aux  mesures  à  prendre 
la  sage  garantie  d'une  multiple  délibération.  Quand  le 
conseil  des  huoni  uomini  ou  prieurs  des  arts,  qui  assistait 
le  vicaire,  avait  pris  une  résolution  avec  lui,  elle  était  sou- 
mise à  un  conseil  de  cent  membres,  choisis  dans  \epopolo 
gras$Of  c'est-à-dire  parmi  les  riches  marchands  et  les  no- 
bles qui,  par  la  pratique  d'un  art,  s'étaient  abaissés  au 
rang  des popolani.  Sans  le  vole  de  ce  conseil,  qui  rappelle 
l'ancien  sénat  des  cent  buom  uomini,,  et  que  les  auteurs 
continuent  de  désigner  souvent  sous  ce  nom,  aucune 
dépense  ne  pouvait  être  faite,  aucune  mesure  importante 
mise  à  exécution.  C'était  là  une  condition  nécessaire,  mais 
non  suffisante.  La  dépense,  la  mesure  votée,  devait  être, 
le  même  jour,  soumise  aux  deux  conseils  du  capitaine  du 
peuple.  Ces  deux  conseils  étaient  exclusivement  composés 
de  popolani.  L'un,  dit  spécial  ou  de  credenza^  c'est-à- 
dire  de  confiance,  et  secret  dans  une  certaine  mesure,  se 
composait  de  quatre-vingts  membres.  L'autre,  ^it  général, 
n'en  comptait  pas  moins  de  trois  cents.  D'ordinaire,  aux 
séances  du  conseil  spécial  étaient  appelés  les  chefs  des 
arts  majeurs,  que  Ton  commençait  à  désigner  sous  le  nom 
de  capitndini*.  Tout  projet  de  loi  approuvé  par  cette 

*  Al  modo  chc  anticaroente  faccano  gli  anziani,  reggeano  la  repu  blica 
(ViUani,  VU,  17). 

>  M.  P.  Villari  (Politecnico,  décembre  1866,  p.  692)  dit  que  les  capiiu- 
dini  des  arts  étaient  toujours  présents  dans  les  quatre  conseils.  C'est  une 


92  MËCANlSIilE  DES  CONSEILS.  (An.  1267} 

assemblée  était  soumis  au  conseil  général,  auquel  pre- 
naient pari,  de  droit,  tous  ceux  qui  avaient  volé  dans  le 
conseil  spécial.  Alin  que  leur  réunion  fût  plus  facile,  ils 
se  réunissaient  simultanément,  d'ordinaire,  dans  la  même 
église,  mais  chacun  dans  une  partie  différente,  à  moins 
qu'on  ne  les  joignît  ensemble,  dès  le  début,  pour  une 
commune  délibération.  Mêmes  formalités,  le  lendemain, 
dans  les  deux  conseils  du  potestat,  appelés  aussi  conseils 
de  la  commune,  parce  qu'au  lieu  d'ôtre  exclusivement 
composés  de  popolani^  comme  les  précédents,  les  autres 
citoyens,  c'est-à-dire  les  nobles,  y  avaient  entrée.  Le  con- 
seil spécial  du  potestat  contenait  quatre-vingt-dix  mem- 
bres, plus  les  capitudini^  qui  avaient  droit  d'y  siéger,  et 
le  conseil  général  trois  cent  quatre-vingt-dix,  en  y  com- 
prenant les  membres  du  conseil  spécial,  admis  à  prendre 
part  aux  délibérations. 

Tous  ces  conseils  a  opportuns,  x>  comme  on  les  appe- 
lait \  se  réunissaient  successivement,  pour  les  affaires 
d'importance.  Quelquefois  ils  ne  formaient  qu'une  seule 
et  commune  assemblée,  qu'on  nommait  alors  conseil  gé- 
néral^ ou  conseil  du  peuple,  parce  que  le  capitaine  du 
peuple  la  présidait.  Dans  des  cas  très-rares,  il  y  avait 
enfin  l'assemblée  générale  de  tous  les  citoyens,  convoqués 
à  parlement.  Leur  nombre  étant  à  peine  de  deux  mille, 
ils  pouvaient  tous  y  prendre  part.  Ils  le  devaient  même, 
pour  prononcer  en  dernier  ressort,  et  décharger  les  magis- 
trats, comme  les  antres  conseils,  d'une  trop  lourde  res- 


erreur  que  nous  a  démontrée  le  dépouillement  minutieux  des  registres 
manuscrits  intitulés  Provmtioni  délia  Repubblica.  La  présence  de  ces  ca- 
pitudini  était  ordiuaire  surtout  dans  les  conseils  du  capitaine,  mais  elle 
n*était  pas  obligatoire. 

'  Gonsigli  opportuni  (ViUani,  VU,  17). 


(An.  i'207)  RICUIKSTl,  SAVl,  CAPITUDINI.  95 

ponsabililé.  Mais  pour  les  affaires  courantes,  les  statuts 
permettaient  de  ne  consulter  que  telle  ou  telle  de  ces 
assemblées.  D'autre  part,  ils  permettaient  d'en  créer  en 
quelque  sorte  de  nouvelles,  dont  l'existence,  vraiment 
éphémère,  ne  dépassait  pas  le  jour  et  le  cas  particulier 
qui  en  avaient  vu  et  provoqué  la  réunion.  Ceux  qu'on  y 
appelait  reçurent  plus  tard  le  nom  de  richiestiy  requis,  et 
même  savi^  sages  ou  hommes  de  loi,  parce  qu'on  donnait 
la  préférence  aux  juges,  aux  notaires,  et,  dans  les  autres 
arts,  aux  marchands,  aux  artisans  renommés  pour  leur 
habileté  et  leur  expérience. 

Il  y  avait  encore  d'autres  conseils,  et  en  grand  nombre, 
auxquels  on  suppose  à  tort  des  attributions  politiques  : 
par  exemple,  le  conseil  des  capitudini  des  arts  majeurs, 
créé,  dit-on,  en  1267  \  et  qui,  pris  a  part,  n'avait  de 
juridiction  que  sur  les  intérêts  spéciaux  des  métiers. 
C'est  faute  d'avoir  su  distinguer  les  conseils  politiques  de 
tant  d'autres  qui  ne  le  sont  pas,  qu'on  a  divagué  comme 
à  plaisir  sur  la  constitution  florentine.  Réduite  à  ses  lignes 
principales,  elle  parait  simple  et  claire,  malgré  ses  nom- 
breux rouages  et  ses  apparentes  complications*. 

Ce  qui  reste  obscur,  malgré  les  investigations  de 
la  critique,  c'est  la  manière  dont  on  formait,  dont  on 
renouvelait  ces  conseils.  Mais  le  nombre  était  si  considé- 
rable des  gens  qu'on  appelait  à  y  siéger,  par  rapport  au 
nombre  si  faible  des  habitants  qui  exerçaient  les  droits 
civiques,  que  tous  les  citoyens  y  devaient  entrer  à  leur 


'  Rcumont,  Tav.  Cron.,  Cenni,  art.  Cotisiglio  délie  capUudini. 

^  Sauf  pour  quelques  détails,  nous  sommes  «raccord  sur  celte  importante 
question  avec  M.  P.  Villari  (PolUecnico,  décembre  1866).  Mais  pour  montrer 
à  quel  point  Terreur  est  fucile,  nous  indiquerons  ici  la  manière  dont  divers 
auteurs  présentent  l'organiÊation  des  conseils.  Chez  les  plus  anciens,  les 


94  ROLE  DES  œNSEILS  (an.  1267) 

tour,  par  la  voie  du  sort  plutôt  que  par  Félection  ^  Rien 

erreurs  Tiennent  de  ce  qu'ils  réunissent  des  institutions  de  temps  divers; 
chez  les  plus  modernes,  de  ce  qu'ils  ne  sont  pas  remontés  aux  sources. 

Villani  (VII,  17)  : 

1*  Conseil  des  buoni  uomini,  100  membres  ; 

2*  Conseil  descapiludini,  de  credenza,  80  membres  ; 

3*  Conseil  général,  300  membre»  ; 

4*  Conseil  du  potestal,  90  membres. 

Ammir.to  (1.  III,  137)  : 
1*  Conseil  du  potestat,  80  membres,  avec  les  capUudini; 
2*  Conseil  général ,  3U0  membres. 

Machiavel  (ht.  II,  20)  : 
1*  Conseil  de  credenza,  80  membres  ; 
2*  Conseil  populaire,  180  mt^mbres  (50  par  aegio)  ; 
3*  Conseil  gt'néral  (les  deux  précédents  et  les  douze  buonuomini)  ; 
4*  Conseil  du  peuple  et  des  nobles,  120  membres. 

Sismondi  ^11,  447)  : 
i*  Conseil  du  peuple,  100  membres  ; 
2*  Conseil  de  credenza,  80  membres  ;  capUudini  ; 
3^  Conseil  du  potestat,  90  membres  ; 
4*  Conseil  général,  300  membres. 

Léo  (L  VII,  c.  I,  t.  II,  41)  : 
1*  Conseil  du  popolo  grasto,  100  membres; 

2*  Conseil  des  consuls,  capitaines,  porto- bannières,  de  credenza,  80  membres 
L'ensemble  de  ces  deux  forme  le  Consiglio  délie  capUudini  e  di  credenza, 
3*  Conseil  du  potestat,  90  membres  ; 
4"  Coaseil  général,  300  membres,  réunion  des  trois  autres. 

A.  Desjardins  (Introd.  48)  : 
1"  Conseil  de  credenza,  100  membres; 
2**  Conseil  général,  300  membres  ; 
3*  Conseil  du  potestat,  00  membres. 

Reumont  (p.  28)  : 
1*  Conseil  des  buonuomini,  100  membres  ; 
2*  Conseil  des  capUudini,  di  credenza  ; 
3*  Conseil  du  peuple; 

4*  Conseil  du  potestat,  en  troisième  instance  ; 
5*  Comité  général,  tous  les  conseils  réunis. 

On  reconnaîtra  dans  ces  systèmes  si  divers  quelques-uns  des  éléments  du 
nôtre,  mais  dans  une  inextricable  confusion.  La  lumière  ne  se  fait  qu'en 
relevant  avec  soin  dans  la  minute  des  actes  publics  les  conseils  qui  y  ont 
pris  part.  Nous  avons  fait  ce  travail,  mais  il  est  trop  minutieux  et  le  détail 
en  est  de  trop  peu  d'intérêt  pour  que  nous  songions  k  le  publier. 

*  C'est  l'opinion  de  M.  P.  Villan  (loc,  cU.,  p.  691)  et  nous  ne  pouvons 
que  la  partager. 


(An.  1267)  DANS  LE  GOUVERNEMENT.  95 

n^esi plus  conforme  à  Tesprit  des  institutions  florentines,  tel 
que  nous  aurons  à  le  montrer  plus  tard.  L'avantage  était 
réel  d'initier  successivement  aux  affaires  publiques  tous 
ceux  qui  avaient  qualité  pour  y  intervenir,  et  le  danger  nul , 
vu  le  rôle  que  jouaient  les  conseils.  L'initiative  y  était 
réservéeaux  principaux  magistrats.  Ils  y  faisaient  soutenir 
leurs  propositions  par  un  notaire  ou  par  quelque  autre 
personne  en  leur  nom.  Nul  n'avait  le  droit  de  les  combattre 
que  par  de  brèves  paroles,  le  cas  fût-il  grave  et  imprévu. 
On  se  rappelle  l'aventure  de  Cece  Gherardini,  menacé 
d'avoir  la  tête  coupée,  s'il  ne  consentait  à  se  taire,  dans 
les  conseils  où  se  préparait  la  campagne  de  Montaperti  ^ 
Ainsi  Ton  marquait  une  opposition  antérieurement  réso- 
lue, on  ne  la  provoquait  point  par  d'éloquents  discours. 
Plus  tard,  tout  en  conservant  la  liberté  du  vote,  on  perdit, 
quand  il  élail  contraire,  celle  de  le  motiver. 

Ijes  réunions  des  ciloyens,  si  fréquentes  et  quelquefois 
si  nombreuses,  ne  purent  donc  favoriser  l'essor  de  l'élo- 
quence politique.  L'esprit  qui  présidait  aux  institutions 
florentines  n'aurait  pas  souffert  qu'on  ébranlât  par  un 
langage  imprudent  ou  passionné  le  pouvoir  des  magistrats. 
La  courte  durée  de  leur  cbarge  était  une  garantie  suffi- 
sante contre  l'abus  qu'il  pourraient  faire  de  leur  pouvoir. 
Ce  pouvoir  subissait  déjà  assez  d'entraves  pour  qu'on  ne 
voulût  pas  l'amoindrir  encore  entre  leurs  mains.  D'ail- 
leurs, si  heureusement  nce  que  fût  cette  race  de  mar- 
chands qui  allait  bientôt  prendre  un  rang  glorieux  dans 
les  lettres  comme  dans  les  arts,  son  génie  positif  connaissait 
trop  le  prix  du  temps  pour  en  consacrer  la  moindre  part 
à  des  discours,  au  détriment  de  l'action.  Il  semble  s'être 

«  Voy.  I.  ni,  c.  2, 1. 1,  p.  499-500. 


9G  PROGRÈS  DE  LA  DÉMOCRATIE.  (An.  i!267) 

étudié  a  décourager  la  manie  et  même  le  talent  oratoire. 
Des  deux  premiers  conseils  appelés  à  délibérer,  l'un,  celui 
des  cent,  était  secret;  l'autre,  celui  desqualre-vingts,  s'en- 
tourait aussi  de  mystère,  comme  l'indique  son  nom  de 
consiglio  di  credenza.  Ils  délibéraient  vile,  car  ils  s'en 
voyaient  sollicités  par  les  principaux  magistrats,  qui 
avaient  hâle  d'agir  avant  d'être  remplacés.  L'éloquence 
eût  apporté  des  retards  ;  elle  aurait  manqué,  en  outre, 
du  retentissement  auquel  elle  se  complaît.  Dans  les  autres 
conseils,  comment  l'idée  serait-elle  venue  de  débattre 
longuement  des  propositions  déjà  débattues  et  qu'on  savait 
devoir  ou  pouvoir  être  l'objet  d'un  nouvel  examen?  Com- 
ment auraient-elles  soulevé  de  nombreux  opposants, 
quand  elles  ne  venaient  au  grand  jour  qu'étudiées  dans 
l'ombre  par  deux  conseils  auxquels  s'adjoignaient  le  plus 
souvent  les  capitudini  des  arts,  les  $aviy  les  richiesti  spé- 
cialement désignés,  pour  donner  leur  avis  sur  l'affaire 
pendante,  parmi  les  plus  compétents?  C'est  ainsi  que  dans 
Florence,  si  différente  d'Alhènes  malgré  tant  de  qualités 
semblables,  l'esprit  pratique  dominait  l'esprit  oratoire  et 
étouffait  l'esprit  de  liberté. 

La  démocratie,  au  contraire,  quoique  encore  dans 
l'enfance,  y  faisait  de  continuels  progrès.  Ce  conseil  des 
cent,  ce  conseil  des  quatre-vingts,  où  résidait,  après  les 
douze  buoni  nominij  prieurs  des  arts,  la  véritable  force 
du  gouvernement,  ne  se  composaient  que  de  popolani.  Il 
en  étaitdemêmedupremierdes  conseils  vraiment  publics, 
le  conseil  général  du  capitaine.  L'avis  de  ces  trois  assem- 
blées déterminait  en  quelque  sorte,  ou  du  moins  pré- 
jugeait celui  des  conseils  du  poteslat.  Or  c'est  dans  ces 
derniers  seulement  et  dans  la  réunion  assez  rare  de  tous 
les  conseils  que  les  nobles  avaient  accès.  Loin  d'y  être  en 


(An.  120 7)  REVANCHE  DES  GUELFES.  97 

majorité,  ils  y  étaient  comme  noyés,  imiquement  appelés, 
d'ailleurs,  à  sanctionner  de  leur  vote  des  mesures  qu'ils 
n'avaient  ni  proposées,  ni  préparées,  ni  discutées,  ni  mo- 
difiées, comme  l'avaient  pu  faire  les  popolani  dans  les 
premiers  conseils.  C'était  l'inconteslable  règne  d'une 
bourgeoisie  dont  les  rangs  s'ouvraient  pour  recevoir  les 
grands  qui  voulaient  descendre  jusqu'à  elle,  et  les  petits 
qui  parvenaient  à  s'y  élever.  Les  mots  de  gibelins  et  de 
magnats  deviennent  synonymes,  comme  ceux  de  guelfes 
et  de  popolani  ou  popolari,  et  c'est  ce  qui  donne  leur 
signification  essentiellement  démocratique  aux  mesures 
rigoureuses,  implacables,  par  lesquelles  les  guelfes  vain- 
queurs affermissent  leur  domination  sur  les  gibelins 
vaincus.  La  révolution  de  1267  en  reçoit  son  véritable 
caractère.  Les  rouages  nombreux  et  compliqués  des  ma- 
gistratures et  des  conseils  ne  pourraient,  on  va  le  voir, 
que  donner  le  change  sur  sa  terrible  simplicité. 

La  tentative  de  conciliation,  honneur  des  modérés, 
avait  échoué  devant  des  passions  exaspérées  :  ce  qui 
triomphait,  c'était  la  revanche.  A  tout  prendre,  elle  était 
naturelle,  et,  dans  les  idées  du  temps,  légitime.  On  ne 
pouvait,  en  un  jour,  oublier  de  cruelles  souffrances  et  des 
pertes  matérielles  qui,  pour  beaucoup,  avaient  été  la 
ruine.  Après  la  bataille  de  Monlaperti,  les  gibelins  avaient 
confisqué  les  biens  des  guelfes  qui  fuyaient  devant  eux. 
De  retour  à  Florence,  les  guelfes  voulaient  non-seulement 
recouvrer  leurs  biens,  mais  encore  rendre  le  mal  pour  le 
mal,  châtier  la  défaite  par  la  confiscation.  Le  principe  ne 
pouvait  être  contesté;  c'e^l  dans  Texécution  que  surgirent 
de  nombreux  embarras.  Tandis  que  le  gouvernement  de 
la  commune  voulait  retenir  la  plus  forte  part  dans  l'intérêt 
et  pour  les  besoins  du  public,  les  particuliers  se  jetaient 

HlSt.    DE  FLORENCE.    —   II.  7 


*     «    ^- .  ^  ■*  *    *      • 


i  b  trafcne  et  dkaieiit  uae  eslîotttkpfli  très^exaséree  de 
leofi  pert».  Faote  4e  [miroir  s'entendre,  fl  Cdlot  reoM- 
rir  aa  [Ofpe  et  an  n>î.  A  llfKtî^atîoD  des  nutgktrals  flo- 
reolios,  ik  àmâèreoi  qaVjo  ferait  trois  parts  des  biens 
oimfMqiies*  La  première  devait  être  donnée  en  indemnité 
ans  guelfe»;  la  «teooode,  rwonstitoer  le  trésor  communal  ; 
b  troisième,  former  celui  du  parti  guelfe. 

On  fit  aussitôt  des  pertes  prÎTées  une  éi^alualion  qui 
nous  est  parvenue  :  elles  se  moutaieut  à  152,160  livres 
|iour  les  six  quartiers  et  leurs  banlieues  respectives  ^  Les 
plus  éprouvés,  parce  qu*ils  contenaient  en  plus  grand 
nombre  des  guelfes  riches,  c'étaient  Porta  San  Piero, 
OItramo  et  San  Fier  Scheraggio.  Quant  au  quartier  de 
Porta  di  Duomo,  chose  singulière  !  il  avait  souffert  deux 
fois  moins  que  sa  banlieue*.  Ce  sont  les  tours  et  les 


<  Bîêmoodi  (II,  448-449)  dit  que  ce  chiffre  équiiaut  k  un  million  et 
demi  de  not  francf .  U  n'est  pau  trop  loin  de  la  Téritc,  car  nous  arons  m 
plus  liant  (1.  111,  cb.  i,  1. 1,  p*  404),  que  son  éfaluation  du  florin  n*est  pas 
sensiblement  difTcrente  de  celle  de  M.  Passerini.  On  ne  saurait  le  blâmer 
de  voir  le  florin  ou  le  scquin  dans  b  lifre,  puisque  ce  dernier  mot  n'indi- 
que au<:une  valeur  fixe  et  est  purement  de  convention. 

'  Voici  le  détail  de  Tévaluatiou  pour  les  biens  guelfes  détruits  de  1260 
Il  iWa,  Ui\  que  nous  le  trouvons  dans  le  document  officiel  (ap.  Délaie,  etc. , 
Vil,  'i86)  . 

Lit. 

Kotlus  Ultrarni  de  civilalc 10.715 

l)icli  fcxlofl  comilalus 9.018 

Sextuf  S.  Pétri  Scbcradii  de  civilatc.  .  10.645 

Dicti  icxluf  coniilalus 12.060 

Sexluf  Burgi  civiUlif 7.885 

Dicti  MxluB  ComiUtuB 7.890 

Soxtui  Porte  S.  Panerai  il  civitatif!..    .   .  8.746.5 

Dicti  «oxlUB  cumilalus 5.765 

SoxlUi  Porte  S.  Pctri  de  civilatc.    .    .  17.900 

Dicti  Boxtuf  comiUtuf 12.165 

Soxtui  Porto  Douiuit  de  civiiule.   .  .   .        6.778 

Dicti  «oxtu»  couiitatus 12.503.3.4 


Lib.   .  .       .        132.160.8.4 


(As.  1267)  DE»  GIBELINS  EXILÉS.  99 

maisons  détruites  qui  ûgurcnt  au  premier  rang  dans  la 
liste  dressée.  11  y  a  des  tours  de  dix  livres  et  des  maisons 
de  quinze.  Celles  qui  en  valent  cent  cinquante  sont  qua- 
lifiées de  palais,  sans  que  ce  mot  donne  à  entendre  une 
demeure  seigneuriale.  Aux  palais  se  trouvent  souvent  joints 
des  magasins,  des  boutiques,  des  ateliers,  des  greniers,  des 
ctuves  ou  séchoirs,  des  liraloi^  endroits  disposés  pour 
étendre  des  draps  de  laine  ^  Il  est  question  de  moulins, 
de  cours  murées  avec  des  escaliers  de  pierre  tout  autour  *. 
On  sent  qu'il  s'agit  d'une  ville  manufacturière  et  com- 
merçante. Ce  qu'on  ne  s'explique  pas  bien,  c'est  pour 
quel  motif  certaines  propriétés  de  peu  de  valeur  sont 
séparément  désignées,  par  exemple  la  tour  de  dix  livres 
qui  appartenait  à  un  certain  Geppi',  la  tour,  le  palais, 
deux  maisons  des  Ricasoli,  valant  ensemble  cinq  cents 
livres  \  tandis  que  d'autres,  beaucoup  plus  importantes, 
sont  évaluées  en  bloc.  Probablement  la  possession  en 
était  indivise,  et  on  laissait  aux  possesseurs  le  soin  de 
faire  entre  eux  la  répartition.  Ainsi  les  dommages  soufferts 
par  les  Lapi,  les  Dini,  les  Machiavelli,  sont  appréciés  en-^ 
semble  à  trois  cents  livres*;  ceux  des  Stoldi,  des  Ber- 
linghieri,  des  Fornari,  des  Rossi,  des  Barbadori,  pour  deux 
palais  situés  à  Santa  Félicita,  dans  le  sestiere  d'Oltrarno, 


*  Palalium  cum  fondaco  et  unam  doinuiu  do  tiraloriis,  in  qua  crant  de 
super  5  apothece  et  3  dotnos  iQ  quibus  tingebatur,  cl  4  domos  in  quibus 
rccondebantur  scope  omncs  in  uno  residuo...  Unam  slufum  cuin  alia  douio 
cum  tiraloriis  ad  unumse  tenenlcs  (Doc.  ap.  Deliz.,  p.  261). 

'  Unam  tuirim  et  duo  palalia,  et  domos  lerrcnas  circum  circa,  cl  dud 
molendina  pendula  destrucla  (p.  263);  unam  curiam  muratam  circumcirca 
cum  scalis  lapideis  (p.  262). 

»  iWrf.,p.  204. 

*  ïbid.,  p.  250. 

*  Ibid.,  p.  206. 


100  RÉPARTITION  DES  fiIbNS  CONFISQUÉS.         (An.  4267) 

à  deux  mille  livres  ^  Celle  eslimation  est  une  des  plus 
fortes  :  au-dessus  on  ne  trouve  que  les  châteaux  et  les 
immeubles  appartenant  à  Guide  Guerra,  dans  la  banlieue 
de  Porta  San  Piero  :  ils  sont  notés  comme  valant  en- 
semble cinq  mille  livres*. 

On  ne  dit  pas  quelle  fut  la  pari  du  trésor  public  dans 
les  dépouilles  des  vaincus.  Tout  porle  à  croire  qu'il  n'en 
reçut  pas  le  tiers  qui  lui  revenait,  d'après  l'arbitrage  de- 
Clément  IV  et  de  Charles  d'Anjou.  Presque  tout  alla  s'en- 
gouffrer dans  le  trésor  particulier  des  guelfes,  ce  qu'on 
appela  la  massa  guelfa.  Comme  cette  masse  était  illimi- 
tée, en  ce  sens  que  les  biens  des  nouveaux  proscrits 
devaient  élre  confisqués  à  son  profit,  l'ambition  de  l'aug- 
menter fit  exagérer  les  rigueurs  et  multiplier  les  ventes. 
Villani  dit  qu'on  en  faisait  tous  les  jours  davantage*.  De 
ces  biens  on  constitua  un  monte^  c'est-à-dire,  pour  parler 
comme  les  financiers  modernes,  qu'on  les  «  capitalisa  d. 
Mesure  inique  au  premier  chef,  mais  efficace  plus  qu'au- 
cune autre  pour  anéantir  le  parti  gibelin.  «  Puisqu'on 
mobilise  leurs  biens,  s'écriait  judicieusement  le  car- 
dinal Ottaviano  des  Ubaldini,  jamais  ils  ne  rentreront  à 
Florence  *•  »  Deux  sortes  d'hommes,  en  effet,  étaient 
intéressés  à  s'y  opposer  de  toutes  leurs  forces  :  ceux  qui 
avaient  en  indemnité  les  terres,  les  immeubles  des  bannis, 


*  Doc.  ap.  DelniCf  etc.,  p.  205. 

*  Ibid.^  p.  262.  —  On  peut  voir  cet  étal  au  t.  VU  des  Delixie  degli  erU' 
diti  toscani^  de  la  p.  203  à  la  p.  286. 

3  Onde  cominciarono  a  fare  mobile,  e  ogni  di  il  cresceano  per  avère  di 
chc  ispendere  pcr  la  parle  quando  bisognasse  (Villani,  VII,  16).  Slefani 
dit  :  (II,  139)  :  «  Feciono  clie  niuno  ghibellino  polesse  stare  in  Firenze.  » 

*  Del  quule  mobile  vedenJo  il  card.  OltaTiano  degli  Ubaldini,  disse  :  Da 
poichè  i  guelfi  di  Fireuze  faniio  mobile,  giamraai  non  vi  ritoroeranno  i  ghi- 
beUini  (VUlani,  VU,  16). 


»  •  •     »  •    *  •■ 


(Ah.  1967)       ORGANISATION  DE  LA  PARTE  GVELFA.  101 

et  ceux  qui  les  avaient  achetés  de  leurs  deniers.  A  titre 
onéreux  ou  gratuit,  tous  les  acquéreurs  redoutaient  une 
revendication  possible  et  poursuivaient  ceux  qu'ils  soup- 
çonnaient d'en  avoir  le  désir,  d'une  égale  ani^losité^ 

Bien  résolus  à  défendre  des  intérêts  qu'à  tort  ou  à 
raison  ils  tenaient  pour  légitimes,  les  guelfes  en  cherchè- 
rent les  moyens  dans  une  forte  organisation  de  leur 
parti*.  C'étaient  trois  d'entre  eux,  trois  chevaliers,  qui 
avaient  eu  la  mission  délicate  d'opérer  la  répartition  : 
ils  les  prirent  pour  chefs  ou  recteurs,  sous  le  titre  de 
consuls  des  chevaliers.  Maiscenom,qui  indiquait  des  ten- 
dances arislocratiques,  fit  place  bientôt  à  celui  de  capi- 
taines du  parti,  capitani  di  parte,  ou  délia  parle  guelfa^ 
signe  manifeste  que  les  bases  de  la  faction  s'élargissaient, 
et  qu'elle  cherchait  sa  force  où  elle  pouvait  la  trouver, 
dans  la  démocratie.  Le  nombre  de  ces  capitaines  varia  de 
trois  à  neuf*.  Ce  qui  ne  varia  point,  c'est  la  durée  de 
leur  charge  :  elle  fut  de  deux  mois,  comme  celle  des 
douze  huoni  uomini.  Tant  qu'ils  ne  furent  que  trois,  les 
sestieri  de  la  ville  se  divisaient  en  deux  groupes,  pour 
les  nommer  alternativemeni,  un  pnr  sestiere.  Au-dessous 
d'eux  étaient  s\\  priori  di  parte ^  dont  trois  grands  et  trois 

*  Est-il  besoin  de  rappeler  que  la  vente  des  biens  des  émigrés  en 
France,  après  la  révolution  de  1789,  a  été  un  des  principaux  obstacles  au 
retour  de  Tancien  régime  en  1815?  Le  milliard  distribué  aux  émigrés  n'a 
fait  alors  que  consacrer  une  spoliation  devenue  irrémédiable. 

*  M.  TroUope  (1, 180)  parait  croire  que  cette  organisation  du  parti  guelfe 
fut  une  institution  de  la  République,  c  Goncevrait-on,  s'écrie-t-il,  un  lord 
chancelier  des  Tories?  t  Oui,  sans  doute,  si  c'est  le  parti  qui  emprunte 
ses  institutions  à  l'État,  et  non  l'Ëtat  qui  en  donne  au  parti.  Le  parti  guelfe 
finit  par  imposer  souvent  ses  volontés  aux  pouvoirs  réguliers,  mais  c'était 
lui  qui  s'était  constitué  à  sa  guise,  et  ses  magistrats  n'étaient  pas,  dans  le 
principe,  un  rouage  gouvernemental. 

'  Reumont,  Tav,  cron,  Cenni,  art.  Capitani  di  parte  guelfa.  Desjar- 
dins, Introduction,  p.  47. 


102  ROLE  DE  LA  PARTE  GVELFA  (Ah.  1267) 

popolanij  chargés  d^administrcr  les  finances  du  parlî;  un 
syndic  pour  les  alimenter  en  accusant  des  gibelins  \  et 
un  garde  des  sceaux.  Tout  ce  que  les  guelfes  avaient  de 
précieux  et  de  secret  était  conservé  dans  l'église  des  Servie 
facile  h  défendre*;  mais  les  chefs  tenaient  leurs  réunions 
dans  celle  de  Santa  Maria  mpra  porta.  Ils  avaient  leur 
résidence  tout  à  côté,  dans  la  maison  des  Lamberti,  au 
quartier  populaire  du  Mercaio  nnovo^  où  les  maisons 
guelfes  abondaient'. 

A  Pimitation  du  gouvernement  de  la  République,  la 
parte  gnelfa  donna  deux  conseils  à  ses  capitaines;  le 
premier  secret,  de  quatorae  personnes;  le  second  public, 
de  soixante^  qui  nommait  ces  importants  magistrats,  ainsi 
que  les  autres  de  la  faction.  Avec  le  temps,  ils  devin- 
rent un  rouage  complémentaire,  et  extrêmement  actif, 
dans  rÉtat.  On  leur  commit  le  soin  des  forteresses,  des 
murs,  des  édifices  publics,  l'administration  des  revenus 
assignés  à  ces  édifices,  la  direction  des  préposés  aux 
tours*.  Déjà  en  1273  ils  interviennent  avec  voix  délibé- 
rativedans  les  conseils*.  S'ils  consei^vent  leur  caractère 


*  Elessero  un  sindico  a  accusargli  (Stefani,  11, 139). 

»  Ibid. 

3  Yillani,  VU,  16.  —  Âmmiralo  (l.  III,  t.  I,  p.  137)  suppose  que  la  ma- 
gistrature des  capitani  di  parte  pouvait  être  antérieure  de  quelques  an- 
nées, mais  il  n'allègue  aucune  autorité,  aucune  raison.  Ce  n*eût  été,  en 
tout  cas,  qu*uiie  magistrature  d'exilés,  en  quelque  sorte  in  partibns.  Dans 
la  maison  des  Lamberti,  agrandie  et  embellie  après  Tincendie  de  l*église 
et  du  canonicat  de  S.  Maria  sopra  Porta,  a  longtemps  réside  la  municipalité 
de  Florence  (Voy.  Vannucci,  p.  146,  n.  1). 

«  ViUani,  VU,  16.  Stefani,  (II,  139)  dit  40.  Le  chiffre  de  60  est  plus 
probable,  étant  un  des  multiples  de  6,  c'est-à-dire  du  nombre  des  êettieri. 
Ijeo  suit  généralement  Villani  ;  mais  il  entend  si  mal  Fitalien  qu'à  chaque 
instant  il  commet  des  erreurs,  particulièrement  sur  ce  point,  où  il  brouille 
tout. 

^  Rcumont,  loc,  cit,  P.  Villari,  loc.  cit.,  p.  694. 

°  Voy.  deux  documents  ap.  Delizie,  VIII,  129. 


(An.  4267)     DANS  LES  AFFAIRES  PUBUQUES.  103 

de  magistrats  particuliers,  qui  les  subordonne  aux  pou- 
voirs publics,  môme  pour  les  négociations  où  la  parte 
semble  seule  intéressée  *,  ces  mois,  qu'on  rencontre  si 
souvent,  la  massa  délia  parte  guelfa  di  Firenze,  signi- 
fient maintes  fois  non  pas  la  parte  guelfa^  mais  l'uni- 
versalité du  peuple  florentin'.  Bien  plus,  au  nombre  des 
qualifications  de  sa  charge,  le  capitaine  du  peuple 
compte  celle  de  capitatw  délia  massa  délia  parte  dei 
guelfi*^  et  ses  deux  conseils  sont  appelés  dans  divers 
documents  consigli  délia  massa  délia  parte  guelfa^. 

Mais  cette  faction  redoutable  se  mêlait  à  la  population 
florentine  sans  s'y  confondre.  Elle  en  restait  comme  le 
noyau,  comme  Pâme  ;  elle  était  un  État  dans  l'État.  Ce 


*  En  1274,  Sinone,  frère  de  Guido  Norello,  s*étant  séparé  de  lui  et  des 
gibelins  pour  se  donner  aux  guelfes,  les  capitaines  de  la  parte,  au  nombre 
de  cinq,  doivent  obtenir,  pour  conclure  avec  ce  transfuge,  Tautorisation  du 
conseil  particulier  des  90,  du  conseil  général  des  300,  et  celle  des  capitu- 
dini  des  sept  arts  majeurs.  —  Les  conditions  imposées  à  Simone  sont  : 
1*  d'aider  l'Église,  Charles  et  ses  fils;  2^  de  ne  jamais  s'accorder  avec 
leurs  ennemis  ;  3*  de  payer  à  la  commune,  à  la  parle  ou  à  tout  membre  de 
Tune  ou  de  Tautre  ce  qui  pourrait  être  dû  pour  injures,  pour  dommages 
antérieurs  ;  4*  d'accepter,  en  cas  de  querelle  avec  des  guelfes,  la  décision 
des  capitaines  de  la  parte,  La  commune  et  la  parte  s'engagent  en  retour 
à  soutenir  Simone,  à  le  maintenir  dans  ses  juridictions  et  honneurs,  ï 
reffacer  des  livres  de  condamnation,  h  lui  accorder  un  délai  pour  le  paye- 
ment de  ses  dettes,  à  ne  jamais  traiter  sans  son  assentiment  avec  Guido 
Novello,  etc.  Voy.  Bonaïni,  loc.  cit,,  p.  98. 

*  Villani  (YI,  68)  appelle  ainsi  la  commune  de  Florence,  par  évident 
anachronisme  d'expression ,  quand  il  parle  du  legs  fait  aux  Florentins, 
par  le  comte  Alessandro  di  Mangona.  Sur  ce  fait,  voy.  plus  haut,  1.  ii, 
ch.  4,  t.  1,  p.  464-465. 

^  En  1278,  Guido  de  Corrigio,  de  Parme,  capitaine  du  peuple  (voy.  Lt6. 
off.  forens.)  s'intitule  capitano  di  massa  di  parte  guelfa  di  Firenze  dans 
un  document  où  il  donne  quittance  de  ce  qui  lui  est  dû  pour  son  salaire 
(Arch.  di  stato,  Capitoli,  XXIX,  P»  161  r*). 

*  In  consilio  gcnerali  et  credentie  masse  partis  guelfe  (Doc.  ap.  Deli- 
tie,  IX,  57).  In  conciliis  masse  guelforum  civitalis  Florentie  (Ibid., 
p.  62). 


104  LE  TRIOMPHE  DES  GUELFES  (An.  1267) 

qu'elle  décidait  dans  ses  réunions  privées  était  presque 
invariablement  sanctionné  par  les  magistrats,  par  les 
conseils  publics.  Aussi  a-t-on  pu  dire  que  celui  qui  était 
maître  des  capitani  di parte,  l'élait  de  Florence  même*. 
Légitime  peut-être  dans  son  principe,  mais  abusive  dans 
ses  eflets,  la  constitution  du  parti  guelfe  répondait  à  un 
besoin  si  réel  de  la  société  florentine,  elle  y  donna  une 
satisfaction  si  complète,  qu'elle  fut  imitée  ailleurs,  à 
Sienne  par  exemple*,  et  qu'elle  survécut  à  la  République 
même.  Elle  subsislait  encore,  avec  le  nom  de  ses  capi- 
taines, dans  le  seizième  siècle,  au  temps  d'Âmmirato*. 
Au  fond,  cependant,  ririslitulion  de  la  parte  guelfa  et 
des  capitani  di  parie  ne  faisait  qu'assurer  le  dernier  mot 
aux  guelfes  dans  la  guerre  civile,  mais  elle  ne  la  supprimait 
pas.  On  pouvait  tyranniser,  exiler  les  gibelins,  vexer,  hu- 
milier les  grands,  on  ne  pouvait  les  supprimer.  Ils  trou- 
vaient môme  dans  l'organisation  du  gouvernement  com- 
munal un  point  d'appui  pour  la  résistance,  et  quelquefois 
pour  l'attaque;  dans  le  potestat  un  chef,  le  représentant 
de  leurs  intérêts,  l'organe  de  leurs  plaintes;  dans  les 


*  M.  p.  Villari,  loc.  cit.  —  C'est  ce  qui  eiplique  Terreur,  d'ailleurs 
inexcusable,  de  l'alleniund  Ncumann,  confondant  le  gouvernement  de  la  ville 
avec  celui  du  parti  guelfe  (Voy.  ses  notes  à  Touvrage  d«^jk  cité  nspl  <l>Xopiv- 
Tivûiv,  etc.)  11  prend  Tinstitution  dans  la  suite  des  temps  au  lieu  de  ra- 
meuter à  Torigine.  Les  magistrats  et  les  conseils  du  parti  guelfe  devinrent 
à  la  longue  pour  le  gouvernement  de  Florence  ce  que  le  club  des  Jacobins 
était  pour  la  Convention. 

*  Consiglio  délia  Campana,  XllI,  65.  Doc.  du  18  avril  1272. 

3  Nous  verrons  plus  loin  le  statut  spécial  du  parti  guelfe.  l\  ne  fut 
publié  qu'en  1535,  et  il  contient  sans  doute  un  mélange  de  prescriptions 
du  XIII*  et  du  XIV*  siècle  qu'il  est  impossible  de  démêler.  Pour  éviter  les 
anachronismes,  il  convient  donc  d'ajourner  le  détail  de  cette  institution. 
Le  statut  dont  il  s'agit  a  été  publié  par  M.  Bonaïni,  dans  le  Giornale  sto- 
rico  degli  archivi  roscant/ janvier-mars  1857.  11  fut  renouvelé  en  1420. 
(Voy.  même  recueil,  t.  II,  juillet-septembre  18Ô8,  p.  289.) 


(An.  1267)  ASSURÉ  PAR  U  PARTE  GUELFA.  105 

conseils  du  potestat  leur  citadelle,  citadelle  baltue  en  brè- 
che et  où  pénétrait  Tennemi,  mais  qui  pouvait  encore 
être  défendue.  Elle  le  fut  avec  autant  d'énergie  que  de 
passion,  quoique  tout  l'avantage  fût  visiblement  pour  les 
guelfes.  Dans  la  lutte  de  ces  deux  armées  ennemies,  qui 
avaient  pour  chefs  respectifs  le  potestat  et  le  capitaine  du 
peuple,  incessamment  grandis  aux  dépens  du  pouvoir 
central  et  neutre  des  douze  huonuomini^  les  capitani 
di  parte  ne  jetaient  pas  en  vain  les  forces  dont  ils  dispo- 
saient. Florence,  grâce  à  eux,  devient  guelfe  jusqu'aux 
moelles.  Ce  lis  rouge,  symbole  du  pai-ti,  par  opposition 
au  lis  blanc  des  gibelins,  impose  sa  couleur  à  toutes 
choses.  On  a  hpostierla  rossa  ou  petite  |.orte  rouge  de 
Santa  Trinita*  ;  on  aura  bientôt,  en  1300,  la  ruga  rossa^ 
ou  rue  rouge,  œuvre  également  du  parti  populaire*.  Pour 
tenir  bon  contre  les  incessants  progrès  de  leurs  adver- 
saires, il  faudra  que  peu  à  peu  les  gibelins  se  transforment 
suivant  la  marche  des  idées  et  du  temps. 

L'heure  n'était  pas  venue  encore  de  ces  évolutions 
instinctives  et  tout  ensemble  calculées.  Selon  les  vaincus, 
il  n'y  avait  que  honte  et  ruine  pour  leur  patrie  dans  l'état 
de  choses  violent,  mais  fort,  qui  allait  en  inaugurer  la 
grandeur.  Leur  unique  dessein  était  de  recommencer  à 
rebours  l'histoire  des  précédentes  années,  pour  préparer 
leur  revanche  par  les  moyens  mêmes  qui  avaient  assuré 
celle  de  leurs  implacables  ennemis.  Fra  Guittone  d'Arezzo, 
après  avoir  abandonné  le  monde,  sa  femme  et  trois  jeunes 
enfanis'  pour  se  faire  fratc  gaudente^  retraçait  dans  ce 

*  Ln  posiierla  a  disparu  aujourd'hui,  mais  le  souvenir  en  est  conservé 
dans  la  rue  de  Porta  Rossn. 

»  Arch.  stor.,  1865,  3'  série,  t.  Il,  pari.  I,  p.  80. 

'  Il  le  dit  lui-même  dans  une  pièce  de  vers  citée  par  Nannucci,  Manuale 
di  letieratura,  I,  214. 


106  INVECTIVES  DE  FRA  GUnTONE  (An.  4267) 

temps-là,  au  point  de  vue  gibelin,  lasituation  de  Florence  : 

•  Regardez  et  voyez,  écrivail-il  aux  Florentins,  si  votre  ville 
est  une  cité  et  si  vous,  ses  habitants,  vous  êtes  des  citoyens,  si 
vous  êtes  des  hommes.  Non  :  votre  cité  est  un  désert,  c'est  une 
forêt,  et  vous  en  êles  les  ours,  vous  larrons  et  non  marchands. 
0  reine  des  cités,  qu*es-lu  devenue?  Une  caverne  de  brigandage, 
d'extravagance  et  de  fureur!...  Tes  enfants,  qui  furent  des  rois, 
ne  sont  plus  que  de  misérables  esclaves,  bafoués,  partout  où  ils 
vont,  de  tous  les  autres  peuples.  Oh  !  comme  ils  se  sont  rassurés 
à  ton  sujet!  Pérouse  ne  craint  plus  maintenant  que  tu  lui  enlèves 
son  lac,  ni  Bologne  que  tu  passes  ses  montagues.  Pise  ne  trem- 
ble plus  pour  ses  murailles  ni  pour  son  port.  Oh  !  Florentins, 
pauvres  défleuris,  qu*avez-vous  fait  de  votre  grandeur  et  de  votre 
orgueil,  vous  qui  sembliez  un  nouveau  peuple  romain,  prêt  à 
subjuguer  le  monde  entier?  Et,  certes,  les  Romains  n'eurent 
pas  de  si  beaux  commencements  que  vous.  Ils  ne  firent  pas  tant 
en  si  peu  de  temps.  Considérez  un  peu  où  vous  en  êles  et  où  vous 
en  seriez  si  vous  éliez  restés  unis,  ne  formant  qu'un  seul  et 
même  peuple.  Et  qui  vous  a  fait  tout  ce  mal?  qui,  sinon  vous- 
mêmes?  Hais  peut-être  esl-ce  là  ce  qui  vous  console,  que  ce  ne 
soient  point  d'autres  qui  vous  aient  nui.  Si  vous  le  pensez,  vous 
pensez  follement.  Votre  honte  est  double,  étant  votre  œuvre.  — 
Et  que  dirai-je  de  vos  femmes  qui,  les  unes  enceintes,  les  autres 
mollement  élevées,  accoutumées  au  repos  et  à  une  nourriture 
exquise,  devaient  rester  en  salle  ou  en  chambre  au  milieu  de 
leurs  proches?  Les  voilà  qui,  mal  vêtues  et  mal  nourries,  seules, 
comme  des  servantes,  ou  mal  accompagnées,  ont  été  réduites  à 
se  traîner  souffrantes,  de  lieu  en  lieu,  et  à  séjourner  parfois 
avec  des  bandes  de  guerre  ou  avec  des  étrangers,  dans  d'étroi- 
tes et  hideuses  maisons  où  les  esclaves  d'aulrui  sont  leurs  maî- 
tresses M  » 

Invectives  éloquentes  sans  doute,  mais  où  la  rhétorique 
d'école  et  l'aveuglement  de  parti  ont,  ce  semble,  une  part 

*  LeUre  XII  de  Fra  Guittone,  traduclion  de  Fnuriel,  Dante,  etc.,  I,  350- 
351).  On  peut  lire  le  (exlc  dans  Gargani,  Délia  lingua  volgare ,  etc., 
p.  75-79. 


(Aw.  Iil67)  CONTRE  FLORENCE  GUELFE.  107 

égale.  Ce  que  pensait  au  fond  de  Tâme  Fra  Guitlone,  on 
ne  saurait  le  dire  ;  en  tout  cas,  s'il  était  sincère,  il  dut 
avec  le  temps  changer  d'avis,  car  on  le  voit,  en  1293,  un 
an  avant  sa  mort,  choisir  Florence  de  plus  en  plus  «  re- 
paire d*ours  guelfes  »,  pour  .y  fonder  un  monastère  des 
Camaldules,  et  y  finir  ses  jours  en  paix.  S'il  avait  raison 
de  reprocher  aux  Florentins  la  discorde,  le  reproche  en' 
est  singulièrement  placé  dans  la  bouche  d'un  gibelin.  Les 
gibelins  ne  l'avaient-ils  pas  souvent  suscifée?  n'allaient- 
ils  pas  la  susciter  encore  plutôt  que  de  se  soumettre  ?  Ce 
tableau,  que  trace  le  frate  gaudente  de  la  vie  errante  et 
misérable  des  femmes  gibelines,  n'est-il  pas  celui  des 
femmes  guelfes,  obligées,  on  l'a  vu,  après  avoir  quitté 
Florence  pour  Lucques,  de  quitter  Lucques  pour  Bologne? 
La  vérité,  c'est  que  les  uns  et  les  autres  suivent  la  même 
politique,  commettent  les  mêmes  fautes,  subissent  les 
mêmes  malheurs.  Ces  révolutions  ont  leur  routine.  L'ex- 
périence n'y  sert  de  rien,  et  l'aveugle  loi  du  talion  y  règle 
les  rapports  des  factions  adverses.  F^a  victoire  ne  sait  pas 
être  humaine  et  clémente  :  elle  abuse  de  la  force,  jusqu'au 
jour  où  la  force  lui  manque.  C'est  un  duel  où  elle  seule 
prononce,  où  l'on  ne  saurait  dire  de  quel  côté  est  la 
justice  et  le  droit.  Il  se  peut  que  le  triomphe  des  gibelins 
eût  assuré  la  grandeur  de  Florence  ;  mais  il  est  certain 
que  le  triomphe  des  guelfes  a  eu  ce  résultat.  La  violence 
et  l'injustice  étant  égales  des  deux  parts,  on  ne  saurait 
trouver  ni  surprenant  ni  mauvais  que  les  plus  nombreux 
l'aient  emporté. 


CHAPITRE  III 

DEUXIÈME     GOUVERNEMENT     DES    GUELFES 
ET  PROTECTORAT  DE  CHARLES  D'ANJOU 


Les  ennemis  de  Chai*le8  d'Anjou  à  Pise.  —  Anibas.<adc  des  gibelins  à  Gonradin.^ 
Charles  d'Anjou  en  Toscane  [mai  1267).  —  Charles  y  est  nommé  paciariut 
[4  juin  1267).  —  Il  fait  campagne  contre  les  gibelins.  —  Révolulion  à  Sienne 

—  Siège  et  prise  de  Poggihonzi  par  les  guelfes  (mi-juillel-30  novembre).  — 
Campagne  contre  Pise  (février  1268).  —  Prise  de  Notrone.  —  Chants  guer- 
riers des  troubadours.  —  Don  Enrique  de  Cistille,  sénateur  à  Rome.  —  Con- 
radin  en  Italie  (octobre  1267).  —  Préparatifs  et  emprunts  de  Charles  d'Anjou. 

—  Son  séjour  à  Yiterbe  (5-50  avril  1268).  —  Excommunication  de  Conradin 
et  de  ses  fauteurs  (8  avril}.  —  Conradin  à  Pise.  —  Alarmes  des  guelfes.  — 
Marche  de  Conradin  à  travers  U  Toscane.  —  Défaite  des  guelfes  à  Ponte  a 
Valle  (24  juin^  —  Clément  lY  relève  le  courage  des  vaincus.  —  Conradin  à 
Rome  [24juillet-10aoûl).~  BaUille  de  Tagliacozzo  (22  août).  —  Captivité 
et  supplice  de  Conradin  (29  octobre).  —  Indépendance  réelle  de  la  Toscane 
sous  le  protectorat  de  Cliai'les  d'Anjou.  —  Guerre  contre  Sienne.  —  Défaite 
et  mort  de  Provenzano  Salvani  (17  juin  1269).  —  Expéditi(»n  contre  Ostina 
et  Asciano  (septembre).  — Malheurs  publics.  —  Exigences  des  Florentins.  — 
Charles  d'Anjou  conclut  la  paix  avec  Pise.  —  Son  séjour  en  Barbarie  (1270). 

—  Guy  de  Montfort  le  remplace  en  Toscane.  —  Destruction  de  Poggihonzi 
(juin).  —  Pdix  avec  Sienne  [i  août).  —  Ligue  guelfe  de  Toscane.  —  Gibelins 
suppliciés  à  Florence.  —  Guy  de  Montfort  perd  son  autorité  (1271).  —  Im- 
puissance de  Charles  d'Anjou  et  du  saint-siége  (1272).  —  Grégoire  X  à  Flo- 
rence (18  juin  1273).  —  Pacification  entre  les  guelfes  et  les  gibelins  (11  juil- 
let). —  Perfidie  des  guelfes  et  départ  des  gibelins.  —  Colère  et  départ  du 
pape.  —  Discorde  croissante  dans  l'Italie  centrale.  —  Rodolphe  de  Habsbourg, 
reconnu  roi  des  Romains  (1274U  —  Grégoire  X  de  nouveau  à  Florence  (18 
décembre  1275).  —  Sa  mort  (10  janvier  1276).  —  Les  Pisans  vaincus  par  les 
Florentins  au  fossé  Rinonichi  (juin  1276).  —  Paix  entre  Pise  cl  la  ligue 
(13  juin).  —  Progrès  des  Florentins  par  l'impuissance  de  Cbarlcs  et  du  saint- 
siége. 

Huit  cents  cavaliers  français,  accrus  bientôt  de  cinq 
cents  cavaliers  de  la  taglia\  pouvaient  suffire  pour 

'  Cette  adjonction  de  500  milites  toscans  aux  800  français  est  surabon- 


(An.  1267)  LES  EXILÉS  GIBELLNS  Â  PISE.  109 

asseoir  dcins  la  Toscane  la  domination  des  guelfes,  déjà 
assise  dans  le  royaume  ;  ils  ne  suffisaient  pas  pour  re- 
jeter les  gibelins  au  delà  des  frontières  toscanes,  ni 
même  pour  leur  inspirer  la  terreur.  Aux  yeux  des  vaincus 
la  revanche  était  assurée  et  prochaine.  La  puissante  Pise 
venait  de  leur  ouvrir  ses  portes.  Récemment  soumise  au 
saint-siége,  elle  rompait  de  nouveau  avec  lui.  Elle  n'avait 
plus  à  ménager  ni  Clément  IV,  qui  offrait  Tinvestiture  de 
la  Sardaigne  à  Enrique  de  Castille,  ce  frère  d'Alphonse  X, 
ce  royal  aventurier,  sénateur  de  Rome  par  un  caprice  de 
la  fortune,  candidat  à  toutes  les  couronnes,  ni  Charles 
d'Anjou,  qui,  sous  prétexte  d'une  rixe  entre  marins  pi- 
sans  et  provençaux,  saisissait  les  marchandises  pisanes  et 
leur  interdisait  l'entrée  des  Deux-Siciles  *.  C'est  à  Pise 
que  se  réfugiaient  les  captifs  échappés  aux  rudes  prisons 
de  Charles,  Corrado  et  Marine  Capece,  Galvano  Lancia, 
Galeotto  son  fils  et  Federico  son  frère  \  Là  plus  encore 
qu'à  Sienne,  trop  exposée  au  passage  de  l'ennemi,  s'ali- 
mentait l'incandescent  foyer  des  récriminations  et  des 
haines.  Là  on  reprochait  aux  Français  d'être  rapaces,  de 
manquer  de  foi,  d'abolir  les  privilèges,  de  violer  les  im- 
munités, de  profaner  les  églises,  de  piller  les  monastères, 
de  massacrer  prêtres  et  moines,  beaux  exploits  en  vérité 
pour  des  gentilshommes,  pour  un  prince  qui  venait  au 
nom  de  la  religion.  Là  on  se  sentait  en  force  pour  leur 
tenir  tête,  pour  ourdir  contre  eux  et  contre  les  guelfes 


daminent  prouvée  par  diverses  lettres  de  Charles  publiées  dans  le  Cod, 
dipL  del  regno  t  t.  II ,  part.  I ,  p.  124 ,  cl  dont  il  sera  question  plus  bas , 
p.  151,  n.  5,  et  132,  n.  l.On  y  voit  que  chaque  ville  avait  son  contingent 
fixé,  Florence  166  hommes,  Pistoia  45,  et  qu*elle  pourvoyait  à  leur  solde. 

'  Grassi,  p.  116.  —  Inghirami,  VI,  455. 

*  Clem.  lY  ep.  cccxlvi,  37  juillet  1266.  Tha.,  h,  577. 


110  AMBASSADE  DES  EXILÉS*  (An.  1267) 

de  Florence  une  conjuration  fondée  sur  un  appel  nou- 
veau à  Télranger. 

Tandis  que  les  guelfes  hésitaient  entre  un  empereur 
allemand  peu  à  craindre  et  un  tyran  français  prêt  à 
accroître  le  pouvoir  temporel  de  la  papauté,  les  gibelins 
étaient  donc  pleins  d^ardeur  a  au  service  du  diable  et  de 
Conradin  *  ».  Ils  envoyaient  de  Pise  plusieurs  d'entre  eux 
en  Allemagne  «  éveiller  l'aiglon  endormi  ».  A  leur  tôte 
étaient  les  échappés  des  prisons  de  Naples,  Galvano  et 
Federico  Lancia,  avec  les  deux  frères  Capece  *.  Des  ambas- 
sadeurs de  Pise  et  de  Sienne,  connaissant  les  moyens  de 
mettre  en  mouvement  les  princes,  apportaient  cent  mille 
florins  pour  lever  un  corps  d'armée.  Avec  plus  d'autorité 
que  des  Napolitains,  ils  promettaient  l'appui  d'une  moitié 
de  la  Toscane,  déjà  en  armes  Contre  Charles  d'Anjou.  Les 
seigneurs  dépossédés  de  la  Lombardie  avaient  joint  leurs 
envoyés  à  l'ambassade,  et  du  royaume  même  de  Charles 
accouraient  d'anciens  serviteurs  de  Manfred,  déjà  las  de 
leur  nouveau  maître.  Ils  trouvèrent  l'aiglon  à  Landshut, 
où  il  était  né,  dans  son  vieux  manoir  de  Hohcnschwangau, 
qui  domine,  d'un  pic  élevé,  une  contrée  pittoresque  entre- 
coupée de  lacs  et  couverte  de  forêts*.  Il  leur  parut  ardent 
aux  aventures,  mais  plus  propre  à  les  rêver  avec  son 
imagination  de  quinze  ans,  qu'à  les  courir  et  à  voler  de 

^  f  Elbene  Tellemus  quod  Lombardi  amici  nostri  iiafacerent  posse  suum 
in  servilio  Dei  et  Ecclesie  atque  nostro  et  suo  proprio  sicut  facimus  pdsse 
nostrum  et  sicut  faciunt  inimici  in  servitio  diabuli  stando  in  cxcommuni- 
catione  et  in  servitio  Gonradini....  Nostri  Lombardi  nullaui  militiatu  cxtra- 
neam  tuis  cxpcnsis  babcre  volueiiint.  »  (Lettre  de  Charles,  ap.  Chron,  de 
rebus^eic.,  p.  277.) 

'  «  In  Alamanniam  ad  suscitandum  catulum  dormicnteui  et  pullum 
aquil^B  qui  nondum  xtale  cœperat  adulta  pennescere,  propere  se  conver- 
tunl.  »  (Sabas  Malaspina,!.  lU,  c.  tvii,  R.  I.  S.,  t.  VUI,  832.) 

'  Saint-Pnest,  m,  29. 


(An.  1267)        AUPRÈS  DE  GONRÂDIN.  111 

ses  propres  ailes.  Des  lettres  pressantes  furent  pourtant 
mises  sous  ses  yeux.  De  formelles  et  brillantes  promesses 
Téblouirent.  Le  comte  Malecta,  traître  à  Charles  comme 
à  Manfred,  quoique  maintenu  dans  sa  fructueuse  charge 
de  trésorier^,  promettait  seize  mille  onces  d'or  et  mille 
lances  soldées*.  De  toutes  parts,  disaient  les  ambassa- 
deurs, on  se  préparait  à  la  guerre,  on  en  attendait  le 
signal.  Don  Enrique  de  Castille,  mal  vu  du  pape  qu'il 
gênait  à  Rome,  ne  pouvait  qu'être  favorable  à  l'entre- 
prise. Des  Alpes  au  Phare  on  ne  rêvait  que  de  rétablir 
sur  le  Irône  l'héritier  légitime.  Les  Sarrasins  de  Lucera 
pleuraient  d'attendrissement  au  seul  nom  de  son  aïeul, 
de  son  père,  de  son  oncle,  et  se  déclaraient  prêts  à  tout 
sacrifier  pour  lui^. 

Malgré  de  si  pressantes  instances,  la  négociation  traîna 
en  longueur.  Elisabeth,  mère  du  jeune  prince,  s'opposait 
à  l'expédition.  Elle  prévoyait  les  malheurs  de  loin.  Elle 
ne  comprenait  pas  qu'on  opposât  un  enfant  au  redoutable 
Charles  d'Anjou.  Elle  «  demandait  comment  la  ligue 
gibeline,  réduite  à  quatre  ou  cinq  villes,  parviendrait  à 
chasser  d'Italie  ces  rudes  Français.  Avait-on  pu  seulement 
leur  en  fermer  le  chemin,  lorsque  la  Toscane  entière  et 
plusieurs  grandes  communes  lombardes,  qui  tenaient 
aujourd'hui  pour  les  guelfes,  faisaient  partie  de  la  confé- 

*  Archives  de  Naples,  Arca  F,  fasc.  18,  n»  13.  Lettre  du  24  février  1267, 
âp.  Gherrier,  UI,  223. 

*  c  Etlicet  olim  Manfrido  Malecte....  quia  idem  Manfiridus  XVl  millia 
uncianim  quas  curie  nostre  promiâerat  pro  stipendiis  gentîs  nostre  Dobis 
ùon  solvit  in  teriniois  constilutis  ,  nec  raille  milites  stipendiis  propriis  ad 
servitia  nostra  retinuit  quos  promiserat  retinere.  •  (Lettre  de  Gonradin, 
tirée  de  b  Bibl.  de  r Université  de  Leipsig,  n'  1268,  P  75,  ap.  Gherrier, 
m,  App.,  p.  517.) 

'  Sismondi,  U,  450-152.  —  Saint-Priest,  MU  29-31.  —  aerrier,  UI, 
221-223. 


112  LES  FRÀl«iÇAlS  EN  TOSGiNE  (Am.  1267) 

déralion  gibeline  ^?  »  L^autorité  de  ces  paroles  était,  il  est 
vrai,  amoindrie  par  le  second  mariage  qui  avait  fait 
descendre  la  veuve  de  Conrad  du  rang  de  reine  à  celui  de 
comtesse •;  mois  l'éloquence  passionnée  d'une  mère  dé- 
fendant Tavenir  et  peut-être  la  vie  de  son  fils,  balançait 
les  conseils  belliqueux  des  ducs  Louis  et  Henri,  oncles 
de  Conradin,  comme  ceux  du  comte  Meinhart,  son  beau- 
père.  Si  Conradin  devait  partir,  il  fallait  gagner  du  temps. 
Nul  ne  pouvait  nier  qu'en  prenant  des  années  ou  seule- 
ment des  mois,  il  deviendrait  plus  apte  à  conduire  son 
armée. 

Cependant  les  chevaliers  de  Guy  de  Montfort,  sans  en- 
nemis devant  eux,  se  donnaient  libre  carrière  en  Tos- 
cane. Déjà  s'élevaient  contre  eux  de  vives  plaintes.  Les 
Pisans  leur  reprochaient  d'avoir  «  déformé  ou  désolé 
plusieurs  de  leurs  terres.  »  Pour  repousser  ces  attaques 
iniques,  ils  mettaient  sur  pied  leur  armée,  sans  vouloir, 
disaient-ils  prudemment,  manquer  de  respect  au  pape 
ni  au  roi  '.  Clément  lY  justifiait  de  son  mieux  les  cham- 
pions de  l'Église: 

«  Hérode,  écrivait-il,  et  avec  lui  Jérusalem  tout  entière  furent 
bouleversés  en  apprenant  la  naissance  du  Sauveur  *.  Nous 
voulons  vous  avertir  des  dangers  que  fait  courir  à  la  Toscane 


»  Cherrier,  III,  225. 

'  Au  moyen  âge,  les  reines  remariées  perdaient  leur  titre.  Conradin, 
dans  ses  cdils,  n'appelle  jamais  sa  mère  que  comitiêsa  (Note  de  Saint- 
Priest,  111,  12.  Yoy.  à  TAppend.  J  du  même  volume  de  cet  auteur  le  texte 
des  éditsà  Tappui). 

'  <  Per  quain  dicilis  terras  aliquas  deformatas  vel  verius  desolatas 

Vos  exinde  justo  timoré  concepto  equis  et  armis  et  aliis  necessariis  gentem 
▼estram  instruitis....  non  in  nostri  vcl  régis  derogationem  honoris.  » 
(Clem.  IV  ep.  ccccli.  Vilerbe,  26  avril  1267.  Thés.,  H,  457.) 

^  «  Sane  perturbatum  Herodem  legimus  et  omnem  Jerosolymam  cum 
eodem,  ortu  salvatoris  audito.  »  {Ihid.) 


(Ah.  1267)  SOUTENUS  PAR  CLÉMENT  IV.  H3 

la  perfide  machination  d'hommes  perdus.  Loin  de  la  cacher,  ils 
la  montrent  à  tous  les  yeux^  Ils  attendent  leur  nouvelle  idole; 
ils  donnent  à  Conradin  le  titre  de  roi*.  S'ils  sont  vos  amis,  il  est 
écrit,  vous  le  savez,  que  l'ami  des  fous  est  semblable  à  eux... 
Fallait-il  donc  mander  à  Charles  d'Anjou  de  se  tenir  en  paix,  de 
ne  prendre  aucune  précaution,  jusqu'à  ce  que  les  pieds  de  ses 
ennemis  fussent  dans  son  royaume?  Vous-mêmes,  ne  prenez-vous 
pas  vos  mesures,  sans  avoir  pourtant  subi  les  attaques  de  per- 
sonne'? Et  lui,  déjà  si  cruellement  attaqué  et  atteint,  alors  qu'il 
voyait  un  autre  usurper  son  titre,  nous  aurions  dû  Tempécher 
d'énerver,  dés  le  début,  les  forces  des  malicieux  ?  Nous  n'avons 
pas  appris  qu'aucune  ville  de  Toscane  revendique  le  privilège 
de  ne  pas  recevoir  de  cavalerie  dans  cette  province  sans  l'aveu 
de  ses  habitauts.  Si  vous  l'aviez,  ce  privilège,  pourquoi  l'avez- 
vous  laissé  supprimer  naguère  quand  des  forces  ennemies  de 
Dieu  et  de  l'Église  parcouraient  ce  pays?  Si  vous  dites  que  c'é- 
tait devotre  consentement,  vous  avouez  votre  turpitude.  Cessez 
donc  de  vous  plaindre  des  excès  d'un  roi  chrétien  qui  lient  pour 
réformé  ce  que  vous  tenez  pour  déformé*.  » 

Ce  roi  chrétien  mettait  trop  de  prix  à  rextermination 
de  ses  ennemis  en  Toscane  pour  y  faire  longtemps  attendre 
sa  présence.  Dès  les  premiers  jours  de  mai  il  passait  la 
frontière,  et  faisait  à  Florence,  puis  à  Prato,  une  solennelle 
entrée,  aux  acclamations  des  habitans'^.  Sincères  ou  de 


1  f  Quam  periculose  fundabatur  in  Tu&cia  perfidissima  machiDatio, 
etc.  »  (Gem.  IV  ep.  ccccli,  457.) 

*  <  NoYum  idolum  jam  expectat,  Corradinum  nominans  r^em.  •  (Ibid.) 
'  «  Ecce  vobis  providetis,  ut  scribilis,  adhuc  neniine  tos  tangente,  et 

ipse  tam  crudeliter  impetitus  et  tactus,  in  regni  nomen  et  titulum  alio  jam 
intruse....  »  (Ibid.) 

*  •  Desinite  igilur  turbari  de  Christian i  régis  excessibus  qui  reforma tum 
extimatquod  esse  creditis  deformatum.  »  (Ibid.) 

'  <  Intravit  Tusciam  et  Florentiam  alque  Pratum.  »  (Clem.  IV 
ep.  ccccLxiY.  Yilerbe,  11  mai  1267.  Thés.,  Il,  466.)  M.  Bonaïni  (Giorn. 
stor,  degli  archivi  Toscani,  t.  lU,  avril-juin  1859,  p.  77)  met  celte  entrée 
au  11  mai.  Gela  est  impossible,  puisque  ce  jour  même  elle  était  connue  à 
Viterbe  et  annoncée  par  le  pape.  11  faut  l'avancer  d'au  moins  deux  ou  trois 
jours.  Yillani  dit  que  Charles  ne  vint  à  Florence  qu'au  mois  d'août. 

HIST.    DE  FLOilEKUC.   —   II.  '  8 


iU  CHARLES  D'ANJOU  POTESTAT  A  FLORENCE     (An.  1267) 

commande,  elles  eurent  partout  leur  écho,  sauf  à  Pise 
et  à  Sienne.  Toutes  les  autres  villes,  en  douze  jours, 
avaient  expulsé  leurs  gibelins,  fait  ligue  entre  elles,  con- 
féré au  roi  la  dignité  de  potestat,  Charles  en  était  investi 
d'abord  jusqu'au  i"  janvier  suivant,  puis  pour  six  années 
consécutives,  à  partir  du  l**"  janvier  1268  \  Les  communes 
liguées  s^engageaient  à  l'aider  ainsi  que  ses  délégués,  ou, 
si  elles  ne  pouvaient  mieux  faire,  à  l'avertir  du  péril. 
Elles  promettaient  de  traiter  les  gibelins  en  ennemis,  sauf 
ceux  qui  auraient  fait  serment  d'obéissance  au  pape,  au 
roi,  à  ses  vicaires,  à  la  commune  de  Florence,  de  ne 
recevoir  ni  lettres  ni  ambassades  de  Conradin,  ou  de  les 
remettre  et  dénoncer  au  vicaire  royal,  enfin  de  ne  recon- 
naître empereur  que  l'élu  du  souverain  pontife  \ 

Il  avait  donc  suffi  d'une  apparition  du  vainqueur  de 
Manfred  pour  «  déprimer  beaucoup  la  puissance  gibe- 
line' ».  Les  villes,  écrivait  Clément  IV,  ne  se  gouvernent 
plus  que  par  lui  *.  Un  plus  long  séjour  en  Toscane  n'était 
pas  nécessaire,  quand  d'autres  soins  l'appelaient  ailleurs. 
On  rapporte  qu'avant  de  quitter  Florence,  il  s'y  rendit 

'  «  Àssumscrunl  eumdem  in  Potestatem  usque  ad  Kal.  Januarii  et  inde 
ad  sex  annos.  Idemque  Pistorium  faciet.  »  (Ibid.)  «  Potestariam  Florentiae 
et  quarumdam  aliarum  terrarum  in  Tuscia  usque  ad  Kal.  Jan.  et  inde  usque 
ad  sei  annos  recepit.  »  (Clem.  IV  ep.  cccclxii.  Viterbe,  40  mai  1267. 
Thes.f  H,  465.)  —  <  Etiarn  Florenlini,  Lucani,  Pistorienses  et  quœdaro  alia 
.oca  celebria  eamdem  Potestatem....  elegerunt.  »  (Fp.  gccclxu.  Viterbe, 
â3  mai  1267.  Thés.,  Il,  472.)  Villani  (VU,  15)  dit  pour  dix  ans,  mais  il 
confond  cette  charge  avec  celle  de  vicaire  im|)érial,  qui  fut,  selon  M.  del 
Giudice  (Cpd.  dipl.  del  regno,  t.  I,  part.  I,  p.  29,  note  3),  donnée  à 
Charles  par  le  pape  pour  dix  ans.  Les  lettres  625  et  626  de  Clément  IV  ne 
fixent  point  la  durée  de  cette  charge. 

*  Voy.  le  doc.  dans  Lami,  Memorab.  Ecoles,  flor.,  t.  I,  p.  496  «q.,  De- 
lixie,  t.  VIII.  p.  215-217,  et  le  résumé  dans  Bonaïni  (loc.  cU). 

*  n  Et  jam  multum  depressa  est  potentia  gibellina.  »  (Clem.  IV 
ep.  cccGLxii,  p.  465.) 

*  a  Pereumhodiegubernanlur.  »  (Clem.  IV  ep.  ccccuxi,  p.  472.) 


(An.  1267)  ET  PACIFICATEUR  DE  LA  TOSCA^E.  145 

populaire  par  une  visite  au  peintre  Cimabue,  qui  peignait 
alors  cette  fière  et  dure  Madone,  appendue  encore  aujour- 
d'hui aux  murailles  de  Santa  Maria  Novella  ^  Le  23  mai, 
Charles  était  à  Viterbe  auprès  du  pape.  Il  lui  venait  de- 
mander le  titre  de  capitaine  de  la  Toscane  durant  la 
vacance  de  l'empire,  et  celui,  plus  passager  mais  plus 
noble,  depaciarim  ou  pacificateur  généraP,  les  seuls  que 
le  défiant  pontife  lui  voulût  accorder.  Plus  connu  et  mieux 
défini,  le  titre  de  vicaire  impérial,  qu'il  désirait,  lui  eût 
donné  trop  de  puissance,  l'eût  surtout  trop  rapproché  de 
cette  couronne  des  Césars  que  le  sàint-siége  entendait 
séparer  pour  toujours  de  la  couronne  de  Sicile.  A  la  date 
du  4  juin,  le  a  pacificateur  »  prétait  serment  entre  les 
mains  du  pape  de  ne  pas  conserver  cette  charge  plus  de 
trois  ans%  et  même  de  la  déposer  auparavant,  comme 
d'abandonner,  dans  le  délai  d'un  mois,  toutes  les  places 
fortes  de  la  Toscane  \  si  le  siège  apostolique  venait  à 
consacrer  un  empereur  ou  approuvait  l'élection  d'un 
roi  des  Roms^ns.  La  peine,  en  cas  de  désobéissance,  était 
l'excommunication  et  l'interdit*.  Mais  dans  les  limites  où 


»  Voy.  Sainl-Priest,  II,  296,  297. 

^  <  Rex  Sicilise  nobiscum  est  Viterbii,  quein  vacante  imperio  capitaneum 
Tuscûe  proponimus  constituere.  »  (Glem.  IV  ep.  gcgclxxi.  Viterbe  « 
25  mai  1267.  Tha.,  II»  472.)  M.  de  Saint-Prtest  (U,  295)  met  ce  séjour  k 
Viterbe  avant  le  voyage  en  Toscane.  Les  dates  des  lettres  pontificales  indi- 
quées ci-dessus  sont  probantes  à  cet  égard. 

'  c  £a  te  lege  volumus  tantummodo  usque  ad  tricnnium  oblincre.  » 
(Brève  Clem.  IV,  A  juin  1267,  ap.  Lûnig,  Cad.  dipL  itaL,  1, 1074,  et  St- 
Priest,  II,  294-295.)  —  L'acceptation  de  cette  charge  par  Charles  est  con- 
tenue dans  une  lettre  de  lui  à  la  même  date  (Voy.  Ann.  éccl.,  1267.  — 
Rousset,  Suppl.  à  Duinout,  Corps  dipL  du  droit  des  gens,  II,  part.  I, 
p.  125,  et  Cod.  dipL  del  regno,  t.  II,  part.  I,  p.  45). 

^  tf  Novo  Régi  Romano  ab  sede  apostolica  confirmato  oinnes  Tusci^e  arces 
a  se  restitutiim  iri.  •  (Annal,  eccles.,  1267,  §  6,  XXII,  205.) 

*  «1  Qood  si  forsan  imperatorem ,  tel  Regem  Romanorum  a  sede  aposlo-» 


116  HOSTILITÉS  CONTRE  LES  GIBELINS.  (An.  1367) 

Clément  IV  renfermait  ces  pouvoirs  nouveaux,  il  les 
voulait  erûcaces.  Il  donnait  avis  aux  guelfes  de  se  tenir  à 
la  disposition  du  roi,  et  autorisait  deux  frères  prêcheurs 
à  frapper  d^anathème  quiconque  n'obéirait  pas  à  ses 
commandements  ^ . 

Ses  commandements  étaient  de  pousser  la  guerre  avec 
énergie.  C'est  ainsi  qu'il  entendait  son  rôle  de  pacitica- 
teur.  Tandis  que  Guy  de  Montfort,  son  vicaire  général  en 
Toscane,  dirigeait  dans  leur  ensemble  les  affaires  de  ce 
pays,  Emile  de  Curbans,  son  vicaire  particulier  à  Flo- 
rence*, sortait  de  cette  ville,  dans  le  même  mois  de  juin, 
avec  les  milices  de  deux  sestieri  et  les  cavaliers  français 
mis  à  sa  disposition  ,  pour  donner  la  châsse  aux  gibelins 
établis  dans  le  voisinage.  Il  conduisit  l'expédition  à  la 
mode  italienne,  l'épée  dans  une  main,  la  torche  dans 
l'autre.  Ceux  qu'il  traquait  ainsi  d'asile  en  asile  se  réfu- 
gièrent dans  le  château  de  Sant'  Ellero  ou  Ilario.  Il  les  y 
assiégea ,  les  tua  ou  les  fit  prisonniers  pour  la  plupart. 
L'impitoyable  rudesse  des  gens  du  nord  ne  fit  grâce  ni  aux 
femmes,  ni  aux  enfants,  ni  aux  vieillards,  ni  aux  prêtres. 
Tout  périt  par  le  glaive  ou  dans  les  tourments'*.  Non 
moins  implacables  étaient  les  guelfes  dans  leurs  ven- 

lica  approbatum,  infra  praedictum  tempus  regnare  contigerit,  aut  per  sedem 
eamdem  prsediclum  libi  ofOcium  interdici,  tu  amplius  eodem  officio  ultra 
mensem  posl  inlerdictum  hujusmodi  non  utaris.  El  si  contrarium  feceris,  eo 
ipso  personain  tuum  excommunicationis ,  terram  Tero  interdicti  sententiis, 
quas  proptcr  hoc  ex  nunc  ferimus,  decernimus  subjacere.  »  (Brève 
Clem.  IV,  etc.,  loc.  cit.) 

»  Cherrier,  III,  227. 

*  11  le  fut,  selon  Paolino  (11, 29),  durant  2  mois  et  17  jours,  du  14  avril 
au  1*'  juillet  1267.  Il  ne  figure  pas  sur  la  liste  des  potestats  au  ms.  des  Of" 
fidales  forenseSt  quoique  cette  charge  et  celle  de  Ticaire  royal  soient  sou- 
vent confondues. 

>  Chron.  imp.  et  pontif.,  ms.  de  la  Laurentiana,  Cod.  5  et  7,  Plut. 
XXl,  ap.  Cberrier,  lU,  228. 


(Ah.  1267)     CRUAUTÉS  DE  CHARLES  D'ANJOU.  417 

geances  privées.  Pour  y  échapper,  on  vit,  à  la  prise  de 
Gressa,  qui  suivit  celle  de  Sant'  Ellero,  un  jeune  homme 
des  Uberti ,  réfugié  dans  le  clocher  de  l'église ,  se  préci- 
piter la  tête  en  bas  sur  le  sol ,  plutôt  que  de  tomber  aux 
mains  des  Buondelmonti,  ses  ennemis  traditionnels*. 

Clément  IV  s'émut  de  ces  horreurs.  Tout  d'abord  il  les 
voulut  excuser  en  rappelant  celles  de  la  faction  adverse*, 
en  montrant  la  nécessité  d'une  répression  vigoureuse, 
pour  rétablir  la  paix,  «  qui  seule  est  un  bien',  »  en  frap- 
pant d'excommunication  quiconque  résisterait*.  Mais  huit 
jours  plus  tard  ,  mieux  informé  sans  doute ,  il  écrivait  à 
Charles  lui-même  :  «  Nous  t'invitons  et  exhortons  h  évi- 
ter la  cruauté  dans  tes  actes  et  dans  les  actes  des  tiens,  à 
pourvoir  au  repos  de  la  province,  à  rechercher  la  victoire 
plutôt  que  la  vengeance,  l'amour  plutôt  que  la  crainte,  en 
observant  toujours  cette  juste  mesure  de  ne  pas  se  trom- 
per quand  on  inspire  l'effroi,  et  de  ne  pas  engendrer  le 
mépris  quand  on  use  de  douceur*.  » 

Dépasser  la  juste  mesure,  c'était  la  tendance  de  tous, 
en  ce  temps  de  rudes  mœurs  et  de  passions  violentes. 
Peut-être  était-ce  le  seul  moyen  d'inspirer  cette  terreur 


«  Vniani,  vil,  19.  —  Paolino,  H,  29.  —  Ammirato,  l.  III,  1. 1,  p.  137- 
138. 

*  <  Per  quam  (Tusciam),  dum  olim  regereliir  a  perfidis,  hostes  ecclesi» 
su»  fuerant  roborati,  multi  Bdeliuin  bonis  propriis  spoliati,  multi  raacerati 
carceribus,  inulli  in  exsilium  dati,  raulti  more  bidentium  capsi  gladiis,  multi 
membris  aliquibus  mulilati.  »  (Clem.  IV  ep  dxii.  Viterbe ,  28  juil- 
let 1267.  The$.,  II.  512.) 

'  <  Attente  considerans....  quod  jnxta  sanctorum  sentcntias  pax  tantum 
est  booum  ,  ut  per  suum  licile  quaeratur  contrarium...,  subegit  aliquos 
manu  valida  et  nonnuUos  obsidione  vallerit.  »  (Ibid,) 

^  «  In  omnes  qui  in  dictis  Tusciaî  finibus  ei  seu  genti  su»  se  opposuerint, 
fel  opponentibus  consilium  opemve  praistiterint,  excommunicationis  senten- 
tiam  promulgamus.  »  (!bid.) 

»  Clem.  IV  ep.  dxvii.  Viterbe,  \  aoiit  1267.  The».,  II,  515. 


118  SIENNE  RÉSISTE  AUX  GUELFES.  (An.  1267) 

qui  provoquait  les  soumissions.  Trop  souvent  la  clémence 
était  réputée  faiblesse.  On  ne  passait  pour  fort  que  si  Ton 
abusait  de  la  force.  Plus  humains,  Charles  d'Anjou  et  ses 
lieutenants  n'eussent  pas  atteint  sitôt  le  but.  Leur  rudesse 
ne  laissait  de  choix  aux  gibelins  qu'entre  la  soumission 
ou  l'exil.  Hors  de  Toscane  comme  en  Toscane,  à  Viterbe, 
Orvielo,  Gênes,  Vérone,  comme  à  Lucques,  Pistoia,  Vol- 
terre,  Colle,  San  Gemignano,  ceux-là  seuls  levaient  la 
tête  qui  méritaient  l'appui  du  roi  en  lui  prodiguant  les 
hommes  et  l'argent.  L'une  après  l'autre,  toutes  les  villes 
de  Toscane  s'accordaient  à  faire  la  taglia  avec  les  Floren- 
tins*. Pise  et  Sienne  donnaient  seules  l'exemple  d'une 
résistance  obstinée,  d'une  fermeté  inébranlable  dans  leur 
foi  gibeline.  11  les  fallait  donc  réduire,  car  aux  deux 
extrémités  de  la  province  elles  étaient  puissantes.  La  sé- 
curité des  guelfes  était  à  ce  prix. 

Sienne ,  si  redoutée  jadis ,  parut  des  deux  la  plus  vul- 
nérable. Les  agitations  de  ses  citoyens,  les  révoltes  de  ses 
sujets  l'avaient  affaiblie.  Bien  loin  étaient  déjà  les  jours 
glorieux  de  Montaperti.  Nul  dans  cette  hautaine  citadelle 
des  gibelins  ne  pensait  plus  à  empiéter  sur  les  seigneurs 
voisins,  Visconti  de  Campiglia  et  Manenti  de  Chianciano, 
ni  même  à  châtier  les  communes  rebelles,  Grosseto  et  Ra- 
polano,  qui  avaient  ouvert  leurs  portes  à  l'ennemi.  A  ré- 
tablir la  paix  dans  Sienne  devaient  se  borner  les  efforts 
des  magistrats.  Une  minorité  faible  de  nombre,  mais  ren- 
due forte  par  les  circonstances ,  appelait  de  ses  vœux  les 
triomphateurs  du  dehors*.   Elle  se  composait  non  de 


»  Villani,  vu,  19.  Paolino,  H,  29.  Ammirato,  1267,  l.  IH,  t.  I,  p.  158. 

«  Malavolli  (pari.  II,  1.  II,  f"»  33  r")  ne  sait  pas  si  ces  éfénements  sont  de 

126G  ou  1267.  Mais  il  tombe  sous  le  sens  que  dans  la  plus  gibeline  des 


(ÂH.  1267)  GUERRE  CONTRE  SIENNE.  419 

guelfes,  car  il  n'y  en  avait  guère  à  Sienne,  mais  de  bour- 
geois ou  populari^  que  les  intérêts  sociaux  de  leur  classe 
armaient  contre  les  grands.  Sans  confiance  dans  une  ré- 
forme faite  à  contre-cœur,  elle  mettait  à  mort  ou  jetait 
dans  l'exil  les  réformateurs  et  leurs  principaux  partisans, 
impuissante,  le  lendemain  comme  la  veille,  à  gouverner 
la  commune.  ' 

En  haine  des  prescripteurs,  les  proscrits  s'étaient  aus- 
sitôt alliés  aux  guelfes*  pour  porter  à  leur  patrie  un 
coup  funeste,  en  lui  enlevant  Montepulciano,  qui  la  cou- 
vrait au  sud,  comme  Poggibonzi  au  nord.  Montepulciano 
pris,  la  moitié  des  forces  de  Sienne  se  trouvaient  détour- 
nées de  ce  côté ,  et  le  siège  de  Poggibonzi  devenait  pos- 
sible. Un  moment  on  avait  cru  qu'il  ne  serait  pas  néces- 
saire. Aux  premiers  jours  de  juillet,  lé  maréchal  de 
Charles,  revenant  de  Sant'  Ellero ,  avait  dévasté  le  terri- 
toire de  Sienne,  dans  Tespoir,  partagé  par  le  pape*, 
mais  dénué  de  tout  fondement,  qu'il  suffirait  d'une  dé- 
monstration militaire  pour  amener  à  merci  ces  impéni- 
tents Siennois,  que  Clément  IV  accusait  c<  de  s'égarer  au 
labyrinthe  de  l'erreur,  de  mulliplicr  les  maux,  de  dé- 
pouiller le  clergé,  d'opprimer  les  innocents,  de  s'affran- 
chir de  tout  respect  envers  Dieu  et  les  hommes'.  » 

ailles  f  ils  ne  purent  être  que  la  conséquence  des  succès  remportés  par  les 
guelfes  au  dehors. 

*  <  In  questi  niiova  seditione....  sebene  non  fu  Ira'  guelû  e  ghibellini, 
ne  interamente  tra  nobili  e  popularî,  s*applicaren  nondiineno  quei  che  furon 
cacciati  di  Siena,  e  s'uniron  con  altri  fuorusciti  délia  parte  guelfa.  i  (Mala- 
volti,  part.  H,  1.  II,  t  53.)  —  Cf.  Andréa  Dei,  R.  I.  S.,  t.  XV,  35  ;  Tom- 
masi,  etc. 

•  «  Et  quamvis  Senenses  habitent,  missa  tamen  militia,  procul  dubiodo- 
roabuntur.  •  (Clem.  IV  ep.  cccclxxi.  Viterbe,  23  inai  1267.  Thés.,  11, 
472.) 

'  •  Sane  cum  Senenses  se  nenilus  nescientes  in  erroris  deciderint  lab  » 


120  PRISE  DE  POGGIBONZI  PAR  CHARLES  D'ANJOU.  (An.  1267) 

Il  fallait  donc  entreprendre  des  opérations  plus  sé- 
rieuses. Elles  commencèrent  au  milieu  de  juillet*.  Pog- 
gibonzi  ne  comptait  pas,  dit-on,  moins  de  douze  cents  dé- 
fenseurs, habitants  de  la  forteresse,  exilés  de  Florence, 
Allemands  de  Sienne  et  de  Pise,  sous  les  ordres  du  cardi- 
nal Ottaviano  des  Ubaldini*.  Quoique  privée  de  toutes 
communications  avec  le  dehors  par  les  tours  et  les  édifices 
en  bois  des  assiégeants,  cette  petite,  mais  forte  place,  leur 
tenait  tête  avec  une  inébranlable  confiance,  montrant 
ainsi,  comme  le  remarque  Sismondi,  combien  il  était 
heureux  pour  Charles  d'Anjou  que  Manfred  eût  hasardé 
une  bataille,  au  lieu  de  l'arrêter  à  chaque  château  et  de 
l'épuiser  par  une  suile  de  sièges*.  De  tous  les  points  de 
la  Toscane  arrivaient  des  renforts  aux  guelfes  et  aux 
Français*  ;  néanmoins  leur  échec  final  était  probable,  et 
par  suite,  pour  le  roi,  la  perte  de  lout  prestige,  de  toute 
autorité  dans  la  province.  Informé  de  l'état  des  choses, 
Charles  accourut  du  fond  de  la  Pouille.  Reçu  le  15  août 
à  Florence  avec  les  plus  grands  honneurs*,  après  huit 
jours  de  re()os,  il  se  rendit  avec  ses  chevaliers  au  camp  de- 

rinthum,  et  toi  nostris  ingrati  gratiis  mala  malis  accumulant,  clerum  spo- 
liant, opprimunt  innocentes...  Dati  in  sensum  reprobum,  ut  videtur,  Do« 
mini  et  hominum  reverentiam  abjecerunt.  b  (Clem.  lY  ep.  dxiii.  Yiterbe, 
30  juillet  1267.  Thés,,  II.  515.) 

^  «  Castrum  Podii  Bonizi  in  Tuscia  ossedebat  cum  parte  guelforum  de  Tus- 
cia,  moram  ibi  faciendo  a  medio  julii.  *{Chron.  de  rehus  etc.,  p.  273.) 

*  Chron,  de  rébus  in  Italia  gestis^  p.  273.  Selon  un  autre  contemporain, 
Pise  n*avait  pas  envoyé  moins  de  800  cavaliers  {Minoritœ  Floreniini  gesia 
Imperatorum,  ap.  Bôhmer,  Fontes  Rer.  germ,,  IV,  659.) 

^  Sismondi,  11,  449,  450. 

^  c  In  via  circa  locum  fratrum  minonim  proximum  castro  exercitum  col- 
locavit ,  et  illuc  Florentinos  pariter  et  Lucenses ,  Pistoienses  et  Pratenses 
quantocius  advocavit.  »  (Minoritœ  flor.^  etc.,  ibid.) 

*  Villani  (VII,  21)  dit  le  \*'  août  ;  mais  Stefani,  plus  exact  d'ordinaire 
pour  les  dates,  dit  :  t  Bntrô  in  Pirenze  il  di  di  S.  Maria  meizagosto.  •  (II, 
141.) 


(Ah.  1267)  IMPOSITION  AUX  VILLES  GUELFES.  121 

vant  Poggibonzi.  Il  était  plein  d'espérance.  Il  croyait  tous 
les  nobles  toscans  enfermés  dans  la  forteresse,  et  il  se  flat- 
tait, en  les  prenant  d'un  seul  coup  de  filet,  de  régner 
ensuite  sans  conteste  sur  tout  le  pays*.  Mais  impuissant 
comme  son  maréchal ,  il  ne  put  que  négocier ,  au  lieu  de 
combattre.  Puisqu'il  représentait  la  majesté  impériale, 
pourquoi ,  disaient  les  assiégés,  guerroyait-il  contre  des 
sujets  dévoués  de  l'Empire?  —  Puisque  je  rne  présente 
au  nom  de  l'Empire,  répondait-il,  pourquoi  refusez-vous 
de  m'ouvrir  vos  portes?  —  Elles  ne  s'ouvrirent  pourtant 
que  le  30  novembre  •,  faute  de  vivres  et  sons  condition 
que  les  personnes,  que  les  biens  mêmes  seraient  respec- 
tés '.  Maître  de  Poggibonzi,  le  roi  y  demeura  quinze  jours. 
Il  ordonna  d'y  construire,  pour  ses  Français,  une  nouvelle 
forteresse  aux  frais  des  villes  guelfes  de  Toscane.  Flo- 
rence dut  donner  1992  livres,  Pisloia  564,  Arezzo  540, 
les  guelfes  de  Sienne,  qui  formaient  dans  l'exil  une 
«  université ,  »  264  ;  Prato ,  Volterre ,  San  Gemignano 
chacune  216,  Borgo  San  Sepolcro  168,  Colle  120,  Cor- 
tone  72,  Monlepulciano  36,  Castro  24 \  Celte  contribu- 
tion, où  l'on  voit  l'importance  proportionnelle  des  villes, 
paraissait  d'autant  plus  vcxatoire,  que  la  forteresse  ne  fut 
pas  continuée*  et  que  l'argent  ne  fut  pas  rendu.  Clé- 

*  «  Obsidione  fîrmala,  quomodo  in  rastro  omncs  nobilcs  ghibellinos  de 
Tuscia  incliisisset....  Gredens  castnim  Telocius  capiendum  et  per  conse- 
quens  facile  seposse  tolius  Tiiscic  oblinere  dominium.  »  (Minoritœ^  etc., 
ibid.) 

*  Selon  le  Chron,  de  rébus,  etc.,  à  la  saint  André,  30  novembre  (p.  273). 
Selon  Simone  délia  Tosa  le  i*'  décembre.  Viliani  dit  à  la  mi-décembre, 
Ammirato  dans  les  premiers  jours  de  Tannée. 

'  c  Salvo  Castro  pariteret  persouis.  »  {Minoritœf  etc.,  ibid.) 

^  Lettre  de  Charles  confiant  à  Nicolas  de  Barrau  et  à  Mercader  de  Grasse 

le  soin  d'exiger  la  taxe  (Lucqucs,  ii  février  1268.  Cod.  dipL  del  regno, 

t.  Il,  part.l,  p.  115-H8). 
»  Viliani,  VU,  21.  Chron,  de  rebuê,  etc.,  p.   275-274.  —  Maran- 


122  HOSTILITÉS  SUR  LE  LITTORAL.  (An.  1268) 

ment  lY  en  excusait  à  sa  manière  Charles  d'Anjou  :  «  Il 
est  pauvre,  écrivait  le  pontife,  et  il  dépense  sans  comp- 
ter*. » 

Contre  Pise,  la  tactique  fut  la  même  :  ravager  le  ter- 
ritoire sans  s'attaquer  à  la  ville.  On  était  en  janvier 
(1268)  ;  mais  des  gens  du  nord  trouvaient  cléments  les 
frimats  de  l'Italie  et  n'avaient  pas  aux  campagnes  d'hi- 
ver la  même  répugnance  que  les  Italiens.  D'ailleurs,  il 
fallait  en  finir;  il  fallait  châtier  Pise  d'avoir,  par  ses  di- 
versions et  ses  secours ,  prolongé  la  résistance  de  Poggi- 
bonzi.  Charles  dévasta  le  littoral,  la  vallée  de  TEra.  Par 
la  force  ou  la  ruse,  il  eut  raison  de  divers  châteaux.  Les 
tours  qui  défendaient  l'entrée  de  rorto-Pisano  furent  dé- 
truites et  jetées  à  la  mer*,  afin  que  les  navires  pisans 
perdissent  leur  plus  sûr  refuge  contre  les  navires  siciliens. 
La  disette,  pourtant,  conseillait  d'abréger.  Si  la  rapine 
avait  conduit  en  abondance  des  bestiaux  au  camp,  on  y 
manquait  de  pain  :  pour  un  pain,  on  donnait  un  mou- 
ton ;  pour  sept,  un  bœuf*.  Mais  le  roi  s'obstinait.  En 
février,  il  metlait  le  siège  devant  Motrone,  château  qui 
incommodait  les  Lucquois.  On  rapporte  que  n'espérant 
point  prendre  d'assaut  de  si  fortes  murailles,  il  en  fil 


gone,  R.  I.  s.,  Suppl.,  I,  540.   -    Ammirato,  1.  III,  1. 1,  p.  138-UO. 

'  <  Regem  Siciliaî  paupcrem  esse  noveris  et  inordinate  consumere 
bona  sua.  »  (Clem.  IV  ep.  cccclxxi.  Viterbe,  25  décembre  1207.  Thés.,  Il, 
472.) 

*  Eoruin  portum  succcndit,  lurrcs  cverlil  et  in  mare  projccil  {Monachi 
Patavini  Chron.  R.  I.  S.,  t.  VIII,  727).  —  Disfè  le  lorri  del  Porto  (Villani, 
VU,  22).  —  Cf.  Clem.  IV  ep.  dlxxxii,  Viterbe,  14  janvier  1208.  Thés. 
U,  502.  —  Slefani,  JI,  142.  Breviar.  hisL  Pis.  R.  I.  S.,  t.  VI,  198.  Mi- 
noritœ,  etc.,  ap.  Bôhmer,  Fontesy  elc,,  IV,  059. 

^  Et  cum  csset  in  excrcitu  panis  penuria,  tamen  tanta  carnium  abun- 
dantia  ibi  erat  ut  unus  aries  pro  uno  pane  darelur  et  bos  unus  pro  septem 
panibus  traderelur  ( Jf/iionVo»,  etc.,  ibid.). 


\ 


(An.  1268)  GUERRE  DES  TROVATORI.  123 

déchausser  une  petite  partie,  remettant  de  nuit,  dans  les 
excavations,  les  pierres  enlevées  de  jour,  pour  les  enlever 
de  nouveau  ostensiblement  le  lendemain  ^  Réduits  par  la 
famine  ou  persuadés  que  leurs  remparts  allaient  s'écrou- 
ler devant  eux,  les  assiégés  se  rendirent  le  2  mars,  comme 
avait  fait  Poggibonzi  •• 

Pas  plus  que  Sienne ,  Pise  n'était  pour  si  peu  en  dan- 
ger. Mais  elle  eut  moins  de  hautaine  fermeté  que  son  al- 
liée. Si  elle  continuait  d'appeler  Conradin  ,  elle  feignait 
la  soumission,  elle  négociait  pour  gagner  du  temps  \  La 
venue  du  jeune  prince  semblait  désormais  prochaine. 
Grâce  à  Charles  d'Anjou  ,  les  guelfes  n'en  étaient  point 
intimidés;  quant  aux  gibelins,  ils  en  concevaient  les 
plus  vives  espérances.  En  attendant  l'heure  des  combats 
décisifs,  on  s'y  préparait  de  part  et  d'autre  par  des  excès 
et  des  bravades.  Sentences  de  conGscation  et  d'exil,  ana- 
thèmes  ecclésiastiques,  chants  de  guerre  et  de  défi  se 
croisaient,  se  répondaient  sans  relâche.  Chaque  parti 
avait  ses  Tyrtées,  ses  trovatori^  qui  vouaient  invariable- 
ment leurs  ennemis  à  l'extermination  : 

«  N'espérez  pas,  ô  gibelins,  écrivait  un  guelfe  toscan,  n'espé- 
rez pas  secours  de  réiection  faite  en  Allemagne^.  Ami,  tiens  pour 


'  Les  auteurs  attribuent  ce  stratagème  au  vicaire  de  Charles  et  ne  disent 
pas  que  ce  prince  fût  présent  au  siège;  mais  toutes  ses  lettres  du  19  féTrier 
au  2  mars  sont  datées  du  camp  devant  Motrone  :  In  castri*  in  obsidione 
Motronis,  Voy.  Cod.  dipl.  del  regno,  t.  Il,  part.  I,  p.  122-152. 

«  ViUani,  VII,  22.  Ammirato,  1268,  1.  Hî,  1. 1,  p.  140.  Ptol.  Luc.  Brev. 
Ann„  R.  I.  S.,  t.  XI,  1285-86.  Clem.  lY  ep.  dcviii,  2  mars  1268.  Thés. 
H,  577.  —  Yoy.  pour  la  date  la  note  précédente. 

^  On  trouve  trace  de  né<iociations  pou  sincères  de  leur  part  dans  une 
lettre  du  pape  (Thés.  II,  567)  et  une  de  Charles  (Cod.  dipl.  del  rcgno,  t.  II, 
part.  I,  p.  105  note). 

^  Celle  d'AIphoQi^  de  Caslille,  parent  de  Conradin,  qui  était  pelit-fils  de 
Constance,  femme  do   Frédéric  II,   fille  de  Ferdinand  III,  sœur  d*Al- 


124  GUERRE  DES  TROVATOR!  (Ah.  1268) 

certain  que  je  te  verrai  arriver  à  ta  perte,  ainsi  que  ceux  qui 
sont  avec  loi.  Tu  te  trompes,  sois  en  sûr;  toute  la  campagne 
appartiendra  h  IT.mpire*. 

«  On  ne  craint  point  la  dent  de  Tagneau*,  car  sa  morsure  n*est 
pas  dangereuse;  mais  vous  trouverez  pire  qu'un  ours  ou  qu'un 
lion  celui  qui  vous  mordra,  de  telle  sorte  que  votre  sang  ne 
pourra  s'étancher.  S'il  faut  que  Charles  vous  ronge  Téchine,  on 
entendra  >  os  cris  plus  loin  qu*en  Espagne.  Certes,  pourTEmpire, 
ce  sera  un  jeu  d'écraser  ses  ennemis. 

«  Troupe  insensée,  pour  qui  faites-vous  des  réjouissances?  Ne 
savez-vous  donc  pas  en  quelle  monnaie  Charles  paye  et  avec 
quelle  promptitude  il  extermine  quiconque  s'oppose  à  lui?  Ami, 
lie  ceci  à  ton  doigt  :  nos  gens  désirent  ardemment  en  venir  aux 
mains,  mais  ils  ne  verront  des  vôtres  que  les  épaules. 

a  Le  temps  me  durera  mille  années  jusqu'à  ce  que  nous  vous 
rencontrions  sur  un  champ  de  bataille.  Vous  y  recevrez,  6  gibe- 
lins, un  si  rude  échec,  que  jamais  vous  ne  vous  en  relèverez.  La 
journée  sera  à  nous.  Ceux  qui  nous  ont  fait  du  mal  seront  payés 
au  double'.  » 

Albizzo  Pellavillani,  trovatore  gibelin,  répond  avec 
une  égale  assurance  : 

((  Quelque  habile  que  puisse  être  l'homme  que  le  sort  aban- 
donne, son  cœur  sera  en  proie  aux  chagrins.  Charles  a  été  long- 
temps heureux  à  nos  dépens.  Mais  aujourd'hui  la  fortune  se 
tourne  contre  lui  ;  elle  l'accablera.  L'auteur  de  nos  peines  est 
tombé  en  démence,  s'il  croit  nous  résister,  car  il  aura  bientôt  la 
mort  pour  compagne. 

phonse  X.  Yoy.  Farbre  généalogique  dans  Malavolti,  part.  Il,  1.  2 , 
!•  36  f. 

*  L^empire,  c'est  ici  Charles  d'Anjou  délégué  ou  vicaire  en  sa  qualité  de 
paciarius. 

*  Surnom  donné  à  Conradin  par  les  gibelins  et  repris  ironiquement  par 
les  guelfes. 

'  Trad.  de  M.  de  Cherrier  (Ilf,  228)  qui  public  Si  Tappeudice  ce  petit 
poëme  (p.  517)  qu*il  a  découvert  à  la  Bibl.  du  Vatican  et  que  lui  ont  ex- 
plique des  lettrés  italiens.  Nous  croyons  devoir  le  reproduire,  ne  fût-ce  qu'à 
cause  de  la  langue  priroitife.  Yoy.  à  Tappendice. 


(Âii.  1268)  GUELFES  ET  GIBELINS.  125 

t  Celui  qui  fut  dit  agneau  fera  couler  eu  abondance  le  sang 
de  quiconque  il  aura  mordu.  Le  glaive  devient  sanglant  quand 
Tagneau  en  frappe  ses  ennemis.  Aucun  pouvoir  ne  prévaudra  sur 
le  sien,  parce  que  Dieu  lui  est  favorable;  nous  sommes  certains 
que  l'Espagne  en  tressaillera  de  joie.  Le  juste  triomphera,  et 
l'Empire,  qui  l'a  afiligé,  sera  abattu. 

«  Nos  cœurs  vont  droit  à  cette  fête,  sans  que  nulle  crainte 
les  en  puisse  détourner.  Malheur  à  vousl  Bientôt  Tagneau  appa- 
raîtra sur  le  champ  de  bataille.  Ce  sera  un  coup  de  foudre  qui 
consommera  voire  ruine.  Vous  n'échapperez  point  à  sa  puissancCf 
et  il  sera  fait  une  capture  pour  vous  doublement  douloureuse, 
car  je  vois  Charles  exposé  à  une  cruelle  mort^  » 

Ces  poëDfies  ne  sont  pas  les  seuls  où  les  sentiments 
divers  des  factions  trouvassent  un  vif  écho';  mais  nous 
n'en  citerons  plus  que  quelques  vers  où  il  est  question  de 
Florence.  Le  poëte,  appelé  Belindore  dans  un  endroit  du 
manuscrit  et  Palamidesse  dans  un  autre,  est  sans  doute 
un  florentin  et  certainement  un  guelfe  : 

«  Comme  le  nom  que  tu  portes,  écrit-il,  remplit  ton  cœur 
d'orgueil  et  que  tu  es  forcé  d'attendre  une  grande  guerre  pour 
satisfaire  ton  ambition,  tu  te  flattes  qu'un  nouveau  roi  étranger 
viendra  au  baptistère,  avec  une  suite  nombreuse  de  vassaux. 
Hais  lis  une  autre  page  de  ton  Psautier;  ce  nouveau  roi,  s'il  n'a 
pas  perdu  la  raison,  ne  fera  pas  mi  tel  voyage,  et  aucun  de  ses 
gens  ne  se  présentera  pour  attaquer  le  champion  de  saint 
Pierre. 

t  S'il  parait  néanmoins  sur  le  champ  de  bataille,  jamais  il  ne 
goûtera  de  repos,  lors  môme  que  Dieu  permettrait  qu'il  vainquit 
Hontjoie.  Charles  est  bien  assuré  que  son  épée  ne  lui  fera  pas 
défaut,  que  Dieu  lui  donnera  la  victoire  et  qu'il  accablera  immé- 
diatement quiconque  oserait  l'attaquer'.  » 


*  Trad.  du  même,  ibid, 

'  Yoy.  Charrier,  III,  518,  519,  append. 

>  Ihid,,  p.  519,  append. 


126  LE  SÉNATEUR  DE  ROME  GIBELIN.  (An.  1268) 

C'est  l'usage,  le  rôle,  et  presque  le  devoir  des  belli- 
gérants, avant  la  lutte,  d'affecter  la  confiance,  alors  même 
qu'ils  ne  l'éprouvent  point.  Mais  le  doute,  l'inquiétude 
sur  l'issue  finale  s'imposait  également  aux  deux  partis. 
Personne  ne  savait  ce  qui  pouvait  sortir  des  mystérieuses 
profondeurs  de  rAllemagne,  ce  qu'il  y  avait  de  ressources 
dans  l'esprit  du  nouveau  rôi  de  Sicile,  et  même  d'énergie 
dans  son  caractère.  Don  Enrique  de  Castille,  escomptant 
les  futures  victoires  de  Conradin,  arborait  ouvertement 
la  bannière  gibeline,  demandait  de  l'argent  aux  églises, 
jetait  les  clercs  en  prison*,  bravait  «  ce  glaive  spirituel 
qui  n'épargne,  dit  Clément  IV,  ni  princes  ni  empereurs*,  » 
se  faisait  enfin  élire  pour  cinq  ans  capitaine  général  des 
gibelins  de  Toscane,  avec  un  traitement  annuel  de  dix 
mille  livres,  sous  condition  de  maintenir  à  sa  solde  deux 
cents  lances  espagnoles  ^  De  Rome  il  menaçait  le  pape, 
qui,  dans  sa  résidence  de  Viterbe,  distante  à  peine  de  vingt 
lieues,  pouvait  être  enlevé  d'un  coup  de  main.  C'est  pour- 
quoi Clément  IV,  dès  le  14  décembre  1267,  avait  rappelé 
le  roi  de  Sicile  dans  ses  provinces  napolitaines,  pour  dé- 
tourner vers  le  midi  l'attention  du  turbulent  sénateur*, 
et  sous  prétexte  que  la  révolte  se  propageait  partout  dans 
le  royaume,  en  Sicile,  en  Fouille,  aux  Abruzzes.  On  a  vu 


'  Spoliantur  ccclesiac,  rapiuntur  deposita,  maie  tractantur  clcrici,  carceri 
mancipantur  (Glem.  IV  ep.  dcixxv.  Viterbe,  3  mai  1268.  Thés,  II,  592). 
Cr.Sabas  Malaspina,  1.  III,  c.  20.  R.  I.  S.,  t.  VIII,  836. 

'  Spiritualcin  gladium  exeremus  qui  nec  imperatoribus  nec  principibus 
aliis  parcere  consueTÎt  (Clom.  IV  ep.  dlxxii.  Viterbe»  28  décembre  1267. 
Thés.  II,  556). 

5  !•'  décembre  1267.  Arch.  di  Stato,  n"  871,  872,  875.  CiUtion  de 
Cherrier,  lïl,  258. 

^  In  omnem  casum  tibi  credimus  expedire  quod  relicta  ad  prsesens  Tus- 
cia...  ad  regni  lui  visitationem  accédas  (Glem.  IV  ep.  dlxvi.  Viterbe,  14 
décembre  1267.  Thés.  II,  547). 


(ÀH.  1268)  CONRÂDIN  EN  LOMBARDIE.  121 

que  Charles,  jugeant  le  danger  peu  grave,  ne  s'était 
pas  pressé  d'obéir,  puisque,  aux  premiers  jours  de  mars, 
il  poursuivait  encore  sa  campagne  contre  Pise. 
.  Qu'il  eût  sur  Tltaliedu  centre,  et  même  sur  l'Italie 
du  nord,  de  secrets  desseins,  des  convoitises  personnelles, 
on  pouvait  le  croire  et  Clément  IV  le  croyait.  De  là,  chez 
le  pape  et  chez  le  roi  une  manière  tout  opposée  d'envi- 
sager les  mêmes  événements.  Depuis  le  mois  d'octobre 
1267,  Conradin  était  à  Vérone,  où  Maslino  délia  Scala, 
seigneur  de  cette  ville,  Tavait  reçu  avec  respect*.  Clément 
IV  afleclait  de  le  montrer  peu  redoutable,  et  Charles 
d'Anjou  de  le  redouter  extrêmement.  Suivant  le  pontife, 
si  la  question  entre  d  l'aigle  et  la  fleur  »  devait  être 
résolue  sur  le  champ  de  bataille  %  la  partie  n'y  pouvait 
être  égale.  Conradin  n'était  qu'un  «  sot  enfant,  traînant 
sa  vie  dans  la  douleur  et  la  misère,  déserté  de  sa  famille 
et  de  tous,  sauf  d'un  noble  qui  se  disait  duc  d'Autriche, 
quoiqu'il  ne  possédât  pas  la  place  de  son  pied  dans  le 
duché',  un  adolescent  insensé,  qui  n'avait  avec  lui  qu'un 

*  Une  lettre  de  lui,  datée  de  Bolznno,  près  de  Vérone,  4  octobre  1267, 
annonce  ^  la  commune  de  Pavie  qu*il  est  arrivé  en  Italie  pour  combattre 
son  omeroi  (Voy.  Chron.  de  rebusy  etc.,  p.  274,  et  Cod,  dipl.  del  regno, 
t.  U,  part.  I,  p.  89.  Villani  (Vil,  23)  dit  donc  à  tort  qu^il  arriva  en  fé- 
Trier  1268. 

'  L'aigla,  la  flors  a  dreitzt^nt  comunaU 

Que  no  i  val  leia  ne  i  ten  dan  décrétais, 
Porque  iran  el  camp  lo  plaît  contendre, 
E  lai  cr  sors  qui  meills  sabra  défendre. 
(Aie  iris  dcl  Fossat,  ap.  Raynouard,  Choix  de  poésies,  etc.  IV,  230). 

'  Conatus  fatuos  adolescentis  stolidi  Gorradini  (Glem.  IV  ep.  dcvi.  Viterbe, 
27  février  1268.  Thés.  11,  576).  Indolore  et  angustia  transit  vitam  suam, 
desertus  ab  avunculo  duce  Bavari»  et  a  Vitrico  comité  Triburiensi,  dimis- 
sus  cuidam  nobili  qui  ducem  Austriae  se  appellat  licet  nec  passum  pedis 
teneat  in  ducatu  quem  in  solidum  possidet  filius  noster  in  Christo  carissi- 
mus  Bohemi»  rex  illustris  (  Glem.  IV  ep.  dcviu.  Viterbe,  2  mars  1268, 
p.  577). 


128  CONFIANCE  DES  GUELFES.  (An.  1368) 

petit  nombre  d'hommes  pauvres  et  mal  équipés,  qui  ne 
pouvait  avancer,  parce  qu'il  n'osait,  ni  reculer,  parce 
que  la  voie  lui  était  fermée^  qui  sommeillait  dans  la  dé- 
tresse à  Pavie,  et  qu'arrêteraient  une  poignée  de  cavaliers, 
car  les  châteaux  de  la  route  étaient  déjà  aux  mains  du 


roi*.  » 


Tout  n'était  pas  inexact  dans  ces  assertions  et  ces  pein- 
tures :  la  plupart  des  chevaliers  d'Allemagne  venaient 
d'abandonner  le  jeune  roi  qui  les  avait  amenés'  ;  la  con- 
viction de  tous,  comme  celle  du  pape,  était  qu'un  simple 
prétendant  \  qui  venait  sans  diplôme  et  sans  titre  disputer 
rilalieà  un  rival  pourvu  de  titres  sacrés*,  ne  menaçait 
pas  sérieusement  sa  puissance.  Mais  qu'il  en  fût  ainsi, 
c'est  à  la  politique,  à  la  désobéissance  du  roi  que  l'Italie 
et  le  saint-siége  en  étaient  redevables.  C'est  malgré  le 
saint-siége  que  Charles  s'était  emparé  de  ces  châteaux  de 
la  route  qui  étaient  le  meilleur  motif  que  pût  avoir  Clé- 


*■  Corradinum  noveris  Papise  cum  gente  non  magna  nec  bene  instructa 
multaque  pauperlate  deprehensa  ;  nec  potest  procedere  quum  non  audeat, 
nec  relrocedere,  quum  fia  sibi  non  pateat  (Clem.  lY  ep.  dcvui.  Vilerbe, 
â  mars  1268.  Thés.  II,  576,  577).  —  Conradin  était  parti  de  Vérone  le 
17  janvier  avec  3000  cavaliers  de  toute  nation,  Allemands,  Apuliens, 
Toscans,  clc.  (Annales  PlacenUni  gibellini,  ap,  Pertz,  XYIU,  534).  Cet 
ouvrage  n*est  qu'une  édition  avec  variantes  dn  Chron.  de  rébus,  etc. 

'  Corradinus  Papix  somniat  egestate  depressus  et  gentcm  habens  mo- 
dicam,  vilem  eiiam  nec  armis  instnictam,  quem,  si  venire  vellet,  parva 
satis  impediret  mililia,  cum  castra  in  via  posita  in  manu  regia  jam  sint 
data  (Gem.  lY  ep.  dcxiv.  Yiterbe,  16  mars  1268.  Thés.  Il,  581). 

s  Selon  Yilluni  (YIl,  25),  il  avait  à  sa  suite  10,000  cavaliers,  3,000  ou 
3,500  lui  restèrent  seuls  fidèles.  Les  autres  retournèrent  en  Allemagne. 

^  Conradus..,  cum  Karolore^e  certando  pro  regno Sicilia  quod alter  pos- 
sidebat  datum  ab  Ëcclesia,  alter  petebat  ut  juris  aviti  et  patemi  (Rkobaldi 
Ferrariensiscompil.  Chron.  R.  I.  S.,  t.  IX,  250). 

*        .         Car  Cooratz  ven  qu'es  moguU  d'Alamagna, 
E'  vol  robrar  set  libel  dat  ni  près, 
So  qu'a  conquis  Caries  sobr'  els  Poillea. 

;Aicarl«  dei  Fossat,  loc,  oU.) 


(Ah.  liG8)  l'HÉCAUTlONS  DK  CHARLES  D'ANJOU.  129 

ment  IV  de  ne  plus  craindre  Tenvaliisseur.  Justement 
inquiet  de  voir,  dès  le  18  novembre,  le  peuple  romain  se 
conl'édérer  aux  communes  de  Pise,  de  Sienne  et  autres 
villes  gibelines  de  la  Toscane*,  et  dès  l'arrivée  de  Gonra- 
din,  la  fameuse  ligue  lombarde  ne  lui  opposer  que  la  plus 
molle  résistance',  il  avait  jugé  nécessaire  de  lui  disputer 
le  passage  de  TApennin.  C'est  pourquoi,  avec  quelque  ar- 
rière-pensée peut-être,  il  s'était  fait  remettre  par  Alberto 
et  Jacopo  des  I  ieschi,  comtes  de  Lavagna,  l'importante 
forteresse  de  Pontremoli,  située  au  cœur  des  montagnes, 
près  des  sources  de  la  Magra.  Puis,  il  la  leur  avait  rendue 
à  titre  de  iief,  non  sans  y  établir  quatre  cents  hommes 
français,  pour  commander  ainsi  le  passage  de  la  vallée  du 
Pô  en  Toscane'.  Il  gagnait  à  sa  cause  les  marquis  xMala- 
spina  et  voulait  occuper  le  pays  de  Luni\  Il  songeait  même 
à  se  transporter  en  Lombardie,  à  y  prendre  le  comman- 


*  Document  des  arch.  de  Florence,  n**  870  ap.  Saint-Priest,  lY,  2Ai, 
Gregorovius,  GeschiclUe  der  Stcult  Rom^  V,  415,  et  Cod.  dipL  del  regno, 
t.  il,  pari.  I,  p.  95. 

*  Meinine  sihi  obviante,  neque  contradicenle  (ibid.).  Cf.  Mon,  Patav» 
R.  1.  S.,  t.  YIU,  7î28.  Memoriale  poUst.  Regiens,  R.  I.  S.,  l.  VIU,  1127. 

^  Son  dessein  de  s* assurer  les  passages  qui  faisaient  communiquer  Luc- 
ques  avec  la  Lombardie,  résulte  d'une  lettre  qu'il  adresse  à  Guillaume  L'Ës- 
tendart,  sénéchal  de  Provence  et  son  lieutenant  en  Lombardie,  ^et  qui  est 
publiée  dans  le  Chron.  de  Rébus,  etc.,  p.  277,  et  dans  le  Cod.  dipl,  del 
regnOy  t.  11,  part.  I,  p.  104-107. 

*  Facto  paclo  cum  Ysnardo  Malaspina  et  comilibus  de  Fisco  qui  lenebant 
PjntremuUmn,  dederunt  sibi  fortiamPontremulli,  et  dimissi8  400  militibus 
in  Pontremulo  et  Sarzanu  et  Lunensi,  cum  suo  exercitu  mtravit  Lucam,  vo- 
lons et  preparans  se  ire  ad  do.imum  papam  (Chron,  de  rebusj  etc.,  p.  270). 
Et  liabet  Marchiones  Maluispiuie  et  Ponlremulum  (Clcin.  lY  ep.  ocviu.  Vi- 
terbe,  2  mars  1208.  Thés.  11,  577).  Le  5  mars  il  était  à  Pietrasanta  et  y 
restait  jusqu'au  0.  Par  une  lettre  à  cetlc  dernière  date,  il  donnait  commis- 
sion à  quelques-uns  de  ses  ûdèles  de  recevoir  le  serment  de  fidélité  des  deux 
Fiescbi  pour  le  iief  qu'il  leur  concédait,  sans  tenir  compte  de  la  concession 
faite  aux  mêmes  par  le  marquis  Pelavicino  après  Rénévent.  (Cod.  dipl,  del 
regnoj  t.  11,  p.  1,  p.  155.  0  mars  1208.) 

UtdT.   DE    FLOKIÙMCK.    —    U.  U 


130  ËX1>ÉDIENTS  FINANCIERS  (An.  i268) 

dément  des  guelfes,  honteux  enfin  de  leur  apparente 
connivence  avec  rennemi.  Il  comptait  arrêter  Conradin 
au  passage  des  rivières  ou  peut-être  l'assiéger  dans  Pavie 
et  terminer  la  guerre  d'un  seul  coup. 

Clément  IV  craignait  sa  victoire  autant  que  sa  défaite, 
impuissant  à  le  détourner  de  la  guerre  offensive,  il  se 
flattait  de  le  voir  arrêté  par  d'autres  obstacles,  «  Le  man- 
que d'argent,  écrivait-il,  y  fera  plus  que  mes  sages  cx- 
hortations^  »  En  effet,  c^est  aux  expédients  financiers  que 
le  rival  de  Conradin  consumait  le  temps  des  expéditions 
militaires.  Le  détail  en  est  curieux  et  touche  à  l'histoire 
de  Florence.  Pour  quinze  mille  livres  il  vendait  Motrone 
aux  Lucquois,  pour  vingt  mille  Poggibonzi  aux  Florentins. 
Les  Florentins  faisaient  un  marché  de  dupes',  car  au 
premier  bruit  de  la  venue  de  Conradin,  ils  devaient  voir 
arborer  sa  bannière  sur  les  remparts  de  la  place  vendue'. 
Le  13  février,  des  marchands  de  Florence  comptaient  au 
roi  six  mille  livres,  remboursables  sur  la  dîme  des  biens 
ecclésiastiques  en  France,  sur  tous  les  revenus  de  son 
royaume  et  du  comté  d'Anjou*.  Le   16,  il  recevait  de 

*  Rex  noster  hactenus  revocari  non  potuit  a  nobis  requisitus,  a  Loui- 
hardis  revocatus  ut  Papiam  obsideal,  quod  ei  quantum  poluimus  dissuasi- 
mus,  et  credimus  quod  plus  eos  rctrahet  defeclus  sumtuum  quam  nos- 
tra  dissuasio,  quamvis  sana  (Clcm.  IV  ep.  dcviii.  Vitcrbe,  2  mars  1208. 
Thés.  II,  577). 

*  Nec  illud  habucrunt  (Citron,  de  rébus,  etc  ,  p.  279). 

*  Annal.  Placent.  Gibellini,  ap.  Pcrlz,  XVllI,  52*).  Cette  chronique  dit 
même  :  à  peine  Charles  parli  ;  mais  il  est  clair  que  des  nouvelles  de  Conra- 
din pouvaient  seules  inspirer  cette  audace  à  des  vaincus. 

*  A  Garnero,,Garencio,  Reslaino  et  burgensi  Meliorati,  fratribus  merca- 
toribus  llorentinis,  quingentas  lihrns  bonorum  et  legalium  turonensium 
mutuo  noniine  nostre  camere  accepisse  et  habuisse...  nos  et  heredes  nos- 
tros  ac  predictam  cameram  et  spccialiler  decimam  ecclesiasticorum  pro- 
veutuum  nobis  in  regno  Francie  ab  apostolica  sede  concessam,  aC  pro- 
ventus  comitatus  nostri  Andegavie,  iisdem  mercatoribus  propter  hoc  obli- 
gantes  (Cod,  dipl.  delreyno,  t.  II,  part.  I,  p.  122,  note  i). 


(An.  1268)  D£  CHARLES  D'ANJOU.  131 

Lucques  la  même  somme,  et,  le  22,  cinq  cents  autres 
livres,  aux  mêmes  conditions*.  Le  24,  il  envoyait  à  Flo- 
rence, et  le  9  mars  à  Pralo,  Egidio  des  Forcari  «  docteur 
des  docteurs  ',»  chargé  d'exiger  «  le  reste  des  sommes 
tant  empruntées  que  données  à  la  chambre  royale  et  la 
solde  des  cinq  cenls  cavaliers  de  la  tagtia^^  »  de  fixer  un 
terme  extrême,  et  d'infliger  un  châtiment,  si  ce  terme  était 
dépassé  *.  Florence  s'exécutait.  Le  27  mars,  elle  comp- 
tait à  Frère  Arnulphe,  de  l'ordre  du  Temple,  familier  et 
trésorier  du  roi,  cinq  mille  huit  cent  dix  livres,  pour  la 
paye,  pendant  deux  mois,  des  cent  soixante-six  cavaliers 
qui  étaient  son  contingent  sur  les  cinq  cents  de  la  laglia\ 
Englouti  presque  aussitôt  que  perçu,  tout  cet  argent  dispa- 
raissait comme  dans  le  tonneau  des  Danaïdes.  11  fallait 
recommencer  sans  relâche,  engager  à  Niccolô  Orlandini, 
marchand  de  Sienne,  pour  mille  quarante  onces  d'or  paya- 
bles en  deux  mois,  la  couronne  royale,  garnie  de  pierres 

«  Cod,  dipU  del  regno,  ibid.,  p.  120,  122,  n**  30,  32. 

*  Doctori  doctorum  (Ibid.j  p.  124,  n""  33). 

'  Omnia  residua  qiiarunicunquo  pecuniarum  tam  mutuatarum  quain  do- 
natanim  camere  nostre,  nec  non  pecuniarum  que  comune  ipsum  de  tallia 
500  militum  pro  stipeudiis  ipsorum  contingit  exigas  et  rccipias  vice  nostra 
{Ibid,). 

*  Prefixurus  eidem  comuni  brève  et  peremptorium  lerininum  ad  solu- 
tiones  hujusinodi  faciendas,  ac  appositurus  in  bac  parle  penam  quam  vidc- 
ris  expedire  (Ibid,) 

s  Fralri  Arnulpho  c  de  ordine  Templi  farailiarem  el  thesauriaruin  nos- 
ti'uiii,..<  quinque  iiiillia  oclingentas  cl  deccm  libras  pisanorum  parvoiurii 
pro  paga  cenlum  sexaginta  sex  militum  de  duobus  mensibus  videliccl  fc- 
iiruario  nuper  preterito  et  tolo  présente  marlio  (27  man:.  Capiloli  xxxv, 
f*  18  r*.  Cod.  dipl.  del  reyno,  t.  H,  p.  1,  p.  124).  Pisloia  payait  au  même, 
Je  18  mars,  3,150  livres  pour  la  solde  de  son  conliiigcnt  de  45  cavaliers 
(Ibid.).  Les  quittances  du  maréchal  de  Charles  abondent  au  registre  des 
CapitoU  :  t.  XXIX,  1^*354  v%  355  r*  v%  17  juillet,  15  octobre,  12  dé- 
cembre 1267,  t.  XXXY,  f*  17  r«  v%  17  février,  14  mars  1268.  Dans  le 
Cod.  dipl.  deiregno,  t.  Il,  part.  1,  p.  122,  136,  divers  engagements  à  di- 
verses dates. 


152  CUAULES  D'ANJOU  FORCÉ  PAR  LE  PAPE        (Ah.  126^) 

précieuses*,  celle  peut-être  de  Frédéric  II,  que  le  traître 
Malecta  avait  livrée  à  son  nouveau  maître*.  Il  fallait  em- 
prunter à  un  autre  marchand  la  modiquesomme  de  quatre- 
vingt-neuf  onces  *•  Grâce  à  une  gestion  financière  sans 
prévoyance  et  sans  ordre,  c'est  à  peine  si  Charles  suffisait 
à  payer  l'arriéré  de  leurs  gages  aux  commandants  des 
forteresses,  aux  justiciers  du  royaume,  et  à  gratifier  des 
bourgeois,  florentins  et  autres,  qu'il  faisait  chevaliers  et 
décorait  du  ceinturon  militaire,  en  vue  de  se  les  conci- 
lier *. 

Se  tenir  à  la  source  du  Pactole,  et  en  faire  couler  des 
flots  d'or,  par  la  crainte  ou  par  Tappâtd'un  gros  intérêt, 
comme  d'un  remboursement  prochain,  n'était  pas  le 
moindre  des  motifs  qui  retenaient  Charles  d'Anjou  en 
Toscane.  11  y  consacrait  le  reste  de  son  temps  à  mettre 
le  pays  en  état  de  défense,  à  ravitailler  les  forteresses  de 
la  ligue,  à  prendre  mille  mesures  pour  retarder  la  mar- 
che de  l'ennemi.  Il  espérait  lasser  le  pape,  obtenir  qu'il 
n'exigeât  plus  un  prochain  départ.  Une  dernière  lettre 
dissipa  péniblement  cette  politique  illusion  : 

*  Usque  ad  duos  ineiises  ex  tune  apud  sedein  apostolicam  diclis  merca- 
turibus  per^olvendas,  ac  propter  hoc  prediclis  mercaloribus  quandam  co- 
ronain  nostram  de  auro  ornatam  lapidibus  pretiosis  obligarunt  {Cod.  dipl. 
delregno,  t.  II,  part.  1,  p.  212,  215).  Cette  même  couronne  fut  encore 
engagée  avec  quelques  vases  d'argent  pesant  160  marcs,  en  1^^72,  à  6i- 
rardini,  marcLiaad  de  Pistoia,  pour' prêt  de  1,108  onces  d'or  (Ibid.f 
p.  215). 

*  El  die  quinlo  intrante  martio  (1206)  cornes  cammerlingus  dédit  dicto 
régi  Caroio  qualuor  coronas  aureas,  inter  quas  erat  una  quondam  Fride- 
rici  imp.  quae  inestiinablis  erat  [Chron.  Parmerue,  R.  I.  8.,  t.  IX,  781). 

Noverilis  Tetrum  Furiuclla  dileclum  clericum  et  faaiiliarem  nostrum 
a  Felro  Trincofolia  de  Juvenatio  iideli  uoslro  nonaginta  novem  uncias  vi- 
ginli  duos  tarenos  aiiri  et  dccem  grana  ad  générale  pondus  regni  nomine 
nuslre  camere  mutuo  récépissé  (Cod,  dipl,  ibid.,  p.  137  note). 

«  22  mars  1268.  Reg,  Caroli  i,  Arch.  Neap.,  ^  16,  dipl.  1,  2,  5,  ap. 
Cherrier,  111,  246 


(Aji.  1268)  A  SORTIR  DE  TOSCANE.  155 

K  Pourquoi  Técririons-nous  comme  à  un  souverain,  écrivait 
au  roi  Clément  lY,  à  toi  qui  semblés  mépriser  Ion  royanme?  Il 
est  sans  cesse  déchiré,  comme  un  corps  sans  léte,  par  les  Sarra- 
sins et  par  des  chrétiens  perfides,  épuisé  par  des  voleurs.  La 
chenille  dévore  ce  qu'a  laissé  la  sauterelle.  Les  dévastateurs  ne 
manqueront  pas,  tant  que  manquera  le  défenseur.  Si  tn  perds 
tes  États,  ne  va  pas  croire  que  TÉglise,  pour  te  les  rendre,  re- 
commencera ses  travaux  et  ses  dépenses.  Tu  pourras  retourner 
dans  ton  comté,  et  n'ayant  plus  d'un  roi  ((ue  le  titre,  attendre 
rissue  des  événements,  un  miracle  de  Dieu  peut-être,  si  tu  pré- 
sumes assez  de  tes  mérites  pour  te  figurer  qu'il  est  tenu  de  dé- 
brouiller tes  affaires,  quand  tu  ne  suis  (jue  tes  dessoins,  quand 
tu  préfères  à  l'avis  des  autres  ce  que  tu  appelles  ta  sagesse*.  » 

Fi'auierlume  do.  ce  langage  avertissait  Charles  qu'il  de- 
vait céder,  s'il  ne  voulait  rompre.  Plein  de  douleur',  il 
laissa  en  Toscane  son  maréchal  Jehan  de  Braiselve', 
avec  huit  cents  lances  françaises ,  et  arriva  à  Viterbe  le 
5  avril,  jour  du  jeudi  saint*.  Il  y  reçut  grand  accueil. 

*  Sane  si  illud  amillis,  non  crc<las  quod  Kcclesia  laliores  repotat  et 
expensas  pro  eo  denuo  acquirendo  :  ^A  ad  tuos  redire  poteris  coniilatiis, 
et  regali  contentus  nomine.  rerum  oxituin  exspecttrc,  vel  divininn  forte  mi- 
raculum,  si  de  tuis  prirsumis  mcritis,  etc.  (Viterbe,  28  mars  1268.  Ann 
«cc/.,1268,  S3,  t.  XXILp.  253.) 

*  Knrolus  dolore  tactus  videns  non  posse  faccre  qiiod  optabat,  neque 
po.«se  in  Tuscia  régi  Conrado  resislere.  {Chron.  de  rebuSf  etc..  p.  279.) 

'  Ce  chevalier  ne  figure  sur  aucune  liste  des  maréchaux  de  France.  CVst 
donc  à  tort  que  Saint-Priest  (III,  92)  lui  donne  cette  qualité.  Il  ne  fut  maré- 
chal que  du  royaume  de  Sicile.  On  donne  à  son  nom  des  formes  diverses,  Bel- 
selve,  Béselve,  firaiselva,  Drasilda.  La  plus  vraisemblable  est  celle  de  Brai- 
selve  ou  Bresselve.  Il  est  appelé  Johannes  de  Braysilva  dans  le  Cod.  dipL 
del  regno,  t.  II,  part.  I,  p.  125  note  et  ailleurs.  Les  recherches  que 
M.  Léopold  Pannier  a  bien  voulu  faire,  sur  ma  demande,  au  cabinet  des  ti- 
tres (Bibl.  nat.,  Dépôt  des  mss),  sont  restées  infructueuses,  ce  qui  n*est  pas 
surprenant,  vu  Tancienneté.  Mais  même  dans  les  temps  ultérieurs ,  on  ne 
trouve  aucune  famille  de  ce  nom  ou  d'un  nom  approchint. 

^  Divers  auteurs  mettent  le  jeudi-saint  au  29  mars.  Mais  Pâques,  en  12G8, 
tombait  le  8  avril,  comme  on  peut  le  voir  nu  calendrier  perpétuel  de  VArt 
de  vérifier  les  dates,  l.  I.  Cf.  un  doc.  du  12  avril.  II  y  est  dit  :  «  O'wrla  fe- 
ria  ante  festum  pascalis  hebdomrde  rrgom  lasti  suscepimus ,  qui  apud  nos 


154  CONRADIN  EXGOMMUMÉ.  (An.  1308) 

Il  s'y  fil  incontinenl  payer  son  obéissance ,  en  arra- 
chant au  pontife,  contre  leurs  adversaires  communs^ 
Texcommunication  majeure  qui  les  désarmait  à  moitié, 
parce  qu'elle  entraînîiit  la  déchéance  de  Conradin,  et  pour 
lui-mome  ce  tilre  de  vicaire  impérial,  objet  de  sa  convoi- 
tise \  Le  jour  de  Pâques ,  8  avril ,  à  Viterbe ,  éclatait  so- 
lennellement Tanalhème  contre  le  dernier  rejeton  de  la 
vieille  souche  souabe  et  contre  ses  fauteurs,  nommément 
Guido  Novello,  Galvano  et  Federico  Lancia,  les  habitants 
de  Vérone,  de  Pavie,  de  Sienne,  de  Pise,  et  les  gibelins 
de  la  Marche  d'Ancôn»^.'. 

Mais  à  Pise,  le  jour  même  ou  la  veille,  débarquait  ino- 
pinément Conradin.  Des  galères  pisanes  l'y  avaient 
amené  avec  cinq  cents  de  ses  chevaliers.  Tout  était  con- 
certé d^avance.  Il  avait  reçu  de  Pavie  douze  mille  onces 
«l'or  et  de  Pise  dix-sept  mille'.  Vado,  près  de  Savone, 


ndliuc  niornlur,  regnutn  suum  proximc  intraturus.  »  (Clem.  lY  ep.  dcxx. 
Vilerhc,  12  avril  1268.  Thés.,  H,  5S/&.)  Le  \)i\)e  compte  sans  doute  ^  la 
modo  du  calendrier  romain,  où  la  veille  des  calendes  est  dite  le  second  jour 
avant  les  calendes.  —  Le  2  avril ,  Charles  était  encore  à  Cortone ,  comme 
le  prouve  un  document  de  lui  mentionné  dans  le  Cod,  dipl.  del  regno,  t.  H, 
part.  ï,  p.  lii,  note  1. 

*  Ne  officii  commissi  tenuitas  noslrum  possit  propositum  et  tuum  impedire 
processum,  nos  qui  fluctuantis  imperii  curam  gerimus ,  te  vicarium  ipsius 

niperii  in  dictis  partibus  constituimus  generaîem.  (Glem.  IV  ep.  dcxxt. 
15  février  12G8.  Thei.,  Il,  587.)  M.  del  Giudice  [Cod,  dipl,  del  regno, 
t.  11,  part.  I,  p.  188)  veut  que  ce  titre  fi^t  conféré  pour  dix  ans.  C'est  pro- 
bable, ce  chiffre  étant  aussi  celui  qu'avait  fixé  le  pape  pour  la  charge  de 
sénateur,  mais  il  n'est  pas  dans  les  lettres  relatives  à  la  charge  de  vicaire. 

*  Vov.  le  texte  de  l'anathème  dans  les  Ann.  ceci,,  1208,  §§4-16,  t.  XXII, 
p.  251.' 

^  Gorradinus  in  die  cxnie  Domini  in  Pisanorum  navigiis  Pisas  intravit, 
quingentos,  ut  fcrlur,  milites  secum  liabens.  (Glem.  IV  ep.  dcxx.  Viterbe, 
12  avril  12G8.  Theè.,  11,  584.)  —  Lbi  iniravit  die  sabbati  sancti.  (Brev, 
Pis.  hist.f  R.  I.  S.,  t.  VI,  197.)  —  Die  sabbati  sancti  qui  fuit  7  menais  Apri- 
lis  ciyitalem  Pisarum  intravit.  (Cliron.  de  rébus,  etc.,  p.  279.)  —  Le  Mi- 
norité florentin  (loc.  cil.,  p.   060)  dit  le  i  avril  ;  M.  de  Cherrier,  le  3i 


(Ah.  1368)  CONRADIN  A  PISE.  155 

était  le  point  fixé  pour  rembarquement*.  11  y  était  arrivé, 
en  feignant  une  attaque  contre  l'abbaye  de  Morimont,  à 
travers  les  domaines  de  ses  cousins,  fils  du  marquis  del 
Carretto*.  Le  reste  de  l'armée  avait  ordre  de  s'avancer 
par  les  voies  de  terre,  dès  que  le  jeune  roi  aurait  pris  à 
revers  la  cavalerie  de  Charles,  qui  défendait  le  centre  de 
l'Italie. 

Cette  brusque  apparition  fut  un  coup  de  foudre  pour 
les  guelfes.  Clément  IV  en  parut  surpris  plus  encore 
qu'alarmé.  Il  avait  prédit  que  Conradin  ne  Irouverait  pas 
le  passage  libre  pour  donner  la  main  aux  Pisans*.  Ses 
lettres  trahissent  son  anxiété  : 

«  Où  ira-l-il  maintenant?  Nous  ne  pouvons  le  savoir  encore. 
Quelques-uns  disent  qu'il  viendra  par  mer  à  Rome,  d'autiesqu'il 
pénèlrera  dnns  le  royaume,  ou  qu'il  passera  en  Sicile,  pour  y 
rejoindre  ses  adhérents.  Mais  Rome  le  recevrait-elle?  Oserait-il 
entrer  avec  si  peu  de  suite  dans  les  provinces  au  delà  du  Phare, 
s'il  ne  peut  compter  sur  une  trahison  dont  nous  n*avons  aucun 
indice?  C*est  en  Sicile  qu'il  pourrait  faire  le  plus  de  mal,  à  cause 
de  la  légèreté  du  peuple;  mais  aussi  c'est  là  qu'on  pourrait  le 
prendre.  Au  reste,  on  quelque  lieu  qu'il  aille,  il  aura  le  roi  sur 
les  talons.  *» 

Charles,  en  effet,  consentait  enfin,  le  30  avril',  à  quil- 

mars,  samedi  saint.   —  Rien  de  mieux  établi  que  celte  date  à  un  jour 
près. 

*  Chron.  de  rébus,  etc..  p.  278.  Le  marquis  del  Carretlo  avait 
épousé  Catherine,  fille  naturelle  de  Frédéric  II  et  sœur  d'Ënzio  (Cher- 
rier,  III,  250). 

*  Chron,  de  rébus,  etc.,  p.  275. 

^  Et  sic  Corradino  non  patct  transitus  ad  Pisanos.  (Glein.  IV  ep.  dcviii. 
Viterbe,  2  mars  1268.  Thés.,  R.  577.) 

*  Quo  autcm  esinde  idem  Corradinus  sit  iturus,  adhuc  scire  non  possu- 
mus....  Quocumque  lamen ibit,  regem  liabebit ad talos.  (Clem.  IV  ep.  dcxx. 
Viterbe,  12  avril  1268.  Thés.,  II,  584.) 

^  Exivit  heri  Vilerbio  filius  nosler  in  regnum  dirigens  iler  suum. 
(Clem.  IV  ep.  dcxxx.  Viterbe,  1'^  mai  1268.  Thés.,  W,  589.) 


156  CHARLES  DANJOU  DANS  LE  ROYAUME.  (Ah.  1268) 

1er  Viterbe  et  à  relonrner  dons  son  royaume,  pour  y  pré- 
parer sa  défense,  pour  «  y  couper  les  cornes  aux  su- 
perbes* »,  pour  y  exterminer  les  Sarrasins  révoltés  de  Ln- 
cera  %  mais  surtout  pour  complaire  à  Clément  IV.  A  vrai 
dire,  il  ne  craignait  guère  les  séditieux.  Il  les  avait  ré- 
cemment terrifiés,  en  faisant  transférer  en  lieu  sûr,  après 
leur  avoir  tranché  un  pied  et  une  main,  les  comtes  Gior- 
dano  et  Barlolommeo  d'Anglano,  Piero  Asino  des  Uberli, 
frère  de  Farinata  et  d'autres  prisonniers,  coupables 
d'avoir  voulu  s'enfuir  en  tuant  leurs  gardiens'.  Une  fois 
dans  les  provinces  méridionales,  Charles  inspirait  par  ses 
talents  toute  confiance  au  père  des  fidèles.  «  Ce  jeune 
homme,  disait  Clément  IV,  parlant  de  Conradin,  c'est  le 
mouton  que  des  méchanis  mènent  à  la  boucherie*  ». 

Conradin,  pourtant,  était  bien  conseillé.  Peut-être 
même  avail-il  l'instinct  de  la  politique  et  de  la  guerre. 
Son  séjour  au  centre  de  l'Italie  le  rendait  redoutable  : 


•  Locution  fréquente  dans  les  lettres  de  Clément  IV  :  c  Per  quem  inimi- 
corum  cornua  confringentur  (ep.  dcxiv,  p.  581).  Ad  peccatorum  cornua 
confringenda.  »  (Ep.  dcxlii,  p.  b98.) 

•  Ad  Sarraccnorum  Lucerise  et  aliorum  perfidornm  exterminium  anima- 
tus.  (Clem.  IV  ep.  dcxxx.  Viterbe,  !•'  mai  1268.  Thés,,  II,  589.)  —  Lo 
7  mai,  Charles  cinit  à  Aquila,  le  12  à  Ortonn,  le  20  nu  siège  de  Luceni 
(Cod.  dipl.  del  regno,  t.  Il,  part.  I.  p.  140  note). 

^  Qui  Karolus  ira  inolus  misit  in  Provinciam  et  fecit  con^li  Jordano  et 
coniili  Bartholorneo,  Peiro  Asino  de  Florentia,  Alipralo  et  aliisquos  in  car- 
ceribus  habcbat  cuilihet  ipsorum  ampularc  pedem  et  manuni,  proptert*a 
quod  de  carceribus  evadere  volebaut,  interticiendo  custodes  eorum.  Quibus 
ita  devaslatis  adhuc  ipsos  detinet  carceratos  apud  Asiara  civitatem  Provincie. 
Erant  eniui  primo  in  Rocha  Castrllanne.  (Chron.  de  rebiu,  etc.,  p.  275- 
274.) 

•  1).  Clemens  papa,  dum  apud  Viterbium  in  calesia  fralrum  pnedicato- 
rum  in  festo  Penlecostes  (27  mai)  solenmiter  celebrarct  et  praîdicaret ,  et 
ego  tune  prior  provincialis  fratrum  prasdicatorum  Lombardi^....  praesens 
essem  ,  dixit  publico ,  coram  omnibus  nobis  :  Ne  (imeremus  ,  quia  scirous 
quod  istc  juvcnis  a  nialis  hominibus  sicul  ovis  ducilur  admorlcm.  (Jacques 
de  Vorage,  Chron.,  H.  I.  S.,  t.  IX,  50.) 


(An.  1268)  PLAN  DE  CONRADÎN.  137 

par  terre  OU  par  nier,  il  pouvait,  à  sa  volonté,  se  porter 
sur  tous  les  poinis.  A  peine  avait-on  pose  le  pied  en  Tos- 
cane, on  y  semblait  prendre  des  forces.  Le  gros  de  ses 
troupes  Ty  rejoignait  bientôt  par  Sarzana  et  Lavenza,  en 
évitant  Pontremoli  *,  et  bien  armées,  habillées  de  neuf, 
elles  l'aidaient  à  tenir  en  échec  les  guelfes  que  découra- 
geait Tabsence  de  Charles  d'Anjou.  Au  moyen  de  conces- 
sions territoriales  et  mercantiles,  il  s'assurait  le  concours 
résolu  des  Pisans'^.  Il  chargeait  Corrado  Capece  de  sou- 
lever la  Sicile.  Il  pouvait,  grâce  à  l'alliance  de  Sienne, 
s'avancer  à  travers  toute  la  Toscane,  jusqu'aux  frontières 
napolilaines,  d'oùCharlesaurait voulu  surtout Técarter.  11 
le  coupait  ainsi  de  ses  communications  avec  les  guelfc'ii  tos- 
cans et  lombards,  comme  des  secours  qu'ils  auraient  pu 
lui  fournir.  Tout  danger  n'avait  pas  disparu  sans  doule, 
mais  il  semblait  que  la  cause  gibeline  eût  déjà  triomphé 
des  principaux. 

Conradin  suivait  un  plan  tracé  d'avance.  Le  15  juin, 
au  moment  de  quitter  Pise*,  il  chargeait  Federico  F^ancia 
d'accomplir  une  forte  diversion  ,  en  se  faisant  porter  par 
trente  galères  pisanes  et  d'autres  gros  navires  sur  les  côtes 
du  Royaume,  avec  cinq  cents  hommes  de  débarquement. 
Lui-même,  par  la  route  de  Sienne,  il  se  metlnit  en  mar- 
che sur  Rome,  pour  opérer  sa  jonction  avec  le  sénateur. 
Il  évitait  les  engagements  sans  conséquence ,  où  la  plus 
brillante  victoire  l'eût  affaibli.  A  Pontetetto,  aux  portes 

«  Chron.  de  rébus,  etc.,  p.  279-280. 

*  Armatis  omnibus  et  de  novo  vestilis.  (Minorilœt  etc.,  loc.  ct7., 
p.  660.) 

'  On  peut  voir  le  détail  de  ces  concessions  dans  Cherrier,  III,  250. 

*  En  partant  de  Pise,  il  avait  délivré  des  privilèges  où  Guido  Novello  est 
mentionné  (publiés  par  Dal  Borgo,  Diplomi  pisani,  p.  201).  Voy.  pour  la 
date,  Anonym.  fragm.  hist.  pis.,  R.  1.  S.,  t.  Vï,  197. 


158  LES  FRANÇAIS  ET  LES  FLORENTINS  (An.  1268) 

de  Lacques,  son  armée  rencontrait  celle  de  Jehan  de 
Braiselve  et  de  Goltifredo  délia  Torre ,  vicaire  de  Charles 
et  potestat  de  Florence  ^  Un  filet  d'eau ,  la  Guscianella , 
les  séparait  à  peine.  Personne  ne  le  franchit.  Le  maréchal 
avait  ordre  de  temporiser  en  observant  l'ennemi,  et  Con- 
radin  se  ménageait*. 

A  Poggibonzi,  sur  son  passage,  les  habitants  lui  offri- 
rent les  clés  de  leur  rocca.  A  Sienne,  il  était  reçu, 
comme  à  Pise,  avec  des  transports  de  joie  '.  Son  des- 
sein étant  désormais  manifeste,  le  maréchal  de  Brai- 
selve, par  inspiration  personnelle  ou  par  ordre ,  résolut 
d'y  faire  obstacle,  en  lui  coupant  le  chemin.  Le  24 
juin,  il  sortit  de  Florence,  et  s'achemina  vers  Arezzo, 
par  le   val   supérieur  de  l'Arno.  Il  comptait  tourner 
l'armée  gibeline  et  occuper  un  de  ces  déûlés  si  faciles  à 
défendre  qu'on  rencontre  sur  la  route  de  Sienne  à  Rome. 
Les  milices  florentines  l'accompagnaient.  Dans   leurs 
rangs  on  voyait  Nolto  Salimbene,  de  celte  grande  famille 
siennoise  dont  les  trésors  avaient  litléralement  équipé 
les  vainqueurs  de  Montaperli*.  En  arrivant  à  Montevarchi, 
on  apprit  que  l'ennemi  infestait  la  contrée,  et  qu'une 
embuscade  était  à  craindre  du  côté  d'Arezzo.  Avec  lapru- 

*  Entré  en  charge  le  1*  juillet  1267.  Le  !•'  janvier  suivant,  Isnardo 
Ugolino  lui  fut  adjoint  (Voy.  la  liste  des  premiers  vicaires  de  Charles  publiée 
par  Paolino,  H,  '29).  Gottifredo  figure  sur  la  liste  des  potestats  au  ms.  des 
Officiâtes  forenses. 

*  Villani,  Vil,  23.  —  Ammirato,  1.  lll,  t.  I,p.  U\. 

*  Chron.  de  rébus,  etc.,  279-280. 

^  Cela  résulte  d'une  lettre  de  Charles  en  faveur  de  ce  Notto,  qu'il  félicite 
d'avoir  biea  combattu  à  Ponte  a  Valle  :  «  Qualtter  etiam  et  quam  strenuc  no- 
bis  videntibus  et  scientibus  te  gesseris  in  prelio  inter  nos  et  quondam  Cor- 
radinum  commisse....  »  (19  juillet  1268,  au  siège  de  Lucera.)D:ms  un  autre 
acte,  il  est  question  de  divers  autres  Siennois  dévoués.  Le  28  septembre 
suivant,  Notto  recevait,  en  récompense,  le  vicariat  des  châteaux  de  San  Qui- 
rico  et  Orgia  (Cod.  dipl.  del  regno,  t.  H,  part.  I,  p.  210,  211). 


(Ah.  1268)       BATTUS  A  PONTE  A  VALLE.  159 

dence  italienne,  le  chef  florenlin  refusait  d'aller  plus 
avant  ;  mais  avec  la  témérité  française,  Braiselve  passa 
outre,  attiré  par  le  danger  comme  le  papillon  par  le  feu, 
et  plus  jaloux  de  sa  renommée  de  preux  chevalier  que  du 
salut  de  ses  hommes  d'armes.  Guillaume  de  TEstendart 
marchait  en  avant-garde,  avec  trois  cents  cavaliers  bien 
armés,  mais  nullement  précédés  d'édaireurs.  Ils  étaient 
parvenus  à  Ponte  a  Valle,  où  ils  devaient  traverser  TArno, 
sur  un  pont  étroit,  resserré  entre  deux  rochers.  Non  loin 
de  là ,  dans  un  défilé  que  forment ,  près  de  Laterina ,  la 
montagne  et  la  rive  du  fleuve  ,  s'était  embusqué ,  sur  le 
conseil  des  exilés  florentins  ,  familiers  avec  les  lieux ,  le 
duc  d'Autriche,  suivi  ou  pour  mieux  dire  guidé  par  le 
principal  des  Uberti.  Le  25  ,  Tavant-garde  passa  sans  en- 
combre ;  mais  quand  Braiselve  parut  avec  ses  cinq  cents 
lances,  dans  un  désordre  qu^expliquait,  sans  le  justifier, 
sa  confiance  au  corps  d^avant-garde.  Allemands  et  gibelins 
s'élancèrent,  «  comme  des  lions  affamés  se  précipitent 
sur  leur  proie,  »  et  mirent  leur  ennemi  dans  une  com- 
plète déroute.  Sur  le  champ  de  bataille,  jonché  de  cada- 
vres, fut  pris  et  pendu  le  maréchal  ^  Pendant  qu'on  em- 
menait à  Sienne  les  prisonniers,  plus  nombreux  encore 
que  les  morts,  ceux  des  hommes  d'armes  qui  cherchaient 
leur  salut  dans  la  fuite  étaient  capturés  et  maltraités 
par  les  paysans.  «  C'est  leur  coutume,  dit  Ammirato, 
étant  outragés  par  leurs  amis  comme  par  leurs  adver- 
saires, d'user  envers  les  uns  et  les  autres  d'une  égale 
cruauté,  quand  ils  en  ont  le  pouvoir*.  » 


*  Cod.  dipl.  dcl  regno,  t.  II,  part.  I,  p.  215  noie.  Le  minorilc  florenlin, 
par  patriotisme  guelfe,  atténue  la  défaite  :  «  plunbus  inlerfectis  cum  ali- 
quibus  illum  ccpit.  »  (loc.  cii.^  p.  660.) 

*  Essendo  stati  presi  da  contadini,  i  quali  corne  indistintamenle  sogliono 


UO  LE  PAPK  CONSOLE  LES  VAINCUS.  (An.  1268) 

L'huTnilî«ition  ét»nit  profonde  pour  des  chevaliers  fran- 
çais. Parlonl  on  parlait  d'eux  avec  un  dédain  extrême*. 
Isnard  Hugolin,  chevalier  provençal,  vicaire  dn  roi  à 
Florence',  Gnido  Guerra,  «  comte  de  la  Toscane  pala- 
tine, »  et  le  gouvernement  florentin  envoyèrent  en  toute 
hâte  au  pape  le  sénéchal  de  Provence,  pour  implorer  de 
prompls  secours.  Clément  IV  n'en  pouvait  donner  qu'en 
paroles';  du  moins,  il  ne  s'y  épargna  pas.  Il  répondait 
par  écril,  consolant  les  guelfes  du  «  mnlheur  déplo^ 
rable  »,  et  les  exhortant  à  une  vigoureuse  résistance*. 
Quelques  jours  plus  lard ,  il  les  félicitait  d'être  restés 
unanimes  dans  leur  dévouement  à  l'Église  et  au  roi  *.  Il 
enjoignait  au  dominicain  Guillaume  de  Tonneux  ,  nonce 
apostolique,  de  lever  l'excommunication  dont  quelques 


esscr  oltmggiati  dagii  amici  e  da'  nemici,  cosî  quando  hanno  il  potere  con- 
tra gli  uni  e  gli  altri  parimente  incnideliscono.  (Aminirato,  1268,  i.  HI, 

I.  1,  p.  14M42.) 

*  K  quasi  aveano  per  niente  i  Francesi.  (Villani,  VU,  24.)  Yoy.  en  outre , 
pour  le  récit  de  ce  combat,  Ammirato,  loc.  cit.,  Malavolti,  part.  H,  1.  Il, 
1  30,  et  une  lettre  de  Conradin  h  ses  fiHèles  de  Lombardie,  ap.  Chron.  de 
rébus,  etc.,  p.  280-281. 

*  il  ost  ainsi  nommé  dans  les  lettres  que  lui  adresse  le  pape  (Voy. 
cp.  DcLxxxiii.  The$.,  [I,  62U),  et  ligure  dans  la  liste  des  premiers  Yicaires 
de  Charles,  donnée  par  Paolino  (II,  29),  comme  adjoint  le  1"  janvier  1268 
à  Gottifredo  délia  Torre.  Il  ligure  comme  potestat  sur  la  liste  des  Officiales 
forenses, 

'  Nos  sane  dilectum  filium  G.  Senescallum  Provinci»  quem  ad  vos  cum 
mililia  remitti  petitis  ad  prsesens  remittere  non  valemus,  cum  jam  Viterbium 
venerit,  ubi  exspectat  bene  placitum  dicti  régis.  (Glem.  IV  ep.  i>clxix.  Vi- 
terbe,  4  juillet  1268.  The$.,  Il,  613.  Lettre  à  Guido  Guerra,  Isnardo  Ugo- 
lino,  vicaire  royal,  au  conseil  et  à  la  commune  de  Florence.) 

*  De  cafu  flebili  qui  nuper  in  Tuscia  contigit....  de  quo  accepimus  vos 
tristari....  non  tamen  est  doloribus  sed  contra  hostes  fortins  et  animosins 
insistendum,  etc.  (Clem.  lY  ep.  dclxxii.  Yiterbe,  4  juillet  1268.  Thés.,  Il 
613.) 

>  Vos  nibilominus  in  fidc  et  devotione  Ecclesiae  ac  régis  ejusdem  unani- 
miler  pcrmanetis.  (Clem.  IV  ep.  dclxix.  Yiterbe,  8  juillet  1268.  Thés., 

II,  615.) 


(An.  1268)  CONRADliS  A  SlbNNE.  i4l 

Florentins  élaienl  frappés  pour  trop  de  retard  à  payer  Ja- 
copo  de  Collemedio,  ce  potestat  pontiûcal  qui  avait  refusé 
d'exercer  sa  charge,  mais  qui  ne  refusait  pas  d'en  toucher 
le  salaire  ^ 

Cette  unanimilé  pourtant  et  cette  fermeté  des  guelfes, 
que  faisait  sonner  si  haul  le  rusé  pontife,  n'était  pas  à 
toute  épreuve.  Le  succès  de  Conradin  l'avait  fort  ébran- 
lée*. Le  jeune  prince  trônait  à  Sienne,  battant  monnaie, 
comme  faisait  ailleurs  Charles  d'Anjou.  Four  prix  des 
fiefs  et  privilèges  qu'il  prodiguait  en  véritable  maître  de 
TEmpire',  il  recevait  soixante  mille  livres,  solde  de  ses 
chevaliers  pendant  trois  mois\  plus  une  haute  paye  en 
faveur  de  ses  Allemands'.  <c  C'est  l'opinion  de  beaucoup 
d'écrivains ,  dit  Malavolti ,  que  si  Conradin  n'avait  pas 
quitté  Sienne,  il  aurait  réduit  la  Toscane  tout  entière  à  sa 
dévotion*.  »  A  Florence  même,  foyer  de  la  résistance,  Is- 


>  Et  super  absolulione  vestris  civibus  impendenda  ab  excommonica- 
tionis  scntentia  qua  tenenlur  pro  salarie  quod  dilecto  filio  nobili  viro  Jacobo 
de  CoUeniedio  iebetur,  dilecto  filio  fratri  Guillelmo  de  Tonneux  ,  ord.  fr. 
prcd.  per  nostras  litteras  sub  certa  forma  coinmiUituus  vices  noslras. 
(Clera.  IV  ep.  dclxxii.  Viterbe,  8  juillet  12()H.  Thés.,  11,  «15.)  —  C£. 
rep.  DCLxiiu  à  Guillaume  pour  qu'il  absolve  certains  Florentins.  Même  date, 
p.  615. 

^  Dicde  la  rotta  data  aile  geiili  di  Carlo  c  a  guelfi  di  Toscana  gran  ripu- 
latione  aile  cosc  di  Corradino.  (Malavoili,  part.  II,  1.  H,  f"  56  r*.) 

'  Privilèges  pour  les  péages  ,  les  juridiclions ,  les  milices ,  les  droits  dus 
par  les  marchandises,  la  propriété  de  celles  qui  étaient  jetées  par  un  nau- 
frage à  la  côte,  el  qu'il  enlevait  équitiblenient  aux  riverains,  pour  les  ren- 
dre aux  marchands ,  légitimes  possesseurs.  —  Yoy.  ce  privilège  publié  in 
extenso  par  Mala\olti,  part.  11,  1.  11,  f*  50  y\  57  r*. 

*  Receptus  luit  cuin  maxiiiio  honore  a  Senen:>ibus  qui  ei  douaverunl 
60  m.  libra  illius  monetc  ux  quibus  luililibus  suis  soldum  persolvit  trium 
mensium.  (Chron,  de  rébus,  etc.,  p.  279-280.) 

*  Fu  data  uiia  paga  a'  Tedeschi  del  re  Corradino  per  rimunerarli  in 
qualche  parte  del  voler  dimoblrato  in  quella  fatlione.  (Malavolti ,  part.  11 , 
I.  U,  ^  56.) 

*  Fu  opioione  di  molli  scriltori  cbe  se  Corradino....  non  si  fusbe  partilo 


U2  DÉSARROI  DES  GUELFES.        (An.  1268) 

nard  Hugolin,  Guido  Guerra^  Guillaume  de  Tonneux  se 
voyaient  réduits  à  tolérer  des  pratiques  contraires  au  roi 
Charles.  Clément  IV  les  en  réprimandait  avec  amertume. 
11  leur  enjoignail  de  ne  rien  faire,  de  ne  rien  permettre, 
jusqu'à  ce  qu'il  eût  donné  verbalement  à  son  nonce  Guil- 
laume de  Tonneux,  rappelé  a  Viterbe,  des  instructions 
précises,  a  C'est  bien  assez ,  disait-il ,  que  nous  laissions 
impunie  la  tolérance  dont  vous  avez  usé  sans  consulter  ni 
nous,  ni  le  roi  ^  » 

Ainsi  le  désarroi  était  complet  parmi  les  guelfes  de  Tos- 
cane, et  quelque  coup  vigoureux  pouvait  les  réduire  à 
merci.  Mais  Conradin  n'était  pas  maître  de  prolonger  son 
séjour.  11  n'aurait  pu  sans  imprudence  laisser  a  son  ad- 
versaire le  bénéfice  du  temps,  et  attendre,  pour  agir,  que, 
l'argent  lui  faisant  défaut,  il  se  trouvât  seul,  sans  Alle- 
mands, avec  quelques  gibelins.  D'ailleurs,  Galvano  Lancia 
et  don  Enrique  l'appelaient  à  Rome  pour  ceindre  la  cou- 
ronne impériale,  flattant  ainsi  la  vanité  de  son  âge, 
comme  l'impétuosité  de  son  tempérament.  Le  19  juillet, 
il  s'était  donc  remis  en  marche,  accompagné  de  loin  par 


cosl  presto  di  Siena,  harebbe  ridotta  la  provincia  di  Toscana  tuUa  a  sua  de- 
votione.  (Malavolti,  part.  U,  L  II,  f*  36  r'  v*.)  Le  jésuite  Bzovius  (Ànn. 
eccl,^  1268)  partage  celte  opinion. 

*  Ne  quid  novi  facias  fierive  consentias  circa  Florentins  stalum  aut  regi- 
men  civitatis,  donec  ore  ad  os  nobis  locutus  fueris.  (Clem.  IV  ep.  dclxxix 
à  Guillaume  de  Tonneux.  Sans  date.  Thet.,  II,  618.)  —  Relalionibus  ?ariis 
apud  nos  rumor  increbuit  quod  tu  cum  nobili  viro  comité  Guidone  Guernu, 
fratre  Guillelmo  de  tonnoux,  nuncio  nostro  et  quibusdam  aliis  tractatus  va- 
ries tolcrasli  super  bis  quae  ad  Florentinéc  pertinent  regiinen  ciyitalis  sub 
boni  specie  in  Garoli  régis  praejudicium  et  dispcndium  iinmutandis....  M:m- 
damus  qualenus  in  eisdem  usque  ad  fratris  cjusdem  redituui  nec  procédas 
nec  procedi  pcr  alios  aliqiia  ratione  permittas  ,  cum  sufficere  tibi  debeat  si 
ipsa  loleranlio  quam  nobis  et  eodem  rege  penitus  mconsultis  tractatibus 
talia  praestilisli,  transirc  valoat  inipunita.  (Clem.  IV  ep.  DCLXxxm  à  Isnardu 
Ugolino,  vbiiro  royal  à  Florence.  Viterbe,  29  juillet  1268.  77i€«.,  II,  620.) 


(Aif.  1268)  GONRÂDIN  A  HOME.  143 

la  flolte  pisane  qui  longeait  la  côte  et  s'avançait  à  la  ren- 
contre de  la  flotte  provençale  \  «  Par  une  bravade  de 
jeune  homme,  au  lieu  de  gagner  la  route  de  Pérouse  et  de 
Spolète,  au  lieu  d'éviter  Viterbe,  où  Clément  IV  résidait, 
il  passa,  le  22,  sous  les  murs  de  cette  ville,  avec  toute  son 
armée,  couronnée,  comme  lui,  de  verdure  et  de  fleurs*.  » 
Pour  punir  son  audace,  l'excommunication  majeure,  déjà 
fulminée  par  le  pape,  fut  portée  à  la  connaissance  de 
l'Italie  par  tous  les  évéques  dans  leurs  ca(hédrales,  cloches 
sonnantes  et  lumières  éteintes*. 

Mais  il  lui  importait  peu.  Son  armées' accroissaitd'heure 
en  heure,  comme  ces  fleuves  que  viennent  grossir  de  nom- 
breux affluents.  De  la  Marche  d'Ancône,  des  États  sici- 
liens, de  Lombardie  non  moins  que  de  Toscane  lui  étaient 
envoyés  des  contingents  nouveaux.  A  Rome,  où  il  arriva 
le  24  juillet,  il  n'admit  sous  ses  bannières  que  ceux-là 
seuls  des  nobles  et  du  peuple  qui  avaient  donné  de  sérieux 
gages  au  parti  gibelin*.  Il  élait  assez  fort  pour  pouvoir 
choisir.  Le  10  août,  il  repartit*,  car  une  fatale  ardeur 
l'entraînait  vers  ses  destinées.  Six  mille  cavaliers  le  sui- 
vaient, avec  de  l'infanterie,  Allemands  de  son  escorte  ou 


*  Elle  la  ballait  le  11  août  suivant  à  l'entrée  du  phare  de  Messine  (Sabas 
Malaspina,  1.  IV,  c.  iv  et  v,  R.  I.  S.,  t.  VIH,  840). 

*  Saint-Priest,  UI,  93.  Cet  auteur  rapporte  à  ce  moment  le  mot  de  Clé- 
ment IV  sur  le  mouton  qu'on  mène  à  la  boucherie.  (Voy.  plus  haut  p.  136.) 
H  ne  remarque  ])as  que  Jacques  de  Vorage  dit  que  ce  propos  fut  tenu  le 
jour  de  la  Pentecôte.  Or  cette  fête  tombait,  en  1268,  le  27  mai,  et  Conradin 
ne  partit  de  Sienne  que  le  19  juillet. 

5  Reg.  Clem.  IV,  cur.  N.  17,  f*  256  ap.  Cod.  dipL  del  regno,  t.  II. 
part.  I,  p.  185,  note. 

*  Cherrier,  lU,  258. 

'  Ann.  genov,,  Villani.  —  Ptolémée  de  Lucques  et  un  mit.  du  Vatican  , 
suivis  par  Cherrier  et  Gregorovius,  disent  le  18  ;  mais  M.  del  Giudice  mon- 
tre très-bien  que  jamais  Conradin  n'aurait  pu,  en  ce  cas,  être  sur  le  champ 
de  bataille  le  22  (Voy.  Cod.  dipL  del  regnOj  t.  U,  part.  I,  p.  186  note). 


144       CHARLES  D  ANJOU  OFFRE  LA  BATAILLE.   (An.  1255) 

mercenaires,  Espagnols  de  don  Enrique,  Lombards  sous 
les  ordres  de  Galvano  Lancia,  Toscans  commandés  par 
Gherardo  Donoralico  de  Pise.  Trouvant  gardée  la  route  de 
Cepperano,  l'antique  voie  Latine,  chemin  ordinaire  des 
invasions,  il  cherchait  à  gagner  Sulmona  par  les  Âbruzzes, 
pour  se  joindre  aux  Sarrasins  de  Lucera  ^  Mais  il  se  con- 
fiait dans  la  supériorité  du  nombre,  et  négligeait  de  sur- 
veiller les  mouvements  de  son  vigilant  adversaire,  qui 
connaissait  tous  les  siens.  Charles  avait  quitté  Foggia  et 
la  Capitanate,  centre  de  la  rébellion,  ne  laissant  devant 
Lucera  qu'un  simple  corps  d'armée.  Il  était  à  Scurcola 
quatre  jours  avant  que  Gonradin  sortît  de  Rome.  Durant 
quatre  jours  et  quatre  nuits*,  il  le  suivit  le  long  de  la 
frontière,  non  pour  l'empêcher  de  la  franchir,  mais  pour 
le  contraindre  à  accepter  le  combat  le  plus  loin  possible 
des  Sarrasins'^.  11  Ty  contraignit  le  2*2  août,  au  pied  de 
la  colline  d'Alba,  dans  une  étroite  et  marécageuse  vallée 
qu'arrosent  les  maigres  eaux  du  Sallo,  et  que  traver- 
sait une  route  dont  les  deux  moitiés,  séparées  par  ce 
ruisseau,  étaient  réunies  par  un  pont*.  Aux  six  mille 


*  Nos  eos  de  pas$u  in  passum  per  quatuor  dies  et  noctes  totidem  inse- 
quenles  et  etiam  persequentes ,  tandem  percepto  quod  dicli  bostes  per 
Sculcule  partes  ingressi  sperabant  libère  pertransiti  via  recta  descemlere  et 
pervenire  Sulmonam  et  exinde  in  Luceriam....  (Lettre  de  Charles, 
^4  août  1268,  près  d'Alba,  à  la  commune  de  Padoue,  sur  le  fait  de  la  ba- 
taille, ap.  Chron.  Patav.  Muratori,  Antiq.  ital.f  IV,  1144  et  Cod.  dipL 
del  regno,  1. 11,  pari.  1,  p.  190,  191.) 

*  Corradinus  ejusque  sequaces  regni  raei  Gnibus  propinquarunt,  furamina    . 
per  quu;  posseut  lalenter  ingredi  seque  coiijungere  Saracenis.    (Lettre  de 
Charles  au  pape  pour  lui  annoncer  sa  victoire.  Thés,,  II,  624,  n*  dcxc, 
23  août  1268.) 

^  Voy.  sur  toute  cette  stratégie  une  note  excellente  de  M.  del  Giudice 
(loc.  cit.)  qui  reclilie  les  chroniqueurs  et  les  historiens. 

^  Ad  quemdam  collem  prope  Albam,  qui  per  duo  parva  milliaria  dislabal 
ab  hostibus,  ex  quo  Pallentinus  caaipui»  se  explicat.  (Lettre  de  Charles  à  la 


(An.  1268)  BATÂILLIi:  DE  TAGLIAGOZZO.  i45 

chevaliers  de  Conradin,  il  n'en  pouvait  opposer  que 
quatre  mille  *.  Mais  rexpérience  militaire  d'un  vieux 
baron  français  rétablit  l'équilibre.  Il  se  nommait  Erard , 
sire  de  Valéry,  connétable  de  Champagne,  et  reve- 
nait de  Terre-Sainte  avec  cent  lances'.  Sur  son  conseil, 
Tarmée  fut  divisée  en  trois  corps,  dont  deux  tirent  face  à 
l'ennemi,  tandis  que  le  troisième,  composé  de  huit  cents 
cavaliers,  que  conduisaient  Erard  et  le  roi  lui-même,  se 
dissimulait  dans  le  creux  d'un  vallon,  pour  ne  donner 
qu'au  moment  décisif.  Celait  vouer  les  deux  premiers  à 
une  destruction  presque  certaine;  mais  qu'importe,  si 
Ton  achetait  la  victoire  à  ce  prix  ?  Conradin  tomba  dans 
le  piège.  Ne  voyant  devant  lui  que  deux  corps  d'armée , 
il  répartit  également  en  deux  toutes  les  forces  dont  il 
disposait,  se  croyant  sûr  ainsi  d'avoir  partout  l'avantage 
du  nombre \  Ni  lui  ni  ses  conseillers  ne  pensèrent  à  for- 


commune  de  Padoue,  loc,  cit,)  Cf.  Saint-Priest,  Hl,  103,  107.  —  Cherrier, 
m,  258-259.  —  Sismondi,  U,  460. 

>  4,000  suivant  le  Chron.  de  rébus,  etc.  5,000  suivant  Yillani  (VU,  26). 
Cf.  Malavolli,  part.  U,  I.  H.  r>  58. 

*  Dante  (/n/*.,  XXYIII,  18)  l'appelle  Âlard  de  Valéry,  et  il  a  été  suivi  par 
tous  les  Italiens,  même  par  quelques  Français.  G.  de  Nangis  Tappellc  Erars 
de  Walleri.  Voy.  sur  ce  i  chevalier  preuz  et  renommez  »  des  détails  pré- 
cis dans  l'éd.  des  œuvres  de  Rulebeuf  donnée  par  M.  Jubinal,  t.  I,  p.  560- 
570.  On  y  trouve  le  récit  de  Guillaume  de  Nangis  sur  ce  chevalier  (Histo- 
riens de  la  France,  XX,  455). 

'  Tertia  fortassis  octingentorum  nobilium  strenuorum  qui  totum  régis,  si 
expediret,  exercitum  poterant  relevarc  ruenlem.  (Sabas  Malaspina,  1.  IV, 
c.  IX,  R.  I.  S.,  t.  Vm,  849.)  M.  delGiiidice  (loc.  cit.,  p.  187)  conteste  le 
fait  d^Erard  de  Valéry,  parce  que  Charles  n'avait  pas  besoin  de  ce  secours 
pour  vaincre  et  parce  qu^il  n'en  est  fait  mention  ni  dans  les  archives  de 
Naplcs  ni  dans  la  plupart  des  chroniqueurs.  Mais  Charles  ne  devait  pas  s'en 
vanter.  Guillaume  de  Nangis  est  une  autorité,  et  le  langage  de  Dante  prouve 
que  rintervention  du  chevalier  était  connue  et  admise  généralement. 

*  Duas  tantum  militum  suorum  fecit  alas.  (Snbas  Nalaspina,  1.  IV,  c.  ix, 
R.  I.  S.,  t.  YIII,  849.)  Sismondi  (II,  460)  dit  d'après  d'autres  chroniqueurs 
que  Conradin  partagea  son  armée  eu  trois  corps,  selon  les  nations  dont  elle 

BtST.    DE  FLORfclICK.   —   II.  10 


146  DAN6£B  DES  FRÂI^ÇÂIS.  (An.  1268) 

mer  une  réserve,  ûon  plus  qu'à  explorer  le  pays,  ce  qui, 
en  leur  révélant  la  tactique  ennemie,  leur  en  eût  suggéré 
Téquivalent. 

Le  but,  des  deux  paris,  était  de  passer  sur  la  rive  op- 
posée, et,  par  conséquent,  de  s'emparer  du  pont.  Les  Pro- 
vençaux cl  les  guelfes  italiens,  placés  sur  la  rive  gauche, 
se  tenaient  sur  une  défensive  menaçante,  prêts  à  disputer 
le  passage.  Don  Enrique,  avec  ses  Espagnols,  était  chargé 
de  le  tenter  et  de  conduire  l'attaque.  Repoussé  avec  éner- 
gie, ne  pouvant  traverser  la  rivière,  dont  les  bords  étaient 
trop  escarpés,  il  en  suivit  le  cours,  jusqu'à  ce  qu'il 
trouvât,  plus  loin,  un  accès  plus  facile  et  un  passage  à 
gué.  Ce  mouvement,  d'exécution  trop  rapide  pour  que 
les  Français  y  pussent  faire  obstacle,  porta  l'infant  sur 
la  rive  gauche,  et  lui  permit  de  prendre  à  revei's  le 
corps  d'armée  qui  lui  était  opposé.  11  l'eût  anéanti,  si 
le  maréchal  Henri  de  Cousance  ou  de  Cosenza  *■  n'avait 
amené  a  la  rescousse  le  second  corps,  qu'il  commandait. 

se  composait  ;  mais  Sabas  Malaspina  est  un  historien  ;  les  autres  ne  sont  que 
des  chroniqueurs.  Le  moine  de  Padoue  ,  notamment ,  n'écrit  qu'un  pané- 
gyrique déclamatoire. 

*  Viri  nobilis  Roberti  Cusentini,  dicti  de  Cusentia,  militis.  (Ârch.  de 
Naples,  Reg.  1,  Karolusl,  1269,  ap.  Saint-Priest,  HI,  130.)  11  est  question 
de  ce  maréchal  de  Louis  IX  dans  deux  lettres  du  pape  (1267,  1268,  The$., 
II,  472,  696).  Charles  Favait,  à  ^'ap]es,  nommé  son  conseiller  (anno  eodem 
(12G7)  9  februarii  receplus  fuit  in  c^nsiliarium  Doininus  Uenricus  de  Con- 
sanciis  Marcscallus  Francie.  Reg.  N,  4,  Car.  I,  1269,  B,  f»  176).  —  On 
remarquera  ({u'un  document  napolitain  donne  le  nom  de  Robert  ;  mais  celui 
d'Henri  est  confirmé  par  divers  documents  de  1255,  1265,  1267.  Dans 
Thifer  de  1268,  Mahaul,  veuve  d'Henri,  transige  avec  ses  exécuteurs  testa- 
mentaires (Voy.  Anselme,  Hist.  génàal.,  etc.,  VI,  622).  Quant  au  nom  de 
Cousance,  il  y  a  en  France  trois  communes  de  ce  nom,  une  dans  le  Jura, 
deux  dans  la  Meuse,  .sans  compter  w\c  petite  rivière  qui  se  jette  dans  TA  in 
(Voy.  Bestherelle,  Grand  dict.  de  géogr.  univ.,  11,  402),  mais  aucune  de 
ces  communes  n'a  jamais  été  un  fief.  On  est  donc  porté  h  croire  que  ce  sei- 
gneur, au  service  du  Charles,  en  avait  reçu  le  lief  de  Cosenza,  que  les  au- 
teurs du  temps  durent  transformer  eu  un  nom  franyais. 


(Ah.  1268)         LE  COMBAT  RÉTABLI.  147 

Contre  lui  s'avancèreut  aussitôt  les  Allemands,  et  la  mê- 
lée, désormais  générale,  ne  pouvait  qu'être  à  l'avantage 
des  plus  nombreux.  Guelfes  et  Provençaux  désertaient  le 
champ  de  bataille,  entraînant  Jacques  Gantelme,  leur 
chef  ^  Guillaume  de  TËstendart  s'enfuyait  dans  la  plaine, 
avec  les  hommes  d'armes  qu'il  avait  sauvés  du  désastre 
de  Ponte  a  Valle.  Seul,  Henri  de  Cousance  tenait  bon. 
Pour  attirer  sur  lui  tout  l'eiïort  des  assaillants,  il  avait 
revêtu  l'armure  royale,  et  faisait  déployer  devant  lui  la 
bannière  aux  lis  d'or.  Bientôt  atteint  de  mille  traits, 
frappé  de  mille  coups,  il  était,  dit-on,  coupé  en  morceaux 
par  des  vainqueurs  sans  pitié  *. 

Le  succès  ne  semblait  plus  douteux.  Conradin,  accablé 
par  la  chaleur,  avait  remis  à  ses  écuycrs  son  armure,  et  se 
reposait  à  l'ombre  des  grands  peupliers  au  bord  du  Salto, 
tandis  que  les  siens,  répandus  partout,  poursuivaient  les 
fuyards  pour  les  capturer,  faire  du  butin,  s'assurer  de  ri- 
ches rançons.  Charles  d'Anjou  rongeait  son  frein,  contenu 
à  grand'peine  par  Erard  de  Valéry  de  voler  au  secours  des 
fidèles  serviteurs  égorgés  presque  sous  ses  yeux.  Enfin,  le 
vieux  gentilhomme  donna  le  signal  de  démasquer  l'em- 
buscade et  de  fondre  sur  des  ennemis  dispersés,  unique- 
ment attentifs  au  pillage  des  tentes  ou  à  la  poursuite  dea 
vaincus.  Ceux-ci,  en  entendant  leur  cri  de  guerre,  en 
voyant  apparaître  de  nouveau  la  bannière  royale,  au  mi- 

*  Nous  avons  vu  plus  haut  (I.  IV,  ch.  i,  t.  U,  p.  26)  Jacques  Ganteluie, 
oHicicr  profençal  au  service  de  Charles  d* Anjou. 

*  Si  le  découpèrent  pièce  h  pièce,  ja  soit  que  il  se  feust  moult  bien  def- 
fendus  comme  bons  chevaliers.  (Guillaume  de  Nangis,  ap.  Uist.  de  la 
France t  t.  XX,  p.  453.)  —  Le  fait  de  ce  travestissement  est  confirmé  par 
les  documents  des  archives  de  Naples  (Voy.  Cod.  dipl.  del  regno,  t.  H, 
part.  1,  p.  188  et  notamment  les  paroles  mêmes  de  Charles  :  i  Nos  esse 
mortuos  per  hoc  credentes  firmiter  et  altis  vocibus  acclamantes.  »  —  Reg.  Nj 
16, 1272,  E,  P  93  V.  Cod^^dM.,  ibid.) 


148  VICTOIRE  DES  FRANÇAIS.  (An.  1268) 

lieu  d'un  corps  compacte,  frais,  en  bon  ordre,  reprirent 
courage  et  se  rallièrent.  Don  Enrique ,  revenant  sur  ses 
pas,  tenta  en  vain  de  les  entamer.  Les  siens  étaient  frap- 
pés de  lerreur  :  ce  roi  qu'ils  avaient  cru  mort ,  ils  le 
voyaient  vivant,  ils  le  croyaient  ressuscité  par  miracle. 
En  feignant  de  les  fuir,  Erard  et  Charles  achevèrent  de 
les  vaincre.  Attirés  au  loin  dans  la  plaine,  l'infant  et  ses 
Castillans  tombèrent  aux  mains  des  Français  ^  La  re- 
vanche de  ceux-ci  fut  décisive  et  complète.  Après  une 
nuit  de  repos ,  qu'ils  passèrent  par  prudence  sur  le 
champ  de  bataille,  ils  commencèrent  à  leur  tour  la  chasse 
dans  les  montagnes  et  les  bois.  Le  massacre  de  Bénévent, 
écrit  Charles  lui-même ,  était  peu  de  chose  en  compa- 


raison *, 


Telle  fut  cette  victoire  décisive  ,  improprement  dile  de 
Tagliacozzo ,  mais  qui  gardera  ce  nom  ,  que  Dante  lui  a 
donné'.  Conradin  en  fuite  et  sans  autre  armée  que  cinq 
cents  lances ,  revint  à  Rome ,  où  il  trouva  les  guelfes  ac- 
clamés par  une  populace  mobile;  puis  il  s'alla  cacher  au 


*  Dum  (le  prelio  fugeret  ciptus  ad  noetrum  carcerera  est  adductus.  (Lettre 
de  Charles  à  Saint  Louis,  Genazzano,  12  septembre  1268,  ap.  Rymer,  t.  I, 
part.  II,  M 10,  et  Cod.  dipl.  del  regnOy  t.  Il,  part.  1,  p.  199.) 

'  111a  strages  qu»  in  campo  Beneventano  facla  fuit,  hujus  respectu  valde 
inodica  fuit.  (Lettre  de  Charles  au  pape,  loc.  cit.  —  La  lettre  à  Padoue  ré- 
.  pète  la  même  assertion.)  Voy.  sur  cette  bataille,  outre  cette  importante  let- 
tre et  les  auteurs  cités,  Ann.  eccl.^  1268,  §  32,  35,  t.  XXU.  —  Ricobaldi 
Ferrariensiê  Uist  Imp.,  R.  I.  S.,  t.  IX,  156. —  Pipini  Chron.,  1.  Ul,  c.  yii, 
R.  I.  S.,  t.  IX,  682.  —  Monarchi  Patavini  Chron,,  R.  I.  S.,  t.  VIII,  730. 
—  Yillani,  VU,  27. 

3  Inf.  XXYII,  17.  On  a  fait  remarquer  avec  raison  que  le  bourg  de  Ta- 
gliacozzo est  à  six  milles  de  la  plaine  où  fut  livrée  la  bataille ,  que  c'est  de 
la  position  du  vainqueur  que  les  batailles  prennent  leur  nom  :  M.  de  Saint- 
Priesl  en  conséquence  propose  celui  d'Alba  ;  M.  Von  Raumer,  de  Scurcola  ; 
M.  de  Gherrier,  du  Salto;  M.  del  Giudice,  de  Ponte  ou  de  Palenta.  Mais  ce 
dernier  reconnaît  avec  raison  Timpossibililé  de  changer  un  nom  que  Dante 
a  rendu  immortel. 


(An.  1268)  CAPTIVITÉ  DE  CONRADIN.  149 

château  d'Astura,  sur  ia  côte,  où  Giovanni  Frangipani, 
soit  lâcheté,  soit  trahison,  le  livra  à  l'amiral  sicilien  ^ 

Charles  aurait  pu  être  clément  :  il  fut  inexorable. 
«  Avec  une  férocité  française,  »  dit  le  guelfe  Sabas  Malas- 
pina*,  il  faisait  couper  les  pieds  à  ses  prisonniers,  pour 
qu'ils  fussent  hors  d'état  de  marcher  contre  lui,  et  mettre 
le  feu  à  leur  prison ,  pour  effacer  jusqu'au  souvenir  de 
ces  horreurs'.  Il  fit  pendre  ou  décapiter  ses  principaux 
ennemis.  «  Une  fois  les  têtes  abattues,  écrivait-il  aux 
Lucquois,  les  membres  ne  résistent  plus*.  »  Clément  IV, 
de  son  côlé,  se  plaignait  qu'on  épargnât  les  fugitifs*.  Res- 
tait Conradin.  Ses  droits,  que  beaucoup  tenaient  pour  lé- 
gitimes, et  qui  longtemps  avaient  paru  tels  à  Louis  IX, 
allaient  causer  sa  mort.  Il  était  condamné  sans  procès, 
par  le  fait  même  de  sa  rébellion  V  Anéantir  dans  son 


*  Sabas  Malnspina,  1.  lY,  c.  iï-xvi  (R.  I.  S.,  t.  VIU,  845  sq.). —  Pipini 
Chron.,  1.  III,  c.  xviii  (R.  I.  S.,  l.  IX,  658).  —  Yillani,  VU,  29.  —  Bnrlo- 
lommeode  Neocastro»  Historia  sicula,  1. 1,  c.  ix,  R.  I.  S.,  t.  XllI,  1023. — 
Minontœ,  etc.,  p.  661.  —  Sismondi,  II,  462.  —  Sainl-Pricsl,  III,  i33-î59. 
—  Cherrier,  111,  267-270. 

*  Postquain  in  ferocitatero  concitalam  sxve  gallicam  inciderunt.  (Sab. 
Malasp.,  1.  lY,  c.  xiii,  R.  I.  S.,  t.  VIU,  849.) 

'  Fecil  obtruncari  pedibus....  Et  tandem  considérons  quod  ex  hujus  modi 
aspectione  opprobrii  Romani  poterant  provocari,  usus  consilio  saniori,  glo- 
meratos  reductosque  infra  septa  cujusdam  clausurae  muronim  fabrica  cir- 
cumquaque  vallatae,  inc^ndio  tradidit.  (!bid.) 

*  Gontritis  capitibus,  nulla  resistentia  est  in  merabris.  (Ms.  Bibl.  Angelic. 
Rom.  D,  VUI,  f»  17,  ap.  Cherrier,  III,  272.) 

*  iGgre  ferimus  ,  si  veritas  suffragatur  relalibus ,  quos  inimicos  Ecclesia 
capitales  a  filio  nostro....  confusos  per  fines  vestros,  ut  dicitur,  libère 
transire  permictitis.  (Clem.  IV  ep.  dgxcii.  Viterbe,  26  août  1268.  Thés,, 
n,  626.) 

^  Dans  une  lettre  qu'il  adresse  de  Rome  aux  Lucquois  pour  leur  apprendre 
que  ses  principaux  ennemis  sont  en  son  pouvoir ,  il  les  déclare  t  jam  in 
capitali  pena  condemnatos.  »  Aucun  procès  encore  ne  pouvait  avoir  eu 
lieu.  En  l'absence  de  ioni  jus  belli ,  la  rébellion  emportait  la  mort  (Voy. 
Cod.  dipL  del  regnOj  t.  II,  part.  I,  p.  215  note). 


150  MORT  DE  CONRADÏN  DÉCIDÉE.  (An.  12C8) 

dernier  rejeton  la  maison  de  Souabe,  c'était  dissiper  tout 
danger  de  contestations  ultérieures.  La  tentation  était  trop 
forte  :  Charles  y  succomba.  Il  ne  se  souvint  plus  que  ces 
Sarrasins,  qu'il  exécrait  comme  infidèles,  l'ayant  eu  jadis 
en  leur  pouvoir,  l'avaient,  avec  le  roi  son  frère,  rendu  à 
la  liberté*. 

On  pensa  communément  alors  que  le  souverain  pontife 
autorisait  celte  rigueur  inouïe.  On  prétendit  qu'il  avait, 
comme  Tarquin,  coupé  dans  son  jardin  les  plus  hautes 
têtes  de  pavots*.  On  lui  prêta  cette  parole  cruellement 
sentencieuse  :  Vita  Corradiniy  mors  Caroli  ;  mors  Cor- 
radini,  vita  Caroli^.  Les  Florentins  affirment  au  con- 
traire que  «  le  pape  avec  ses  cardinaux  réprimanda  vive- 
ment le  roi,  et  qu'il  élait  trop  saint  homme  pour  avoir 
consenti*  ».  Mais  ce  saint  homme  élait  avant  tout  un  po- 
litique :  il  croyait  l'effusion  du  sang  quelquefois  néces- 
saire. Dans  sa  volumineuse  correspondance,  on  ne  trouve 
pas  trace  d'une  objection  avant  le  supplice  ou  d'un  re- 
proche après.  Bien  plus,  il  permit  d'arrêter  dans  ses  États 
la  victime  désignée  *.  Les  prélats,  les  sages,  les  doctes  du 

^  C'est  Malafolti  qui  fait  non  sans  à-propos  ce  rapprochement  (part.  Il, 
1.  II,  P-  38  r'). 

*  Fiorita  dltalia,  ms.  delà  bibl.  Barberina,  n*  911,  f*  116,  ap.  Cher- 
rier,  lU,  276. 

'  Ce  sont  les  historiens  de  Naples,  CoUenuccio,  Fazello,  Giannone,  cpii 
ont  accrédité  ce  mot  ;  mais,  ou  ils  ne  citent  pas  d'autorités,  ou,  comme 
Giannone,  ils  allèguent  Villani,  qui  dit  justement  le  contraire.  Yoy.  la  note 
suiTante. 

*  Délia  detta  sententia  data  contra  Curradino  lo  re  Carlo  ne  fu  molto  ri- 
preso  dal  papa,  da'  suoi  cardinali  e  da  chiunque  fu  savio.. ..  E  chi  disse  che  '1 
papa  consenti,  ma  non  ci  diamo  fede,  pero  che  era  tenuto  santissimo  huomo. 
(Villani,  VII,  29.) 

■  MM.  Gr^orovius  et  del  Giudice  voient  une  preuve  de  l'assentiment 
du  pape  dans  son  silence  et  dans  l'absence  de  documents  d'où  il  résulte 
qu'il  voulût  sauver  Conradin.  M.  del  Giudice  tient  pour  une  fable  tout  le  ré- 
cit de  Neocastro  et  même  le  fait  d'un  procès  instruit.  Il  n'y  en  a  pas  trace 


(Am.  1268)        SUPPLICE  DE  CONRADIN.  151 

Royaume  interprélaient  judicieusement  ce  muet  langage, 
quand  ils  donnaient  au  roi  leur  maître,  par  l'organe  du 
protonolaire  Robert  de  Rari,  la  «  permission  »  de  tuer 
son  rival \  Ainsi  périt  Tinfortuné  Conradin*.  «  Peu  de 
spectateurs  contenaient  leurs  larmes,  surtout  les  chevaliers 
français,  qui  délestaient  la  cruauté  du  roi  Charles*.  »  On 
prétend  même  que  son  gendre,  Robert  de  Flandre,  n'osant 
rien  contre  lui,  tua  sous  ses  jeux  le  protonolaire  qui  avait 
lu  la  sentence,  disant  qu'il  n'était  pas  permis  de  con- 
damner à  mort  un  si  grand  et  si  noble  gentilhomme*.  En 
Italie  la  désapprobation  fut  générale ,  sauf  chez  les  plus 
ardents  des  guelfes*,  et  en  Allemagne  le  retentissement 
profond  :  il  y  dure  encore  aujourd'hui. 
Avec  Conradin  disparaissait,  pour  plus  d'un  demi- 


dans  les  archives  de  Naples  si  pleines  d'actes  de  Charles.  —  Conradin  était 
un  rebelle,  cela  justifiait  une  justice  sommaire  (Voy.  Cod.  dipL  del  regnOy 
t.  II,  part.  1,  p.  354  note). 

<  Permissione  pontiGcum  et  sapientum  ac  scribarum  consiliis  in  eos  sen- 
tcntiam,  tanquam  pracdoncs,  providit  priesentis  judicii  acriter  promulgandain. 
(Neocastro,  Hist.  sicuL,  c.  x,  R.  1.  S.,  t.  XUl,  1024.)  —  M.  de  Cherrier 
(111,  279)  traduit  :  c  Avec  la  permission  du  souverain  pontife  •,  sans  se  souve- 
nir qu'à  la  page  277  il  a  tenté  de  disculper  Clément  IV  de  toute  connivence. 

'  Probablement  le  29  octobre.  Voy.  sur  cette  date  la  discussion  de  M.  del 
Giudice  (Cod.  dipl.  del  regno,  t,  H,  part.  I,  p.  231  note). 

'  Pauci  spectatorcs  lachryinas  continebant,  presertim  équités  Franci,  qui 
régis  Karuli  detestabantur  Sccviliain.  {Ricobaldi  FerrariensU  Pomaritan, 
A.  I.  S.,  t.  IX,  1 58.)  Ce  mol  montre  combien  SabtisMalaspina  est  injuste,  en 
attribuant  à  tous  les  Français  la  cruauté  d'un  de  leurs  princes.  Guillaume 
do  Nangis  constate  froidement  la  désapprobation  générale  :  •  De  la  mort 
Conradin  murmurèrent  aucunes  gens,  et  disoient  que  li  roy  Charles  le  deut 
avoir  espargnié,  pour  ce  qu'il  cstoit  enfez  encore  et  que  il  avoit  esté  déceus 
des  traiteurs,  dont  moult  de  gens  d'AUemaigne  furent  csmeu  contre  li  (Fie 
de  Saint  Louis,  ap.  Historiens  de  la  France^  W,  459). 

*  Villani,  Vil,  29. 

°  Quidam  tinlo  rigore  non  moniti  gaudebant  in  filium  hostis  tanti  ssevi- 
tiam  sceleris  auilivisse.  (Neocastro,  loc.  cit.)  —  Cf.  Sabas  Malaspina,  1.  IV, 
c.  XVI,  R.  1.  S.,  t.  Mil,  851.—  Pipini  Chron.,  1.  Il,  c.  ix,  R.  I.  S., 
t.  1\,  658. 


152  FIN  DE  LA  MAISON  DE  SOUABE.  (An.  1268) 

siècle,  ce  saint  empire  romain,  qui,  selon  Joseph  de 
Maistre,  n^était  ni  saint,  ni  empire,  ni  romain^,  et  dont 
les  atrocités,  selon  Voltaire,  justifient  toutes  les  entre- 
prises du  sainl-siége  contre  lui*.  Il  n'avait  guère  rendu 
qu'un  service  à  l'Italie,  élernel  objet  des  convoitises  alle- 
mandes, et  il  le  lui  avait  fait  payer  cher  :  pour  résister  aux 
envahisseurs,  les  envahis  étaient  devenus  experts  dans  l'art 
des  ligues,  sans  perdre  leur  goût  pour  la  vie  individuelle 
et  l'isolement,  fruit  germanique  de  tant  d'invasions*. 

Funeste  en  somme,  la  maison  de  Souabe  n'avait  montré 
le  génie  de  la  civilisation  que  chez  Frédéric  II  etManfred, 
devenus  Italiens.  Elle  avait  détourné  TÉglise  de  son 
œuvre  civilisatrice,  et  les  républiques  des  arts  de  la  paix, 
source  de  leur  prospérité.  A  tant  de  causes  de  discorde, 
aux  rivalités  de  voisinage,  d'industrie,  de  trafic,  de  domi- 
nation, elle  en  avait  ajouté  une  autre,  plus  nuisible  parce 
qu'elle  était  moins  naturelle,  la  nécessité  de  se  prononcer 
pour  le  pape  ou  pour  l'empereur ,  et  de  combattre  qui- 
conque ne  suivait  pas  la  même  bannière,  fallût-il  déchirer 
son  propre  sein. 

La  cause  supprimée,  l'effet  subsiste  :  quand  il  n'y  a 
plus  d'empereur,  ni  même  de  candidat  à  l'empire,  il  y  a 
encore  des  gibelins ,  espérant  un  nouveau  César,  une 
constitution  féodale,  des  républiques  de  magnats,  s'ap- 
puyant  sur  la  populace,  ne  laissant  point  de  place,  entre 
la  masure  et  le  palais,  pour  les  boutiques  des  marchands. 


<  Du  pape,  p.  220. 

*  Voltaire  va  même  jusqu*à  dire  que  le  seul  sac  de  Milan  par  Rarberonsse 
suffirait  à  celte  justification  (Essai  sur  les  mœurs,  c.  xlviii,  t.  YII,  p.  512, 
éd.  Lahure  in-12). 

'  Sur  les  bienfaits  rendus  à  Tllalie  par  rAllemagne,  Léo  dit  les  choses  les 
plus  étranges,  parmi  lesquelles  la  férité  lui  échappe  quelquefois  (Yoy.  1.  IV, 
c.  IX,  t.  I,  p.  495). 


(Ah.  1268)  SON  EFFET  SUR  LES  PARTIS.  155 

Rêve  chimérique  autant  qu'égoïste!  Quoique  entravé,  le 
trafic  l'emporte  et  avec  lui  les  guelfes ,  cette  bourgeoisie 
laborieuse  qui  attire  à  soi  et  retient  les  humbles  par  le 
travail  qu'elle  leur  donne  et  Taisance  qu'elle  leur  procure, 
qui  a  trop  de  biens  et  déjà  trop  de  lumières  pour  suppor- 
ter la  suprématie  de  la  force  oisive,  avide  et  brutale  des 
grands,  qui  tient  pour  le  pape  et  la  démocralie,  parce 
que  les  grands  tiennent  pour  l'aristocratie  et  l'empereur. 
Ainsi  se  trouvent  relégués  au  second  plan  l'empereur  et 
l'Allemagne,  sauf  aux  plaines  lombardes,  où  la  docilité  à 
la  tjrannie  produit  un  précoce  avilissement.  En  Toscane, 
la  lutte  a  pour  objet,  non  de  se  donner  un  maître,  mais 
d'être  maître  soi-même,  lutte  pleine  de  grandeur  et  de 
noblesse,  malgré  ses  misères  de  détail,  et  à  laquelle  il  ne 
manque,  pour  être  absolument  glorieuse,  que  de  respecter 
mieux  la  liberté  des  vaincus  sous  le  pouvoir  établi  *. 

Maître  absolu  dans  le  midi  par  la  défaite  de  Conradin, 
Charles  d'Anjou  l'était  au  nord,  par  celle  d'Ubcrto  Pala- 
vicino  et  de  Buoso  de  Doara.  Les  villes  de  Lombardie  et  de 
Piémont  le  reconnaissaient  pour  protecteur ,  pour  sei- 
gneur, lui  payaient  Iribut,  recevaient  ses  officiers*.  Mais 
au  centre,  en  Toscane,  l'esprit  indépendant  et  républi- 


*  On  trouve  au  tome  YIII  des  Delizie,  p.  2*21 ,  la  reproduction  d'un  livre 
dit  del  Chiodo  (du  clou).  C'est  la  liste  des  condamnés  à  Florence,  par  $eêii 
et  paroisses,  en  1268  et  1269.  On  n'y  compte  pas  moins  de  trois  mille  ci- 
toyens. 

*  Mediolanenses,  Placentini,  Gremonenses,  Parmenses,  Mutinenses,  Ver- 
cellani ,  Cumanenses  et  alii  plures  de  Lombardia  publiée  juraverunt  fideli- 
tatem  domino  régi  Karulo  cum  pluribus  pactis  et  conventionibus  inter  eos 
initis.  —  Eodem  tempore  de  mense  decembris  Âstenses  federati  sunt  cum 

vigerio régis  Karuli  qui  erat  in  AUm  cum  certa  quantitate  militum 

Provincie  :  cui  ex  pacto  promiscrunt  sibi  dare  pro  tribus  annis  et  4  diebus 
quibus  treugam  fecerunt  15  millia  libra  astensia.  (Chron,  de  rebuê, 
p.  504.) 


i54  POUVOIR  RESTREINT  DE  CHARLES  (An.  1269) 

cain  n'aspirait,  le  danger  passé,  qu'à  secouer  le  joug. 
Clément  IV  ne  s'y  trompait  point.  Aussi,  recommandait-il 
au  roi  de  déléguer  ses  pouvoirs  sur  cette  province  au 
comte  Guido  Guerra,  qui  y  avait  pris  naissance,  qu'on  y 
jugeait  apte  5  la  gouverner  en  s'appuyant  aux  Floren- 
tins, et  à  exercer  les  plus  hautes  fonctions  ^ 

C'était  le  testament  politique  d'un  ponlife  qui,  après 
bien  des  anxiétés,  avait  connu  de  grandes  joies.  Il  mourait 
au  mois  de  novembre  1268.  Le  pouvoir  de  Charles  s'en 
trouvait  augmenté  dans  les  Étals  de  TËglise,  mais  non 
en  Toscane ,  où  il  n'avait  d'autorité  que  pour  nommer 
des  potestals.  Ces  potestats,  il  est  vrai,  lui  jurent  fidélité 
comme  à  l'Église,  et  réservent  toujours,  par  une  sorte  de 
fiction,  les  ordres  royaux,  les  défenses  royales  ;  mais  ils 
s'engagent  à  gouverner  les  villes  selon  leurs  statuts,  à 
faire  vive  guerre  aux  Pisans,  aux  Siennois,  à  Guido  No- 
vello  et  à  Simone  son  frère,  à  leur  refuser  tout  marché, 
tout  tribut,  et,  s'ils  sont  faits  prisonniers,  à  les  détenir 
en  prison  jusqu'à  ce  qu'il  en  soit  autrement  ordonné  par 
le  roi*. 


*  Comitem  Tuscis  qui  tibi  tam  Gdelitcr  quam  utiliter  multo  servivit  tem- 
pore....  Quod  si  forsilan  in  Florenlia  rectorein  Italicum  prout  a  te  cilo  pe- 
tetur,  instiluere  proposueris,  creduni  multi  quod  eo  non  posses  ponere  me- 
liorcm.  Quin  etiam  si  majorem  locum  in  Tuscia  sibi  committercs,  credilur 
quod  in  illo  melius  se  habcret.  (Glem.  IV  ep.  dcc.  Vitcrbe ,  22  sep- 
tembre 1268.  Thn,,  II,  629.) 

*  Le  25  septembre  126iS,  Charles  nommait  Guido  Attoldi  Hardi  des  Bardi, 
polestat  à  Prato  {Cod,  dipL  del  regno,  t.  11,  part,  l,  p.  206).  —  Voici  la 
forme  du  serment  imposé  aux  potestats  de  Toscane  :  <  Quod  onmcs  vicarii 
noslri  et  alie  potestates  et  rectores  de  parte  Eccle&ie  in  Tuscia  ordinandi  ju- 
rare  debeant  super  sancla  Dei  Evangelia  in  manibus  nostri  vicarii  vel  sui 
nuncii  specialis  regere  civitates  et  loca  sibi  commissa  et  homines  eorundem 
ad  honorem  Dei  et  sanctc  Romane  Ecclesic  atque  nostram  ,  et  civitatis  et 
loci  cujus  regimen  exercebunt,  sccundum  jura  et  stnlula  cl  bonos  usus  ci- 
vitatis et  loci,  salvis  mandalis  nostris,  et  quod  Pisanis  cl  Senensibus  intrin- 
secis  et  Guidoni  Novello  et  Symoni  fratri  ejus  et  terris  corum  et  aliîs  adju- 


(Ah.  i269)    SUR  LA  TOSCANE  ET  LES  GUELFES.        155 

Des  guelfes  seuls  avaient  pu  dicler  ce  serment.  L'ob- 
server, c'élait  gouverner  dans  leurs  vues  et  leurs  intérêts. 
Rien  n'était  donc  change  en  Toscane  :  il  n'y  avait  qu'un 
protecteur  de  plus,  un  surcroît  de  force  pour  les  plus 
forts.  Aussi  tout  plie-t-il  devant  eux.  Durant  quelques 
mois  leur  fortune  n'a  pas  d'histoire.  Jusqu'en  juin  1269, 
il  n'est  nulle  part  mention  de  Florence.  Ils  y  ont  tout 
loisir  de  mieux  asseoir  leur  gouvernement,  de  réchauffer 
leurs  haines,  de  préparer  des  expéditions.  Désormais, 
ils  sont  en  quelque  sorte  Florence  même,  et  ils  lui  ouvrent 
de  plus  larges  horizons.  Ils  ne  se  contentent  plus  d'assu- 
rer la  libre  circulation  de  ses  marchandises,  ou  même 
d'étendre  son  territoire  dans  des  proportions  modestes, 
aux  dépens  des  municipcs  voisins.  Ils  pensent  à  lui  don- 
ner des  sujets,  à  la  transformer  de  commune  en  État. 

Après  avoir  englouti  les  petites  cités ,  il  ne  restait  aux 
grandes  qu'à  s'entre-dévorer ;  mais  pour  aucune,  pas 
même  pour  Florence,  ce  n'était  une  facile  entreprise. 
Malgré  sa  supériorité  croissante,  Florence  ne  pouvait 
encore  attaquer  de  front  ni  Pise,  ni  même  Sienne,  où  ses 
proscrits,  et  à  leur  tête  Guido  Novello,  s'étaient  réfugiés. 
Elle  pouvait,  du  moins,  attirer  ses  ennemis  hors  de  leur 
repaire,  et  c'est  ce  qu'elle  entreprit  en  attaquant  Poggi- 
bonzi,  dont  la  défection  avait  naguère  blessé  l'orgueil  du 
peuple  florentin. 

A  Sienne,  depuis  Montaperti,  dominait  l'énergique, 
l'altier  Provenzano  Salvani.  Il  y  était,  dit  un  témoin  ocu- 

toribus  corum  fncicnt  vivain  guerrain,  et  quod  non  habcbunt  cum  eis 
paccm  vel  tregnam  absquc  spcciali  noslra  licentia  vel  mandato,  ncc  permit  • 
tent  eis  niercatum  fieri  vel  apportuni,...  et  captos  in  cnrcerc  dctinebunt, 
nec  eos  dimiltent  absquc  noslra  licentia  ot  mandato.  (Acte  du  19  jnn- 
yier  1272,  à  Capoue.  Ibid.,  p.  SOfi  noie.) 


i56  NOUVELLE  GUERRE  (Ah.  1269) 

laire,  comme  le  maître ^  Jamais  il  n'avait  plié  devant 
Charles,  même  au  lendemain  de  Bénévent  et  de  Taglia- 
eozzo.  Bizarre  autant  que  dévoué,  on  l'avait  vu,  pour  sau- 
ver un  ami  condamné  par  ce  prince  à  payer  une  rançon 
de  dix  mille  écus,  ou  à  avoir  la  tête  tranchée,  étendre 
un  tapis  sur  la  place  publique  et  solliciler  la  charité  de 
ses  concitoyens*.  Avec  ses  exilés,  ses  Pisans,  ses  Alle- 
mands, ses  Espagnols,  il  disposait  de  quatorze  cents  ca- 
valiers et  de  huit  mille  fantassins.  Résolument,  il  prit 
l'offensive,  dont  il  sentait  les  avantages.  L'attaque  que 
les  Florentins  préparaient  contre  Poggibonzi ,  il  la  porta 
contre  Colle,  où  les  bannis  de  Pise  et  de  Sienne  étaient 
venus  chercher  un  abri.  Le  vendredi  soir,  14  juin,  la 
nouvelle  en  parvint  à  Florence.  Dès  le  samedi  matin, 
ordre  était  envoyé  à  Neri  Bardi,  capitaine  du  Val  d'Eisa, 
de  ne  pas  soutenir  la  lutte  avec  ses  deux  cents  cavaliers, 
mais  d'attendre  des  renforts.  En  même  temps,  la  cloche 
de  la  commune  appelait  aux  armes  les  habitants  de  trois 
sestieri.  Ils  devaient  se  trouver  réunis  sous  leurs  ban- 
nières respectives,  quand  aurait  cessé  de  brûler  la  chan- 
delle qu'on  avait  placée  en  avant  de  la  porte  par  où  ils 
devaient  marcher  à  l'ennemi. 

«  Ils  y  marchèrent,  dit  Paolino,  au  pas  de  course.  La 
plupart  portaient  des  guirlandes  sur  la  tête.  Jamais  Floren- 
tins n'allèrent  si  joyeusement  au  combat'.  »  Ils  étaient 


'  Qui  erat  quaii  Senensium  dominus.  (Minoritœf  etc.,  loc.  cU,,  p.  665.) 
Ce  mot  tranche  la  question  du  rôle  de  IVovenzano,  car  le  Minorité  était 
alors  à  Sienne ,  comme  il  le  dit  au  même  endroit.  Provenzano  n'avait  donc 
ni  la  dictature,  ni  la  tyrannie,  mais  il  était  le  premier  citoyen  de  Sienne, 
et  il  jouissait  d'une  grande  autorité. 

*  Âmmirato,  l.  II,  t.  f,  p.  145-144. 

'  E  puose  la  candela  alla  porta  di  Piazza,  c  fu  bando  il  piede  che  neuno 
di  quelle  tre  sestora  si  lasciasse  trovare  dopo  la  candela  arsa,  avvegnachà  non 


(An.  1269)  ENTRE  SIENNE  ET  FLORENCE.  157 

pleins  de  contiance  en  eux-mêmes  el  dans  les  deux  cents 
Français,  leurs  alliés,  que  conduisait  le  vicaire  de 
Charles,  Jehan  Britauz  ou  Berlauld,  seigneur  d'Hangest, 
«  un  tout  pelit  homme,  mais  de  grand  courage*.  »  En- 
semble, ils  formaient  à  peine  quatre  cents  cavaliers*. 
Sans  allendre  les  milices,  qui  suivaient  de  loin,  ils  pour- 
suivirent leur  roule,  et,  le  dimanche  soir,  ils  arrivèrent 
à  rimprovisle  devant  Colle,  où  Provenzano  n'avait  pris 
aucune  mesure  pour  empêcher  leur  jonction  avec  Nerî 
Bardi. 

Cette  Taute  commise,  il  fallait  à  (out  prix  la  réparer. 
Le  chef  siennois  leva  son  camp,  et  se  mit  en  mesure  d'oc- 
cuper une  plus  forte  position.  Mais,  dès  le  lendemain, 
1 7  juin  %  Jehan  Britauz  profitait  du  désordre  où  ce  dépla- 
cement mettait  les  ennemis.  Passant  un  pont  qu'ils  au- 
raient dû  couper  derrière  eux,  il  le  coupa  lui-même, 
afin  d'ôter  aux  siens  toute  idée  de  retraite,  témérité  que 
les  auteurs  condamnent  \  et  qui  pourtant  lui  donna  la 


era  bisogno  bando,  che  mai  non  s'andô  in  oste  più  volentieri,  che  daddo- 
▼ero  la  più  parte  cominciavano  a  correre  incontanente  che  li  lucivano  délia 
porta,  e  i  più  vi  portavano  ghirlanda....  (Paolino,  II,  31-52.) 

*  Villani  (VU,  31)  et  Paolino  (loc.  cit.)  rappellent  Giambertaldo  ;  Ammi- 
rato  (1.  Iir,  p.  143),  Brictaudi,  signor  dMIangeo.  —  Il  ne  figure  ni  dans  la 
liste  des  0 faciales  forenses^  ni  dans  celle  de  Paolino.  —  C'est  le  Minorité 
qui  rappelle  i  militia  streouus,  corpore  quidcm  parvus,  sed  mente  magna- 
nimus.  •  (Loc.  cit.^  p.  663.) 

*  Les  chroniqueurs  disent  800  hommes  ;  mais  nous  pensons  que  c*est 
déjà  beaucoup  que  de  supposer  les  Florentins  égaux  par  le  nombre  aux 
Français,  en  présence  de  ces  paroles  d*un  contemporain  :  «  Guin  ducentis 
militibus  gallicis  et  quibusdam  Florentinis  militibus  guelfis.  »  (Minorilœ 
flor,^  etc.,  loc.  cit.,  p.  663.) 

'  La  date  et  les  jours  sont  par  extraordinaire  exactement  indiqués  par 
les  chroniqueurs.  En  1269,  le  jour  de  Pâques  étant  le  24  mars,  le  17  juin 
était  bien  un  lundi. 

^  E  tutto  che  non  fos^e  tenuta  savia  impresa  ne  proveduta  capitaneria  di 
guerra.  (Villani,  VU,  31.) 


158  VICTOIRE  DES  FLORENTINS  ET  DES  FRANÇAIS.  (An.  1269) 

vicloire.  Sans  pitié  pour  ces  Allemands  qui,  Tannée  pré- 
cédente, taillaient  en  pièces  ses  compagnons  à  Laterina,  il 
avait  urdonné  de  ne  pas  faire  de  prisonniers*.  Guido  No- 
vello,  toujours  «  prudent  devant  le  danger*,  »  parvint  à 
s'enfuir.  Moins  jaloux  de  vivre,  Provenzano  trouva  la 
mort  sur  le  champ  de  bataille.  Sa  tête  fut  coupée  et  pro- 
menée dans  tout  le  camp  au  bout  d'une  lance.  Ainsi  se 
vérifia,  dit  Tronci,  la  prédiction  que  le  Démon  lui  avait 
faite,  que,  dans  ce  combat,  sa  tôle  serait  la  plus  haute  du 
camp*.  » 

Si  les  Florentins  eussent  attendu,  pour  combattre, 
l'arrivée  de  leurs  milices,  ce  succès  sans  portée,  prétendue 
revanche  de  Montaperti*,  aurait  pu  être  un  désastre  pour 
les  Siennois.  Il  ne  fut  qu'une  humilialion.  Jehan  Britauz 
rentra  dans  Florence  avec  le  poteslat  et  les  gens  de  pied 
qui  l'avaient  rejoint  à  Barberino.  Traînant  à  terre  les 
enseignes  conquises ,  il  emmenait  captifs  un  certain 
nombre  d'ennemis  non  Allemands,  car  aux  Allemands 
seuls  il  refusait  quartier*,  et  il  faisait  trophée  du  carroccio 


^  Ësseado  tutti  gli  ailri  tagliali  a  fil  di  spada,  perché  non  s'atlese  a  far 
prigioni.  (Tronci,  1369,  p.  t!27.)  Le  Minorité  donne  1500  cavaliers  à  Pro- 
venzano, la  plupart  Allemands,  dont  500  auraient  été  tués  et  autant  blessés. 
C'est  peu  vraisemblable. 

'  Holto  cauto  ne'  pericoli  a  rilirarsi  in  sicuro.  (Âmmirato,  l.  UI,  p.  144.) 
—^  Cuutissimo  cavalière  ne'  pericoli  per  ritirarsi  in  sicuro.  (Tronci,  ibid.) 
Le  témoignage  de  Tronci  est  accablant ,  parce  que  c'est  celui  d'un  Pisan  , 
d'un  gibelin,  d'un  ami.  —  Par  une  singulière  inadvertance,  M.  Bonaïni  con- 
fond ici  Guido  Novello  avec  Guido  Guerra  (Gion,  stor.  degli  arch.  tosc, 
t.  UI,  p.  83). 

'  E  si  verifico  in  lui  la  predizione  fattali  dal  Demonio,  il  quale  mentila- 
mcnle  gli  disse  che  la  sua  testa  sarebbe  stata  la  più  alta  del  campo  in  quell' 
abbatimento.  (Tronci,  ibid^)  Cf.  Minoriiœ,  etc.,  p.  663. 

^  La  città  di  Siena....  ricevette  maggior  danno....  in  questa  isconfitla 
che  non  fece  Firenze  a  quella  di  Montaperli.  (Villani,  VU,  31.) 

'  Avec  une  précision  suspecte,  Paolino  (U,  32)  dit  1644  prison- 
mers. 


(An.  i'269  NOUVELLE  CAMPAGNE  COMMUNE.  159 

de  Sienne,  que  protégeait  contre  les  outrages  accoutumés 
rimage  peinte  de  la  Vierge,  son  principal  ornement*. 

Selon  un  témoignage  contemporain,  le  sire  d'Hangest 
aurait  pu  proflter  mieux  de  la  victoire.  «  J'étais  alors  à 
Sienne,  écrit  un  frère  mineur  florentin,  dont  les  brefs 
mais  expressifs  récits  sont  si  précieux  pour  ce  temps-là. 
Un  tel  effroi  avait  saisi  les  fuyards,  qu'ils  cherchèrent  un 
refuge,  non  dans  la  ville,  mais  en  d'autres  lieux,  de 
divers  côtés.  Si  Jehan  Britauz,  en  les  poursuivant,  eût 
paru  devant  les  murailles,  il  ne  se  fût  trouvé  personne 
pour  les  défendre.  Celle  victoire  abattit  à  ce  point  les 
gibelins,  qu'ils  ne  s'en  relevèrent  jamais*.  »  Le  chroni- 
queur, ici,  est  dupe  de  ses  premières  impressions.  De  faute 
commise,  il  n'y  en  eut  qu'une,  celle  d'attaquer  sans  at- 
tendre lesmilices.  Le  reste  en  était  la  conséquence  forcée. 
La  victoire  n'avait  été  qu'une  surprise,  et  la  surprise  avait 
produit  une  panique.  Mais  les  paniques  ne  durent  point, 
surtout  quand  ceux  qui  s'y  abandonnent  peuvent  se  rallier 
derrière  de  forts  remparts.  Rentrer  à  Florence  fut  donc 
un  acte  prudent,  peut-être  nécessaire.  Il  fallait,  en  effet, 
reprendre  des  forces ,  épier  l'occasion  de  fondre  à  Tim- 
proviste  sur  d'autres  ennemis. 

Elle  se  présenta  au  mois  de  seplembre  suivant.  Une 
expédition  fut  dirigée  contre  le  château  d'Ostina,  que  les 
Pazzi  du  val  d'Arno,  gibelins  impénitents,  avaient  poussé 
à  la  rébellion.  Il  fut  pris  et  rasé  selon  l'usage'.  De  là,  le 
vicaire  de  Charles  courut  défendre  les  Lucquois  contre 

^  SaWo  che  la  carroccia  non  si  strascicè,  che  v'era  entro  dipintala  nos- 
tra  donna.  Quella  si  recô  a  San  Giovanni.  (Paolino,  U,  32.)  —  Cf.  Villani, 
VU,  3i.  —  Ammirato,  1.  IH,  t.  I,  p.  143.  —  Andréa  Dei,  R.  I.  S.,  t.  XV, 
36.  —  Muratori,  Ann,  éTItaL,  1269. 

•  Minoi'Uœ,  etc.,  loc.  cit,^  p.  663. 

'  Villani,  VU,  53.  —  Paolind,  H,  52.  —  Ammirato,  I.  Ul,  t.  I,  p.  U4. 


160  EXIGENCES  DES  TOSCANS  (An.  i269) 

les  Pisans,  qui  n'osèrent  point  sortir  de  derrière  leurs 
murailles.  Il  dévasta  tout  le  pays  et  s'empara  du  château 
d'Âsciano^  Les  malheurs  d'une  année  exceptionnelle 
furent  un  insurmontable  obstacle  à  de  plus  sérieuses  en- 
treprises. 

En  avril,  la  neige,  la  gelée  avaient  brûlé  les  vignes,  et 
des  vents  impétueux  déraciné  les  arbres.  Des  myriades 
d'oiseaux  et  d'insectes,  passant  sur  l'Italie,  y  avaient  ravagé 
les  champs.  Arrachée  du  sol  par  im  tremblement  de  terre 
sans  pareil,  la  montagne  d'Ancône  s'é(ait  abîmée  dans  la 
mer*.  Depuis  l'automne,  des  pluies  diluviennes  noyaient 
le  pays.  La  moitié  de  Florence  était  dans  l'eau.  Les  bois 
qu'entraînait  l'Arno  dans  sa  course  furibonde,  brisaient, 
emportaient  les  ponts  de  la  Trinité  et  de  la  Carraja.  La 
disette,  conséquence  obligée  de  ces  catastrophes,  achevait 
de  ruiner  la  Toscane.  Volterre  envoyait  des  ambassadeurs 
exposer  au  sire  d'Hangest  qu'elle  ne  pouvait  plus  payer 
leur  solde  aux  hommes  de  la  taglia^  et  qu'elle  lui  laissait 
la  garde  de  ses  remparts'.  Les  magistrats  florentins  se 
déclaraient  par  écrit  prêts  à  entretenir  une  nouvelle  mi- 
lice de  cent  cavaliers ,  mais  résolus  à  ne  plus  payer  l'an- 
cienne, à  ne  plus  fournir  le  même  nombre  d'hommes  que 
par  le  passé\  Allant  plus  loin,  ils  exprimaient  hardiment 
le  vœu  que  le  vicaire  du  roi  fût  Italien  de  naissance, 
prévoyant,  discret,  probe,  fidèle,  et  surtout  qu'il  sût  se 
contenter,  pour  ses  dépenses  et  dommages,  des  gages  et 


'  Minorita,  Yillani,  Paolino,  Âmmirato,  loc.  cit. 

*  Yillani,  VU,  35.  —  Ainmiialo,  l.  Hl,  l.  1,  p.  144.  —  Sigonio,  Opéra 
omnia,  t.  II.  De  regno  Italiœ,  I.  XX,  ann.  1269.  —  Muratori,  Ann.  d'Ila- 
Ha, 1269. 

>  Cecina,  Notizie  di  Volterra,  p.  64,  ann.  1269. 

«  20  décembre  1269.  Arch.  di  stalo,  CapitoH,  XXXV,  7  r*.  Doc.  publié 
par  Saint-Priest,  III,  589,  Âppend. 


A>.  \rtO)  ENVERS  CHARLES  D'ANJOU.  iCl 

des  allocations  supplémenlaires  que  fixaient  les  statuts  \ 
Le  royal  orgueil  de  Charles  en  saignait;  mais,  «  potestat 
de  Florence*,  »  il  accédait  politiquement  h  cette  demande, 
«  pour  conserver  le  droit  et  l'honneur  de  la  commune 
contre  les  Pisans,  les  Siennois  envahisseurs,  les  gibelins, 
les  exilés,  les  infidèles  et  traîtres  habitants  de  Poggibonzi. 
Avec  l'aide  de  Dieu  et  de  Florence,  écrivait-il,  nous  nous 
proposons  de  leur  faire  une  vive  guerre,  jusqu'à  ce  qu'ils 
se  repentent  de  leurs  actes,  et  que  les  Florentins  tirent 
des  leurs  honneur  et  avantage.  Tant  que  vous  ferez  contre 
eux  ce  que  vous  pouvez  et  devez  faire,  ils  n'obtiendront 
jamais  une  paix  qui  ne  soit  honorable  pour  nous,  accep- 
table et  agréable  pour  vous*.  » 

C'était  bien  de  l'humilité  pour  le  plus  fier  sire  des 
fleurs  de  lis.  Mais  il  mesurait  son  langage  à  ses  forces  et 
à  ses  desseins.  S'il  voulait  combattre  les  villes  gibelines, 
il  ne  pouvait  s'aliéner  les  villes  guelfes.  Il  ne  pensait 
d'ailleurs  qu'à  tenir,  sans  danger  pour  son  pouvoir,  sa 
promesse  de  rejoindre  le  roi  de  France  sur  la  plage  de 
Tunis.  Avant  tout,  il  devait  donc  garantir  sa  flotte,  à  l'al- 
ler et  au  retour,  d'une  agression  des  flottes  pisanes.  Il 
s'avança  vers  le  nord  avec  un  grand  appareil  militaire. 
C'était  pour  lui  le  vrai  chemin  de  l'Afrique.  A  Rome,  il 
reprit  la  dignité  de  sénateur,  qu'avait  dû  abandonner 
le  Castillan.  En  d'autres  temps  il  eût  jeté  son  épée  dans 

*  Vicarium  ^talicum,  yirum  providum,  discrelum  et  fidelem,  cujus  de- 
votionem,  fidem  et  probitatem  ia  magnis  factis  nostris  cognovimus  finniter 
ab  cxperto  Tobis  concessimus  secundum  quod  Yestra  postulatio  continebat  » 
et  Yolumus  quod  sit  contentus  salario  et  expensis  et  emendis  prout  in  ipsius 
cmtatis  statutis  plenius  continetur.  (Lettre  de  Charles,  Naples,  A  jan- 
▼ier  1270.  Cod.  dipl.  del  regno,  t.  H,  part.  I,  p.  117.) 

*  <  Potestas  Florentie,  >  lit-on  en  tête  de  la  lettre  arec  ses  autres  titres. 
(/M.,  p.  116.) 

»  Ibid,,  p.  116. 

HIST.   DB  PLORBIICK.  — U.  H 


162  CHARLES  D  ANJOU  EN  AFRIQUE.  (An.  1270) 

les  balances  du  conclave,  qui  s'attardait  à  peser  les  mé- 
riles,  pour  donner  un  successeur  à  Clément  IV.  Mais  il 
passa  outre.  Déjà  l'imagination  des  guelfes  de  Toscane 
voyait  en  ruines  la  cité  puissante  qui  les  tenait  en  échec. 
Pise  para  le  coup  qui  la  menaçait.  Ses  ambassadeurs  se 
vinrent  humblement  jeter  aux  pieds  du  roi, et  le  roi, qui 
savait  calculer,  flt  fléchir,  celte  fois,  les  conseils  de  la  ri- 
gueur. Avec  les  Pisans,  il  conclut  une  alliance  qui  les 
obligeait  à  le  soutenir  dans  son  entreprise  de  Barbarie*, 
à  tenir  deux  mois  par  an  cinq  galères  à  sa  disposition, 
enlin  à  ne  plus  exercer  leur  domination  sur  San  Mi- 
niato*. 

Ces  conditions  étaient  trop  douces  pour  n'être  pas  ac- 
ceptées avec  empressement,  observées  avec  scrupule. 
Charles  put  gagner  sans  crainte  cette  plaine  empestée 
de  Carthagequi  avait  déjà  tué  par  ses  tourbillons  de  sable 
embrasé,  par  la  putréfaction  des  nombreux  cadavres 
dont  elle  restait  couverte,  le  légat  apostolique,  le  comie 
de  Nevers,  fils  de  Louis  IX,  et  Louis  IX  lui-même.  Il 
trouva  son  vertueux  frère  «  tout  chaud,  car  l'esprit  s'en 
étoil  tout  maintenant  issu'.  »  Par  son  arrivée,  par  ses 
rares  talents,  il  sauva  peut-être  les  croisés,  il  rétablit  du 
moins  leur  supériorité  compromise,  se  montrant  tou- 
jours, malgré  bien  des  défauts  et  des  torts,  digne  de  ce 
titre  de  roi  qu'il  ne  tenait  pas  de  sa  naissance,  mais  que 
la  politique  pontificale  lui  avait  donné. 

Durant  son  expédition,  Guy  de  Montfort  le  remplaçait 


*  Malavolli,  pari.  H,  l.  H,  f  o9. 

^  Guido  de  Corvaria,  Historiœ  Pisanœfrcujtnenta  (R.  I.  S.,  l.  XXtV^  670). 
—  Tronci,  AnnalipiMni,  1269,  p.  226. 

'  Guillaume  de»  Nnngis,  Hi$toire  de  Philippe  UL  ap.  Uiii,  de  la  France, 
XX.  467. 


(An.  I5i70)  GUY  DE  MONTFORT  SON  VICAIRE  EN  TOSCANE.  163 

en  Toscane,  avec  le  titre  de  vicaire  général  et  la  mission 
d'enlever  aux  gibelins  leurs  derniers  poinis  d'appui.  Les 
Florentins  s'y  prêtaient  de  leur  mieux.  Sur  Tordre  de 
Monlfort,  ils  détruisaient  les  châteaux  de  Piandimezzo  et 
de  Ristuccioli^,  où  la  puissante  famille  des  Pazzi  renou- 
velait, en  juin  1270,  la  rébellion  tentée  et  réprimée  à 
Oslina  l'année  précédente*.  Lui-même  il  marchait  contre 
Poggibonzi,  «  pierre  de  scandale  en  Toscane,  »  par  l'a- 
sile obstinément  donné  aux  proscrits.  En  partant,  le  roi 
avait  laissé  l'ordre  de  détruire  cet  odieux  nid  de  rebelles, 
si,  dans  le  délai  de  quinze  jours,  les  habitants  ne  l'avaient 
détruit  de  leurs  propres  mains'.  Après  avoir  pris  la 
place  d'assaut,  Montfort  dut  faire  accomplir  sous  ses 
yeux  cette  tâche,  se  bornant,  du  reste,  selon  l'usage,  à 
démanteler  les  remparts,  à  y  ouvrir  une  brèche.  Le  mal 
était  bientôt  réparé  sans  doute;  car,  trois  ans  plus  tard, 
en  1273,  Poggibonzi,  toujours  debout,  refusait  encore 
d'ouvrir  ses  portes  à  ses  exilés  guelfes,  et  plutôt  que  de 
recommencer  un  siège,  le  roi,  si  puissant  dans  son 
royaume,  autorisait  ceux-ci  à  construire  des  maisons 
dans  la  plaine,  au  pied  de  la  colline,  si  toutefois  le 
parti  guelfe  à  Florence  le  permettait*. 
Quoi  qu'il  en  soit,  Pise  réconciliée  et  Poggibonzi  pour 


^  Pian  di  Mezzo  et  Pian  ira  Vigne,  même  localité,  deux  châteaux,  val 
d^Ârno  supérieur,  pays  d'Arezzo  (Repetti,  IV^  185).  —  Ristuccioli,  même 
conirée  (ibid.,  p.  779). 

«  Yillani,  VU,  37.  —  Ammiralo,  1.  lll,  l.  I,  p.  145. 

'  Coppi,  Annali  e  meînorie  d'uomini  illMridi  San  Gemignano,  p.  150. 
Inghirami,  Vf,  467. 

^  Le  diplôme  est  daté  de  Sienne,  16  août  1275.  Voy.  Cod,  dipl.  del  rc- 
gno^  t.  Il,  part.  I,  p.  117  note.  ~  C'est  Sans  doute  ce  fait  mal  inlerprctc 
qui  fait  dire  aux  chroniqueurs  que  Montfort  contraignit  les  habitants  qui  ne 
▼calaient  pas  cmigrer  dans  d'autres  villes,  à  s'établir  au  pied  de  la  col- 
line. 


104  l'AlX  AVEC  SIENNE.  (Ak.  V2l{)) 

le  momcnlaballue,  Sienne  ne  pouvait  différer  longtemps 
sa  soumission.  Montfort  sut  la  lui  rendre  facile*.  Les 
nouvelles  de  Tunis  lui  commandaient  de  hâter  le  dénoû- 
ment,  sans  l'imposer  par  la  force.  Que  le  roi  vînt  à 
mourir  après  tant  d'autres,  qu'il  subît  seulement  un 
grave  échec,  tout  pouvait  être  changé  en  Toscane.  Le 
4  août  1270,  malgré  quelques  fanatiques,  ardents  à 
faire  de  Sienne  une  nouvelle  Sagonte,  furent  conclus 
les  accords  de  la  paix*.  Ils  contenaient  une  clause  sin- 
gulière. Le  roi  et  son  vicaire  ne  devaient  entrer  ni  rési- 
der avec  leurs  gens  dans  la  ville,  avant  qu'elle  eût  re- 
formé son  gouvernement,  rappelé  ses  exilés,  rétabli  la 
concorde,  à  moins  que  cette  réforme  ne  se  fit  attendre 
plus  de  trois  mois'.  On  ne  l'attendit  pas  douze  jours. 
Le  15  août,  les  guelfes  siennois  rentraient  dans  leur  pa- 
trie ;  la  magistrature  des  vingt-quatre  et  celle  des  douze 
buoni  nomini  n'en  formaient  plus  qu'une  seule,  mi- 
partie  de  nobles  et  de  bourgeois,  sous  ce  titre  désormais 
consacré  :  les  trente-six  gouverneurs  de  la  ville  et  de  la 
commune  de  Sienne*.  Des  deux  paris  on  se  ruait  à  la 
paix  avec  un  égal  empressement. 
Reçu  avec  autant  de  reconnaissance  que  de  pompe 

^  S'interpose  pmdentementc  a  (ratlar  quella  pace,  et  havendola  con  sin- 
glilnr  dcstrezza  coiichiiisa.  (Malavolti,  part.  IF,  1.  IF,  f  59  ▼*.) 

*  Voy.  le  doc.  dans  Saint-Priest,  IV,  246,  Append.  Cf.  Malavolti. 

'  Che  il  re  c  suc  vicario  non  possano  entrare  e  stare  liberamente  colla 
loro  génie  nclla  ciltà  di  Siena,  finchè  la  ciltà  predelta  non  sia  riformata  di 
poteslâ  e  copitano  di  popolo,  e  gli  usciti,  e  quelli  di  dentro  non  saranno  in 
concordia  ,  che  sia  riformata.  —  Sintenda  che  la  detta  riforma  sia  fatta  di 
qui  a  tre  mesi,  passati  i  quali,  falla  o  non  f:itta  questa  riforma,  possa  il  ro  ed 
il  suo  vicario  entrare  nella  detta  città.  (4  agosto  1270.  —  Copia  fatta  in 
Viterbo  nel  1271,  il  29  di  marzo,  (la  Giovanni  di  Paganello  notaro, 
—  Ap.  Saint-Priest,  IV,  247,  Append.) 

^  Triginta  sex  gubernatorcs  civitatis  et  coiiimunis  senesis.  (Malavolli, 
part,  il,  l.ll,  f  40r'.) 


(Aw.  1270)  LIGUE  GUELFE  EN  TOSCANE.  105 

dans  une  ville  qu'il  avait  ménagée,  quoique  l'isolement 
la  mît  à  sa  merci,  récompensé  de  ses  bons  oflSces  par  un 
don  de  seize  cent  vingt-cinq  livres  valant  mille  florins 
d'or  et  par  les  riches  présents  prodigués  à  sa  suite  *, 
le  vicaire  royal  complétait  son  œuvre  en  formant  une 
ligue  guelfe  où  entrèrent  Florence,  Sienne,  Fisc,  Pisloia, 
Volterre,  San  Miniato,  d'autres  villes  encore.  Cette 
ligue  eut  plus  de  durée  que  les  précédentes:  c'est  que 
par  terre  ou  par  mer,  les  rois  de  la  maison  d'Anjou  pou- 
vaient à  l'improvisle  et  rapidement  s'élancer,  de  Naples, 
contre  qui  violerait  la  foi  jurée,  pour  le  mettre  à  la  rai- 
son*. Les  guelfes  forcenés  auraient  voulu  que  les  villes 
si  longtemps  gibelines  fussent  soumises,  non  alliées: 
exempt  de  leurs  passions  locales,  le  violent  Montfort  eut 
plus  de  modération'.  Être  ramenés  parfois  à  l'équité, 
malgré  eux,  c'était  le  plus  clair  bénéfice  que  les  Toscans 
trouvassent  à  vivre  sous  des  chefs  étrangers. 

Mais  la  paix,  en  ces  temps-là,  n'était  jamais  qu'une 
apparence.  Contre  d'implacables  rancunes,  conlre  des 
rivalités  ou  des  ambitions  sans  trêve,  le  vicaire  royal  se 
voyait  impuissant.  Lucques  guerroie  contre  les  gibelins 
de  Montecatini.  San  Gemignano,  une  bourgade  à  peine 


*  Les  députés  chargés  de  bien  recevoir  à  Sienne  le  vicaire  Guy  de  Mont- 
fort  sont  autorisés  à  dépenser  600  florins  d*or  (Cons.  délia  Campana^  Xlfl, 
74,  28  novembre  1270).  —  Nouvelle  autorisation  de  ce  genre  pour  régaler 
les  magnats  et  barons  de  la  cour  du  roi ,  et ,  en  même  temps ,  démarches 
auprès  de  Charles  pour  obtenir  de  lui  des  privilèges  (30  décembre  1270. 
Ibid.j  p.  111).  A  ce  moment,  tous  les  actes  de  Sienne  montrent  une  sou« 
mission  absolue. 

*  Malavolti,  loc.  cit.  Cet  auteur,  étant  siennois,  mérite  créance  quand  il 
affirme  la  gratitude  de  sa  patrie. 

'  Carlo  provô  non  piccol  disturbo  dai  capi  di  parte  guelfa,  poichè  avendo 
questi  in  testa  di  domar  la  alterigia  de'  Pisani,  si  dolsero  fortemente  di 
quella  unioue.  (Fioravauti,  p.  251.  —  inghirami,  YI,  470.) 


166  GUY  DE  MONTFORT  COMPROMET  (An.  1271) 

fortifiée,  respire  la  révolte'.  Sienne  est  agitée  depuis  le 
retour  de  ses  guelfes*.  Montfort  commandait  à  Florence, 
quand  on  y  tranchait  la  lele  à  cinq  notables  gibelins, 
dont  Âzzolino  des  Uberti,  fils  du  grand  Farinata,  et  ces 
rigueurs  ne  surprenaient  personne,  pas  même  les  victi- 
mes. c(  Nous  allons  payer  une  délie  que  nous  ont  laissée 
nos  pères,  »  disait  philosophiquement  Azzolino'.  S'il  était 
un  gibelin,  pourtant,  qui  pût  croire  ses  dettes  payées, 
c'était  bien  celui  dont  le  père  avait  sauvé  Florence  d'une 
ruine  certaine  ;  mais  ces  marchands,  si  experts  à  ba- 
lancer le  doit  et  l'avoir  sur  leurs  livres  de  comptes,  ne 
sentirent  jamais  qu'il  fût  monstrueux,  dans  la  vie  poli- 
tique, de  réclamer  deux  fois  le  payement. 

Ce  fut  bien  pis  encore  quand,  par  leurs  imprudences 
et  leurs  fautes,  Montfort  et  son  roi  eurent  compromis  leur 
autorité.  A  Viterbe  où  il  s'était  rendu  pour  baiser  la 
main  de  son  maître,  un  jour,  dans  l'église,  pendant  la 
messe,  au  moment  où  le  prêtre  élevait  l'hostie,  Montfort 
avait  «  percé  au  sein  de  Dieu,  comme  dit  Dante,  le  cœur 
qui  saigne  encore  sur  la  Tamise*,  »  celui  d'un  prince 
anglais,  fils  de  Richard  de  Cornouailles  et  neveu 
d'Henry  III.  Pour  venger  son  père  Simon,  comte  de 
Leicester,  tué  à  la  bataille  d'Evesham,  le  1""*  août  1265, 

'  Coppi,  Annali  di  San  Gemignano,  1.  111,  p.  153. 

«  MalavoUi,  part.  H,  1.  FIF,  P*'  41,  42. 

>  ViUani,  Vil,  35.  —  Paolino,  II,  29.  —  La  date  de  cet  incident  nast  pas 
bien  fixée.  Paolino  le  met  au  8  mai  1268;  Villani  en  mai  1270;  mais  il 
brouille  toute  la  chronologie  de  cette  année,  et  Paolino  lui-même  avoue  qu'il 
n^est  pas  sûr  de  son  fait.  Trois  gibelins  furent  décapités  ;  un  quatrième, 
nommé  Conticino,  obtint  grâce  de  la  vie,  à  cause  de  son  jeune  âge  et  parce 
que  Ruggieri  Rosso  des  Adimari  voulait  faire  de  lui  son  gendre;  mais  il  alla 
languir  et  mourir  dans  la  tour  de  Capoue  (voy.  Paolino,  II,  29,  30). 

^  Celui  fesse  in  grembo  a  Dio 

liO  cor  cir  in  Tamigi  nncor  si  cola. 

•/«/•.,  XFI,  110.) 


(An.  1271)  SON  AUTORITÉ  ET  CELLE  DU  ROL  107 

et  traîné  dans  la  boue  par  les  royalistes*,  pour  se  venger 
lui-même,  car  ce  champ  de  bataille  Tavail  vu  aussi 
tomber  percé  de  coups,  il  frappait  un  simple  cousin  du 
vainqueur,  moins  responsable  encore  que  le  vainqueur 
lui-même  d'accidents  qui  sont  le  destin  des  combats. 
L'avoir  renversé  mort  suffisait  à  sa  vengeance,  conforme 
aux  idées  d'un  temps  qui  étendait  à  tout  membre  de  la 
famille  ennemie  l'odieuse  peine  du  talion  ;  mais  ses  amis 
lui  rappelant  que  «  son  père  avait  été  traîné,  »  il  rentrait 
aussitôt  dans  l'église,  prenait  par  les  cheveux  le  cadavre, 
et  le  traînaitsur  les  dalles  jusqu'au  dehors.  «  Sacrilège, 
homicide,  dit  Yillani,  il  s'en  alla  sain  et  sauf  dans  la 
Maremme,  sur  les  terres  du  comte  Rosso  dell'Ânguillara, 
son  beau-père  *.  » 

Du  coup  son  autorité  était  perdue,  même  pour  son 
maréchal,  qui  le  remplaçait.  Charles  d'Anjou,  de  son 
côté,  avait  compromis  la  sienne,  en  le  laissant  s'éloigner, 
sans  donner  seulement  ordre  de  le  saisir  ou  de  le  pour- 
suivre. Edouard  d'Angleterre  et  Philippe  le  Hardi,  re- 
venant de  la  croisade  pour  prendre  possession  de  leurs 
trônes  respectifs,  quittaient  précipitamment  Viterbe  et 
la  sanglante  cour  qu'y  tenait  le  roi  de  Sicile.  Sa  conni- 
vence criminelle  avec  le  sacrilège  avait  déterminé,  après 
trois  ans  de  conclave,  l'exaltation  d'un  pape  qui  n'étail 
point  sa  créature,  Tebaldo  Visconti,  archidiacre  de  Plai- 
sance, qui  prit  le  nom  de  Grégoire  X. 

Ce  saint  mais  faible  vieillard  était  alors  en  Palestine. 
Forcé  d'en  revenir,  il  ne  rêvait  que  d'y  envoyer  l'Europe. 

*  Guy  était  le  quatrième  fils  de  Simon,  qui  appartenait  à  Paristocratie  an- 
glaise par  sa  mère  et  en  défendait  les  privilèges. 

«  Villani,  VII,  59.  —  Paolino,  H,  32.  —  MalavolU,  part.  H,  1.  III,  ^  41  V. 
-  Sismondi,  II,  478.  -  Henri  Martin,  IV,  354. 


168  GRÉGOIRE  X  VEUT  RÉCONCIUER  (An.  1272) 

Tous  ses  efTorts  tendaient  à  rendre  la  croisade  possible, 
à  en  accélérer  les  préparatifs.  Dès  Tannée  1272,  il  con- 
voquait à  Lyon,  pour  1274,  un  concile  général  \  Dans 
rinlervalle,  il  se  flattait  de  réfréner  les  ambitions  parti- 
culières, notamment  celle  de  Charles  d'Anjou,  qui  voulait 
reconstituer  à  son  profit  le  royaume  d'Italie,  et  celle  des 
Florentins,  qui  entendaient,  avec  Taide  de  ce  prince, 
dominer  sur  la  Toscane.  Il  se  proposait  de  donner  à  la 
commune  de  Florence  assez  de  force  pour  tenir  le  roi  en 
échec,  mais  non  pour  se  passer  de  lui.  Il  résolut  donc 
de  faire  dans  cette  ville  un  séjour  qu'il  présentait  comme 
un  sacrifice*,  et  «  d'unir  avec  l'aide  du  roi,  qui  était  la 
pierre  angulaire,  les  cœurs  discordants  par  le  bitume 
d'une  charité  indissoluble  '.  » 

Ce  dessein  ne  pouvait  rencontrer  d'opposition  nulle 
part.  Les  marchands  de  Florence  avaient  des  raisons 
sérieuses  d'applaudir  au  rappel  des  gibelins.  Comme  le 
pape  et  plus  que  lui,  ils  voyaient  avec  inquiétude  Charles 
d'Anjou  ouvrir  aux  gens  des  métiers  les  rangs  de  la  no- 
blesse guelfe,  en  conférant  à  bon  nombre  d'entre  eux  le 
ceinturon  de  chevalerie.  Ces  roturiers,  ivres  de  leur 
dignité  d'emprunt,  prenaient  le  nom  de  grands,  et,  pour 
s*en  montrer  dignes,  s'alliaient  à  la  vieille  aristocratie, 
combattaient  avec  elle  un  gouvernement  de  bourgeois. 
Le  retour  des  nobles  gibelins,  ennemis  avant  tout  des 


i  Ann.  eccL,  1272,  §  21,  t.  XXII,  p.  301. 

*  i  Licet  grandium  negotiorum  moles  ingrueret ,  licet  pro  illonim  pro- 
secutione  ad  assumpti  contiuuationem  ilineris  dos  qualilas  ipsorum  urgeret, 
nihilominus  tamen  illis  ad  tenipus  omissis....  una  cuin  ipso  Rege  ad  civi- 
tatem  divertenles  eamdetu.  (Ordo  pacis,  etc.,  Ann.  eccLy  1273,  §28, 
t.  XXII,  p.  333.) 

3  Quateaus  illo  favenle,  qui  est  lapis  angularis....  dissidentium  corda  in- 
dissolubilis  charilatis  hitumine  unirentur.  (Ibid,) 


(An.  1273)  LES  GUELFES  ET  LES  GIBELINS.  169 

nobles  guelfes,  ne  pouvait  qu'affaiblir  ceux-ci,  en  leur 
opposant  une  nouvelle  sorte  d'adversaires,  et  contraindre 
le  roi  de  Sicile  à  se  renfermer  dans  son  rôle  de  protec- 
teur. 

Charles  était  trop  clairvoyant  pour  ne  pas  prévoir  le 
coup  dont  il  était  menacé.  Par  avance,  il  avait  voulu  le 
conjurer.  Le  18  août  de  l'année  précédente,  il  ordonnait 
aux  Siennois  de  détruire  chez  eux  jusqu'aux  fondements 
toutes  les  maisons  des  gibelins  impénitents,  de  les  dé- 
pouiller de  leurs  biens  et  possessions,  de  bannir  leurs 
familles  hors  de  la  ville  et  du  district  ^  À  son  instigation 
ou  à  son  exemple,  le  10  octobre  de  la  même  année,  les 
guelfes  siennois,  maîtres  du  pouvoir  dans  leur  patrie, 
signalaient  aux  Florentins,  comme  funeste,  toute  alliance 
avec  Pise  et  la  faction  gibeline  *•  Ayant  échoué  dans  ces 
efforts,  n'imaginant  aucun  prétexte  plausible  pour  dé- 
tourner le  pape  de  ses  projets,  il  feignit  d'y  acquiescer  ; 
il  ne  protesta  pas  même  contre  celui  dont  il  était  déjà 
question,  de  nommer,  pour  circonscrire  le  champ  de  ses 
convoitises,  Rodolphe  de  Habsbourg,  roi  des  Romains. 
Avec  l'empereur  Baudouin,  son  beau-père',  il  devança 
de  quatre  jours  à  Florence  le  chef  de  l'Église,  comme 
pour  lui  faire  honneur*. 

Le  18  juin  1273,  Grégoire  X  y  fit  son  entrée.  Il  alla 


'  Conêiglio  délia  Campana,  XIU,  74. 

*  Ihid.,  p.  88  V. 

'  Charles  avait  épousé  en  secondes  noces  la  fille  de  Baudouin  ,  empereur 
de  Constantinople.  Voy.  MalaYOlti,  part.  II,  1.  III,  f  46  ▼%  et  Villani,  VU, 
42.  Cf;  Anselme  [Hisi.  gétiéal.,  etc.,  t.  I,  p.  597)  qui  renvoie  inexactement 
à  Villani,  une  de  ses  deux  autorités. 

^Guido  de  Coryaria,  Fragm,  hitt.  pit,  (R.  l.  S.,  t.  XXiV,  681.)  Cet  auteur 
dit  le  14.  Comme  il  est  contemporain,  son  autorité  doit  être  préférée  à  celle 
des  chroniqueurs  florentins,  Villani,  Stefani,  qui  les  font  arriver  tous  en- 
semble le  18. 


170  GRÉGOIRE  X  Â  FLORENCE.  (An.  1273) 

loger  chez  les  Mozzi,  riches  marchands,  banquiers  du 
saint-siége,  qui  recevaient  à  ce  titre  les  prélats  de  la 
cour  pontificale,  dans  leur  maison  surmontée  d'une  tour 
et  précédée  d'une  place  qui  portait  leur  nom,  à  Texlré- 
mité  du  pont  Rubaconte,  sur  la  rive  gauche  de  l'Arno  *. 
Il  prit  goût  à  celle  résidence,  à  Tair  pur  qu'il  y  respirait, 
à  l'eau  limpide  et  murmurante  qui  coulait  sous  ses 
yeux',  et  sans  doule  aussi  à  ce  délicieux  amphithéâtre 
de  montagnes  qui  limitent  l'horizon  par  leurs  nobles  et 
purs  conlours.  Il  résolut  de  séjourner  tout  l'été  à  Flo- 
rence, et  il  y  ouvrit  aussitôt  des  négociations  pour  l'ac- 
cord projeté.  Il  y  appela  Carlo  Ruberto  des  Ruberli  de 
Reggio,  poteslat  de  Florence  et  vicaire  royal,  ainsi  que 
Jehan  de  Busson,  «  préfet  d'Élrurie*.  »  Il  fit  comparaître 
devant  lui  les  syndics  et  procurateurs  des  gibelins,  et 
ordonna  que  le  parti  guelfe  tint  une  assemblée  générale. 
Mécontent  des  dispositions  qu'il  y  rencontrait,  il  appela 
en  sa  présence  les  vingl-quatre  personnes  que  le  conseil 
général  avait  élues  pour  cette  affaire,  puis  le  conseil  lui- 
même*.  Devant  eux  il  dut  plaider  la  cause  de  leurs 
adversaires.  «  Ils  sonl  gibelins?  s'écria- t-il.  Soit;  mais 
ils  sont  chrétiens,  ils  sont  citoyens,  ils  sont  votre  pro- 
chain. Gibelins  !  c'est  là  un  vain  nom,  dont  personne 
ne  connaît  plus  le  sens.  Si  donc  vous  avez  fait  pour  nous 


^  Monaldi,  Deîle  famiglie  fiorentine,  p.  592,  ap.  Osseiu.  fior.t  Vllf,  54, 
5*  éd.  —  Charles  logeait  au  a  jardin  »  des  Frescobaldi,  et  Baudouin  à  l'évô- 
ché  (Villani,  VU,  42). 

•  Villani,  YII,  42. 

'  Carlo  Ruberto  figure  sur  la  liste  des  Offidales  foienset  et  sur  celle  de 
Paolino.  Il  n'en  est  pas  de  même  de  Jehan  de  Busson,  qui  est  donne 
sous  le  titre  de  prœfectus  Etmriœ  par  les  Ann,  eccï.,  1275,  §  50,  t.  XXII, 
p.  554. 

*  Ann.  eccL,  1277»,  §  28,  20,  t.  XXII,  p.  555. 


(An.  1275)  RÉCONCILIATION  DES  DEUX  PARTIS.  171 

la  guerre,  eh  bien!  pour  nous  aussi  faites  la  paix*.  » 
Un  pape  parler  ainsi  des  gibelins,  au  lieu  de  fulminer 
contre  eux  ranalhèmeM  Les  vieux  guelfes  en  étaient 
confondus.  Mais  ils  durent  plier,  momentanément  du 
moins,  devant  sa  ferme  volonté.  Le  11  juillet,  la  récon- 
ciliation fut  consentie'.  A  vrai  dire,  les  bannis  en  fai- 
saient les  frais  :  ils  devaient  remettre  aux  mains  des 
officiers  royaux  toutes  les  forteresses  en  leur  possession, 
et  ne  recouvrer  que  ceux  de  leurs  biens  qui  étaient  encore 
disponibles.  Dépouiller  des  autres  les  délenteurs,  c'eût 
été  raviver  leurs  colères  et  rendre  inévitable  une  nouvelle 
lutte,  une  nouvelle  expulsion*.  A  ce  prix,  Guido  No* 


*  Gibellinus  est,  at  christianus,  at  civis,  at  proximus^  Inane  nomen  quod 
quid  significet  nemo  intelligil.  Quare  si  bellum  pro  nobis  suscepistis,  pro 
nobis  eiiam  pacem  suscipiatis.  (Ann,  eccLy  1273,  §  27,  t.  XXll,  p.  535, 
d*après  saint  Ântonin  et  Léon.  Bruni,  1.  III,  G.)  Ce  noble  langage  est  peut- 
être  une  réminiscence  de  Sénèquc  parlant  des  esclaves  :  «  Servi  sunt?  imo 
hoinines,  etc.  »  (Ep.  ad  LuciL,  47.) 

*  Saint  Antonin  (Chron.,  part.  111,  titre  20.  De  Gregorio  J,  cap.  2, 
§  2,  p.  201)  prête  à  un  député  des  magistrats  un  langage  de  son  invention, 
mais  qui  exprime  les  sentiments  des  vieux  guelfes  (Voy.  Bonaïni,  Giorn, 
stor.  degli  arch.  tosc,  t.  III,  p.  87). 

>  Villani  (VII,  42)  dit  le  11,  et  Simone  délia  Tosa  (p.  207)  le  2.  Mais  ce 
qui  rend  très-probuble  la  date  du  12  ,  c*est  que  Grégoire  X  fonda  en  com- 
mémoration Téglise  de  San  Gregorio  ,  comme  Tatlcste  Tinscription  qui  y 
était  gravée,  où  on  lit  ce  vers  : 

Lu  ce  duodena  julii  radiante  sercna. 

Voy.  rinscriplion  entière  ap.  Delizie  (IX,  64),  Bonaïni  (îoc.  cit,y  p.  90) 
et  Manni  (Annotations  à  Simone  délia  Tosa).  Or  Villani  dit  que  l'église 
fut  fondée  le  jour  même  où  fut  conclue  la  paix.  On  ne  concevrait  pas 
une  erreur  de  dix  jours,  le  chroniqueur  ayant  sous  les  yeux  un  si  positif 
témoignage. 

*  Ann.  eccL,  1273,  §  29.  t.  XXII,  p.  534.  Richa,  Notizie  istoridie  délie 
chiese  fioreniine,  t.  X,  p.  275.  —  Bonucci,  Storia  del  pont.  Gregorio  J, 
p.  101.  Rome,  1711.  —  Sismondi  (II,  480)  dit  que  les  gibelins  recouvrè- 
rent leurs  biens.  11  n'y  a  rien  de  pareil  dans  les  Ann.  eccL,  dans  Villani, 
ni  dans  Pignotti  (I.  111,  c.  v,  t.  III,  p.  127),  un  des  meilleurs  historiens  de 
la  Toscane. 


172  PAIX  DES  PARTIS  ROMPUE.  (An.  1273) 

vello,  son  frère  Simone  et  les  autres  du  parti  furent 
déchargés  des  sentences  ecclésiastiques  ;  une  amende  de 
vingt  mille  marcs  a  sterling  »  fui  infligée  à  qui  violerait 
le  traité,  moitié  au  profit  du  pape,  moitié  au  profit  du 
roi*.  Pour  frapper  fortement  les  esprits  par  une  solennelle 
cérémonie,  on  construisit  sur  la  place  des  Mozzi,  sous  les 
fenêtres  pontificales,  des  estrades  en  bois  où  les  citoyens 
prirent  place.  Grégoire  X  menaça  d'excommunication 
quiconque  violerait  la  paix.  Il  exigea  des  garanties,  des 
otages.  Les  syndics  des  deux  factions,  au  nombre  de  cent 
cinquante  pour  chacune,  se  baisèrent  sur  la  bouche  sous 
ses  yeux  et  en  présence  de  tout  le  peuple,  puis,  pour 
conclure,  il  posa  la  première  pierre  d'une  église  qui  fut 
construite  aux  frais  des  Mozzi  et  appelée  San  Gregorio 
délia  pace*. 

De  naïfs  applaudissements  éclatèrent;  mais  chacun 
devait  bientôt  retrouver  chez  soi  ses  passions.  Cette  paix 
dura  juste  quatre  jours  '.  Un  matin,  les  syndics  gibelins, 
qui  étaient  restés  à  Florence  pour  mener  à  bonne  fin  les 
traités  de  paix,  furent  abordés,  en  rentrant  au  gite,  chez 
les  Tedaldini  leurs  hôtes  \  par  des  émissaires  secrets  qui 
les  avertirent,  comme  en  confidence,  que  le  maréchal  du 
roi,  sur  la  demande  des  grands  guelfes,  les  mettrait  à 
mort,  s'ils  ne  se  hâtaient  de  quitter  la  ville.  Les  chro- 


^  Sub  pœna  viginti  millium  mardiaruin  sierlingoruin  pro  medielate  no- 
bis,  pro  reliqua  vero  medietate  dicto  Régi  solvenda.  (Ordo pacis,  etc.,  Ann, 
eccL,  1273,  §  29,  t.  XXU,  p.  333.) 

*  Cette  église  était  li  Tangle  oriental  de  la  place  où  aboutissent  la  via  de' 
Renai  et  le  fondaccio  di  San  Niccol6,  en  face  du  palais  del  Nero,  aujourd'hui 
Torrigiani.  Elle  n'existe  plus.  Sur  son  emplacement ,  en  1810  ,  on  érigea 
une  fontaine  (Osi,  fior.^  Vlll,  67,  72,  3*  éd.,  et  Vannucci,  p.  151  note). 
Yoy.  la  description  de  la  cérémonie  ap.  Delizie,  IX,  64. 

'  Non  passarono  quattro  giomi.  (Âmmirato,  1273,  I.  III,  t.  I,p.  148.) 

*  Cette  maison  était  située  près  d'Or  San  Michèle  (Villani,  Yll,  42). 


(An.  1273)  INDIGNATION  DE  GRÉGOIRE  X.  173 

niqueurs  doulent  que  ce  dessein  fût  réel  *;  mais  la  seule 
menace,  dont  ils  ne  doulent  point,  servait  la  politique 
du  roi  en  déjouant  celle  du  pape.  Alarmés,  les  syndics 
s'éloignèrent,  non  sans  se  plaindre  hautement  de  tant  de 
perfidie  et  sans  laisser  dans  Tâme  de  leurs  amis  de 
nouveaux  ferments  de  haine*. 

Grégoire  X  en  ressentit  un  déplaisir  extrême.  Quelque 
goût  qu'il  eût  pour  Florence,  il  n'y  voulut  pas  séjour- 
ner. Il  partit,  la  laissant  sous  l'interdit,  et  presque 
brouillé  avec  le  roi'.  11  se  retira  dans  le  Mugello,  avec  le 
cardinal  Ottaviano,  sur  les  terres  des  puissants  Ubal- 
dini.  Ce  court  voyage,  par  un  temps  chaud,  dans  une 
heure  d'émotion  et  de  courroux,  le  rendit  malade.  D'une 
plume  irritée,  il  reprocha  au  roi  d'en  être  la  cause*, 
comme  d'avoir  fait  échouer  les  négociations,  pour  sa 
plus  grande  honte  et  pour  celle  du  saint-siége.  Il  s'em- 
porta jusqu'à  l'appeler  parjure  {fedifrago)^  et  les  non- 
veaux  griefs  réveillant  les  anciens,  il  l'accusa  de  nuire 
aux  projets  de  croisade,  par  ses  hostilités  contre  Gênes, 


*  Les  chroniqueurs  doutent  à  cet  égard  :  «  0  vero  o  non  vero  chc  fosse,  » 
dit  Villani,  YII,  42.  Cf.  Paolino,  II,  3i.  Selon  M.  Bonaïni  (loc,  cit.,  p.  88), 
Charles  avait  intérêt  à  Taccord,  parce  qu'une  moitié  des  sommes  qu'auraient 
à  payer  ceux  qui  le  violeraient  devait  lui  revenir;  mais  il  avait  bien  plus 
d'intérêt  à  pécher  en  eau  trouble,  à  diviser  pour  r^ner. 

^  Andaronsene  e  fu  rotta  la  pace.  (Villani,  YII,  42.)  —  Né  ci6  senza 
averne  conceputo  odio  contro  il  Re  Carlo  ,  pcr  opéra  del  quale  si  credeva 
che  quel  disordine  fusse  seguito  ;  perché  andatone  poscia  a  concilie,  lacittà 
rimase  negli  humori  soliti.  (Ammirato,  1272-1273,1.  III,  t.  I,  p.  147- 
148.) 

'  Villani,  loc.  cit.  Paolino  (II,  34)  dit  que  le  pape  resta  en  tout,  à  Flo- 
rence, 2  mois  et  5  jours  ;  mais  on  ne  peut  qu'être  en  défiance  contre  cet 
excès  de  précision  chez  un  auteur  si  peu  exact  sur  les  dates,  particuliè- 
rement quand  il  est  en  contradiction  avec  les  autres  autorités,  et  que  son 
témoignage  est  contfaire  li  toute  vraisemblance. 

Ex  itinere  gravem  se  contraxisse  morbum.  {Ann,  eccL,  1273,  §  50, 
t.  XXII,  p.  334.) 


174  FLORENCE  SOUS  L'INTERDIT.  (An.  1275) 

dont  les  flottes  étaient  si  nécessaires  pour  conduire  les 
croisés  aux  saints  rivages*.  Mais,  en  même  temps,  s'ac- 
crochant  à  l'espérance,  qui  aurait  dû  modérer  son  lan- 
gage, il  semblait  croire  que  Charles  ne  refuserait  pas  de 
réparer  le  mal  :  il  l'invitait  à  se  contenter  de  cinquanle 
otages,  à  rendre  leurs  possessions  aux  gibelins,  prêts, 
disait-il,  à  une  respectueuse  soumission.  H  annonçait, 
en  terminant,  l'envoi  prochain  d'un  paciere,  pour  les 
accords  déCnilifs*.  Vaines  espérances,  vaines  supplica- 
tions! Charles  resta  inébranlable,  et  Grégoire  dut  lui 
rendre  ses  bonnes  grâces.  La  communauté  des  intérêts 
les  rapprocha.  Aux  derniers  jours  de  l'été,  le  roi  avait 
rejoint  le  pape,  et,  de  compagnie,  ils  partaient  pour 
Lyon  '. 

Les  Florentins,  cependant,  persistaient  dans  l'impé- 
nitcnce,  aussi  obstinés  à  braver  l'interdit  que  le  saint- 
siégeà  le  maintenir*.  Durant  trois  années,  ils  vécurent 
et  agirent  librement,  comme  s'ils  eussent  été  en  paix 
avec  l'Église.  Ce  fut  un  temps  de  guerre  et  d'anarchie  : 
durant  le  concile,  le  champ  restait  ouvert  à  toutes  les 
rivalités  locales,  aux  plus  contraires  prétentions.  Sienne 
qui,   par  obéissance,   avait    rouvert   ses  porles  à  ses 


*  Charles  avait  confisqué  les  biens  de  naufragés  génois.  De  Ih,  dès  1272, 
des  hostilités  où  Gènes  se  trouvait  forcée  de  s'appuyer  aux  villes  gibelines , 
tandis  que  les  villes  guelfes^  Lucques,  Pistoia,  Florence,  Arezzoj  soutenaient 
la  cause  rovalc  dans  une  guerre  qui  noenaçait  de  s'éterniser  (Voy.  Ann.  yen., 
1.  IX,  R.  I.  S.,  t.  VI,  550-556.-  llberti  Foliota,  Hhl.  genuéns.,  1.  V,  p.  575- 
377,  ap.  Graevius.  —  Sismondi,  II,  477-483). 

»  Ann.  eccl.,  1273,  §  30,  t.  XXII,  p.  334. 

'  Villani,  VII,  42.  —  Ammirato,  1.  IIÏ,  t.  I,  p.  147-148. 
.    ^  Nec  facile  diterim  major  obstinatio  in  pontificc  :mcontumacia  fuerit  in 
civibus.  Neque  pontifex,  quamvis  multuni  rogatus,  inlerdictuni  substulit,  ne- 
que  prsestantes  in  republica  cives  eo  conterriti  mutavcrunt  sentcntiaul. 
(S.  Antonini  Chràn.,  part.  UI,  tit.  20i  De  Grcg.  .Y,  c.  ii,  §  2,  p.  201.) 


(An.  1274)  ANARCHIE  EN  TOSCANE.  175 

exilés,  retombait  dans  les  mêmes  maux  qu'aupara- 
vant*. Bologne,  à  la  suite  d'une  aventure  romanesque, 
qui  divisait  les  familles  déjà  ennemies  des  Gieremiei  et 
des  liamberlazzi,  chassait  tous  ses  gibelins',  mais,  chose 
étrange!  elle  refusait  contre  eux  les  secours  de  Florence, 
«  afin  que  les  Florentins  ne  gâtassent  pas  la  cité  de  Bo- 
logne comme  ils  avaient  fait  la  leur'.  »  Ses  milices  al- 
laient même  à  leur  rencontre,  dans  l'Apennin,  sur  les 
bords  du  Reno,  et  tuaient  vilainement  le  chevalier  du 
potestat  qui  conduisait  ces  renforts  peu  goûtés*.  C'est 
qu'après  avoir  chassé  une  moitié  de  ses  citoyens,  Bologne 
négociait  avec  eux.  Les  négociations  rompues,  elle  dut 
accepter,  solliciter  même  l'appui  de  Florence,  et  aussi  de 
Parme,  de  Crémone,   de  Reggio,   de  Modène,  de  Fer- 


rare  ^ 


La  nouvelle  de  ces  désordres  allait  jusqu'à  Lyon  ré- 
veiller le  courroux  du  souverain  pontife.  De  loin  comme 
de  près  il  frappait  d'interdit  toutes  les  villes  récalcitran- 
tes*. Il  leur  cherchait  un  nouveau  maître,  plus  puissant 
que  le  roi  de  Sicile,  ou  plus  libre  de  se  faire  obéir.  C'est 
alors  qu'il  confirma  l'élection  de  Rodolphe  de  Habsbourg 
comme  roi  des  Romains,  juste  au  moment  où  Rodolphe 


i  Malavolli,  pari.  H,  1.  ÏII,  f»  42  r"  r. 

•  Pipini  Chron.,  I.  IV,  c.  vu,  R.  I.  S.,  t.  IX,  716.  —  Mathœi  de  Grif^ 
fonibUs  Memoriale  hislôncutrif  I\.  I.  S.,  l.  XVHI,  125.  — Fra  Bartolommco 
délia  Pugliob,  Chron.  di  Bologna^  R.  I.  S.,  t.XVIH,  285.  —  Ghirardacci, 
UisL  di  Bologna,  1.  VU,  p.  224-226.  —  Villani,  VU,  44.  —  Ammiralo, 
1274, 1.  IIÏ,  p.  148.  —  Malavolli,  pari.  II,  1.  III,  f»'  42  \%  45  r\ 

''  Dicendo  che  non  voleano  chc*  Fiorenlini  guastassono  la  loro  ciltë,  comc 
aveano  fatla  la  ciUà  del  Fiore.  (Villani,  Vil,  41.) 

♦  Villani,  VU,  44.  —  Ammiralo,  1274,  1.  Ill,  l.  I,  p.  148. 
3  Muralori,  Ann.  d'Ilalia,  1274. 

«  Malavolli,  part.  II,  1.  IH,  1^  43  r.  —  Coppi,  Ànti.  di  S.  Gcmifjnano, 
1.  IH,  p.  155. 


176  RODOLPHE  DE  HABSBOURG  ROI  DES  ROMAINS.  (An.  1274) 

allait  êlre  retenu  dans  ses  Étals^  où  Alphonse  X,  sortant 
enOn  de  sa  torpeur  espagnole,  s'apprêtait  à  se  rendre  en 
Allemagne,  pour  défendre  ses  droils*.  Politique  intem- 
pestive au  premier  chef,  qui  transformait  en  ennemi 
Charles  d'Anjou,  qui  lui  ôtaitce  titre  de  vicaire  impérial 
par  lequel  seul  il  avait  autorité  sur  la  Toscane  et  la  Lom- 
bardie,  qui  donnait  en  outre  une  tête  au  parti  gibelin. 
Les  Pisans  ne  s'y  trompaient  point:  sans  retard  ils  implo- 
raient le  secours  de  Rodolphe.  «  Les  lois  affirment,  di- 
saient-ils, l'usage  confirme,  l'antiquité  proteste,  que  le 
pays  des  Toscans,  pour  ne  pas  parler  des  autres  contrées, 
est  soumis  au  roi  das  Romains  et  lui  doit  tribut.  La  cité 
de  Pise  pleure  blessée  par  le  glaive  ennemi  du  souverain 
pontife  et  de  la  majesté  royale*.  »  Nul  ne  pouvait  savoir 
alors  que  Rodolphe,  par  reconnaissance  envers  l'Église 
ou  par  calcul  d'intérêt  allemand,  se  bornerait  à  recom- 
mander au  saint-siége  ceux  qui  se  recommandaient  ainsi 
à  lui-même'.  Nul  ne  pouvait  savoir  que  le  pape,  après 
avoir  suscité  ce  prince,  hésiterait  à  lui  faire  appel,  et 
que  le  conclave,  à  la  première  vacance  du  siège  aposto- 


*  Ardia  el  Rey  Don  Alonso  en  désir  de  ir  a  Alemana  a  tomar  la  corona  y 
insignias  del  imperio....  porque  de  afîos  atras  era  muerto  Ricardo  el  otro 
competidor,  se  aparejaban  para  hacer  nueva  eleccion  sin  tener  cuenta  con  el 
Rey  don  Alonso. . . .  Alterado  el  con  esta  nueva. . . ,  pretendia  recompensar  la  tar- 
danza  pasada  con  abreviar.  (Mariana,  Hisloria  gênerai  de  Espahaf  1.  XIU, 
c.xxn,  t.  Y,  p.  114.  V-alencia,  1789,  in-4\) 

*  Lettre  des  Pisans  à  Rodolphe,  ap.  Cenni,  Monumenta  dominationit 
porUificiœ^  t.  II,  p.  330  sq.  Rome,  1760.  Citation  de  Ronaïni,  loc,  cit., 
p.  169. 

'  Nunciiim  nostrum  una  cum  nuncio  Testro  ad  curiam  Domini  papïe  di- 
rigimus  ut  de  suo  beneplacito  et  consensu  finalibus  desideriis  Testris  plene 
satisfieri  valeat  super  bis  qux  vestra  petitio  contincbat.  Parati  enim  sumus 

cxperiemur  a  vobis  ultronei  ad  qusecumque  que  juita  faToris  apostolici 
gratiam  vobis  honoris  et  commodi  cedere  valeant  incremento.  (Réponse  de 
Rodolphe  aux  Pisans,  loc.  cit.) 


(An.  i^llÂ)  LES  VlSœM'i  DK  GALLURA.  177 

lique,  rinviterail  à  ne  pas  venir  en  Italie  avant  de  s'être 
entendu  avec  le  roi  de  Sicile  et  avec  le  futur  pape^  En 
tout  cas,  l'apparition  de  ce  fantôme  impérial  à  Thorizon 
n'apaisa  point  les  querelle^  de  l'Italie.  Bologne  poursuit 
la  guerre  contre  ses  gibelins',  Vol  terre  l'engage  contre 
les  comtes  de  Segalari  et  de  Siserno,  ses  voisins*,  Pise 
voit  pour  la  première  fois  ses  guelfes  relever  la  tête, 
s'enhardir  à  une  querelle  célèbre,  ou  paraissent  avec 
éclat  les  Yisconli  de  Gallura^  et  la  puissante  famille  des 
comtes  delà  Gherardesca'.  »  Cette  querelle,  ces  familles 
devaient  toucher  bientôt  de  trop  près  à  l'histoire  de  Flo- 
rence pour  qu'on  puisse  passer  ici  sans  en  dire  un 
mot. 

A  Pise  comme  en  Sardaigne,  où  il  était  juge  deGal- 
lura,  Giovanni  Yisconti  vivait  entouré  d'hommes  d'ar- 
mes, sorte  de  sauvages  ou  de  barbares  qu'on  n'avait  pas 
voulu  admettre  à  résidence  dans  la  ville,  mais  qui  y  ve- 


1  Voy.  la  lettre  des  cardinaux  et  les  faits,  ap.  Ann.  eccL,  1377,  n*"  48- 
5*2,  t.  XXU,  p.  433. 

*  Villani,  VII,  47. 

*  Léo,  1.  VIF,  c.  1,  t.  II,  p.  45. 

^  La  judicature  de  Gallura  en  Sardaigne,  qui  appartenait  à  Adelasie, 
puis  à  Sun  mari  Michel  Zanche,  était  devenue  la  proie  du  Pisan  GioTanni 
des  Visconli,  qui  aspirait  à  s'y  rendre  indépendant  de  sa  patrie,  et  en  avait 
fait  hommage  an  saint-siége,  a6n  d'y  être  protégé.  Voy.  Sismondi,  U,  493. 

»  Tronci,  1274,  p.  230.  —  Sismondi,  11,  492.  —  Sur  les  Gherardeschi, 
voy.  Arch.  stor.,  nuova  série,  t.  IV,  et  Zobi,  Contiderazioni  ttorico-crt- 
liche  $uUa  catastrofedi  Vgolino  délia  Gherardesca,  Flor.,  1865,  in-4*.  — 
Les  Gherardeschi  étaient  une  ancienne  famille,  tirant  son  origine  d*une  sou- 
che commune  avec  les  Ildebrandeschi  de  Sovana.  Ils  avaient  de  nombreuses, 
de  vastes  terres  près  de  la  mer,  qui  baigne,  ainsi  que  la  Cecina,  les  fé- 
condes plaines  de  leur  6ef  impérial  de  Donoratico.  Les  terres  appartiennent 
encore  à  la  famille,  mais  le  château  de  Donoratico  n'est  plus  qu'un  mon- 
ceau de  ruines.  Le  palais  dit  Gherardesca,  à  Florence,  près  de  la  porte 
Pinti ,  n'est  dans  cette  famille  que  depuis  le  temps  de  Cosimo  I.  Des  Scali , 
propriétaires  primitifs,  il  était  passé  aux  Nedici,  et  de  là,  par  un  mariage, 
aux  Gherardeschi. 

HIST.    DE   FLt)Rb?ir.E.    —    II.  12 


17S  AUMCK  DbS  YlSCCHHTl.  (Ak.  1274) 

naient  des  châteaux  environnants.  On  le  voyait,  renouve- 
lant les  mœurs  féodales,  faire  tuer  les  gibelins  ses  enne- 
mis, arracher  ses  sicaires  des  mains  de  la  justice,  ne 
comparaître  lui-même  devant  les  juges  qu^entouré  de  ses 
clients  et  pour  avouer  hautement  ses  crimes.  Exilé  à 
Kosignano,  tandis  que  le  fameux  Ugolino  de  la  Gherar- 
desca,  son  allié,  Tétait  à  Montopoli,  il  obtenait  quinze 
jours  plus  tard  que  la  sentence  fût  révoquée,  et  il  en 
profitait  pour  armer  de  nouveau  le  bras  des  assas* 
sins. 

Cette  fois,  la  mesure  était  comble.  Banni  de  Pise  et 
même  du  territoire  pisan,  avec  toute  sa  meute  de  guelfes  S 
tandis  qu'Ugolino  restait  captif  dans  le  palais  du  peu- 
ple*, il  se  retirait  à  Florence,  se  liguait  avec  la  taglia 
de  Toscane  (29  septembre  1274),  et  faisait  à  sa  patrie 
une  guerre  sans  merci*.  En  vain  Pise  envoie-t-elle  à 
Charles  d'Anjou  des  ambassadeurs;  en  vain  obtient-elle 
qu'il  interdise  cette  guerre  sacrilège  contre  une  ville  ré- 
conciliée  à  l'Eglise  :  on  ne  tient  aucun  compte  des  dé- 
fenses royales.  Le  5  novembre,  Visconti  s'empare  de 
Montopoli;  il  s'y  établit,  et  quoiqu'il  y  meure  au  mois  de 
mai  suivant,  il  y  laisse  les  siens  solidement  retranchés*. 


«  Con  suo  seguito  d*alquanli  guelfi.  (Villaai,  VU,  46.)  —  Guido  de  Cor- 
Taria,  Fragmenta  higtoriœ  phanœ  (R.  L  S.,  t.  XXIV,  082). 

*  Guido  de  Corvaria,  ibid,  Sismondi  (II,  493)  prétend  qu'on  ne  voulut  pas 
exiler  Ugolino,  parce  que  toutes  les  villes  toscanes  étant  gouvernées  par  les 
guelfes,  c^eût  été  le  livrer  à  ses  ennemis.  Il  oublie  qu'Ugolino,  par  son  al- 
liance avec  Visconti,  était  plus  qu'à  moitié  guelfe,  et  que  Texil  feût  rendu 
guelfe  tout  à  fait,  môme  aux  yeux  des  plus  ardents  du  parti. 

'  Vilkini,  Vil,  46.  —  Guido  de  Corvaria,  ibid,  —  Marangone,  R.  I.  S., 
Suppl.,  I,  552.  -  Simone  délia  Tosa,  p.  208.  —  Aimnirato,  1275,  1.  III, 
1. 1,  p.  149.  —  Ptolémée  de  Lucques,  Brev,  ami.,  1274.  —  Bulle  de  Gré- 
goire X,  publiée  par  Fioravanti,  p.  44-46,  et  plus  correctement  par  Dal  Borgd, 
p.  266-269. 

^  Les  mêmes. 


(An.  1275)  UOSTIUTËS  AUTOUR  DE  PISE.  179 

D'ailleurs  il  ne  moniait  pas  tout  entier.  Il  laissait  uû 
(ils,  comme  lui  nommé  Giovanni,  mais  plus  connu  dans 
rhistoire  sous  le  nom  abrégé  de  Nino  de  Gallura.  Fils 
d^une  soîur  d'Ugolino,  ce  jeune  homme  rapprochait,  réu- 
nissait en  lui  les  deux  plus  grandes  familles  de  Ptse,  et 
devenait  le  chef  incontesté  du  parti  guelfe  dans  sa  pa- 
trie. Il  en  était  hors,  et  se  tenait  à  l'affût,  derrière  les 
murailles  de  Lucques.  Ugolino  l'y  vint  rejoindre.  En  re- 
nonçant à  sa  judicature  de  Cagliari ,  qu'on  déclarait 
périméci  il  avait  reconquis,  le  8  juin  1275,  sa  liberté 
dont  il  n'usait  que  pour  adhérer  ù  la  ligue  guelfe  et  re- 
prendre activement  la  guerre  ^  Tandis  que  Guglielmo  des 
Pazzi  du  Yald'Ârno,  à  la  tète  d'exilés  gibelins,  repousse 
vigoureusement  en  Romagne  les  assauts  des  Bolonais 
contre  Forli  et  Faenza,  les  Pisans  sont  battus  à  Bolgheri, 
enMaremme,  voient  leur  territoire  envahi,  dès  le  24  juin, 
par  Ugolino  et  le  maréchal  de  Charles.  Bientina  et  Mon- 
tecchio  sont  rasés,  Yico  Pisano  et  les  lieux  voisins  dévas- 
tés*. 

Immobiles  derrière  leurs  remparts,  selon  l'invariable 
tactique  des  faibles,  les  Pisans  invoquaient  inutilement 
les  accords  conclus  par  eux  avec  le  roi;  mais  ils  comp- 
taient encore  sur  l'intervention  pontificale.  Loin  de  se 
réjouir  des  succès  de  leurs  adversaires,  comme  eussent 
fait  ses  prédécesseurs,  Grégoire  X  avait  favorablement 
accueilli  l'ambassade  pisane.  Constant  dans  son  dessein 
de  ramener  la  paix,  il  avait  donné  mission  au  franciscain 


*  Puiiipuu  Littu,  continué  par  Luigi  l*as:>erini,  Famiglie  celehri  italianc. 
Conti  délia  Glierardesca  di  Pisa.  Tavola  V,  t,  VU,  A-L.  —  Guîdo  de  Gorvaria, 
loc.  cit.,  p.  684.  —  Villani  dit  en  mai.  On  doit  préférer  Tautorîtéde  Guido, 
à  la  fois  contemporain  et  Pisan. 

*  Guido  lie  Corvaria,  loc,  cit.,  p.  684. 


180  LA  UGUË  GUËLFfc:  EXCOMMUINIÉË.  (an.  Vllh} 

fionaventure  du  Mugello,  aux  dominicains  Âldobrandino 
de  Sienne  et  Giovanni  de  Yiterbe,  de  la  rétablir  sans  re- 
tard. Depuis  le  6  mai,  ce  dernier  était  à  Pise,  en  qualité 
de  légat  apostolique,  et  fort  contrarié  dans  ses  démar- 
ches par  celles  des  Florentins.  Placés  enlre  Tenclume  et 
le  marteau,  les  malheureux  alliés  de  Florence  ne  savaient 
à  qui  faire  face.  Sienne  décidait  d'abord  de  ne  pas  réunir 
d'armée  en  carême ^  Puis  elle  consultait  son  évéque 
Bernardo,  qui  déclarait  avec  ses  théologiens  qu'il  fallait 
observer  la  neutralité'.  Mais  c'était  chose  plus  facile  à 
dire  qu'à  faire.  Si  l'interdit  était  redoutable,  combien 
plus  ne  l'était  pas  la  puissance  florentine,  armée  surtout 
des  serments  et  engagements  pris  par  la  commune  de 
Sienne  à  son  entrée  dans  la  ligue  toscane  !  Pour  tout 
concilier,  «  pour  qu'Ugolino  et  les  autres  fussent  con- 
tents, »  les  Siennois  accordaient  un  subside  mensuel  de 
cent  livres,  qu'il  fallait  bientôt  augmenter'.  Le  5  juillet, 
Giovanni  de  Viterbe,  hors  des  gonds,  faisait  lire  solen- 
nellement, dans  la  cathédrale  de  Pise,  la  sentence  d'ex- 
communication contre  les  guelfes  alliés\ 

Ce  trait  débile  et  sans  portée  n'empêchait  ni  les  Luc- 
quois  de  ravager  insolemment  le  pays,  durant  une  se- 
maine, aux  environs  de  Montecastello  (8  juillet)',  ni 
Ugolino  et  le  vicaire  royal  de  conduire  Lucquois,  exilés 
pisans,  mercenaires  de  Florence  et  de  Pistoia  à  l'attaque 
du  château  d'Asciano,  de  s'en  emparer,  après  en  avoir 
battu  les  défenseurs,  de  porter  la  dévastation  dans  le 

*  14  mars  1275.  Consiglio  délia  Campana,  XX,  31. 

*  i^irf.,p.  70.  2  juillet  1275. 

'  Ibid.,  55,  94,  103.  —  22  mars,  22  août,  28  septembre  1275. 
^  Yoy.  la  bulle  dans  Fioravanli,  p.  44-46,  et  dans  Dal  Borgo,  p.  266- 
^200.  Cf.  Villani.  VII,  45-46.  —  G.  de  Corvaria,  lor.  cit. 

*  G.  de  Corvaria,  p.  08 i-685. 


(An.  1275)   GRÉGOIRE  X  DE  NOUVEAU  A  FLORENCE.        181 

Val  de  Serchio,  et  de  livrer  aux  flammes  la  rocca  de  Ri- 
pafralta(9-i2  septembre) *. 

Grégoire  X  savait  à  quoi  s'en  tenir  sur  l'effet  de  ses 
foudres  sacrées.  Rentrant  dans  les  voies  de  la  clémence, 
le  8  octobre  il  se  faisait  précéder  en  Toscane,  où  il  allait 
revenir,  par  deux  religieux,  Benvenuto  de  Sarzane  et 
Gherardo  de  Prato,  avec  mission  de  ramener  les  excom- 
muniés dans  le  giron  de  l'Église  V  Lui-même,  il  arrivait 
à  Florence  le  15  décembre*.  11  n'y  demeura,  cette  fois, 
que  peu  de  jours,  peut-être  même  qu'un  seul,  —  c'était 
du  moins  son  dessein  * ,  —  mais  il  eut  le  temps  d'inviter 
par  lettres  le  roi  de  Sicile  à  rejoindre  la  cour  pontificale, 
fj'interdit  se  trouvait  levé,  parle  fait  de  sa  présence  dans 
celte  ville;  mais  y  voyant  les  esprits  plus  que  jamais  re- 
belles, il  le  fulmina  de  nouveau,  à  peine  hors  des  portes, 
en  murmurant  ces  mots  du  psalmiste  :  «  Il  faut  dompter 
avec  le  mors  les  mâchoires  de  ceux  qui  s'éloignent  du 
Seigneur  *.  »  Sur  le  chemin  de  Vilcrbe,  so  sentant  re- 

*  Villani  dit  le  3,  au  lieu  du  9  ;  mais  Tautorité  de  Guido  de  Gorvaria  ett 
toujours  plus  sûre. 

*  Yoy.  la  bulle  citée  plus  haut. 

'  La  date  est  donnée  par  le  pape  lui-même  dans  une  lettre  au  roi  : 
t  18  Kal  januarii  prospère  ad  locum  qui  dicitur  sanctacrux,diœcesis  floren- 
tin», penrenimus.  »  (Ann,  eccLy  1275,  §  47,  t.  XXII,  p.  389.)  —  Yillani 
(Yll,  49)  dit  le  18  septembre.  Simone  délie  Tosa  (p.  209),  le  14*  jour  a?ant 
janvier  (18  décembre).  Villani  prétend  que  Grégoire  ne  voulait  pas  entrer 
à  Florence ,  mais  qu'il  y  fut  contraint  par  une  crue  de  l'Amo  et  ne  fit  que 
traverser  le  pont  Rubaconte,  puis  le  faubourg  San  Niccolô.  C'est  une  fable, 
comme  le  prouve  U  lettre  dont  il  vient  d*étre  question.  Dal  Borgo  (p.  206), 
Bonucci  (p.  234)  et  M.  Bonalni  (p.  96)  ont  judicieusement  refusé  d'y  ajou- 
ter foi. 

^  Ubi  die  una  solito  itineris  intermisso  labore ,  deinde  versus  Aretium 
piocedentes,  festnm  nativitatis  Dominiez  ibi  proponimut  celebrare.  (Ann, 
eccL,  ibid.)  Mais  rien  ne  prouve  qu*en  effet  il  ne  loit  resté  qu'un  jour  à 
Florence. 

*  In  camo  et  freno  mazillas  eorum  constringe  qui  non  approximant  ad 
te.  (Ptalm,^  XXXI.  f  9.)  Cf.  Paolino,  II,  35.  —  Noua  croyona  que  cette 


182  LA  UtiUE  EN  CAMPAGNE  CONTRE  PI8E.       (An.  iâ76) 

pris  par  la  maladie,  il  alla  mourir  dans  Àrezzo,  le  12  jan- 
yier  1276,  à  la  grande  joie  des  Florentins  ^  Pontife 
honnête  et  bien  intentionné,  mais  sans  aucune  des  qua- 
lités qui  font  les  grands  règnes,  il  ne  s'était  proposé  qu'un 
but,  la  croisade,  et  n'avait  conçu  qu'un  moyen  de  l'attein- 
dre, la  réconciliation  des  guelfes  avec  les  gibelins.  Or  il 
ne  put  envoyer  personne  aux  rivages  dje  la  Terre  Sainte, 
et  jamais  les  haines,  les  guerres  intestines,  n'avaient  sévi 
avec  plus  de  fureur  V 

La  saison  d'hiver  n'y  apportait  qu'une  trêve  momen- 
tanée. Le  successeur  de  Grégoire  X,  Innocent  V,  put  en 
profiter,  avec  le  zèle  et  les  illusions  des  premiers  jours, 
pour  de  nouvelles  tentatives  en  faveur  de  la  paix.  Mais 
il  ne  tarda  pas  à  reconnaître  l'inanité  de  ses  efforts.  Le 
27  mai  1276,  Ugolino  et  ses  exilés,  le  maréchal  de  Charles 
et  ses  Français,  les  Lucquois  et  autres  guelfes  toscans, 
formant  une  armée  de  quinze  cents  cavaliers,  et  c<  beau- 
coup de  peuple  ^,  »  pariaient  de  Ponledera  et  de  MontOr 
poli,  puis  s'avançaient  dans  le  œntado  de  Fisc,  pour 
rouvrir  leur  patrie  aux  guelfes  pisans  et  conquérir  défi- 
nitivement à  la  cause  commune  celte  ville  importante. 
Tout  à  coup  l'armée  dut  s'arrêter  devant  un  obstacle  im- 
prévu. A  huit  milles  de  leurs  murailles,  entre  Pontedora 


\ydLTiie  du  récit  des  chroniqueurs  floreotins  peut  être  topue  pour  vraio, 
puisqu*on  voit  dans  tous  les  auteurs  que  Florence  resta  trojs  ans  sous  Tin- 
terdit. 

«  Yillanî,  VU,  49.  Âinmirato,  1275,  1.  HI,  1. 1,  p.  U9. 

*  C'est  le  sentiment  de  Malavolti  :  «  Si  rinnovarono  le  guerre  ci?ili  coq 
più  odio  che  fussero  slate,  poichè  guelfi  ripreser  gli  stati  di  Firenze  c  di 
Siena  ,  e  spesse  volte  pccorreva  Tbaver  a  combattcre  per  la  difesa  o  ppr  la 
recupcratione  di  qualche  luogo  occupato  da'  ghibellini,  o  per  riscattar  prede 
fatte....  condanno  sempre  de'  sudditi....  (Malavolti,  part.  U,  1.  Il,  r"4^  v*, 
45  r). 

"•  K  popolp  assai.  (Yiilani,  Vil,  ;>().) 


(An.  1276)  COMBAT  DU  FOSSÉ  RINOiNICHf.  185 

et  Cascina,  les  gibelins,  défenseurs  de  Pise,  avaient  creusé 
un  large  fossé,  qu'ils  appelaient  Rinonichi^  du  nom  d'un 
château  voisin  \  et  qu'ils  avaient  muni,  sur  une  longueur 
de  dix  milles  ou  plus,  de  palissades  et  de  mantelets.  Les 
guelfes  durent  camper  devant  celte  rivière  faite  de  main 
d'hommes,  et  que  les  gibelins  qu'on  voyait  sur  la  rive 
opposée  étaient  prêts  à  défendre.  Profilant  de  ce  temps 
d  arrêt  pour  renouer  les  négociations,  le  légat  aposto- 
lique Yelasco  et  les  ambassadeurs  du  roi  se  rendaient  à 
Pise.  Le  6  juin,  ils  y  concluaient  une  trêve  ',  mais  (rois 
jours  plus  lard  elle  était  violée.  Des  hommes  de  pied 
avaient  trouvé,  vers  l'embouchure  du  canal  dans  TArno, 
un  passage  non  gardé,  parce  que  les  difficultés  y  étaient 
plus  grandes  qu'ailleurs.  Grâce  aux  chaleurs  de  l'été  les 
eaux  étaient  basses,  et  une  portion  de  Tarmée  guelfe  pou- 
vait passer  à  gué,  tandis  que  l'autre  occuperait  l'enne- 
mi. Prises  de  flanc,  malgré  ce  fossé  profond  dont  elles  se 
croyaient  protégées,  les  milices  pisanes  s'enfuirent,  pour- 
suivies par  les  Florentins  *. 

fi'échec  ne  semblait  pas  grand,  mais  il  fut  de  consé- 
quence. Si  la  captivité  de  quelques  paysans,  si  l'abandon 
de  celte  première  ligne*  n'étaient  qu'un  accident  répa- 


<  Dal  BorgOy  Dîss.  viii.  —  Maraugone,  p.  554.  —  PignoUi,  1.  111,  t.  lU, 
p.  130.  —  C'est  par  erreur  que  le  nom  d'Amonico  a  remplacé,  dans  divers 
historiens,  celui  de  Rinonichi. 

*  Guido  de  Conraria,  loc,  cii,,  p.  685. 

»  Villani,  VII.  50.  —  Ammirato,  1276,  1.  UI,  t.  I,  p.  150.  —  Tronci, 
p.  233. 

*  IntroÎTerunt  cilra  fossum  de  Renonico  in  ?allem  Ami  et  Pisanos  ali- 
quos  stantes  ad  defensionem  dicti  fossi  sconfigerunl,  et  aliquos  ruslicos  ce- 
perunt,  et  parum  damnum  lune  in  dicta  contrada  feceruni,  et  eadem  die  ad 
campum  revcrsi  fuerunt.  (G.  de  Corvaria,R.  I.  S.,  t.  XXIV,  686.) —  Maran- 
gone  (R.  I.  S.,  Suppl.,  I,  554)  avoue  la  grandeur  de  Téchec;  mais  il  en 
juge,  comme  les  Florentins,  par  les  conséquences.  11  est  clair  que  ce  n^élait 
point  1^  uno  grande  bataille. 


184  PAIX  ENTRK  IMSE  ET  U  LIGUE.  (An.  127«) 

rable  pour  une  ville  puissante,  Fise  déçue  y  vit  l'irrévo- 
cable arrêt  du  destin.  Le  13  juin^  la  paix  fut  conclue 
au  camp  des  vainqueurs,  sous  le  pavillon  du  comman- 
dement, que  désignait  aux  yeux  un  lion  d'or,  en  présence 
du  brescian  Corrado  de  Palazzo ,  vicaire  général  à 
Florence  * ,  el  de  son  juge  le  piémontais  Guglielmo 
d'Alba,  des  polestats  de  Lucques,  de  Pisloia,  de  Prato  et 
de  San  Miniato.  Le  traité  renouvelait  toutes  les  stipula- 
tions des  précédenfs;  il  y  ajoutait  pour  les  Pisans  Tobli- 
gation  de  rétablir  les  exilés  dans  leurs  biens,  juridictions 
et  honneurs,  et  de  restituer  aux  Lucquois  divei*s  châteaux  ; 
pour  les  Lucquciis  l'obligation  de  remettre  au  nonce  apo- 
stolique tous  leurs  prisonniers;  pour  les  Florentins  et 
autres  guelfes,  celle  de  payer  dix  mille  marcs  d'argent, 
en  cas  d'infraction  au  pacte  conclu  '.  Les  exilés  ren- 
trèrent à  Pise  la  tête  haute  et  maîtres  effectifs  du  pouvoir, 
car,  d'après  le  traité,  c'est  à  leur  requête  que  le  pape 
devait  désigner  le  potestal  vX  les  autres  officiers  publics  *. 
Mais,  au  fond,  ce  qui  triomphait,  c'était  la  politique, 
c'étaient  les  intérêts  des  Florentins.  Le  grand  port  de  la 
Toscane  était  ouvert  à  leur  trafic,  et  les  guelfes  qu'ils  ve- 
naient de  rétablir  n'avaient  pas  les  moyens,  ne  pouvaient 
avoir  le  dessein  de  le  leur  fermer.  En  butte  à  d'impla- 
cables inimitiés,  ces  bannis  de  la  veille  n'avaient,  au  sein 


*  Sur  la  liste  des  Officiales  foretues  et  sur  celle  de  Paolino,  il  est  porté 
comme  étant  de  Brescia.  En  1278 ,  le  vicaire  royal  s*appelle  Scorie  dclla 
Porta,  et  en  1279  Duglione  di  San  Giovanni  {Cartapec,  Strozz,  Vguccioni^ 
doc.  des  20  mars  et  5  septembre  1279).  Ou  voit  donc  que  Charles  avait  fait 
droit  à  la  demande  des  Florentins ,  et  prenait  désormais  des  Italiens  pour 
vicaires. 

«  Villani,  VU,  50.  —  Ammirato,  1.  III,  t.  I,  p.  150-151.  -  Tronci, 
p.  233.  —  Marangone,  p.  555. 

'  Che  in  Pisa,  a  richiesta  de*  fuorusciti  guelfi,  il  pontefice  provcdesse  di 
podestà  e  ufBciali.  (Ammirato,  loc.  cit.,  y.  151.) 


(An.  1277)  IM'ISSANCE  DKS  FI^mENTINS.  lî<5 

d'une  population  gibeline,  qu'une  puissance  d'emprunt. 
De  puissance  propre  et  réelle  en  Toscane,  il  n'y  avait 
alors  que  celle  de  Florence.  Charles  d'Anjou,  malgré 
tous  ses  titres  de  potestat  ou  de  vicaire  impérial,  de 
roi  de  Sicile  et  de  sén.nteur  de  Rome,  de  gouverneur  de 
Bologne  et  de  seigneur  en  Romagne,  de  protecteur  du 
marquis  d'Esté  et  de  la  Marche  Trévisano,  n'avait  d'ac- 
tion sur  la  province  que  si  les  Florentins  joignaient 
leur  cavalerie  à  la  sienne  et  la  soutenaient  de  leurs  mi- 
lices à  pied,  si  surtout  ils  continuaient  de  lui  ouvrir  leurs 
caisses  publiques  ou  privées.  Encore,  pour  acheter  cette 
faveur,  devait-il  donner  à  ces  marchands,  à  ces  ban- 
quiers toute  facilité  de  les  remplir  dans  les  ports  de  son 
royaume,  en  y  vendant  les  draps  et  les  soies  dont  les  ba- 
rons et  la  cour  étaient  avides,  en  y  renouvelant  sans  cesse 
avec  eux  ces  opérations  financières  à  courte  échéance, 
où  Ton  vit  s'enrichir  les  Frescobaldi,  les  Ârdinghelli, 
les  Peruzzi,  les  Bardi,  et  plus  tard  les  Âcciajuoli,  les 
Alberti,  les  Yillani,  les  Pazzi,  les  Bonaccorsi,  les  Yalori  \ 
Pas  plus  que  Charles  d'Anjou  le  saint-siége  n'était  en 
mesure  de  rabaisser  l'orgueil  croissant  de  ces  opulents 
bourgeois  ".  L'interrègne  après  la  mort  de  Grégoire  X  ', 
une  succession  de  papes  éphémères  après  celle  d'Inno- 
cent Y,  qui,  lui-même  avait  à  peine  eu  le  temps  de  pré- 
sider à  la  paix  de  Pise  \  déshabituaient  les  Toscans 

*  Voy.  Peruzii,  Storia  del  commercio^  etc.,  qui  donne  à  T Appendice, 
p.  ii  sq.,  les  documents  d'après  le  Grande  archivio  di  Piapoli,  Sala  diplo- 
matica. 

*  Montre  in  questo  modo  cresceva  la  citti  di  fuori  in  riputaiionc  e  in 
continue  Tittorie  sopra  de'  loro  nemici,  mollo  più  monlata  dentro  tra  loro, 
corne  nella  félicita  suole  aTvenire,  la  superbia  e  Torgoglio.  (Ammirato,  loc, 
cit.,  p.  151.) 

^  Simone  délia  Tosa,  p.  209. 
'    ^  Le  13  juin  1277,  les  communes  de  la  ligue  toscane  concluaient  la 


186  NICOLAS  l[l  BROUlLli:  AVEC  CHARLES  D  ANJOU.  (An.  1277) 

d'écouler  la  voix  de  TÉglise,  de  se  plier  li  ses  volontés. 
Nicolas  Ilf,  en  1277,  ceint-il  la  tiare  pour  plus  de  temps 
que  ses  prédécesseurs?  Il  nuit  à  son  pouvoir  par  son  an- 
tagonisme avec  Charles  d'Anjou.  Issu  des  Orsini,  grande 
famille  de  Rome,  et  chef  de  la  chrétienté,  il  ne  croyait 
pas  trop  prétendre  en  mariant  un  de  ses  neveux  à  la 
nièce  du  roi.  Mais  le  roi,  «  avec  une  superbe  non  moins 
royale  que  française  »  dit  Ammirato  *,  osait  répondre 
que,  quoique  chaussé  de  rouge,  un  pai)e  n^ayant  pas 
reçu  son  pouvoir  en  héritage,  était  indigne  de  mêler  son 
sang  au  sang  de  FraYice  '. 

Dès  lors,  j>our  Nicolas,  c'est  Charles  qui  est  Tennemi. 
Déjà  suspect  par  sa  rapacité  sans  égale,  par  ses  intrigues 
contre  la  réunion  désirée  des  Églises  grecque  et  latine, 
menacé  des  foudres  pontificales  qui  eussent  fait  de  lui 
comme  un  réprouvé,  comme  un  proscrit  dans  son  propre 
royaume,  où  chacun  haïssait  sa  main  de  fer,  il  doit  résigner 
sa  charge  de  sénateur  de  Rome'  et  son  titre  de  vicaire  im- 
périal en  Toscane*.  Le  sacrifice  consommé,  il  n'en  voit 
pas  moins  se  dresser  devant  ses  yeux  le  fantôme  de  Rodol- 
phe de  Habsbourg.  C'est  la  rancune  d'un  pape  qui  appelle 
l'Allemand  en  Italie  contre  le  rude  conquérant  qui , 


paix  et  s'engageaient  à  remettre  à  Innocent  Y  la  décision  sur  leurs  difTiV 
rends  avec  Pise  (Arch.  di  Stato,  CapitoU,  XXIX,  t"  ^82  r-,  284  r). 

*  Con  superbia  non  meno  reale  chc  franzese.  (Ammirato,  loc,  cii., 
p.  153,) 

^  Perché  egli  abbia  il  calsiamento  rosso,  il  suo  lignaggio  non  è  degno  di 
nQi3chiarsi  col  nostro  e  sua  signoria  non  era  rctaggio.  (Villani,  Vil,  53.) 

3  En  1 278  ,  le  30  août ,  ses  dix  ans  étant  expirés  ,  Nicolas  Il[  lo  força  h 
remottre  les  forteresses  au  peuple  romain,  h  rappeler  do  Rome  ses  offi- 
ciers. 

*  Villani,  VII,  53.  —  Ammirato,  loc,  cit.,  p.  153.  -—  Ann,  eccL^  1278, 
J?  (>5  sq.  —  Muratori,  Ann.  dltaL,  1278.  —  Michèle  Amari,  Guerra  del 
veapro  sinliano,  c.  v.  —  Ronnïni,  loc.  rit,,  p.  169, 


^Ah.  1277)  RAPPORTS  DK  RODOLPHK  AVEC  FLORENCR.  187 

raaitre  dans  le  Midi,  porte  vers  le  Nord  des  regards  allu- 
més par  la  convoitise.  Gagné  par  l'abandon  de  l'exarchat 
de  Ravenne  et  des  biens  allodiaux  de  Mathilde,  Nicolas  IJI 
invite  le  roi  des  Romains  à  se  hâter  de  rétablir  la  paix  en 
Toscane;  il  ordonne  aux  banquiers  de  Florence  et  do  Pis- 
loia  de  lui  compter,  pour  sa  roule,  deux  cent  mille  flo« 
rinsV  Avex  Florence,  placée  encore  sous  le  protectorat  de 
son  rival,  Rodolphe  noue  et  entrelient  des  relations  an^i- 
cales.  À  a  ses  chers  et  fidèles  Florentins  »  il  annonce  lui- 
même  sa  grande  victoire  sur  Otlocar  de  Bohême,  tandis 
que  les  marchands,  les  chevaliers  qui  avaient  assisté  à  la 
bataille,  rapportaient  déjà,  par  toute  l'Italie,  qu'ils  avaient 
vu  périr  le  tiers  des  vaincus,  les  uns  sous  le  glaive,  les 
autres  dans  les  e«nux  de  la  March'. 

Mais  quoique  appelé  et  annoncé  par  le  souverain  pon- 
tife, quoique  rendu  redoutable  à  l'avance  par  les  reten- 
tissantes trompettes  de  la  renommée,  Rodolphe  de  Habs- 
bourg ne  passera  point  les  Alpes.  Les  eill-il  passées,  ce 
n'est  pas  lui  qui  eût  réussi  dans  la  titanique  enlreprise 
où  avaient  échoué  Frédéric  Barberousse,  Henri  YI,  Frédé- 
ric H,  Manfred,  Charles  d'Anjou.  Les  choses  suivent  et 
suivront  leur  invincible  cours.  L'indépendance  munici- 
pale et  républicaine  est  désormais  si  bien  assurée,  que  nul 
ne  s'inquiète  plus  des  dangers  qui  la  peuvent  menacer 
du  dehors.  Ce  sont  les  discordes  du  dedans  qu'il  faut 
craindre.  Les  princes  y  pourront  encore  jouer  leur  rôle, 

*  Fioravanti,  c.  xv,  p.  235.  —  Inghirami,  VI,  482. 

'  Ilec  predicta  retuli  sicut  ex  quorumdain  mcrcatoruin  lilteris  de  Vienna 
misais  in  Tusciam  didici,  vol  a  magnis  viris  qui  prelio  inlerfucranl,  vcnien- 
tibus  ad  curiam  Romanam  narrata  percepi.  (MinorUWf  etc.,  p.  tG8.) 
Les  lettres  de  Rodolphe  étaient  adressées  :  «  Prudentibus  vins,  Pôles- 
tati,  comuni  ac  universis  civibus  civitatis  Florentie,  dilectis  suis  fidelibus.  » 
(Ibifl.) 


1««  NÊCKSSITfi  iniNE  RÉFORME.  (As.  1277) 

mais  un  rôle  secondaire ,  qui  aurait  pu  disparaître  de  la 
pièce  sans  en  altérer  beaucoup  le  caractère  ni  le  dénoû- 
ment.  Au  torrent  troublé  qui  entraîne  les  populations 
toscanes  et  qui  prive  le  saint-siége  du  point  d'appui  qu'il 
voulait  trouver,  qu'il  avait  besoin  de  trouver  en  elles, 
c'est  un  autre  genre  de  digues  qu'il  fallait  opposer.  Les 
Florentins  le  sentaient  comme  le  pape;  on  allait  les  voir, 
de  concert  avec  lui ,  en  élever  la  rapide  mais  résistante 
construction. 


LIVRE  V 


CHAPITRE  PREMIER 

CONSTITUTION    DÉFINITIVE    DE    LA    REPUBLIQUE 

-  1278-1184  - 

Discordes  croissanlos  cnlre  les  guelfes  et  les  {pbelins.  —  Le  cardinal  Ulino, 
légat  et  médiateur  [8  octobre  1279).  —  Pouvoirs  qui  lui  sont  conférés.  — 
Paix  entre  les  partis  (18  janvier  1280).  —  RtUormc  du  gouvernement.  —  Le 
saint-siége  protecteur.  —  Les  quatone.  —  Les  mille  de  la  milice  civique.  — 
Révision  des  statuts.  —  liéforme  semblable  à  Sienne,  Yolterre,  Pistoia.  —  Dé- 
part du  cardinal  Latino.  —  Impuissance  du  vicaire  impérial.  —  Prospérité  à 
Florence.  —  Ses  relations  avec  le  saint-siége.  —  Martin  lY,  fauteur  des  guel- 
fes (1281).  —  Reconstitution  de  la  ligue  toscane  (8  février  1282).  —  Les 
vêpres  siciliennes.  —  Les  Florentins  en  Sicile.  —  Leurs  délibérations  finan- 
cières. —  Nouvelles  discordes.  —  Us  gibelins  proscrits.  —  Commission  pour 
réformer  le  gouvernement.  —  Les  prieurs.  —  Le  potestat,  le  capitaine,  le  pro- 
consul. —  Leurs  attributions  :  le  gouvernement,  la  justice,  la  police,  Tarmée. 

—  Les  conseils  :  leur  r6le  dans  l'État.  —  Magistrats  subalternes.   -  Les  am- 
bassadeurs. —  Caractère  de  cette  Constitution.  —  Satiitfaction  des  Fbrentins. 

—  Fêtes  et  réjouissances. 

Depuis  longtemps  déjà  la  population  laborieuse  était 
l'âme  même  de  Florence.  Par  le  travail  elle  conquérait 
la  richesse,  et  par  la  richesse  des  loisirs,  condition  pre- 
mière de  cette  culture  intellectuelle  qui  est  Thonneur  des 
peuples  comme  des  hommes,  et  qui  les  met  hors  de 
pair  aux  yeux  des  contemporains  comme  de  la  posiérité. 
Le  sentiment  de  ce  double  progrès  développait  chaque 


190  INSOLENCE  DES  GRANDS  GUELFES.  (An.  iS78 

jour  Tesprit  d'émancipation  et  d'indépendance,  si  me- 
naçant pour  les  anciens  maîtres;  mais  ils  ne  semblaient 
pas  soupçonner  le  danger.  L'insolence  des  grands  guelfes 
était  sans  bornes.  Ils  ne  respectaient  plus  les  magistrats 
qu'ils  avaient  nommés  eux-mêmes.  Us  s'abandonnaient 
aux  violences,  ils  commettaient  les  homicides  que,  dans 
un  État  mal  réglé,  provoque  la  passion  ou  le  caprice. 
I^urs  crimes  restaient  impunis,  car  ils  trouvaient,  pour 
les  protéger,  Tappui  de  leurs  pareils,  qui  achetaient  à 
ce  prix  la  réciprocité  ^  Contre  ces  hommes  si  considéra- 
bles, si  bien  soutenus,  en  rapports  constants  et  fami- 
liers avec  les  chefs  de  la  commuiM,  toute  condamnation 
devenait  difficile.  Élait-elle  prononcée?  ils  en  obtenaient 
sans  peine  la  révocation.  Envoyés  en  exil,  ils  ne  s'y  ren- 
daient point\  Pouvanttout  faire  impunément,  ils  recom- 
mençaient le  lendemain,  pleins  de  mépris  pour  les  victi- 
mes de  leur  arbitraire,  pour  les  marchands  et  les  arti- 
sans, leurs  anciens  compagnons  de  combat.  La  diversité 
d'origine  réveillait  leur  morgue  primitive  ;  la  diversité 
d'intérêts  rouvrait  l'abime  qu'avait  un  moment  fermé  la 
communauté  des  périls. 

Le  pis  était  qu'on  ne  pouvait  exiger  des  magnats 
guelfes  plus  de  modération  et  d'égards.  Au  dehors,  en 
effet,  aux  portes  mêmes  de  Florence,  se  tenait  en  éveil 
rcniiemi  héréditaire,  la  noblesse  gibeline,  guettant  Toc- 
casion  de  rentrer  dans  sa  patrie,  par  des  pratiques  secrè- 
tes ou  par  la  force  ouverte.  On  la  redoutait  trop  pour  se 
brouiller  avec  des  nobles  qui  ne  demandaient  qu'à  la 
combattre.  C'est  contre  elle  qu'étaient  prises  toutes  les 
mesures  rigoureuses.  En  1278,  les  grands  gibelins  qui 

<  Machiavel,  lU.  fior.,  11,  20  B. 

•  Amrairalo,  1281.  1.  Uï,  1. 1,  i».  159. 


(Ah.  1278)  NÉCESSITÉ  DE  LES  MÉAAGER.  11)  1 

n'avaient  pas  quitté  Florence  y  étaient  exclus,  par  le  sta- 
tut en  vigueur,  de  tout  ofiice  public  ^  Si  Ton  faisait  la 
guerre  au  dehors,  c'était  pour  les  vaincre,  eux  et  leurs 
alliés,  et  de  ces  expéditions  l'on  revenait  parfois  la  tête 
basse,  avec  une  ardente  soif  de  vengeance  qui  refoulait 
toute  autre  préoccupation,  tout  autre  sentiment.  Ainsi, 
le  4  octobre  1278,  partait  le  comte  Guido  Salvalico  de 
Dovadola,  avec  la  cavalerie  florentine.  Sa  mission  était 
de  s'unir  aux  cavalcate  de  Bologne,  de  Parme,  de  Reg- 
gio,  de  Modèue,  contre  les  seuls  gibelins  de  Forli,  que 
commandait  Guido  de  Montefeltro,  assisté  de  Guido 
Novello.  Le  14  novembre,  les  Florentins  se  voyant  enle- 
ver Civitella  qu'ils  avaient  prise,  cédaient  à  la  panique  ;  ils 
abandonnaient  armes,  chevaux,  équipages,  munitions, 
et  repassaient  en  toute  hâte  l'Apennin,  tandis  que,  de 
leur  côté,  les  Bolonais  rentraient  chez  eux^ 

Le  moment  n'était  donc  pas  venu  d'une  rupture  avec 
les  nobles  guelfes.  Leur  puissance  militaire  ne  semblait 
pas  de  trop,  à  peine  même  la  jugeait^on  suffisante,  pour 
tenir  tête  aux  gibelins.  On  déplorait  qu'ils  Taffaiblissent 
}>ar  des  rivalités  insensées  entre  gens  de  la  même  caste 
et  du  même  parti.  Ce  mal  séculaire  empirait  tous  les 
jours  «  Au  sein  du  parti  guelfe,  deux  familles  puissantes^ 


'  Le  statut  manque,  mais  le  fuit  est  prouvé  par  un  document  de  VArch, 
di  Stato  qu'a  publié  M.  Bonaïni  :  «  Slatuimus  et  firmamus  quod  nullus  ghi- 
bellinus  possil  esse  in  aliquo  oflicio  in  civitate  vel  coinitatu  Florenlie,  et  si 
quis  eum  elegeril,  puntalur  in  libris  25  ..  Item  quod  nullus  ghibellinus 
possit  esse  consul,  vel  rector,  seu  prior  alicujus  arlis  civitalis.  Et  si  esset 
positus  ad  eligendum  et  electus  (condeinnetur)  in  libris  50  et  cassetur  de 
ofBcio  et  sit  precisum...  subannis  D.  1277,  die  17  februaris (vieux  style).  » 
Giomale  storico  degli  archivi  totcani,  t.  1,  p.  170.  Janvier-mars  185?. 

«  Annal,  Foroliv.W.  I.  S.  t. XXII,  139-141.  — Muralori,  Ann.dllalia, 
i'277.  -—  Les  Annales  deForlt  donnent  la  date  du  jour,  non  celle  dcTan-^ 
née,  car  elles  n'en  mentionnent  aucune  entre  1276  et  1279. 


192  TItËVË  AVtiG  LES  GRAiNDS  GUELFES.  (An.  1^78) 

les  Âdimari  et  les  Donali,  formaient  comme  deux  factions 
ennemies.  Moins  forts  en  soi,  les  Donati  étaient  soutenus 
par  lesPazzi  et  les  Tosinghi,  qui  rétablissaient  un  équi- 
libre funeste.  Les  clients  accouraient  se  ranger  derrière 
leurs  patrons.  Des  rixes  continuelles  devenaient  facile- 
ment des  mêlées  générales.  Il  était  rare  que,  de  part  et 
d'autre,  on  ne  laissât  quelqu'un  des  siens  sur  le  carreau. 
Ces  divisions  gagnant  de  proche  en  proche,  avaient  fmi 
par  s'étendre  aux  marchands,  au  menu  peuple,  à  toute 
la  ville*. 

A  la  fin,  elles  parurent  intolérables  à  quiconque  vivait 
de  son  travail.  Résolus  à  vouloir,  les  popolani  imposèrent 
aux  nobles  guelfes  une  trêve  de  deut  mois*.  Mais  une 
trêve,  c'était  pour  eux  le  loisir  de  reprendre  des  forces, 
d'organiser  mieux  la  défense  ou  Taltaquei  et  il  semblait 
à  craindre  qu'à  la  reprise  des  hostilités  l'une  des  deux 
factions  ne  poussât  l'autre  dans  l'exil,  renfort  inespéré 
pour  les  gibelins  \  Rappeler  ces  derniers,  introduire 
l'ennemi  dans  la  place,  parut  le  plus  sûr  moyen  d'en  ré- 
concilier les  défenseurs,  de  cimenter  à  nouveau  leur  an- 
cienne union*.  Moyen  hardi  plus  encore  qu'ingénieux, 
et  qui  ne  pouvait  réussir  que  par  Tintervention  d'une 
autorité  respectée.  Or  celle  de  l'Église  était  la  seule  de- 
vant qui  tout  Florentin  s'inclinât. 

*  Per  modo  che  quasi  tutta  la  città  n'era  partita  (Yillani,  VH,  55.)  Ste- 
fani,  II,  15.  Aminirato,  1278.  L.  UI,  t.  I,  p.  i5'2. 

*  Stefani,  II,  15. 

'  Se  non  parte  guelfa  si  divideae  cacciava  Tuno  Fallro  (Villani,  VII,  55.) 

*  Pensarono  i  capi  di*l  popolo  per  frenare  questa  insolenza  ch'e  fusse  bene 
rimeltere  i  fuorusciti  (Machiavel,  ht  H,  20  B.)  M.  Hillebrand  (p.  ?92) 
semble  croire  que  ce  rappel  fut  le  fait  des  nobles,  et  ajoute  que  la  bourgeoi- 
sie commença  à  comprendre  que  c'était  contre  elle  que  se  faisait  la  récon- 
ciliation. Ainsi  entendu,  ce  rappel  ne  s'expliquerait  plus.  Villani,  au 
reste,  n*en  parle  pas. 


(AN.  1279)         MÉDIATION  INYOQUÉli;  DE  NICOLAS  111.  193 

C'est  ainsi  que  ces  subtils  politiques  dépéchèreut  sans 
retard  une  ambassade  à  Nicolas  III.  Gherardo  des  Buon- 
delmorili,  Fortebraccio  des  Bostichi,  Cardinale  des  Tor- 
naquinci^  chevaliers,  et  Oddone  Âltoviti,  jurisconsulte, 
s'allèrent  jeter  à  ses  pieds  au  nom  de  leur  commune,  le 
priant  de  lui  rendre  le  bienfait  de  la  paix,  et  promettant 
de  payer  cinquante  mille  marcs  d'argent,  si,  les  décisions 
pontificales  prises,  ils  y  contrevenaient \  Dans  le  même 
temps,  soit  par  hasard,  soit  pour  balancer  l'effet  de  cette 
démarche,  arrivaient  plusieurs  bannis  gibelins.  Ils  ve- 
naient supplier  le  pape  de  faire  en  sorte  que  la  sentence 
pacificatrice  rendue  naguère  par  Grégoire  X  fût  enfin 
observée  par  les  guelfes  de  Florence,  et  rouvrît  aux  exi- 
lés les  portes  de  leur  patrie'. 

Rappelé  si  à  propos,  ce  souvenir  de  désobéissance 
flagrante  était  de  nature  à  faire  réfléchir  le  pontife  sur 
le  danger  de  compromettre  une  fois  de  plus  Tautorité 
du  saint-siége.  Mais,  à  y  regarder  de  près,  les  circon- 
stances étaient  changées.  Les  guelfes  imploraient  main- 
tenant cette  médiation  suprême  que  Grégoire  X  avait 
voulu  leur  imposer.  D'ailleurs  le  père  des  fidèles  rem- 
plissait un  devoir  en  réconciliant  les  citoyens  d'une  ville 
ordinairement  dévouée,  et  le  souverain  temporel  trouvait 
son  compte  à  exercer  sur  la  Toscane  cette  suprématie 
que  prétendait  Charles  d'Anjou.  Nicolas  III  n'hésita  donc 
point  à  envoyer  sur  les  bords  de  l'Arno  le  propre  fils  de 

*  Cardinale  est  son  nom,  comme  on  le  voit  dans  un  doc.  de  TArch.  di 
Stato  {CapHoli,  XXI,  176),  dont  un  fragment  est  rapporté  dans  les  DeUzte^ 
IX,  69.  Un  autre  desConmlU  délia  Rqmbblica  (I,  C.p.  59)  le  montre  po- 
testat  d'une  petite  localité  en  1282.  C'était  là  une  fonction  de  citoyen,  non 
de  cardinal. 

Delizie,  IX.  (iO.  ^  Ammirato,  1279.  1. 111, 1. 1,  p.  152. 

^  Villani,Vll,  55.Ste(ani,  II,  15. 

BIST.    DE  FLOiŒACE*  —  II  13 


194  LE  CARDINAL  LATWO  (Am.  1279) 

sa  sœur,  Latino  Frangipani  des  Brancaleoni,  dominicain, 
cardinal,  évéque  d'Ostie  ctde  Velletri*.  C*était  un  homme 
réputé  pour  son  savoir*,  mais  surtout  pour  son  élo- 
quence ^  Il  se  trouvait  alors  dans  les  Romagnes  en  qua- 
lité de  légat.  Il  en  partit  sans  retard,  et  le  8  octobre  1279, 
il  arrivait  aux  portes  de  Florence,  escorté  de  trois  cents 
cavaliers  de  l'Église,  pour  faire  respecter,  dans  une  ville 
si  troublée,  sa  personne  et  ses  décisions*.  Les  cavaliers 
de  Charles  d'Anjou  ne  le  rassuraient  point.  Leur  pré- 
sence n'avait  pu  rien  empêcher.  Ils  n'étaient  plus  qu'une 
poignée  de  mercenaires,  payés  par  la  commune  et  em- 
ployés à  son  gré,  le  plus  souvent  au  dehors.  Le  vicaire 
royal  vivait  grassement  de  ses  gages,  sans  commander  a 
personne,  dans  une  inaction  sans  dignité.  L'autorité  de 
son  maître  n'étant  plus  qu'un  fantôme,  on  laissait  le  fan- 
tôme errer  par  les  rues,  sans  prendre  la  peine  de  porter 
le  décret  qui  l'eût  légalement  dissipé'. 

L'attention  était  toute  à  ce  cardinal  cvêque,  à  ce  légal, 

'  Latinus  Frangipanis  vel  Nalabranca  quem  J.  Yillanus  Brancalconum 
familia  satum  dicit,  [lomanus,  Nicolai  III  ex  sorore  nepos.  (  Yitœ  et  ret  geitœ 
poniificum  romanorum  et  cardinalium  Alph.  Ciaconii  ord.prœd,  et  alUh 
rum  opéra  descriptœ,  Rome  1677,  in  {*,  t.  U,  col.  221.)  Ce  cardinal  est 
appelé  simplement  «  Dom.  Fr.  Lalinus  Ilostiensis  et  Yelletrensis  episoopus  » 
dans  les  documents  originaux  (Arch.  di  Stato,  Capitoliy  XXIX,  324,  et  Deli- 
zie,  W,  69).  Dans  un  autre  document  des  Delizie  (ibid,,  p.  107),  il  est  ap- 
pelé i  D.  Raynaldus  de  Ursinis,  cardinalis  Latinus.  »  C'est  bien  du  même 
qu^il  8*agit,  quoique  Ciaconio  (ibid  ,  t.  U,  col.  512),  à  Tannée  1342,  parle 
d*un  autre  cardinal  du  même  nom,  mort  en  1369.  En  fail,  le  cardinal 
Latino  ne  tenait  aux  Orsini  que  par  sa  mère.  Ammiralo  (l.  III,  L  I,  p.  153) 
rappelle  Fra  Latino  Fregapane. 

*  Di  grande  autoritade  e  scienza.  (Villani,  VU,  55.) 

'  Hic  cum  condonator  eximius  esset,  maximaque  polleret  facundia.  (Cia-» 
conio,  ibid.  col.  221.) 

*  Villani,  VU,  55. 

*  Fauriel  (Hist,  litt.  de  la  France,  XX,  282)  dit,  en  parlant  du  pouvoir 
de  Charles  à  Florence,  qu'on  ne  voit  pas  bien  clairement  dans  Thistoirt) 
quand  ni  comment  il  finit.  C'est  qu'en  fait  il  ne  finit  point.  Il  s'éteignit  in- 


(Ah.  1279)  REÇU  A  FLORENCE.  195 

à  ce  parent  du  pape,  dépositaire  sans  doute  de  ses  plus 
secrètes  pensées,  et  en  qui  une  population  crédule,  tou- 
jours prête  à  espérer,  saluait  Thomme  providentiel,  seul 
capable  de  résoudre  d'inextricables  difficultés.  Le  clergé, 
les  ordres  religieux,  allèrent  en  grande  pompe  le  rece- 
voir. Les  magistrats  envoyèrent  au  devant  de  lui  le  car- 
roccio^  les  bannières  des  vingt  et  un  arts,  des  députations 
nombreuses  de  citoyens,  une  foule  de  jeunes  gens  nobles 
achevai,  parés  comme  pour  des  joutes  {armeggiatori) , 
uniformément  vêtus  d'habits  de  taffetas  à  bandes  de  di- 
verses couleurs  {mdazzi).  Autour  du  légat  ils  caraco- 
laient avec  l'aisance  de  leur  race  et  l'agilité  de  leur  âge  ; 
ils  se  dressaient  sur  leurs  courts  étriers,  à  la  mode  des 
Maures,  comme  pour  rompre  une  lance.  Toute  la  ville 
était  sur  pied,  encombrait  les  rues,  les  fenêtres  et  jus- 
qu'aux toits,  sur  le  passage  du  cortège.  Aux  portes,  le 
cardinal  sur  sa  haquenée  fut  placé  sous  un  dais,  comme 
on  faisait  pour  le  pape  ou  pour  l'empereur,  et  conduit  à 
la  maison  de  messer  Tommaso  Spigliati  des  Mozzi,  qui, 
selon  la  coutume,  avait  l'honneur  de  lui  offrir  l'hospita- 
lité ^ 

Il  ne  procéda  qu'avec  une  prudente  circonspection. 
En  politique  avisé,  il  étudiait  le  terrain.  Comme  il  pou- 
vait ne  pas  réussir  dans  sa  mission,  comme  il  risquait  d'y 
compromettre  sa  dignité  de  légat  et  celle  du  pape  média- 

sensiblement,  par  In  discorde  entre  le  pape  et  le  roi,  par  Timpossibilité  où 
se  trouvait  celui-ci  de  venir  en  Toscane.  Fauriel  ajoute  qu'il  n'y  avait  plus 
dans  la  ville  ni  guelfes,  ni  gibelins,  ni  liberté.  De  liberté,  au  sens  moderne 
du  mot,  il  n*y  en  avait  jamais  eu  ;  il  y  en  avait  de  plus  en  plus  par  rap- 
port aux  relations  des  protégés  avec  le  protecteur.  Quant  aux  guelfes  et  aux 
gibelins,  s'ils  étaient  sur  le  point  de  se  transformer,  la  transformation  n'é- 
tait pas  accomplie. 

i  Paolino,  11, 36.  —  Ammirato,  l.  Ill,  t.  I,  p.  15S. 


196  POUVOIRS  ACCORDÉS  (Ak.  1279) 

leur,  il  n'était  venu  en  apparence  que  pour  poser  la 
première  pierre  de  Sanla  Maria  Novella,  église  projetée 
du  couvent  qu'habitait  son  ordre  des  frères  prêcheurs, 
depuis  les  temps  héroïques  où  Pierre  Martyr  terrassait 
les  Patarins.  Le  18  octobre*  eut  lieu  cette  cérémonie. 
Déjà  étaient  commencées  par-dessous  main  les  pratiques 
pour  sonder  les  cœurs,  pour  connaître,  pour  modifier, 
au  besoin,  les  intentions  des  magistrats  et  des  princi- 
paux citoyens  de  chaque  parti.  Le  dimanche  19  novem- 
bre seulement,  on  crut  pouvoir  rendre  publics  des  des- 
seins qui  n'étaient,  comme  on  dit,  que  le  secret  de  la 
comédie. 

Par  l'ordre  du  potestat  se  réunirent,  sur  la  place  de 
Sanla  Maria  Novella*,  Scurta  délia  Porta,  vicaire  royal, 
Adenolfo  del  Conlo,  capitaine  de  h  parte  guelfa^  les  ma- 
gistrats, les  conseils  et  le  peuple.  Le  cardinal  prit  alors 
la  parole  et  annonça  son  projet  de  supprimer,  avec  l'aide 
de  Dieu,  les  dissentiments  entre  guelfes  et  guelfes,  entre 
guelfes  et  gibelins,  et  même  entre  gibelins  et  gibelins'. 


*  Cette  date  est  constatée  par  une  inscription  du  temps,  qui  existe  encore 
aujourd'hui.  Aux  années  suivantes,  se  succèdent  les  achats  de  maisons  i  ad 
faciendam  plaleam  ante  ecclesiam  S.  M.  Notell».  »  1283,  1284  {CapUoli, 
Xn,  101).  5  février  1287  (ibid,,  XLl).  —  Voy.  Gaye,  Carteggio  inedilo 
rf'flWwa-,  1,416,  417. 

'  Il  s'agit  de  la  piazza  vecchia  de  ce  nom,  située  sur  le  flanc  de  Té- 
glise,  et  non  de  la  place  nouvelle,  tracée  depuis  devant  la  façade.  (Voy. 
Villani,  VU,  55). 

'  Suc  intenlionis  erat  super  spccialibus  discordiis  que  sunt  inter  guel- 
phos  ad  invicem  et  etiam  inter  gibellinos  ad  invicem,  et  etiam  que  suut 
inler  guelfos  et  gibellinos  civitalis  et  dislriclus  Florenlie,  de  quibus  sibi 
videlur  pacem  auxilianle  Domino  reformare  (Doc.  de  TArch.  di  Stato,  Capi- 
toit,  XXIX,  346-547.  Des  fragments  en  ont  été  publiés  par  Ildefonso  de  San 
Luigi  (Delizie,  IX,  69)  et  par  BI.  Bonaïni  (Giom,  itor.  degli  archivi  ios- 
cani,  t.  ni,  p.  174.  Avril-juin  1859).  Ammirato  (1.  IH,  t.  1,  p.  153)  a  évi- 
demment connu  ce  précieux  document. 


(Aif,  1270)  AD  CARDINAL  LATINO.  197 

Puis  il  demandn  une  balia  * ,  non  générale,  mais  spé- 
ciale, c'est  à  dire  de  pleins  pouvoirs  sur  les  points  sui- 
vants :  1^  Contraindre  les  habitants  de  la  ville  et  du 
territoire  à  exécuter  ce  qu'il  aurait  décidé,  à  exiler,  à 
frapper  d'amende  les  récalcitrants.  2**  S'emparer  de 
leurs  maisons,  palais,  tours  et  biens,  pour  les  confis- 
quer, vendre  ou  détruire,  s'il  le  jugeait  à  propos. 
3*"  Prendre  des  otages,  se  faire  remettre  en  garantie  les 
forteresses  qu'il  demanderait.  4°  Donner  à  ses  sentences 
la  même  force  que  si  elles  émanaient  du  peuple  entier. 
5®  Exécuter  ses  ordres  sur  tous  ces  points,  sans  objecter 
statut,  coutume,  règlement,  réforme  ou  serment  con- 
traire. 6^  Reconnaître  son  droit,  s'ils  manquaient  à  ces 
engagements,  de  les  contraindre,  et  s'ils  s'obstinaient,  de 
fulminer  les  peines  spirituelles  à  son  gré.  Aussitôt  tout 
le  peuple  et  tous  les  personnages  présents,  sans  aucune 
opposition,  accordèrent  libéralement  tous  ces  pouvoirs, 
en  s'écriant  d'une  voix  unanime  :  «  Ainsi  soit!  Ainsi 
soit'!  » 

Tout  semblait  donc  convenu  ;  mais  pour  qu'il  n'y  eût 
pas  d'équivoque,  le  cardinal  reprit  d'une  voix  forte  : 
«  Comme  il  arrive  souvent,  dit-il,  que  beaucoup  crient 
dans  le  peuple,  et  cependant  ne  savent  pas  pourquoi  ils 
crient,  je  veux  que  tous  comprennent  bien  ce  qui  se 
fait'.  »  Il  récapitula  alors  toutes  ses  conditions,  et  il 

*  Balidy  du  latin  vaïeo,  pouvoir,  puissance.  Selon  d*(iutre9,  de  baiulo, 
qui  dans  Tancienne  langue  signifie  gardien,  gouverneur,  et  dans  la  langue 
courante  faquin,  portefuix  (voy.  le  vorab.  de  la  Crtuca  et  Del  Lungo,  notes 
à  Dino  Gompagni,  p.  95,  n.  i.  Milan,  1870). 

'  Et  inconlinenli  totus  populus  et  ouines  suprascripti,  nemine  discor- 
dante..., liberaliter  concesserunt,  una  voce  clanoantes  :  Ita  sit  !  ita  sit  !  ita 
sit!  (Document  cité.) 

*  Quia  sepe  contingit  quod  multi  clamant  in  populo  et  tamen  nesciunl 
quid  clametur,  volo  quod  omnes  intelligant  que  aguutur.  (Doc.  cité). 


lus      EXÉCUTION  DES  SENTENCES  DU  CARDINAL.  (Aw.  1279) 

ajouta  :  «  Si  quelqu'un  parmi  vous  y  conlredil,  ne  les 
trouve  pas  bonnes  et  utiles,  et  veut  donner  ses  motifs, 
qu'il  se  lève  sans  crainte  et  exprime  sa  volonté  \  » 
Comme  la  première  fois,  l'assentiment  fut  unanime.  Fra 
Latino,  aussitôt,  lit  tout  écrire  par  le  notaire  Bonamore, 
et  conclut  en  disant  que  puisqu'il  était  muni  du  droit  de 
lodarCy  c'est-à-dire  de  rendre  une  sentence  arbitrale,  de 
rétablir  l'accord,  quiconque  y  contreviendrait  serait 
puni,  resterait  en  exil  s'il  y  était  déjà,  y  serait  envoyé, 
s'il  était  encore  dans  la  ville',  perdrait  la  protection  de 
la  commune  pour  ses  biens,  serait  puni,  au  besoin, 
dans  sa  personne,  corporellement  et  spirituellement'. 

Certain  dès  lors  de  l'efticacité  de  ses  pouvoirs,  le  légal 
entreprit  sans  relard  d'activés  négociations.  Remontant 
à  l'origine  des  querelles  de  parti,  il  pensa  que  s'il  récon- 
ciliait les  Buondelmonli  avec  les  Uberti,  tout  le  reste 
viendrait  par  surcroît.  Comme  les  fils  de  Rinieri  Buon- 
delmonte,  le  bohémien,  le  diseur  de  bonne  aventure^, 
reslaient  implacables  dans  leurs  haines  héréditaires,  il 
fit  sur  eux  un  exemple  :  il  les  frappa  d'excommunication 
et  les  envoya  en  exiP.  On  n'avait  pas  cru  d'abord  à  ces 
rigueurs.  Quand  on  vit  des  citoyens  si  considérables 
courber  la  tête  et  quitter  leur  patrie,  chacun  sentit  qu'il 


<  Et  iterato  omnia  premissa  recapitulavit  et  dixit  :  Quod  si  quis  esset  in- 
ter  eos  qui  in  suprascriptis  in  aliquo  conlradicere  vellet,  Tel  cui  predicta 
non  viderentur  bona  vel  utilia,  et  vellet  aliquam  cansam  assignare,  secure 
surgeret  et  suam  exprimât  voluntatem.  (Doc.  cité.) 

*  Populus  florentinus  vocatus  ad  parla mentum  prestilit  licentiam  et  auc- 
toritatem  D.  Legato  Fra  Latino  cogendi  quoscumque  particulares  ad  pacem 
el  eoadem  condemnandi  et  relegandi.  (Doc.  cité.) 

'  Doc.  cité.  Voy.  Bonaïni,  /oc,  àt.  p.  175. 

^  Il  a  été  question  plus  haut  de  celte  victime  de  Frédéric  II.  Voy.  1.  II, 
eh  u,  1. 1,  p.  519. 

»  ViUani,  VII,  55. 


(Âir.  1:280)         U  PAIX  SOLËlSNELLfclMENT  CONCLUE.  190 

fallait  plier.  Uberti  et  Buondelmonti,  Adimari  et  Donati 
consentirent  à  la  paix.  Tout  ce  qui  semblait  impossible 
cessa  de  l'être.  Le  13  janvier  1280,  furent  convoqués 
dans  le  palais  public  le  conseil  général  des  trois  cents, 
le  conseil  spécial  des  quatre-vingt-dix,  la  parte  guelfa  de 
la  ville  et  du  territoire,  avec  les  quatorze  huoni  uomini 
députés  à  la  garde  de  la  commune  et  de  la  parte.  Sous 
la  présidence  du  potestat ,  Pietro  Ranieri ,  proconsul 
romain  \  il  fut  décidé  que  les  deux  légistes  fiardo  d'Âm- 
miralo  et  Jacopo  d'Angelotto  iraient,  comme  syndics  do  la 
commune  et  de  la  parte^  engager  au  légat  Tobéissance 
de  l'une  et  de  l'autre,  sous  peine  de  cinquante  mille 
marcs  d'argent  \ 

Le  paix  était  virtuellement  conclue.  Elle  le  fut  solen- 
nellement cinq  jours  plus  tard,  le  18  janvier,  sur  la  place 
de  Santa  Maria  Novella,  dans  une  seconde  assemblée  à 
parlement.  Sur  un  échafaudage  en  bois,  recouvert  de 
tentures  et  dressé  au  milieu  de  la  place,  monta  le  cardi- 
nal Latino,  accompagné  de  l'archevêque  de  Bari,  des  évo- 
ques de  Pistoia,  de  Lucques  et  d'Àrezzo,  ainsi  que  d'au- 
tres prélats,  clercs  et  religieux.  Il  prononça  c<  une  belle 
harangue,  fournie  de  grandes  et  nombreuses  autorités, 
comme  il  convenait,  sur  une  telle  matière,  à  un  si  savant 
et  si  brillant  prédicateur  *.  »  Il  parla  noblement  du  fléau 
des  factions,  du  bienfait  de  la  paix,  de  ses  efTorls  et  de  ses 
actes  pour  accomplir  les  volontés  du  saint-siége.  Il  fixa 


*  Lib,  off.  forent, 

*  Ârch.  di  Stato,  Capiioli,  XXI,  171.  La  partie  principale  de  ce  docu- 
ment a  été  publiée  par  M.  Bonaïni,  loc,  cit.,  p.  i76.  Un  petit  extrait  8*en 
trouve  dans  les  Delizie,  IX,  68-09. 

>  Usando  di  grandi  e  molto  belle  autoritadi,  corne  alla  materia  si  con- 
▼enia,  siccome  quegli  che  era  savio  e  bello  predicatore.  (Villani,  VII,  55.) 


200  PRINCIPALES  CONDITIONS  DE  IJl  PAîX.        (Ak.  4280) 

les  conditions  de  l'accord  entre  les  partis,  renouvela  ses 
menaces  de  peines  graves  contre  quiconque  le  romprait, 
voulut  que  les  gibelins  fussent  rappelés  et  remis  en  pos- 
session de  leurs  biens,  et  que  les  syndics  des  deux  partis, 
nommés  sur  sa  demande,  se  baisassent  sur  labouche^ 
Les  immeubles  devaient  être  restitués  réciproquement. 
Quant  aux  biens  meubles,  on  pourrait,  au  lieu  de  les 
rendre,  en  payer  la  valeur  évaluée  par  un  sage,  à  condi- 
tion, toutefois,  que  ce  fût  sans  retard.  Les  aliénations 
faites  par  les  parents  des  exilés,  sans  l'aveu  de  ceux-ci, 
étaient  déclarées  non  valables*.  Les  restitutions  devaient 
être  accomplies  dans  le  délai  d'un  mois,  sur  le  jugement 
sommaire  du  capitaine  du  peuple.  Les  gibelins  exilés  ob- 
tenaient quatre  mois  pour  payer  leurs  dettes.  Une  com- 
pensation était  accordée  pour  les  immeubles  détruits  par 
la  commune  en  vue  d'élever  des  églises  ou  des  canoni- 
cats,  d'ouvrir  des  rues  ou  des  places.  Un  guelfe  avait-il 
bâti  sur  le  sol  d'un  gibelin  ?  Ce  sol  faisait  retour  h  son 
légitime  propriétaire,  sous  réserve  des  arrangements  à 
prendre  pour  la  valeur  des  constructions.  Enfin  l'amnis- 
tie était  accordée  pour  tous  les  délits  politiques.  En 
étaient  exclus  les  faussaires,  les  voleurs,  les  assassins, 
les  meurtriers  de  clercs,  les  violateurs  d'églises,  qu'ils 
fussent  d'ailleurs  guelfes  ou  gibelins'.  Pour  tous  les  au- 


^  Ces  syndics  étaient  pour  les  guelfes  Bardo  d*Ammirato  et  Jacopo  d'An- 
gelotto,  légistes  ;  pour  les  gibelins  de  la  ville  Filippo  Spinelli  et  Jacopo  de 
Cingnano,  juges;  pour  les  gibelins  du  dehors  Bouzolino  de  Bonzolo  et  Lot- 
tieri  de  Vallungo,  jurispnidenls  (Arch.  di  Slato,  Capiloli,  XXIX,  530-331). 
Plusieurs  passages  de  ce  document  se  trouvent  dans  les  Delhie,  IX,  71, 89, 
sous  ce  titre  :  Actes  officiels  de  la  paix  du  cardinal  Latino. 

*  Si  consors  bona  consortis  exsulis  alienaverit,  abenatio  non  teneat.  (Doc. 
cit.  ap.  Delizie^W^  71). 

*  Exceplis  guelfis  et  gibellinis  qui  non  occasiono  partis  sed  privatim  de- 
liquerunt  (ibid,) 


(Ar.  4280)  RELÉGATION  DES  SUSPECTS.  201 

très  elle  était  si  large  et  si  sincèrement  voulue,  qu'on 
détruisit  les  livres  où  se  lisaient  inscrites  les  précédentes 
condamnations. 

Ces  conditions  étnient  équitables,  mais  surtout  néces- 
saires. A  quoi  eût  servi  de  rappeler  les  gibelins,  si,  pour 
trouver  des  moyens  d'existence,  il  leur  fallait  recourir  h 
la  force  et  troubler  la  paix  ?  Les  personnes,  les  familles 
suspectes  de  desseins  violents,  restèrent  seules  dans  Texil. 
Cinquante-cinq  citoyens  furent  nominalement  proscrits* 
avec  les  Uberti,  les  Fifanti,  les  Gangalandi,  les  Âmidei, 
les  Caponsacchi,  les  Scolari,  les  Guidi,  les  Lamberti,  les 
Ubbriachi,  les  Pazzi  du  Val  d'Arno.  Confinés  en  certains 
lieux  du  patrimoine  de  saint  Pierre,  entre  Rome  et  Or- 
vieto,  ils  devaient  s'y  trouver  dans  un  mois,  s'y  présenter 
aux  magistrats,  pour  constater  leur  présence.  Ils  fournis- 
saient d'ailleurs  caution  de  ne  pas  s'éloigner*.  C'était  là 
un  châtiment  tout  autre  que  l'exil  ordinaire,  car  ils  res- 
taient tenus  de  répondre  aux  officiers  florentins  qui  les 
appelleraient  pour  des  causes  civiles  ou  criminelles;  ils 
jouissaient  de  leurs  biens  et  recevaient  même  des  sub- 
sides de  la  commune*;  ils  pouvaient  toujours,  avecl'agré- 

*  Le  sesto  de  San  Pier  Scheraggio  eut  20  exilés;  le  Borgo,  9;  Por 
S.  Maria,  5;  Porta  del  Diiomo,  5;  San  Pancrazio,  7;  OItrarno  11.  Dans  le 
nombre  se  trouvent  des  noms  obscurs  encore,  mais  destinés  à  la  célébrité, 
ceux  de  Monte  d'Andréa  d'Ugo  des  Medici  et  de  Guglielmino  des  Ricasoli, 
tous  deux  du  sesto  d'Oltramo  {Delizie,  IX,  72,  73.) 

•  llic  infra  mensem  in  partem  Patrimonii  S.  Pelri  se  conférant  singuli, 
ad  ta  loca  que  intcr  Uibuin  Yeterem  et  Romam  de  nostra  licencia  duxerit 
eligend:i,  ibidem  in  confinibus  moraturi.  Insuper  debent  infra  mensem  se 
ad  confinia  reprcsentare  et  dare  cautionem  do  non  tecedendo.  (Delizie, 
IX,  74.) 

'  Cette  assertion  qu'on  ne  trouve  que  dans  la  chronique  faussement  attri- 
buée à  Dino  Compagni  (1.  I.  éd.  Del  Lungo  p.  14),  est  confirmée  par  deux 
documents  des  Consulte  délia  Repubblica,  (14  et  19  février  1282, 1  G., 
p.  50  r*  ▼'),  où  il  est  dit  qu'il  fallait  de  Pargent  pour  payer  les  confinés, 
selon  la  sentence  rendue  par  le  cardinal  Latino. 


202  PEINES  ENCOURUES  PAR  LES  RÉCALCITRANTS.  (An.  1280) 

ment  du  pape,  rentrer  dans  leur  patrie  en  contractant 
avec  leurs  ennemis  une  paix  sérieuse,  par  des  mariages 
ou  autrement.  En  tout  cas,  ils  ne  devaient  rester  hors  de 
Florence  que  le  temps  dont  auraient  besoin  le  potestat  et 
le  capitaine  pour  réunir  le  nombre  de  cavaliers  et  de 
fantassins  jugés  suffisants,  d'après  les  statuts,  à  répri- 
mer efficacement  toute  tentative  de  désordre ^  Une  li- 
mite extrême  de  six  mois  se  trouvait  dès  lors  fixée.  Ces 
six  mois  écoulés,  les  portes  de  la  ville  seraient  ouvertes 
pour  tous,  à  moins  que  le  pape  n'en  décidât  autrement*. 
Seul ,  Guido  Novello  était  véritablement  exilé  :  il  pouvait 
aller  où  il  voudrait  hors  du  territoire  florentin\  Aucune 
mention  n'était  faite  encore  de  son  retour,  môme  éven- 
tuel*. 

Quant  aux  citoyens  qui  continuaient  de  résider  à  Flo- 
rence, diverses  mesures  étaient  prises  contre  les  pertur- 
bateurs de  la  paix  rétablie.  Ils  devaient  perdre  les  fiefs 
qu'ils  tenaient  de  l'Église  et  la  moitié  de  leurs  biens 
propres,  être  déclarés  inhabiles  à  tout  office  et  privés  du 
droit  de  cité.  Tout  laïque  qui  se  refuserait  aux  restitu- 
tions ordonnées,  serait  condamné  au  double  par  le  capi- 
taine du  peuple;  tout  ecclésiastique,  frappé  d'excommu- 
nication et  dépouillé  de  son  bénéfice.  La  commune  elle- 


^  mis  exceptis  quos  certis  ex  causis  extra  civitatem  ipsam  ad  temp%u 
videlicet  juxlabcne  placilum  summi  pontiOcis  remanere  censemus. . .  Omnes 
alii  de  dictis  domibus  evtra  civitatem  reroaneant  donec  po(e8tas  et  équités 
et  pedites,  etc.  (DelizU^  IX,  72,  74). 

>  Bonaïni,  loc.  cit.  t.  HI,  p.  184. 

'  Cornes  Guido  Novellus  maneat  extra  territorium  florentinum  ubi  Telit. 
(Delizie,  IX,  74.) 

^  Ammiralo  (1.  III,  t.  I,  p.  159)  affirme,  mais  on  n'en  ?oit  pas  trace 
dans  les  documents,  que  les  gens  sans  métier  ou  sans  patrimoine  pour 
vivre,  que  les  pauvres  et  les  oisifs,  tenus  pour  fautnurs  de  troubles,  furent 
en  même  temps  expulsés. 


(Ah.  1280)  OTAGES  ET  CAUTIONS.  205 

même,  si  la  faute  venait  d'elle,  encourrait  ces  diverses 
peines  et  retomberait  sous  Tinterdil,  dont,  après  trois 
années,  le  cardinal  Latino  la  relevait.  Tout  était  prévu  : 
dédit,  réparation  des  dommages,  payement  des  dépenses, 
responsabilité  de  l'État  et  des  particuliers,  insertion  de 
la  sentence  aux  statuts  communaux,  otages  et  châteaux 
remis  en  garantie  par  les  deux  partis,  obligation  pour  la 
commune  de  fournir  la  garnison  de  ces  châteaux  et  la 
subsistance  de  ces  otages,  soit  cinquante  sous  par  mois 
pour  chacun*.  Trois  cent  soixante-deux  personnes  pour 
les  gibelins  et  trois  cent  quatre-vingt-quatre  pour  les 
guelfes  s'engagèrent  personnellement  à  payer  le  dédit  de 
cinquante  mille  marcs  d'argent  auquel  était  condamné 
d'avance  le  parti  qui  violerait  la  paix.  Il  y  avait  dans  le 
nombre  dix  jurisconsultes  et  quatre-vingt-dix-sept  che- 
valiers à  ceinturon  d'or,  citoyens  de  Florence*.  Parmi 
les  répondants  guelfes  figurait  Brunetto  Latini'. 

En  ce  temps-là  les   confirmations,  les  ratifications 
étaient  sans  fm,  vaines  précautions  d'une  prudence  que 


>  Arch.  di  Stato,  Capiloli.  XXIX,  330,  334,  338,  340,  341,  342  aux 
dates  des  18  janvier,  7,  18,  22,  27  février,  7  mars  1280. 

*  Yoy.  outre  les  sources  indiquées,  Yillani,  YII,  55;  Paolino,  II,  36; 
Leonardo  Bruni,  1.  III,  trad.  de  Ûonato  Acciajuoli,  ap.  De/ûte,  IX,  03  sq. 
Ammirato,  1280, 1.  III,  1. 1,  p.  153-158.  Bonaïni,  loc.  di.  p.  183. 

^  Brunetto  Latini  était  rentré'  h  Florence,  selon  Fraticelli,  en  1266  ou 
1267;  selon  Fauriel  (Hitt.  lilt,  de  la  France,  xx,  282),  en  1269.  Il  avait 
repris  ses  fonctions  de  secrétaire  des  conseils  de  lu  République  dès  1273. 
Dans  un  acte  de  celte  année  rédigé  par  lui,  il  est  désigné  comme  suit  : 
t  Ego  Brunectus  de  Latinis  notarius  nec  non  scriba  consiliorum  communis 
Florentie  (Zannoni,  p.  10).  Fauriel  ajoute  que  peu  après  il  dut  se  démettre 
ou  que  du  moins  il  n'est  plus  question  de  lui.  C'est  une  erreur,  comme  on 
peut  le  voir  dans  Zannoni,  p.  210,  Oiaconio,  II,  188,  221,  Iklizie,  IX, 
84,  102.  En  1280,  il  est  au  nombre  des  «  expromis&ores  ■  guelfes  de 
Porta  di  Duomo  pour  la  paix  du  card.  Lntino  [Delizie,  IX,  84).  Son  nom 
est  encore  parmi  les  •  mallevadori  »  pour  la  ratificatioo  du  7  février  1280 
(ibid.  p.  102). 


204  RATIFICATION  DE  LA  PAIX.  (Ar.  1280 

maintes  fois  déjouaient  les  événements.  Le  7  février,  au 
palais  Mozzi,  les  gibelins  vinrent  en  personne  ou  par  pro- 
cureurs jurer  la  paix,  donner  caution  \  Le  18,  sur  la 
place  de  Santa  Maria  Novella,  ornée  comme  au  mois  pré- 
cédent, le  notaire  Bonamore  donna  lecture,  devant  les 
magistrats  et  officiers  de  la  ville,  des  noms  des  puissants 
guelfes  et  gibelins  qui  s'obligeaient  à  observer  la  sen- 
tence du  légat*.  Le  22,  d'autres  personnes  des  deux  par- 
tis viennent  faire  leurs  accords,  s'engager  à  un  dédit  qui 
varie  selon  leur  importance  ou  leur  fortune  :  il  est  de 
cent  marcs  d'argent  pour  les  Galigai  comme  pour  Lam- 
berto  deir  Antella,  et  de  deux  cents  pour  Gherardino, 
Gonsjglio,  Gentile  et  Ricovero  des  Cerchi,  quatre  mem- 
bres d'une  famille  qu'élevait  le  commerce  et  qui  allait 
jouer  bientôt  un  grand  rôle  dans  l'État*.  Le  27,  compa- 
raissaient à  leur  tour  au  palais  Mozzi  les  comtes  Guidi, 
les  Pazzî  du  Val  d'Arno  et  jusqu'à  Guido  Novello,  relevé 
de  l'exception  rigoureuse  dont  il  était  l'objet.  Gibelins  au 
fond  du  cœur,  ils  juraient  du  bout  des  lèvres,  pour  eux 
et  pour  leurs  fils,  d'être  guelfes  à  l'avenir*.  Leur  sincé- 
rité suspectée  était  garantie  par  des  répondants,  qui  com- 
paraissaient à  leur  tour  devant  le  cardinal*.  Le  7  mars, 
les  arts,  âme  et  nerf  de  Florence,  promirent,  eux  aussi, 
par  procureurs  et  syndics,  une  entière  obéissance,  un 

'  Fidei  jussores  de  pace  servanda.  (Doc.  ap.  Delizie,  IX,  89.) 

*  On  peut  Toir  les  noms  dans  les  Capitoli^  XXIX,  338  v*,  et  dans  lesDe- 
lizie,  IX.  90.  —  Yillani  (Vil,  55)  confond  et  Stefani  (11,  153)  semble  con- 
fondre Tacte  du  18  février  avec  celui  du  18  janvier  précédent.  En  suivant 
l'autorité  des  manuscrits  on  évite  cette  erreur.  L'exact  M.  Bonaïni  s'estbien 
gardé  d'y  tomber. 

'  Capitoli,  XXIX,  340.  —  Delizie,  IX,  92.  Ce  dernier  recueil  donne  par 
erreur  la  date  du  17  février. 

♦  Capitoli,  XXIX,  341  v.  —  Delizie,  IX,  92.  93. 
»  Capiioli,  XXIX.  342  V.  —  Delizie,  IX,  93-96. 


(AN.  l!280)  RÉFORME  DU  GOUVERNEMENT.  205 

respect  absolu  de  la  paix^  Enfin,  le  20  du  même  mois, 
sur  la  proposition  du  potestat  et  le  conseil  de  Manetli 
Tignosi,  de  Tignoso  des  Soldanieri,  avec  le  consentement 
du  capitaine  et  des  quatorze,  on  décidait  que  les  dits  po- 
testat, capitaine,  quatorze  et  autres  sages  choisis  par  eux, 
détermineraient  quels  magnats  de  la  ville  et  du  territoire 
devraient  donner  des  garanties,  selon  le  capitolo  de  la 
commune  y  relatif  '. 

Jamais  pacificateur  n'avait  pris  si  fort  au  sérieux  sa 
lâche  :  le  cardinal  Latino  faisait  honte  à  Charles  d'Anjou. 
Mais  pour  minutieuses  que  fussent  les  mesures  adoptées, 
lui-même  il  les  sentait  insuffisantes,  tant  que  les  Flo- 
rentins n'auraient  pas  un  gouvernement  mieux  établi.  Ce 
qu'il  entendait  par  là,  s'il  ne  le  dit  point,  on  le  devine. 
Le  pape  était  le  chef  politique  des  guelfes;  il  ne  pouvait 
s'appuyer  que  sur  les  guelfes  pour  faire  observer  la 
paix.  Par  la  force  des  choses  les  gibelins  devaient  donc 
vivre  dans  la  dépendance  de  leurs  adversaires,  et  tolérés 
dans  leur  patrie  plutôt  que  réintégrés  dans  leurs  droits. 

A  cette  réforme  du  gouvernement  parut  toutefois  pré- 
sider un  esprit  de  conciliation  qui  n'était  pas  dans  le 
génie  des  guelfes.  On  n'en  peut  faire  honneur  qu'au  cardi- 
nal-légat. Sans  doute  il  était  partial  dans  leur  querelle  ; 
mais  il  y  apportait  moins  de  passion  qu'eux.  11  n'avait 
pas  reçu  balia  pour  cette  importante  entreprise;  mais  on 
peut  croire  qu'il  n'y  épargna  pas  ses  conseils*.  En  tout 

^  Capitolij  XXIX,  345.  —  Delizie,  IX,  96.  Dans  le  nombre  des  arts  qui 
s'engagent,  on  ne  voit  figurer  ni  le  change  ni  la  soie.  Le  motif  n'en  peut 
être,  selon  toute  apparence,  qu'une  omission  du  copiste  sur  le  manuscrit 
original. 

*  Ârch.  di  Stato,  ConsulU  délia  Repubblica,  1. 1,  quad.  B,  p.  13. 

s  Vilbni  (VIII,  55),  Leonardo  Bruni  (L.  111,  p.  53),  disent  que  Fra  Latino 
imposa  lui-même  à  Florence  la  réforme  de  son  gau?emement.  Les  textes 


206  ROITS  RÉSERVÉS  AU  SALNT-SIÉGE.  (Ah.  1S80) 

cas,  c'est  lui,  ou,  si  l'on  veut,  le  saint-siége,  qui  en 
devait  diriger  l'exécution.  L'œuvre  de  la  paix  et  celle  de 
la  réforme  furent  simultanément  conduites  ^  En  peu  do 
jours  l'habile  cardinal  avait  considéré  et  jugé  sous  toutes 
ses  faces  une  si  complexe  situation. 

La  première  innovation  ne  portait  que  sur  un  mot, 
mais  elle  était  bien  entendue.  Le  nom  de  capitaine  de  la 
partBy  odieux  aux  gibelins,  fut  remplacé  par  celui  de 
«  capitaine  florentin,  conservateur  de  la  paix'».  Ainsi 
le  chef  d'une  faction  violente  devenait  un  ofQcier  vrai- 
ment communal,  commis  à  la  garde  de  la  ville,  avec  les 
capitudini  des  arts  ou  métiers.  L'autorité  du  potcstat 
n'en  était  point  diminuée,  el  moins  encore  celle  du  sainl- 
siége,  car  il  se  faisait  accorder  le  droit,  durant  deux  an- 
nées, de  nommer  lui-môme  poteslat  et  capitaine,  et 
durant  dix  de  s'opposer  à  ce  qu'on  élût  à  ces  charges  des 
personnes  ennemies  de  la  sainte  Église  '. 

Pielro  Ranieri,  proconsul  romain,  était  potestat  depuis 
le  1^  janvier  1280.  Le  cardinal  Latino  le  maintint  dans 


mannscrits  prouvent  qu'elle  fut  l'œuvre  des  citoyens.  M.  Scheffer-Boichorst 
ra  bien  vu,  mais  il  reAtc  muet  sur  les  conseils  que  dut  à  cet  égard  donner 
le  cardinal.  Si  on  ne  les  peut  trouver  dans  les  documents,  il  tombe  sous  le 
sens  qu'ils  no  durent  pas  être  épai^ncs  aux  Florentins. 

*  Nous  en  trouvons  la  preuve  dans  ce  fait  indiqué  quelques  lignes  plus 
haut,  que  le  20  mars  1281,  alors  qu'on  en  était  encore  aux  accords  de  la 
paix,  il  est  question  des  quatorze,  qui  ne  furent  institués  que  par  la  ré- 
forme du  cardinal  Latino  (Consulte,  t.  1,  quad.  B,  p.  15). 

>  Ammirato,  1281.  L.  III,  t.  I,  p.  156.  La  liste  des  officialu  forenses 
conserve  à  ce  magistrat  le  titre  de  capitaine  du  peuple  et  ne  mentionne  pas 
les  mots  qui  y  furent  ajoutés. 

>  Ce  fait  ne  se  trouve  pas  dans  les  contemporains,  mais  il  est  affirmé  par 
Machiavel  (hl.  II,  20  B),  par  Léon.  Bruni  (trad.  dUcciajuoli,  qui  a  ajoute 
Une  phrase  sur  ce  point  au  texte  latin,  ap.  Delixie,  IX,  68),  et  par  Ammirato 
(1.  III,  t.  I,  p.  154,  155).  Or  il  ne  faut  pas  oublier  qu'Ammirato  a  eu 
sous  les  yeui  bien  des  documents  officiels  que  n'ont  pas  connus  les  con> 
temporains.  Voyez  d'ailleurs  BonaTni,  toc  cU.,  p.  181. 


(AN.  1280)  COMMISSION  DE  RÉFORME.  207 

sa  place  pour  une  autre  année,  et  lui  adjoignit,  en  qua- 
lité de  capitaine,  Giovanni  di  Sant'  Eustachio,  comme  lui 
Romain  et  proconsul^  Il  comptait  sans  doute  qu'étant  de 
même  ville  et  de  même  dignité,  ces  deux  hommes  s*en- 
tendraient  plus  aisément,  pour  accomplir  dans  tous  les 
détails  les  réformes,  conjointement  avec  six  guelfes  et 
six  gibelins,  élus  à  cet  effet  parmi  les  citoyens  de  vingt 
et  un  à  soixante-dix  ans.  Un  mois  leur  était  accordé  pour 
mener  leur  tâche  à  bonne  fin. 

Leur  idée  dominante  paraît  avoir  été  d'effacer  les  tra- 
ces, les  souvenirs  des  anciennes  dissensions.  Ils  suppri- 
mèrent les  solennités  par  lesquelles  guelfes  et  gibelins 
célébraient  tour  à  tour  leurs  insolentes  victoires.  Ils  allè- 
rent jusqu'à  déclarer  qu'on  était  dans  son  droit  de  n'être 
ni  l'un  ni  l'autre,  et  qu'on  ne  devenait  point,  pour  ce 
fait,  incapable  des  emplois  publics  ;  mais,  d'esprit  mé- 
diocre sans  doute,  ils  n'agirent  qu'avec  incohérence  : 
ils  désignèrent  ceux  qui  devaient  être  tenus  pour  guelfes 
et  pour  gibelins.  Ils  ne  virent  pas  qu'ils  donnaient  ainsi 
une  consécration  nouvelle  aux  deux  partis.  Dans  la  charge 
des  btionuomini^  portés  par  eux  de  douze  à  quatorze, 
pour  une  durée  de  deux  mois*,  ils  résolurent  d'introduire 
des  guelfes,  des  gibelins  et  des  neutres  en  proportion  de 
leur  nombre';  mais,  en  fait,  pour  donner  satisfaction 
aux  guelfes  qui  n'entendaient  pas  plus  être  dupes  que 

*  Amrairato,  loc,  cii.^  p.  156.  La  liste  des  offUnales  farense»  donne 
Pietro  Ranieri  comme  entré  en  charge  le  i*^  janvier  1280,  c'est-à-dire  1281 , 
et  n'indique  aucun  autre  potcstat  jusqu'en  1282^  Il  est  donc  probable  que 
ce  magistrat  fut  maintenu  par  le  légal. 

*  Villani,  VU,  55.  Machiavel  dit  à  tort  un  an  (Ist.  II,  20  B),  et  unechro^ 
nique  auctore  incerto  (ap.  DeUzie^  IX,  260)  un  mois. 

^  Il  suprcmo  magistralo  de'  14  era  composte  di  guelfi,  ghibellini  et  neu- 
trali,  ciascuna  parte  per  rata  del  suo  numéro.  (Chron.  auctore  incerto ,  ap* 
Delizie,  IX,  260.) 


208  TART  Faite  aux  deux  partis.      (Am.  1280) 

victimes,  ils  n'allribuèreni  aux  neutres,  suspects  à  tout 
le  monde,  aucune  place  dans  ce  collège,  et  ils  y  intro- 
duisirent huit  guelfes  avec  six  gibelins  ^ ,  dont  deux 
grands  seulement  pour  chaque  faction.  C'était,  par  toutes 
les  combinaisons  possibles,  assurer  la  prépondérance  aux 
guelfes  et  aux  popolani*.  Entre  les  sesti  seulement  on  sut 
établir  une  proportion  exacte,  qui  supprimait  de  Tun  à 
l'autre,  à  cet  égard,  toute  compétition .  Au  sesto  d'Oltrarno 
on  attribuait  trois  huonuomini^  à  San  Pier  Scheraggio 
autant,  et  deux  à  chacun  des  quatre  autres'. 

L'embarras  devait  être  réel  de  concilier  tant  d'exigen- 
ces diverses.  Ce  qui  le  rendait  moindre,  c'est  que  cette 
magistrature  étant  de  courte  durée,  tous  ceux  qui  pou- 
vaient y  prétendre  conservaient  l'espoir  d'y  arriver  à  leur 
tour  et  se  montraient,  par  suite,  moins  ardents  aux  com- 
pétitions *.  Une  fois  la  faute  commise  d'écarter  les  neutres 
et  de  déroger  au  principe  qu'on  venait  d'établir,  il  était 
prudent  de  ne  pas  donner  part  égale,  dans  le  collège,  aux 
deux  factions  militantes  :  leur  équilibre  y  eût  produit 
l'immobilité.  Mieux  valait  y  assurer  la  prépondérance  en 
droit  à  celle  qui,  en  fait,  dominait  à  Florence,  et  y  don- 
ner à  l'autre  des  représentants  assez  nombreux  pour  faire 
entendre  et  même  écouter  leur  voix. 

«  Ainsi  disent  Yillani  (VII,  55},  Ainmirato  (1.  UI,  t.  I,  p.  156),  Pignotti 
(1.  m,  c.  Y.  t.  m,  p.  135),  A.  Vannucci  (p.  153),  Bonaïni  (loc,  cit.,  p.  181). 
Seul,  Machiavel  (loc.  cit.)  dit  sept  de  chaque  parti  ;  mais  il  a  manifeste- 
ment voulu  mettre  la  réalité  du  fait  d'accord  avec  la  décision  prise.  Il  parle 
en  philosophe  plus  qu^en  hislorien,  et  il  oublie  trop  que  les  passions  sont 
un  terrible  obstacle  à  la  logique.  Les  arrangements  pris  par  les  autres 
?illes  ne  montrent  nulle  part  les  gibelins  sur  le  pied  d'égalité  aTec  les 
guelfes. 

«  Stefani,  H,  154. 

'  Chron.  auctore  incerlo,  ap.  Delizic,  IX,  260. 

«  Villani  (VII,  55)  dit  en  eflel  qu'ils  étaient  élus  <  con  certo  ordine  di  loro 
elezione  ». 


M,  1^280)  LKS  MiLLb)  DE  U  GARDE  CIVIQUE.  209 

Ces  quatorze  buoni   uomini  se  réunissaient  dans  la 
vieille  église  de  la  Badia  ou  dans  la  maison  du  capi- 
taine S  quelquefois  dans  des  demeures  particulières*; 
mais  ils  prenaient  leurs  repas  chez  eux  et  ils  y  passaient 
la  nuit*,  tolérance  qui  ne  devait  pas  tarder  à  leur  être  reti- 
rée. Assistés  d'un  certain  nombre  de  sages  de  leur  choix, 
ils  élisaient  leurs  successeurs^.  A  peine  institués  et  instal- 
lés, ils  reçurent  du  potestat  et  du  capitaine  la  mission 
de  réorganiser  sur  de  nouvelles  bases  la  force  publique. 
Ils  y  procédèrent  aussitôt,  conjointement  avec  des  sages 
qu'ils  avaient  appelés.  Ils  désignèrent  mille  citoyens, 
amis  du  bien  public,  dont  deux  cents  pour  chacun  des 
deux  grands  quartiers  d'Oltrarno  et  de  San  Pior  Scherag- 
gio,  et  cent  cinquante  pour  chacun  des  quatre  autres.  Ces 
six  compagnies  étaient  reconnaissables  aux   gonfalons 
rouges  et  blancs,  comme  celui  du  CarrocdOy  que  por- 
taient les  gonfaloniers,  leurs  chefs  respectifs.  Elles  for- 
maient deux  groupes  :  01trarno,San  Pancrazio,  le  Borgo, 
d'une  part,  et  do  Taulre,  San  Pier  Scheraggio,  Porta  San 
Piero,  Porta  di  Duomo.  Les  trois  compagnies  d'un  groupe 
avaient  un  gonfalon  semblable  par  les  couleurs,  diffé- 
rent par  les  insignes  de  leur  sesto.  Blanc  dessus  et  rouge 


*  la  ecdesia  abbacic.  (Consulte  délia  Rep,,  1.  i,  quad.  E,  p.  18  ?*.  20  ncai 
1281.)  In  palalio  sue  mansionis  (du  capitaine)  {Ibid.  1. 1,  quad.  E,  p.  21. 
Décembre  1281). 

*  On  ne  peut  nier  quMen  fût  ainsi  en  1281 ,  puisque  celte  irrégularité  de 
résidence  persiste  encore  en  12^9  et  129U.  En  août  1289,  on  voit  les  prieurs 
tenir  leurs  réunions  dans  la  maison  de  Guno  di  Forese  (Prowmonif  t.  I, 
n»  2,  p.  24  ▼-).  Le  26  janvier  1290  <  In  domo  Pelé  ».  (Coruuitey  II,  S  ) 
Le  26  février  suivant  chez  Gherardini  des  Gercbi.  (Consulte^  II,  16.)  Le 
4  mars,  à  la  Badia,  (Consulte,  U,  17  v*.)  Le  22  août,  dans  Téglise  San  Pro- 
oolo.  (Prowisioni,  t.  I,  n*  2,  p.  136.) 

•^  Yiliani.  VU,  55. 

*  Autl.  incci  lo,  ap.  Dcliziet  IX,  260. 

UUST.    b£   FLOUKKCK.    —    U.  H 


i 


210  GONFALO.NS  DË8  MILLE.  (An.  1280) 

dessous  élait  le  gonfalon  du  premier  groupe  ;  mais  on 
reconnaissait  la  compagnie  d'Olirarno  à  un  petit  pont 
rouge  figuré  sur  le  blanc  ;  celle  de  San  Pancrazio  à  une 
grifle  de  lion  rouge  ;  celle  du  Borgo  à  une  petite  chèvre 
noire.  L'autre  groupe  avait  un  gonfalon  rouge  dessus, 
blanc  dessous.  Sur  le  rouge  on  voyait  :  pour  San  Pier  Sche- 
raggio,  un  petit  chariot  bleu  de  ciel  ;  pour  Porta  San 
Piero,  les  clefs  apostoliques  peintes  en  jaune;  pour  Porta 
di  Duomo,  Timage  de  saint  Jean.  Les  trois  premières 
compagnies  devaient  se  réunir  et  servir  sous  las  ordres 
du  capitaine  du  peuple,  les  trois  autres  sous  ceux  du  po- 
testat.  C'est  dans  l'assemblée  à  parlement  que  ces  deux 
oflGciers  remettaient  les  gonfalons  chacun  aux  gonfalo- 
niers  qui  dépendaient  de  lui*.  La  charge  de  ces  gonfa- 
loniers  durait  un  an.  lis  étaient  remplacés  au  mois  de 
mars.  Ils  convoquaient  leurs  hommes  à  l'église  du  quar- 
tier. Tous  devaient  s'y  rendre  sous  peine  de  cinquante 
livres  d'amende,  sauf  les  médecins,  les  docteurs  ou  ju- 
ristes et  les  sexagénaires  qui  avaient  le  privilège  de  se 
faire  remplacer.  Sur  son  bouclier,  sur  ses  armes,  chacun 
des  mille  portait  les  insignes  de  son  sesto.  Quand  ils 
étaient  appelés,  les  autres  citoyens  n'avaient  pas  le  droit 
de  faire  des  réunions  armées,  surtout  les  grands*. 

Indépendamment  de  cette  milice,  qui  était  celle  des 
circonstances  graves  et  dont  l'emploi  supposait  un  parfait 
accord  entre  le  potestat  et  le  capitaine,  cent  cavaliei*s  et 
autant  de  berrovieriy  ou  sbires  à  pied,  tous  étrangers, 
étaient  mis  à  la  disposition  de  chacun  de  ces  deux  magis- 
trats,pour  assurer,dans  les  circonstances  ordinaires,le  res- 


«  Ammiralo   1281.  L.  Ui,  t.  i,  p.  159. 

*  Auctore  incerlo,  ap.  Delizie^  JX,  p.  261-262^ 


(ÂA.  1280)  LIGUES  PARTICULIÈRES  ABOLIES.  211 

pect  de  leur  autorité.  Tenus  d'agir  dans  l'intérêt  des  deux 
partis,  il  leur  était  enjoint  d'effacer  au  livre  de  la  com- 
mune les  choses  iniques  ou  préjudiciables,  et  permis,  en 
attendant,  de  n'en  pas  exiger  l'observation.  La  révision 
des  statuts  devait  être  faite  par  des  délégués  spéciaux 
dans  les  huit  jours  qui  suivraient  la  réforme  des  conseils  et 
des  offices.  Avant  un  mois,  on  devait  faire  le  recense- 
ment  des  habitants  sujets  aux  tailles  dans  la  ville  ou  sur  le 
territoire.  Toute  ligue  était  annulée,  toute  société  prohibée 
entre  nobles  et  popolani.  Restaient  seules  permises  celles 
des  arts;  encore  y  fallait-il  l'autorisation  du  potestat  et 
du  capitaine,  l'expérience  ayant  démontré  qu'elles  deve- 
naient souvent  cause  de  divisions  et  de  scandales.  Chacun 
des  deux  partis  dut  fournir  cent  cautions  de  son  obéis- 
sance à  la  réforme,  sous  peine  d'un  dédit  de  cinquante 
mille  marcs  d'argent.  Au  capitaine,  chargé  d'assurer 
Texécution  de  ces  clauses,  tout  habitant  de  Florence  était 
tenu  de  prêter  main  forte  en  cas  de  besoin  \ 

Telle  était  l'organisation  nouvelle  que,  sous  les  aus- 
pices du  cardinal  Latino,  les  Florentins  donnaient  à  leur 
gouvernement.  Quels  qu'en  fussent  les  mérites  et  les  dé- 
fauts, c'était  bâtir  sur  le  sable,  si  les  gibelins,  établis 
à  Sienne,  aux  portes  mêmes  de  Florence,  continuaient 
à  miner  le  sol  sous  ses  pieds.  Située  au  cœur  d'une  con- 
trée montagneuse  et  volcanique,  défendue  par  de  puis- 
sants remparts,  et  presque  invincible,  même  quand  on 
les  avait  forcés,  grâce  à  son  étrange  structure,  à  cette 
sorte  de  réduit  que  formait  sa  belle  place  du  Campo^  où 
Ton  ne  pénétrait  que  par  onze  rues  étroites  et  tortueuses 
comme  les  sentiers  d'une  forteresse,  peuplée  de  citoyens 

^  Mêmes  aulohtés.  Yoy.  Bouaini, /oc.  cU.f  181-1S3. 


212  LE  GOUVERNEMENT  RÉFORMÉ  A  SIENNE       (An.  1280) 

fantasques,  qui  déjouaient  toutes  les  prévisions,  qui  écla- 
taient comme  la  foudre  alors  qu'on  les  croyait  endormis, 
Sienne  devenait  pour  ses  voisins,  quand  elle  n'était  pas 
leur  alliée,  un  danger  de  tous  les  instants.  Contre  eux, 
elle  se  plaisait  aux  insultantes  bravades.  On  Tavait  vue, 
après  Mon  taper  ti,  élever  la  tour  de  San  Giorgio  et  la  per- 
cer de  trente-huit  fenêtres,  en  commémoration  des  trente- 
huit  cohortes  qui  avaient  remporté  cette  éclatante  vic- 
toire ;  on  avait  vu  en  mars  1266,  à  l'approche  de  Charles 
d'Anjou,  les  castellanij  guelfes  par  haine  d'un  peuple 
gibelin,  tenter  un  mouvement  féodal,  vaincus  tant  qu'ils 
étaient  seuls,  mais  vainqueurs  dès  qu'ils  pouvaient  s'ap- 
puyer à  rétranger,  rappelant  leurs  bannis,  chassant  les 
chefs  de  leurs  adversaires ,  remplaçant  les  vingt-quatre, 
magistrature  gibeline,  par  les  trente-six,  magistrature 
guelfe  où  les  bourgeois,  comme  les  nobles,  obtenaient 
accès^et  si  impuissants  toutefois  à  maintenir  la  paix  pu- 
blique, qu'ils  devaient,  par  décret,  interdire  les  combats 
des  rues,  au  moins  le  jour  de  Pâques*. 

Tout  à  coup,  en  1275,  le  peuple  siennois,  par  un 
brusque  soubresaut,  était  devenu  guelfe  à  outrance.  11 
changeait  d'armoiries  et  de  bannières,  se  plaçait,  plus 
encore  qu'auparavant,  sous  le  patronage  de  la  Vierge, 
entrait  plus  qu'aucune  ville  dans  les  voies  démocratiques, 
faisait  la  guerre  aux  grands  des  deux  partis.  La  guerre, 
en  effet,  continuait  à  être  le  fond  de  son  existence.  Ses 
milices  tenaient  la  campagne,  mais  elles  la  tenaient  mal 
contre  les  gibelins  exilés  :  elles  voyaient  leur  chef  déca- 

*  Celte  réforme  avait  eu  lieu  sous  les  auspices  de  Montfort,  tandis  que 
Charles  d'Anjou  était  à  Tunis  (1270).  Voyez  Andréa  Dci,  R.  I.  S.,  t.  XV,  34. 
—  Ferrari,  II,  495. 

-  Décret  du  0  déceuibrc  1270  (CorutUle  délia  Campana,  XIU,  84  v*). 


(An.  1280)  PAR  LE  CARDINAL  LATINO.  215 

pitc  dans  la  défaite,  elles  échappaient  à  grand  peine  aux 
poursuites  de  l'ennemi .  Excédé  de  ces  alertes,  las  de  pas- 
ser les  nuits  en  armes  sur  les  remparts,  d'exposer  inces- 
samment ses  biens  et  sa  vie,  le  peuple  siennois  signifia 
qu'il  ne  voulait  plus  ni  exilés  ni  factions,  et  fit  prier  le  car- 
dinal Latino  d'en  user  avec  Sienne  comme  avec  Florence*. 

liC  légat  médiateur  ne  pouvait  refuser  ses  bons  offices. 
La  famille  des  Incontri  s'y  opposant,  ses  palais  furent 
délruiis*.  Les  trente-six,  jugés  trop  nombreux,  devin- 
rent ,  avec  le  consentement  des  magnats ,  «  les  quinze 
gouverneurs  et  défenseurs  de  la  commune  et  du  peuple 
de  Sienne,  »  exclusivement  pris  désormais  parmi  les  po- 
polani*.  I^  12  septembre  1280,  des  syndics  furent  élus 
pour  conclure  la  paix  avec  les  gibelins  \  Le  24,  Ciampolo 
des  Salvani,  chef  des  exilés,  s'engageait,  ainsi  que  le 
conseil  général  et  le  conseil  spécial  dont  il  était  assisté 
dans  l'exil,  à  exécuter,  sous  peine  de  dix  mille  marcs 
d'argent,  toutes  les  décisions  des  consuls*.  Le  29,  la  paix 
était  conclue  dans  la  cathédrale  de  Sienne,  en  présence 
des  ordres  religieux  et  du  clergé*.  Le  23  octobre  suivant, 
avait  lieu  la  promulgation,  par  les  soins  du  poteslat  et 
des  quinze. 

Là,  comme  à  Florence,  les  gibelins  passaient  sous  les 
fourches  caudines.  Il  leur  était  interdit  d'amener  et  de 


*  Malavolli,  pari.  H,  1.  III,  f«  H  ▼%  45  r*. 

*  Ne  alcuno  di  detti  scrittori  riferisce  quai  si  fus&e  la  cagione.  (Malavolti 
ibid.  45  y®.  )  Cette  cause,  on  peut  la  deviner. 

'  Per  lo  maie  stato  ch*era  nella  città  e  per  lo  maie  reggimento  de*  grandi 
guel6  si  fu  fatto  Totizio  de'  15  del  popolo  di  meizo,  di  Tolontà  de'  grandi. 
(Andréa  Dei,  R.  I.  S.,  t.  XV,  37.) 

*  Caleffo  vecchiOf  p.  518 
»  /fcid.,p  521. 

*  Ibid.,  p.  525. 


214  LE  GOUYERNEMENT  RÉFORMÉ  (An.  1280) 

garder  avec  eux  aucun  magnat,  baron  ou  étranger  de  la 
Blaremme  autre  que  leurs  serviteurs*,  de  porter  aucunes 
bannières,  aucuns  signes  de  ralliement,  aucunes  armes, 
excepté  leurs  couteaux  et  leurs  épées.Dans  les  trois  jours, 
ils  devaient  prêter  serment  au  peuple  de  Sienne,  obliga- 
tion dont  personne  n'était  exempt*.  Les  grandes  familles, 
Tolomei,  Guinigi,  Salvani,  Incontri,  Forleguerra,  Picco- 
lomini  donneraient  chacune  deux  bonnes  cautions  et  con- 
Iracteraient  des  mariages  à  la  volonté  du  potestat  et  des 
quinze.  Un  délégué  des  Salvani  et  un  des  Tolomei  rece- 
vraient les  dénonciations  qu'on  serait  tenu,  sous  la  foi 
du  serment,  de  leur  faire  contre  quiconque  dirait  des 
choses  propres  à  réveiller  entre  ces  deux  maisons  des 
querelles  mal  assoupies,  et  les  Iransmellraient  au  polestat, 
qui  punirait  les  coupables  de  cinq  cents  livres  d'amende 
ou  même,  selon  le  cas,  en  leur  faisant  couper  la  langue. 
Les  possesseurs  des  biens  vendus  après  confiscation  ne 
devaient  pas  être  inquiétés.  Les  partis  guelfe  et  gibelin, 
leur  nom  même,  furent  abolis'.  Sous  peine  de  confiscation 
ou  de  mort,  il  fut  défendu  de  parler  pour  ou  contre.  Tous 
les  statuts  où  il  en  était  fait  mention  furent  abrogés*.  Les 
capitaines  de  parti  disparurent,  et  il  fut  interdit  formelle- 
ment d'en  créer  de  nouveaux  *. 

D'autres  villes,  suivant  l'impulsion  donnée,  accomplis- 


*  Exceptis  famulis  et  senrientibus  et  familiaribus.  (  Caleffo  vecchio, 
p.  531  yi\) 

*  Jumre  ad  populum  senensem,  sicuti  alii  qui  sunt  de  populo  senense  et 
per  omnia  juraYerunt.  (Caleffo  vecchio,  p.  551  \*.) 

'  Quod  ipsa  pars  guelfa  et  ghibeliina  que  actenus  extitit  et  regnavit  in 
civilate  et  comitatu  senensi  sint  rupte  et  casse  et  irrite  et  inanes  ;  ipsarum 
nomen  et  memoriam  de  civitate  et  comilatu  senense  penitus  abolemus.  (Cn- 
leffo  vecchiOy  p.  531  v'.) 

*  Caleffo  vecchio,  ibid. 

»  Malavolti,  part.  11, 1.  llî,  ("Ahr. 


(An.  1280)  A  VÔLTERRE  ET  A  PISTOIA.  215 

saient  leur  réforme  sans  même  recourir  au  cardinal. 
L'espril  d'imitation,  leur  intérêt  manifeste,  y  suffisaient. 
L'année  1279  n'ctnit  pas  terminée,  que  Volterre,  pour 
meftre  fin  à  l'incendie  de  ses  palais,  de  ses  maisons  et  de 
ses  tours,  œuvre  alternative  des  deux  partis,  chargeait 
son  évêque,  Ranieri  des  Ubertini,  et  son  potestat,  Schiatta 
des  Gancelliori,  de  rétablir  l'accord  parmi  eux.  Ainsi  fut 
publié  le  lodo  ou  traité  de  paix  qui  ordonnait  de  relever 
aux  frais  de  la  commune  les  palais  détruits  par  les  gibe- 
lins rebelles,  a  attendu,  était-il  dit,  que  ne  pas  pécher 
est  le  propre  de  la  divinité  plutôt  que  de  l'humanité,  et 
que  s'amender  est  plus  louable  que  faire  le  bien  du  pre- 
mier coup*.  »  Quant  aux  palais  des  gibelins  détruits  par 
les  guelfes,  il  ne  fut  point  question  de  les  reconstruire  : 
le  soin  en  fut  laissé  aux  propriélaires.  Leur  rouvrir  les 
portes  de  la  ville,  c'était  sans  doute  assez  faire  pour  eux. 

  Pistoia,  dans  le  même  temps,  les  gibelins  sont  éga- 
lement rappelés;  mais  la  tendance  démocratique  y 
prévaut,  indice  certain  de  la  domination  des  popolani^ 
effet  manifeste  du  voisinage  de  Florence.  Soit  défiance 
des  longues  magistratures,  soit  désir  de  contenter  plus 
d'ambitions  privées,  Pistoia  réduisait  à  un  mois  Toflûce 
des  anziani*.  Selon  sa  coutume  d'exagérer  toutes  choses, 
elle  faisait  plus  que  Florence  n'avait  fait. 

Un   mouvement  si  général  assurait    l'avenir  de  la 


*  Quod  omnium  habere  memoriam  et  penitus  in  nullo  peccare  potius 
est  divinitatis  qiiam  humanilatis,  et  qui  subtiliter  factum  emendat,  lauda- 
bilior  est  eo  qui  prius  invenerit.  (Doc.  ap.  Cecina,  Notizie  iêtoriche  délia 
città  (il  Volterra,  p.  67,  68  )  Cf.  ces  deux  vers  de  Mannontel  : 

Du  devoir  il  csl  beau  de  ne  jamais  sortir, 
Nais  plus  beau  d'y  rentrer  avec  le  repeiilir. 

*  Fioravanti,  Mem.  aior.  ai  Ptiloia^cVi^  p.  238.  — Ingbirami,  Yl,  <80. 


216  COUUTE  PÉRÏODE  DE  PAIX.  (An.  12<^0) 

réforme.  Le  cardinal  Latino  n'avait  plus  rien,  dès  lors, 
qui  le  retînt  en  Toscane.  II  consacra  Téglise  de  San 
Gregorio  délia  pace,  dont  Grégoire  X  avait,  en  1273, 
posé  la  première  pierre  S  puis,  avec  beaucoup  d'honneur, 
il  retourna  en  Romagne,  dans  sa  légation*.  c<  La  cité  de 
Florence,  dit  Villani,  demeura  longtemps  en  pacifique, 
heureux  et  tranquille  état*.  »  Ce  temps,  que  le  chroni- 
queur juge  long,  n'excéda  pourtant  point  une  ou  deux 
années*,  et  combien  traversé  encore  d'incidents,  de 
difficultés  que  notre  tempérament  plus  nerveux  tiendrait 
pour  intolérables  !  Mais  après  tant  d'agitations  violentes, 
passionnées,  frénétiques,  Florence  se  trouvait  comme  en 
paradis,  aux  premiers  jours  de  cette  paix  que  ses  citoyens 
venaient  de  jurer  «  corporellement,  en  touchant  de  la 
main  les  saints  Évangiles  de  Dieu'^,  >^  et  que  le  roi 
Charles,  en  froid  avec  le  pape,  n'osait,  ne  pouvait  trou- 
bler*. Elle  se  sentait  enfin,  comme  toutes  les  autres 
cités,  et  bien  plus  encore,  en  libre  possession  d'elle- 
même.  Les  quatorze  la  gouvernaient  sans  rencontrer  de 
résistance'.  Un  vicaire  impérial  pouvait  bien  venir  d'Al- 

*  Os»ervatorefiorentinOy\]lUQl. 
«  Villani,  VII,  55. 

'  E  di  ci6  la  città  di  Firenze  ne  dimorô  buon  tempo  in  pacifico  e  buono  e 
Iranquillo  stalo.  (Villani,  VII,  55.) 

*  Les  auteurs  disent  en  général  deux  ans  ;  mais  Leonardo  Bruni  distingue 
très-judicieusement  la  première  année,  qui  fut  pacifique,  de  la  seconde  qui 
le  fut  beaucoup  moins  :  «  Primo  quidem  anno  quieta  omnia  domi  forisquc 
fuerunt,  nec  quicquam  m.emoria  dignum  per  id  tempus  accidit.  Secundo 
quoque  nnno  quies  domi  viguit,  foris  autem  multa  futurse  tempestatis  formi- 
dinem  incussere.  (Hiit.  Flor.  1.  III,  p.  53.) 

'  Gorporaliter  ad  sancta  Dei  evangelia  tacto  libre.  (Consulte délia  Rep.f  I, 
D,  p.  15.) 

^  Ex  bac  providentia  legali...  Rex  dominationem  Florentie  omnino  dimi- 
sit.  (Léon.  Bruni,  1.  III,  p.  53.)  Malayolti  (part.  H,  1.  3,  f^  45)  veut,  bien 
à  tort,  que  la  venue  du  Ticaire  impérial  y  fût  pour  quelque  chose. 

^  Liberaque  jam  civitas  et  sui  juris  facta,  a  quatuordecim  viris  guber- 


(An.  1281  LE  VICAIRE  IMPÉRÏAL.  217 

iemagne,  avec  une  escorte  de  trois  cents  cavaliers  :  on 
raccueillait  partout  avec  déférence  *;  mais  quant  au 
serment  de  fidélité,  qu'il  réclamait,  Pise,  San  Miniato  al 
Tedesco  et  San  Gemignano  le  prêtaient  seuls,  parce  que 
seuls,  dès  1278,  ils  avaient  appelé  cette  intervention*. 
Bien  plus,  l'impuissant  vicaire  voyait  Pescia,  qui  s'élait 
donnée  à  lui,  mise  à  feu  et  à  sang  avec  le  concours  des 
Florentins,  si  courtois  envers  lui  (20  août  1280)*.  Il  s'en 
allait  donc,  en  1281,  comme  il  était  venu,  ne  laissant  au 
chancelier  aulique,  son  successeur,  d'autre  moyen  d'obte- 
nir de  l'argent  pour  la  guerre  d'Allemagne,  que  de  l'em- 
prunter, comme  dans  le  commerce,  ou  de  vendre  à 
beaux  deniers  comptants  la  confirmation  d'anciens  pri- 
vilèges, qu'on  achetait  uniquement  pour  hâter  le  départ 
de  ces  intrus*.  Encore  n'était-ce  pas  eux  qui  signaient 
les  reconnaissances  :  c'était  Rodolphe  de  Habsbourg,  leur 
maître,  qui  s'obligeait,  pour  les  emprunts,  à  payer 
intérêts  et  capital*. 

Les  chroniqueurs  ne  soufflent  mot  de  ces  deux  années, 
parce  qu'ils  n'y  voient  pas  ce  qui  pour  eux  fait  tout 
l'intérêt  de  l'histoire,  les  campagnes  ravagées,  les  villes 
incendiées,  le  sang  coulant  à  flots.  Pourtant  elles  ne 
furent  point  perdues  et  elles  méritent  bien  qu'on  s'y 

nabatur.  (Léon.  Bruni,  1.  III,  p.  53.)  Pare?a  loro  essere  usciti  di  non  piccola 
serrilù.  (Malavolti,  loc.  dt) 

*  Le  20  mai  1281,  les  quatorze  et  leurs  sages  proposent  et  font  décider 
que  le  potestat,  le  capitaine,  los  cheyaliers  et  les  maîtres  (magistri)  iront 
au-devant  de  lui  (Coiu.  délia  Rep.,  t.  I,  quad.  6,  p.  18  ▼*). 

«  Villani,  VII,  77.  -  Stefani,  II,  155.  —  Pecori,  Storia  di  San  Gémi- 
gnanOy  p.  109.  —  Bonaïni,  loc,  cit.,  IV,  8. 

»  Villani,  Vil,  77.  —  Ammiralo,  1.  UI,  1. 1,  p.  157.  —  Maizarosa,  I,  110. 
—  Bonaïni,  loc.  cii.^  IV,  8. 

*  Ammirato,  1.  HI,  t.  I,  p.  157-158. 

'  1 281 .  Cartapecore  Strozziane-Uguccioni ,  sans  autre  date  ni  indi- 
cation. 


218  RELATIONS  DE  FLORENCE  (Aw.  1281 

arrête  un  instant.  En  paix  avec  leurs  voisins  et  avec  leurs 
nobles,  les  marchands  florentins  s'éludiaient  à  main- 
tenir leur  indépendance  contre  le  pape,  comme  ils 
l'avaient  maintenue  contre  le  roi  des  Romains.  Le 
26  mars  1281,  les  conseils  du  potestat,  delibérnnt  avec 
les  capitudini  des  sept  arts  majeurs  «  sur  le  fait  des 
clercs',  »  décidaient  que  le  potestat,  le  capitaine,  les 
quatorze  et  leurs  sages  prendraient  toutes  les  mesures 
par  eux  jugées  utiles  à  la  commune,  quand  même  elles 
seraient  contraires  aux  statuts  dont  lesdits  clercs  invo- 
quaient la  protection*.  A  vrai  dire,  l'opposition  avait  été 
vive  et  les  avis  fort  divei^.  Adimaro  des  Adimarî  deman- 
dait hautement  que  rien  ne  fut  changé.  Simone  del  Sallo 
proposait  de  nommer  une  commission  de  trois  sages, 
qui  trouvât  les  bases  d'un  compromis.  Licinio  Bonaccorsi 
insistait  pour  qu'on  envoyât  des  ambassadeurs  au  pape, 
pro  jure  communis  custodiendo^^  et  son  sentiment,  quoi- 
que fort  combattu,  finissait  par  prévaloir.  Ia^s  qucitorze 
durent  élire  un  syndic  qui  partirait  pour  Rome  sans 
retard.  Le  31  mars,  dans  les  conseils  du  capitaine,  Lapo 
Rinuccini  faisait  approuver  celte  résolution*. 

Ce  n'est  pas  tout.  Florence  marchandait  ses  secours  au 
saint-siége  que  ses  besoins  rendaient  coulant  et  malléa- 
ble, et  qui,  dépourvu  de  forces  effectives,  ne  pouvait 
tourner  contre  ses  ennemis  qu'une  épée  d'emprunt.  Dans 
la  Romandiole  ou  Romagnede  Ravenne,  il  avait  de  graves 


*  Super  facto  clericoriiin.  (Com.  délia  Rep.,  t.  I,  quad.  B,  p.  15  v*.) 

*  Ces  slatuls  étaient  les  suivants  :  —  Quod  reddatur  jus  clericis.  —  De 
expensis  et  exequis  pro  defunclis.  —  De  non  faciendo  coadunationem  pro 
cereis  portandis  ad  aliquem.  (Ibid.)  C'était  attaquer  l'Ëglisc  par  la  bourse. 

'  Ibid.  Tolomeo  Aldobrandi,  Arrighi  del  Becc^io,  Lotto  des  Agli,Ricco- 
manni,  avaient  soutenu  la  proposition  des  quatorze. 

*  Conmlte  délia  Rep. /\h\d.f  p.  14. 


(An.  1281)  AVEC  LE  SAINT-SlÉGE.  219 

embarras.  Il  y  tenait  pour  rebelle  la  puissante  famille 
Délia  Polenta,  qui,  depuis  1275,  y  dominait.  Le  5,  le  8, 
le  10  avril  1281,  les  conseils  florentins  votent  l'engage- 
ment de  deux  cents  cavaliers  mercenaires,  le  double  de 
ceux  que  déjà  ils  avaient  sur  pied.  Ils  laissaient  au  po- 
testnt,  au  capitaine,  aux  quatorze,  le  soin  d'en  fixer  la 
paye,  comme  la  date  du  jour  où  elle  commencerait  à 
courir*.  Le  17  mai  suivant,  une  assemblée  de  sages 
décidait,  sous  la  présidence  du  potestat  et  sur  l'avis  de 
Cardinale  des  Tornaquinci,  de  mettre  pour  deux  mois 
aux  ordres  de  l'Église  deux  cents  cavaliers,  dont  cent 
cinquante  mercenaires  et  cinquante  nobles  florentins*. 
Mais  l'opposition  élait  vive  et  grandissante.  Les  prudents 
auraient  voulu  ne  rien  décider  avant  d'avoir  reçu  des 
nouvelles  plus  précises  de  la  Romagne.  Tout  au  plus  con- 
scn(aient-ils  à  y  envoyer  deux  sages,  pour  être  plus  tôt 
et  plus  précisément  informés'.  Les  nobles  de  la  cavalcala 
refusaient  de  partir.  Le  28  mai,  il  en  fallait  réduire  à 
vingt-quatre  le  nombre,  quatre  par  xeslo  ;  les  quatorze 
devaient  les  désigner  ou  confier  ce  soin  a  des  gens  de 
leur  choix,  accorder  une  solde  de  quarante  sous  par  jour, 
le  premier  mois  payé  d'avance,  ordonner  que  chacun  des 
vingt-quatre  nobles  serait  accompagné  d'un  homme 
d'armes  et  de  quatre  chevaux.  Malgré  tout,  le  moment 
venu,  personne  ne  veut  partir.  On  ne  triomphe  de  leur 
résistance  qu'en  leur  comptant  d'avance  la  solde  des  deux 
mois,  qu'en  l'augmentant  de  dix  sous  par  jour,  qu'en 
décidant  qu'ils  pourront  être  contraints  à  l'obéissance*. 

1  Pro  novitatibus  et  rumoribus  illius  contrate  explanandis.  (Cons,  délia 
Rep.,  t.  I,  quad.  B,  p.  14,  15.) 

*  /^irf.,p.  18. 
5  Ibid,,  p.  15. 

♦  Ihid.,  p.  19. 


220  FLORENCE  S'AFFRANCHIT  DU  SAINT-SIÈGE.    (Ak.  1282) 

L'année  suivante,  au  mois  d'avril,  comme  les  troubles  de 
Romagnc  duraient  encore,  on  votait  un  nouvel  envoi  de 
cent  cavaliers  florentins  pour  un  mois,  non  compris  le 
temps  de  l'aller  el  du  retour.  Quarante  citoyens  étaient 
chargés  de  désigner  les  partants  ;  mais  leurs  désignations, 
plus  ou  moins  arbitraires,  suscitant  les  plus  vives  plain- 
tes, force  était  d'élever  encore  le  chiffre  de  la  paye  et  de 
laisser  à  chacun  le  droit  de  partir  ou  de  rester  *. 

Un  dégoût  d'ailleurs  croissant  pour  l'exercice  des 
armes  n'explique  pas  seul  cette  tiédeur;  il  y  faut  voir 
aussi,  dans  la  plus  guelfe  des  villes,  l'instinctif  dessein 
de  ne  plus  reconnaître  pour  chef  des  guelfes  le  chef  de 
l'Église.  Demande-t-il  qu'on  lui  tienne  en  garde  certains 
otages?  Les  plus  sages  Florentins,  assemblés  en  grand 
nombre  par  le  potestat,  refusent  d'y  consentir,  sous  pré- 
texte que  ce  serait  troubler  la  paix  faite  avec  les  Pisans 
«  sur  l'ordre  de  l'Église  romaine  *.  »  En  vain  Rosso  des 
Buondelmonti  propose  d'assigner  une  maison  pour  la 
garde  desdil^  otages  %  ou  du  moins  de  les  accueillir  pro- 
visoirement, pour  marquer  de  la  déférence,  sauf  à  prier 
par  ambassade  le  souverain  pontife  de  les  mettre  ailleurs  : 
Talano  de  la  Tosa,  Nerli  des  Nerli,  Ghinodes  Frescobaldi, 
tous  guelfes  et  jusqu'alors  dévoués  au  sainl-siége,  font 
décider  d'avertir  le  chapelain  du  pape  que  la  commune 
oppose  à  sa  demande  un  formel  refus*.  Juste  sujet  d'amères 
réflexions  pour  le  nouveau  ponlife,  si,  par  aventure,  il 
faisait  quelque  état  de  la  reconnaissance  des  peuples. 

A  un  pape  pacifique,  ennemi  de  Charles  d'Anjou,  et 


*  Cons,  délia  Rep„  1. 1,  quad.  G,  p.  6i. 
s  Mandato  Ecdesie  Romane. 

'  15  mai  1281.  Cons,  delta  Rep,^  1. 1,  quad.  B,  p.  17. 

*  17  mai  1281.  Ibid.,p.  18. 


(An.  1282)  MARTIN  iV  FAUTEUR  DES  GUELFES.  221 

sans  autre  ambition  que  de  tailler  en  Lombardie  et  en 
Toscane  des  royaumes  pour  ses  neveux*,  venait  tout  ré- 
cemment, après  un  conclave  de  six  mois,  de  succéder  un 
pape  belliqueux,  créature  de  ce  même  Charles,  qui,  lui 
ayant  à  la  sueur  de  son  front  donné  la  tiare,  entendait  bien 
se  payer  de  ses  peines.  On  avait  vu  ce  prince,  impatient 
comme  un  Français,  accourir  à  Vilerbe,  y  soulever  le 
peuple,  incarcérer  deux  cardinaux  des  Orsini*,  mettre  les 
autres  au  pain  et  à  Teau  ',  extorquer  ainsi  leur  vote  pour 
un  chanoine  roturier  de  Tours,  Simon  de  Brion,  cardinal 
de  Sainte-Cécile,  jadis  légat  en  France*,  et  s'établir  au- 
près de  son  pape,  pour  le  mieux  surveiller.  Guelfe  par 
force  comme  par  goût,  Martin  IV  frappait  donc  de  ses  fou- 
dres les  gibelins  qui,  s'obstinant  à  voir  en  lui  le  père 
commun  des  fidèles,  venaient  au  pied  de  son  trône  se 
plaindre  d'être  proscrits  en  tous  lieux.  Il  se  faisait  élire 
sénateur  de  Rome,  pour  déléguer  aussitôt  le  roi  dans  cette 
dignité  dont  une  constitution  de  Nicolas  III  excluait  les 
princes  puissants.  Dans  tous  les  pays  qui,  directement  ou 
indirectement,  dépendaient  de  lui,  Romagne,  patrimoine 
de  saint  Pierre,  Marche  d'Ancône,  Campanie,  duché  de 
Spolète,  il  envoyait  des  hommes  d'armes  français.  Dans 
toutes  les  villes  de  ces  provinces,  il  établissait  des  gouver- 
neurs empruntés  à  la  famille  même  de  Charles  d'Anjou  *. 

*  il  avait  demandé  aux  Lucquois  de  lui  céder  le  YJcariat  du  val  de  Nie- 
voie  et  du  val  d'Arno.  Les  Lucquois  s'étaient  dérobés  par  un  moyen  terme  : 
ils  avaient  pris  pour  préteur  à  Lucques  et  pour  vicaire  ôam  le  val  de  Nie- 
voie,  Giovanni  et  Angiolo  Cenci,  qui,  étant  des  Orsini,  fte  trouvaient  pa- 
rents de  Nicolas  III  (voy.  Mazzarosa,  t.  I,  p.  109). 

*  Ptolemœi Lucemis  Hist.  eccl.y  1.  XXIY,  c.  i,  R.  I.  S.,  t.  XI,  1185.  — 
Ann,  ecci,  1281,  §  1,  2,  t.  XXU,  p.  519.  —  Villani,  VII,  57. 

=^  Sabas  Malaspina,  VI,  6,  R.  I.  S.,  t.  VIU,  872.  —  Villani,  VU,  57. 
^  Celui-là  même  dont  le  saint-siége  stimulait  le  zèle  pour  procurer  dans 
le  royaume  de  France  des  ressources  financières  à  Charles  d^Anjou. 
»  Ann,  eccL,  1281,  §  14,  t.  XXU,  p.  523.  —  Sismondi,  U,  507-508. 


222  RECONSTITUTION  DE  LA  UGUE  TOSCANE.      (An.  1282) 

Un  vent  de  guerre,  dès  lors,  souffla  de  nouveau  sur  la 
Toscane,  et  Bt  présager  de  prochaines  tempêtes  ^  Ayant 
retrouvé  leurs  chefs,  les  guelfes  recopstituaient  leur  ligue. 
Le  8  février  1282,  Florence,  Pralo,  Pisloia,  Lucques, 
Sienne  s'y  étaient  engagées  pour  dix  ans.  Elles  la  tenaient 
ouverte,  aiin  que  d^autres  villes  y  pussent  adhérer.  Ou 
comptait  à  ce  point  sur  l'adhésion  de  Colle,  de  San  Gémi- 
gnano,  de  Poggibonzi,  qu^avant  de  l'avoir  obtenue  on 
flxait  leur  contingent.  Pour  un  an  était  volée  une  taglia 
de  cinq  cents  cavaliers  de  langue  française  ou  ultramon- 
laine,  munis  chacun  d'un  cheval  bardé  de  fer*.  Florence 
en  devait  enrôler  cent  soixante-six,  Lucques  cent  dix-huit. 
Sienne  cent  trois,  Pistoia  quarante-sept,  Prato  dix-huit, 
Vollerre  huit.  Les  vingt  autres  devaient  être  répartis  entre 
San  Gemignano,  Colle  et  Poggibonzi.  Leur  solde  était  de 
quinze  livres  par  mois,  payables  tous  les  deux  mois.  Leur 
cheval  devait  valoir  quarante  livres  et  être  âgé  d'au  moins 
trois  ans.  Tout  prisonnier  à  cheval  amené  par  un  cavalier 
à  la  commune  dont  il  relevait,  et  acceplé  par  elle,  vau- 
drait à  ce  cavalier  vingt-cinq  livres;  tout  homme  de  pied, 
dix  livres  de  gratification.  I^e  capitaine,  un  a  grand  et 
puissant  guerrier  %  »  fidèle  à  l'Église,  serait  élu  par  les 
syndics  des  communes  alliées,  et  toucherait  pour  lui,  pour 
les  dix  cavaliers  de  son  escorte,  son  notaire  et  ses  deux 
trompettes,  deux  mille  livres  tous  les  six  mois.  De  chaque 
commune  il  recevrait  pour  conseiller  un  sage  ou  juriscon- 


*  Voy.  plus  haut)  même  chap.,  p.  216,  u.  4.  Selon  Léon.  Bruni,  c*ei>l 
bien  la  mort  de  Nicolas  111  qui  est  la  cause  du  mal  :  «  Nec  dubitatur,  si  is 
ponlifex  ?ixisset  diulius,  quin  longe  magis  ea  forma  reipublicae  fuefit  dura- 
tura.  »  (Hist  Flor.,  1.  III,  p.  53.) 

«  De  ferro  vel  malglis  seu  clilothonc.  (CapHoli,  XXX,  u*  44,  f*  69  t*.) 

3  Magnum  et  potentem  virum.  (Ibid,) 


(An.  i^m)  UÉGÉMONIË  DE  FLORET^GË.  223 

sullc,  payé  le  double  des  cavaliers  et  tenu  de  résider  au- 
près de  \m\  Aucune  des  villes  alliées  ne  pouvait  faire 
la  guerre  ou  la  paix  sans  le  consentement  des  autres.  En 
tou le  occasion,  tant  qu'elles  resteraient  fidèles  à  TÉglisc 
romaine,  elles  se  devaient  assistance  réciproque,  soit  dons 
les  combats,  soit  même  dans  la  réforme  de  leur  gouver- 
nement. Elles  ne  devaient  percevoir  les  unes  sur  les  autres 
ni  gabelles  ni  droits.  Florence  qui  fournissait,  on  l'a  vu, 
le  plus  grand  nombre  de  cavaliers  à  la  ligue,  en  avait  si 
incontestablement  la  direction,  que  dans  ses  murs,  et 
non  plus,  comme  par  le  passé,  à  San  Miniato  al  Tedesco 
ou  à  Empoli,  devaient  se  réunir  les  syndics,  pour  déli- 
bérer sur  les  affaires  communes^  Elle  ne  se  bornait  pas 
à  remplir  ses  obligations  rigoureuses  :  étendant  ses  re- 
gards au  dehors,  elle  y  envoyait,  même  au  loin,  ses 
hommes  d'armes,  quand  un  allié,  quand  un  ancien  pro- 
tecteur réclamait  ses  secours. 

Charles  d'Anjou  était  alors  aux  prises  avec  ses  sujets  de 
Sicile.  Son  ambition,  son  despotisme,  sa  cruauté  les  avaient 
poussés  du  désespoir  à  la  révolte.  Protégés  par  la  mer 
contre  une  répression  soudaine,  ils  avaient  pu  oser  ce  que 
n'osaient  pas  les  sujels  de  terre  ferme.  Nous  n'avons  pas 

*  Le  7  novembre  1282,  Guido  Salvatico  i  Dei  gralia  cornes  in  Tuscia  pa- 
lalinus  i,  était  nommé  pour  six  mois  capitaine  de  la  taglia  de  300  cavaliers* 
Chacun  des  dix  qu'il  devait  amener  avec  lui  devait  être  pourvu  d'un  destrier 
bien  harnaché  (armigerum  copertum),  d'un  roussin  ou  bidet,  et  des  armes 
convenables  à  sa  condition.  11  devait  en  outre  avoir  avec  lui  dix  autres 
chevaux  (Comtdte  délia  Rep,,  1. 1,  quad.  D,  p.  8  V*). —  En  1290,  le  «  sage  • 
assesseur  du  capitaine  pour  Florence  était  un  marchand,  Simone  des  Bardi. 
II  recevait  30  sous  par  jour,  soit  45  livres  par  mois  (3  juillet  1290.  Prov- 
visioni,  t.  I,  n*  2,  p.  71). 

«  Capitoli,  XXX,  n«  44,  f  69  r*.  —  Caleffo  vecchio,  p.  571-574.  — 
Ammirato  le  jeune  a  connu  ce  document  comme  tant  d'autres.  U  en  donne 
une  analyse  très-exacte  (I.  Ul,  t.  I,  p.  159),  sauf  qu'il  dit  le  12  février, 
au  lieu  du  8.  Ses  additions,  un  le  sait,  sont  entre  guiUemets. 


^2U  LES  FLOREINTINS  EN  SiGlLË.  (An.  l!282) 

à  raconter  ici  comment  Giovanni  de  Procida  provoqua  ce 
soulèvement,  ce  massacre  célèbre  que  l'histoire  a  nommé 
les  vêpres  siciliennes  \  La  perte  de  la  Sicile,  concentrant 
toutes  les  pensées  du  roi  sur  le  dessein  de  la  reconquérir, 
le  détournait  des  afluires  du  nord  ;  mais  le  nord  ne  se 
détourna  point  de  lui.  Quoique  peu  affligés  d'un  désastre 
qui  les  garantissait  contre  l'esprit  de  dominations  les 
guelfes  florentins  comprenaient  que  la  ruine  de  Charles 
serait  funeste  à  leur  prépondérance,  et  s'ils  se  laissèrent 
demander  des  secours',  ils  n'eurent  garde  de  les  refuser. 
A  Catena,  en  face  de  Messine,  ils  envoyèrent,  conduits  par 
Guido  de  Battifolle  des  comtes  Guidi,  cinquante  cavaliers 
dicorredo^  c'est-à-dire  bien  équipés,  et  cinquante  donzelli 
des  plus  nobles  et  |  riucipales  familles  de  Florence,  dési- 
gnés pour  être  faits  chevaliers \  qu'accompagnaient  quatre 
cents  autres  hommes  d'armes  à  cheval  *.  Charles  conféra 
aux  (ionze//t  le  ceinturon  de  chevalerie,  qu'ils  venaient 
chercher  auprès  de  lui,  et,  traversant  le  Phare,  alla  avec 
ces  précieux  auxiliaires  mettre  le  siège  devant  Messine.  I^ 
grand  pavillon  de  la  commune  de  Florence  ne  flotta  devant 


*  50  mars  1282.  Voy.  Villani,  VU,  60.  —  Neocastro,  c.  xiv,  R.  I.  S., 
t.  XllI,  1027.  —  Atnari,  Guerra  del  vespro  siciliano^  p.  63  sq.,  Palerme» 
1842.  —  Saint-^iest,  IV,  21  sq.,  et  dans  Cherrier  (ni,  500)  quelques  moto 
seulement.  On  sait  que  6.  B.  Niccoiini  a  £ait  sur  Giov.  de  Procida  une  tra- 
gédie fort  renoomiée. 

«  Ammirato,  1285,  1.  UI,  1. 1,  p.  165. 

^  Une  correspondance  suivie  s'établit  à  ce  sujet.  Le  20  juin  1281  ,  dans 
un  conseil  de  quelques  «  sapientes  juris  » ,  d'autres  i  sages  magnats  (sic)  » 
et  des  capitudini  des  sept  arls  majeurs  «  in  choro,  i  Ton  désignait  pour 
lui  répondre,  trois  i  sapientes  juris  »  et  trois  capitudini  (Cons.  délia  Rep.^ 
t.  I,  quad.  B,  p.  20). 

^  Gosi  si  chiamavano  coloro  che  erano  designali  cavalieri.  (Ammirato, 
1281,1.  m,  1. 1,  p.  158.) 

'  Bonaïni,  loc,  cit. y  IV,  9,  dit  500  autns.  11  y  a  là,  sans  doute»  double 
emploi  avec  les  100  précédents,  par  inadvertance  ou  faute  d*impression. 


(An.  Vm)  MESURES  FINAI^CIÈRËS.  225 

les  murailles  ennemies  que  pour  tomber  au  pouvoir  des 
assiégés  et  orner  leur  cathédrale,  comme  un  trophée  de 
leur  victoire^  C'est  à  peine  si  ceux  qui  ne  l'avaient  pas 
su  défendre  purent  retourner  sains  et  saufs  dans  leur 
patrie*. 

Aux  envois  d'hommes  s'ajoulaient  les  envois  d'argent, 
non  moins  nécessaires  et  non  moins  demandés.  11  en  fal- 
lait beaucoup  pour  fermer  la  bouche  à  Charles  d'Anjou, 
que  la  dignité  de  son  rang  n'empêchait  pas  de  tendre  la 
main.  Fins  politiques,  les  Florentins  ne  les  refusaient 
pas,  mais,  marchands  économes,  ils  en  gémissaient. 
Dans  des  accès  de  mauvaise  humeur,  ils  allaient  parfois 
jusqu'à  ne  pas  voter  les  plus  obligatoires  comme  les  plus 
insignifiantes  dépenses;  mais  ils  ne  tardaient  pas,  la 
réflexion  aidant,  à  revenir  sur  de  telles  résolutions.  On 
les  voit,  le  5  février  1282,  rejeter  une  modeste  alloca- 
tion de  vingt-cinq  livres  pour  restaurer  la  maison  où 
devait  habiter  le  futur  capitaine,  et  un  fort  emprunt  de 
trois  mille  livres  ou  la  ferme  annuelle  des  recettes  d'oc- 
troi sur  le  vin,  qu'on  proposait  pour  payer  la  solde  des 
mercenaires*.  Mais  neuf  jours  plus  tard,  le  14,  on  reve- 
nait sur  les  voies  et  moyens  rejetés,  faute  d'en  trouver 
de  meilleurs.  On  proposait  des  emprunts  non  plus  de 
trois  mille,  mais  de  huit  mille  livres,  per  ioldum  et 
libram^  des  emprunts  forces  à  raison  de  dix  sous,  de  vingt 
sous  pour  cent.  On  finissait  par  désigner  dans  la  ville 
quarante  buoni  uomini  qui  prêteraient  à  la  commune 
cinquante  livres  chacun,  sauf  à  demander  à  l'impôt  ce 


<  27  septembre  1282.  Yillani,  VU,  65. 

'  «  Incolumes  »  dit  Luuti.  Hruni  (HUt.  Flor,,  1.  [Il,  [t.  jG). 

^  Consulle  délia  Rep.^  t.  J,  quad.  C,  \t.  48  v*. 

H18T.   DE  FLOREIIGE.   —   11.  15 


226  EXPÉDIENTS  FINANCIERS.  (An.  1282) 

qui  manquerait  encore*.  Le  19,  de  nouveaux  expédients 
sont  même  nécessaires.  On  fera  un  emprunt  au  plus  bas 
taux  qu'il  sera  possible  ;  on  frappera  un  «  impôt  d'em- 
prunt »  ;  on  vendra  le  sel  six  sous  la  mesure  au  lieu  de 
cinq,  on  demandera  le  reste  à  Toctroi  sur  les  vins  et  aux 
bénéfices  que  donne  la  frappe  de  monnaies  d'or*.  Le  21, 
on  se  ravise.  Les  conseils  du  potestat  modifient  ce  que 
venaient  de  décider  les  conseils  du  capitaine  :  ces  reve- 
nus de  la  commune  seront  donnés  en  garantie  aux  pré- 
teurs*. Le  3  mars,  nouvel  expédient,  suggéré  par  Lapo 
Rinuccini.  Comptant  sur  les  lumières  des  boutiquiers,  il 
demande  que  le  potestat,  le  capitaine  et  les  quatorze 
élisent  quatre  hommes  par  sesto  qui  aviseront  entre  eux 
aux  plus  économiques  moyens  pour  se  procurer  de  l'ar- 
gent*. Les  sources,  sans  doute,  en  étaient  momentané- 
ment taries,  car  cette  assemblée  n'imagine  qu'une  ban- 
queroute partielle,  une  réduction  de  la  dette  aux  merce- 
naires. A  ceux-ci  il  était  dû  encore  quinze  cents  livres. 
Après  force  protestations,  ils  en  acceptent  six  cent  vingt- 
cinq,  et  donnent  quittance  du  tout.  Le  24  mars,  les  con- 
seils, comme  on  peut  le  penser,  approuvaient  cette  opé- 
ration financière*.  On  pourrait  croire  qu'elle  devait  nuire 
aux  futurs  enrôlements  ;  il  n'en  fut  rien  :  deux  jours 
après ,  le  26 ,  d'autres  mercenaires ,  ou  peut-être  les 
mêmes,  s'engageaient  encore  au  service  de  la  commune, 
soit  que  leur  solde,  fût-ce  avec  le  risque  d'être  réduite, 
leur  parût  suffisante,  soit  plutôt  qu'ils  nourrissent  la  se- 


«  U  féTher  1282.  Consulte  délia  Hep.,  I,  C,  p.  48  V 

*  Ibid.,  p.  50  V». 

3  Ibid.,  p.  51  v%  52. 

*  Ibid.y  p.  54. 

5  Ibid.y  p.  57  v«. 


(ÂM.  1282)  MÉCONTENTEMENT  PROVOQUÉ  PAR  LES  GIBELINS.        237 

crête  pensée  d'y  proportionner  leurs  services,  et,  comme 
on  dit,  de  n'en  donner  que  pour  l'argent*. 

Quoi  quMl  en  soit,  expéditions  et  dépenses,  impôts  et 
banqueroutes,  provoquaient  des  mécontentements  dont 
profitaient  les  gibelins*.  Les  revers  de  Charles  d'Anjou 
en  Sicile,  les  succès  de  Guido  de  Montefeltro  en  Romagne, 
la  venue  d'un  vicaire  impérial,  le  règne  d'un  pape  indif- 
férent aux  institutions  établies  sous  les  auspices  de  son 
prédécesseur,  tout  concourait  à  stimuler  leur  audace.  Ils 
faisaient  échec  aux  magistrats,  ressuscitaient  la  discorde, 
l'introduisaient  dans  les  ofQces  mêmes',  surtout  dans 
celui  des  quatorze,  où,  grâce  à  eux,  régnait  la  confusion  *. 
Les  guelfes  s'irritaient  d'y  coudoyer  des  ennemis  \  Les 
marchands  de  Calimala,  a  les  plus  sages  et  les  plus" 
puissants  citoyens  de  Florence  »,  tinrent  les  premiers  des 
conciliabules  \  Ils  y  appelèrent  les  gens  des  autres  arts, 
ils  condamnèrent  d'un  commun  accord  cette  magistrature 
nullement  tutélaire.  Le  peuple,  provoqué  par  les  gibelins, 
soutenu  par  les  guelfes,  «  commença  à  rugir'  »,  et  les 
soutint  à  son  tour.  Forts  de  son  appui,  ils  osèrent  porter 
la  main  sur  l'œuvre  du  cardinal  Latino,  qui,  après  avoir 


1  Consulte  délia  Rep.,  1. 1,  quad.  G,  p.  58. 

^  Da  che  si  yedeya  molto  la  parte  ghibellina  andar  riprendendo  foi  za  c 
potere.  (Àniinirato,  1.  lU,  t.  I,  p.  158.) 

'  Pcr  la  perdita  di  Sicilia  che  fecc  Carlo  e  per  la  Tenuta  che  fcce  lo  vicario 
di  Ridolfo,  i  ghibellini  presono  baldanza,  e  seinpre  tencionavano  negli  ufici, 
e  rado  erano  di  concordia.  (Stcfani,  11,  156.) 

*  Parendo  a'  cittadini  il  detlo  ufûcio  de'  qualtordici  d'una  grande  confu- 
sioue  e  volume  di  accordare  tanti  divisati  animi  ad  uno.  (Villaiii,  VU,  78.) 

<  A*  guelli  nou  piaceva  il  cousorzio  de'  ghibellini  iu  dette  ufiicio.  (Villani, 
VU,  78.) 

^  Yillani  (VU,  78)  et  Ste&ni  (U,  156)  sont  d'accord  sur  ce  point. 

^  1  ghibellini  cominciarono  a  dibattere  il  popolo»  ed  il  popolo  comincid  a 
ruggercy  ed  i  guelû  Tappoggiarouo.  (Siefani,  U,  156.) 


i-m  DESIRES  PRj^jËS  CUNTRE  LES  GIBEUNS.       {Kn.  1^S> 

un  instant  ramené  la  paix,  se  montrait  impuissante  à  la 
maintenir. 

Aux  confinés  ils  retirèrent  leurs  exceptionnels  privj- 
léges,  et,  en  les  déclarant  rebelles,  ils  rendirent  leurs 
biens  saisissables,  leurs  personnes  passibles  de  châtiments 
personnels.  Aux  gibelins  de  la  ville  ils  fermèrent  l'accès 
des  emplois  publics^  Ne  pouvant,  comme  l'auraient  voulu 
\es  popolani,  étendre  cette  incapacité  à  tous  les  nobles, 
parce  qu'on  en  comptait  beaucoup  dans  le  parti  dominant, 
ils  exigèrent  du  moins  que  le  nom  exécré  de  magnats 
disparût  et  qu'il  n'y  eût  plus  à  Florence  que  de  simples 
citoyens'.  Pour  contraindre  les  plus  rétifs,  on  leur  im- 
posa l'obligation  de  se  faire  inscrire  aux  registres  matri- 
cules d'un  des  arts,  humiliante  condition  qu'en  d'autres 
villes,  comme  à  Florence,  devait  bientôt  subir  la  no- 
blesse*.  Elle  n'était  point  tenue  à  travailler  de  ses  mains  ; 
on  lui  laissait  l'énervant  privilège  de  l'oisiveté,  dont  elle 
était  fière,  comme  d'un  souvenir  et  d'un  signe  de  sa  su- 
pérîorité  native.  Au  prix  de  l'humiliation  d'un  moment, 
promptemenl  oubliée  des  autres  citoyens,  elle  aclietaîl 
le  droit  de  prétendi'e  aux  plus  hautes  fonctions.  Quant  è 
ceux  qu'un  resic  d'orgueil  féodal  poussait  à  défendre  leui 
nom  d'une  inscription  si  roturière,  ils  ne  vivaient  plus 
dans  leur  patrie  qu'à  titre  d'étrangers  et,  pis  encore,  dt 
parias*. 

'  Si  corne  Don  stimaiano  C09a  convenienle  il  levar  in  [utto  it  governo  d 
luano  du'  iiobilj ,  cogi  giudicavaDo  esser  necessario  che  almeno  col  nomi 
cbe  prendcvano,  dcponesuro  giarle  dell'  alterjgia  che  porgea  ioro  quelt 
boriosa  voce  délia  nobilU.  (Ammiralo,  1382. 1.  III,  I.  I,  p.  130.) 

'  Ainsi  i  Hilan  on  immatricule  les  Adda  ,  les  Archintn  ,  les  Castïgliuni 
les  Crivclli,  les  Lamprugnani,  les  Mclzi,  les  Visconli,  les  Vimercali  et  bîei 
d'aulres  (SitoDi,  Collectanea  de  tegibiu  nobilitalU,  ap.  Cibrario,  Dell'  tco 
nomia  potilica,  p.  372). 

*  On  rapporte  ordinaireineDl  cette  grande  innotalian  au  temps  ua  pei 


(Aif.  1282)         COLÈRE  ET  PLAINTES  DES  GIBELINS.  229 

Cinquante  ans  plus  tôt,  ils  eussent  préféré  tous  recou- 
rir aux  armes,  s'exposer  à  la  mori,  se  condamner  à  l'exil, 
dernier  refuge  de  leur  dignité.  Mais  ils  n'étaient  plus, 
comme  jadis  les  grands  des  châteaux  et  de  la  campagne, 
citadins  pour  deux  ou  trois  mois  chaque  année,  et  assu- 
rés, à  la  première  vexation,  d'un  refuge  derrière  leurs 
murailles,  d'une  vengeance  par  leur  épée.  Pleins  de 
mépris  encore  pour  ces  popolani  qui,  mal  armés  et  à 
pied,  ne  tenaient  guère,  sur  les  champs  de  bataille,  con- 
tre les  chevaliers,  nouveaux  centaures  tout  bardés  de  fer, 
ils  s'étaient  accoutumés  à  les  coudoyer  dans  les  rues,  où 
s'écoulaitdésormais,  pour  les  uns  comme  pour  les  autres, 
presque  toute  l'existence.  Ils  aimaient  Florence  comme 
leur  patrie.  La  plupart  y  étaient  nés  et  ne  connaissaient 
guère  d'autre  horizon.  Le  sang  qu'ils  versaient  pour  elle 
redoublait  leur  amour  et  rendait  plus  dure  à  leurs  yeux 
la  condition  mise  a  l'exercice  de  leurs  droits  *.  Dans  la 
colère  des  premiers  jours,  ils  ne  voyaient  pas  que  leur 
supériorité  militaire,  dont  personne  ne  pouvait  les  dé- 
pouiller, leur  assurait  une  position  considérable,  et,  jus- 
qu'à un  certain  point,  prépondérante  dans  l'État.  Leur 
résistance  augmentait  l'oppression,  et  l'oppression,  leurs 
plaintes.  Or,  pour  les  motiver,  comme  pour  couvrir  leurs 
ressentiments,  ils  avaient  sous  la  main  un  spécieux  pré- 
texte: n'enfreignait-on  pas  contre  eux  un  pacte  sacro- 


poslérii'ur  où  furent  rédigés  les  Ordinamenta  justitiœf  mais  par  suite  du 
l'erreur  qui  la  suppose  inséparable  de  la  rédaction.  Amniirato  ne  s*y  est  pas 
trompé,  non  plus  que  M.  Reumont  (Tav.  cron.y  p.  51,  art.  Signoria,  et 
M.  Yiiian  (Nuova  Antoloyia,  juillet  1869,  (.  XI,  p.  446).  —  M.  Hillebrand 
(p.  51)  entend  tiès-raal  tout  cela.  La  noblesse,  dit-il,  ne  considérait  pas  en- 
core le  commerce  comme  déshonorant. 

*  Ces  choses  ont  été  très-bien  Tues  et  mises  en  lumière  par  M.  Yillari 
(Nuova  Antol.y  loc.  cit.). 


230  GOUVERNEMKNT  EXCLUSIF  DES  ARTS.         (An.  1282) 

saint,  conclu  sous  les  auspices  de  TÉglise,  garanti  par 
elle  contre  quiconque  l'oserait  violer? 

Mais  le  salut  public  faisait  loi.  Une  commission  de  six 
membres,  nommée  pour  proposer  des  remèdes,  n'aboutit 
et  ne  pouvait  aboutir  qu'à  une  plus  forte  concentration 
des  pouvoirs  battus  en  brèche  par  les  grands*.  De  sup- 
primer leur  inscription  aux  registres  matricules,  il  n'en 
fut  pas  même  parlé.  Les  quatorze,  réputés  trop  nombreux 
pour  bien  gouverner,  furent  remplacés  par  une  magis* 
trature  de  trois  personnes,  dont  deux  au  moins  devaient 
être  guelfes.  Les  grands  y  pouvaient  prétendre,  comme 
les  popolani^  mais  à  condition  d'être  de  bonne  vie  et 
renommée  et  d'être  inscrits  aux  registres  de  Calimala,  du 
change  ou  de  la  laine,  c'est-à-dire  d'un  des  trois  arts 
principaux*.  C'était  un  pas  vers  la  démocratie  que  de  tirer 
exclusivement  des  arts  les  membres  du  gouvernement, 
mais  un  pas  d'une  prudence  incontestable,  puisqu'on  ex- 
cluait les  métiers  où  prenaient  rang  les  plébéiens'. 


*  Au  nombre  de  ces  six  commissaires  était  Dino  Compagni,  qui  méritait 
une  mention  à  part  tant  qu'on  Ta  pu  croire  auteur  de  la  chronique  publiée 
sous  son  nom.  Aujourd'hui  il  n'est  plus  pour  nous  qu'un  homme  comme  les 
autres,  mais  mieux  connu  que  beaucoup  d'autres,  grâce  à  l'attention  qui  s'est 
si  longtemps  portée  sur  lui.  Ceux  qui  seraient  encore  curieux  de  détails  k 
son  sujet  pourront  lire  un  article  de  M.  Sallini,  Documenti  inediti  intomo 
Dino  Compagni,  dans  VArch.  star.,  3*  série,  t.  XYI,  1872,  4*  dispensa,  et 
aussi  l'ouvrage  de  M.  Hillebrand,  quoiqu'il  ne  soit  pas  exempt  d'erreurs  et 
surtout  d^indications  inexactes.  —  En  Î854  ,  quand  on  construisit  aux  Ar- 
chives de  Florence  la  sallo  dite  délie  carte,  parce  qu'on  y  recueille  tous  les 
papiers  appartenant  aux  corporations  supprimées,  M.  Passerini  a  pu  s'assu- 
rer que  Dino  Compagni  avait  été  immatriculé  aux  registres  de  l'art  de  la 
soie,  dont  il  était  consul  en  128*2.  Le  portrait  plus  ou  moins  imaginaire  de 
ce  personnage  fut  alors  placé  dans  cette  salle  ,  dont  il  passait  pour  être  un 
des  principaux  ornements. 

*  Eranvi  cosi  grandi  conie  popolani  uomini,  grandi  di  buona  fama  e  di 
buone  opère,  e  che  fossono  arlefici  o  mercatanti.  (Villani,  VU,  78.) 

^  Le  prime  due  (gnindi  e  iwpolani)  avevano  parte  nel  governo,  l'ultime 


(An.  1282)  LES  TROIS  PRIEUHS  DES  ARTS.  251 

Le  15  juin  1282  ,  furent  établis  pour  deux  mois  dans 
cette  charge  Barlolo  des  Bardi,  de  Tart  de  Calimala  et  du 
sestiere  d'Oltrarno,  Rosso  Bacherelli,  du  change  et  de  San 
Pier  Scheraggio ,  Salvi  Girolami ,  de  la  laine  et  de  San 
Pancrazio.  Ils  reçurent  le  nom  déjà  ancien,  mais  tombé 
en  désuétude,  de  prieurs  des  arts\  auquel  on  substituait 
quelquefois  le  terme  générique  de  rettori,  indistinctement 
applicable  aux  principaux  magistrats.  Un  peu  plus  tard, 
sans  renoncer  au  nom  de  prieurs,  on  employa  celui  de 
ngnori^  aussi  célèbre  el  plus  expressif,  qui  montrait  en 
eux  les  seigneurs,  les  maîtres  temporaires  de  Florence. 
Réunis  au  capitaine  du  peuple  dans  la  Badia^  ils  s'enga- 
geaient à  y  rester  jour  el  nuit,  à  la  disposition  de  leurs 
administrés.  Ils  ne  pouvaient  être  réélus  avant  deux  ans, 
sage  moyen  de  déconcerter  les  ambitions  immodérées,  et 
tout  ensemble  de  ne  pas  décourager  les  ambitions  légi- 
times, utiles  dans  un  État  autant  que  les  autres  y  sont 
funestes*. 

Deux  mois  n'étaient  pas  écoulés  qu'on  reconnut  la 
nouvelle  magistrature  bonne  dans  son  principe,  mais 
susceptible  d'améliorations.  Trois  arts  sur  sept  étant  seuls 
appelés  à  en  faire  partie,  on  créait  une  aristocratie  parmi 
les  arts  majeurs;  trois  sestieri  sur  six  fournissant  un 
prieur,  une  moitié  de  la  ville  commandait  à  l'autre,  ou 
avait  du  moins  sur  elle  un  avantage  fort  envié'.  Si  les 


(plebei)no.  (Auctoreincerto,  ap.  Deliziey  IX,  256.)  Cet  écrit  confus  mais  im- 
portant a  été  réimprimé  par  M.  G.  Capponi,  t.  1,  p  bbl,  Append.,  n*  2. 

*  Nec  lamcn  hujus  magistrutus  nomcn  tune  primo  in  Republica  repertum 
est .  Constat  enim  annalibus  octoginta  ferme  annis  ante  id  tempus  priores 
arlium  in  Republica  fuisse,  sed  postea  omissum  ac  pêne  obliteratum,  tan* 
deni  hoc  temporc  amplificala  polestate  resumlum  est.  (Léon.  Bruni,  lU,  54.) 

«  Villani,  VII,  78.  —  Stefani,  IH,  157. 

^  La  cosa  procedea  motto  bene,  se  non  che  essendo  tre  priori  solamente 


232  LES  SIX  PRIEURS  DES  ARTS.  (An.  i28T 

choses  restaient  en  l'étal,  il  fallait  restreindre  les  atlribu- 
tions  pour  éviter  la  tyrannie,  et  Ton  sentait  le  besoin  de 
les  étendre*.  On  imagina  donc  de  doubler  le  nombre  des 
prieurs,  ce  qui  permettrait  d'en  donner  un  à  chaque 
sesliere  et  en  même  temps  à  chaque  art  majeur,  sauf  à 
celui  des  juges  et  des  notaires.  Que  des  marchands  pro- 
nonçassent avec  plaisir  cette  exclusion  contre  un  art  qui 
les  dominait  par  la  supériorité  de  ses  connaissances,  par 
son  aptitude  exclusive  à  rendre  la  justice  selon  le  droit  si 
embrouillé  du  temps,  et  qui  partageait  avec  les  chevaliers 
le  litre  honorifique  de  messere^  on  peut  le  croire;  mais 
Texclusion  avait  sa  raison  d'être.  Les  juges  et  les  notaires 
tenaient  déjà  tant  de  place  dans  les  tribunaux,  dans  les 
administrations,  dans  le  gouvernement,  où  ils  assistaient 
le  capitaine,  le  potestat,  les  buoni  i^omtm,  les  quatorze, 
les  prieurs  eux-mêmes,  qu'on  pouvait  sans  inconvénient 
déclarer  inhabiles  aux  fonctions  de  prieurs  les  doctes 
qui  exerçaient  partout  celles  de  juges  ou  de  greffiers. 
C'est  ainsi  que  les  médecins  et  apothicaires,  les  marchands 
de  soie  et  merciers,  les  peaussiers  enfin ,  partagèrent  dé- 
sormais avec  Calimala,  le  change  et  la  laine,  le  privilège 
d'avoir  dans  la  principale  magistrature  un  représentant, 
et  méritèrent  bien,  dès  lors,  ce  nom  d'arts  majeurs 
qu'on  ne  leur  contesta  plus. 

Restait,  pour  assurer  leur  règne,  à  le  garantir  contre 
toute  surprise,  principalement  contre  l'élection  d'un 
collège  de  nobles.   De  1282  à  1286,   les  six  prieurs, 

e  di  Ire  sesli  per  voila,  parea  che  in  ogni  priorato  hora  l'una  meta  e  hora 
Tallra  délia  citlà  reggesse  la  repubblica  e  non  lutta  insieme  (Ammirato, 
1282,  1.  m,  t.  1,  p.  160.) 

*  Un  anno  avanli  essendo  slali  el«Hli  con  certa  autorità,  fu  di  poi  nel 
mesedi  maggio  data  loro  lutta  la  medesima  che  aveano  i  XIV.  (Auct.  incert. 
ap.D6/ûie,  IX,  260.) 


(An.  1282)         LEUR  ÉLFXTION,  LEURS  PRIVILÈGES.  235 

comme  auparavant  les  quatorze  buoni  uominiy  furent  élus 
par  ceux  qui  sortaient  de  charge  avec  l'assistance  de 
richiesti  ou  requis,  en  nombre  laissé  à  leur  volonté, 
et  des  capitudini  ou  chefs  des  sept  arts  majeurs*.  De 
1286  à  1292,  s'introduisit  Tusage  d'adjoindre  à  ces  ad- 
joints les  capitudini  des  cinq  arts  les  plus  considérables, 
dans  la  hiérarchie  officielle,  après  les  sept  premiers,  et 
d'appeler  chaque  fois  deux  richiesti  ou  arruoti  par  ses- 
tiere*.  Si  de  telles  élections  n'étaient  pas  encore  fort  dé- 
mocratiques, elles  donnaient  cependant  satisfaction  aux 
marchands.  Ils  restaient  maîtres  d'exclure  les  nobles,  de 
maintenir  au  timon  les  sept  premiers  arts,  et  d'admettre 
les  cinq  suivants  à  se  mêler  des  affaires  publiques,  dans 
une  mesure  bien  étroite  encore,  mais  qui  tendait  à  s'élar- 

Moins  redoutables  parce  qu'ils  étaient  plus  nombreux, 
les  six  prieurs  obtinrent  ce  qu'on  avait  refusé  aux  trois 
primitifs,  toutes  les  attributions  des  quatorze  buoni 
worntm*,  et  en  outre  l'autorisation  de  marcher  en  armes, 
d'entretenir  aux  frais  de  la  commune  six  berrovieri  ou 
sbireSy  en  même  temps  que  six  mem  ou  messagers  pour 
mander  les  citoyens*.  Ces  concessions,  ces  privilèges  coù- 


*  Voy.  plu8  haut,  même  chap.,  p.  209. 

*  I  quali  furono  con  grandi  e  ]>opolani  purchè  fossero  mercatanti.  (Sfe- 
fan!,lll,  158). 

5  Auct.  incert.  ap.  Delizie,  IX,  260,  261.  —  Villani,  VU,  78.  —  Ste- 
fnni,  lit,  158.-^  Ammirato,  1282,  l.  HI,  1. 1,  p.  160.  —P.  Yillari.  {IlPoli- 
tecnico,  novembre  1867,  p.  ^95.)  —  Fraticelli,  Storia  délia  vita  di  Dante ^ 
p.  118,  119.  —  PignoUi,].  III,  c.  V,t.  Hl,  p.  135.  — Sismondi,  II,  36-37. 
—  Hillebrand,  51 ,  52.  —  Slefani  donne  les  noms  des  deux  premières  séries 
de  prieurs,  celles  du  15  aoûl  et  du  15  octobre  1282.  On  peul  voir  dans 
Atto  Yannucci,  p.  158,  le  texte  même  des  ordinamenti  sur  Télection  des 
])r\e\irs(0rdinamentidigiu8tizia  del  popolo  e  comune  di  Firenze,  cap.  III). 

*  Voy.  la  note  1  de  la  page  précédente, 
s  Auct.  incert.,  ibid.  Villani,  VU,  78. 


254  LES  SA  VI  ET  LES  BUONUOMINI  (An.  1282) 

talent  peu  à  l'esprit  de  défiance  et  de  soupçon  inhérent 
aux  démocraties.  Il  avait  pris  ses  garanties  contre  les  ma- 
gistrats de  son  choix  :  courte  durée  de  leur  pouvoir,  qui 
leur  ôtait  les  moyens  de  s'y  perpétuer;  obligation  de  ré- 
sider, de  manger,  de  coucher  dans  la  lourde  la  Castagna 
prèsde  la  Barfta*,  qui  leur  ôtait  jusqu'au  désir  d'une  im- 
médiate réélection  ;  défense  de  parler  à  personne,  sauf 
dans  leurs  audiences  du  lundi,  du  mercredi,  du  vendredi, 
et  dans  des  entretiens  exclusivement  consacrés  aux  af- 
faires publiques,  en  présence  des  deux  tiers  d'entre  eux'  ; 
assistance  imposée  surtout  d'un  certain  nombre  de  savi 
ou  sages  dans  toutes  leurs  délibérations,  trait  caractéri- 
stique, s'il  en  fut,  des  institutions  florentines.  Par  ce 
nom  de  sages,  on  désignait  les  hommes  habiles,  habiles 
principalement  dans  la  science  du  droit,  aapientesjuris^ 
disent  les  documents,  quand  ils  veulent  parler  net'.  Ces 
juristes  étaient  en  grande  estime.  Chaque  maison  de 
banque  avait  le  sien,  comme  on  a  aujourd'hui  son  avo- 
cat, son  avoué,  son  notaire.  On  leur  demandai!  la  solu- 
tion possible  des  difficultés,  d'après  les  lois  si  nombreuses, 
si  variées,  si  souvent  confradicloires  de  tant  de  régimes 
successifs.  11  élait  donc  nalurel  que  le  plus  considérable 
des  pouvoirs  publics  en  eût  plusieurs,  conseillers  et  sur- 


*  Cette  tour  e\hiv  encore  sur  la  place  de  San  Martino,  en  face  de  la 
maison  heureusement  retrouvée  où  Dante  est  né.  Voy.  la  gravure  insérée  en 
regard  du  frontispice  de  Touvrage  intitulé  :  Délia  casa  di  DantCf  etc.,  par 
M.  Gargani,  Florence,  1865. 

*  Auctore  incerto,  ap.  Delizie,  IX,  261.  —  Sismondi  (II,  36)  dit  que  si 
on  réunissait  et  renfermait  ainsi  les  prieurs,  c'était  pour  réunir  leurs  es- 
prits et  leur  inspirer  de  la  bienveillance  les  uns  envers  les  autres.  Le 
moyen,  il  faut  Tavouer,  eût  été  singulièrement  choisi. 

*  Consulte  délia  Rep.,  1. 1,  quad.  B,  p.  20  \\  A  celte  page  on  trouve  ce 
nom  en  deux  documents  différente.  Les  exemples  sont  d'ailleurs  très-nom- 
breux. 


(An.  1282)  CONSEIUERS  DES  PRIEURS.  255 

veillants  tout  ensemble,  sans  le  concours  desquels  l'usage 
n'admettait  guère  qu'on  prît  de  graves  décisions. 

Ils  différaient  essentiellement  des  hommes  qui  n'appor- 
taient aux  conseils  que  les  lumières  de  leur  bon  sens  et 
de  leur  expérience.  A  ceux-ci,  convoqués  maintes  fois 
avec  eux,  on  donnait  le  nom  si  commode  de  buoni 
uominij  qui  désigne  tantôt  divers  magistrats,  lanlôt  ce 
qu'en  notre  vieille  langue  on  appelait  des  prud'hommes*. 
L'élasticité  de  ce  conseil ,  dit  des  richiesti  ou  des  mvij 
permettait  d'y  convoquer  en  nombre  illimité  les  capacités 
spéciales,  suivant  les  cas  :  pour  les  armées  et  tout  ce  qui 
s'y  rapportait,  les  capitaines  de  la  guerre;  pour  les  affaires 
d'impôt  ou  de  trafic,  les  capitudini^  les  notables  des  arts. 
Leur  office  expirait  après  la  «  session  »,  c'est-à-dire  qu'il 
se  limitait  aux  points  sur  lesquels  on  avait  voulu  avoir 
leur  avis*.  Mobilité  excellente,  et  qui  l'eût  été  plus  encore 
si  l'on  avait  su  donner  aux  pouvoirs  publics  plus  de  sta- 
bilité. Ces  délibérations  en  commun  étaient  soumises  aux 
mêmes  règles  que  dans  les  autres  assemblées;  mais  de 
plus  elles  étaient  secrètes,  comme  il  convient  au  pouvoir 
exécutif.  Que  le  secret  fût  réel  et  longtemps  gardé  par 
un  si  grand  nombre  de  personnes,  c'est  ce  qu'on  ne  sau- 
rait dire.  Des  indiscrétions  étaient  inévitables,  elles  de- 
vaient môme  être  fréquentes;  mais  on  y  verrait  volon- 
tiers comme  un  rouage  des  institutions  démocratiques  : 
on  sait   trop   de  quel  prix  Taristocratiquc  conseil  des 

*  Le  21  mars  1287,  los  prieurs  convoquenl  12  gavi  et  huonuomini.  Les 
six  premiers  sont  tous  legum  doctores;  des  six  autres,  un  est  cliangeur, 
deux  fabricant*?  de  laine,  trois  «  marchands,  »  c'esl-à-dirn  de  Part  de  Ca- 
limala  (Consulte  délia  Rep.,  PP,  1,  45).  —  Le  3  janviiT  1297,  los  prieurs 
s'adjoisneiil  12  huonuomini  et  12  sapientes  {Provvisioni,  VII,  23  v*). 

*  Qiiello  de*  richiesti  o  savi  non  durava  piii  d'una  sessions.  (Auct.  inc. 
ap.  Delizie,  IX,  262.) 


236  LE  POTESTAT  ET  LE  CAPITAINE.  (Ak.  1282) 

Dix  achetait,  à  Venise,  le  mystère  de  ses  délibérations. 
Quoique  destinée  à  subordonner  bientôt  les  autres  ma- 
gistratures, à  durer  autant  que  la  République  et  même 
à  lui  survivre  \  Tinstitulion  des  prieurs  ne  supprimait 
ni  le  potestat  ni  le  capitaine.  Les  officiers  étrangers 
étaient  toujours  en  faveur.  Pour  une  chose  aussi  simple 
que  de  contrôler  {sindacaré)  les  comptes  d'un  officier 
indigène,  on  appelait  quelquefois  du  dehors  un  juriscon- 
sulte ;  on  lui  donnait  deux  notaires  et  quatre  berrocieri; 
on  faisait,  en  un  mot,  de  lui  un  potestat  au  petit  pied*. 
A  vrai  dire,  le  potestat,  chef  des  nobles,  perdait  du 
terrain  :  de  plus  en  plus  on  tendait  à  le  reléguer  dans 
ses  fonctions  judiciaires  '  ;  mais  le  capitaine,  chef  des 
popolani^  croissait  en  importance.  L'un,  hiérarchique- 
ment supérieur,  touchait  six  mille  livres  *,  et  marchait 
couvert  d'une  barrette  rouge,  d'une  robe  aux  couleurs 
éclatantes,  blanche,  jaune  ou  de  brocart  d'or  *  ;  l'autre, 
avec  son  sombre  costume  de  velours  noir,  avec  ses  deux 
mille  cinq  cents  livres  de  gages,  pour  lui  et  sa  maison, 
n'était  qu'au  second  rang  et  semblait  loin  du  premier  ; 
mais,  commandant  aux  popolani^  il  commandait  au 
gros  des  guelfes'.  IjCS  différents  titres  qu'il  recevait  mar- 

*  Supprimée  par  Alessandro  des  Medici,  le  27  avril  1532,  elle  fut  rétablie 
par  Pierre  Léopold,  k  h  fin  du  dix-huitième  siècle.  Voy.  Sismondi,in,  55. 

«  21  juillet  1500.  Prormiom*,  n-  X,  p.  268  V. 

'  Ou  peut  voir  les  ordinamenta  primitifs  du  potestat  en  56  articles,  ap>- 
prouvés  par  le  conseil  spécial  des  quatre-vingt-dix,  auquel  s^étaient  joints 
les  capitudini  ôes  arts  majeurs  convoqués  par  le  potestat  (15  janvier  1284. 
Provvisioni,i.  I). 

*  Tels  sont  les  chilfres  de  1282  à  i'292.  Les  berrovieri  de  ces  deux 
magistrats  avaient  inditîéremment  trois  livres  de  gages  par  mois.  (Auct. 
inc.  ap.  Delizie,  IX,  258.  —  Consulte,  15  fév.  1282,  t.  I,  quad.  G, 
p.  49  V.) 

»  G.  Capponi,  Stor.  diFir.,  1,  21. 

'  Auct.  inc.  ap.  Delizie,  IX,  258.  Est-il  besoin  de  rappeler  que  le  potes- 
tat entrait  en  charge  au  1*'  janvier,  et  le  capitaine  au  1«'  mai? 


(An.  1282)     LE  PROCONSOLO  CHEF  DES  CAPITUDINL  257 

quaient  les  progrès  de  sa  puissance.  Capitaine  du  peuple 
en  1250,  capitaine  de  la  masse  des  guelfes  en  1275, 
capitaine  de  Florence  et  conseiller  de  paix  en  1279,  il 
reprenait,  en  1282,  son  premier  nom,  sans  perdre  les 
suivants  \  Le  1*'  février  1283,  Paolo  Malatesla  de 
Verrucchio,  qui  exerçait  cette  charge,  ayant  obtenu  de 
retourner  chez  lui  avant  que  le  terme  en  fût  expiré,  on 
élut,  pour  le  temps  qui  restait  à  courir.  Bernardine  délia 
Porta,  de  Parme,  qui  remplissait  alors,  à  Florence,  les 
fonctions  de  défenseur  des  arts  et  des  artisans  ',  c'est-à- 
dii'e  de  chef  des  capitudini  ou  consuls  des  arts  '.  Il  réunit 
les  deux  titres,  qui  ne  furent  plus  séparés  *.  L'usage  s'éta- 
blit alors  de  prendre  dans  Tart  des  juges  un  magistrat 
qui,  sous  le  titre  de  proconsolo  ou  proconsul,  suppléa  le 
capitaine  à  la  tête  des  arts,  devint  le  chef  de  leurs  capi- 
tudini^ prit  rang  après  les  prieurs,  et  occupa  bientôt  un 
palais  dans  la  rue  qu'on  nomme,  aujourd'hui  encore, 
via  del  Proœnsolo  *. 

Uonner  un  successeur  au  potestat  et  au  capitaine  était, 
dans  une  certaine  mesure,  le  privilège  de  leurs  conseils 
respectifs.  C'est  eux  qui  désignaient  les  citoyens  chargés 
de  l'élection.  Les  électeurs  désignés  se  réunissaient  aussi- 
tôt. Chacun  mettait  en  avant  le  nom  de  ses  préférences, 
pourvu  que  ce  fût  celui  d'un  noble  guelfe,  chevalier  ou 


*  Âuct.  inc.  ap.  Delizie^  IX,  257. 

«  Ainmiralo,  1285, 1.  UI,  1. 1,  p.  162. 
'  Auct.  inc.  ap.  Delizie^  IX,  265. 

*  Le  7  juin  1285,  Baldovino  des  Ugoni,  capitaine  du  peuple  (voy.  la  liste 
des  officiâtes  forenses)  est  appelé  «  défenseur  des  artisans  et  des  arts,  ca- 
pitaine et  conservateur  de  la  paix  dans  la  ville  et  commune  de  Florence.  • 
(Provvisioniy  1. 1,  p.  17.) 

'  Reumont,  Tav.  cron,^  Cenni,  etc.,  article  Arti,  Ce  palais  est  encore  de- 
bout ;  il  a  été  reconstruit  à  Timitation  des  anciens  édifices,  mais  sanci  unité 
ui  pureté  de  goût. 


S38  ÉLECTION  DU  POTESTAT  ET  DU  CAPITAINE.    (Ah.  1282) 

docteur,  âgé  d'an  moins  Irente-six  ans,  étranger  au  do- 
minioy  c'esl-à-dirc  au  territoire  de  Florence,  venant  d'un 
pays  éloigné  de  cinquante  milles  au  plus,  et  n'étant  su- 
jet d'aucun  prince.  On  votait  sur  chaque  nom  séparé- 
ment, et  l'on  formait  une  liste  des  quatre  qui  avaient 
obtenu  le  plus  de  voix,  dans  Tordre  qu'indiquait  la  plu- 
ralité des  suffrages.  Puis  on  élisait  un  ambassadeur,  qui 
allait  communiquer  ce  résultat  et  offrir  la  dignité  de  po- 
testat  ou  de  capitaine  au  premier  inscrit  sur  la  liste.  S'il 
acceptait,  l'élection  des  trois  autres  était  sans  effet.  S'il 
refusait  ou  différait  seulement  de  deux  jours  sa  réponse, 
l'ambassadeur  se  rendait  auprès  du  second  élu,  au  besoin 
près  du  troisième  et  du  quatrième.  Dans  le  cas  fort  rare 
d'un  quadruple  refus,  on  recommençait  une  quadruple 
élection  *. 

Tout  potestat,  tout  capitaine  acceptant  devait  être  à 
Florence  quatre  jours  avant  son  entrée  en  charge,  pour 
prendre  connaissance  des  statuts  communaux,  et  de 
celui  notamment  qui  réglait  ses  attributions.  A  peine 
arrivé,  il  se  rendait  dans  le  conseil  de  la  commune,  le 
plus  nombreux  de  tous,  ou  dans  l'assemblée  à  parle- 
ment, qui  l'était  plus  encore.  11  y  jurait  sur  le  livre  même 
des  statuts,  de  les  observer  et  de  les  faire  observer  à  ses 
serviteurs,  aux  juges,  chevaliers,  notaires  qu'il  amenait 
avec  lui  et  qu'on  appelait  sa  famiglia  '.  Le  capitaine 

«  Auct.  inc.  ap.  DeliziCt  LX,  258  sq. 

*  Le  potestat  amenait  7  juges,  5  chevaliers,  18  notaires,  10  cbevuiix, 
20  berrovieri;  le  capitaine,  5  juges,  2  chevaliers,  4  notaires,  8  choTaui, 
9  berrovieri.  Un  détail  digne  de  remarque,  c'est  que  le  potestat,  entré  en 
charge  le  1*'  janvier,  devait  changer  ses  famujli  et  les  renvoyer  hors  de  la 
ville  le  1"  juillet;  le  capitaine,  entre  en  charge  le  1**  mai,  devait  faire  de 
même  le  1"  novembre.  (Ibid.,  p.*  258.)  C'était  sans  doute  une  de  ces  mille 
précautions  ombrageuses  dont  les  démocraties  aiment  à  s  entourer,  et  qui 
préparaient  la  réduction  de  ces  deux  charges  d'un  an  à  sii  mois. 


(An.  i!282)  ATTRIBUTIONS  DE  CES  OFFICIERS.  239 

prenait  les  mêmes  engagements  que  le  polestat,  mais  il 
jurait  «  en  outre  *,  »  de  défendre  les  arts  et  de  procurer 
le  maintien  de  la  paix. 

A  la  présidence  de  leurs  conseils,  ces  deux  officiers 
joignaient  l'administration  de  la  justice.  Ils  y  avaient 
chacun  sa  pari.  Le  poteslat  jugeait  les  causes  criminelles. 
Il  y  déléguait  trois  de  ses  juges,  dont  la  juridiction  s'é- 
tendait à  deux  seslieri^  mais  qui  ne  pouvaient  instruire, 
comme  dans  Tancienne  Rome,  que  sur  une  plainte  pri- 
vée. Dans  les  causes  légères,  la  plainte  ne  devait  provenir 
que  de  la  personne  outragée  ou  de  quelqu'un  de  ses  pa- 
rents; dans  les  causes  graves,  elle  était  le  droit  de  tout 
citoyen.  Au  criminel,  le  capitaine  ne  connaissait  que  des 
violences,  extorsions,  tromperies  ou  faussetés  et  méfaits 
commis  dans  sa  curie  ou  dans  son  palais  ;  encore  fallait- 
il  que  le  polestat  n'en  eût  pas  été  saisi,  ou  qu'il  eût  né- 
gligé de  rendre  sa  sentence  dans  les  trente  jours.  Mais  au 
civil,  les  conteslations  si  nombreuses  sur  la  gabelle  et 
l'estimo  étaient  portées  à  son  tribunal.  Il  préposait  un 
de  ses  juges  aux  évaluations  de  la  fortune  {estimo  délie 
sostanze)^  qui  servaient  de  base  à  la  répartition  de  l'im- 
pôt, un  autre  à  la  perception  des  taxes  communales  et 
des  amendes  infligées.  L'appel,  interjeté  dans  les  deux 
jours  de  la  sentence,  présenté  dans  les  huit,  poureuivi 
dans  les  vingt,  venait  devant  un  juge  spécial  des  appels, 
étranger  et  docteur,  élu  pour  un  au,  qui  devait  pronon- 
cer son  arrêt  dans  le  délai  de  quinze  jours,  à  moins  que 
les  parties,  d'un  commun  accord,  ne  l'autorisassent  à  dif- 
férer plus  longtemps.  S'il  annulait  la  sentence  rendue^ 
Taffaire  était  soumise  au  potestat,  juge  de  cassation  ; 

>  I)i  più.  ^Âuc.  inc.  ap.  DelniCf  ihid.) 


240  LA  POUCE.  LES  EXPÉDITIONS.  (An.  1283) 

quatre  de  ses  assesseurs,  saisis  par  lui,  prononçaient  en 
dernier  ressort.  Malgré  ce  partage  des  attributions  judi- 
ciaires, capitaine  et  potestal  eussent  succombé  à  la  tâche, 
dans  une  ville  très-peuplée  et  d'humeur  querelleuse,  si 
Ton  n'eût  établi  en  chaque  «estiera,  pour  les  contestations 
privées,  une  cour  ou  tribunal,  et  un  juge  docteur,  mais 
indigène,  remplacé  tous  les  six  mois  *. 

A  leurs  multiples  fonctions  ils  joignaient,  en  effet,  la 
surveillance  de  police.  Ils  l'exerçaient  par  l'intermédiaire 
de  leurs  cavaliers,  qui,  suivis  de  berrovieriy  faisaienl 
des  rondes  dans  la  ville,  recherchaient  les  contraventions 
aux  statuts,  arrêtaient  les  contrevenants.  Étaient-ils  in- 
suffisants à  maintenir  l'ordre?  On  faisait  appel  aux  mille 
de  la  garde  urbaine,  ou  à  un  certain  nombre  d'entre  eux, 
Le  capitaine  du  peuple  éUuit  leur  chef,  c'était  donc  lui 
qui  avait  la  haute  main  sur  la  police  :  dans  les  cas  graves, 
le  poteslat  ne  pouvait  rien  sans  son  concours.  Au  contrain 
pour  les  expéditions  au  dehors,  il  ne  prenait  le  comman< 
dément  qu'à  défaut  du  potestat  ou  du  capitaine  généra 
de  la  guerre,  élu,  si  l'entreprise  projetée  devait  êtn 
considérable,  avec  les  mêmes  formalités  et  dans  lei 
mêmes  conditions  qu'eux  \  11  pouvait,  à  son  tour,  êtn 
remplacé  dans  ces  fonctions  de  chef  d'armée  par  un  dei 


^  Auct.  inc  ap.  Delizie,  IX,  259,  260.  —  Si  la  répartition  des  pou 
voirs  judiciaires  manque  un  peu  de  netteté,  c'est  que  le  potestat,  ayant  et 
supprimé  quelque  temps,  le  capitaine  en  avait  rempli  toutes  les  fonctions 
Quand  il  eut  été  rétabli  en  1251,  le  capitaine  ne  fut  pas  entièrement  de 
pouiUé  des  attributions  qui  primitivement  ne  lui  appartenaient  pas.  V03 
Reumont,  Tav.  cron.,  Cenni,  art.  Poleslà. 

*  Ce  seigneur,  toujours  étranger,  n'avait  pas  toujours  des  aptitudes  loj 
litaires,  et,  à  vrai  dire,  c'est  de  quoi  Ton  ne  s'inquiétait  pas  assez.  Il  ps 
naissait  suffisant  qu'il  conduisit  à  sa  solde  un  certain  nombre  de  cavalici 
et  de  fantassins.  Ricolli,  Fauriel  n'ont  pas  remarqué  i»ans  raison  que  ce  fi 
Porigine  des  fune^tes  condottieri. 


(Ah.  1283)  OFFICE  DES  CONSEILS.  241 

vingt-quatre  capitaines  de  la  guerre,  officiers  d'admi- 
nistration militaire  dont  deux  seulement  faisaient  cam- 
pagne comme  conseillers  du  chef  suprême,  ou,  au  besoin, 
par  un  des  prieurs  *. 

En  somme,  «  gouverner  les  choses  de  la  commune  de 
Florence,  réunir  les  conseils,  faire  les  provisions,  »  c'est- 
à-dire  prendre  les  mesures  nécessaires,  tels  étaient  les 
principaux  devoirs  «  des  prieurs  avec  le  capitaine  du 
peuple*.  D  Villani,  en  tenant  ce  langage,  laisse  trop 
dans  l'ombre  le  potestat,  qui,  lui  aussi,  on  Ta  vu,  avait 
ses  conseils  à  présider.  Or  les  conseils  du  potestat,  quoi- 
que moins  mêlés  que  ceux  du  d'ipitaine  à  l'administration 
active,  étaient  incessamment  consultés,  même  pour  les 
questions  les  plus  simples,  les  moins  susceptibles  de 
contestation.  S'agil-il  de  voter  une  somme  de  quarante- 
cinq  florins  d'or  pour  amener  à  Florence  des  bois  ache- 
tés à  Pistoia?  Cette  simple  formalité  est  l'objet  de  six 
délibérations  :  l""  des  prieurs;  2""  du  conseil  des  cent; 
S""  et  ¥  des  conseils  spécial  et  général  du  capitaine; 
5*  et  6"  des  conseils  spécial  et  général  du  potestat,  tous 
assistés  des  capitvdini  des  arts  majeurs\  Le  conseil  des 


*  Avec  les  deux  capitaines  de  la  guerre  partait  un  des  juges  du  potestat, 
pour  administrer  la  justice  dnns  le  camp.  (Âmmirato,  I.  îl,  1. 1,  p.  112.) 

*  E  qucsti  priori  col  capitano  del  popolo  aveano  a  gofernare  le  grandi  e 
gravi  cose  del  c^mune,  e  ragunare  e  fara  consigli  e  le  proTrisioni.  (Villani» 
YIK  78.)  —  Questi  Ire  uffizi  maggiori,  priori,  podesU  e  capitano  govema- 
Tano  quasi  il  tutto  insieme  con  i  consigli.  (Auct.  inc.  ap.  Delizie,  IX,  262.) 

>  15  mars  1290.  Provvisioni,  t.  1,  n*  2,  p.  67.  — L'usage  commence  à 
s'établir,  dans  les  résumés  des  Promisioni,  de  ne  plus  mentionner  que  les 
conseils  du  potestat,  qui  décident  en  dernier  ressort,  en  se  bornant  à  dire  : 
«  Prefia  deliberaiione  degli  altri  consigli.  •  Mais  ces  autres  conseils  con- 
tinuent à  être  énumérés  dans  les  proTisions  mêmes  :  t  Per  dominos  prières 
artium  et  post  modum  subsequenter  et  successife  per  consilium  centum 
virorum  comm.  Flor.  et  per  consilia  spéciale  et  générale  domini  defcnsoris 
et  capitudinum  12  majorum  artium...  »  (Ibid,^  10  avril  1290.) 

UIST.    DE   FLURBltCB.    —  II.  16 


242  OFFICE  DES  CONSEILS.  (Ak.  1285 

cent  pouvait  sans  formalités  allouer  aux  prieurs  cin- 
quante livres,  et  le  conseil  général  du  poleslat  cenl;  mais 
au  delà,  il  fallait  un  vote  régulier,  par  boules  et  scru- 
tins * . 

Tous  les  jours  se  réunissaient  les  conseils,  tantôt  en- 
semble, tantôt  séparés,  parfois  avec  Tadjonction  de 
richiesti  ou  amioti,  le  plus  souvent  avec  celle  des  seuls 
capittidini.  Il  fallait  leur  intervention  pour  donner  les 
imbreviature^  c'est-à-dire  pour  transférer  à  un  nouveau 
notaire  les  papiers  d'un  notaire  mort  ou  déchu;  pour 
décider  qu'un  malade  mourant  serait  envoyé  à  l'hôpilal 
de  San-Gallo%  pour  nommer  des  trompettes,  un  joueur 
de  cymbales  et  un  de  cennamella  %  pour  payer  des  co- 
pistes, des  sonneurs,  des  balayeurs,  des  maréchaux,  pour 
réparer  des  armoires,  approuver  des  comptes,  accorder 
des  ports  d'armes,  des  indemnités,  Irès-souvent  à  l'oc- 
casion de  chevaux  tués  ou  blessés  à  la  guerre  *,  faire  des 
lumônes,  louer  une  maison  ou  même  une  boutique, 
fixer  et  affermer  le  péage  des  portes*,  échanger  ou 


*  Prowisioni,  passiiu.  —  «  Videlicet  de  summa  librarum  centum  quae 
juxla  formam  status  dicti  communis  expendi  possunt  aucloritate  et  refor- 
matione  dicti  consilii  generalis,  absque  solempnitate  pissid.  et  balloct.  in 
ipso  generali  consilio  observanda.  »  (13  juia  1290.  Piovvi$ioni,  t.  I,  n*  2, 
p.  68  \\) 

*  «  Infirmus  ad  mortem,  »  traduit  depuis  par  Fexpression  italienne 
fl  malato  a  morte.  »  (27  juillet  1290.  Provvisionit  t.  1,  n*  2,  p*  150.) 

*  Chalumeau  ou  fifre  (8  février  1292.  Prowishni,  t.  I,  n*  3,  p.  50.) 

^  C'est  ce  qu'on  appelait  «  mende  di  cavalli.  :»  (Voy.  les  Consulte  délia 
Repuhblica,  passim.) 

<  Les  portes  étaient  affermées  pour  deux  ans  à  2,000  1.  ;  les  boutiques 
du  Ponte  Vecchio  à  i.OOO  ;  celles  du  pont  et  de  la  place  Rubaconte  à  39 
seulement.  Ce  dernier  chiffre,  si  petit  qu'il  semble  provenir  d'une  erreur, 
est  réel  pourtant  :  il  se  trouve  dans  deux  pièces  différentes.  On  voit  par  là 
que  le  Ponte  Vecchio  était  un  quartier  marchand  et  le  ponte  Rubaconte  in- 
finiment moins.  Il  en  est  encore  ainsi  aujourd'hui  (26  avril  1281.  Consulte 
délia  Rep.f  t.  1,  quad.  B,  p.  15  v%  16.) 


i 


(An.  1285)         OFFICE  DES  CONSEILS.  243 

délivrer  des  prisonniers*,  autoriser  tel  citoyen  à  ac- 
cepter au  dehors  la  charge  de  potestat.  C'est  dans  les 
conseils  qu'on  prenait  des  mesures  contre  les  boulan- 
gers ou  les  bouchers  qui  avaient  agi  «  au  déshon- 
neur de  la  commune  et  du  potestat,  »  par  la  mauvaise 
qualité  de  la  farine  ou  du  mouton  qu'ils  vendaient*. 
C'est  en  conseil  qu'on  décidait  d'envoyer  à  Prato  ou  à 
Pisloia  pour  obtenir,  à  charge  de  revanche,  l'expulsion 
des  malfaiteurs  qui,  après  s'y  être  assuré  un  refuge,  en 
reparlaient  pour  pénétrer  sur  le  territoire,  dans  la  ville 
même  de  Florence,  et  désoler  l'une  comme  l'autre  de 
nouveaux  vols,  de  nouveaux  homicides  '.  On  procédait 
aux  élections  soit  des  magistrats,  soit  des  électeurs  qui 
les  devaient  élire,  opération  incessante  sous  un  régime 
qui  n'accordait  que  deux  mois  à  la  plupart  des  magistra- 
tures, et  six  aux  plus  longues,  étemel  sujet  de  débats 
nouveaux  et  de  combinaisons  nouvelles,  puisque  le  mode 
d'élection  était  déterminé  chaque  fois,  pour  celte  fois 
seulement.  Quand  il  n'y  avait  rien  d'urgent  à  l'ordre  du 
jour,  et  tout  au  moins  une  fois  par  mois  ^,  on  lisait  tel 
ou  tel  statut  pour  le  réformer  ou  l'abroger,  statuts  sur  le 
salaire  des  officiers  étrangers  ou  indigènes,  sur  les  voleurs 
de  pigeons',  et  sur  mille  autres  points  de  grande,  de 


<  Protfvisioni,  1. 1,  passim.  1284-1296. 

*  Super  facto  becharionim  (10  mai  1281.  Ibid.,  p.  16  ▼*).  Dans  cette 
affaire  on  voit  Brunetto  Lalini  proposer  que  les  quatorze  élisent  secrète- 
ment des  légales,  qui,  sans  être  connus  pour  en  avoir  Tordre,  achèteront 
des  moutons  et  s'assureront  qu'il  n'y  a  point  dol  de  la  part  des  vendeurs. 

'10  septembre  1282.  Consulte  délia  Rep.^  t.  I,  quad.  D,  p.  2. 
^  Cette  obligation  se  trouve  indiquée  dans  un  document  du  15  mars  1281. 
{Cons.  délia  Rep.,  t.  I,  quad.  B,  p.  13.) 

*  De  puniendo  qui  ceperit  columbos.  —  De  puniendo  qui  diierit  quod 
potestas  habeat  ultra  salariiim  in  constituto  contentum  (21  avril  1281.  Cons. 
délia  Rep*,  t.  I,  quad.  B,  p.  15  r'  v").  —  De  salario  potestatis  non  aiH 


244  OFFICE  DES  CONSEILS.  (An.  1983) 

médiocre,  de  minime  importance.  Contre  des  mesures 
proposées  par  les  magistrats,  élal)orées  par  leurs  conseils 
secrets,  l'opposition,  dans  les  conseils  publics,  était  peu 
nombreuse  et  peu  bruyante  ^  I^  plus  souvent,  elle  se 
bornait  à  demander  qu'au  lieu  de  prendre  une  décision 
immédiate,  on  ouvrît  des  enquêtes,  ou  qu'on  s'en  rap- 
portât à  la  décision  des  prieurs  et  de  leurs  sages.  Au  pre- 
mier rang  de  ceux  qui  réclamaient  ces  atermoiements, 
figure  toujours  le  vieux  firunetto  Latini,  qui  paraît  avoir 
eu  peu  de  goût  pour  les  décisions  prises  dans  les  grandes 
assemblées. 

Convoquer  tous  les  conseils  n'était  pas  toujours  obli- 
gatoire ;  mais  l'ordre  était  invariable  dans  lequel  on  les 
convoquait.  Les  prieurs,  après  avoir  délibéré  avec  les 
cent,  et,  s'ils  le  jugeaient  à  propos,  avec  des  richieUi^ 
invitaient  le  capitaine,  puis  le  potestat  à  soumettre  les 

gendo.  —  Ce  statut  est  abrogé  le  19  juin  1281 .  (Ihid.,  p.  20  v".) —  De  in- 
Tenlione  et  electione,  salario  et  juraiiiento  capitanci.  —  L'iniliatÎTe,  pour 
la  rcl'unne  de  ce  dernier  statut,  était  prise  en  conseil  des  quatorze.  Le  ca- 
pitaine soumettait  ensuite  la  proposition  à  ses  conseils  en  présence  de  ces 
magistrats.  Trois  citoyens  appuient  ;  quelques-uns  contredisent.  Finalement 
ou  décide  que  ledit  chapitre  &era  «  absolutum,  mutatum  et  correctum  • 
entièrement,  et  que  tout  le  monde  sera  exempté  de  Toberver.  (Ibid,^  t.  I, 
quad.  I),  p.  9  v*.)  Autre  cas  :  Natteo  des  Maggi,  potestat  sortant  au  l**  jan- 
vier i'28'i,  devait  se  rendre  à  Pistoia,  où  il  ébit  appelé  à  exercer  la  même 
charge.  Mais  à  Pistoia,  comme  à  Florence,  le  statut  exigeait  qu*il  fût  n;nda 
à  son  nouveau  poste  quelques  jours  avant  de  l'occuper.  Cette  ville  fait  donc 
demander  [)Our  lui  «  licciitiam  et  paratmlam.  »  Le  statut  florentin  8*7  op- 
posant, il  faut,  si  l'on  veut  être  agréîihlc  à  des  voisins,  le  corriger  pour  de- 
vancer le  t(*mps  où  Matteo  devra  être  sindacato,  et  autoriser  son  succes- 
seur à  Florence  à  entrer  en  charge  au  1  "  janvier.  C*est  ce  qui  fut  fait. 
(C0H8.  délia  Rep.,  t.  1,  quad.  K,  p.  '2i.  —  Décembre  1281.) 

*  On  relève  cependant  divers  exemples  du  rejet  des  propositions.  Le 
7  octobre  l'282,  on  repoussait  la  proposition  des  quatorze  •  super  exac- 
tione  condempnationum  facienda  ;  •  le  6  novembre  suivant,  on  refluait 
d*abroger  le  statut  sur  le  divieto  des  essayeurs  des  monnaies.  (Cotu.  delta 
Rep.,  1. 1,  quad.  D,  p.  4  v%  8.) 


(An.  1283)  RÈGLEMENTS  DES  CONSEILS.  '245 

mesures  débattues  à  leurs  conseils  respectifs,  sauf  pour 
celles  qui  rentraient  dans  les  attributions  exclusives  de 
l'un  de  ces  deux  magistrats.  Ainsi  c'élaient  les  conseils 
du  potestat  qui  accordaient  aux  notaires  leurs  protocoles 
ou  imbrevialure^  et  les  conseils  du  capitaine  qui  nom- 
maient à  la  plupart  des  offices  publics  ^  Mais  il  fallait 
l'intervention  des  uns  et  des  autres  pour  les  principales 
mesures,  notamment  pour  imposer  au  peuple  quelque 
charge  pécuniaire*. 

De  sévères  règlements  entouraient  ces  délibérations  si 
nombreuses.  Toute  personne  appelée  à  un  conseil,  y 
devait  être  rendue  avant  que  le  magistrat  qui  en  avait  la 
présidence,  potestat,  capitaine  ou  un  de  leurs  juges, 
délégué  en  leur  lieu  et  place,  se  fût  levé  pour  faire  ses 
propositions.  Nul,  sans  son  expresse  permission,  ne 
devait  sortir  avant  la  fin,  sauf  pour  quelque  nécessité 
corporelle,  et  à  condition  de  rentrer  aussitôt';  nul  se 
lever  ou  rester  debout  en  présence  du  [^résident,  sauf 
pour  opiner  ou  faire  honneur  à  quelqu'un*  ;  nul  appro- 


1  Auct.  inc.  ap.  Deliziey  IX,  p.  205. 

>  TuUi  gli  niti'i  slanziainciili,  ))rovvisioni  c  riforme  dovcvano  YÎncersi  pcr 
tutti  i  consigli,  passaiido  pcr  ordine  deir  uno  e  deU'  altro,  cd  ancora  quelle 
cose  chc  si  trattavano  per  il  consiglio  de'  savi  o  richicsti,  per  gli  quali  il 
popolo  dovesse  essore  aggravato  con  ispesa  o  con  allro.  (Ihid. ,  p.  264.) 

'  Statutum  et  ordinalum  est  quod  omnes  et  singuli  de  concilio  generali 
et  congregatione  et  quilibet  alii  qui  ad  aliquid  couciliuin  de  inandnto  Potes- 
tatis  aut  alicujus  de  sua  familia  fucriiit  convociiti,  venire  et  esse  dcbent  ad 
ipsum  concilium,  aiiteqiiam  dictus  dominus  potestas  aut  alius  ia  loco  ipsius 
surrexit  ad  proponenduin  inter  eos  de  consilio  sub  pena  sold.  ii  f.  p.  pro 
quolibet  eoruin,  née  de  ipso  consilio  discedere  debeat  aliquis  eorum  sine 
licencia  domini  potestatis  Tel  alterius  proponontis  ante  reformationcm  lec- 
tam  sub  pena  et  banno  5  sold.  f.  p.  pro  quolibet,  nisi  recessit  propter 
necessitatem  corporis,  et  quipropterea  recessit,  incontinenti  redire  debeat. 
(Statut  du  potestat,  15  janvier  1284.  Provvisioni,  t.  I,  ^  12-16.  Ozanam 
(Œuvres f  II,  428)  a  publié  une  grande  partie  de  ce  statut. 

^  Item  quod  nuUus  audeat  stare  in  pedibus  in  loco  ubi  congregatur  ali- 


246  RÈGLEMENTS  DES  CONSEILS.  (An.  1285) 

cher  du  siège  présidenliel  \  dire  des  paroles  injurieuses, 
commettre  des  offenses,  engager  des  rixes',  interrompre 
l'orateur',  prendre  la  parole  avant  qu'il  eût  terminé,  et, 
en  aucun  cas,  sans  l'autorisation  du  président.  On  parlait 
debout  à  la  tribune*.  Sur  une  même  question  quatre 
orateurs  au  plus  pouvaient  être  entendus*.  Toute  infrac- 
tion à  ces  règlements  était  punie  d'une  amende  variant 
de  deux  sous  de  petits  florins  jusqu'à  soixante.  Encou- 
rait le  maximum  de  l'amende  quiconque  troublait  ou 
interrompait  un  orateur  parlant  sur  une  proposition  du 
potestat  ou  du  juge,  son  suppléant  à  la  présidence  ;  le 
minimum  quiconque  sortait  de  sa  place  sans  motif*. 
Quant  aux  injures  et  aux  violences,  il  n'avait  point  paru 
nécessaire  d'édicter  des  peines  spéciales,  car  cette  sorte 
de  délit  rentrait  dans  le  droit  commun  ;  mais  la  peine 

quod  consilium  commuais  Florenlise  et  sedere  debeat  postquam  D.  Potestas 
aut  aliquis  loco  ipsius  fuerit  in  dicto  loco  consilii,  nec  surgere  nisi  causa 
consulendi  ye\  alterius  nécessita tis,  et  contra  facicns  in  soldes  50  f.  p.  pu- 
niatur,  nisi  surgeret  causa  faciendî  honorem  alicui.  (Ihid.) 

*  Quod  nulla  persona  debeat  accederc  ad  stangam  sive  bancum  D.  Potes- 
iatis.  (Ibid.) 

*  Quod  nullus....  praesumat  dicere  aliqua  verba  injuriosa  contra  aliquem 
in  ipso  concilie  existentem,  nec  aliquam  rixam  seu  mesclantiam....  facere, 
nec  aliquem  percutere  vel  offendere  modo  aliquo  vel  ingenio.  (Ibid,) 

3  Quod  nullus....  praesumat  turbareaut  inquietare  siye  impedire  aliquem 
arrengantem  seu  consulentem  in  aliquo  consilio  super  aliqua  propositione 
facti  per  D.  Potestatem  aut  aliquem  alium  loco  sui.  Contra  faciens  vice  qua- 
libet  puniatur  in  sold.  60  f.  p.  (Ibid,) 

^  Quod  nullus....  consulcre  et  srrengare  super  aliquo  quod  non  sit  prin- 
cipaliter  propositum  perD.  Potestatem  aut  aliquem  alium  loco  sui....  Item 
quod  nullus...  surgere  debeat  ad  arrengandum,  donec  prier  arrengalor 
finierit  diclum  suum,  et  ire  inceperit  ad  sedem  suam.  (Ibid.)  Le  30  oc- 
tobre 1535,  on  voit,  dans  le  conseil  général ^  Giovanni  Gini  c  surgens  in 
pedibus  ad  arengheriam.  »  (Doc,  degli  arch,  tosc.  I  capitoli  di  Firenze, 
recueillis  par  G.  Guasti,  I,  45.  Flor.  1866,  in-^"*.) 

*  Quod  aliquis  non  arrenget...  ultra  quam  quatuor  consiliaiii  absque  pa- 
rabola  et  licenlia  D.  Potestatis.  (Ibid.) 

*  Voy.  page  précédente,  note  3,  et  cette  page  même,  note  3. 


(An.  1285)       VOTE  DANS  LES  CONSEILS.  247 

commune  était  doublée,  parce  que  le  lieu  en  augmentait 
la  gravité*. 

Public  dans  tous  les  conseils,  à  la  réserve  de  certains 
cas  déterminés,  le  vote  était  rigoureusement  secret  dans 
le  conseil  des  cent.  Par  une  singularité  inexplicable  pour 
nous,  il  était  successivement  public  et  secret  dans  le 
conseil  spécial  du  capitaine*.  Le  plus  souvent,  surtout 
dans  les  conseils  généraux,  on  votait  par  assis  et  levé, 
sans  compter  le  nombre  des  suffrages.  Le  président 
resfait  maître  d'exiger  le  scrutin.  Il  y  avait  dans  chaque 
conseil  une  boite  double  à  deux  compartiments,  Tun 
blanc,  l'autre  rouge;  sur  l'un  était  écrit  siCy  sur  Tautœ 
non.  CVst  là  qu'on  déposait  les  boules,  blanches  pour 
l'adoplion,  rouges  pour  le  rejet  \  On  décidait  à  la  moitié 
plus  un  des  suffrages  exprimés,  sauf  pour  déroger  aux 
statuts  :  le  vote,  en  pareil  cas,  n'était  valable  que  s'il 
réunissait  les  quatre  cinquièmes  des  votants*.  Ne  pou- 
vait-on  les  obtenir?  on  déférait  l'affaire  tantôt  à  un 

*  Et  qui  contra  fecerit  puniatur  pena  duplici  quani  puniretur  si  alibi 
dixisset  tel  fecisset  predicla.  (ibid,)  —  Oxanam  prétend  {loc.  cii,^  p.  74) 
que  les  discours,  dans  ces  conseils,  étaient  prononcés  en  latin.  Il  n'y  a 
d'autre  prétexte  à  le  croire  que  Thabitudc  des  auteurs  de  rédiger  en  latin 
les  discours  dont  ils  voulaient  transmettre  à  la  postérité  le  soutenir;  mais 
puisqu'il  avait  fallu  limiter  h  quatre  le  nombre  des  orateurs  sur  chaque 
question,  un  grand  nombre,  la  plupart  marchands  ou  artisans,  voulaient 
donc  prendre  la  parole,  ce  qui  exclut  absolument  le  latin.  —  C'est  du  reste 
une  question  vidée  pour  la  France  comme  pour  l'Italie. 
•Auct.  inc.  ap.  Deliziej  IX,  263. 

'  Provvisioni,  t.  I,  p.  17.  Le  texte  a  été  publié  par  Ozanam,  Des  écoles 
en  Italie,  GEuvres,  II,  451.  —  En  130'i,  après  le  triomphe  des  Noirs,  on 
remplaça  les  boules  blanches  par  des  noires,  et  les  rouges  par  des  blan- 
ches. —  C'est  ainsi  qu'on  vole  encore  aujourd'hui  à  la  municipalité  de  Flo- 
rence. —  Il  parait  y  avoir  eu  des  variations  sur  ces  points  de  détail.  Ainsi, 
le  document  déjà  cité  du  50  octobre  1555  nous  montre  la  boite  rouge  pour 
le  sic,  blanche  pour  le  non.  (Doc.  de^li  aich,  tosc,  1  capitoli  di  Firenze, 
1,  45). 

^  Auct.  inc.  ap.  Delizie,  IX,  265. 


248  L'ASSEMBLÉE  A  PARLEMENT.  (An.  1283) 

conseil  de  richiesti,  tantôl  au  polestat,  au  capiu^ine,  aux 
prieurs,  sans  l'assistance  d'aucun  conseil  *. 

Rarement  convoquée  jusqu'alors,  l'assemblée  à  par- 
lement, qui  réunissait  tous  les  citoyens,  devint  d'un 
usage  plus  fréquent.  D'après  le  statut  du  capitaine,  elle 
devait  être  tenue  en  l'église  de  Santa  Reparata,  la  plus 
grande  de  toutes,  sous  la  présidence  du  polestat,  dans  les 
quinze  premiers  jours  de  chaque  seignenrie^  et  par  con- 
séquent une  fois  tous  les  deux  mois;  mais  les  magis- 
trats, d'accord  avec  les  conseils,  avaient  le  droit  de  déci- 
der que  cette  assemblée  n'aurait  poini  lieu  pendant  toute 
la  durée  de  leur  charge*.  Ce  n'était  en  effet  ni  le  nombre 
ni  la  nature  des  affaires  qui  rendaient  la  réunion  oppor- 
tune et  désirable;  c'était  leur  imporlance.  On  n'y  prépa- 
rait rien,  mais  on  y  donnait  aux  mesures  adoptées  par  les 
conseils  une  sanction  qui  en  couvrait  ou  dégageait  la 
responsabilité,  comme  celle  des  magistrats.  Y  pouvaient 
assister  tous  les  citoyens  immatriculés  au  registre  d'un  art, 
payant  les  impôts,  guelfes  reconnus  et  âgés  d'au  moins 
trente  ans'.  C'est  ce  qui  fait  qu'à  cette  assemblée  on  don- 
nait parfois  le  nom  de  conseil  public.  Quand  on  avait  sta- 
tué sans  discussion  sur  les  mesures  soumises  à  cette  sanc- 
tion suprême,  les  capitudini  des  arts  avaient  le  droit  de 


*  0  ne*  tre  uffizi  maggiori  solainenle,  secondo  che  si  vinccrà  (Auct.  inc. 
ap.  Delizie,  IX,  262).  —  Fauriel  u  a  pas  ignoré  ce  précieux  document  ;  mais 
faute  de  connaissances  suffisantes  sur  la  matière,  il  n'a  pas  su  débrouiller 
le  désordre  qui  y  règne.  C'e^t  15  qu'il  a  pris  son  étrange  classification  des 
conseils,  où  il  ne  distingue  pas  les  conseils  de  gouvernement  des  conseils 
administratifs  (t.  L  p.  126-132).  M.  Hillebrand  (p.  52)  n'a  pas  de  ces 
choses  une  vue  plus  nette  :  il  renvoie  à  Fauriel  comme. autorité. 

«  26  juin  1292.  Prowisioni,  1. 1.  n'  3,  p.  80  v. 

s  Fralicclli,  Storia  délia  vita  di  Dante,  p.  117.  —  t  Alla  presenza  di 
tutlo  il  popolo,  •  dit  sommairement  le  texte  le  plus  explicite  sur  cet  ordre 
de  faits  (Auct.  inc.  ap.  Delizie^  IX,  264). 


(An.  1283)  LES  OFFICIERS  SUBALTERNES.  249 

proposer  ce  qu'ils  jugeaient  utile,  soit  comme  délégués  de 
leur  art,  soit  en  leur  nom  personnel.  C'était  la  part  faite 
à  l'initiative  privée,  car,  dans  les  autres  conseils,  on  se 
bornait  à  délibérer  sur  les  propositions  des  magistrats. 
Si  quelque  motion  sérieuse  sortait  de  cette  initiative,  elle 
revenait  devant  les  prieurs,  puis  subissait,  devant  les 
conseils  du  capitaine  et  du  poteslat,  les  épreuves  ordi- 
naires, dans  Tordre  accoutumé*.  Si  elle  en  triomphait, 
si  elle  était  partout  successivement  adoptée,  on  la  ren- 
voyait, de  même  que  les  mesures  votées  sur  l'initiative 
des  magistrats,  aux  ofliciers  publics  qui  avaient  charge 
d'en  assurer  l'exécution. 

Ces  officiers,  c'étaient  le  potestat,  le  capitaine  et  même 
d'autres,  car,  dans  un  rang  inférieur,  il  y  en  avait  de 
nombreux  dont  il  est  impossible  de  ne  pas  dire  un  mot. 

Les  prieurs  avaient  une  sorte  de  secrétaire  ou  de  gref- 
fier, nécessairement  homme  de  loi,  élu  pour  un  an  et 
rééligible,  personnage  fort  important.  On  l'appelait 
notaio  délie  n/brmayioni,  notaire  des  réformes,  ou,  pour 
mieux  dire,  des  décisions.  11  devait  êlre  Lombard  de  nais- 
sance, mais  point  de  la  même  ville  que  le  potestat  ou  le 
capitaine*.  Trois  camerlinghi  délia  caméra  géraient  les 


1  Auct.  inc.  ap.  Delizie,  IX,  265.  Voy.  à  TAppendice  n"*  2,  un  exemple 
curieux  d'assemblée  à  parlement. 

*  Ibid.  Le  6  avril  1299,  on  détermina  avec  plus  de  précision  les  devoirs 
du  notaire.  Élu  par  les  prieurs  et  le  gonfalonier,  il  ne  devait  recevoir  ni 
argent  ni  présents.  Il  devait  enregistrer  tous  les  actes  relatifs  à  la  seigneurie 
dans  les  trois  jours,  et,  avant  de  quitter  le  palais,  remeltre  tout  ce  qu*il 
avait  écrit  au  nouveau  gonfalonicr.  Ces  papiers  étiient  gardés  dans  une 
armoire  construite  à  cet  effet  et  dont  les  prieurs  avec  le  gonfalonier  avaient 
seuls  la  clef.  Son  divieto  était  d'un  an.  Toute  contravention  de  sa  part  était 
punie  de  25  livres  d'amende,  et  de  la  restitution  du  quadruple  à  quicon- 
que lui  aurait  donné  de  Targent.  Pour  en  faire  la  preuve,  il  suffisait  d*un 
témoin  et  du  bruit  public.  Une  copie  des  actes  était  faite  sans  retard,  pour 


250  LES  OFFICIERS  SUBALTERNES.  (An.  VIS^) 

finances  communales.  Ils  étaient  assistés  aussi  d'un  no- 
taire qui  tenait  leui^  comptes  cl,  en  outre,  de  deux  doc- 
teurs florentins,  élus  comme  eux  pour  deux  mois,  et  qu'on 
nommait  avocats  de  la  commune.  L'argent  des  recettes  et 
des  dépenses  passait  par  les  mains  des  camerlingues.  C'est 
eux  qui  proposaient  dans  les  conseils  l'emploi  qu'on  en 
devait  faire.  La  fabrication  des  monnaies  était  dirigée  par 
deux  sigriori  délia  zecca^  élus  tous  les  six  mois  par  les 
capiiudini  des  arts,  l'un  dans  l'art  de  Calimala,  l'autre 
dans  l'art  du  change.  Deux  essayeurs  de  l'or  et  de  l'ar- 
gent leur  étaient  adjoints.  Ces  mêmes  capiludini^  réunis 
cette  fois  aux  prieurs,  élisaient  six  citoyens  et  un  offlcier 
pour  être  préposés  aux  approvisionnements.  L'officier 
restait  six  mois  en  charge  et  portait  le  titre  de  juge.  Ses 
assesseurs,*  sei  délia  fciarfa,  les  six  du  blé,  étaient  rem- 
placés tous  les  deux  mois.  Les  ambassadeurs,  toujours  dé- 
signés pour  une  mission  spéciale  et  de  courte  durée, 
étaient  à  la  nomination  des  prieurs  qui,  pour  les  nommer, 
dans  les  circonstances  graves,  s'adjoignaient  les  richiesti. 
Aux  grandes  ambassades,  on  envoyait  des  chevaliers,  des 
docteurs,  de  riches  et  notables  marchands  assistés  d'un 
notaire,  quelquefois  même  le  potestat;  aux  petites,  un 
simple  citoyen  ou  un  notaire.  lies  ambassadeurs  prêtaient 
entre  les  mains  du  potestat  serment  de  remplir  leur  office 
en  conscience,  sous  peine  de  mille  livres  d'amende.  Leur 
salaire  dépassait  rarement  cinquante  sous  par  jour*;  en- 
core fallait-il,  pour  l'avoir  si  considérable,  conduire  avec 


que  les  intéressés  en  pussent  prendre  connaissance  sans  frais  (Prowiiioni, 
ii»X,  p.6). 

*  Si  peu  considérable  que  paraisse  ce  chiffre,  il  faut  se  rappeler  qu'on 
allouait  cinquante  sous  par  mois  pour  Tentrelien  d'un  otage  (Voy.  même 
chapitre,  p.  203). 


(An.  1283)  ESPRIT  DE  CETTE  CONSTITUTION.  251 

soi  qiiati*c  chev.iux.  Un  ambassadeur  n'en  pouvait  emme- 
ner moins  de  deux.  Les  lettres  dont  on  le  chargeait  étaient 
écrites  en  latin,  au  nom  du  potestat,  du  capitaine  et 
des  prieurs.  Tous  les  six  mois,  on  élisait  un  notaire 
pour  l'unique  fonction  de  les  rédiger.  Dix-huit  citoyens, 
élus  syndics  par  les  capitudini  des  sept  arts  majeurs,  vé- 
rifiaient la  gestion  des  principaux  officiers  dont  expiraient 
les  pouvoirs  :  six  pour  les  prieurs,  autant  pour  le  potes- 
tat,  autant  pour  le  capitaine.  Quant  aux  officiers  moins 
considérables,  ils  étaient  soumis  à  ce  même  contrôle, 
mais  le  juge  des  appels  avait  seul  le  droit  de  l'exercer*. 

Cette  constitution,  œuvre  du  temps,  comme  celle  de 
l'ancienne  Rome,  faite  pièce  à  pièce  avec  les  modifications 
de  détail  que  suggérait  l'expérience,  paraît  très-compli- 
quée par  la  multiplicité  des  rouages  et  la  variété  des 
attributions  ;  mais,  en  somme,  il  n'y  avait  que  deux  fonc- 
tions principales,  Irès-neltement  distinctes  :  d'une  part, 
la  discussion,  la  délibération,  l'action,  privilège  des  plus 
notables  citoyens,  naturellement  en  fort  petit  nombre;  de 
l'autre,  l'approbation  ou  le  rejet,  droit  laissé  aux  plus 
nombreux,  qu'on  réputait  moins  entendus  aux  affaires  et 
plus  jaloux  de  leur  liberté. 

Plusieurs  ont  jugé  qu'il  y  avait  trop  de  conseils  et  qu'on 
les  employait  à  trop  de  choses  ;  mais  ce  système  n'était 
pas  sans  avanlages.  Quand  de  tels  corps  sont  indépen- 
dants, quand  ils  ne  constituent  pas  une  charge  pour  le 
trésor,  ils  contribuent  puissamment  à  donner  des  lois 
meilleures  et  à  les  rendre  stables.  Qu'on  se  représente, 
par  exemple,  le  conseil  spécial  du  capitaine  délibérant  et 
volant  dans  un  coin  de  San  Pier  Schcraggio,  tandis  que 

<  Auct.  inc.  ap.  Delizie,  IX,  261,  265,  269. 


252  ESPRIT  DE  CETTE  CONSTITUTION.  (Ah.  <283) 

d'autres  Florentins  attendent^  dans  une  autre  partie  de 
l'église,  pour  former  avec  les  précédents  le  conseil  gé- 
néral, et  recommencer  aussitôt  la  délibération.  La  majo- 
rité en  peut  être  déplacée,  mais  le  plus  souvent  un  débat 
nouveau  la  confirme  et  l'augmente,  parce  que  les  propo- 
sitions agitées  ont  déjà  subi  le  triple  exame;i  des  prieurs, 
du  conseil  des  cent  et  du  conseil  spécial.  Le  lendemain, 
délibèrent  en  cinquième  et  sixième  instance  les  deux  con- 
seils du  potestat.  L'examen  devient  de  plus  en  plus  ra> 
pide;  toutefois,  les  nobles  y  intervenant,  des  intérêts  dif- 
férents y  obtiennent  la  parole,  intérêts  suspects,  à  vrai 
dire,  mais  qui,  par  la  force  de  la  raison  ou  même  par  un 
appel  aux  passions,  peuvent  rallier  à  eux  la  pluralité  des 
voix,  soit  dans  ces  deux  assemblées,  soit,  au  besoin,  dans 
l'assemblée  à  parlement. 

Ainsi  chaque  opinion,  chaque  groupe,  pouvait  se  faire 
entendre,  défendre  sa  propre  cause,  comme  la  cause  pu- 
blique. I^  sentiment  commun  un  instant  dévoyé  ne  man- 
quait pas  d'occasions  pour  rentrer  dans  le  bon  chemin. 
Plusieurs  délibérations  successives  lui  permettaient,  sans 
fausse  honte,  de  venir  à  résipiscence  et  préservaient  la 
République  des  mesures  irréfléchies  qu'inspirait  un  sou- 
dain courroux,  une  passagère  émotion.  Et  ces  sûretés 
contre  elle-même,  Florence  les  prenait  sans  s'attarder  à 
de  funestes  lenteurs  :  en  deux  jours,  et  tout  au  plus  en 
dix,  quand  rien  ne  pressait  ou  quand  on  ne  voulait  pas 
se  presser,  les  cinq  conseils  avaient  donné  leur  avis.  Pour 
plus  de  rapidité  encore,  l'usage  ou  la  loi  laissait  les  ma- 
gistrats libres,  en  bien  des  cas,  de  ne  consulter  que  tels 
ou  tels  de  ces  conseils*. 

*  Si  Ton  en  jugeait  par  les  documeuls  qui  nous  ont  été  conservés,  le 
nombre  serait  très-grand  des  cas  où  Ton  ne  consultait  que  certains  conseils 


(Aa.  1283)  ESPRIT  DE  CETTE  CONSTITUTION.  253 

On  ne  saurait  sans  injustice  accuser  cette  constitution 
d'avoir  exagéré  la  démocratie*.  La  multitude  n'y  obtenait 
aucun  droit,  et  ceux  des.  nobles,  quoique  restreints,  y 
étaient  consacrés.  Ce  fut  leur  faute  s'ils  les  amoindrirent 
encore.  La  passion  de  parti  l'emporta  chez  eux  sur  les 
intérêts  de  caste.  Les  familles  «  grandes  et  puissantes,  » 
comme  on  les  appelait,  s'entre-déchiraient  dans  Florence 
et  sur  le  territoire,  entraînant  à  leur  suite  leur  nombreuse 
clientèle.  Elles  descendirent  jusqu'à  flatter  le  peuple, 
jusqu'à  lui  parler  des  injures  reçues  et  de  la  liberté, 
jusqu'à  se  faire  guelfes  par  amour  du  pouvoir,  jusqu'à 
changer  de  nom.  Les  Tornaquinci  se  firent  appeler  Popo- 
leschi;  les  Importun! ,  Cambi  ;  les  Cavalcanti,  Malatesti, 
Ciampoli;  les  Tornabuuni,  Giachinotti,  Cardinali,  Mara- 
bottini  '.  Mais  l'aristocratie  que  détruisaient  si  imprudem- 
ment les  magnats,  se  recrutait  sans  cesse  de  familles  que 
mettaient  hors  de  pair  la  richesse,  la  dignité  de  prieur, 
conférée  à  plusieurs  de  leurs  membres,  le  ceinturon  de 
chevalerie,  donné  facilement  par  les  rois  et  les  princes  de 
passage  à  Florence  \  Avec  la  vanité  dont  les  démocraties 
sont  loin  d'être  exemptes,  ces  familles  recherchaient  les 
distinctions,  pour  se  séparer  des  profondes  couches  popu- 
laires où  plongeaient  leurs  racines.  C'était  une  aristocratie 


cl  non  les  autres.  Mais  il  ne  Tant  pas  oublier  que  beaucoup  de  délibérations 
sont  perdues.  Il  tombe  d'ailleurs  sous  le  sens  que  si  Ton  faisait  intervenir 
tous  les  conseils  dans  des  affaires  de  nulle  importance,  à  plus  forte  raison 
en  devait-il  élre  de  même  pour  celles  qui  avaient  de  la  gravité. 

^  C'est  ce  qu*a  fait  Fauriel,  disant  (I,  138)  qu'elle  c  tendit  à  assurer  au 
plus  grand  nombre  possible  de  citoyens  le  plus  grand  nombre  possible  de 
droits  et  de  pouvoirs  politiques.  » 

«  Villani,  VU,  79.  Ammirato,  1282, 1.  UI,  1. 1,  p.  161. 

'  En  1282,  notamment,  le  prince  de  Saleme,  fils  de  Charles  d'Anjou, 
faisait  chevaliers  trois  membres  de  la  seule  famille  des  Buondelmonti 
(Villani,  vu,  84). 


254  ESPRIT  DE  GEHE  CONSTITUTION.  (An.  1285) 

bourgeoise,  mais  mêlée  de  nobles,  et  portée  par  intérêt  à 
retenir  l'État  sur  la  pente  de  la  démagogie. 

Le  danger  e&t  été  plutôt  de  refuser  tout  droit  politique 
à  la  multitude;  mais  les  bourgeois  florentins  y  obviaient 
par  de  sages  tempéraments.  Celait  peu  de  s'atlacher  par 
des  bien&uts  les  déshérités;  on  savait,  de  plus,  en  diminuer 
le  nombre.  On  laissait  aux  arts  mineurs  l'espérance  de 
prendre  rang,  un  jour,  parmi  les  arts  majeurs,  el  Ton 
n'attendait  pas,  pour  la  réaliser,  d'avoir  la  main  forcée. 
Déjà  dans  la  paix  du  cardinal  Latino,  on  avait  vu  les  syn- 
dics des  bouchers,  des  forgerons,  des  cordonniers,  s'en- 
gager comme  cautions*,  preuve  que  ces  métiers,  quoique 
non  admis  aux  honneurs,  comptaient,  à  l'occasion,  pour 
quelque  chose  dans  l'État.  Quelquefois ,  on  appelait  aux 
conseils  du  gouvernement  les  capitudini  des  cinq  arts 
intermédiaires  qui  suivaient  immédiatement  les  sept  arts 
majeurs.  On  allait  même,  pour  abréger,  jusqu'à  les  con- 
fondre sous  le  même  nom,  et  à  dire  a  les  douze  arts  ma- 
jeurs ,  »  quoique  une  telle  dénomination  ne  fût  pas  con- 
forme encore  à  la  légalité*.  On  ne  voit  pas  que  cette 

*  Lapus  Pratesis  sindicus  nrli$  beccariurum, 

Orlandinus  marescalchus  Ba-ldovini,  sindicus  artis  fabrorom, 
Cervus  dcl  Forese,  sind.  arlis  calzolariorum. 

(Acles  de  la  paix  du  cardinal  Latino,  ap.  Deîizie,  IX,  96.) 

*  Dès  les  6  et  22  ayril  1285,  on  trouve  une  mention  des  capitudini  des 
douze  arts  majeurs  (Consulte,  t.  I,  quad.  H).  Le  10  avril  de  même  (ibid*, 
p.  97).  Im  30,  il  n*est  plus  question  que  des  sept  ails  majeurs  (ibid,, 
p.  98).  Ces  fluctuations  continuent  jusqu'en  1297,  où  il  y  a  encore  une 
mention  du  même  genre  :  c  Gonvocalis  et  congregatis  capitudinibus 
septem  majorum  artiuni.  »(5  janvier  1297.  —  Provvi$ioni,  t.  I,  n*7,  p.  25 
V*.)  Nous  avions  cru  d'abord  que  Texplication  de  ce  fait  singulier,  dont 
nous  ne  voyons  mention  nulle  part,  était  dans  la  succession  alternative  de 
prieurs  favorables  à  l'extension  des  arts  majeurs,  el  d'autres  qui  s'y  mon- 
traient opposés  ;  mais  nous  avons  trouvé  dans  une  même  affaire,  et  sous 
les  mêmes  prieurs,  les  capitudini  des  7  arts  majeurs  convoqués  le 
9  mars  1285,  et  le  lendemain  10,  ceux  des  12  arts  majeurs  (Conmdie, 


(An.  1283)  PRATIQUE  DE  LA  CONSTITUTION.  255 

nouveauté,  allernativemenl  abandonnée  et  reprise,  ait 
provoqué  dans  Florence  le  moindre  trouble ,  la  moindre 
plainte.  Ce  que  cinq  arls  obtenaient,  ceux  qui  venaient 
derrière  eux  pouvaient,  avec  le  temps,  Tespérer  à  leur 
tour.  Les  faibles  savaient  attendre  et  les  forts  ne  pas  décou- 
rager, faire  les  concessions  désirées  avant  qu'on  les  exi- 
geât, double  et  singulière  marque  d'esprit  politique,  dans 
une  cité  violente  et  passionnée,  où  les  uns  savaient  prévoir 
les  concessions  qui  leur  pouvaient  êlre  demandées,  et  les 
autres  ne  pas  les  demander  prématurément. 

Florence  avait  donc  enfin  une  constitution  dont  elle 
était  satisfaite,  et  qu'elle  tenait ,  non  à  tort,  pour  défini- 
tive ;  car,  sauf  les  modifications  qu'elle  s'était  réservé  le 
droit  d'y  apporter  et  qu'elle  y  apporta  successivement,  elle 
s'y  tint  comme  au  système  qui  répondait  le  mieux  à  ses 
besoins  et  à  ses  goûts.  Peut-être  convient-il  d'en  rassem- 
bler ici  les  traits  généraux,  épars  dans  tout  ce  qui  pré- 
cède. 

Le  principal  pouvoir,  celui  de  la  seigneurie  ou  des  six 
prieurs,  est  aussi  le  plus  ancien.  Méconnaissable  sous  ce 
nouveau  titre,  et  après  plusieurs  transformations,  il  n'est 
autre  pourtant  que  celui  des  consuls  primitifs,  à  nombre 
variable,  devenus  successivement  les  douze  anziani^  les 
douze,  puis  les  quatorze  buonuomini^  les  trois  et  enfin 
les  six  prieurs  des  arts.  La  prépondérance  acquise  par  les 
arts  majeurs  mettait  au  premier  rang  ces  magistrats  élus 
parmi  les  popolani^  à  raison  d'un  par  sesliere^  et  pour 
deux  mois  seulement.  Ils  délibèrent  sur  les  mesures  à 


.1,  quad.  Ë,  p.  75  r**  v*).  Il  faut  donc  croire  que  c'est  là  un  temps  de  transi- 
tion, où  l'on  convoquait  à  volonté  sept  ou  douze  arts,  et  où  Ton  donnait 
par  anticipation  aux  cinq  arts  intermédiaires  le  nom  d'arts  majeurs,  quand 
leurs  consuls  réciproques  étaient  simultanémmt  convoqués. 


256  PRATIQOE  DE  U  CONSTITUTION.  (An.  1283) 

prendre,  assistés  d'un  notaire  ou  greffier  de  leurs  actes, 
du  conseil  des  cent,  d'un  nombre  indéCni  de  sages,  de 
rkhiesti^  d*am/ofi,  c*est-fi-dire  de  jurisconsultes  ou  de 
marchands ,  et  le  plus  souvent  des  capitudiyii  ou  consuls 
des  arts.  Ainsi  préparées  dans  des  délibérations  toujours 
secrètes,  les  lois,  les  propositions  des  prieurs  sont  appor- 
tées successivement  aux  deux  conseils  du  capitaine  du 
peuple,  exclusivement  composés  de  popolani,  et  aux  deux 
conseils  du  potestat,  ou ,  à  côté  des  popolani,  les  nobles 
ont  accès.  Le  conseil  spécial  d'abord,  le  conseil  général 
ensuite,  auquel  s'est  joint  le  conseil  spécial,  délibèrent 
sommairement,  approuvent  ou  rejettent,  avec  le  concours 
presque  obligatoire  des  capitiidini,  et  sous  la  présidence 
du  magistrat  dont  ils  portent  le  nom.  En  certains  cas, 
lorsqu'ils  ne  sont  pas  d'accord,  ou  lorsque  les  prieurs 
veulent  dégager  leur  responsabilité,  ils  réunissent,  ils 
invitent  à  prononcer  en  dernier  ressort  l'assemblée  à 
parlement,  qui  se  compose  de  tous  les  conseils  précédents, 
et,  en  outre,  de  tous  les  habitants  en  possession  de  leurs 
droits  civiques.  A  défaut  d'affaires  graves,  l'assemblée  à 
parlement  est  convoquée  une  fois  tous  les  deux  mois, 
c'est-à-dire  une  fois  durant  chaque  seigneurie*,  pour  don- 
ner à  la  souveraineté  populaire  et  à  l'initiative  privée  le 
moyen  de  s'exercer. 

Cette  période  des  délibérations  terminées ,  et  elle  ne 
dure  ordinairement  que  deux  jours,  jamais  plus  de  dix, 
on  entre  dans  la  période  d'exécution.  L'exécution  est 

*  Très-souvent,  en  effet,  on  voit  le  capitaine,  le  potestat,  proposer  à  leurs 
conseils  de  supprimer  la  réunion  de  l'assemblée  à  parlement  pendant  la 
seigneurie  en  exercice.  Uors  ce  cas,  elle  devait  être  de  droit  ;  on  ne  voit 
jamais,  dans  les  documents,  les  magistrats  ou  les  vaincus  d'un  scrutin  la 
réclamer.  C'est,  au  reste,  un  des  points  les  plus  obscurs  des  institutions 
florentines. 


(AN.  1^285)  PRATIQUE  DE  LA  œNSTlTUTlON.  257 

commise  SOUS  la  direction,  ou  plutôt  sous  la  surveillance 
des  prieurs,  au  potestat  et  au  capitaine  du  peuple,  magis- 
trats forl  anciens,  qui  élaient  jadis  la  tête  et  qui  ne  sont 
plus  que  les  bras,  qui  avaient  les  anziani  pour  conseil- 
lei's,  et  qui,  sauf  la  présidence  de  leurs  conseils  respec- 
tifs, sauf  leur  supériorité  hiérarchique  maintenue*,  ne 
sont  plus  que  l'instrument  des  prieurs,  au  nom  de  qui, 
dans  les  réunions  publiques ,  ils  portent  le  plus  souvent 
la  parole.  Le  potestat  rend  la  justice,  et,  ordinairement, 
commande  les  armées  au  dehors;  le  capitaine  est  juge  en 
quelques  cas  spéciaux,  tant  au  crinfiinel  qu'au  civil,  et 
commande  les  milices  au  dedans,  soit  pour  assurer  Texé- 
cution  des  arrêts  de  justice,  quand  il  y  a  résistance,  soit 
pour  rétablir  Tordre  troublé.  On  peu  plus  tard,  ses  vieux 
souvenirs  d'action  indépendante  et  même  de  supériorité 
l'empêchant  d'être  un  instrument  docile,  les  prieurs  de- 
manderont, se  feront  donner  un  autre  officier,  un  autre 
instrument,  qui  dédoublera,  en  quelque  sorte,  la  charge 
du  capitaine,  sans  rien  changer  à  l'économie  générale  des 
institutions. 

Tel  était  ce  gouvernement,  où  l'initiative  et  l'exécution 
appartenaient  aux  magistrats,  l'approbation  et  le  contrôle 
aux  citoyens.  En  droit,  ceux-ci  avaient  le  dernier  mot  ; 
ils  étaient  les  maîtres.  En  fait,  presque  toujours,  ils  cé- 
daient à  l'impulsion  des  prieurs.  Ils  le  pouvaient  sans 
danger,  puisqu'ils  les  nommaient  eux-mêmes,  et  pour  une 
durée  si  courte  qu'elle  ne  permettait  pas  de  préparer  ni 
seulement  de  rêver  une  usurpation .  Mais  moins  ce  pouvoir 
était  durable,  plus  il  devait  être  fort  :  une  sorte  de  dicta- 


^  Dans  les  documents,  Tordre  invariable  est  :  le  potestat,  le  capitaine, 
les  prieurs. 

HIST.    bt  PLOHBMCK.    —   U.  17 


258  SATISFACTION  DES  FLORENTINS.  (An.  i285) 

ture  devenait  le  correctif  de  Tinstabilité.  Sans  abdiquer 
jamais,  le  peuple  à  tout  instant  donnait,  pour  un  temps 
déterminé,  pleine  balia  aux  prieurs,  ou  bien,  dans  les 
conseils,  sur  telle  ou  telle  affaire,  il  proposait,  avec  ceux 
qui  portaient  la  parole  en  son  nom,  de  s'en  remettre  à 
ces  seigneurs  d'un  jour  ;  et  telle  était  souvent  la  fin  pa- 
cifique des  plus  orageuses  discussions. 

Par  malheur,  à  côté  de  ce  gouvernement  public,  dont 
le  défaut  capital  était,  avec  l'instabilité,  l'indivision  des 
pouvoirs, vivait  et  s'agitait  le  gouvernement  parliculier  de 
la  parte  (juelfa^  qui  en  faisait  la  faiblesse  au  dedans,  en 
même  temps  que  la  force  au  dehors.  Ci'était  uno  sorte 
d'État  dans  l'Élat,  avec  ses  officiers,  ses  conseils,  ses  do- 
maines, ses  finances,  monstruosité  politique  qui  révolte 
nos  idées  d'unité,  mais  dont  les  Florentins  du  moyen  âge 
avaient  pris  l'habitude  et  ne  demandaient  point  la  sup- 
pression. Leurs  écrivains  en  parlent  à  peine,  et  ne  voient 
que  les  institutions  officielles,  objet  de  leur  unanime 
admiration  :  ils  en  louent  à  l'envi  et  le  système  et  les 
efTels.  Brunetto  Latini  le  propose  à  l'admiration  comme 
le  modèle  des  gouvernements  libres*.  Selon  Villani,  une 
telle  tranquillité  régnait  a  Florence  qu'on  n'y  fermait  plus 
les  portes,  même  de  nuit,  et  une  telle  prospérité,  une 
telle  douceur,  qu'on  n'y  percevait  plus  d'impôts;  pour 
n'en  pas  grever  les  citoyens,  on  se  procurait  l'argent  né- 
cessaire en  vendant  les  vieux  murs  et  des  terrains,  soit 
dans  la  ville,  soit  au  dehors  *.  Si  l'on  maintenait  encore 


«  Voy.  plus  Iiaut,  1.  I,  ch.  iv,  t.  I.  p.  256. 

*  Era  tanto  il  Iranquillo  siato  di  Firenze  clie  di  notte  non  si  scrravano  le 
porte  délia  città,  ne  bavea  g.ibellc  in  Firenze,  e  per  Insognocb  'el  comune 
hebbe  di  moneta,  pcr  non  farc  libre,  si  venderono  le  mura  vecchie  e  terrem 
dentro  c  di  fuori  (Villani,  VIII,  2). 


(Am.  1283)  FÊTES  PUBLIQUES.  259 

par  prudence  l'ancienne  provision  des  quatorze,  qui  in- 
terdisait de  porter  dans  la  ville  épée  ni  carreau*,  il  ne 
manquait  pas  dans  les  conseils  d'esprits  optimistes  pour 
demander  la  levée  de  celte  interdiction  *. 

C'est  qu'à  un  sentiment  juste  sur  la  bonne  économie 
des  statuts  se  mêlait  une  aveugle  illusion  sur  la  durée 
d'une  concorde  si  nouvelle,  Tardent  désir  d'oublier,  de  ne 
voir  que  le  présent,  de  s'abandonner  à  ce  goût  des  fêtes  et 
des  plaisirs  si  profondément  ancré  dans  tou(e  âme  floren- 
tine.  L'active  Florence  ne  négligeait  aucune  occasion 
de  célébrer  des  fêtes  et  de  les  prolonger.  Sobres  et  parci- 
monieux dans   leur  vie,  ces  marchands   remplissaient 
avec  un  somptueux  éclat  les  devoirs  de  l'hospifalité.  Ils 
savaient  que  l'argent  qu'on  y  dépense  est  placé  à  gros 
intérêts.  En  1282,  durant  le  second  priorat,  ils  rece- 
vaient avec  de  grands  honneurs  le  prince  de  Salerne, 
iils  de  Charles  d'Anjou  ;  bientôt  après,  son  oncle,  le  comte 
d'Alençon,  frère  du  roi  de  France,  qui  conduisait   vers 
la  Sicile  de  nombreux  cavaliers.  Humiliés  récemment  par 
la  prise  de  leur  pavillon  sous  les  murs  de  Messine',  les 
Florentins  ne  gardaient  pas  rancune  au  souverain  mal- 
heureux qui  les  avait  entraînés  dans  sa  défaite.  Loin  de 
là,  tandis  qu'ils  honoraient  son  frère,  et  malgré  l'acci- 
dentelle cherté  des  vivres,  résultat  d'inondations  qui  met- 


1  7  octobre  1282  (Conmlle  délia  Rep.,  1. 1,  quad.  D,  p  4  V). 

*  Notamment  Manetto  Beninc^sa,  le  15  octobre  1282,  huit  jours,  par 
conséquent|  après  qu'on  eut  pris  la  résolution  contraire.  Il  voulait  que 
citoyens  et  campagnai^ds  pussent,  en  retournant  •  a  villa,  •  ou  en  y  allant, 
porter  «  spatam  seu  quadrellectura....  quod  eam  portent  in  manu  altam, 
tenondo  eam  ex  latere  porte  et  portando  pomum  spale  aul  quadrellecti  ex 
parte  superiori  et  circa  t....  spate  différant  corigias  avoltas  et  codum 
capelli.  »  {ïhid,  p.  5.) 

'  Vay.  plus  haut,  même  chapitre,  p.  224. 


260  RÉCEPTION  DE  CHARLES  D^ÀNJOU.  (An.  1285) 

taieni  sous  l'eau  une  partie  de  leur  ville  S  ils  lui  volaient 
à  lui-même  de  nouveaux  secours*;  ils  l'accueillaient  avec 
un  fastueux  empressement,  le  14  mars  1283,  alors  qu'il 
s'acheminait  vers  Bordeaux,  pour  y  soutenir  le  déli  qu'il 
avait  porté  à  don  Pedro  d'Aragon,  et  que  devait  décliner 
ce  monarque,  habile  politique  plutôt  que  preux  cheva- 
lier*. 

Les  Florentins  se  rendirent  en  si  grande  foule  à  la 
rencontre  du  roi  de  Sicile,  qu'on  ne  pouvait  avancer  ni 
à  cheval  ni  à  pied.  «  J'ai  vu,  j'ai  entendu,  j'allesle,  écrit 
le  chroniqueur  Paolino,  qu'étant  en  dehors  de  la  porte 
San  Niccolô,  les  chevaliers  lui  présentèrent  le  dais;  mais 
il  ne  voulut  pas  qu'on  le  plaçât  sur  sa  tête;  et  comme 
on  criait  :  Vive  le  roi  Charles  !  il  fit  signe  de  la  maiu 
qu'on  se  tût,  et  je  l'entendis  prier  dans  sa  langue  qu'on 
criât  :  Vivent  les  victorieux  *  !  »  C'était  rappeler  aux 
oublieux  Florentins  le  souvenir  de  leur  affront,  mais  ne 
pas  se  rendre  compte  des  conditions  et  des  sentiments  qui 
le  leur  faisaient  juger  supportable  :  peu  chevaleresques 
de  nature,  ils  souffraient  médiocrement  d'une  humiliation 
endurée  si  loin,  et  qui  n'amoindrissait  en  rien  leur 
puissance  ;  bons  calculateurs,  ils  prenaient  aisément 
leur  parti  des  défaites  et  des  embarras  de  Charles,  qui, 


'  Le  6  et  le  7  octobre  1282,  les  conseils  votaient  Tenvoi  de  ces  cava- 
liers, et  preiiiiioiit  sur  les  sommes  mises  eu  réserve  pour  Tachai  du  grain, 
à  charge  pour  le  potestat,  les  quatorze  et  les  prieurs,  d'aviser  aux  moyens 
et  au  tetnps  de  la  restitution  (Consulte^  t.  I,  quad.  D,  p.  ^4  r**  v*). 

*  Villani,  VII,  87.  Ammiralo,  1282, 1.  III,  t.  1,  p.  161. 

^  Charles  cheminait  à  petites  journées,  car  son  défi  était  fixé  au 
24  juin,  jour  do  la  Saint-Jean  (Paolino,  II,  39). 

*  E  gridando  viva  il  Re  Carlo,  cho  egli  amolto  con  la  inano,  ch'  cUi 
stetiero  cheti.  La  gente  incontanenie  ri^letle  di  gridare,  ed  allora  Pudii  iu 
iu  sua  liugua  che  prego  che  si  gridasse  :  Viva  chi  vince  !  (Paolino,  II,  59.) 


(An.  1283)  FÊTES  DE  LA  SAINT-JEAN.  26i 

grâce  à  ces  heureux  malheurs,  ne  pourrait  plus  de  long- 
temps dominer  chez  eux  *. 

Quand  ils  n'eurent  plus  de  princes  à  fêter,  ils  firent 
des  fêtes  pour  leur  propre  compte.  On  en  célébrait  cha- 
que année  pour  l'anniversaire  de  saint  Jean,  patron  de 
la  ville.  En  1283,  elles  ne  durèrent  pas  moins  de  deux 
mois.  Sur  la  rive  droite  de  TArno,  dans  ce  quartier  de 
Sanla  Félicita  qui  avait  vu  succomber  jadis  les  Patarins^ 
Topulentc  famille  dçs  Rossi,  avec  ses  voisins,  forma  une 
compagnie  dite  de  l'Amour  ou  des  blanc-vêtus.  Plus  de 
mille  personnes  en  firent  partie.  Ils  portaient  de  belles 
robes  d'une  éclatante  blancheur;  ils  parcouraient  les 
rues  au  son  des  trompettes  et  autres  instruments.  Leur 
exemple  fut  suivi.  Ce  n'était  partout  que  danses,  festins, 
divertissements  et  jeux  de  toute  sorte,  où  se  mêlaient 
amicalement  dames,  princes,  chevaliers,  popotani  et 
«  autres  gens  honorables.  »  On  recevait,  on  appelait, 
on  retenait  les  étrangers;  on  les  accompagnait  à  pied  ou 
à  cheval  dans  la  ville  et  dans  les  campagnes  environ- 
nantes. On  parait  de  robes  fourrées  les  <c  hommes  de 
cour,  »  les  bouffons,  les  jongleurs.  11  y  avait  alors  dans 
Florence  plus  de  trois  cents  chevaliers  di  corredo^  c'est- 
à-dire  de  bourgeois  qui  s'équipaient  en  chevaliers,  se 
flattant  de  faire  oublier  ainsi  leur  origine  roturière.  Dans 
une  cité  où  montait  incessamment  le  flot  de  la  démo- 
cratie, on  prisait  de  la  chevalerie  jusqu'à  la  plus  vaine 
apparence  :  chevaliers  féodaux  ou  d'institution  récente 
coudoyaient  familièrement  et  sans  marquer  leur  dédain 
ces  chevaliers  d'emprunt.  Les  uns  et  les  autres  ne  mar- 
chaient que  suivis  de  leurs  valets;  ils  avaient,  matin  et 

*  Ainmirato,  1285, 1.  111,  t.  I,  p.  162. 


362  UTILITÉ  DE  CES  FÊTES.  (Aw.  1285) 

soir,  table  ouverte;  ils  variaient  les  plaisirs  du  rep«ns  par 
les  facéties  des  bouffons,  par  les  lours  d'adresse  des  jon- 
gleurs ^  Jamais  en  Toscane  on  n^avait  eu  le  spectacle  de 
fêtes  si  splendides.  «  A  en  voir  les  magnificences,  écrit 
Ammirato,  qui  eût  pu  croire  que  les  Florentins  étaient 
accoutumés  à  une  vie  simple  et  modesle?  Oh  eût  dit  que 
depuis  longtemps  ils  fréquentaient  les  palais  des  rois. 
Quelques-uns  craignaient  déjà  d  y  trouver  un  symptôme 
de  mollesse  ;  mais  un  argent  dépensé  en  fêtes  publiques, 
non  en  plaisirs  privés,  n'était  propre  qu'à  accroître  la 
gloire  de  Florence  parmi  les  autres  villes  d'Italie,  el  à 
détruire  l'âpre  renom  de  la  parcimonie  florentine*.  » 

Ainsi,  jusqu'en  ces  brillants  plaisirs  se   cachait  un 
calcul.  Heureuse  d'une  trêve  qu'elle  prenait  pour  la  paix, 
el  qui  semblait  ouvrir  une  ère  nouvelle  de  prospérité, 
Florence  voulait  que  l'on  connût,  que  l'on  admirât  au 
loin  sa  richesse  et  sa  puissance.  C'était  un  moyen  de 
bien  établir  son  crédit,  d'inspirer  le  respect  pour  ses 
marchands  voyageurs,  qu'elle  ne  pouvait  défendre  au 
loin  par  la  force  de  sis  armes,  mais  qu'on  ménageait 
partout,  sauf  en  de  rares  moments  de  colère,  afin  de 
puiser  dans  leui  bourse,  quand  on  avait  vidé  celle  des 
Juifs.  Avoir  fondé  un  gouvernement  stable,  c'était,  elle 
ne  s'y  trompait  pas,  établir  sa  fortune  sur  de  solides  fon- 
dements. Désormais  la  République  florentine  existe  telle 
que  nous  la  verrons  dans  la  suite  de  son  existence  agitée. 
Les  modifications  qu'elle  subira  encore  seront  sociales 


<  Villani,  VU,  88.  —  Simone  délia  Tosa,  p.  212. ~  Ammirato,  1283,  1. 
lU,  t.  I,  p.  163. 

*  Anzi  dovei  si  sommamenle  commendare  che  con  quella  opportuna  libé- 
ralité mitigassero  Taccrba  fama  délia  fiorentina  parsimonia.  (Ammirato,  loc, 
cit.) 


(An.  1285)  NOUVEAUX  PROJETS  DE  RÉFORMES.  t205 

bien  plus  que  politiques.  Elles  auront  pour  objet  do 
soumellre  aux  classes  laborieuses  une  classe  turbulente, 
d'arracher  leur  dard  aux  frelons ,  pour  que  les  abeilles 
ne  soient  plus,  dans  la  ruche,  détournées  de  leur  inces- 
sant travail. 


CHAPITRE  II 

GUERPES   POUR    L*HÉGÉMONIE   CONTRE   AREZZO   ET    PISE 

BATAILLE    DE    CAMPALDINO 

—  1Ï84-I492  — 


Politique  commerciale  de  Florence.  —  Ses  relations  avec  les  villes  voisines.  — 
Réforme  du  gouvernement  k  Sienne,  Arczzo,  Pis^toia.  —  Discordes  à  Pise  après 
la  bataille  de  la  Meloria  (128M285).  —  Reconstitution  de  la  ligue  guelfe  (15 
octobre  1284).  —  I^e  conile  Ugolino  .  ses  négociations  avec  les  guelfes.  —  Hos- 
tilités ouvertes  contre  ri>e  (10  novembre  l'284).  —  Ugolino,  scigntur  à  Pis*î 
(janvier  1285).  —  Ses  propositions  à  Florence  et  délibérations  des  conseils. 

—  DilTicultés  avec  Lucques,  et  médiation  d'ilonoriuit  IV.  —  Ugolino  à  Flo- 
rence. —  Traité  conclu  avec  lui.  —  Sa  tyrannie.  —  Hostilités  provoquées  par 
révéque  d'Arezzo  (1285-1287).  —  Prinzivalle  des  Fieschi,  délégué  impérial 
(1287).  —  Expédition  des  Florentins  contre  Arezzo  (23  mai  1288).  —  Cbutc 
d'Ugolino  (juillet  1288).  —  Florence  assiste  ^ino  Visconli,  son  petit  fils.  — 
Guido  de  Monteleltro,  seigneur  à  Pise  (1289).  —  Charles  11  d'Anjou  à  Flo- 
rence (mai  1289).  —  Nouvelle  campagne  contre  Arezzo  (2  juin  1289).  —  For- 
ces guelfes. —  Elles  campent  dans  la  plaine  de  Campaldino. —  Forces  gibelines. 

—  Bataille  de  Campaldino  (11  juin  12^9^  —  Lente  marche  dei  vainqueurs 
sur  Arezzo.  —  Leur  échec  devant  Arezzo.  —  Leur  retoui  à  Florence  23  juil- 
let). —  Résultats  de  la  campagne.  —  Expédition  au  pays  pisan  ^16  août).  — 
Nouvelle  lenlalive  contre  Arezzo  ^novembre).  —  Tactique  de  Guido  de  Mnnte- 
feltro.  —  DélilM'ration  des  conseils  (loreiitins  sur  la  guerre  contre  Pise.  — 
Prise  de  Porto  Pisimo  (septembre  1290).  —  Campagne  de  1291.  —  Prise  de 
Pontedera  par  Montefellro.  —  Campagne  de  12^)2.  —  Hégémonie  de  Flo- 
rence en  Toscane.  —  Sa  prospérité. 


Pour  couronner  Tédilice  si  patiemment  construit  de 
sa  fortune,  Florence  devait  encore  réduire  à  l'impuis- 
sance, puis  à  la  soumission  les  gibelins  de  Textérieur  et 


An.  1284)  RAPPORTS  DK  FLORENCE  AVEC  SES  VOISINS.  265 

les  grands  guelfes  de  Tinlérieur,  parce  qu'ils  y  faisaient 
obstacle,  et  transformer  de  plus  en  plus  la  commune  en 
État  pour  agrandir  sa  sphère  d'action.  Cette  tâche,  elle 
la  poursuivra,  au  travers  des  plus  effroyables  discordes, 
sans  se  détourner  du  trafic  et  de  l'industrie,  sans  décou- 
ragement et  presque  sans  interruption.  Mais  pour  exer- 
cer librement  son  industrie  et  son  négoce,  pour  attirer 
à  bas  prix  les  matières  premières,  pour  écouler  à  un 
prix  élevé  les  marchandises  manufacturées,  pour  multi- 
plier ces  affaires  de  bnnque  qui  donnaient  un  lucratif 
emploi  à  tant  de  capitaux  acquis  et  accumulés,  Florence 
devait  compter  avec  ses  voisins  et  même  avec  des  puis- 
sances lointaines,  s'appuyer  alternativement  à  toutes,  ou 
rompre  avec  celles  qui  étaient  à  sa  portée,  quand,  par 
rivalité  ou  par  jalousie,  elles  gênaient  sa  libre  expan- 
sion. On  la  voyait  prêler  à  l'empereur  des  sommes  im- 
porlanles  et  acquérir  en  garantie  l'usufruit  de  terres  con- 
sidérables, qui,  en  l'élahlissant  pour  de  longues  années 
au  pays  de  Fucecchio  et  de  San  Miniato,  lui  permettaient 
de  pénétrer  comme  un  coin  dans  le  territoire  de  Pise  et 
de  se  tenir  en  armes  presque  aux  portes  de  cette  ennemie 
séculaire*.  Elle  se  servait  tour  à  lour  de  ce  monarque 
besogneux  contre  le  pape,  quand  le  pape  prétendait  trop 

*  On  a  déjh  vu  des  prêts  de  ce  genre  en  1281  (chap.  précéd.  p.  2! 7).  — 
Le  5  mai  1285,  Rodolphe,  nonce  général  et  procurateur  de  rempire,  em- 
pruntait, au  nom  de  Rodolphe,  roi  des  Romains,  à  Jacopino,  fils  de  Vermi- 
glio  Alfani,  3i0()  fl.  d'or,  en  engageant  les  terres  et  possessions  de  Tempire 
dans  la  curie  de  San  Miniato  et  Fucecchio.  Il  reconnaissait  à  Tévéque  de 
Sun  Miniato  le  droit  de  prononcer  l'excommunication,  si  les  clauses  de  ce 
contrat  n'étaient  pas  ohserrées.  Pour  les  intérêts,  il  abandonnait  tous  les 
revenus  de  ces  terres  (Cartapecore  Strozziane-Ugucdoni).  Le  25  no- 
vembre 1280,  le  roi  des  Romains  concéd.'îit  encore  à  Jacopino  ce  même 
usufruit,  faute  sans  doute  de  pouvoir  payer,  (ibid.)  Le  28  novembre  1292, 
Adolphe  de  iNassau,  pour  la  même  raison,  confirmait  ce  privilège  déjà  ancien 
de  neuf  ans  (ibid,). 


%Q  CES  RAPPOKTS  EXPLIQUES  (An.  1284; 

à  être  souverain  temporel*;  du  pape  contre  Charles  d*An- 
jou,  quand  Charles  devenait  trop  exigeant  ou  trop  ambi- 
tieux; de  Charles  et  de  ses  cavaliei's  contre  les  magnats 
et  contre  les  villes  gibelines,  qu'à  tout  prix  il  fallait  ré- 
fréner. Le  parti  guelfe  n'a  établi  sa  prépondérance  qu^en 
prenant  en  main  la  cause  des  arts  ;  mais  il  l'a  si  bien  éta- 
blie, que  c'est  à  la  parle  et  non  à  la  commune  que  le 
prince  de  Salerne  s'adresse  pour  contraindre  Pise  à  sou- 
tenir de  ses  galères,  comme  elle  s'y  était  engagée,  l'ex- 
pédition de  Sicile*.  De  plus  en  plus  les  guelfes  se  con- 
fondent avec  leur  pairie  :  ils  en  assurent  la  grandeur  en 
même  temps  que  la  leur  propre,  quand  l'indépendance 
succombe  partout  ailleurs.  D'une  ville  de  cent  mille 
habitants  à  peine,  ils  allaient  faire  un  État  respecté  de 
l'Italie  et  de  l'Europe,  maître  par  conséquent  d'y  étendre 
son  rayon  d'activité,  d'y  écouler  ses  produits. 

On  ne  dira  jamais  assez  que  la  politique  florentine  est 
essentiellement    commerciale.   Si   Florence  est  guelfe, 

« 

c'est  parceque  les  guelfes  ne  sont  pas,  comme  les  gibelins, 
dédaigneux  du  travail,  c'est  parceque  les  guelfes  seuls 


*  Le  27  octobre  1282,  dans  les  conseils,  Rogcrinodes  Pilli  émet  l'avis  de 
rappeler  d'auprès  du  pape  les  ambassadeurs,  s'ils  ne  peuvent  obtenir  de  lui 
ce  qu'ils  sont  chargés  de  lui  demander.  Cet  avis  ne  prévaut  pas.  Baldovino 
Rainucci,  Neri  Bordeili,  Buondeluionte  des  Buondelmonti  conseillent  de  les 
laisser  encore  l'un  pendant  un  mois,  le  second  jusqu'en  janvier,  le  troi- 
sième jusqu'à  ce  qu'ils  aient  obtenu  une  réponse  quelconque.  Sur  l'avis  de 
Bandino  des  Falconieri,  on  prend  ce  moyen  terme  de  laisser  au  potestat, 
au  capitaine,  aux  quatorze  et  aux  prieurs  le  soin  de  décider  si  les  ambas- 
sadeurs doivent  revenir  ou  rester  [Consulte,  1. 1,  quad.  D,  p.  7). 

*  Libenter  vobis  incumbimus  a  vobis  babere  suffragia  qui  nescitis  a 
consuetis  recedere  et  absque  soilicitiidinis  interjeclione  consurgitis  ad  illa 
que  dicti  domini  patris  uostri  fastigia  noslrique  honoris  augmentum  respi- 
cmnt.  (Lettre  de  Charles,  prince  de  Salerne,  à  la  parte  guelfa,  conservée 
aux  archives  de  Naples  et  publiée  par  Amari,  La  guerta  del  vespro  iiciliano, 
t.  Il,  p.  327,  append.  n«  Ifi;  2"  éd.,  Paris,  1843.) 


(An.  1284)  PAR  LA  POLITIQUE  COMMERCIALE.  267 

peuvenl  être  les  changeurs,  les  banquiers  du  saint-siége 
el  faire  ainsi  passer  par  leurs  mains  tous  les  deniers  de 
la  chrétienté.  Si  elle  est  en  lutte  avec  les  antres  villes  de  la 
Toscane,  c'est  qu'elles  sont  aussi,  en  quelque  sorte,  des 
maisons  de  commerce,  gibelines  par  les  nécessités  de  la 
concurrence  et  l'antagonisme  des  inlérêls.  Nul  ne  con- 
naissait, au  moyen  âge,  les  lois  de  l'équilé,  de  ce  qu'on 
appelle  aujourd'hui  le  droit  international.  Rien  ne  sem- 
blait plus  légitime  que  de  fermer  tout  passage  à  un  voisin 
ou  de  lui  imposer  des  taxes  prohibitives,  intolérables.  De 
là  des  haines  croissantes,  des  querelles  sans  (in,  que  peut 
seule  vider  la  raison  du  plus  fort.  Tandis  que  Sienne, 
Vollerre  et  Pise  sont  invariablement  hostiles,  pourquoi 
Arezzooscille-t-elle  entre  Florence  et  Sienne?C*est  qu'elle 
en  est  à  égale  distance.  Pourquoi  finit-elle  par  se  pro- 
noncer contre  Florence?  C'est  qu'elle  ne  peut  empêcher 
Sienne  de  communiquer  avec  le  sud,  tandis  qu'au  pas- 
sage elle  écrase  de  droits  les  marchands  florentins  qui 
suivent  la  même  direction  et  qui  ne  peuvent  éviter  Sienne 
qu'en  traversant  Arezzo.  Les  mêmes  motifs  qui  déchaî- 
nent la  guerre  nouent  les  alliances.  Lucques  est  trop 
jalouse  de  Pise  pour  n'être  pas  alliée  des  Florentins. 
Gênes,   n'ayant  de  grands  intérêts  que  sur  mer,   n'a 
qu'inimitié  pour  la  ville  qui  lui  en  dispute  la  domination, 
et  qu'amitié  pour  un  peuple  perdu  au  loin  dans  les  ter- 
res, qui  contraint  Pise  à  diviser  son  attention  comme  ses 
forces,  pour  se  défendre  sur  le  continent.  Quand  Gênes 
rompra  avec  Florence,  ce  sera  un  signe  certain  que  Flo- 
rence commande  à  Pise  et  n'a  plus  qu'intérêt  à  la  défen- 
dre, à  la  relever.  Bologne  est  une  alliée  non  moins  fi- 
dèle? C'est  que  séparée  des  marchands  de  l'Arno  par  le 
massif  de  l'Apennin ,   animée  d'ambitions  semblables 


268  POLITIQUE  COMMERCIALE.  An.  1284» 

mais  parallèles,  guelfe  par  haine  des  villes  voisines  et 
peu  commerçante,  elle  devait  ouvrir  ses  portes  aux  mar- 
chandises florentines,  ne  les  point  écraser  sous  le  poids 
(le  ses  taxes  et  de  ses  tarifs. 

Ainsi  Florence  cherchait  des  chemins  vers  le  nord  par 
Bologne  et  par  Lucques,  vers  la  mer  par  Pise,  vers  Rome 
et  le  sud  par  TOmbrie,  par  Sienne  ou  Arezzo*.  Alors 
même  qu'on  lui  opposait  des  refus,  qu'on  marchait  en 
armes  contre  elle,  il  lui  restait  toujours  l'espoir  d'une 
révolution  dans  ces  villes  gibelines  oii  elle  entretenait 
des  inlelligences  avec  les  guelfes,  où  les  guelfes,  après 
comme  avant  la  victoire,  devaient  acheter  son  appui. 

La  guerre,  à  vrai  dire,  malgré  toutes  ses  cruautés,  n'in- 
terrompait pas  beaucou[>  plus  les  relations  privées  que  les 
alliances  n'empêchaient  les  querelles  de  péage  et  les 
plaintes  des  marchands  \  Il  en  était  d'une  ville  à  l'autre 
comme  jadis  d'un  parti  à  l'autre  dans  Florence,  quand  on 
y  buvait  ensemble  le  soir,  après  s'èlre,  dans  un  pério- 
dique accès  de  fureur,  entr'égorgés  le  matin.  On  admet- 
tait au  droit  de  cité  des  citoyens  d'une  ville  ennemie*. 
On  trafiquait  avec  eux  comme  avec  des  amis*.  Pour  le 


^  Nous  sommes  heureux  de  nous  rencontrer  dans  ces  vues  avec  M.  P. 
Yillari,  un  des  meilleurs  juges  de  ces  questions.  Voy.  des  articles  de  lui 
dans  la  Nuova  ^n/o/o^ia,  juillet  1809,  t.  XI»  p.  445-446,  et  dans  le  Poli" 
tecnico /juiWei  1867,  p.  6-8. 

*  Le  4  janvier  1 284,  on  délibérait  sur  Tenvoi  d'ambassadeurs  h  Lucques, 
pour  se  plaindre  des  péages  exorbitants  qui  y  étaient  exigés  des  Florentins 
et  de  leurs  marchandises,  contrairement  aux  conventions  entre  Lucques, 
Gènes  et  Florence  (Provvitioni,  t.  I,  n"  1,  p.  10). 

'  Le  25  mars  1272,  Donato,  Lapo  et  Goro,  «  maestri  d'intaglio,  •  ûls  de 
feu  Ciuccio  de  Cinto,  Florentins,  recevaient  à  Sienne  le  droit  de  cité  (Cons. 
délia  Campana,  XV,  56  v*). 

^  Le  25  avril  1279,  Kosso  Bazzaccarino,  de  Pise,  patron  d*un  navire 
appelé  San  Pietro,  en  partance  de  Palerme  •  ad  portum  Termarum,  • 
nolise  ce  navire  à  Nasico  Nassi,  marchand  de  Florence,  pour  transporter  à 


(AN.  1284)       RÉFORME  DES  LNSTITUTIONS  A  SIENNE.  269 

momenl,  régnait  entre  les  communes  de  la  Toscane  un 
accord  depuis  longtemps  inconnu.  Ensemble  elles  fai- 
saient la  tagiia  \  tour  à  tour  elles  marchaient  au  secours 
de  rÉglise  en  RomagneV  Florence  inspirant  celle  sorte 
de  respect  que  la  faiblesse  ne  refuse  pas  à  la  force,  on 
était,  de  toutes  parts,  plus  disposé  à  Timiter  qu'à  la 
combattre:  ses  mouvements,  ses  transformations  politi- 
ques en  déterminaient  d'analogues,  qui  donnaient  aux 
institutions  florentines  plus  de  stabilité. 

Sienne,  on  Ta  vu,  s'était  déjà  donnée  aux  guelfes*. 
En  1285,  elle  chassait  ses  principaux  gibelins,  et,  avec 
l'aide  de  Florence*,  les  battait  sur  son  propre  territoire, 
où  les  avait  ramenés  la  mort  encourageante  de  Charles 
d'Anjou*.  Puis,  à  l'imitation  de  sa  voisine,  elle  concen- 
trait le  pouvoir  dans  un  moins  grand  nombre  de  mains. 
Il  n'y  eut  plus  que  «  neuf  gouverneurs  et  défenseurs  de 
la  communauté  et  du  peuple  de  Sienne,   »  tous  pris, 


Porlo  Pisano  et  à  Pise,  entre  les  deux  ponts,  2i*0  charges  de  froment,  au 
prix  de  2  lareni  1/2  de  bon  et  pur  or  pour  chaque  charge  (Arch.  de  Pise, 
Pergamene,  atti  pubblici,  acquisto  Cappelli). 

*  Le  3  octobre  1282,  les  Florentins  nommaient  deux  syndics  pour  faire 
avec  les  autres  villes  «  lalliam  militum  •  pour  un  temps  qu'ils  détermine- 
ront, mais  qui  devra  être  moindre  d'un  an  (Coruulte,  t.  1,  quad.  D,  p.  3-4). 

*  On  a  vu  plus  haut  (même  livre,  ch.  I,  p.  218-219)  ce  que  faisaient  à 
cet  égard  les  Florentins  en  mai  1281.  Le  i*'  octobre  1282,  les  Siennois 
envoyaient,  k  la  demande  du  pape,  50  cavaliers  dans  les  mêmes  contrées 
(Consiglio  délia  Campana,  XXYI,  14  v*). 

^  Voy.  chap.  précédent,  p.  212. 

*  Andréa  Dei,  R.  I.  S.,  t.  XY,  37-39,  Malavolti,  part.  Il,  1.  lU,  f»  50  V. 
Divers  documents  nous  montrent  les  délibérations  des  Florentins  pour 
envoyer  des  secours  aux  Siennois,  400  pedoni  à  Sienne  et  50  cavaliers 
dans  le  val  d*Arno  pour  vingt  jours  (5,  13,  14,  21  novembre  1285,  CoH" 
suliCy  t.  I,  p.  139  V*,  142  V*,  144-147).  Mais  que  Sienne  guelfe  ait  un 
différend  avec  Colle,  les  Florentins  des  conseils  se  prononcent  unanimement 
contre  Sienne  pour  Colle,  contre  leur  ancienne  ennemie  pour  leur  plus 
iidèle  alliée  (21  février  1285.  Ibid.y  t.  1,  quad.  E,  p.  70-72). 

*  0  janvier  1285. 


270  RÉFORME  DES  INSTITUTIONS  (An.  1284) 

comme  à  Florence,  parmi  les  gens  de  la  classe  moyenne 
et  parmi  les  marchandsV  Institués  pour  deux  mois,  ils 
vivaient  ensemble,  aux  frais  de  la  République,  dans  le 
palais  qu'on  leur  avait  affecté.  Mais  entourés  d'une  po- 
pulation foncièrement  gibeline,  ils  en  étaient  réduits  à 
lui  disputer  les  séditieux,  et,  pour  couper  court  aux  récla- 
mations comme  aux  révoltes,  à  faire  tomber  leur  tête 
sur  le  billot V  Moins  menacés,  les  guelfes  florentins 
pouvaient  commander  l'obéissance  par  des  moyens  plus 
doux. 

Vers  le  même  temps,  Arezzo,  ville  féodale  de  seigneurs 
puissants  dans  la  campagne,  cédait  aussi  à  la  contagion 
de  l'exemple  et  se  donnait  un  gouvernement  populaire^. 
«  Une  longue  expérience,  écrit  Âmmirato,  lui  avait 
appris  que  la  liberté  est  mieux  défendue  par  le  peuple 
que  par  les  nobles\  »  La  charge  de  prieur  du  peuple. 


'  De  numéro  dominorurn  novem  vel  ipsius  ofticii  offitialis  esse  non  possit 
aliquis  de  aliquo  casato  ci  vital  is  senensis,  nec  aliquis  nobilis  de  civitate  vcl 
junsJiciione  senensi.  Doraini  novem  qui  sunl  et  esse  debent  defensorcs 
communis  et  populi  civitatis  senensis  et  districtus  ac  jurisdictionis  cjus- 
dom  sinl,  et  esse  debeant  de  merculoribus  et  de  numéro  mercatorum 
civitatis  praîdictac  vel  de  média  gento.  (Doc.  ap.  Malavolti,  part.  Il,  I.  Ilf, 
P  50.)  —  La  plupart  des  auteurs,  et  Sismondi  (III,  37)  d'après  eux,  met- 
tent cette  révolution  en  Tannée  1283.  Mais  Malavolli  montre  très-bien  que 
le  gouvernement  dos  quinze  fonctionnait  encore  dans  les  premiers  mois 
de  12S5.  Celui  des  neuf  est  tout  au  plus  de  la  fin  de  cette  année,  et  peut- 
être  du  commencement  de  1286,  si  Ton  considère  que  la  lutte  durait  encore 
en  novembre  1285.  Yoy.  la  note  4,  à  la  page  précédente.  Dans  le  docu- 
ment des  Comulte  du  21  novembre,  il  est  dit  que  la  lutte  entre  les  Sien- 
nois  et  leurs  exilés  est  considérée  comme  prochaine.  Or  c'est  après  la  lutte 
que  le  gouvernement  fut  réforme. 
«  Andréa  Dci,  R.  1.  S.,  t.  XV,  39. 

'  Essendo  nella  citlk  d'Ârezzo  creato  certo  popolo.  (Vilbni,  YIl,  114.) 
^  Ëssendosi  accorti  per  lunga  isperienza  cbe  la  libertà  è  meglio  difcsa 
dal  popolo  che  da'  nobili.  (Âmmirato,  1287, 1.  111,  t.  I,  p.  169.)  Ammirato 
parle  de  ces  faits  rétrospectivement,  à  la  date  de  1287  ;  Villani  de  même 
(Vn,  114). 


(An.  1284)  A  AREZZO  ET  A  PISTOIA.  271 

créée  par  les  guelfCvS  devenus  maîtres,  était  conférée  a 
un  Lucquois,  très-ennemi  de  la  noblesse*,  tandis  qu'ils 
appelaient  un  de  ses  compatriotes  à  la  dignité  de  potestat', 
pensant,  non  sans  raison,  que  ces  deux  citoyens  d'une  ville 
guelfe  seraient  aisément  d'accord  sur  le  gouvernement. 
En  effet,  le  potestat  pliait  les  grands  à  la  rigueur  des 
lois,  et  le  prieur,  avec  le  peuple  en  armes,  s'emparant 
de  leurs  châteaux,  les  rasait  au  niveau  du  soP.  Sans 
avoir  recours  aux  violences,  la  violente  Pistoia  parvenait, 
de  son  côté,  à  instituer  huit  prieurs,  deux  par  porte  ou 
quartier,  des  gonfaloniers,  des  conseillers,  des  compa- 
gnies toujours  prêtes  à  réprimer  la  sédition*. 

C'est  à  Pise  seulement  que  l'exemple  des  Florentins 
restait  sans  influence,  soit  qu'enivrée  de  sa  grandeur,  Pise 
dédaignât  de  les  suivre,  soit  qu'elle  en  fût  détournée  par 
des  soins  plus  pressants.  Elle  traversait  la  plus  grave 
crise  de  son  existence.  Montée  sur  le  faîte,  il  ne  lui 
restait  plus  qu'à  descendre.  Parmi  ses  citoyens  elle 
comptait  des  personnages  qui  tenaient  dans  ses  murs  un 
somptueux  état  de  maison  et  même  une  «  grande 
cour*,  »  qui  exerçaient  au  dehors  les  droits  de  la  souve- 


'  Guelfo  Fulconi,  de  Loinbrici,  bourgade  voisine  de  Camaiore,  au  pays 
de  Lucqucs.  «  iNobiliiati  maxime  infestum.  »  (Léon.  Bruni  Aretino,  III,  58.) 

*  Bernardo  Lanfredi.  Voy.  Del  Lungo,  notes  à  son  édition  de  )a  chronique 
attribuée  à  Dino  Compagnie  I*  I,  p   20,  note  4. 

^  Is  armata  multitudine  caslelln  r|usednm  Aretinorum  pcr  nobilitalem 
prius  occupata  repetere  :  mox  quia  dicto  non  parebatur,  obsidere  cœpil. 
Nonnulla  vero  ex  bis  pertinacius  resistenlia  lan<iem  vi  capta  expognatacpic 
ad  solum  aïquavit.  (Léon.  Bruni*  III,  58.) 

*  Statuts  de  Pistoia,  p.  49,  cités  par  Sozomène,  Pistoriensis  hiitotiOj 
\\.  I.  S.,  Suppl.  I,  194.  —  M.  Hillebrand  (p.  57)  renvoie  pour  ces  laits  aux 
Annale»  Pistorienses^  titre  donné  par  Muratori  aux  Ittorie  pistolesi,  chro- 
nique rédigée  en  italien,  et  inserre  au  t.  \1  des  R.  I.  S.  Or  cette  chronique 
ne  contient  rien  sur  ce  dont  il  s'agit  ici. 

'^  E  ciascuuo  per  se  tenea  gran  corte,  (Villani,  VU,  83.) 


27!2  PUISSANCE  DE  P18Ë.  (An.  1284) 

raineté,  par  exemple  les  juges  d'Arborea  el  de  Gallura 
en  Sardaigne.  Ses  trafiquants  avaient  d'ini portantes 
factoreries,  contractaient  de  riches  alliances  à  Saint-Jean 
d'Acre  et  à  Constanlinople*.  Elle  dominait  sur  les  gran- 
des îli's  de  la  Méditerranée,  les  disputait  à  Gênes,  ou  s'y 
enrichissait,  comme  en  Sicile,  par  d'incessants  trans- 
ports. Elle  équipait  d'un  coup  des  flottes  de  soixante  ou 
soixante-dix  galères.  Habile  dans  la  gestion  de  ses  finan- 
ces, ménagère  de  ses  ressources,  elle  n'en  manquait 
jamais  pour  remédier  aux  maux  de  la  guerre*.  Pleine 
de  franchise  dans  ses  actes,  comme  de  confiance  dans  sa 
force,  elle  accueillait  dans  son  sein  un  notaire  et  quatre 
«  observateurs  »  de  Gènes',  dont  la  mission  avouée  était 
de  noter  et  de  signaler  à  leur  patrie  tous  les  préparatifs 
belliqueux*.  C'est  le  même  sentiment  qui,  à  Florence, 
mettait  en  branle  la  Martinella,  un  mois  de  suite,  quand 
il  était  possible,  avant  l'ouverture  des  hostilités. 

Mais  l'heure  avait  sonné  où  l'exaspération  des  haines, 
l'approche  de  la  crise  décisive,  la  crainte  d'y  succomber, 
devaient  inspirer  des  mesures  de  défiance.  Les  Pisans 
prirent  l'initiative  d'abandonner  celte  chevaleresque 
coutume,  quoiqu'elle  fût  réciproque,  et  de  chasser  les 
observateurs*.  Ils  commirent  la  faute  plus  grave  d'avoir 


^  Nelia  città  d'Acri  erano  molto  grandi,  e  grandi  parentadi  aveano  con 
grandi  borghesi  d'Acri.  (Villani,  VU,  85.) 

«  Voy.  Sismondi.  lU,  9-12. 

'  Marangoni  (R.  1.  S.,  Suppl,  I,  558)  les  appelle  des  espions,  mais  vrai- 
ment ce  nom  n'est  pas  mérité. 

*  Per  ea  tenipoi*a  ulerque  populus....  raro  ac  nunquam  audito  exemplo 
scribam  aller  ab  allero  cum  quatuor  speculatoribus  publiée  missum  muluo 
in  suam  urbem  recipiebat,  qui  certa  et  explorata  de  consiliis  et  conatibus 
hostilibus  ad  suos  perscnberel.  (Ubertus  Fuliela,  Genuensium  Historia,  h  V, 
ap.  Graevius,  Theê.  antiq.  el  hisL  liai.,  t.  1,  part.  1,  col.  584.) 

*  Foliela  (loc,  cil,)  les  en  aocuse,  ainsi  qu*un  autre  chroniqueur  génois 


(AN.  1284)       BATAILLE  DE  LA  MELORIA.  275 

deux  ennemis  à  la  fois.  Ils  ne  surent  pas  désintéresser 
Florence  de  la  lutte,  en  offrant  leur  port  à  son  com- 
merce, en  modérant  les  péages  pour  qu'ils  fussent  pro- 
ductifs. Ils  ne  comprirent  pas  que  leur  ville,  s'ils  la 
réduisaient  à  n'être  qu'un  lieu  de  dépôt,  d'embarque- 
ment et  de  débarquement,  ne  donnerait  plus  d'ombrage 
aux  villes  de  l'intérieur  et  pourrait  compter  sur  leur 
concours,  ou  tout  au  moins  sur  leur  neutralité.  Des 
esprits  avisés  conseillaient  cette  politique,  qui  eût  pré- 
servé Pise  d'une  forte  diversion  sur  ses  derrières  en 
faveur  de  Gènes.  On  ne  suivit  point  leur  sage  conseil, 
parce  qu'il  émanait  des  guelfes,  suspects  autant  que  des 
ennemis,  et  trop  peu  nombreux  pour  l'imposer  *  ;  mais 
après  un  désastre  maritime,  il  fallut  bien  compter  avec 
eux. 

Le  6  août  1284,  dans  les  eaux  de  la  petite  île  de 
Meloria,  en  face  du  littoral  toscan,  la  flotte  de  Gênes 
avait  battu  celle  de  Pise,  grâce  au  stratagème,  renouvelé 
de  Charles  d'Anjou,  de  dissimuler  des  réserves  derrière 
des  rochers.  Jamais,  au  moyen  âge,  les  Italiens  n'ont 
livré  sur  mer  une  bataille  si  considérable.  Sur  les  quatre- 
vingts  navires  que  les  Pisans  avaient  mis  en  ligne,  sept 
étaient  détruits,  vingt-huit  capturés*.  Onze  mille  prison- 
niers, conduits  à  Gênes,  devaient  y  demeurer  longtemps 
et,  pour  la  plupart,  y  mourir.  L'on  disait  communé- 
ment que  pour  voir  Pise,  c'est  à  Gênes  qu'il  fallait  aller*. 


(Ann.gen.  I.  X,  R.  L  S.,  t.  VI,  580),  etMarangoni,  quoique  Pisan,  confirme 
leur  témoignage,  par  Tordre  dans  lequel  il  présente  les  faits  (loc.  cU,). 

*  Qui  quidem  erat  de  parte  Guelfonim  (il  s'agit  d'Ugolino),  quamvis  de 
eis  paucissimi  tune  temporis  in  civitate  pisana  repcrirentur  (Ann.  gen,,  1. 
X,  R.I.  S.,t.  VI,  588). 

«  ViUani  (Vn,  Ul)  dit  40. 

'  Chi  Tuol  veder  Pisa  vada  a  Genova.  —  Yoy.  pour  la  baLniUe,  Uh.  Folieta, 

HIST.    DE   FLORENCE.   —   II.  18 


274  DÉFAITE  NAVALE  DES  PISANS.  (A5.  i284) 

Une  polilique  sensée,  cependant,  pouvait  encore  sauver 
les  vaincus.  Mais  ils  étaient  en  proie  à  cet  esprit  d'impru- 
dence et  d'erreur  qui  perd  les  peuples  non  moins  que  les 
rois.  Rebelles  aux  conseils  de  la  raison,  ils  n'écoutaient 
pas  même  ceux  de  la  superstition,  qui  quelquefois,  de  leur 
temps,  en  tenaient  lieu.  Au  moment  où,  sur  le  vieux  pont 
de  la  ville,  rarchevêque,  entouré  de  son  clergé,  donnait 
sa  bénédiction  à  la  flotte,  ils  avaient  vu  tomber  la  boule 
et  la  croix  qui  surmontaient  Tétendard  de  la  commune  ; 
leur  désastre  avait  eu  lieu  dans  les  eaux  mêmes  où  leurs 
galères  capturaient  jadis  et  noyaient  en  partie  les  prélats 
de  la  sainte  Ëglise^  :  nonobstant,  ils  s'étaient  raidis,  ils 
se  raidissaient  encore  contre  ces  avertissements  du  ciel. 
Tandis  que  les  Génois  triomphaient  avec  modestie,  se 
bornant  à  dire  des  messes  pour  les  morts,  à  faire  des  pro- 
cessions, à  rendre  des  actions  de  grâces  au  Dieu  des 
armées*,  les  Pisans  aggravaient  leur  malheur  par  la 
discorde  :  ils  accusaient  la  trahison,  ils  se  reprochaient 
d'avoir  permis  à  leurs  guelfes  de  combattre  parmi  eux. 
Ils  disaient  que  le  comte  Ugolino  avait  donne  le  signal 
de  la  fuite  pour  affaiblir  sa  patrie  et  la  réduire  plus  aisé- 
ment en  servitude.  Ils  affectaient  de  voir  en  lui  le  capi- 


1.  V  (Graîvius,  t.  1,  p.  590-595).  —  Ann.  yen.,  1.  X  (R.  I.  S.,  t.  VI,  587). 
Marangoni,  R.  I.  S.,  Suppl.,  I,  564-569.  —  Guidonu  de  Corvaria,  R.  I.  S., 
t.  XXIV,  692.  —  Anonimo  Pisano,  R.  I.  S.,  t.  XXIV,  648.  —  Cronica  di 
Pisa,  R.  I.  S.,  t.  XV,  979.  —  Pipini  Chronicon,  1.  IV,  c.  31  (R.  I.  S., 
l.  IX,  751).  —  Paolino,  R.  I.  S.,  Suppl.,  II,  59. 

'  Id  quel  luogo  che...  aveano  prcvi  e  parle  annegati  i  prclati  délia  chîesa 
santa,  furono  annegati  c  presi  i  Pisani,  a  causa  che  nel  medesimo  luogo 
faccssino  la  penitenza  dove  avevano  fatlo  il  peccato  (Harangoni,  R.  1.  S.^ 
Suppl.,  I,  568).  Il  s^agit  dos  prélats  qui  se  rendaient  au  concile  k  Rome, 
et  dont  une  partie  furent  conduits  à  Naplcs,  auprès  de  Frédéric  H.  Yoj. 
plus  haut,  1. 1,  p.  504.  Cf.  Villani  (VU,  91)  qui  dit  les  mêmes  choses. 

^  Villani,  Vlî.  91. 


(A>.  1284)     CONSÉQUENCES  DE  U  DÉFAITE.  275 

laine  de  rarméc  *,  quoique  le  commandement  appartînt 
au  polestat  Morosini,  homme  de  mer  renommé.  Ugolino 
n'avait  voulu  qu'arracher  au  vainqueur  quelques  galères 
cl  leurs  équipages*  :  il  portait  la  peine  d'avoir,  le  pre- 
mier, annoncé  la  catastrophe'.  En  haine  de  lui  et  de  ses 
guelfes,  Pise  devint,  à  la  maie  heure,  plus  gibeline  que 
jamais.  Elle  fournit  à  ses  ennemis  de  terre  ferme  les 
armes  qu'elle  aurait  dû  leur  retirer.  De  là  vint,  plus 
encore  que  de  sa  défaite,  son  irrémédiable  décadence. 
«  Désormais,  dit  Villani,-elle  ne  devait  plus  recouvrer 
son  ancien  étal,  sa  seigneurie,  ses  possessions  \  » 

Àverlis  par  un  déluge  de  malédictions  et  de  menaces, 
les  guelfes  toscans  se  mirent  sur  leurs  gardes.  Des  réu- 
nions préparatoires  de  leurs  syndics  eurent  lieu  à  Ra- 
pallo,  pour  resserrer  les  liens  un  peu  détendus  de  leur 
ligue'.  Un  congrès  fut  tenu  dans  l'antique  Badia  : 
Brunetto  Lalini  et  Manetlo  de  Benincasa  y  représentaient 
Florence*.  Le  13  octobre  1284,  les  principales  villes  de 

'  Ëssendone  capitaDO  il  conte  Ugolino  dclle  genti  od  armala  pisana. 
(Marangoni,  loc,  cit,)  Harangoni  n'a  d'autre  autorité,  pour  accuser  Ugolino 
de  trahison,  que  celle  de  Dante,  toujours  douteuse  quand  il  s'agit  d*ua 
guelfe.  Dante,  d'ailleurs,  est  loin  d'être  affirmatif  : 

Chc  s'  cl  conte  Ugolino  aveva  voce 
D'aTcr  tradita  te  dellc  castelln. 

{Inf.  XXXUI,  85.) 

<  C'est  ce  qu'a  très-bien  tu  un  moderne  historien  de  la  ïoscano,  Pignotti» 
1.  m,  c.  6,  t.  III,  p.  158. 

3  Grassi,  Descrizione  di  Pi$a,  parte  storica,  pt  134.  Pise,  1836^ 

*  Villani,  VII,  91. 

5  Bouaïni,  loc,  cit.  t.  IV,  p.  15. 

s  Les  chroniqueurs  disent  k  tort  que  la  ligue  fut  conclue  en  septembre. 
La  date  est  aux  Capitoli,  XXX,  f»  34  r».  —  Fauriel  (Hi$l.  LiU.  de  la  Fr., 
XX,  285),  dit,  d'après  les  Notizie  storiche  premesM  al  Pataffio  (Na- 
ples,  1788),  que  Brunetto  Lalini  eut  la  présidence  et  la  direction  du 
congrès.  La  direction  morale  peut-être;  là  présidence  certainement  non^ 


,_  •  •■' 


27tî  UGliE  CUNTKE  PISE.  (A>.  1284) 

Toscane,  sans  en  excepter  celles  qui  jadis  étaient  gibe- 
lines, adhérèrent  à  la  ligue  guelfe  pour  vingt-cinq 
années ^  La  porte  resta  ouverte  aux  hésitants  et  aux 
retardataires,  même  aux  prisonniers  pisans,  s'ils  se  fai- 
saient citoyens  génois*.  Dans  le  délai  de  quinze  jours  les 
Toscans  s'engageaient  à  attaquer  Pise  par  terre,  tandis 
que  Gcnes  Tallaquerait  par  mer,  à  ne  lui  accorder  la 
paix  sous  aucune  condition,  à  raser  ses  murailles  et  ses 
forteresses,  à  disperser  ses  habitants  dans  des  bourgades'. 
A  cette  funeste  nouvelle,  Pise  courba  la  lêle  en  fré- 
missant. Six  jours  après  la  conclusion  du  traité  fatal,  le 
18  octobre  1284,  elle  appelait  aux  fonctions  de  poteslat 
le  comte  Ugolino*.  Que  ce  magnat  fût  vindicatif  et  ambi- 
tieux, qu'il  voulût  être  seigneur,  on  peut  le  croire  ;  mais 

puisqu'il  avait  un  collègue  au  même  titre  que  lui,  puisque  surtout  le  po- 
testât  était  présent.  Rentré  à  Florence  en  1266  ou  1267,  il  y  mourut 
en  1294  (Fraticelli,  Stor,  délia  vita  di  Dante,  p.  96),  après  avoir  été  prieur 
au  moins  une  fois,  en  1287  (Priorisia  fiorenlinOy  ms.  de  la  Bibl.  nat., 
n*  9971). 

'  Âmroirato  (1284,  1.  HI,  t.  l,  p.  16i)  donne  ce  chiffre.  Les  Ànn.  gen. 
(l.  X,  R.  1.  S.,  t.  VI,  588)  disent  trente  ans. 

'  Prato  adhéra  à  la  ligue  le  14  octobre,  Pistoia  le  15,  Sienne  le  18,  San- 
Miniato,  Poggihonzi,  San-Gemignano  le  20.  (Capitoli,  XXX,  f*  88  v*.  — 
Documents  ap.  Monumenla  historiœ  patriœ  adjussa  régis  Caroli  Alberii, 
t.  11,  p.  68-76.  Liber  jurium  Reip.  Gen.)  —  Cf.  Villani  (Vil,  98)  et  Stefani 
(III,  162)  qui  ajoutent  Lucques,  Colle,  Volterrc. 

'  Le  traité,  pris  dans  les  Capitoli,  XXX,  f»  84,  a  clé  publié  par  Dal 
Borgo,  Diplomi  pisaniy  p.  4-12,  et  dan.«;  Mon.  hist.  patriœ,  t.  II, 
p.  60-68,  1. 1.  p.  1560-1568.  Cf.  Villani,  VII,  97. 

*  Die  mercurii  suprascripla  comes  Ugolinus  jiiravit  ofBcium  potestarix 
communis  Pisarum,  et  ofGcium  cœpit  exercere  (Guido  de  Corvaria,  R.  1. 
s.,  t.  XXIV,  695).  Cet  auteur  fixe  très- précisément  la  date  par  les  mots  sui- 
vants, qui  se  trouvent  à  la  page  692  :  «  Sub  nnnis  aNativitate  Domini  1284 
et  die  marlis  17  octubris.  »  —  Une  autre  chronique  pisane  n  est  pas  d'ac- 
cord avec  la  précédente  pour  la  date  :  •  Messcre  Igolino,  conte  di  Dono- 
ratico,  podeslà  anno  uno  1285,  e  cominciô  lo  suo  officio  lo  di  de  la  festa  di 
S.  Luca  (Fragm.  hist.  Pis.  R.  I.  S.,  t.  XXIV,  648).  »  Mais  comme  la  fête  de 
Saint-Luc  tombe  bien  le  18  octobre,  Tun  des  deux  auteurs  se  trompe  d'un 
an.  La  concordance  des  faits  nous  semble  donner  raison  au  premier. 


(An.  1284)  CONSEILS  D'UGOLINO  AUX  PISANS.  277 

son  intérêt  privé  se  confondait  alors  avec  l'intérêt  public. 
fiCs  chroniqueurs  qui  peignent  sous  les  couleurs  les  plus 
noires  ce  chef  altier  des  Gherardeschi,  confessent  qu'il 
lilait  «  très-sagace,  »  précieux  mérite  aux  heures  d'an- 
goisse où  la  mort,  où  la  captivité  avaient  privé  Pise  de  ses 
«  meilleures  têtes*.  »  Résolu  à  dire  son  sentiment,  dût-il 
froisser  celui  de  la  ville  entière,  Ugolino  réunit  dans  la 
cathédrale  l'assemblée  du  peuple.  Il  y  montra  sans  peine 
qu'il  fallait  diviser  pour  vivre,  s'allier  aux  Toscans  ou  se 
soumettre  aux  Génois.  Or  se  soumette  au  vainqueur  de 
la  veille,  à  l'ennemi  héréditaire,  c'était  la  pire  des  humi- 
liations. S'allier  à  des  cités  voisines,  dont  plusieurs 
naguère  encore  étaient  amies,  c'était  prendre  parmi  elles 
la  première  place,  ou  du  moins  une  place  à  part,  celle 
qui  appartenait  au  port  de  la  Toscane.  Florence  avait- 
elle  jamais  prétendu  à  rivaliser  sur  mer  avec  Pise,  à  lui 
disputer  les  îles,  ou  même  son  territoire  de  terre  ferme? 
N'avait-elle  pas,  au  contraire,  rendu  aux  Pisans  un 
signalé  service,  lors  de  leur  guerre  contre  les  Sarrasins 
des  Baléares*?  Quant  à  lui,  il  avait  refusé  d'entrer  dans 
la  ligue,  qu'on  lui  ouvrait  ainsi  qu'à  ses  fils  et  à  son 
petit-fils,  le  juge  de  Gallura'  ;  mais  si  de  pleins  pouvoirs 
lui  élaient  donnés,  il  conclurait  avec  Florence  un  traité, 

*  Uuomo  sagacissimo....  dellc  migliori  teste  (Tronci,  1286,  p.  248).  l\ 
est  superflu  de  faire  remarquer  qu'il  n'y  a  pas  lieu  de  tenir  compte  de  la 
chronologie  de  Tronci. 

*  En  1 115.  —  C'était  un  service  trop  ancien  pour  peser  beaucoup  dans 
la  balance.  Voy.  plus  haut,  1.  1,  ch.  111,  t.  I,  p.  124. 

'  In  qua  confederatione  requisitus  cornes  Ugolinus  noluit  consentire. 
Sluduit  tamcn  parti  Thuscis  placere,  ut  ex  effectu  probatur  pro  pactisser- 
vandis.  (Ptolemœi  Lucensis  Brèves  Annales,  1285,  R.  1.  S.,  t.  XI,  1295.) 
Ugolino  était  tuteur  et  curateur  de  Nino  (abréviation  d'Ugolino),  chef  de  la 
famille  des  Yisconti  et  Gis  de  sa  fille.  Voy.  Yillani,  VU,  120,  et  Arch,  stor. 
nuova  série,  t.  YI,  part.  I,  p.  5. 


278  POLITIQUE  DE  PISE.  (A^.  1281) 

en  lui  reconnaissant  la  possession  des  châteaux  que  déjà 
elle  détenait'.  Les  autres  alliés  céderaient  àTimpulsion 
du  principal  d'entre  eux,  ou,  s'ils  y  résistaient,  ils  ne 
seraient  plus  à  redouter. 

C'était  le  langage  de  la  raison  môme.  Pour  le  tenir, 
Ugolino  refoulait  au  fond  de  son  cœur  les  ressentiments 
de  sa  race,  et  on  lui  en  fit  un  crime.  On  ne  vit  pas,  on 
ne  voulut  pas  voir  qu'il  s'agissait,  non  d'expulser  les 
gibelins,  mais  de  tirer  Pise  d'un  isolement  funeste,  en 
la  gouvernant  au  gré  de  la  faction  dominante.  On  eût 
approuvé  le  comte  Ugolino  de  donner  les  mains  à  l'é- 
tranger contre  sa  patrie  ;  on  le  bliimait  de  les  tendre  à 
des  guelfes,  Toscans  comme  lui.  A  ses  paroles  clairvoyan- 
tes répondit  la  passion  aveugle,  par  la  voix  d'un  vieux 
jurisconsulte,  Giovanni  Faseolo,  qui  se  répandit  en  lieux 
communs  sur  l'audace  d'ajouter  à  tant  de  maux  la  guerre 
civile.  Forcé  d'aboutir  à  des  conclusions  précises,  ce 
vieillard  déclara  que  le  nerf  de  la  puissance  pisane  étant 
au  pouvoir  des  Génois,  c'était  avec  les  Génois  qu'il  fallait 
négocier,  pour  en  obtenir  la  délivrance  des  onze  mille 
captifs*. 

Ce  misérable  avis  devait  prévaloir.  Plutôt  que  de  s'al- 
lier à  des  guelfes,  les  gibelins  pisans  s'humilièrent  de- 
vant le  vainqueur.  Deux  frcres-prêclieurs  lui  furent 
envoyés  en  ambassade  :  ils  demandaient  la  paix,  ils 
offraient   une  enliorc  soumission  à  ses  volontés*.   Le 

*  Quei  castelli  già  occupali  dai  Fiorenlini  (Tronci,  p.  240).  Selon  cet 
auteur,  Tunique  but  cTUgolino,  en  faisant  cctlc  proposition,  était  de  «  poter 
godere  del  resto  dello  stalo,  senza  contradizionc  alcuna  (Ibid.).  »Sismondi 
(H,  492)  s^associe  à  ce  reproche. 

■  Grassi,  Descrizione  (H  PUa,  parte  storica,  p.  157. 

'  Miserunt  in  Januam  duos  fralres  praedicatores,  assercntes  se  facturos  in 
totum  quod  communi  Januae p^aceret  (Ann.  gen,,L  X,  R.  I.  S.,  t.  VI,  588). 


'•   •    fc 


(An.  1284)  CAMPAGNE  CONTRE  PFSE.  279 

dégoût  prit  les  Génois  et  l'indignation  leurs  prisonniers. 
Ceux-ci  obtinrent  que  des  commissaires  iraient  en  leur 
nom  déclarer  à  Pise  qu'ils  n'acceptaient  pas  la  liberté  à 
un  tel  prix,  et  que  si  elle  leur  était  rendue,  ils  seraient, 
quoique  gibelins,  d'implacables  ennemis  pour  les  au- 
teurs d'un  si  lâche  traité.  Ceux-là  ne  firent  d'autre 
réponse  que  d'envoyer  quatre  ambassadeurs  en  Toscane 
cl  d'adhérer  définitivement  à  la  ligue*.  Seize  ans  encore 
ils  détinrent  les  captifs,  afin  que  leurs  femmes  ne  pou- 
vant se  remarier,  la  population  de  Pise  ne  se  renouvelât 
point.  Quand  cette  cruelle  guerre  prit  fin,  les  blessures, 
Tàge,  la  maladie  avaient  emporté  dix  mille  de  ces  infor- 
tunés mais  généreux  citoyens*. 

Le  10  novembre  1284,  moins  d'un  mois  après  la  re- 
constitution de  la  ligue,  Florence  donna  le  signal  des  hos- 
tilités. Les  Florentins  qui  se  trouvaient  à  Pise  reçurent 
l'ordre  d'en  sortir,  et  de  se  mettre  5  l'abri  de  toutes  ven- 
geances ou  représailles  possibles.  Bientôt  par  la  route  de 
Volterre,  Nello  délia  Pietra',  avec  six  cents  chevaux  à  la 
solde  de  Florence,  s'avançait  dans  le  val  d'Eisa*.  Rejoint 
par  divers  contigentsde  la  taglia^  il  y  faisait  une  campa- 
gne, il  y  prenait  aux  Pisans  leurs  forteresses,  tandis  que 
les  Lucquois  dans  le  val  de  Serchio  et  les  Génois  sur  le 
littoral  concouraient  de  leur  mieux  à  la  ruine  de  l'en- 
nemi commun.  Monte-Cuccari  faisait  sa  soumission, 
Porto-Pisano  succombait*.  L'évéque  de  Volterre  livrait 

1  Janucnscs  autem  Florcntinis  et  Lucensibus  confidenles  et  verba  Pisano- 
mm  falsa  esse creden tes....  (Ann.  gen.^  l.  X,  R.  I.  S.,  t.  VI,  588). 

*  Marano^oni,  H.  I.  S.,  Suppl.,  I,  571.  —  Fragm.  hist,  Pis,^  R.  L  S., 
l.'XXIV,  Gol.  —  Grassi,  p.  158.  —  Sismondi,  Ut,  17. 

^  Colui  che  cbbe  inanellcta  Pia  dei  Toloniei  (Ammirato,  1284,  1.  îlt, 
t.  I,  p.  164). 

*  Slefani  dit  à  tort  dans  le  val  d'Âruo. 

«  Villani,  Vil,  97.  —  Giiido  de  Corraria,  R.  1.  S.,  t.  XXIV,  695. 


280  DICTATURE  DM  GOLINO.  (An.  1285) 

aux  Florentins,  pour  un  certain  temps,  vingt-sept  châ- 
teaux en  remboursement  des  frais  de  la  guerre,  et  il  leur 
accordait  le  droit  de  créer  un  port  de  mer  sur  le  terri- 
toire de  son  diocèse*.  Comme  on  était  déjà  au  21  décem- 
bre, chacun  rentra  chez  soi  ;  une  nouvelle  campagne  fut 
annoncée  pour  le  printemps. 

Pise  sentit  qu'il  fallait  aviser.  Jusqu'alors,  Ugolino, 
qui  n'était  que  potestat,  s'était  renfermé,  par  nécessité  ou 
par  prudence,  dans  ses  fonctions  de  judicature.  En  jan- 
vier 1285,  se  sentant  le  vent  en  pouppe,  il  renouvela  ses 
pratiques  avec  la  ligue  guelfe,  sans  dissimuler  son  des- 
sein d'exiler  la  faction  gibeline  et  de  devenir  seigneur*. 
Les  événements  lui  donnaient  le  pouvoir  d'exécuter  sa 
menace,  et  il  était  seul  capable  de  sauver  sa  patrie:  par 
crainte  de  l'exil,  par  désir  du  salut,  les  Pisans  courbèrent 
la  tête  sous  un  maître  dont,  d'avance,  ils  exécraient  le 
joug.  Nommé  pour  deux  ans  capitaine  des  masnade  ou 
milices*,  Ugolino  obtint  pour  dix,  aux  premiers  jours  de 
février,  cette  dictature  qu'il  convoitait.  Il  marqua  aus- 
sitôt ce  progrès  de  son  pouvoir  en  déléguant  un  vicaire 
pour  le  remplacer  dans  ses  fonctions  de  potestat*,  en  re- 
nouant avec  les  Florentins  des  négociations  dont  l'urgence 
lui  ralliait  un  certain  nombre  de  ses  anciens  ennemis'. 


*  Ammirato,  loc.  cit.^  p.  165-16G. 
»  Villani,  VII,  97. 

'  M esser  lo  conle  Ugolino  predicto  del  soprascrilto  regiemento  X  aniii  fu 
]KKlesU,  ecapKano  anni  2  (Fragm.  hUt,  Pis.,  R.  1.  S.,  t.  XXIV,  649). 

*  Poi  lo  dicto  anno,  del  mcse  di  fcbrajo,  lo  conte  Ugolino  si  fecie  chia- 
mare  podestà  e  capilano  in  termine  di  dieci  anni....    Infra  quel  tempo 
M.  Guiglielmo  de'  Lambertini  da  Bolognia  fu  suo  vicario  in  offizio  délia  po 
destaria  uno  anno  (Fragm.  hitt.  Pis. y  R.  I.  S.,  t.  XXIV,  6i9). 

'  Cum  una  salus  videretur  si  Florentini  a  socielale  Genucnsium  averle- 
rentur,  Ugolino  comiti,  quod  is  Florentinonira  sociorumque  amicus  et 
studio  partium  similis  babebatur,  adbxserunt.'llle  ubi  mentes  civium  ad  se 


(An.  1285)         LES  NÉGOCIATIONS  AVEC  FLORENCE.  281 

Après  avoir  rétabli  les  communicaûons  entre  Pise  et 
les  villes  voisines  *,  puis  imposé  aux  Pisans  une  taxe  de 
vingt  mille  livres,  pour  venir  en  aide  à  sa  diplomatie, 
il  envoya  aux  Florentins  des  ambassadeurs,  chargés, 
dit-on,  de  flacons  d'un  vin  blanc  qu'on  nommait  ver- 
naccia^  et  qu'ils  devaient  offrir  aux  principaux  per- 
sonnages avec  qui  ils  entreraient  en  pourparlers.  Les 
flancs  opaques  des  flacons  contenaient,  au  lieu  de 
liquide,  des  florins  d'or*.  Le  but  du  dictateur,  c'était  de 
rendre  Florence  infidèle  à  ses  engagements  envers  la 
ligue  guelfe,  quoique  Lucques,  comme  Gênes,  en  récla- 
mât presque  impérieusement  l'exécution*.  Désintéresser 
Gènes  était  impossible,  puisque  c'est  pour  continuer  con- 
tre elle  une  guerre  patriotique  qu'Ugolino  recherchait 
l'alliance  des  Florentins.  Gagner  Lucques  semblait  plus 
facile:  les  châteaux  de  Ripafralta  et  de  Viareggiolui  fu- 
rent offerts.  Une  offre  semblable  fut  faite  à  Florence 
pour  apaiser  sa  jalousie  ou  pour  ne  pas  l'exciter*. 


Iraductas  videt,  diversaB  factionis  capita    deturbat   (Léon.  Bruni,   1.   III, 
p.  57). 

*  Lucenses  vero,  Florentin!  et  atii  de  Thuscia  qui  Pisanos  difGdayerant,  se- 
cure  Pisas  ire  cœperunt  et  e  converso  (Ann.  gen,^  I.  X,  R.  I.  S.,  t.  VI,  588). 

«  Villani,  VU,  97.  —  Marangoni,  R.  I.  S.,  Suppl..  l,  570.  —  Ammi- 
ralo,  1285,  L  III,  t.  I,  p.  165.  —  M.  Bonaïni  {loc.  dt.)  veut  que  cette 
tentative  de  corruption  soit  antérieure  à  la  dictature  cTUgolino  ;  mais  son 
seul  motif  est  qu'il  suit  Villani,  trop  sommaire  sur  tous  ces  points  pour 
marquer  les  différences  de  temps.  Rien  n'indique  des  négociations  avant  les 
pleins  pouvoirs. 

^  Acciô  chc  assentissero  al  dette  accorde  senza  la  richiesta  de*  Genoiresi 
e  de'  Lucchesi....  Al  dette  accorde  non  furono  richiesli  i  Genovesi,  ne 
Lucchesi  nol  sentirono  (Villani,  VII,  î)7).  Celte  dernière  assertion  de  Villani 
est  une  erreur.  Les  pratiques  avec  Ugolino  ne  purent  être  ignorées  de  per- 
sonne, puisqu'on  les  discuta  dans  les  conseils  florentins,  comme  on  peut  le 
voir  aux  documents  des  Comulte. 

*  Consulte^  ibid.,  p.  85  v*.  —  Lo  stesso  anno  diede  a  li  Lucchesi  del 
mese  di  febbrajo....  (Fragm.  hUL  Pti.,  R.  I.  S.,  t.  XXIV,  649.— -Pto/em. 


282  DÉLIBÉRATIONS  DES  CONSEILS.      '       (Ax.  1285) 

Le  3  février  1285,  la  seigneurie  florentine  réunissait 
un  conseil  de  sages  pour  délibérer  sur  ces  propositions. 
Elles  rencontrèrent  d'abord  peu  de  faveur.  Il  répugnait  à 
la  plupart  de  violer  la  parole  jurée^  de  trahir  d'anciens 
amis.  Un  magnat  qui  devait  montrer  plus  tard  moins  de 
scrupules,  Corso  Donati,  repoussait  bien  loin  toute  idée 
de  traiter  avec  Pise  sans  le  concours  ou  l'assentiment  de 
Gênes,  et  comme  ni  l'un  ni  l'autre  ne  se  pouvait  espérer, 
il  demandait,  d'accord  avec  Brunctlo  Latini,  que  Florence 
répondît  à  l'appel  de  Gênes  et  de  Lucques,  en  envoyant 
à  Sarzaneses  ambassadeurs^  Ces  deux  villes  voulaient 
réunir  dons  cette  localité  de  Lunigiane  le  parlement  de 
la  ligue  guelfe,  qui  se  réunissait  d'ordinaire  à  Empoli,  et 
les  statuts  de  la  ligue  obligeaient  toute  cité  qui  en  faisait 
partie  à  se  rendre  aux  convocations  d'une  quelconque 
d'entre  elles.  N'y  point  manquer  c'était  donc  faire  preuve 
de  bonne  foi,  et  peut-être  aussi,  aux  yeux  des  habiles, 
éviter  une  résolution  prématurée,  donner  temps  aux 
négociations*. 

Imprudemment  les  Lucquois  fournirent  un  prétexte  à 


Luc.  Ann.,  1285,  R.  I.  S.,  t.  XI,  1295).  —  Ces  deux  auteurs  ajoulcrUaux 
deux  châteaux  de  Viareggio  et  de  Ripafratta  celui  de  Bientina  ;  mais  il  nous 
paraît  plus  sûr  de  nous  en  tenir  à  Tassertion  des  documents.  Marangoni 
parle  des  châteaux  que  les  Lucquois  ohtinrent  per  forza,  et  les  Florentins 
per  amore  (R.  1.  S.,  SiippL,  I,  571).  mais  ceUe  assertion  tombe  devant  un 
document  des  Consulte  où  Ton  décide  de  répondre  à  la  commune  de 
Lucques  super  acceptalione  des  châteaux  susdits,  que  les  Florentins  l'ap- 
prouvent (51  mars  1285.  Consulte ^  t.  I,  quad.  E,  p.  85  v*"). 

'  Consulte,  t.  I,  quad.  E,  p.  66.  —  On  trouvera,  h  l'appendice  de  ce  vo- 
lume (n*  5),  un  résume  des  conseils  tenus  à  Florence  sur  celte  interminable 
affaire.  Non  seulement  on  en  suivra  ainsi  toutes  les  phases,  mais  encore  on 
verra  la  marche  générale  des  discussions  politiques  dans  celte  République. 
Peu  de  détails  sont  plus  propres  à  nous  faire  pénétrer  profondément  dms 
sa  vie. 

»  17  février  1285.  Consulte,  ibid.,  p.  0$. 


(An.  1285)  DIFFICULTÉS  AVEC  LUCQUES.  283 

ceux  qui  élaient  d'avis  d'atermoyer.  Ils  avaient  confisqué 
certaines  salines*,  acheté  au  vicaire  du  roi  des  Romains 
un  péage  dans  le  val  de  Nicvole',  et  ils  le  percevaient  sur 
les  Florentins  comme  sur  les  autres  Toscans.  Cette  vexa- 
tion était  antérieure  à  la  ligue',  et  on  l'avait  jusqu'alors 
supportée;  mais  au  moment  où  Lucques  réclamait  l'exé- 
cution des  traités,  on  pouvait  bien  lui  demander  la  re- 
mise et  la  suppression  des  péages*.  S'échauffant  à  cette 
idée,  le  violent  Corso  Donati  voulait  môme  que,  de  Rome 
à  Pise,  on  signifiât  à  toutes  les  communes  de  n'en  perce- 
voir aucun  sur  les  Florentins,  faute  de  quoi,  dans  le  délai 
de  quinze  jours,  ils  évacueraient  leur  territoire,  et  ne- 
paraîtraient  même  plus  sur  les  routes  qui  y  conduisent, 
en  attendant  que,  la  guerre  de  Pise  finie,  on  pût  mar- 
cher contre  ces  voisins  malveillants.  De  telles  nouveautés 
avaient  fait  reculer  les  hommes  sages,  m(^me  sous  les 
voûtes  de  Santa-Reparata,  dans  cette  assemblée  à  parle- 
ment où  se  produisaient  les  hardiesses  irréfléchies, 
chères  à  la  multitude*;  mais  la  seigneurie  avait  dû  de- 
mander à  Lucques  la  réciprocité  des  bons  offices,  et 
Lucques  n'ayant  rien  voulu  supprimer  ni  remettre,  le 
vœu  public  réclama  l'ajournement  de  toute  expédition 
contre  Pise. 

En  conséquence,  les  négociations  continuèrent  ou 
reprirent  avec  Ugolino  ;  les  ambassadeurs  florentins,  déjà 
partis  pour  la  Lunigiane,  y  restaient  sans  instructions, 
sans  pouvoir  même  assister  aux  assemblées  des  autres; 
les  conseils  se  multipliaient  :  on  y  prenait  l'avis  consul- 

«  21  février  1285.  ComttUe,  ibid.,  p.  70-72. 

>  In  valle  Nebulle  (16  mars  1285.  Consulte,  ibid.,  p.  79  V) 

^  Ils  avaient  inoleslé  notamment  Uberto  des  Pulci.  (Ibid,) 

*  21  février  1285.  Ibid.,  p.  72. 

«*  26  février  1285.  Ibid. 


284  DIFFICULTÉS  DES  NÉGOaATlONS.  (Ax.  1285) 

tatif  des  marchands  intéressés  dans  les  vexations  luc- 
quoises^;  on  y  proposait  d'examiner  les  statuts  de  la  ligue, 
pour  savoir  jusqu'où  Ton  pouvait  aller  sans  sortir  de  la 
légalité,  et  de  procéder  à  cet  examen  non-seulement  avec 
des  popolani  et  des  artisans,  mais  aussi  avec  des  magnats, 
a  attendu,  disait  Âlbizzo  Corbinelli,  que  ce  qui  touche 
tout  le  monde  doit  être  approuvé  de  tout  le  monde*.  » 

Mais  les  négociations  rencontraient  des  obstacles,  car 
on  surprend  dans  ce  gouvernement  populaire  ces  fluctua- 
tions que  dissimulent  mieux  les  gouvernements  absolus. 
On  reparlait  alors  de  la  guerre  contre  Pise,  on  en  annon- 
çait les  préparatifs,  on  se  déclarait  prêt  à  donner  satis- 
faction aux  Génois,  à  condition  cependant  que  l'armée 
florentine  ne  se  confondrait  point  avec  l'armée  lucquoise, 
que  l'une  opérerait  dans  le  val  d'Era,  l'autre  dans  le  val 
de  Serchio ,  et  qu'elles  auraient  chacune  son  capitaine, 
Guido  de  Polenta  et  Ormanno  de  Sassoferrato*.  Le  potestat 
de  Florence  reçoit  mission  de  conférer  avec  le  potestat  de 
Lucques  ;  des  arbitres  sont  nommés  pour  étudier  la  ques- 
tion des  péages  et  traiter  efficacement,  si  faire  se  peut*. 
Puis  on  se  rapproche  d'Ugolino,  mais,  cette  fois,  d'accord 
avec  Lucques,  qu'on  autorise  à  recevoir  les  châteaux  de 
Viareggio  et  de  Ripafralta.  On  en  donne  avis  aux  autres 
communes  de  la  ligue  «  prudemment,  avec  sagesse  et  en 
secret',  »  jusqu'tà  ce  que  des  ambassadeurs  de  Florence 
cl  de  Lucques,  joints  à  ceux  de  Sienne  et  de  Pistoia,  qu'on 

*  Dummodo  non  possint  ûrmare  aliquid  (16  mars  1285.  Consulte,  ibid., 
p.  79  V). 

*  Cum  que  tangunt  omnes  debcnt  ab  omnibus  approbari  (9  mars  1285. 
Consulte^  ibid.,  p.  74). 

5  10  et  17  mars  1285.  ContulU,  ibid.,  p.  75  V,  80. 

^  Cum  effeclu,  si  fieri  poterit  \27  mars  1285.  Consulte,  ibid.,  p.  82  v*). 

*  Gaute,  sapienter  et  secrète  (3  avril  1285.  Consulte,  ibid.). 


(An.  1285)  FLUCTUATIONS  DES  CONSEILS.  285 

forcera ,  s'il  le  faut,  à  en  envoyer,  soient  allés  à  Gênes, 
sonder  sur  ce  point  les  intentions  de  ce  puissant  allié  ^ 

Ces  intentions  furent  sans  doute  bien  nettement  expri- 
mées, car  on  voit  aussitôt  Lucques  et  Florence  rompre  avec 
Ugolino.  L'une  défend  à  qui  que  ce  soit  de  se  diriger  vers 
Pise  à  pied  ou  à  cheval;  Taulre,  tout  en  protestant  contre 
cette  entrave  mise  à  ses  communications  et  à  son  trafic*, 
décide  de  lever  une  armée,  d'en  nommer  le  capitaine,  de 
signifier  au  comte  la  prochaine  reprise  des  hostilités*. 
C'était  donc  Gênes  qu'il  fallait  gagner  à  la  cause  des  Pi- 
sans  :  l'habile  politique  le  comprit  et  n'hésita  point.  Il 
offrait  de  lui  céder  le  château  de  Castro  en  Sardaigne, 
c'est-à-dire,  en  l'état  de  faiblesse  où  se  trouvait  Pise,  la 
Sardaigne  même,  cette  île  splendide  qu'elle  avait  enrichie 
de  ses  trésors,  arrosée  de  son  sang.  Florence  approuve 
hautement,  après  discussion,  ce  que,  peut-être,  elle  avait 
conseillé*. 

Tel  est  le  courant  qui  emporte,  dans  les  assemblées  du 
14  et  du  15  mai,  tous  ceux  qui  y  prennent  la  parole.  Le 
lendemain,  sans  qu'on  puisse  découvrir  quel  vent  a  soufQé 
dans  la  nuit,  les  flots  remontent  vers  leur  source,  il  n'est 
plus  question  que  de  guerre,  que  de  nommer  le  capitaine 
de  l'armée,  de  fixer  le  contingent,  de  le  répartir  entre  les 
sestieriy  d'assigner  d'avance  un  terme  de  dix  à  quinze  jours 
aux  hostilités,  de  déterminer  les  salaires.,  de  se  procurer 
de  l'argent  en  imposant  ceux  qui  ne  partent  pas*.  Quelque 


*  3  avril  1285.  Consulte,  ibid. 

«  9  avril  1285.  Ibid.,  p.  87. 

=  8  mai  1285.  Ibid.,  p.  91  V. 

^  Giamberto  des  Gavalcanti,  dans  un  conseil,  veut  qu'on  fasse  savoir  aux 
Lucquois  que  le  comte  Ugolino  n'a  agi  que  sur  les  exhortations  des  Floren- 
tins (U  mai  1285.  ConsulU,  ibid.,  p.  92). 

«  16  mai,  5  juin  1285.  Consulte,  ibid.,  p.  93,  100,  101. 


/ 


286  MÉDIATION  D'UONORIUS  IV.  (As.  1285) 

nouvelle  exigence  de  Gènes  ou  quelques  lergiversalions  de 
Pise  avaient  sans  doute  rendu  une  prépondérance  mo- 
mentanée au  parti  belliqueux  des  magnats.  Mais  les  mar- 
chands ne  peuvent  renoncer  à  l'espoir  si  longtemps  nourri 
de  la  paix.  Le  31  mai,  Lapo  Guglielmi  demande  dans  les 
conseils  qu'on  entende  ceux  de  Galimala  et  autres  habentes 
facerCj  qui  devront  mettre  leur  sentiment  par  écrit;  Gual- 
lerio  de  Ganghereto,  que  l'on  convoque  l'assemblée  à  par- 
lement; Corso  Deodali ,  qu'on  s'en  rapporte  au  potestat, 
au  capitaine  du  peuple,  aux  capitaines  de  guerre  et  à  six 
sages  par  sestiere.  Arrigo  del  Boccaccio  réclame  tout  sec 
un  ajournement,  et  Simone  Angelotti,  plus  net  encore, 
que  (c  pour  beaucoup  de  raisons  et  de  causes  on  ne  fasse 
pas  d'armée*.  »  L'avis  des  marchands  l'emporte,  et  l'a- 
journement est  adopté. 

Ginq  jours  plus  tard  (5  juin),  des  lettres  d'Honorius  IV 
leur  venaient  en  aide  :  le  nouveau  pape'  qui  n'entendait 
qu'une  cloche  et  qu'un  son,  la  voix  des  changeurs,  ses 
banquiers,  si  assidus  à  sa  cour,  invitait  ses  fidèles  flo- 
rentins à  lui  envoyer  des  ambassadeurs,  syndics  et  pro-» 
curateurs,  pour  traiter  de  la  paix  avec  Fisc,  pour  pro- 
mettre et  accepter  tout  ce  qu'il  jugerait  à  propos  d'or-* 
donnera  ce  sujet,  et,  en  attendant,  de  suspendre  toute 
agression  contre  cetle  commune  et  son  territoire.  A  plu- 
sieui^  reprises  41  leur  faisait  renouveler  ces  objurgations 

^  Quod  exercitus  non  fiât  muUis  rationibus  et  causis  (51  mui  1285,  Coti- 
tulle,  ibid.,  p.  102-105). 

*  Le  2  avril  1285,  Jacopo  Savelli,  noble  Roinaiii, impotent  par  la  goulte 
et  qui  n^avait  de  libres  qae  la  langue  et  Tesprit  pour  combler  de  biens  sa 
famille,  venait  de  succéder  h  Martin  IV,  mort  d*une  indigestion  d'anguilles, 
d'après  F.  Pipino  (R.  I.  S.,  t.  IX),  et  placé  par  Dante  au  purgatoire  parmi  les 
gourmands,  pour  ayoir  abusé  de  ce  poisson  et  du  vin  appelé  Ycrnacciu 
(Purg.,  XXIV,  22-24). 


(A>'.  1285)  DÉUBÉRATIONS  A  CE  SUJET.  287 

par  révêque  de  Ferentino ,  car  en  ce  moment  l'église  de 
Florence  était  vacante*,  et  il  les  citait  à  comparaître  de- 
vant lui  le  premier  jour  non  férié  après  la  Saint-Jean*. 
Les  débats  reprennent  aussitôt  de  plus  belle  :  fidèle  aux 
traditions  de  sa  famille,  BuondelmontedesBuondelmonti 
veut  qu'on  fasse  la  volonté  du  saint-siége;  Neri  des  Pigli, 
que  des  sages  examinent  les  lettres  pontificales,  pour 
savoir  s'il  y  a  lieu  de  différer  l'expédition;  Ugo  Altoviti, 
qu'on  en  haie  les  préparatifs,  mais  que  le  potestat  ne  porte 
point  les  enseignes  hors  de  la  ville,  et  qu'on  envoie  des 
députés  à  Pise,  pour  s'enquérir  des  conditions  d'arrange- 
ment qu'offrent  celte  commune  et  le  comte  Ugoli no.  Les 
conseils  ordonnent  que  les  lettres  apostoliques  seront  exa- 
minées par  des  sages  en  droit  civil  et  canonique,  et  que 


^  Pro  prima,  secunda  et  tcrlia  peremptoria  moDitioDe  (Consulte y  t  I, 
quad.  G,  p.  105  v%  104.  12  juin  1285).  Âmmirato  et  Marangoni,  au  lieu 
de  Jacopo,  évoque  de  Ferentino,  disent  Jacopo  Castelbuoni,  évêque  de  Flo- 
rence. Mais  on  voit  dans  Ughelli  (ïtal.  sacr.,  UI,  166)  que  le  siège  de  Flo- 
rence était  vacant  depuis  1274,  et  qu'il  n'y  fut  pourvu  qu'en  1286.  La  con- 
fusion vient  de  ce  que  Tévèque  de  Ferentino  (1276-1297)  s'appelait  aussi 
Jacopo  (Ughelli,  I,  727).  Ughelli,  à  vrai  dire,  ne  parle  point  d'une  mission 
de  ce  prélat  à  Florence  ;  mais  un  des  documents  que  nous  citons  dit  for- 
mellement :  «  Ptr  D.  Jacobum  episcopum  Ferentinum.  •  (Consulte^  t.  1» 
quad.  G,  p.  105,  8  juin  1285.)  —  Il  n'est  peut  être  pas  sans  intérêt  de 
rapporter  ici  ce  que  dit  Ughelli  de  cette  vacance  prolongée  du  siège  de  Flo- 
rence :  «  Post  cujus  (Giovanni  des  Mangiadori  de  S.  Miniato  al  Tedesco) 
excessum,  Ûorcntina  sedes  per  duodecim  ipsos  annos  vacua  mansit.  Floren* 
tini  enim  per  id  tempus,  ghibellini  scilicet  etguelphi  invicem  rupere  fœdus, 
quod  Gregorius  X  paulo  ante  sanctissime  junxerat....  Tametsi  autem  capi- 
tuli  senatores  multoties  ivissent  ad  urnam,  nullum  tamcn  ob  diversa  adver- 
saque  studia  partium  evexerunt  ad  sedcm  ;  altéra  enim  pars  Schiattam  Ubal- 
dinuni  selegerat,  altéra  Lotharium  délia  Tosa,  sed  in  utrumque  paria  effusa 
suffragia  effeccrunt,  ut  neniini  illorum  fuerit  dignitas  adjudicata.  >  (Ughelli, 
m,  166.) 

'  Âd  priraam  dieni  non  feriatam  (CùnsuUe,  t.  I,  quad.  G,  p.  104, 
12  juin  1285).  C'est  dans  le  document  du  12  juin  qu'on  trouve  le  plus  de 
détails  sur  ces  lettres ,  mais  il  en  est  déjà  fait  mention  dans  ceux  des  5  et 
8  juin  (Conmîle,  t;  I,  p.  107  et  quad.  G;  p.  105). 


388  LES  MARCHANDS  FLOREiNTlNS  (An.  1285) 

si  lesdits  sages  sont  d^avis  qu'on  puisse  légitimement  et 
juridiquement  s'excuser  de  faire  Tarraee,  on  gagnera  du 
temps,  sans  interrompre  les  préparcitifs*. 

Gagner  du  temps,  telle  était  donc  la  politique  qui  pré- 
valait à  Florence.  Celait ,  en  somme,  montrer  clairement 
qu'on  souhaitait  d'obéir  au  pape  et  de  s'accorder  avec 
Pise,  car  les  ambassadeurs  génois  soUicilaienl  une  réso- 
lution immédiate  et  conforme  à  leurs  désirs  :  déjà  Gènes 
et  Lucques  avaient  ouvert  la  campagne  ;  mais  à  eux  seuls 
ils  s'y  trouvaient  impuissants,  et  il  avait  suffi  d'une  dé- 
monstration de  Sienne  pour  dégager  Pise  que  leurs  armes 
menaçaient  '.  A  ces  sollicitations  pressantes  on  opposait 
mille  moyens  dilatoires  :  on  voulait  attendre  la  venue  de 
nouveaux  ambassadeurs,  le  retour  de  ceux  que  Florence 
avait  envoyés  à  Gênes,  les  lettres  des  marchands  floren- 
tins qui  résidaient  ou  étaient  de  passage  dans  cette  ville; 
on  proposait  d'envoyer  de  l'argent  pour  la  solde  des 
hommes  d'armes  génois  et  lucquois,  sans  y  joindre  ni 
cavallate  ni  milices,  le  tout  prudemment,  de  manière  à 
ce  que  Florence  restât  excusée  auprès  de  Gênes'. 

C'était  trop  peu  encore  pour  l'ardeur  pacifique  des  mar- 
chands. Ils  veulent  une  solution  prompte  et  définitive;  ils 
envoient  aux  prieurs  une  pétition  en  ce  sens.  Manetti  Be- 
nincasa,leur  organe  dans  le  conseil  des  sages,  y  conclut 

»  CoruuUe,  t.  I,  107-108,  et  quad.  G,  p.  103. 

*  I  Lucchesi  non  vennero  neir  accordo  (d'Ugolino  avec  les  Florentins), 
ma  alla  prima vera  con  li  Gcnovesi  assediarono  Pisa  ,  e  se  non  fosse  il  soc- 
corso  di  Siena,  forse  erano  signori  di  disfar  Pisa  (Stcfani,  m,  164).  Cet  au- 
teur, croyable  pour  les  faits  de  guerre,  n*a  connu  ni  le  détail  des  négocia- 
tions, ni  le  moment  précis  où  elles  aboutirent.  U  met  au  mois  de 
janvier  1285  Teipulsion  des  gibelins  p9r  Ugolino,  quoiqu'elle  soit  le  résul- 
tat du  traité  conclu  par  lui  au  mois  d'août  suivant.  —  Cf.  MalavoUi,  part.  II, 
1.  m,  ^  52  V. 

3  Consulte,  t.  I,  quad.  G,  p.  105,  104  ;  quad.  E,  p.  104  v*. 


(Api.  1285)  INCLINENT  A  LA  PAIX.  289 

à  ce  que  le  capitaine  avise  en  lout  cas  à  ne  point  faire 
l'armée,  «  laquelle  ne  peut  être  faite  en  aucune  façon  \  » 
Gherardo  Buondelmonli  répond  impatiemment  aux  belli- 
queux :  «  Veut-on ,  s'écrie-t-il ,  tenir  compte  des  lettres 
du  pape?  En  ce  cas,  il  n'y  a  plus  lieu  d'assembler  des 
conseils.  Ne  le  veut-on  pas?  alors,  il  faut  lever  l'armée.  » 
Pour  faire  prévaloir  encore  rajournement,  que  propose 
le  cordonnier  Bolegnino,  on  sent  bien  qu'il  faut  donner 
une  satisfaction  aux  partisans  de  la  paix  :  ser  Rainuccio  de 
la  Paniera  et  Micco  del  Velluto,  qu'une  grande  richesse 
acquise  dans  l'industrie  avait  fait  gentillâtre,  proposent 
qu'on  en  réfère  aux  nobles  et  aux  puissants  de  Florence, 
pour  fixer  l'indemnité  due  aux  marchands*. 

Cet  expédient  pécuniaire  parut  un  moment  mettre  tout 
le  monde  d'acccrd.  Les  prieurs  et  les  sages  de  leur  confi- 
dence y  résistaient  seuls',  soit  pour  ménager  le  trésor, 
soit  par  désir  de  poursuivre  les  négociations  avec  Ugolino. 
Ils  cèdent  pourtant  en  partie;  ils  proposent  ou  font  pro- 
poser des  envois  particuliers  de  cavaliers  et  de  pedoni^ 
une  proclamation  invitant  les  hommes  de  bonne  volonté  à 
se  faire  inscrire*;  encore  leur  nombre devra-t-il  être  le 
plus  faible  possible,  sans  compromettre  leur  sûreté*.  Les 
conseils  accèdent,  fixent  le  contingent,  les  salaires,  les 
moyens  d'y  pourvoir*.  Mais  en  même  temps  les  prieurs 


<  Cum  fieri  non  possit  aliquo  modo  (18  juin  1285.  ConsuUCy  t.  I, 
p.  111  V). 

*  Quod  predicta  reducanlur  ad  roagnos  et  nobiles  et  potentes  d?italis 
Florentie,  ita  quod  provideant  super  indempnitate  mercatoruno  (Consulte, 
t.  I,  p.  112,  18  et  20  juin  1285). 

^  Cela  résulte  de  Tayis  de  Neri  Burbassi,  qui  feut  qu^on  diTTère,  •  i  la  vo- 
lonté des  prieurs.  »  (Ibid.) 

^  Quod  Tolentes  ire  faciant  se  scribi.  (Ibid.) 

^  Cum  salvamento  et  securitate  euntium.  (Ibid.) 

«  20  juin,  5  juillet  1285  (Ibid.,  p.  112,  115). 

H18T.   DB  PLORBHGl.   —  II.  19 


290  ACœRDS  CONCLUS  (Ax.  1285) 

écrivaient  en  secret  au  comte  Ugolino  de  venir  personnel- 
lement à  Florence,  ce  qui  rendrait  l'entente  facile*. 

Près  d'un  mois  s'écoula  ainsi,  pendant  lequel  l'armée 
de  Lucques  dévastait  le  val  de  Serchio  et  les  galères  de 
Gênes  attaquaient  Porto-Pisano.  Que  Florence  se  fût  mise 
de  la  partie,  ce  n'était  pas  seulement  le  fort  de  la  Lanterne, 
c'était  Porto-Pisano  tout  entier  qui  succombait*.  Furieux 
d'un  succès  partiel  où  ils  ne  voyaient  qu'un  échec,  les  Gé- 
nois mirent  Lucques  en  avant,  pour  renouveler  auprès 
des  Florentins  les  réclamations  dont  ils  n'avaient  par  eux- 
mêmes  rien  obtenu.  Le  1''''  août,  Lucques  demandait  par 
ambassadeurs,  à  sa  puissante  voisine,  un  secours  de  ca- 
valiers contre  Pise,  et  une  formelle  interdiction  à  leurs  na- 
tionaux d'aller  ou  de  séjourner  dans  cette  ville  pour  éviter 
les  scandales*.  Mais  le  temps  a  fait  son  œuvre.  Les  prati- 
ques avec  Ugolino  sont  en  bonne  voie.  Les  conseils  le  sa- 
vent, car  ils  ne  forment  plus  qu'un  concert  unanime,  d'où 
la  note  belliqueuse  a  complètement  disparu.  Le  2  août, 
les  demandes  de  Lucques  sont  repoussées  avec  toutes  les 
formes  de  la  courtoisie  et  de  la  bonne  amitié.  Si  Fantoni 
des  Rossi  propose  un  peu  brutalement  de  renvoyer  chez 
eux  les  Lucquois,  en  leur  disant  qu'il  sera  répondu  à  leur 
demande  par  une  ambassade,  Teghia  Tedaldi  veut  qu'on 
leur  notifie  «  le  plus  habilement  possible\  x>  que  Flo- 


^  Scrissero  al  conte  che  sarebbe  stato  molto  opportuno  ch*  egli  si  Iras- 
ferisse  personalmente  a  Fiorénza  ,  perché  al  sicuro  sarebbe  seguito  l*ac- 
cordo  (Tronci,  p.  249]* 

«  Fragm.  hUL  Pis.,  R.  I.  S.,  t.  XXIV,  649.  Viflanii  Vif,  97.-  Ces  deux 
auteurs  croient  et  le  chroniqueur  pisan  dit  expressément  que  Taccord  des 
Florentins  afec  Ugolino  fut  cause  du  demi-échec  des  Génois.  —  Us  ne  sa- 
vent pas  que  Taccord  n'était  pas  conclu  encore,  mais  que  Florence,  qui  le 
nég'iciait,  hésitait  i  s'engager. 

*  ConsulU,i.  I,  p.  119  Y*. 

*  Gum  abilioribus  Yetbis  que  dici  potuerint  {Consulte,  1. 1^  p.  130). 


(Ax.  1285)  AVEC  UGOU.XO.  291 

rcnce  eslsoiunise  à  TËglise  et  au  pape;  que  le  pape  lui 
a  défendu  de  procéder  contre  Pise  et  qu'elle  doit  lui 
obéir.  Forese  des  Âdimari  ajoute  que  si  l'on  peut  obtenir 
du  pape  la  levée  de  ses  défenses,  Florence  est  prête  à 
mettre  au  service  de  Lucques,  non-seulement  une  petite, 
mais  même  une  grande  quantité  d'hommes  d'armes\ 
Enfm,  le  10  août,  dans  un  conseil  de  sages,  il  est  ouver^ 
tement  donné  lecture  des  conditions  offertes  par  le  comte 
Ugolino  et  la  commune  de  Pise.  Des  ambassadeurs  sont 
envoyés  au  pape,  pour  qu'il  annule  le  traité  entre  les 
Florentins  et  les  Génois*.  La  ligue  toscane  adhère,  dans 
un  nouveau  parlement  de  ses  délégués ,  et  les  conseils 
du  capitaine  à  Florence  sont  appelés,  le  28  août,  à  ratifier 
cette  adhésion  ^ 

Qu'avait  donc  promis  Ugolino  pour  lever  ainsi  tous  les 
obstacles?  Il  s'engageait  à  chasser  les  gibelins  de  Pise,  dès 
qu'il  y  serait  de  retour,  à  gouverner  avec  les  guelfes,  à 
céder  aux  Florentins  Fucecchio,  Santa-Croce,  Monte 
Calvoli,  Santa-Maria  a  Monte,  châteaux  que  déjà  ils  occu- 
paient. A  ce  prix,  il  obtenait  que  l'expédition  de  la  ligue 
n'aurait  pas  lieu*.  Si  dur  que  pût  paraître  ce  traité,  il 
Tétait  moins  que  l'inévitable  défaite  d'une  ville  réduite  à 
ses  propres  forces,  n'ayant  autour  d'elle  que  des  ennemis* 

Ugolino,  d'ailleurs^  adoucit  l'exécution.  Par  sonordre^ 


1  Consulte^  t.  I,  p.  120. 

«  Ibid. 

»  Ibid.,  p.  125. 

*  Si  messe  in  pcnsici'o  di  spogliarli  di  quci  castclli  già  occupati  dui  Fi(H 
renliiii  e  concedcrglieli  d  accordo  (Tronci,  p.  249).  —  In  delto  accOrdo  dcUc 
a'  Fiurcntini  moite  cnslëlla,...  prometlendo  di  cacciar  di  l'isa  tutti  qiielii 
che  fussino  di  parle  gbibellina  (Marangoni,  R.  i.  S.,  Suppl.,  1, 570-571).  — 
Ë  se  co'  guelfi  fnrnc  signore,  ncciO  cbe  1  liostc  ordinala  a  taglia  non  proce- 
desse  sopra  Pisa  (Villaiii,  Vil,  97).  —  Cf.  Grassi,  p.  138.  —  Pignotli,  1.  lil^ 

C;  My  t.  m,  p.  150. 


292  DESPOTISME  D'IGOLINO.  (An.  1285) 

c(  dix  maisons  de  dix  grands  furent  seules  détruites,  et 
seulement  en  partie\  »  11  marquait  ainsi  une  modéra- 
tion que  rhistoire  a  méconnue.  Elle  met  au  compte  de  sa 
trahison  ce  que  firent  malgré  lui  des  alliés ,  des  parents 
devenus  ses  adversaires,  Tabandon  à  la  ligue  du  château 
de  Pontedera,  crime  du  juge  de  Gallura,  qui  en  avait  la 
garde*.  Cette  banale  accusation  ne  fut  pas  épargnée  non 
plus  aux  prieurs  florentins.  La  destruction  d'une  ville  en- 
nemie, disaient  les  mécontents,  n'eût-elle  pas  été  plus 
profitable  que  Tacquisilion  de  quelques  châteaux?  Il  était 
pourtant  d'une  sage  politique  chez  Ugolino  d'acheter  le 
salut  de  sa  patrie  épuisée,  chez  les  prieurs  d'aimer  mieux 
Pise  florissante  sous  la  protection  de  Florence,  que  trans- 
formée en  un  désert,  où  il  faudrait  tout  refaire  à  nou- 
veau. 

Le  malheur  du  vieux  comte,  c'est  qu'exécré  comme  il 
l'était,  il  n'avait  plus  qu'à  résigner  son  pouvoir  ou  à  en 
user  despoliquement.  Il  n'hésiia  point  :  son  patriotisme 
et  son  penchant  se  trouvaient  d'accord  avec  son  intérêt. 
Ayant  en  vain  réclamé  l'élargissement  d'un  Gherardesca 
prisonnier,  il  marcha  en  armes  contre  l'étranger  récalci- 
trant qui  exerçait  à  sa  place  les  fonctions  de  potestat,  il  lui 
enjoignit  de  quitter  la  ville  dans  les  vingt-quatre  heures, 


'  Case  dieci  di  dieci  grandi  cittadini  di  Pisa  si  disfecciono  per  parte,  pcr 
la  promessione  e  confcderatione  che  fecieno  con  la  parte  guelfa  di  Fiorensa 
(Frag,  hist.  Pis.y  R.  I.  S.,  t.  XXIV,  649).  Gel  auteur  met  cet  événement  à 
Tannée  l'286.  Il  est  clair  pourtant  qu^il  doit  suÎTre  de  près  le  traité  ,  dont 
les  documents  nous  donnent  la  date  k  quelques  jours  près.  —  Cf.  Dal  Borgo, 
1. 1,  part.  II,  p.  560.  Marangoni,  R.  1.  S.,  Suppl.,  I,  572. 

*  In  del  cui  tempo  Judici  di  Gallura  e  li  Vesconti  a  dispecto  e  a  onta  del 
conte  Ugolino  e  degli  Upessinghi,  fecieno  renire  li  giielfi  di  Fiorensa 
e  intrare  nel  castcllo  di  Ponte  ad  Era  e  pigliarlo  a  inganno  e  a  tradimento, 
c  caccionno  delli  homini  de  la  terra  per  forsa ,  e  tennenolo  per  la  parte 
guelfa  di  Fiorensa  (Frag.  hist  Pis.,  loc.  cit.). 


(An.  1285)         EMBÂRRilS  DE  SON  GOUVERNEMENT.  295 

s'empara  de  son  palais,  arbora  ses  enseignes  aux  fenêtres, 
et  redevint  poteslat  lui-même,  sans  cesser  d'être  capitaine 
du  peuple ^  «  Où  il  gouvernait  en  personnage  public, 
écrit  Marangoni,  il  commença  dès  lors  à  gouverner  en  son 
propre  nom*.  » 

Ce  fut  son  tort,  mais  non  un  tort  sans  excuse.  Tyran  de 
ses  concitoyens,  il  sut  rester  bon  serviteur  de  sa  patrie.  Il 
cherchait  des  ennemis  aux  Génois  jusque  dans  les  lagunes 
de  TAdriatique.  Le  14  décembre  1285,  il  renouvelait  avec 
Venise  une  ligue  conclue  en  1257 '.  Il  nouait  plus  étroi- 
tement que  jamais  ses  liens  avec  la  ligue  toscane.  Mais 
tandis  que  grondait  sourdement  la  colère  des  gibelins,  ses 
adversaires,  la  division  s'introduisait  parmi  les  guelfes, 
son  point  d'appuf.  Le  jeune  juge  de  Gallura,  Nino  Visconti, 
ce  petit  fils,  ce  pupille,  dont  il  avait  fait  son  secrétaire  et 
qu'il  nourrissait  comme  un  serpent  dans  son  sein,  se 
lassa  d'être  traité  en  enfant,  et,  à  la  tête  des  guelfes  dis- 
sidents, réclama  sa  part  dans  l'autorité.  Il  fallut  la  lui 
faire  et  former  avec  lui  une  sorte  de  duumvirat*. 

*  Tronci,  p.  256. 

*  Marangoni,  R.  I.  S.,  Suppl.,  I,  570. 

'  Le  15  juillet  1257  et  le  1*'  août  1258  cette  ligue  avait  été  conclue  pour 
dix  ans  sous  les  auspices  d'Ugolino,  comte  de  Donoratico ,  alors  potestat 
à  Pise,  et  prorogé  quatre  fois,  chaque  fois  pour  cinq  ans.  Elle  fut  renou- 
velée une  cinquième  fois  par  Bustichino  Benintendi,  nonce  du  doge  Gio- 
vanni Dandolo,  à  Pise,  le  14  décembre  1280  (Archives  de  Venise,  Âili  ai- 
plomalici,  ['*  série,  15  janvier  1286).  Flaminiodal  Borgo,  le  grand  accu- 
sateur dTgolino  ,  suivi  par  Sismondi  un  peu  trop  aveuglément ,  n'en  publie 
pas  moins  une  pièce  qui  témoigne  du  patriotisme  d'Ugolino  :  •  In  qua  con- 
federationc  requisitibus  (rcquisilus)  cornes  Ugolinus  noiuit  conseulire.  » 
(Diplomi  Pisani.)  —  Pignolti  est  juste,  en  général,  pour  Ugolino.  Voy. 

1.  111,  C.  VI. 

^  Que  l'initiative  de  ce  déchirement  vint  de  Nino  et  non  d'Ugolino  ,  c'est 
ce  qu'on  voit  dans  Ptolémée  de  Lucques  :  c  Inter  judicem  Galluriae  et  comi- 
tcm  Ugolinum  discordia  orilur  supra  dominio  pisono....  Publicatum  fuit 
r|uod  familia  comitis  Ugolim  civitatem  incipit  lacerare  in  regimine  (Ptol. 
Luc.  Ann.,  R.  I.  S.,  t.  XI,  1296). 


S94  LES  ENNEMIS  D*UGOLINO.  (Aii.  1285) 

Même  avec  un  petit-fils  ce  partage  irritait  Ugolino. 
S'il  signala  cette  courte  période  par  une  œuvre  utile,  la 
réduction  en  un  seul  code  de  tous  les  statuts  pisans^,  il 
ne  sut  pas  préserver  sa  famille  de  ces  haines  plus  que 
fraternelles  qui  ne  reculent,  pour  se  venger  et  pour  nuire, 
devant  aucune  imprudence.  Maltraités  et  irrités  à  leur 
tour,  les  guelfes  de  Nino  se  rapprochèrent  des  gibelins, 
au  risque  d'en  relever  la  fortune  abattue.  Le  chef  de  ces 
derniers  était  l'archevêque  Ruggiero,  issu  des  Ubaldini  et 
d'humeur  violente,  comme  tous  ces  hobereaux  du  Mu- 
gello.  Par  sa  dignité  non  moins  que  par  son  âge,  il  devait 
prendre  la  première  place  dans  cette  alliance  hybride. 
Pour  redevenir  maîtres  de  Pise,  les  gibelins  n'avaient 
donc  plus  qu'à  épier  l'occasion*. 

Elle  ne  tarda  pas  à  se  présenter.  Ceux  d'Arezzo  avaient 
pour  chef  leur  évêque ,  Guglielmino  des  Ubertini*.  Ce 
prélat  versatile  et  brouillon,  «  plus  homme  d'armes,  dit 
Villani,  que  d'honnêlelé  et  de  clergie*,  »  avait  soutenu 


'  Ce  code  conservé  dans  la  Uibliollièquc  de  TUnivcrsilé  de  Pise,  sous  ce 
titre  :  Brève  cotnmunis  Pisani,  a  clé  publié  avec  les  autres  par  II.  Bonaïni 
(Staiuti  inediti  délia  città  di  Pisa^  3  vol.  in  V.  —  Le  tome  II,  public  pos- 
térieurement aux  deux  autres,  en  1870,  à  Florence.) 

*  Pars  ghibcllina  assumit  audaciam ,  sicut  rei  postea  probavit  eventus 
(Plol.  Luc,  Ann.,  R.  I.  S.,  t.  XI,  1296). 

'  La  prélcnduc  autorité  de  Dino  Compagni,  qui  le  dit  des  Pazzi,  a  laissé 
Ionglem{s  les  auteurs  incertains;  mais  la  question  est  tranchée  par  deux 
lettres  de  M.  Passerini  et  de  H.  Gamurrini,  dans  Touvrage  déjà  cité  de 
Bl.  Fanfani,  et  par  les  commentaires  qu  y  ajoute  cedtTuicr,  p.  101  sq.  —  11 
est  clair  au  surplus  que  Tévéque  appartenait  aux  deux  familles  des  Ubertini 
et  des  Pazzi ,  comme  le  prouve  le  langage  de  Bruni  :  c  Cum  Ubertinis  et 
Piictiis,  ex  quibus  oriundus  crat  (111,  58).  •  —  Le  neveu  de  Tévèquc,  qui 
figure  dans  la  bataille  de  Campaldino,  était  d'ailleurs  un  des  Pazzi. 

*  Più  uomo  d'arme  che  dbonesth  e  di  chericia  (Villani,  VII,  109).  —  Am- 
niirato,  très-dévot,  est  plus  indulgent  :  c  Uuomo  slimato,  dit-il,  valoroso  o 
^raudissimo  parligiauo.  •  (L.  lll,  p.  169.) 


(Ak.  1285)  yÉYÊQUE  D'AREZZO.  295 

jadis  la  cause  guelfe  S  et  donné  en  garde  aux  exilés 
guelfes  de  Florence  les  châteaux  de  son  évéché,  moyen- 
nant une  pension  de  cinq  mille  florins  d'or  que  lui  garan- 
tissait la  riche  maison  des  Cerchi*.  Mais  bientôt,  aussi 
mécontent  de  ses  nouveaux  amis  qu'il  l'avait  été  des  an- 
ciens, et  toujours  ardent  à  pêcher  en  eau  trouble,  il  pre- 
nait à  sa  solde  les  bannis  gibelins  des  villes  guelfes,  avec 
des  Allemands  et  d'autres  mercenaires.  Aux  derniers 
jours  d'octobre  1285,  il  poussait  à  se  révolter  contre 
Sienne  le  château  de  Poggio  a  Santa  Cecilia',  et  lui  don- 
nait pour  sa  défense  cinq  cents  exilés  de  Florence,  de 
Sienne  etd'Arezzo,  On  voyait  alors  Sienne  réclamer,  se- 
lon son  droit,  les  secours  de  la  taglia^  et  Florence,  prise 
au  dépouiTu,  envoyer  quatre  cents  pedoniy  chercher 
partout  des  mercenaires,  «  surtout  français*,  »  en  trou- 
ver cinquante  quand  elle  en  voulait  cent*,  engager  à  la 
parle  quel  fa  les  gabelles  du  vin,  du  sel ,  des  monnaies  d*or, 
en  garantie  d'un  prôt  de  trois  mille  livres,  sur  les  cinq 
mille  deux  cents  auxquelles  se  montait  la  solde  pour  deux 


*  Peu  après  1266,  parce  qu'il  était  inéconteat  de  ses  ouailles  et  de  Guido 
Novello,  vicaire  de  Manfred,  qui  ne  respectaient  pas  les  terres  de  son  évéché. 
Il  jurait  de  suivre  les  guelfes  (Andrca  Dei,  R.  I.  S.,  t.  XV,  35).  Même  au- 
paravant il  sY'tail  déjà  mis  secrètement  d'accord  avec  eux,  car  dans  une 
lettre  de  Tannée  précédente  ,  Clément  IV  le  félicitait  de  sa  nouvelle  amitié 
avec  le  roi  de  Sicile  (Clem  IV  ep.  cxxi,  ap.  The*,  anecd,^  II,  180). 

*  Le  fuit  semble  postérieur,  si  l'on  en  juge  par  la  place  qu*il  occupe 
dans  Villani  (VII,  150).  Mais  Yillani,  quand  il  en  parle,  semble  le  donner 
comme  antérieur  de  quelque  temps  à  la  bataille  de  Campaldino. 

'^  Villani,  VII,  109.  —  Simone  délia  Tosa,  p.  215.  —  Malavolti,  part.  II, 
1.  111,  P  53  i"*.  —  Del  Lungo,  noies  à  Dino  Compagni,  1. 1,  p.  21,  n.  17. 

^  Le  16  novembre  1285,  on  proposait  dans  les  conseils  d'engager  au 
moins  100  mercenaires  français,  s'il  était  possible  (Contultey  1. 1,  p.  144). 
Le  13  avait  été  voté  l'envoi  de  400  pedoni,  et  de  nombreux  vicaires  dans 
les  places  fortes  (Ibid.,  p.  142). 

8  26  noYcmhre  12^5  (tbid.,  p.  147). 


396  LES  GIBELINS  D*AREZZO.  (An.  1286) 

mois*.  Après  un  long  siège,  dirigé  par  Guy  de  Montfort, 
en  avril  1286,  la  veille  du  dimanche  des  Rameaux,  une 
sortie  malheureuse  des  assiégés ,  une  porte  ouverte  aux 
assiégeants,  mettaient  fin  à  l'énergique  résistance. 

Pendre  ses  prisonniers  ou  leur  couper  la  tète  était  pour 
Sienne  une  douce  vengeance';  mais  les  gibelins  d'Arezzo, 
qu'elle  aurait  dû  décourager,  en  prirent  un  nouveau  res- 
sort. Les  dissensions  seules  les  faisaient  faibles  :  ils  se 
rapprochèrent  de  leurs  ennemis.  Tarlato  Tarlati,  au  nom 
des  grands  gibelins,  et  Rinaldo  Bostoli,  au  nom  des  grands 
guelfes,  provoquent  une  sédition  dans  l'armée'.  En  juin 
1287,  ils  s'emparent  du  prieur  du  peuple,  «  qui  trébu- 
chait dans  les  péchés  de  la  popularité,  par  ses  persécutions 
contre  les  grands  et  les  puissants^;  »  ils  lui  crèvent  les 
yeux,  et  ainsi  déflguré  le  renvoient  à  ses  concitoyens*. 

C'était  brûler  ses  vaisseaux  et  déchaîner  la  guerre. 
Pour  un  moment,  le  centre  de  gravité  se  déplaçait  en 
Toscane.  Arezzo  y  attirait  tous  les  regards;  veis  Arezzo 
convergeaient  tous  les  efforls.  Ses  exilés,  plébéiens  parti- 
sans du  prieur  et  des  nobles  que  chassaient  d'implacables 
rivaux*,  étaient  venus  à  Florence  demander  asile  et  se- 


«  14  janvier  1286.  ProvvUioni,  n*  1,  p.  59,  42  V.  3000  livres  avaient 
d*abord  été  votées  le  26  novembre  1285  (Conêulte,  t.  I,  p.  147). 

«  Paolino,  R.  I.  S.,  Suppl..  II,  41-42.  —  Villani,  VII,  109.  —  Simone 
délia  Tosa,  p.  215.  —  Slefani,  III.  172.  —  Ser  Gorello,  R.  I.  S.,  t.  XV,  825. 

'  Veritî  ne  in  nimiain  plebs  evaderct  polenliam,  simul  invidia  plebis 
commoti,  reconciliatis  inter  se  animis,  ac  seditione  in  exercitu  facta,  duce 
Rainaldo  Bostole,  ad  hostes  transfugerunt  (Léon.  Bruni,  111,  58). 

*  «  Ilpriore  incominciô  a  traboccare  ne*  peccati  délia  popolarità,  perse- 
guilando  i  grandi  e  possenti.  »  (Ammiralo,  1287,  1. 111,  t.  I,  p.  169). 

»  ViUani,  VII,  114.  Léon.  Bruni,  UI,  58.  —  La  tradition  s'établit  k  la 
longue  qu'on  Tavait  jelé  dans  une  citerne  où  il  trouva  la  mort.  (Cbron. 
attribuée  à  Dino  Compagnie  I,  6.  L'autorité  de  cette  chronique,  nulle 
pour  les  faits,  peut  ôlre  invoquée  pour  constater  une  tradition.) 

*  Erant  dus  factiones  Aretio  puisa  :  una  ex  plebeis  qui  Priorem  arlium 


(An.  1287)  EMBARRAS  DES  GUELFES  TOSCANS.  297 

cours.  Pour  les  ramener  dans  leur  pairie,  Florence  épui- 
sait en  vain  supplications  et  menaces.  Les  circonstances 
du  moment  remplissaient  d'espoir  les  gibelins.  Battu  et 
fail  prisonnier  en  Sicile,  malgré  Fargent  et  les  hommes 
que  lui  envoyait  la  Toscane*,  Charles II  d'Anjou  n'échap- 
pait à  la  mort  que  grâce  à  Constance,  fille  de  Manfred, 
qui  l'expédiait,  pour  sauver  ses  jours,  dans  les  prisons 
lointaines  de  l'Aragon.  Roberl,  comte  d'Artois,  gouver- 
neur au  nom  du  captif  dans  les  provinces  de  terre  ferme, 
venait  à  son  tour  d'être  battu  par  les  Aragonais.  En  accou- 
rant de  France  au  service  de  celte  monarchie  française, 
le  comte  de  Brainne  et  le  fils  du  com  le  de  Flandre  emme- 
naient avec  eux  Guy  de  Montforl  et  des  guelfes  nombreux 
de  la  ligue,  dégarnissant  ainsi  la  Toscane  de  ses  défen- 
seurs. Ces  guelfes  ne  croyaient  pas  sans  raison  que  le  sort 
de  leur  cause  allait  peut-être  se  jouer  sur  les  champs  de 
bataille  du  pays  napolitain  ;  mais  leur  absence  préparait 
à  leurs  amis  des  jours  difficiles.  La  mort  d'Honorius  IV 
(5  avril  1287)  compliquait  encore  ces  embarras,  car  on 
devait  craindre  que  le  nouveau  pape  ne  fût  élu  sous  une 
influence  ennemie  de  la  maison  d'Anjou  \  Le  parti  man- 
quait à  la  fois  de  chef  spirituel  et  de  chef  militaire.  Dé- 


secuti  fuerant  ;  allera  ex  nobilitate  per  fraudem  postmodum  éjecta  (Léon. 
Bruni,  m,  58). 

*  Le  11  janvier  1285,  les  conseils  florenlins  délibéraient  sur  une  de- 
mande dMiomnies  à  pied,  cum  balistis  et  lanceriis,  faite  au  nom  de  Charlet;  IL 
Le  15,  le  14  on  proposait  de  lui  en  envoyer  300  ou  400,  payés  pour  deux 
ou  sii  mois,  avec  un  marchand  chargé  d*effectuer  la  paye,  deux  ou  quatre 
capitaines  non  juvenes^  milites,  vel  filii  militum  (Consulte,  t.  I,  quad.  E, 
p.  62-65).  —  Le  2,  le  4  avril,  il  s^agit  encore  de  lui  envoyer  des  fantassins 
et  6000  florins  (Ibid,,  p.  8i).  Le  6,  pour  se  procurer  cet  argent,  on 
frappait  un  impôt,  d'après  Vestimo^  à  raison  de  20  pour  100  (Ibid,, 
p.  86-87). 

*  La  parte  ghibellina  prese  in  Tosrann  molta  baldanza  perché  non  ?'  era 
papa  in  sedia  (Yillani,  VU,  114).  Cf.  Paolino,  U,  41. 


298  LE  CUAPELAIN  PERCIVALLE.  (Ax.     287) 

fiant  des  Italiens  et  même  des  étrangers  déjà  mis  à  Té- 
preuve,  il  cherchait  un  capitaine  c<  de  langue  française 
et  n'ayant  été  à  la  solde  d'aucune  des  villes  de  la  ligue  *.» 
Il  ne  cessait  d'envoyer  de  l'argent  à  Naples*;  mais  de 
Naples,  il  ne  lui  venait  que  d'incessantes  requêtes,  au 
lieu  du  prince  ou  du  seigneur  qu'il  en  attendait. 

Plus  heureux,  les  gibelins  n'avaient  que  l'embarras  du 
choix.  A  côté  de  l'évêque  d'Arezzo  commandait  Buonconte 
de  Montcfeltro,  fils  du  vieux  guerrier  que  les  Pisans  avaient 
mis  à  leur  tête'.  Tous  les  deux  reconnaissaient  passagère- 
ment laulorité  d'un  chapelain  pontifical.  Ce  chapelain, 
aventurier  de  noble  famille,  Percivalle  des  Fieschi  de  La- 
vagna,  au  risque  de  contrarier  la  politique  de  Gênes,  sa 
patrie,  était  alléjadis  mendier  de  l'empereur  élu  le  titre  de 
vicaire  impérial.  Se  croyant  dès  lors  le  dioit  de  comman- 
der la  taglia  de  la  ligue  toscane*,  on  l'avait  vu  s'installer 
insolemment  à  Florence  dans  la  maison  des  Mozzi,  où  des- 
cendaient les  légats  apostoliques,  puis  dans  Arezzo,  où  les 
gibelins  goûtaient  peu  son  origine  guelfe,  et  les  guelfes 


'  De  lingua  francigena  aut  ultramontana,  qui  hactcnus  non  sinl  soliti 
esse  aut  slare  ad  stipendia  alicujus  ex  civitatibus  socielatis  Tuscise  (Provvi' 
iioni,  1. 1,  nM,  p.  67-69).  Cette  demande  était  adressée,  le  A  janTÎer  1287, 
aux  frères  du  roi  captif.  On  voulait  que  le  chef  demandé  vint  avec  100  ca- 
valiers. On  en  désignait  quatre,  en  marquant  des  préférences  pour  Messer 
Giovanni  Novello,  fils  de  Blesser  Giovanni  de  Â|>pia.  Si  les  frères  du  roi 
refusaient  de  désigner  personne,  les  ambassadeurs  avaient  de  pleins 
pouvoirs  pour  faire  un  choix  eux-mêmes  dans  les  conditions  dites  plus 
haut  (Ibid.). 

*  Le  15  août  1287,  Charles  ou  ses  ayant  droit  donnaient  quittance  d'une 
somme  de  5000  florins  d'or  envoyée  par  Florence  pour  la  répression  des 
rebelles  de  Sicile  (Capitoli,  n*  XXX,  f  212). 

*  Voy.  Litta,  Famiglie  celebri  ilaliatie, 

*  En  juin  1286,  il  obtenait  en  effet  de  Sienne  la  taglia,  à  condition 
toutefois  que  Florence  et  les  autres  villes  de  la  ligue  lissent  de  mémo 
(Cartapecore  di  Siena,  n*  l07fl). 


(ib.  1288)        SA  CAMPAGNE  DANS  L£  VAL  D'ARNO.  290 

ses  proscriptions.  N'obtenant  nulle  part,  sauf  à  Pise  et  à 
San-Miniato,  le  serment  de  fidélité*,  il  avait  piteusement 
repassé  les  Alpes,  non  sans  lancer  la  flèche  du  Parlhe, 
sous  forme  d'une  grosse  amende,  qui  était  pour  les  seuls 
Florentins  de  soixante  mille  marcs  d'argent.  Mais  bien- 
tôt de  retour,  et  celte  fois  avec  des  hommes  d'armes  de 
Rodolphe,  il  s'était  fait  reconnaître  vicaire  royal  par  les 
gibelins  de  toute  la  Toscane*. 

C'est  le  moment  où  la  lutte  prenait  un  sérieux  carac- 
tère. Les  guelfes  exilés  d'Arezzo  s'essayaient  à  la  vengeance 
par  la  prise  des  châteaux  de  Rondine  et  de  San-Savino*. 
Déjà  aidés  de  cinq  cents  cavaliers  de  la  taglia^  ils  avaient 
la  promesse  de  voir  bientôt  auprès  d'eux  les  quinze  cents 
dont  elle  disposait,  et  ils  s'engageaient,  en  retour,  alors 
même  qu'ils  rentreraient  dans  leur  patrie,  à  ne  rien  faire 
que  d'accord  avec  leurs  alliés  (17  octobre  1287)*.  Dès  les 
premiers  jours  de  1288,  commençait,  sous  la  direction  du 
belliqueux  chapelain ,  une  série  de  campagnes  dévasta- 
trices contre  le  territoire  des  villes  guelfes.  Partis  d'A- 
rezzo,  son  quartier  général,  ses  gibelins  s'avançaient  par 
le  val  d'Arno  jusqu'aux  environs  de  Florence,  par  le 
viil  d'Arbia  jusqu'aux  environs  de  Sienne,  s'emparant  de 


'  Le  13  oclobrc  19.86,  Sienne  le  refusait,  disant  que  par  privilège  de 
Rodolphe,  roi  des  Romains,  elle  n'y  était  pas  tenue  jusqu^à  ce  que  ce 
prince  vînt  en  personne  (Cariap.  di  Siena  n'  1077).  Pcrcivalle  condamnait 
ponr  ce  fait  Sienne  à  trois  mille  marcs  d'argent,  mais  Sienne  en  appelait  à 
Rodolphe,  au  pape,  et  le  vicaire,  effrayé  du  bruit,  se  déclarait  prêt  à  retirer  sa 
sinlencc,  s'il  ^ovuit  qu'elle  fut  injuste.  Il  était  alors  à  Arezzo  (W.,  n*  1078). 

«  Villani,  VII,'  111,  tli.  Slefani,  III,  1C9. 

3  Rondino,  sur  une  luulcur,  dans  le  val  d'Arno  arétin,  lu  5  milles  au 
nord  ouest  d'Arczzo,  appartenait  aux  Ijbertini  (Repetti,  IV,  816).  Monte 
San  Savino,  dans  le  val  de  Chiana,  au  sommet  d'une  colline  qui  fait  partie 
du  mont  Palazzuolo,  sur  la  route  d'Arezzo  &  Sienne  (Repetti,  III,  519). 

*  Villani,  VU,  114.  Stefani,  UI,  172.  Ahiliiirato,  1288, 1.  lll,  1. 1,  p.  169. 


300  EXPÉDITION  DES  FLORENTINS  (Ah.  1288) 

Chiusi,  menaçant  Monlepulciano,  plus  forts  de  jour  en 
jour,  parce  que  les  lièdes  se  portaient  en  foule  vers  ce 
qu'ils  croyaient  être  le  soleil  levante 

Florence  ne  pouvait  larder  plus  longtemps  de  marcher 
à  l'ennemi.  Elle  en  était  détournée  par  les  gibelins  hon- 
teux qui,  dans  cette  cité  guelfe,  dissimulaient  leurs 
Si^crètes  espérances  sous  un  apparent  amour  de  la  paix. 
Mais  devant  les  déprédations  et  la  hardiesse  croissante  des 
Arétins,  les  grands  guelfes  remportèrent.  Us  imposèrent 
la  villede  huit  cents  cavallate*.  Ils  firent  appel  à  Bologne, 
à  Pistoia  ,  à  Lucques,  à  Sienne,  même  à  San-Miniato.  Ils 
n'oublièrent  point  Moinardo  de  Susinana,  leur  pupille, 
que  son  père  mourant  avait  confié  à  leur  tutelle,  contre 
les  Guidi,  les  Ubaldini  et  autres  seigneurs  de  ces  con- 
trées. Gibelin  d'origine  et  de  mœurs,  ce  Mainardo  était 
donc  guelfe  par  intérêt  et  par  reconnaissance.  Ses  do- 
maines au  pays  montagneux  qui  conduit  du  Gasentino  en 
Romagne,  lui  rendaient  précieux  l'appui  des  Florentins, 
et  les  Florentins,  de  leur  côté,  tenaient  à  son  concours, 
car  il  était  un  si  redouté  capitaine  qu'on  l'appelait  le 
Diable  ^ 

Le  23  mai,  les  bannières  remises  aux  gonfaloniers  se 
déployaient  pour  huit  jours,  selon  l'usage,  aux  portes  de 
la  Badia  a  Ripoli*.  Le  1**"  juin,  Voste  se  metUiit  en  mar- 
che et  le  contingent  de  Sienne  recevait  l'ordre  de  s'y 
joindre*.  Depuis  le  retour  des  guelfes  au  pouvoir,  on 

*  Paolino,  H,  41.  —  Villani,  VU,  114.  —  Ammirato,  loc,  ciL,  p.  170. 

*  Ge  chiffre  semble  exagéré,  surtout  si  on  le  double,  comme  fait  Villani. 
de  880  autres  cavaliers  mercenaires,  qui  font  sans  doute  double  emploi 
avec  les  premiers. 

>  Purg,,  XIV,  118.  Villani,  VH,  148.  Cf.  Del  Lungo,  notes  à  la  Ghron. 
attribuée  à  Dino  Compagni,  1.  I,  p.  23,  n.  11. 

*  Villam,  VU,  119.  Ammirato,  1288, 1. 111,  t.  I,  p.  171-174. 
■  Contiglio  délia  Can^na^  XXXY,  81. 


(An.  1288)  CONTRE  AREZZO.  301 

n'avait  pas  vu  encore  une  armée  si  nombreuse,  si  riche- 
ment équipée.  Le  val  d'Ambra  et  le  territoire  d'Arezzo 
envahis,  durant  vingt-deux  jours  les  alliés  y  abattirent 
les  oliviers,  y  arrachèrent  les  vignes,  s'y  emparèrent  de 
trente  à  quarante  châteaux  ^  Après  une  semaine  de  résis- 
tance, et  quoi  qu'elle  eût  pour  trois  mois  de  vivres, 
Tiaterina  se  rendait,  sous  prétexte,  disait  Lapo  ou  Lupo  des 
Uberli,  chargé  de  défendre  cette  place,  que  les  loupç 
n'ont  pas  coutume  de  se  tenir  enfermés*.  Devant  les  mure 
d'Arezzo  fut  injurieusement  coupé  l'orme  séculaire,  et 
célébrée  dans  le  camp  qu'avaient  inondé  les  pluies,  la  fête 
patronale  de  saint  Jean-Baptiste.  Nul  de  la  place  ne  vint 
troubler  ces  réjouissances  insolentes,  et  pourtant,  dès  le 
lendemain,  les  guelfes  pliaient  prudemment  leurs  tentes 
encore  humides,  et  retournaient  sans  autre  gloire  chacun 
chez  soi.  Alors  commença  de  se  montrer  l'ennemi.  Les 
milices  siennoises  avaient  voulu  suivre  le  plus  court 
chemin,  par  Monlegrossoli,  au  lieu  de  faire  un  détour, 
comme  le  conseillaient  les  Florentins  :  elles  tombèrent, 
le  25  juin,  dans  une  embuscade  que  leur  tendaient,  au 
défilé  de  la  Pieve  al  Toppo,  Buonconte  de  Montefeltro  et 
Guglielmino  des  Pazzi.  Leur  chef,  Ranuccio  Farnese,  y 
trouva  la  mort\ 

Cet  incident,  par  le  bruit  qu'on  en  lit,  devint  comme 
le  signal  de  cruelles  représailles.  Partout,  en  un  instant, 
les  gibelins  furent  debout.  A  Florence,  du  haut  des  tours, 
on  vit  bientôt  la  fumée  des  villages  qu'ils  livraient  aux 
flammes*.  A  Pise,  le  1*'  juillet,  éclatait  un  soulèvement 

1  Villani,  Ainmirato,  loc,  cf^,  disent  quarante  ;  Stefani  (m,  75)  trente 
seulement. 

*  Villani,  Ammirato,  loc,  cit, 

*  Agostino  Patrizi,  ap.  Malavolti,  part.  U,  1.  III,  f  54.  Stefani,  m,  175. 
«  Paolino,  U,  41.  Villani,  Vit,  119-126.  Stefani,  UI,  178. 


302  CHUTE  D'UGOLINO.  (Ak.  1288) 

depuis  longtemps  préparé.  Pour  renverser  son  aïeul, 
Nino  de  Gallura  s'était  fait  le  champion  de  la  paix  avec 
Gènes.  — A  mort  quiconque  ne  la  veut  pas  !  — s'écriaient 
dans  les  rues  ses  partisans  ^  Ceux  qui  ne  la  voulaient  pas, 
c'étaient,  avec  Ugolino,  tous  les  hommes  de  sens*  ;  mais 
Gènes  venait  d'offrir  aux  captifs  leur  liberté  à  prix  d'ar- 
gent, sans  cession  de  châteaux,  ni  de  territoire,  et  la 
multitude  gibeline,  ravie  de  retrouver  sans  trop  de  sacri- 
fices ses  plus  vaillants  défenseurs,  imposait  au  comte 
l'acceptation  d'un  traité  qui  lui  mettait  dix  mille  adver- 
saires nouveaux  sur  les  bras.  N'osant  tenir  tête  à  l'orage 
qui  grondait,  il  plia,  mais  seulement  en  apparence  :  son 
fils,  qui  résidait  à  Cagliari,  reçut  l'ordre  secret  de  pro- 
voquer une  rupture  en  assaillant  les  galères  génoises'. 

Le  but  fut  atteint  :  Gènes  indignée  déchira  le  traite  ; 
victimes  d'une  défiance  trop  naturelle,  les  prisonniers  ne 
purent  plus  ouvrir  de  négociations  :  un  à  un  ils  mouru- 
rent tristement  dans  leurs  fers  *.  Quant  au  comte  Ugolino, 
il  n'y  gagna  que  de  redevenir  seigneur  pour  peu  de  jours  : 
l'archevêque,  qu'il  avait  chassé  du  palais  communal,  y 
rentra  pour  le  condamner  à  vingt  mille  livres  d'amende, 
et  l'enfermer,  parce  qu'il  ne  la  pouvait  payer  entière- 


^  Muoja  chi  QOQ  Tuole pacie  coa  i  GenoTeâ  (Fragtn.  hitt.  Pit.  R.  1.  S., 
.  XXIV,  650). 

*  E  foleala  per  confondere  e  disfare  lo  coote  Ugolino,  cbe  non  la  voica 
elii  ne  anco  tutti  quelli  chc  savi  crano  a  Pisa,  perché  parca  loro  impossibilc 
a  poterla  fare  (/6Ȉ.,  p.  651). 

»  Ann.  gen.,  1.  X,  R.  I.  S.,  t.  VI,  594. 

^  Lotto,  fils  d'Ugolino,  pour  raToir  sa  liberté,  quand,  seize  ans  après  la 
Meloria,  Pise  conclut  la  paix  aTcc  Gènes,  dut  prendre  rengagement  d'y 
acheter,  dans  le  délai  de  dix  ans,  des  maisons  et  des  terres.  Florence  se 
porta  caution  pour  lui  jusqu'à  concurrence  de  quinze  mille  florins,  et,  à 
cet  effet,  envoya  un  syndic  à  Gênes  (17  juillet  13U2.  ProwUioni,  t.  li 
n*  3,  p«  84). 


(AN.  1288)  FERMETÉ  DES  FLORENTINS.  303 

ment,  dans  cette  tour  célèbre  de  la  faim  dont  la  clé  fut 
jetée  dans  l'Arno.  C'est  au  fond  de  cette  tour  qu'en  traits 
ineffaçables  Dante  Ta  peint  mourant  un  peu  plus  tard, 
en  proie  aux  plus  atroces  souffrances,  avec  ses  petits-fils 
innocents  ^ 

Maîtres  ainsi  du  côté  de  Pise  comme  du  côté  d'Àrezzo, 
les  gibelins  s'enhardissaient  encore  au  bruit  des  victoires 
que  remportaient  Don  Jayme  d'Aragon  el  les  Siciliens 
contre  les  fils  de  Charles  d'Anjou*.  C'est  à  ces  heures 
critiques  que  Florence  étonnait  l'Italie  par  sa  ferme  atti- 
tude. On  la  voyait,  fidèle  à  ses  engagements  envers 
d'anciens  ennemis',  soutenir  avec  constance  ses  amis 
anciens  el  nouveaux.  Elle  expédiait  aux  Lucquois  et  à 
Nino  Visconti  redevenu  guelfe  depuis  que  les  gibelins 
dominaient  a  Pise,  cent  cavaliers  et  trois  cents  perfo/u*. 

>  Inferno,  XXXIII.  —  Nous  passons  ici  sur  les  détails  de  cette  lutte  mé- 
morable. Us  ne  sont  pas  de  notre  sujet  et  ils  manquent  de  certilude.  On 
doit  souliaitcr  que  ce  rdcil  soit  repris  avec  toute  r attention  qu^y  peut 
apporter  la  critique  moderne.  Les  conlradiclions  y  abondent  d*un  auteur  à 
l 'autre,  el  quelquefois  dans  le  même  auteur.  M.  Zobi,  dans  son  ouvrage  déjà 
cité  ^Toy.  plus  haut  même  volume,  p.  177,  n.  5),  en  a  relevé  un  grand 
nombre,  mais  avec  le  zèle  d'un  panégyriste,  plutôt  qu'avec  la  clairvoyance 
el  rimparlialilé  d'un  historien.  On  peut  consulter  sur  ces  faits,  outre  les  au- 
torités déjà  indiquées,  Benvcnuto  Rambaldi  d'Imola,  Comm.  Div,  Com,  ap. 
Anliq,  liai,  1, 11 40,Marangoni,  R.  I.  S.,  Suppl.,  1, 557,  Tronci,  p. 261-262, 
Dal  Borgo,  DtM.,  II,  401.  M.  Zobi  cite  en  outre  Fra  Jacopo  délia  Lana 
et  le  Pisan  Da  Buti,  qui  expliquait  Dante  à  Pise  dans  la  seconde  moitié  du 
XIV*  siècle  (ch.  I,  p.  16).  Panni  les  modernes,  Grassi,  p.  145-151,  In- 
ghirami,  VI,  551,  Arrivabenc,  Secolo  di  Dante,  1.  III,  part.  I,  p.  410,  Giu- 
dici,  Storia  dei  municipi  italiani,  I,  881,  Ferrari,  III,  18^  Léo,  1.  VII, 
c.  I,  t.  Il,  p.  49,  Sismondi,  III,  20  sq. 

•  Villani.  VU,  120. 

^  Le  0  juillet  1288,  elle  relâchait  un  familier  des  Ubaldini,  aux  termes 
du  traité  conclu  avec  ces  seigneurs  (Prowisioni,  t.  I,  n*  1,  p.  79). 

^12  juillet  1288.  Prorvisioni,  t.  I,  n*  1,  p.  81  v*.  Il  n'y  a  pas  moins  de 
trois  Greti  dans  le  seul  vald'Ârno  inférieur  :  la  paroisse,  donnée  en  12554 
par  Frédéric  II,  aux  comtes  Guidi,  S.  Ansano  et  S.  Donato  in  Greti,  cc 
dernier  donné  en  1249  par  le  même  à  Guido  NovcUo  (Repetti,  II,  507). 


304  GUERRE  D^ESCARMOUGUËS  (An.  1288) 

Elle  défendait  à  ses  marchands  et  autres  sujets  d'aller  à 
Pise  ou  d'y  rester  plus  longtemps  *.  Elle  levait  deux  mille 
chevaux  de  ses  cavallate,  et  se  procurait  quarante  mille 
florins  d'or*.  Elle  votait  des  récompenses  à  quiconque  se 
distinguait  dans  les  escarmouches  de  cette  guerre \  Elle 
chassait,  ainsi  que  Sienne,  ses  principaux  gibelins,  sans 
craindre  de  grossir  au  dehors  les  rangs  de  ses  adversai- 
saires*.  En  août,  elle  envoyait  douze  cavaliers  de  corredo 
et  deux  cents  autres  soldés  à  l'altaque  d'Âsciano,  place 
bientôt  emportée  par  les  Lucquois,  par  Nino  Visconti  et 
les  exilés  de  Pise*.  En  septembre,  elle  battait  dans  la  ma- 
remme  de  cette  ville  des  renforis  venus  de  Rome  aux  Pi- 
sans,  et  célébrait  par  de  grandes  fêtes  la  prise  des  en- 
seignes*. Il  ne  s'agissait  là  que  d'un  facile  triomphe 
sur  deux  cents  hommes  à  peine  ;  quand  un  grand  nombre 
se  trouvait  en  face  d'eux,  les  Florentins  n'avaient  garde 
d'engager  le  combat.  C'était  un  spectacle  peu  héroïque 
de  voir,  le  28  septembre,  mille  de  leurs  cavaliers  et 
quatre  mille  de  leurs  pedoni  rangés  en  bataille,  mais  im- 
mobiles, près  de  Laterina,  sur  la  rive  gauche  de  l'Ârno', 


«  20  juillet  1288. /6iW.,  p.  87. 

«  28  juillet,  26  août  1288.  Ibid,,  p.  91  V,  95  V. 


'  500  il.  d'or  à  Bemardo  de  Rieti,  connétable  de  la  commune,  qui  doit 
être  fait  chcTalier  pour  la  victoire  remportée  dans  le  contado  de  Pise 
(28  septembre  1288.  Ibid,,  p.  101).  —  40  fl.  d'or  par  an  sont  alloués  à 
quiconque  a  une  cavallaia.  Récompense  pour  tout  citoyen  ou  cotUtuiino 
qui,  ayant  cavallata  ou  non,  se  sera  IrouYé  avec  un  cheval  de  guerre  k  la 
cavalcata  contre  Montevarchi  et  Laterina.  10  sous  par  jour  à  quiconque 
est  venu  à  Tarmée  avec  un  cheval;  15  sous  si  avec  deux,  etc.,  à  condition 
que  le  service  militaire  ait  duré  plus  de  deux  semaines  (29  septembre  1288. 
—  Ibid.,  p.  109  V). 

^  Malavolti,  part.  H,  1.  m,  f*  54  V.  Stefani,  HI,  178. 

»  Villani,  VU,  121. 

*  C'est  à  cette  occasion  que  fut  fait  chevalier  Bemardo  de  Rieti.  —  Voy. 
même  page,  n.  3.  Cf.  Villani,  VU,  122,  et  Ammirato,  1.  HI,  1. 1,  p.  173. 


An.  1289)  ENTRE  AREZZO  ET  FLORENCE.  305 

quoique  quelques  gouttes  d'eau  qui  y  coulaient  encore, 
malgré  la  sécheresse,  n'empêchassent  de  le  traverser  ni  à 
cheval,  ni  même  à  pied.  Sur  la  rive  droite  se  déployaient 
mille  cavaliers  et  huit  miWe  pedoni  d'Ârezzo,  qui  of- 
fraient la  bataille  :  elle  ne  fut  point  acceptée  \  et  les  Aré- 
tins,  plutôt  que  d'y  contraindre  l'armée  florentine,  se  con- 
tentèrent d'occuper  le  val  de  Sieve,  laissant  attaquer  et 
détruire  à  loisir  les  châteaux  desUbertini*.  Le  7  octobre 
suivant,  les  syndics  de  Sienne,  Pistoia,  Prato,  Poggibonzi, 
Volterre,  San-Gemignano,  San-Miniato  et  Florence,  réu- 
nis dans  cette  dernière  ville,  en  l'église  de  San-Gio- 
vanni ,  ouvraient  la  ligue  toscane  aux  guelfes  exilés  d'A- 
rezzo,  à  condition  de  ne  pas  faire  la  paix  avec  leurs  com- 
patriotes gibelins  sans  la  permission  desdites  communes, 
et  d'entretenir  cent  cavaliers  dans  leur  patrie,  quand 
ils  y  seraient  les  maîtres*.  Se  nuire  réciproquement, 
mais  éviter  les  coups,  telle  était  donc  l'ordinaire  tactique 
de  ces  peuples,  sauf  en  quelques  moments  décisifs. 

Un  de  ces  moments  approchait,  et  Florence  le  sentait 
bien.  Jusqu'à  sept  milles  de  ses  murailles,  jusqu'à  San- 
Donato  in  Collina  s'avançaient,  en  mars  1289,  les  gi- 
belins d'Arezzo  et  de  Romagne*.  Contre  eux  le  potestat, 
le  capitaine,  les  prieurs  recevaient  fra/ta,  c'est-à-dire  de 
pleins  pouvoirs,  jusqu'au  15  juin'.  L'archevêque  de 
Pise,  impuissant  et  exécré  comme  ne  l'avait  jamais  été 


1  E  cosl  siette  ciascuna  parte  alla  gara  (Villani,  VU,  iS3). 
«  Stefani,  III,  176.  —  Villani,  VU,  123. 

*  Cartapecore  di  Siena^  n*  1093. 

^  Villani,  VII,  126.  Stefani,  III,  178.  Cest  à  cette  occasion  que  Florence 
et  Sienne  expulsaient  leurs  caparali  gibelins.  Voy.  page  précédente. 

*  16  avril  1289.  Frowisioni^  t.  I,  n*  3,  p.  1.  —  Le  12  juillet  suivant 
on  donnait  aux  prieurs  le  droit  de  frapper  un  impôt  spécial  pour  les  besoins 
de  cette  guerre  (Ibid.,  p.  13  t*). 

BIST.  DB  FLORBNCB.    —  II.  20 


306  GUIDO  DE  MONTEFELTRO  A  PISE.  (An.  1289 

Ugolino,  cité  à  comparaître  devant  le  pape  Nicolas  IV» 
et,  sur  son  refus,  déclaré  rebelle  à  la  sainte  Église, 
venait  d'appeler  comme  capitaine  le  vieux  comte  de 
Montefeltro,  chef  des  gibelins  dans  Tltalie  centrale,  tyran 
d*Urbino,  vainqueur  des  Français  à  Forli,  habile  et  vail- 
lant guerrier,  qui  triomphait,  disait-on,  d'armées  en- 
tières avec  une  poignée  d'hommes*.  Pour  l'attirer,  pour 
le  retenir  dans  une  ville  sans  armes,  sans  soldats,  sans 
argent,  il  avait  fallu  mettre  à  son  service  trois  cents 
hommes  de  cavalerie,  lui  promettre  un  salaire  annuel 
de  dix  mille  florins  d'or,  lui  assurer  trois  ans  de  sei- 
gneurie. Frappé,  comme  l'étaient  les  Pisans,  des  foudres 
pontificales,  pour  avoir  quitté  Asti  de  Piémont  où  l'avait 
confiné  la  haine  du  saint-siége',  il  était  d'autant  plus 
redoutable  qu'il  ne  voyait  plus  rien  à  ménager.  Contre 
un  tel  chef,  Florence  comptait  peu  sur  son  potestat,  sur 
son  capitaine  du  peuple  ;  elle  cherchait  des  talents  mili- 
taires et  des  forces  nouvelles  :  le  hasard  se  chargea  de 
les  lui  procurer. 

Au  mois  de  novembre  précédent  (1288),  Charles  II 
d^ Anjou  était  sorti  de  la  prison  où  il  languissait  en  Cata- 
logne. Edouard  d'Angleterre,  Nicolas  IV  avaient  ob  tenu 
pour  lui,  de  Don  Jayme  d'Aragon,  la  paix  et  la  liberlé. 
Laissant  deux  de  ses  fils  en  otage,  il  s'acheminait  vers 


1  Montefeltro  est  la  partie  de  la  province  d'Urbino  la  plus  rapprochée  de 
montagnes.  Urbino  est  appelée  capitale  du  Montefeltro  (Voy.  Fraticclli, 
Stofia  délia  vita  di  Dante,  p.  193).  —  A  partir  de  ce  moment  Tarche- 
▼éque  Ruggieri  ne  compte  plus  dans  Thistoire.  Dante  renvoie  rejoindre 
dans  le  cercle  infernal  aux  glaces  éternelles  sa  lamentable  victime  et  met 
son  crâne  sous  la  dent  implacable  de  celui  qu'il  avait  fait  mourir  de  faim 
sans  pitié  (M/*.,  XXIU,  55). 

«  Voy.  Paolino,  II,  43.  -^  Giudici,  J,  88i.  —  Léo,  1.  VU,  c.  I,  t.  D^ 
)).  50.  —  Ferrari,  UI,  30.  —  Sismondi,  III,  39. 


(An    1289)  CHARLES  II  DANJOU  A  FLORENCE.  307 

son  royaume  à  petites  journées.  Les  villes  toscanes  s'é- 
taient mises  en  frais  pour  le  bien  recevoir.  Sienne  lui 
volait  un  présent  de  deux  mille  livres  \  Le  5  mai  1289» 
Florence  autorisait  son  camerlingue,  Don  Angelo,  moine 
de  Tordre  de  Giteaux  et  du  couvent  de  Settimo,  à  dé- 
penser douze  cents  florins  en  son  honneur*.  Depuis  trois 
jours  déjà  il  se  trouvait  dans  cette  ville.  On  l'y  avait  reçu 
en  roi,  en  allié  des  guelfes,  avec  toutes  les  fêtes  où  bril- 
laient tant  de  fils  de  marchands  devenus  chevaliers*.  On 
voulait  de  lui  un  capitaine  rompu  au  métier  des  armes, 
et  qui,  portant  la  bannière  royale  au  milieu  des  milices 
florentines,  ne  permît  pas  à  son  maître  de  rester  indif- 
férent à  leurs  revers*.  Charles  d'Anjou  leur  laissa  un 
de  ses  barons,  fort  jeune  encore,  mais  «  grand,  preux  et 
sage  gentilhomme*,  »  qu'on  nommait  Aymeric  de  Nar- 
bonne,  et  qu'il  fit  chevalier  à  cette  occasion*.  Peut-être 
cette  sagesse  dont  parle  Yillani  était-elle  plutôt  le  fait 
d'un  vieux  guerrier,  Guillaume  Bérard,  jadis  précepteur 
d'Aymeric,  et  qui  resta  auprès  de  lui  avec  cent  cavaliers 
bien  équipés,  bien  payés\  L'Angevin,  revenant  d'Es- 


*  Consiglio  délia  Campana,  XXXYII,  97. 

«  Provvisioni,  i,  I,  n*  1,  p.  111. 

5  Yillani,  VU,  129.  —  Malavolli,  part.  II,  1.  III,  ^  54  ?•. 

^  In  quella  hoste  c  cavalcata  si  diedc  di  prima  Pinsegna  regale  de  Parme 
del  re  Carlo,  e  ebbela  inesser  Berto  Frescobaldi,  che  mai  non  si  era  più  data 
ne  usala,  e  poi  sempre  Tusarono  in  delta  hoste  loro  (Yillani,  YU,  123). 

B  Grande  gentiluomo  e  prô  e  saggio  in  arme  e  in  guerra  (Villani, 
VU.  129). 

«  Simone  dcUa  Tosa,  p.  217.  Stefani,  III,  180. 

^  Ce  qui  permet  de  croire  qu'Âymeric  était  encore  fort  inexpérimenté, 
c'est  que  Simone  délia  Tosa  ne  lui  accorde  pas  les  mènie<«  éloges  que  Yillani. 
La  chronique  attribuée  à  Dino  Compagni  dit  inème  qu'il  était  •  non  molto 
sperto  in  fatto  d'armi  (I,  7).  »  Si  cette  chronique  est  sans  autorité  pour 
les  faits,  ce  jugement  prouve  uu  moins  Topinion  que  les  Florentins,  avec 
le  temps,  s'étaient  formée  d*Âymeric; 


508  CHARLES  ATTAQUÉ  PAR  LES  ARÉTINS.        (An.  1289) 

pagne»  s'était  ravitaillé  d'hommes  et  même  d'argent  à  la 
cour  de  Philippe  le  Bel. 

Après  trois  jours  passés  en  fête  à  Florence,  il  pour- 
suivit sa  route.  Nicolas  IV  l'attendait  à  Rieti,  pour  le 
couronner  roi  de  Sicile  et  de  Fouille*,  comme  pour  le 
délier  de  son  serment  de  ne  pas  attaquer  le  roi  d'Aragon. 
La  Sicile  n'en  restait  pas  moins  séparée  de  Naples,  et  le 
droit  de  lui  faire  la  guerre  ne  donnait  pas  les  moyens  de 
la  soumettre.  Depuis  les  sinistres  Vêpres,  l'astre  si  récent 
encore  de  la  maison  d'Anjou  était  déjà  sur  son  déclin. 
Sans  respect  pour  un  roi  sans  puissance,  les  Arélins  se 
disposaient  à  l'attaquer  au  passage,  à  disperser  sa  faible 
escorte,  à  s'emparer  de  sa  personne.  Mais  Florence  en  eut 
vent.  Elle  envoya  aussitôt  huit  cents  cavaliers,  ce  la  fleur 
de  ses  bonnes  gens,  »  et  un  certain  nombre  de  pedoni 
qui  le  conduisirent*,  les  gibelins  en  embuscade  ayant 
rebroussé  chemin  à  leur  approche,  jusqu'aux  confins  des 
territoires  de  Sienne  et  d'Orvieto  *• 

La  surprise  fut  grande,  à  Florence,  de  cette  attaque 
imprévue.  On  s'y  croyait  en  garde  contre  les  Arétins  par 
la  riche  pension  promise  et  déjà  peut-être  payée  à  leur 
évêque*.  Mais  Guglielmino  des  Pazzî,  son  neveu,  avait 

*  Le  couronnemenl  eut  Heu  à  Riéti  (et  non  à  Rome,  comme  le  dit 
Villani),  le  29  mai.  Voy.  Mui^tori,  Ann.  d'Ital.,  année  1289. 

*  Ce  certain  nombre  est  fort  incertain.  — Il  est,  selon  Villani  (VU,  129). 
de  5000  ;  selon  Slefani  (111,  180)  de  400.  —  De  pari  et  d'autre  il  peut  y 
avoir  un  zéro  ajouté  ou  supprimé.  En  tout  cas,  le  moindre  nombre  est  le 
plus  probable.  11  ne  s*agit  que  d'une  escorte. 

'  Villani,  Stefani,  loc.  cit.  —  Stefani  dit  posilivemenl  et  Villani  laisse 
entendre  par  Tordre  dans  lequel  il  expose  les  faits ,  que  c*est  apn'S  celte 
conduite,  par  reconnaissance,  que  Charles  laissa  aux  Florentins  Aymeric  avec 
la  bannière  royale,  le  i  i  mai.  11  n'est  guère  croyable  qu'on  eût  attendu  pour 
lui  faire  cette  demande  qu'il  fût  déjà  parti ,  car  on  ne  pouvait  savoir  alors 
qu*il  y  aurait  sitôt  lieu  de  le  rejoindre. 

*  Voy.  même  chapitre,  p.  295. 


(An.  1289)   PRÉPARATIFS  DE  GUERRE  A  FLORENCE.       309 

ramené  aux  desseins  belliqueux  celle  âme  versatile,  en 
lui  faisant  peur  des  poignards  qu'aiguisaient  contre  lui 
les  vindicatifs  gibelins  \  Les  Florentins,  dans  leur  ani- 
mation extrême,  ne  parlaient  plus,  ne  délibéraient  plus 
que  sur  les  moyens  de  réduire  une  bonne  fois  ces  intrai- 
tables ennemis.  Comme  jadis  pour  Mon taperti,  ils  firent 
des  préparatifs  considérables.  Depuis  quelque  temps  déjà, 
ils  avaient  réuni  des  vivres  à  Montecchi%  pour  la  somme, 
considérable  alors,  de  deux  mille  livres,  et  déclaré  la 
vacance  des  tribunaux  du  potestat  et  du  capitaine,  afln 
de  garantir  contre  toute  action  civile  et  criminelle,  du- 
rant leur  absence,  ceux  qui  supportaient  les  dépenses 
et  les  fatigues  delà  guerre*.  Pour  qu'ils  fussent  en  plus 
graiTd  nombre,  on  appelait  à  garder  la  ville  des  hommes 
d'autres  communes,  qui  s'y  relayaient  tous  les  deux  ou 
trois  jours*.  Ceux  des  campagnards  qui,  après  avoir  tou- 
ché leur  solde,  envoyaient  un  parent  à  leur  place,  étaient 
pour  cette  fraude  frappés  d'amende  par  le  potestat  Rosso 
desGabbrielli*.  Aux  six  cents  chevaux  des  cavallaJLe^  aux 

^  11  quale  tratUto  M.  Guiglielmo  Pazzo,  suo  nipole,  isturl)6,  perché  M  ves- 
covo  non  fosse  morte  da*  caporali  ghibelUni  (Villani,  VII,  150).  —  La  pré- 
tendue Chronique  de  D.  Compagni  rapporte  les  choses  tout  autrement. 

*  Jl  y  a  au  moins  six  localités  de  ce  nom,  une  au  val  d'Arno  pisan,  une 
au  val  d'Ëra,  une  au  val  d*Ârbia.  une  au  val  de  Sieve,  deux  au  val  de 
Chiana,  une  au  val  d*Arno  florentin.  Ici  probablement  il  s  agit  de  Mon- 
tecchi  du  val  de  Sieve  qui  avait  été  désignée  pour  servir  de  magasin  mili- 
taire, car  celte  terre  était  à  trois  milles  au  nord  de  la  Sieve,  au  pied  de  l'A- 
pennin (Voy.  Bepetti,  lll,  364-568). 

5  19  avril  1289.  Prowisioni,  t.  I,  n*  2,  p.  3. 

^  Le  20  février  1290  ,  en  faveur  de  •  rOniversité  •  de  Gangalandi,  on 
volait  180  livres  de  petits  florins  pour  200  soldats  qui  gardèrent  Florence 
deux  jours  quand  Tarmée  arétine  s'avança  dans  le  val  d'Arno,  100  hommes 
venus  en  ville  quand  s'y  trouvait  le  roi  Charles  et  qui  raccompagnèrent 
usqu'au  territoire  de  Sienne  ,  enfin  100  autres,  appelés  à  garder  Florence 
pendant  trois  jours,  quand  la  victorieuse  armée  se  mit  en  marche  contre 
les  Arétins  (Prowisioni,  t.  1,  n*  2,  p.  55j. 
.  "  Plusieurs  pièces  parlent  de  ces  condamnatioas  prononcées  par  Rosso  au 


3!0  DÉPART  DES  FLORENTINS.       (An.  1289) 

quatre  cenis  cavaliers  mercenaires,  aux  cent  qui  for- 
maient la  suite  d'Aymeric*  les  villes  de  la  ligue  adjoigni- 
rent les  leurs,  Lucques  cent  cinquante,  Sienne  cent  vingt, 
Bologne  cent,  Pistoîa  soixante,  Vollerre  quarante,  San- 
Gemignano,  Colle,  San-Miniato  un  nombre  sensiblement 
moindre,  puisqu'il  reste  indéterminé.  Divers  seigneurs, 
aussi,  prenaient  part  à  l'expédition,  entre  autres  Mainardo 
de  Susinana  avec  ses  Romagnols,  L'armée  comptait  en- 
viron dix-sept  cents  cavaliers*,  et  dix  mille  fantassins'. 
Dès  le  13  mai,  Gherardo  Ventroja  des  Tomaquinci 
avait  reçu  l'ordre  de  plan  1er  l'étendard  de  la  commune  h 
la  Pieviî  ou  abbaye  deRipoli,  par  où  l'on  entrait  dans  le 
val  d'Arno.  Le  2  juin,  les  cloches  sonnant  à  toutes  volées, 
l'armée  déploya  ses  bannières  et  se  mit  en  mafche. 
Aymeric  de  Narbonne  la  conduisait.  A  ses  côtés  étaient 
son  vieux  conseiller,  Guillaume  Bérard,  le  poleslat 
Ugolinodes  Rossi,  de  Parme,  Vieri  des  Cerchi,  ce  riche 
marchand  qui  avait  de  l'or  non-seulement  pour  recon- 
struire ses  maisons,  au  lendemain  d'un  incendie,  plus 
splcndidcs  qu'elles  n'étaient  auparavant*,  mais  encore 
pour  subvenir  en  toule  occasion  aux  besoins  publics; 
Corso  Donali,  enfin,  ce  noble  orgueilleux  qui  avait  le 
verbe  si  haut  dans  les  conseils,  et  qui  pour  lors  polestat 
de  Pistoîa,  en  commandait  le  contingent.  Corso  Donati 

camp  devant  Arczzo.  Diverses  furent  remises  après  la  victoire  (Prowisioni, 
\0  et  27  juillet  1290,  t.  1,  n»  2,  p.  111,  130). 

«  Villani,  VII,  150. 

'  Ce  chiffre  pa^ait  certain.  Il  est  donné  par  Villani  (VU,  130)  et  par  An- 
ilrea  Dei  (R   1.  S.,  t.  XV,  A\).  Stefani  (lU,  181)  no  s^éloigne  guère  d*eux 
il  dit  9500. 

'  Villani  dit  1600,  mais  il  oublie  les  100  d^Aymeric.  Andréa  D6i,2000; 
Stefani,  2500.  Villani,  décomposant  seul  ce  total,  semble  le  plus  digne  de 
confiance. 

^  Villani,  VII,  117. 


An.  1289)  MAR:HE  DANS  LE  CASENTINO.  311 

était  l'idole  de  la  foule  et  de  Tarmée.  Il  jouissait  de  cette 
popularité  malsaine  qui  est,  auprès  des  multitudes,  le 
privilège  des  violents.  Il  Tavait  méritée,  deux  ans  plus 
tôt,  en  entreprenant  d'arracher  au  potestat  un  des  siens, 
condamné  à  avoir  la  tête  coupée*.  Son  échec  ne  Tavait  ni 
humilié  ni  même  amoindri  :  on  savait  ce  que  de  pareils 
hommes  valent  dans  les  combats. 

L'armée  remonta  le  cours  de  l'Arno  par  la  roule  qui 
conduit  à  Pontassieve  et  qui  s'y  bifurque,  pour  mener 
au  sud  par  le  val  d'Arno  vers  Arezzo,  au  nord-est  par 
Stia  dans  le  Casentino.  Marcher  sur  Arezzo,  c'était  cou- 
vrir contre  les  incursions  des  Arétins  la  plus  riche  partie 
du  territoire  et  s'assurer  un  facile  ravitaillement.  S'en- 
foncer dans  le  Casentino  ne  pouvait  profiter  qu'à  des  inté- 
rêts prives,  qu'à  de  mesquines  vengeances.  C'est  pourtant 
l'itinéraire  qu'avaient  fait  prévaloir,  dans  les  conseils, 
des  châtelains  jaloux  de  couvrir  leurs  châteaux  et  de  dé- 
vaster les  terres  de  Guido  Novello ,  le  vieil  ennemi  des 
guelfes,  alors  potestat  d'Arezzo.  Le  chemin,  rocailleux, 
escarpé ,  grimpait  à  l'ouverture  de  la  boucle  que  décrit 
l'Arno,  quand,  après  avoir  descendu  du  nord  au  sud  vers 
Arezzo ,  il  remonte  du  sud  au  nord  vers  Florence.  On 
gravissait  les  plateaux  découverts  du  Prato  Magno ,  qui 
limitent  à  l'ouest  le  bassin  de  l'Arno  supérieur,  c'est-à- 
dire  le  froid  Casentino*,  limité  lui-même  à  l'est  par  l'A- 
pennin plus  haut  et  plus  boisé.  Dans  ce  fertile  et  char- 
mant massif  du  Pralo  Magno  s'élève  sur  une  hauteur 

*  Villani,  vu,  113,  ann.  1287. 

*  Le  Casentino  s*étend  sur  une  longueur  de  24  milles  ti  une  largeur  de 
21.  Les  montagnes  y  sont  couvertes  de  hêtres  au  sommet,  de  châtaigniers 
plus  bas.  C'est  dans  ces  solitudes  qu'étaient  venus  chercher  tour  à  tour  une 
retraite  saint  Romuald  à  Camaldoli,  saint  Jean  Gualbert  à  Yallombreuse, 
saint  François  d'Assise  à  TAlvernia  (Yoy.  Elepetti]. 


312  GUIDO  NOVELLO  A  POPPI.  (An.  Iî289) 

isolée,  comme  en  une  île  aérienne,  la  petite  ville  de  Poppi, 
point  stratégique  d'où  Ton  peut  se  porter  à  Test  sur  Bib- 
biena,  qui  commande  la  route  d'Arezzo  à  Stia,  et  même, 
avec  un  peu  plus  d'effort,  au  sud  sur  Laterina,  par  où 
Ton  va  d'Arezzo  à  Florence.  C'est  là,  aux  pieds  de  Poppi, 
sur  la  rive  gauche  de  l'Arno,  dans  la  plaine  de  Campai* 
dino  ou  de  Certomondo*,  que  l'armée  florentine,  s'ados- 
sant  à  la  montagne,  dressa  ses  tentes  pour  rayonner  tout 
à  Tenlour  et  attendre  les  événements. 

Moins  incapable,  Guido  Novello  aurait  pu  défendre  cette 
position  importante  et  infliger  aux  guelfes  en  marche  un 
grand  désastre.  Ni  le  temps  ni  les  forces  ne  lui  avaient 
manqué.  A  Poppi,  il  était  chez  lui*.  Il  commandait  une 
armée  où  les  Arélins  étaient  comme  noyés  dans  le  flot 
chaque  jour  croissant  des  gibelins  de  Toscane,  des  exilés 
de  tant  de  villes,  des  habitants  de  la  Marche ,  de  la  Ro- 
magne,  du  duché  de  Spolète.  Pour  conseillers,  il  avait 
de  subtils  florentins,  lesUberti,  les  Lan)berti,les  Abati. 
C'était  l'armée  de  la  faction  bien  plus  que  celle  d'Arezzo*. 
Inférieure  par  le  nombre,  car  elle  ne  comptait  pas  huit 
cents  cavaliers  et  huit  mille  pedoni\  elle  l'emportait  de 
beaucoup  par  l'affluence  des  nobles,  qui  avaient  seuls,  on 

*  Le  nom  ordinaire  c*esl  Campaldino.  Cerlomondo  parait  être  une  petite 
localité  de  cette  plaine.  Pourtant  on  lit  dans  Stefani  (111, 181)  :  «  Appiè  di 
Poppi,  doTe  era  un  piano  che  si  chiamava  Certomondo.  •  On  peut  voir  sur 
Campaldino  et  Certomondo  les  notes  géographiques  qui  se  trouvent  à  Tap- 
pendice  (t.  I,  517  et  t.  11,  289)  de  louvrage  intitulé  la  Batlagliadi  Cam- 
paldino, par  le  P.  Antonio  Bartolini.  Flor.  1876.  Cet  écrit  n*a  du  reste  au- 
cune portée  historique.  H  n*y  faut  voir  qu'un  racconto  où  Tauteur,  de  son 
aveu,  s'est  donné  toute  liberté  avec  les  faits  et  la  chronologie. 

«Villani,  VU,  139. 

'  Léon.  Bruni  fait  remarquer  que  Tinscription  qui  se  trouve  au  palais 
public  porte  que  les  gibelins  (et  non  pas  les  Ârélins)  ont  été  défaits  à  Cer- 
tomondo (  Vita  di  Dante,  en  tête  de  l'édition  de  la  Divine  Comédie,  Florence, 
1771,  p.  4). 

*  Andréa  Dei  (R.  L  S.,  t.  XV,  47)  dit  600 cavaliers  et  5000  fantassins.— 


(ÀM.  1289)  POSlTlOiNS  DES  GUELFES.  513 

le  sait,  la  pratique  des  armes  et  le  goût  des  combats. 
Pleins  de  mépris  pour  les  Florentins,  pour  ces  «  hommes 
de  rien  qui  peignaient  comme  des  femmes  leurs  longues 
chevelures*,  »  ces  nobles  n'avaient  pas  cru  nécessaire  de 
les  gagner  de  vitesse  :  ils  comptaient  sur  la  valeur  et  les 
talents  de  fiuoncontede  Montefeltro  pour  réparer  les  fau- 
tes de  Guido  Novello.  Le  moment  venu  de  se  mettre  en 
marche,  ils  trouvèrent  piquant  de  placer  à  leur  tête  ce 
belliqueux  mais  versatile  évoque  qui,  un  moment,  avait 
négocié  avec  Tennemi*. 

L'armée  guelfe  les  attendait  de  pied  ferme.  Satisfaite 
de  ses  positions  défensives,  elle  était  résolue  à  s'y  tenir. 
Le  samedi  11  juin*  elle  fut  répartie,  selon  l'usage,  en 
({uaire scliiere  ou  «  batailles,  »  comme  disaient  nos  aieux. 
En  première  ligne  étaient  les  fedilori  ou  tirailleurs, 
chargés  d'engager  le  combat.  Sur  leurs  flancs,  d'un  côté 
les  pavesari^  armés  de  pavois  et  de  piques,  de  l'autre  les 
balestrieri^  avec  leurs  arbalètes  qui  lançaient  des  carreaux 
ou  flèches  à  quatre  pans.  Ces  deux  ailes  formaient  avec 
le  centre  une  demi-lune  à  la  manière  antique,  où  se  trou- 
vaient alternés  cavaliers  et  pedoni.  Les  feditori^  au  nom- 
bre de  cent  cinquante,  avaient  pour  chef  Vieri  des  Cer- 
chi.  Ëlu  par  son  quartier  capitaine  de  guerre  et  chargé, 
à  ce  titre ,  de  désigner  ceux  de  ses  voisins  qui  feraient 
partie  de  ce  corps,  ce  brave  marchand,  quoique  malade 

Villani  (Vil,  130)  800  cavaliers  et  8000  fantassins.  —  Stefani  (lU,  181) 
1700  cavaliers,  9900  fantassins. 

^  Che  si  lisciaTano  come  donne  e  peltinavansi  le  zazzere,  e  aveanli  molto 
a  schifo  e  per  niante  (Villani,  VU,  130). 

*  Avacciarono  la  baltaglia  e  menarvi  il  dette  Tescovo  (Villani,  VII,  130). 
—  M.  Alto  Vannucci  (p.  164)  dit  qu'il  était  le  capitaine  général  de  rarmée. 
De  mètre  M.  Fanfani  (p.  99). 

3  Cette  date,  donnée  par  Villani,  est  exacte.  Les  pàques  tombèrent 
en  1289  le  10  avril.  Yoy.  VArl  de  vérifier  U$  dates. 


314  ORDRE  DE  BATAILLE.  (An.  1289> 

de  la  jambe,  s'élail  inscrit  le  piemier»  avec  ses  fils  et  ses 
neveux.  Son  exemple  avait  entraîné  beaucoup  de  nobles, 
de  riches  trafiquants  el  jusqu'à  des  lettrés.  De  ce  nombre 
était  Durante  ou  Dante  Aligbieri,  âgé  de  vingt-quatre  ans, 
inscrit  au  registre  des  apolliicaires.  Il  faisait,  ce  jour-là, 
ses  premières  armes,  et  il  avoue  avec  franchise  ce  senti- 
ment de  crainte  dont  les  plus  courageux,  en  pareil  cas,  ne 
sont  pas  exempts\  A  côté  de  lui  ses  deux  amis  les  plus 
chers,  Gavalcante  des  Cavalcanli,  le  poëte  philosophe,  et 
Bernardino  de  Polenta,  le  frère  de  cette  touchante  Fran- 
cesca  de  Rimini,  que  devait  immortaliser  bientôt  la  Di- 
vine Comédie^.  En  seconde  ligne,  prêt  à  secourir  la  pre- 
mière, se  tenait  le  gros  des  milices  el  de  Tarmoe.  En 
troisième,  un  corps  de  pedoni^  chargé  de  garder  les  ba- 
gages, et,  au  besoin,  de  soutenir  ceux  qui  plieraient.  En 
quatrième,  enfin,  la  réserve,  reléguée  à  l'écart  et  compo- 
sée de  deux  cents  cavaliers,  avec  les  milices  de  Lucques 
et  dePistoia,  sous  les  ordres  de  Corso  Donati.  Corso  ne 
devait  donner  qu'à  la  dernière  extrémité.  Vu  son  caractère 
bouillant,  on  lui  avait  fait  défense,  sous  peine  de  la  tête, 
de  se  mettre  en  mouvement  sans  l'ordre  du  capitaine. 
Avec  ces  restrictions,  un  pareil  choix  étitit  une  faute,  mais 
faute  heureuse  entre  toutes,  et  qui  fut,  au  moins  en 
partie,  cause  du  succès'. 

'  La  battaglia  di  Campaldino....  dove  mi  trovai  non  fanciuUo  neW  arrai, 
e  dove  ebbi  temenza  grande,  e  nella  fine  grandissima  allegrczza  per  li  vari 
casi  di  quella  battaglia  (Extrait  d'une  lettre  de  Dante,  rapportée  par  Léon. 
Bruni,  Vita  di  Dante,  loc.  cit.,  p.  7).  Cela  est  plus  noble  el  surtout  plus 
sérieux  que  le  relicta  non  bene  paimula  d'Horace. 

*  Guido  de  Polenta,  père  de  Bernardino  et  de  Francesca,  devait,  Tannée 
suivante ,  après  la  mort  de  sa  fille ,  venir  à  Florence  en  qualité  de  potestat 
(Voy.  la  liste  des  Officiales  forenses,  et  Carlo  Troya,  Del  veliro  aUcgonco 
di  Dante,  p.  52.  Flor.,  1826). 

»  Yillani,  VU,  150.  -  Aramirato,  I.  111,  t.  I,  p.  177-181.  —  Quelques 


(An.  1289)  DATAÏLLE  DE  CAMPALDINO.  315 

Pour  les  gibelins,  l'ordre  de  bataille  était  le  même, 
avec  un  nombre  double  de  fedilotHj  précaution  nécessaire 
à  qui  prenait  rofTensive.  Parmi  eux,  on  distinguait  douze 
chevaliers  renommés  pour  leur  vaillance,  et  qu'on  appe- 
lait, lointain  souvenir  de  Charlemagne,  les  douze  pala- 
dins. Pleins  de  confiance,  ils  ouvrirent  l'attaque  au  cri  de 
San  Donato  cavalière.  On  leur  répondit  fièrement  Nar- 
bona  cavalierej  mais  on  ne  put  soutenir  leur  furieuse  at- 
taque. Ceux  des  fedilori  florentins  qu'ils  n'avaient  pas  dé- 
montés serraient  leurs  rangs,  pour  donner  aux  deux  ailes 
le  temps  d'opérer  un  mouvement  concentrique  et  d'enve- 
lopper les  assaillants.  Refoulés  par  les  longues  lances  des 
gibelins  et  par  le  choc  de  leurs  chevaux  bardés  de  fer,  ils 
portèrent  le  désordre  dans  la  seconde  ligne  et  l'entraî- 
nèrent dans  leur  mouvement  de  recul  jusque  sur  la  troi- 
sième. Cette  masse  d'hommes  agglomérés  ne  pouvait  être 
facilement  entamée;  mais  moins  facilement  encore  elle 
pouvait  se  mouvoir.  Coupées  du  centre,  les  ailes,  de  leur 
côté,  se  voyaient  réduites  à  l'impuissance.  Déjà  les  cava- 
liers arélins  se  croyaient  sûrs  de  la  victoire  :  ils  poussaient 
en  avant,  sans  se  garder  en  arrière,  sans  penser  qu'en 
cas  de  péril  les  pedonij  de  leur  pas  le  plus  rapide,  ne 
rattraperaient  jamais  l'avance  qu'avaient  prise  les  che- 
vaux. 

Un  moyen  restait  donc  aux  guelfes  d'éviter  la  défaite; 
c'était  de  lancer  leurs  réserves.  Mais  Aymeric  n'y  pensait, 
point.  Il  avait  la  tête  perdue.  Inconsidéré  comme  on  l'est 

auteurs  prétendcnl  que  celte  affaire  fut  In  première  bataille  rangée  en  Ita- 
lie, lis  invoquent  Tautorité  de  Villani ,  mais  ils  exagèrent  ses  paroles.  Le 
chroniqueur  se  borne  à  dire  :  •  Più  ordinatamente  che  mai.  »  On  peut  ad- 
mettre qu'il  y  eut  plus  de  méthode  à  Campaldino  qu'à  Montaperti,  en  1289 
qu'en  i260;  mais  nous  avons  ?u  que  Montaperti  fut  loin  d'cU>e  un  pèie- 
mclc  barbare  et  confus. 


316  BATAILLE  DE  CAMPALDINO.  (An.  1289) 

à  son  âge,  privé  des  lumières  de  son  mentor,  qui  venait 
de  succomber  glorieusement^,  il  ne  donnait  aucun  ordre, 
r/impétueux  Corso  Donati  tournait  vers  lui  d'anxieux  re- 
gards cl  rongeait  son  frein.  Enûn,  à  bout  de  patience,  il 
courut,  entraînant  les  siens,  au  plus  fort  de  la  mêlée.  — 
Si  nous  sommes  vaincus,  dit-il,  je  mourrai  sur  le  champ 
de  bataille;  si  nous  sommes  vainqueurs,  eh  bien!  vienne 
qui  voudra  nous  condamnera  Pistoia*. —  De  flanc,  il  atla- 
qua  les  gibelins  sous  une  nuée  de  flèches.  Les  flèches  man- 
quant bientôt  contre  lui,  l'évéque  d'Arezzo  donne  ordre 
à  Guido  Novello  de  porter  en  avant  les  cent  cinquante 
cavaliers  de  réserve  qu'il  commandait.  Le  vieux  comte, 
a  qui  avait  toujours  eu,  dit  Âmmirato,  moins  de  souci  de 
son  honneur  que  de  sa  vie',  »  imagina  mille  prétextes 
pour  traîner  en  longueur.  Il  en  trouvait  un  trop  plau- 
sible dans  le  vent  de  tempête  qui,  soulevant  l'épaisse 
poussière  du  combat,  aveuglait  hommes  et  chevaux.  Du 
Prato  Magno  a  T Apennin  s'élevaient  dans  le  ciel  de  gros 
et  noirs  nuages  qui  ne  tardèrent  pas  à  inonder  le  sol 
d'une  pluie  diluvienne*.  «  Ne  voulant  pas  mourir,  »  écrit 


*  Là  est,  nous  le  pensons,  la  principale  cause  du  danger  que  courut  Tar- 
mée  guelfe.  Nous  sommes  surpris  que  les  auteurs  aient  tenu  de  ce  £aiit  si 
peu  de  compte.  —  On  voit  encore  aujourd'hui  dans  le  cloître  de  TAn* 
nunxiata,  à  Florence,  la  sépulture  en  marbre  du  Guillaume  Bérard.  U  y  est 
représenté  Tépée  en  main,  sur  un  cheval  au  galop.  Au-dessous,  on  lit  celte 
inscription  :  •  An.  Domini  1289.  Hic  jacet  Dominus  Guillelmus  balius  olim 
Domini  Amerighi  de  Nerbona.  •  (Voy.  les  notes  de  M.  Del  Lungo  à  son  édi- 
tion de  D.  Gompagni,  l.  I,  p.  30,  n.  19.) 

>  Villani.  VU,  130. 

'  Ammirato,  1,  UI,  t.  111,  p.  179. 

*  Indi  la  valle,  corne  il  di  Tu  spcolo, 

Da  Pratomagno  al  gran  giogo  copersc 
Di  nebbia,  e  il  ciel  di  sopra  fece  intento 
si  ch  'el  pregoo  aère  in  acqua  ai  converse. 
La  pioggia  cadde,  ed  a'  fosstti  venne 


(An.  1289)  DÉFAITE  DES  G1BEL1KS.  317 

Slefani*,  Guido  Novello  s*enfuit  avec  ses  cavaliers  vers 
ses  châteaux,  désertant  sa  cause  et  son  devoir,  comme  il 
avait  fait  deux  fois,  à  Florence  et  à  Colle,  indigne  favori 
d'une  faction  aristocratique  indulgente  à  sa  lâcheté  par 
égard  pour  sa  naissance,  mais  inexcusable  d'avoir  remis, 
une  troisième  fois,  son  salut  en  de  telles  mains. 

Ainsi  abandonnés,  il  ne  restait  aux  braves  qu'à  vendre 
chèrement  leur  vie.  Guidcrello  d'Orvieto,  qui  portait  la 
bannière  impériale,  Buonconle  de  Montefeltro,  Gugliel- 
mino  des  Pazzi  et  son  oncle,  Tévêque  d'Arezzo,  recevaient 
sur  le  champ  de  bataille  cette  mort  honorable  qu'on  y 
Irouve  toujours,  quand  on  l'y  cherche  résolument*.  Aux 
fuyards  on  donna  la  chasse  :  impitoyablement  occis  par 
les  mercenaires,  ils  ne  trouvaient  grâce  qu'auprès  des 
Florentins.  Ceux-ci  laissaient  même  échapper  leurs  pri- 
sonniers, à  litre  gratuit  ou  à  prix  d'argent  :  sur  seize 
cents  qu'ils  avaient  faits,  ils  n'en  ramenèrent  que  sept 
cent  cinquante'.  Près  de  deux  mille  cadavres  gisaient, 
dit-on,  sur  le  sol  inondé*. 

Ce  qu'avait  été  pour  les  Pisans  le  désastre  de  la  Melo- 

Di  let  ci6  che  la  terra  non  sofferse. 
[Purg.  V,  115  $q.) 

La  Chronique  attribuée  i  Dîno  Compagni  dit  formellement  :  «  L'aria  era  co- 
pcrta  di  nugoli.  »  (I,  10).  Il  est  possible  que  le  faussaire  n'ait,  comme  nous, 
d'autre  autorité  que  celle  de  Dante  pour  affirmer  ce  fait  dont  ne  parle  point 
Yillani  ;  mais  Dante  suffit,  puisqu'il  était  présent  à  la  bataille. 

*  11  conte  Guido  NotoUo  non  yî  voile  morire ,  peroccbè  si  fuggl  (Stefani, 
m,  181). 

*  Cecidit  etiam  episcopus,  qui  captus  ut  per  coronam  clericatus  cognitus 
est,  qui  esset  denuntians,  a  captore  csesus  est  gladio  (Fr,  Pipini  Chron,, 
1.  IV,  c.  xxxiv,  R.  I.  S.,  t.  IX,  753).  —  La  mort  de  Buonconte  fournit  à 
Dante  le  sujet  d'un  de  ses  plus  beaux  épisodes  (Fwrg,y  Y).  On  pevtToir  dans 
Yilluni  (YII,  130)  le  nom  de  plusieurs  autres  morts  notables. 

5  ViH.ini,  VU,  130.  —  Paolino,  II,  44. 

^  Simone  délia  Tosa  (p.  218)  parle  eo  bloc  de  3000  morts  ou  prisonniers 
du  côté  des  Arétins. 


518  lIARCflE  DES  VAINQUEURS  (An.  i289) 

ria,  celui  deCertomondo  l'était  pour  les  Arétins,  ou  plutôt 
pour  la  cause  gibeline,  qui  n'en  avait  jamais  éprouvé  de 
plus  grand*,  «  La  nouvelle  en  vint  à  Florence,  écrit  Yil- 
lani,  à  l'heure  même  où  se  décidait  la  victoire.  Les  prieurs, 
après  leur  repas,  faisaient  la  sieste,  pour  se  reposer  de 
leurs  fatigues  et  de  leur  veille  de  la  nuit  précédente. 
Tout  à  coup  on  frappe  à  l'huis  de  leur  chambre  :  —  Levez- 
vous,  les  Arétins  sont  battus.  —  Ils  se  levèrent,  ils  ou- 
vrirent, mais  ils  ne  trouvèrent,  ni  ne  virent  personne; 
leurs  familiers  au  dehors  n'avaient  rien  vu,  rien  entendu. 
On  repu  ta  le  fait  pour  un  grand  et  notable  miracle,  car 
personne  n'était  venu  de  l'armée.  C'est  la  vérité;  moi  qui 
écris  j'ai  entendu ,  j'ai  vu  ces  choses.  Les  Florentins 
émerveillés  se  demandaient  d'où  elles  pouvaient  venir; 
ils  en  étaient  tout  en  émoi.  Quand  la  nouvelle  arriva  du 
camp,  on  en  fit  grande  fête  et  allégresse.  On  en  avait  bien 
sujet,  car  on  voyait  abattu  l'orgueil  et  la  superbe,  non- 
seulement  des  Arétins,  mais  de  tout  le  parti  gibelin  et  de 
l'empire*.  » 

On  pouvait  l'abaltre  plus  encore,  en  profitant  mieux 
de  la  victoire.  Si ,  après  avoir  fait  sonner  les  trompes, 
pour  arrêter  la  chasse  aux  fugitifs,  on  eût  résolument 
marché  sur  Arezzo',  la  stupeur  du  premier  moment  eût 


^  £  credesi  che  i  ghibellini  inûno  allora  mai  ad  una  volta  non  perdero 
tanta  buona  gente  (Paolino»  H,  44).  —  On  ne  comprend  guère  comment 
LcD  ne  parle  de  celte  importanle  bataille  que  dans  une  note,  lui  qui  Irnnscrit 
quelquefois  les  plus  oiseux  détails  d'après  Villani  (Vov.  1.  Vil,  c,  i,  t.  II, 
p.  50). 

*  Vdlani,  VU,  150.  Et  TOil.'i  comment  s  accréditent  certains  miracles. 
Ici,  le  miracle,  c'est  la  voix  d'un  être  invisible.  Or  Villani  ne  Ta  point  en- 
tendue, n'étant  pas  prieur.  Il  ne  sait  que  ce  qu'on  lui  a  dit,  et  pourtant  il 
écrit  qu'il  a  vu. 

M.  Del  Lungo  dans  ses  notes  à  la  Chronique  dite  de  Dino  Compagni 
(I;  Ij  p.  33)  n.  40)  pi^teod  que  l'armée  était  restée  dans  le  contado 


(An.  1280)  SUR  AREZZO.  319 

rendu  vaine  toute  résistance.  Les  prieurs  en  exercice  le 
désiraient  vivement  :  leurs  pouvoirs  expirant  le  15  juin, 
quatre  jours  après  la  bataille,  ils  auraient  voulu  que  la 
prise  de  la  ville  ennemie  achevât  d'honorer  leur  magis- 
trature; mais  ils  ne  purent  l'obtenir.  Les  vainqueurs 
avaient  besoin  de  repos.  L'orage  de  la  soirée  avait  rempli 
le  lit  à  sec  des  torrents,  dont  le  cours  furieux  vers  le 
c<  fleuve  royal  »  eût  arrêté  à  tout  pas  une  armée*.  Quand 
les  vainqueurs  purent  se  mettre  en  marche,  ils  ne 
s'avancèrent  vers  Arezzo  qu'après  avoir  pris  Bibbiena, 
et  consacré  plus  de  temps  à  la  piller  qu'à  la  prendre. 
Huit  jours  de  répit  suffirent  aux  vaincus  dispersés  pour 
se  rallier  dans  leur  place  d'armes  menacée,  y  barricader 
avec  des  poulres  une  large  brèche,  béante  aux  murailles, 
y  recevoir,  y  appeler  les  contadini  qui  fuyaient  devant 
l'ennemi. 

Celait  l'indice  d'une  résistance  sérieuse.  Pour  en  triom- 
pher, il  fallait  de  nouveaux  elTorts.  Le  20  juin,  Florence 
donnait  balia  au  potestat,  au  capitaine,  aux  prieurs,  de 
poursuivre  l'expédition,  de  recueillir  de  l'argent  par  tous 
les  moyens,  et  de  ne  ramener  ou  licencier  l'armée  qu'au 
bout  d'un  mois'.  Le  lendemain  21,  par  une  innovation 


d* Arezzo  et  presque  sous  les  murs  de  cette  ville.  Il  ne  parle  ainsi  que  pour 
expliquer  son  auteur  qui  met  une  attaque  contre  Arezzo  avant  Tattaque  de 
Bibbiena  ;  mais  il  ne  remarque  pas  que  si  Tarmée  guelfe  eût  été  près 
d*Arezzo,  la  bataille  de  Campaldino  ne  pouvait  avoir  lieu^  Les  gibelins  ne  se 
seraient  pas  exposés  à  être  pris  h  revers  par  un  second  corps  d'armée.  Quant 
k  Tordre  des  faits  tel  que  le  donne  le  prétendu  D.  Compagni ,  il  est  con- 
traire non-seulement  aux  assertions  de  Villani  (VII,  131  )i  mais  encore  au 
plus  simple  bon  sens. 

'  Nous  ne  trouvons  dans  aucun  auteur  Texplication  du  retard  par  la  crue 
dos  eaux  ;  mais  elle  nous  paraît  fort  probable ,  puisque  Forage  est  attesté 
par  Dante,  témoin  oculaire. 

*  Prowitioni,  1. 1,  n*  2,  p.  9.  —  Lai  ecture  des  documents  prouve  qii'oii 


320  PRIEURS  FLORENTINS  A  L^ARMÉE.  (Aie.  1989) 

remarquable,  les  prieurs  décidèrent  que  deux  d^entre  eux 
iraient  au  camp  avec  la  même  autorité  que  s'ils  y  étaient 
tous,  pour  surveiller,  soutenir  les  combattants  et  leur 
donner  du  cœur*.  Les  nobles  virent  de  mauvais  œil  cette 
délégation  démocratique  de  deux  magistrats  marchands. 
Céder  la  direction  suprême  de  l'armée  ou  se  soumettre  à 
une  inquisition  jalouse  leur  était  également  odieux.  Ils 
auraient  dû,  puisqu'ils  prétendaient  toujours  dominer  aux 
camps,  justifier  leurs  prétentions  par  l'esprit  d'initiative; 
ils  ne  surent  que  se  traîner  dans  l'ornière  creusée,  dévaster 
le  contado^  courir  \epalio  sous  les  murs  d'Arezzo,  jeter  à 
l'intérieur  trente  ânes  mitres*.  C'est  à  peine  s'ils  consen- 
tirent, sur  l'énergique  injonction  des  deux  prieurs,  à  met- 
tre le  feu  aux  pouircs  qui  formaient  mal  la  brèche.  Ils 
les  laissèrent  remplacer  par  d'autres  et  victorieusement 
défendre  contre  leurs  molles  attaques.  Prompts  à  sonner 
la  retraite  et  négligents  à  se  garder,  leur  inaction,  leur 
incurie  provoquèrent  les  assiégés  à  intervertir  les  rôles, 
et,  par  de  vigoureuses  sorties,  à  incendier  les  tours,  les 
machines  des  assiégeants. 

Ce  fut  le  coup  de  grâce.  Démoralisés,  c<  abominant  cer- 
tains conseillers  du  capitaine,  »  qu'ils  accusaient  d'avoir 
reçu  l'or  des  Arétins,  les  popolani  des  milices  lâchèrent 


ne  donnait  jamais  la  balia  ou  pleins  pouvoirs  que  pour  peu  de  temps ,  mais 
que  pour  toute  la  durée  de  la  guerre  c*était  une  pure  formalité  d'en  obte- 
nir la  prorogation.  Ces  prorogations,  en  général,  avaient  pour  limite  le  15 
du  mois  où  de  nouveaux  prieurs  entraient  en  charge  ,  sans  doute  pour  ne 
pas  engager  leur  liberté  d'action. 

*  Quelle  che  altre  volte  non  avevano  costumato....  due  ne  andassero  alP 
esercito,  perché  con  Fautorità  che  fu  la  siessa  che  se  vi  fossero  tutti,  e  con 
la  maestà  del  magistrato,  desser  animo  a  colore  che  combattevano,  e  aggiun- 
gessero  con  ogni  industria,  caldo  e  favore  air  opéra  (Ammirato,  1.  IIl,  1. 1, 
p.  180). 

<  Stefani,  IH,  181.  —  VUlani,  VU,  131. 


(A.^.  1289)  LE  TRIOMPHE  A  FLORENCE.  521 

pied,  renoncèrent  à  la  lutte,  entraînèrent  toute  l'armée 
sur  la  route  de  Florence  Mis  mi  rent  dix  jours,  du  1 2  juillet 
au  22,  à  la  parcourir,  à  ravager  le  pays  sur  leur  passage, 
à  établir  des  garnisons  dans  les  châteaux.  Un  mois  entier 
avait  donc  été  perdu  en  vaines  démonstrations*. 

Le  23  juillet,  ces  pitoyables  gens  de  guerre  rentraient 
dans  leur  patrie,  n'y  rapportant  que  des  lauriers  déjà 
tlétris.  On  leur  accorda  néanmoins  les  honneurs  du  triom- 
phe. Le  capitaine  Aymeric  de  Narbonne,  le  potestat  Ugo- 
lino  des  Rossi  furent  reçus  sous  un  dais  en  drap  d'or  qu'au 
bout  de  leurs  piques  portaient  des  cavaliers.  Au  devant 
d'eux  allèrent  le  clergé  avec  la  population  en  habits  de 
fête,  les  arts  au  complet  sous  leurs  gonfalons  déployés,  la 
noblesse  équipée  comme  pour  ses  brillants  tournois'. 
L'écu  et  le  heaume  de  Tévéque  d'Àrezzo,  trophée  prin- 
cipal de  Certomondo,  furent  suspendus  sous  la  coupole 
de  San -Giovanni,  et,  devant  ces  dépouilles  d'un  prélat 
guerrier,  Tévêque  de  Florence  rendit  au  Dieu  des  armées 
de  solennelles  actions  de  grâces  *. 

A  tout  prendre,  ce  n'était  pas  sans  raison.  La  victoire 
restait  incomplète,  mais  les  Florentins  avaient  l'habitude 


1  Onde  furono  abbominati,  che  1  fecero  per  moneta,  per  la  quel  cosa  il 
popolo  e  combattilori  s'ammoUarono  (Villani,  VU,  131).  —  Dicesi  cbe  se 
vi  fossero  voluti  stare  e  fare  quello  doTeano,  erano  signori  d'Arezzo  ; 
ma  si  parlirono  e  furne  abomiiiali  certi  coDsiglieri  del  capitano  (Stefani, 
111,181). 

«  Villani,  VII,  131.  —  Stefani,  III,  181.  -  Paolino,  II,  44.  —  Ammi- 
rato,  1.  m,  t.  I,  p.  18U.  —  Huratori,  Ann.  (TltaL,  1289. 

5  Villani,  VII,  131.  —  Ammirato,  loc,  cit, 

♦  Villani,  VII,  131.  —  Pelli,  Memorie  per  sei-vire  alla  ttoria  di  Dante, 
p.  91 ,  note  50,  éd.  de  Florence,  1823  (la  première  fut  publiée  à  Venise,  en 
1759).  —  L'écu  et  le  heaume  furent  enlevés  par  Gosimo  lU  pour  ôtcr  à  ses 
sujets  le  souvenir  de  cet  abus  des  armes  par  un  ecclésiastique  (Guazzesi, 
Dissert.  delV  antico  dominio  del  vescovo  d^Areizo  in  Cortona^  p.  167, 
Pise,  1760.  —  Bonaïni,  loc.  cit.,  IV,  31.  --  Pignotti,  I.  UI,  c.  m,  t.  III). 

BIST.  DB  PLOREfiCB.   —   U.  SI 


322  HOSTILITÉS  DES  GUELFES  (An.  1280) 

de  ces  sièges  levés  faute  d'arl  ou  de  moyens  pour  les 
poursuivre.  Elle  coûtait  cher,  mais  ils  étaient  riches  :  ils 
pouvaient  aisément  s'imposer  de  6  livres  5  sous  pour  100, 
et  solder  ainsi  des  dépenses  qui  se  montaient  tout  au  moins 
à  trente-six  mille  florins  d'or*.  En  somme  le  placement 
était  bon  :  cette  courte  campagne  avait  pour  longtemps 
abattu  les  gibelins,  pour  toujours  assuré  Thégémonie  de 
Florence  sur  la  Toscane.  L'alliance  des  guelfes  en  fut  ci- 
mentée, leur  territoire  comme  leur  audace  s'en  accrut*. 
Tandis  que  ceux  de  Sienne  et  de  Montepulciano  chas- 
saient de  Chiusi  Lapo  des  Uberti,  fils  du  grand  Farinata 
(16  août)',  Lucques,  avec  quatre  cents  cavaliers  et  deux 
mille  pedoiii  florentins,  enlevait  à  Pise  le  château  de 
Caprona,  point  stratégique  au  confluent  du  torrent  Zam- 
bra  et  de  TArno.  Parmi  les  cavaliers  florentins  était 
Dante.  Il  vit  les  défenseurs  pisans  de  cette  place  endurer 
le  supplice  de  Tantale,  manquer  d'eau  au   bord  d'un 
fleuve,  où  on  ne  leur  permettait  pas  d'en  faire  leur  pro- 
vision. Il  les  vit  se  soumettre  pour  ne  pas  mourir  de  soif, 
et  défiler  tremblants  au  milieu  de  l'armée  guelfe,  d'où 
s'élevait,  quoiqu'on  leur  eût  promis  la  vie  sauve,  ce  cri 
menaçant  :  Irnpicca,  impiccal  il  faut  les  pendre*. 
Déjà  recommençait  cette  guerre  d'escarmouches  qui  ne 


*  Villani,  VU,  131.  —  Celle  somme  ne  suffisant  pas,  le  22  février  1290, 
on  empruntait  à  la  parte  guelfa  20  mille  florins  d'or  pour  payer  les  dettes 
contractées  en  vue  de  cette  expédition  {Provvisioniy  t.  I,  n'  2,  p.  66). 

*  C'est  le  témoignage  même  de  rhistorien  siennois  Malavolti  (Part.  II, 
1.  m,  f  55), 

»  Villani,  VII,  135.  —  Amrairato,  Malavolti,  hc.  cit. 

^  Inf.y  XXI,  94.  —  Benvenuto  dalmola,  Comm,  cul.  Div.  Com.,  ap.  Mu- 
ratori,  Antiq.  ital.,  I,  1086.  —  M.  Fraticelli,  dans  son  excellente  édition 
de  la  Divine  Comédie ,  rapporte  à  tort  ce  fait  au  mois  d'août  1290; 
Voy.  Villani  (VU,  136)  et  Stefani  (III,  185). 


(An.  12S9)  CONTKE  l'ISE  ET  AIŒ7.Z0.  323 

coulait  pas  cher,  mais  qui  ne  menait  pas  loin.  Faute  de 
pouvoir  pousser  plus  avant  contre  Pise,  on  marchait  de 
nouveau  contre  Arozzo.  Florence  était  comme  un  homme 
qui  tiendrait  tête  à  deux  adversaires,  se  retournant  tour  à 
tour  contre  celui  qui  le  serrerait  de  plus  près.  Des  intel- 
ligences entretenues  avec  les  guelfes  arëtins  donnaient 
l'espoir  que  devant  une  démonstration  armée  s'ouvriraient 
les  portes  de  leur  ville.  En  conséquence,  le  8  novembre, 
après  l'heure  des  vêpres,  les  cloches  florentines  furent 
mises  en  branle;  on  alluma  la  chandelle  d'usage,  qui 
limitait  aux  gens  des  cavallate  le  temps  à  eux  laissé  pour 
s'armer.  Quand  elle  fut  éteinte,  ils  partirent  au  galop  pour 
Civitella.  En  chevauchant  toute  la  nuit,  ils  y  furent  rendus 
sur  le  matin.  Là,  ils  attendaient  le  signal,  prêts  à  fondre 
sur  leur  proie  ;  un  incident  imprévu  déjoua  la  conjuration. 
Un  des  conjurés,  s'étant  laissé  choir  d'une  galerie,  et  se 
voyant  en  danger  de  mort,  révéla  tout  à  un  moine,  qui 
rapporta  sa  confession  à  Messer  Tarlato,  principal  déposi- 
taire de  l'aulorilé.  Justice  fut  faite  de  tous  les  traîtres,  et, 
le  1 9  novembre,  les  cavaliers  florentins,  trop  peu  nombreux 
pour  une  campagne  ouverte,  rentraient  la  tête  basse  à 
Florence*. 

Ce  coup  manqué,  l'on  pouvait  bien  prendre  à  Guido 
Novcllo  ses  châteaux  du  Gasentino',  mais  il  fallait  faire 
face  à  Pise  et  à  Guido  de  Montefeltro.  Adversaire  bien 
an I rement  redoutable,  le  vieux  guerrier  avait  pris  au 
sérieux  sa  tâche  de  relever  la  ville  qui  s'était  livrée  à 
lui.  11  y  montrait  la  volonté  d'un  dictateur  et  les  talents 


•  Villani,  VII,  i57.  —  Stefani,  III,  184.  —  Ammirato,  hc,  cit.  — 11  e:;l 
incroyable  à  quel  point  Léo  (1.  Vil,  c.  i)  brouille  les  leraps  et  les  choses. 
^  Villani,  Vil,  139. 


524  GUIDO  DE  MONTEFELTRO.  (An.  1289) 

(l'un  capitaine.  Il  voulait  des  recettes  et  point  de  dépen- 
ses. II  proscrivait  les  bouches  inutiles  et  faisait  tuer  les 
chiens.  Par  son  ordre,  l'enlrée  et  la  sortie  des  marchan- 
dises aux  douanes  était  lue  chaque  semaine  au  coin  des 
rues.  Rigoureux  sur  la  discipline,  il  coupait  la  tête  aux 
insubordonnés  comme  aux  traîlres*,  et  jusqu'à  son  ne- 
veu, qui  avait  remporté  une  victoire  malgré  sa  défense*. 
Trop  faible  encore  pour  les  grandes  expéditions,  il  en 
faisait  de  pelites,  toujours  prêt,  dès  que  l'ennemi  tour- 
nait le  dos.  La  variété  de  ses  ruses,  la  rapidité  de  ses 
mouvements  déconcertaient  les  Florentins.  Quand  il  sor^ 
tait  dans  la  campagne,  «  Voilà  le  renard,  »  disaient-ils; et 
ils  prenaient  la  fuile.  Quand  on  s'avançait  contre  lui  en 
force,  il  disparaissait  comme  par  enchantement  derrière 
les  murailles  de  Pise*.  A  ce  jeu,  il  reprenait  un  à  un 
tous  les  châteaux  perdus  depuis  la  Meloria*. 

Impuissants  à  le  tuer  ou  à  le  museler,  les  Florentins 
s'épuisaient  en  efforts  contre  lui.  Les  délibérations  de 
leurs  conseils  en  ce  temps-là  sont  curieuses  à  suivre  :  on 
y  voit  une  préoccupation  constante  dont  ils  se  détournent 
à  peine  pour  prendre,  dans  l'occasion,  quelques  mesures 
contre  les  Arétins. 


<  À  Calcinaia,  qu'occupaient  des  exilés  pisans,  il  s'introduit  par  escalade 
dans  la  forteresse,  et  trouve  sur  le  cadavre  du  chef,  Gualtieri  des  Upezzin- 
ghi,  une  lettre  non  ouverte  qui  l'avertissait  de  ce  hardi  coup  de  main.  Pour 
savoir  qui  était  le  traître  ,  il  amena  les  anziani  de  Pise,  sous  un  prétexte 
quelconque,  à  écrire  quelques  lignes  en  sa  présence.  Le  coupable  reconnu 
fut  décapité.  De  même  un  Pisan  qui  avertissait  les  Florentins  des  sorties  pro- 
jetées ,  en  plaçant  à  sa  fenêtre  un  drap  blanc  le  jour ,  une  lumière  la  nuit 
(Grassi,  Parte  êlorica,  p.  153.  —  Pignotti,  l.  111,  c.  vu.  L  III,  p.  182. — 
Inghirami,  VI,  577-579). 

«  Ferrari,  JII,  21. 

»  Villani,  Vn,140. 

^  Voy.  le  détail  de  ses  succès  dans  Paolino  (II,  42-43)  et  Tronci  (1289, 
p.  264). 


à 


(An.  1290)  DÉLIBÉRATIONS  DES  CONSEILS.  325 

Le  26  janvier  1290,  on  assignait  aux  divers  châteaux  de 
la  République  une  garnison  qui  variait  de  cent  à  deux  cents 
pedoni^  selon  qu'ils  étaient  plus  ou  moins  importants, 
plus  ou  moins  menacés*.  Le  10  février,  on  invitait  les 
Upezzinghi  et  ceux  qui  occupaient  Pontedera  à  ne  plus 
laisser  passer  de  vivres  aux  Pisans*.  On  délibérait  sur  les 
pratiques  dénoncées  parle  juge  de  Gallura  entre  eux  et 
les  Lucquois;  mais  tout  en  s'abouchant  avec  lui',  on 
lui  laissait  le  soin  de  décider  s'il  convenait  à  son  hon- 
neur de  continuer  la  guerre  ou  de  conclure  la  paix*. 
Le  22,  on  donnait  balia  aux  prieurs  de  trouver  de  l'ar- 
gent par  voie  d'emprunt  ou  d'impôt'.  Le  25  et  le  26,  sur 
l'avis  envoyé  par  le  vice-vicaire  du  val  d'Era  que  les  Pi- 
sans  venaient  d'occuper  le  château  de  Lajalico'  et  se 

'  Lutorina  \00  pedoni,  avec  un  châtelain  payé  15  livides  par  mois.  Mon- 
lecchio  10  pedoni  ^  2  florins,  le  châlelain  à  iU  livres.  Monteluce  de  la  Be- 
rardenga  4  pedoni  à  5  livres  et  le  châtelain  à  7.  Caposelvoli  de  même,  à 
moins  que  les  habitants  ne  veuillent  faire  eux-mêmes  bonne  garde  et  élever 
une  tour,  auquel  cas  Florence  affecterait  à  la  construction  la  somme  qu'eus- 
sent coûtée  les  salaires.  Pietrasanta,  1  châtelain  et  2  pedoni;  Monletignosi, 
1  châtelain  à  6  livres  par  mois,  sins  pedoni  (Consulte,  t.  II,  p.  8).  Les  ii 
et  14  mars,  on  donnait  balia  aux  prieurs  présents  et  futurs  d'envoyer  dans 
les  châteaux  du  district  «  balistas,  sagittamenta ,  pavenses,  hclinos,  co- 
razas  i,  le  conseil  des  100  par  65  voix  contre  10,  et  le  conseil  spécial  du 
capitaine  par  51  contre  5  (Ibid.,  p.  20). 

*/6û/.,p.  12. 

^  Uabeant  consilium  judicis  et  aliorum  de  Luca  de  quibus  videbitur  ipsi 
judici  (Conseil  de  sages,  assemblés  à  San  Giovanni.  Consulte,  t.  II,  p.  12). 

^  Ibid.  —  Dans  cette  discussion,  comme  en  toutes,  il  y  a  des  partisans 
de  Tajournement,  tout  au  moins  du  renvoi  au  lendemain  «  ita  quodsalubre 
consilium  in  hiis  melius  capi  possit  ». 

'^  Pacino  Peruzzi  veut  que  îcmprunt  soit  volontaire  ;  mais  Brunetto  La- 
tini  racceple  même  forcé,  parce  que,  à  tout  prix,  il  faut  de  l'argent,  et  son 
avis  prévaut  par  55  voix  contre  17  (Conseil  des  cent.  Ibid.,  p.  15). 

^  Castrum  Ajatici  ou  Lajatici ,  diocèse  de  Voiterre ,  arrondissement  de 
Pise ,  sur  une  hauteur  entre  les  torrents  Sterza  et  Ragone ,  à  la  gauche  de 
TEra.  Il  existait  dès  891  et  appartenait  aux  Pannochieschi  d'Elci.  En  1285, 
l*évcque  de  Voiterre ,  Kanieri ,  le  livre  aux  Florentins.  Le  12  juillet  1295  , 
ceux-ci  le  rendent  à  Pise  (Kepetti,  II,  628). 


3'i6  DÉLIBI'RATIONS  DES  CONSEILS  (Ah.  1290) 

préparaient  à  en  enlever  d'autres,  on  décidait,  aux  trois 
quarts  des  voix,  que  les  chaloaux  du  val  d^Era  seraient 
gardés  aux  frais  du  vicarial,  mais  qu'on  y  enverrait,  au 
moment  jugé  opportun  par  les  prieurs,  quinze  cents  pe- 
(loni  et  un  bon  capitaine,  le  comte  Manenle  de  Sarteano, 
avec  ses  quarante-neuf  cavaliers,  ou  Stefanode  Bibbiena 
avec  ses  vingt-neuf.  Le  4  et  le  5  mars  on  accueille 
avec  empressement  la  nonvollc  que  les  guelfes  et  les  gi- 
belins d'Arezzo  sont  en  pourparlers  sous  les  auspices  du 
pape.  On  approuve  qu'ils  fassent  la  paix,  pourvu  qu'elle 
soit  honorable  au  paru  guelfe,  qu'elle  ne  viole  pas  les 
pactes  conclus  avec  Florence,  et  qu'elle  agrée  aux  autres 
communes  de  la  Ligue*.  Le  9,  dos  ambassadeur  de 
Lucques  et  du  juge  de  Gallura  viennent  exposer  que  trois 
cents  cavaliers  soldés  se  sont  réunis  près  de  Pérouse, 
d'Orvieto,  de  Yiterbe,  et  s'acheminent  vers  Pise  par  la 
Maremme,  sûrs  de  trouver  bon  accueil  à  Volterre,  qui 
fait  mine  de  se  donner  à  Pise,  sa  redoutée  voisine*.  Ils 
demandent  que  Florence  s'oppose  à  leur  passage,  et  pro- 
mettent d'envoyer  de  leur  côlé  des  hommes  d'armes*.  Du 

*  Enrôlé  le  22  février  1291  pour  2  mois,  il  recevait  25  florins  d'or  par 
mois  pour  lui.  C'était  une  double  paye,  où  se  trouvait  comprise  celle  de  son 
]»orte  bannière  et  de  son  trompette.  Ses  cavaliers  avaient  10  florins  cbacun 
(Provviêioni,  t.  I,  n*  2,  p.  191).  Stefano  de  Bibbiena  on  avait  29.  Le 
0  juillet  1290  on  réglait  leur  paye  pour  2  mois  :  567  florins  d'or,  à  raison 
de  9  florins  pour  cbacun  tt  de  22  1/2  pour  lui,  sa  bannière,  son  trompette 
(Provvisioni,  t.  I,  n'  2,  p.  72  v**).  —  Conseil  de  sages ,  tenu  le  25  à  San 
Pier  Scberaggio,  le  26  dans  la  maison  de  Gberardini  des  Cercbi.  —  C'est 
rojânion  moyenne  d'Ugo  AUuvili  qui  prévaut.  Les  extrêmes  étaient  celles 
de  Baldovino  de  Gberardini  qui  voulait  qu'on  ne  fit  rien  pour  la  garde  du 
val  d'Era  ,  et  d'Adimaro  des  Albizzi  ,  qui  proposait  d'envoyer  en  outre  des 
renforts  dans  le  val  d'Eisa  (Consulte,  ibid.,  p.  10). 

*  4  mars,  conseil  des  capitudini  des  douze  arts  majeurs  et  autres  sages 
h  la  Badia.  —  5  mars,  conseil  de  sages  (Ibid.,  p.  17  >•,  18). 

'  Sur  le  fait  de  Volteire,  0  mars  1200  (Consulte,  H,  18), 

*  Ibid.,  p.  18  v^ 


{An.  1290)  \U  SUJET  DE  LA  GUERRE.  327 

H  au  14,  on  délibère  chaque  jour  sur  la  création  d'une 
armée  :  le  conseil  des  cent  la  vote  par  cinquanle-lrois 
voix  contre  vingt-trois  ;  le  conseil  spécial  du  capitaine, 
par  quarante-quatre  contre  douze,  et  les  conseils  du  po* 
lestât  confirment  cette  double  décision*. 

Aussitôt  le  juge  de  Gallura  se  transportait  de  sa  per- 
sonne à  Florence*,  pour  être  plus  certain  que  cavaliers 
et  milices  viendraient  dans  levai  d'Era  défendre  ses  pro- 
pres châteaux.  L'intérêt  privé  se  mêlait  Irop  visiblement, 
dans  son  esprit,  à  Tintérêt  général.  C'est  pourquoi  les  mar- 
chands florentins  marquaient  leur  intenlion  d'envoyer  la 
nouvelle  armée  «  où  elle  pourrait  faire  le  plus  de  mal  aux 
ennemis.  »  Ils  écrivaient  à  Aymeric  de  se  mettre  à  la  dis- 
position des  guelfes  d*Arezzo,  et  de  surprendre,  s'il  était 
possible,  le  camp  ennemi*.  Ils  invitaient  le  juge  à  leur 
remettre  une  liste  exacte*  des  terres  qu'il  voulait  confier 
à  la  garde  de  la  Ligue,  et  le  compte  des  dépenses  qui  en 
résulteraient.  Ils  consentaient  bien  à  placer  sous  sa  protec- 
tion intéressée  le  château  dePonledera,  mais  non  avant  d'y 
avoir  pris  leurs  sûretés  en  y  consiruisant  une  forteresse. 
Celte  motion  de  Corso  Donali  emportait  l'assentiment 
général,  malgré  l'opposition  de  son  frère  Simone,  mal- 
gré le  boucher  DinoPecora,  qui  demandait  qu'on  mît  à  la 
raison,  avant  toute  autre  chose,  les  gibelins  d'Arezzo. 
D'autres  réserves  furent  fiiites  :  Albizo  Corbinelli  deman- 
dait que  Lucques  s'enj^ageâl  à  une  part  proportionnelle 
dans  les  dépenses,  et  Lapo  Salterelli,  que  rien  ne  fût  défi- 


*  Consulte,  II,  p.  20. 

«  15  mars  i290.  Ibid.  p.  26. 
20  mars  1290.  Conseil  des  cent,  pnr  65  voix  conire  7.  Avis  conforme 
(le  Biiuiello  Lalini  (Ibid.,  p.  27). 

♦  Sjcul  uu'lius  cl  curialius  fieri  poleril  (18  mars  i?90,  ibid.,  p.  26). 


528  PRÉPARATIFS  MILITAIRES.  (A«.  1290) 

nilif  avant  le  parlement  des  ambassadeurs  de  la  Ligue  à 
Empoli\  Mais,  à  la  date  du  20  mars,  le  capitaine  du 
peuple  ayant  proposé  d'affecter  trois  mille  livres  à  la  con- 
struction de  la  forteresse  projetée  et  de  détourner  le  cours 
de  TEra,  pour  en  faire  un  fossé  au  château,  soixante- 
huit  voix  contre  quatre,  au  conseil  des  cent,  approu- 
vaient ces  mesures,  que  sanctionnaient,  deux  jours  plus 
tard,  les  autres  conseils*.  En  même  temps,  on  accordait 
au  juge  de  Gallura,  pour  six  mois  à  partir  du  1""  mai  sui- 
vant, trois  cents  cavaliers  des  communes  de  la  Ligue  et 
soixante-  trois  pedoni  de  Florence*. 

Prodigue  du  sang  d'autrui,  Florence  était  vraiment 
trop  économe  du  sien;  les  alliés  guelfes  regimbèrenl. 
Guido  de  Monlelellro  les  effrayait.  Volterre  n'envoya  pas 
ses  délégués  au  parlement  d'Empoli.  Pistoia  refusa  tout 
secours  au  petit-fils  d'Ugolino.  La  seigneurie  florentine 
dut  sommer  par  écrit  ces  deux  villes  de  se  soumettre  aux 
décisions  du  parlement  *.  Avec  une  liberté  douteuse,  on 
y  avait  acquiesaî  i\  toul  ce  que  voulait  Florence.  Le  6 
avril,  Rosso  des  Gabbrielli,  d'Agobbio,  poleslat,  Folco 
desBuzzaccherini,  de  Padoue,  capitaine  du  peuple,  les 
prieurs  et  les  sages,  recevaient  donc  balia  pour  tous  les 
préparatifs  militaires,   sauf  l'imposition  des  chevaux*; 

'  15  mars,  conseil  de  sages  à  la  Badia.  —  16  mars,  conseil  des  capi- 
titdini  dans  la  maison  des  prieurs.  —  Conseil  spécial  du  capitaine  dans  la 
maison  des  prieurs.  — 18  mars,  conseil  de  s>ges  à  la  Badia  {Consuliet  H, 
p.  2ti  r*  V). 

•  Ibid.,  p.  27. 

'  Le  conseil  des  cent  votait  les  300  cavaliers  par  55  voix  contre  23,  et 
les  63  pedoni  par  50  contre  26.  Les  autres  conseils  approuvent,  le  22,  ceux 
du  potestat  presque  à  Tunanimité  (îbid.,  p.  27,  28).  —  Cf.  Proimsiom, 
t.  I,  n*  2,  p.  76  V*,  77,  où  1  on  voit  la  nomination  de  syndics  pour  s'en- 
tendre à  ce  sujet  avec  Lucques. 

*  24  mars  1290.  Ibid.,  p.  28  V. 

»  Provvisioni,  1. 1,  n»  2,  p.  69  v%  et  W  3,  p.  30. 


(An.  1290)  LENTEURS  DES  GUELFES.  529 

mais  Sienne  ne  suivait  cet  exemple  que  pour  envoyer 
son  contingent  contre  Arezzo  (27  mai)  *.  Le  5  juillet,  Tex- 
pédition  florentine  n'était  point  partie  encore,  et  Ton  dé- 
libérait toujours.  Un  marchand  de  Calimala,  Dino  Com- 
pagnie proposait  au  conseil  des  cent  de  faire,  selon  la 
demande  des  Lucquois,  une  armée  contre  Pise,  et  le  capi- 
taine du  peuple,  conformément  à  l'avis  des  sages*,  fai- 
sait décider  par  le  conseil  général  du  potestat  que  le  jour 
en  serait  fixé  sans  consulter  l'assemblée  à  parlement'.  Il 
indiquait  le  3  septembre;  on  préféra,  sur  ce  point,  lais- 
ser la  décision  aux  Lucquois*.  Un  mois  plus  tard  (16 
août),  on  arrêtait  d'envoyer  quatre  cents  cavaliers  et  mille 
pedoni  à  la  commune  de  Lucques  et  au  juge  de  Gallura 
pour  une  expédition  contre  Porto-Pisano*.  Le  potestat, 
le  capitaine,  les  prieurs  et  divers  sages,  réunis  dans  l'é- 
glise de  San  Procolo  (22  août),  convenaient  d'emprunter  à 
cet  effet  dix  mille  florins  d'or  à  la  parte guelfa^  rembour- 
sables dans  les  six  mois,  avec  intérêt  de  30  pour  iOO*. 

Après  tant  de  lenteurs  calculées,  Florence  se  hâtait  l\ 
la  fin.  C'est  que  las  de  l'attendre,  ses  alliés  étaient  entrés 
en  campagne  :  il  fallait  les  rejoindre  au  plus  tôt  ou  leur 
laisser  tous  les  fruits  de  la  victoire.  Dès  le  17  juin,  Gênes 
avait  envoyé  sur  les  côtes  de  Toscane  quatre  galions  et 


^  Consiglio  délia  Campana,  XXXIX,  64. 

*  Secundum  provisionem  sapienluin. 

^  Placuil  85  quod  dics  non  dicatur  sine  parlamenio  faciendo.  Nolcntes 
fuerunt  liC,  et  sic  obtinuit  quod  dies  dicalur  sine  parlamento  faciendo. 

*  Le  capitaine  avait  appelé  du  dehors  les  absents  qu'il  savait  favorables  Si 
sa  |)roposilion,  ou  ils  étaient  venus  spontanément,  car,  dans  ce  second  vole, 
ses  tenants  sont  au  nombre  de  88,  au  lieu  de  85  (5  et  10  juillet  1290. 
Consulte,  doc.  A,  Ul,  Reg.  III,  p.  13,  ap.  Arch.  iior.y  3*  série,  t.  XVI, 
4'disp.,  p.  11,  1872). 

»  Consulte,  1. 1,  n»  2,  p.  135. 
6  /tM/.,p.  136. 


330  DESTRUCTION  DE  PORTO  PISANO.  (An.  1200) 

dix-huit  galères  dont  réquipage  était  soldé  pour  six  mois. 
Le  23  août,  vingt  autres  avaient  renforcé  Tescadre,  sans 
compter  les  petils  navires,  porteurs  des  engins  néces- 
saires pour  prendre  et  défendre  les  tours  de  Porto-Pi- 
sano*.  En  septembre,  avec  le  concours  de  Lucques  et  de 
Florence,  les  Génois  livraient  aux  flammes  la  principale 
de  ces  tours  :  elle  s'écroulait  sur  ses  défenseurs,  dont 
quatre  seulement  échappaient  à  Tincendie,  à  Teffondre- 
menl  ou  à  l'ennemi.  Des  navires  chargés  de  pierres 
étaient  coulés  à  l'entrée  du  port,  afin  qu'il  ne  pût  plus 
être  d'aucun  usage;  ses  chaînes  brisées  devinrent  des 
trophées  de  victoire.  Cela  fait,  il  ne  fut  point  question 
de  poursuivre  contre  Pise  même  cet  avantage.  Elle  sem- 
blait trop  redoutable  et  la  saison  avançait.  Chacun  re- 
tournant chez  soi,  les  Florentins  reprirent  triomphale- 
ment la  route  du  val  d'Era*. 

Ce  peuple  de  marchands  aurait  bien  voulu  mettre  fin 
à  de  si  longues  hostilités.  Dans  ses  conseils,  il  émettait 
l'avis  de  restituer  les  captifs,  d'ouvrir  les  routes,  et  d'en 
assurerlasécurité,  tout  en  gardant  les  châteaux  conquis  \ 

*  El  aliis  ncrcssariis  pro  tiirribus  dicli  portas  cnpicndis  et  iliriieiidis 
(Ann.  gen.,  1.  X,  R.  I,  S.,  l.  VI,  598). 

«  Paolino,  II,  Ah.  —  Villaiii,  Vil,  140.  —  Slofani,  lU,  ii7.  —  Aim. 
gen.,  loc.  cil.  —  Tronci,  1290,  p.  267. 

^  Placuit  quasi  omnibus  quod  guorra  non  fiai.  Item  quod  slrata  cl  sirate 
aperjjntur  el  sccurenlur.  Item  quod  de  casiris  restiluendis  nicliil  fiat.  Ifoin 
quod  carcerali  resliluantur  el  relaxentur,  si  Arelini  relaxabunl  captives  se- 
nensesquos  habenl  (22  novembre  1290.  Consulte ^  II,  87.  —  Il  y  a  une 
autre  délibération  sur  le  même  sujet  à  la  date  du  i"  décembre,  p.  90. 
Arch.  stor.,  loc.  cit.,  p.  15,  14.)  —  Les  prisonniers  élnient  une  grande 
préoccupation  du  temps.  Les  prisons  n'y  suffisant  pas,  le  20  février  1289, 
on  louait  plusieurs  boutiques  pour  les  garder  dans  la  via  Bcllnuda  ,  près  de 
S.  Pier  Scheraggio  (Consulte,  II,  55,  54,  74).  —  Le  11  février  1290,  on 
payait  5  livres  de  petits  florins  pour  la  location  d'une  bouli(|ue  où  avaient 
été  enfermés  des  prisonniers  arélins  du  1"  août  1289  au  24  janvier  1200 
ilbid.,  p.  59). 


(An.  1290;  RÉSISTANCE  DES  PISANS.  53! 

Mais  la  force  des  choses,  la  pression  des  alliés,  le  contrai* 
gnaient,  Thiver  durant  encore,  à  reprendre  de  plus  belle 
les  préparatifs  belliqueux.  Enrôler  des  mercenaires*,  vo- 
ler des  sommes  suffisantes  pour  leur  solde,  comme  pour 
celle  des  cinq  cents  cavaliers  que  Florence  devait  fournir 
à  la  Ligue,  nommer  de  nouveau  Aymeric  de  Narbonnc 
capitaine  de  la  taglia^^  affecter  quatre  cents  livres  à  la 
confection  de  nouvelles  bannières  pour  l'armée  qui  de- 
vait marcher  contre  les  Pisans*,  tels  furent,  de  décembre 
il  avril,  les  principaux  soins  des  conseils  pour  préparer 
la  guerre.  Guerre  obscure,  dont  les  détails  sont  ignorés 
ou  toujours  les  mêmes,  mais  où  Pise  s'affaiblissait  de 
jour  en  jour,  car  elle  ne  pouvait  renouveler  ses  forces 
perdues,  tandis  que  Florence  trouvait  dans  la  Toscane, 
dans  la  Romagne  guelfes,  et  jusqu'au  pays  napolitain, 
d'inépuisables  ressources. 

Seule,  l'ardente  habileté  du  vieux  Monlefeltro  balan- 
çait encore  les  rigueurs  de  la  fortune,  et,  par  des  succès 
inattendus,  faisait  illusion  sur  l'inévitable  résultat.  Les 
Florentins  se  croyaient  maîtres  assurés  de  Pontedera, 
le  plus  fort  château  de  plaine  qu'il  y  eût  en  Italie*.  Ils 
avaient  consacré  trois  mille  livres  à  le  fortifier  encore,  à 
y  construire  des  habitations,  des  écuries,  des  moulins, 
afin  que  la  garnison  y  trouvant  ses  commodités,  fût  moins 
prompte,  le  cas  é.diéant,  à  en  déserter  la  défense*.  Elle 

'  51  décembre  1290.  Provrisioni,  t.  I,  n*  '2,  p.  157. 

*  Ibid.  —  Le  9  février  suivant,  les  conseils  approuvaient  le  payement  de 
2000  lloriiis  il'or  à  Aynieiic,  pour  la  soklv'  do  janvier  et  de  février  (Ibid., 
p.  182  vi. 

^  11  avril  1291.  Provvisioni,  I.  1,  n'  5,  p.  10  v*. 

*  Che  en  il  pin  forte  castrllo  d'Italia  che  fosse  in  pieno  (Villani,  VII,  47). 
'  Nec  non  ad  niansionem  et  morain  et  pro  inansione  mora  militum  et 

pediluin  in  dic!o  Castro  commode  facienda  (19  juillet  1291.  Provvisioni, 
w"  5,  p.  45  \";. 


553  SUCCÈS  DES  PISÂMS.  (An.  1291) 

devait  se  composer  de  cent  cinquante  pedani.  Deux  châ- 
telains avaient  mission  de  les  enrôler,  de  les  bien  fournir 
de  vivres  et  d'approvisionnements.  De  fait,  ils  n'en  en- 
tretenaient que  cinquante,  et  s'appropriaient  la  solde  des 
cent  autres. 

A  la  prévarication  ils  ajoutaient  la  négligence.  Cette 
poignée  d'hommes  aurait  dû,  pour  compenser  son  petit 
nombre,  être  toujours  sur  le  qui  vive;  plusieurs  d'entre 
eux  recevaient  l'autorisation  d'aller  à  Florence  célébrer 
la  fête  de  Noël  ^  Montefeltro  en  eut  vent  :  prompt  comme 
réclair,  il  s'élance  de  Pise  avec  des  cavaliers,  met  pied  à 
terre  à  la  faveur  d'une  nuit  noire,  traverse  dans  des  bar- 
ques les  larges  fossés,  escalade  au  moyen  de  cordes  les 
hautes  murailles,  éveille  eu  sursaut,  tue  ou  soumet  les 
rares  défenseurs,  et  remet  au  pouvoir  de  Pise  cette  place 
imprenable,  ce  précieux  avant- poste  des  Florentins*. 

Florence  n'était  pas,  pour  loi^,  en  veine  de  succès. 
«  Dans  le  même  temps,  écrit  Yiilani,  les  Pisans  firent 
révolter  contre  San  Miniato  le  château  de  Yignale  en 
Camporena';  trois  sesli  de  Florence,  peuple  et  cavaliers, 
y  allèrent  donc  a  o$tey  renvei^sant  beaucoup  d'édifices. 
Âla  fm,  les  défenseurs  ne  pouvant  plus  résister,  et  ne 
recevant  point  de  secours,  profitèrent  d'une  nuit  noire 
pour  sortir  du  château  sains  et  saufs  à  travers  le  camp 


^  YiJlani  (VU,  147)  dit  la  nuit  du  dimanche  des  Rameaux,  pour  faire 
leurs  pâques;  mais  Muratori  relève  Terreur  (R.  I.  S.,  t.  XIII,  339).  Stefani 
(lU,  189)  dit  de  son  côté  :  le  24  décembre  1291. 

«  Villani,  Vn,  147.  —  Stefani,  lll,  189. 
Il  y  a  beaucoup  de  Vignalc  en  Italie ,  notamment  deui  voisins  Tun  de 
Tautre,  dans  le  val  de  Sercbio  et  dans  le  val  d*Arno  inférieur.  Yignale  de 
Camporena  (  Campm  arenœ,   Yiilani  dit  à  tort  Camponera)  est  sans  dont 
ce  dernier,  puisque  Camporena  est  dans  le  val  dTra  (Yoy.  Repetti,  I,  433, 
Y,  770). 


(Aif.  1291)  FLORENCE  SOUHAITE  LA  PAIX.  335 

des  Florentins,  pour  qui  ce  fut  une  grande  honte.  En 
conséquence  on  ordonna  dans  Florence  une  o$te  générale 
sur  Pise;  on  donna  les  enseignes,  et  messer  Corso  Donati 
eut  renseigne  royale  ;  mais  pour  quelque  raison  que  ce 
fût,  le  projet  n'eut  pas  de  suites,  de  quoi  les  Florentins 
furent  très-courroucés,  disant  que  certains  grands  avaient 
reçu  de  Tor  des  Pisans*.  Pour  laquelle  chose,  et  par  les 
soins  de  messer  Vieri  des  Cerchi,  alors  capitaine  de  la 
parte  guelfa^  on  refît  ladile  oste  et  l'on  alla  jusqu'à  Cas- 
tello  del  Bosco*.  Mais  là,  quand  ils  eurent  dressé  leurs 
lentes,  il  tomba  tant  de  pluie  durant  huit  jours  pleins, 
qu'ils  durent  rebrousser  chemin.  A  peine  leur  chef  les 
put-il  reconduire  en  bon  ordre'.  » 

Sans  fondement,  on  peut  le  croire,  ces  accusations  de 
vénalité  trouvaient  néanmoins  créance  :  les  nobles  et  les 
plus  intelligents  popolani  suivaient  en  ce  moment  l'im- 
populaire politique  de  la  paix.  Sur  la  proposition  du  mar- 
chand Dino  Compagni,  les  conseils,  le  22  novembre  et  le 
1"  décembre  précédent,  s'étaient  ouvertement  prononcés 
en  ce  sens*.  Ils  comprenaient  que  par  les  armes  seulement 
Montefeltro  pouvait  rendre  à  Pise  le  terrain  perdu.  Qu'on 
le  réduisît  à  l'inaction,  et  Florence  n'aurait  plus  à  dé- 
fendre ce  qui  lui  restait  de  ses  conquêtes  sur  le  territoire 
pisan.  Tel  est  le  motif  qui  avait  conduit  aux  pieds  de 

<  Selon  Stefani,  ils  étaient  hostiles  à  Texpédition  que  voulait  le  peuple  : 
«  Ma  tanto  fu  lo  sforzo  de*  grandi  (e  chi  disse  che  toccarono  da  canto),  che 
si  lornaroQO  addietro  e  nulla  fecero  da  fare  menzione.  »  (III,  190.) 

*  Dans  le  vnl  d'Arno  inférieur,  à  gauche  de  TArno,  au  milieu  d'une  plaine 
marécageuse.  Non  loin  de  là  est  la  belle  villa  de  Varramista  ,  propriété  de 
H.  Gino  Capponi  (Rcpetti,  I,  355). 

>  Villani,  VU,  147. 

*  Dinus  Compagni  consuluit  quod  procédant  ad  pacem  eorum,  etc.  — 
Voy.  p.  525  V*,  note  5,  le  texte  des  résolutions  prises  sur  sa  pro- 
position. 


354  a!iirAGNE  CONTUK  PISE  (An  1292) 

Nicolas  IV  des  ambassadeurs  florentins  :  ils  le  suppliaient 
de  mellre  lin  aux  hostilités*.  La  mort  imprévue  de  ce 
pontife  (1292)  coupa  court  à  ces  négociations  et  à  ces 
espérances.  Il  ne  restait  plus  qu'à  venger  Téchec  de  Pon 
ledera,  la  honte  de  Vignalc.  La  vengeance  de  Thonneur 
n'était  qu'un  pis-aller. 

Au  mois  de  juillet,  sous  la  conduite  du  Romain  Gentile 
des  Orsini,  potestat',  entra  en  campagne  a  une  des  plus 
riches  et  grandes  armées  que  Florence  eût  faites  jusqu'a- 
lors. »  Elle  comptait,  avec  le  contingent  des  alliés,  deux 
millecinqcents  cavaliers  et  huit  m'iWe pedoni .  Nonobstant, 
après  vingt-lrois  jours  de  dévastations  et  de  bravades,  dans 
cette  charmante  campagne,  toute  de  maisons  de  plaisance 
et  de  jardins,  qui  s'étendait  du  fossé  Kinonichi  jusque  sous 
les  murs  de  Pise,  on  la  voyait  rentrer  à  Florence,  sans 
avoir  même  rencontré  l'ennemi.  Le  fougueux  Montefeltro 
s'était  habilement  dérobé  à  la  poursuite.  N'ayant  que 
huit  cents  cavaliers,  se  défiant  c<  de  la  lâcheté  qu'il  sentait 
chez  les  Pisans,  »  il  n'avait  pas  voulu  ris<juer,  sur  le 
hasard  d'une  rencontre  inégale,  le  salut  de  l'infortunée 
ville  qui  n'espérait  qu'en  lui'.  Déjà  il  avait  ce  dégoût  des 
iiommes  et  des  choses,  fruit  amer  de  l'expérience,  qui 
lui  flt  terminer  ses  jours  sous  la  bure  et  dans  la  retraite 
des  mineurs  de  Saint-François. 

Ainsi  le  but  fuyait  devant  les  Florentins,  et  Pise  rcsiail 
insaisissable  ;  mais  ces  hostilités  sans  gloire  n'étaient  pas 


^  Les  il  et  12  avril  1292,  tous  les  conseils  délibèrent  d'envoyer  des  am- 
bassadeurs h  Rome  ,  pour  négocier  la  paix  avec  les  Pisans.  Mais  en  ménie 
temps,  ils  prenaient  les  mesures  nécessaires  pour  mettre  rarmée  sur  pied  : 
«i  vis  pacem^  para  hélium  (Provvisioniy  I,  n'  5,  p.  57).  . 

*  Villani  (Vil,  153)  dit  en  juin  ;  mais  Gontile  n*entrc  en  chai'ge  que  Id 
1*' juillet.  Voy.  la  liste  des  Officiales  forenaes. 
Villani,  VII,  159. 


(An.  1292)  SOUS  LA  DIRECTION  DE  FLORENCE.  335 

sans  avantages  :  elles  enlretenaîcnt  à  Florence,  sinon  Tes- 
pril  belliqueux  qu'avaient  banni  le  trafic  et  l'industrie,  du 
moins  ce  qui  restait  des  habitudes  militaires;  elles  lui 
assuraient  la  prépondérance,  pour  la  politique  sur  les 
gibelins,  pour  le  commerce  sur  tous  les  autres  marchands 
de  Toscane.  D'aigres  rancunes  contre  ceux  qui  lui  résis- 
taient encore*,  un  vif  désir  de  tout  soumettre  à  la  ronde, 
la  tenaient  en  éveil  ;  ses  forces  toujours  debout,  presque 
toujours  en  campagne,  lui  assuraient  une  hégémonie 
qu'on  subissait  sans  la  reconnaître,  quelquefois  même  en 
la  reconnaissant.  C'est  Florence  qui,  presque  en  toutes 
choses,  prend  l'iniliative';  c'est  à  elle  que  les  communes 
demandent  leurs  potestats'.  La  papauté  avait  renoncé  à 
son  rôle  d'arbitre.  Après  avoir  renversé  l'empire  et  con- 
stitué  un  royaume,  elle  se  repentait  presque  de  son 
œuvre,  elle  flottait  de  l'un  à  l'autre,  n'ayant  de  puissance 
que  ce  qu'elle  leur  en  empruntait,  d'asile  sûr  qu'Assise  et 
Viterbc.  Sans  autorité  comme  sans  action*,  elle  laissait 
partout  une  place  vide  :  Florence  la  prit  en  Toscane 
comme  les  tyranneaux  en  Lombardie,  mais  mieux  pré- 
parée qu'eux  à  la  bien  remplir. 

Guelfe  dans  l'ûme,  elle  sait  s'affranchir  du  joug  spirituel 
de  l'Eglise'.  Protectrice  des  cités  voisines,  elle  y  appe- 


*  Le  29  octobre  1292,  en  accordant  aux  bannis,  pour  ofTenses  à  un  par- 
ticulier ou  à  la  commune,  le  droit  de  se  racheter  à  prix  d'argent,  les  con- 
seils exceptaient  ceux  qui  auraient  pris  les  armes  contre  Florence  ou  sim- 
plement demeuri  soit  à  Arezzo,  soit  à  Fisc  (Provvisioni,  ï,  n"  3,  p.  116). 

*  Voy.  passirn  les  registres  du  Consglio  délia  Campana. 

'  Ainsi  Montevarchi,  le  5  juillet  129)  {Provvisioni,  I,  n"  2,  p.  109).  On 
a  vu  Corso  Donati  potestatde  Pistoia.  On  pourrait  multiplier  les  exdtnpies. 

*  Voy.  Zellcr,  Hist.  d'Italie,  p.  221-222. 

*»  Voy.  à  l'Append.  n°  4  les  résumés  de  quelques  conseils  relativement  à 
des  débats  sur  les  clercs,  d'après  les  Consulte ,  \,  125-139,  du  28  aoiît  1285 
au  5  novembre  de  la  même  année. 


536  PROSPÉRITÉ  ET  SUPÉRIORITÉ  (An.  1292) 

santit  une  main  de  fer,  elle  leur  impose  des  charges  sans 
leur  donner  de  droits,  et,  à  ce  prix,  elle  leur  assure  une 
sécurité  inconnue,  inespérée.  Si  elle  gouverne  étroitement 
dans  l'intérêt  d'un  parti,  c'est  que  nul  ne  conçoit  encore 
qu'on  puisse  gouverner  dans  l'intérêt  de  tous  ;  c'est  qu'on 
ne  connaît  pas  d'autre  moyen  de  vaincre,  de  décourager 
la  résistance*.  En  somme,  et  malgré  bien  des  injustices, 
elle  a  de  la  justice  un  sentiment  plus  net  qu'aucune  autre 
puissance  de  ce  temps,  et  elle  le  doit  aux  habitudes 
d'équité  calculée  qu'elle  a  prises  dans  le  trafic \  Elle 
ressentait  de  ses  progrès  constants  une  joie  et  une  con- 
fiance qui  éclatent  dans  tous  ses  actes,  et  dont  témoignent 
ses  historiens.  Malgré  tant  de  guerres  au  dehors,  Villani, 
témoin  oculaire,  nous  la  montre,  après  son  triomphe  de 
Gampaldino,  «  en  bon  et  heureux  élat,  croissant  en  popu- 
lation et  en  richesse,  tout  homme  gagnant  par  le  trafic, 
les  arts  et  les  métiers,  la  ville  montant  chaque  jour  par 
la  paix  intérieure,  l'allégresse  publique  multipliant  les 
fêles  et  les  jeux,  les  jeunes  gens  parcourant  la  ville  vêtus 
d'habits  neufs  de  drap  et  de  soie,  les  femmes  avec  des 
guirlandes  de  fleurs  sur  la  tête,  partout  des  danses,  des 
festins,  des  divertissements*.  »  Mais  sous  ces  fleurs  cou- 


^  M.  P.  Villari  est  si  frappé  de  ce  défaut  qu*il  va  jusqu'à  dire  que  mieux 
falait  èlre  conquis  par  un  prince,  parce  que  les  princes  traitaient  également 
tous  les  sujets.  Nous  ne  pouvons  le  suivre  jusque-U.  On  sait  ce  que  vaut 
Tégalité  dans  la  servitude  (Yoy.  //  Politecnico,  mars  1866,  p.  16). 

*  On  peut  voir  au  chapitre  suivant  diverses  lois  rendues  pour  donner  la 
liberté  aux  serfs  et  ramener  les  délinquants  devant  leurs  juges  naturels 
(p.  537). 

*  Villani,  VU,  131.  —  Qu*il  fût  témoin  oculaire  pour  ce  temps-là,  c'est  ce 
qu'a  très  bien  montré  M.  Fanfani.  Si,  en  1300,  il  était  en  Orient,  dans  un  comp- 
toir des  Peruzzi,  puis  à  Rome  pour  le  jubilé,  à  supposer  qu'il  n'eût  pas  plus 
de  trente  ans,  il  serait  né  en  1270  (Yoy.  Dino  Compagni  vendicato  dalla 
calunnia  di  scriilorey  etc.,   p.  46).   Mous  avons  d'ailleurs  cité   plus 


(«.  1292)      DE  FL0R1!;NC£  SUR  L£S  AUTRES  VILLES.  557 

valent  les  vieilles  haines  ravivées  et  grosses  d'une  pro- 
chaine, d'une  capitale  révolution.  Florence  en  sentait 
sans  trembler  les  approches,  semblable  à  ces  plantes 
vivaces  qu'une  atmosphère  agiléc  n'empêche  pas  de  gran- 
dir et  de  prospérer. 

haut  (p.  518)  un  passage  où  Villani  dil ,  en  parlant  de  la  nouvelle  apportée 
à  Florence  du  triomphe  de  Campaldino  :  c  lo  scriUore  l'udi  e  viddi  questo 
cose.  *  (VII,  150.) 


HIST.    1)B  FLORENCE.   —   II.  " 


CHAPITRE   III 

LES    ORDONNANCES    DE    JUSTICE 
—  1292-1294  — 


Puissance  persistinte  des  grands.  —  Leur  alliance  avec  les  popolcmi  grasn»  — 
Constitution  des  consorierie.  ^~  Troubles  qui  en  résultaient.  —  Efforts  in- 
fructueux pour  y  remédier.  —  Solidarité  entre  parents.  ~-  Abolition  de  la  ser- 
vitude. —  Divisions  dans  les  arts.  —  Perturbations  du  trafic.  —  Divisions 
entre  les  grands  guelfes.  —  Giano  délia  Bella.  —  Réforme  rotée  par  les  con- 
seils [18  janrier  1203).  —  Seigneurie  réformatrice  du  15  février  1293.  —  Le 
gonfalonier  de  justice.  —  Adjonction  de  cinq  arts  aux  sept  arts  majeurs.  — 
Rédaction  des  ordonnances  de  justice.  —  Adoption  définitive  des  ordinamenta 
justUùe  [12  août  1294).  —  Économie  de  ces  ordonnances.  —  Partie  politique  : 
élection  des  prieurs.  —  Leurs  prérogatives  et  attributions.  —  Élection  du  gon- 
falonier. —  Force  armée  à  ses  ordres.  —  Nouvelle  organisation  des  arts.  ~- 
Lcurs  syndics.  —  Partie  sociale  :  mesures  contre  les  grands.  —  Cautions  exi- 
gées des  familles  nobles.  —  Pénalités  édictées  contre  elles.  —  Dénonciations 
et  preuves  à  l'appui.  —  Expéditions  du  gonfalonier.  —  Droit  permanent  de 
réviser  les  ordonnances.  —  Paix  et  alliance  avec  les  villes  toscanes  [12  juillet 
1294). 


Malgré  la  condition  inférieure  où  les  précédentes  ré* 
formes  l'avaient  réduite,  la  noblesse  florentine  n'avait 
jamais  perdu  l'espoir  d'en  sortir  et  de  se  relever.  On 
voyait  encore  debout  à  Florence  des  débris  de  l'ère  féo* 
dale,  des  grands  qui  se  rappelaient  les  temps  antérieurs 
à  1250,  âge  d'or  où  leur  caste  n'avait  ni  égaux  ni  rivaux. 
Embellis  par  l'éloignement  et  l'exagération,  les  récits  de 
ces  vieillards  versaient  dans  les  jeunes  âmes  le  regret  du 
passé,  le  désir  d'y  conformer  le  présent.  L'aristocratie 


(ÂM.  129^)       PUISSANCE  PERSISTANTE  DES  GRANDS.  ^9 

était  assez  forte  encore  pour  s'opposer  aux  progrès  de  Te- 
galité  civile*,  pour  disputer  aux  popolani  le  pouvoir*. 
Elle  trouvait  un  point  d*appai  dans  diverses  commuoes 
où  les  nobles  dominaient  encore,  quoique  fort  menacés'. 
Ses  exploits,  ses  succès  à  la  guerre,  où  elle  éclipsait  les 
marchands ,  augmentaient  son  crédit,  sa  hardiesse,  ^a 
contiance.  La  victoire  de  Certomondo  lui  avait  valu  un 
regain  de  popularité.  Toujours  maîtresse  dans  les  con- 
seils de  la  parle  guelfa^  elle  en  tirait  une  puissance  ef- 
fective qui  tenait  en  échec  la  seigneurie.  La  parte ^  ayant 
l'administra tion  de  toutes  les  propriétés,  de  tous  les  tré- 
sors confisqués  aux  gibelins,  les  avait  «  capitalisés,  »  et 
se  trouvait  en  possession  de  richesses  considérables,  dis- 
ponibles, employées  avec  un  rare  discernement.  C'est  à 
la  parte^  on  Ta  vu,  que  s'adressaient  les  prieurs  pour  se 
procurer  l'argent  nécessaire  à  d'incessantes  expéditions. 
Dans  ses  conseils  on  avait  bien  essayé  d'introduire  des 
popolani;  mais  les  magnats  défendaient  énergiquement 
leur  citadelle.  Leurs  personnes,  comme  leur  esprit,  con- 
tinuaient d'y  prévaloir*. 


*  Nobilitas  qtue  ad  eam  princeps  in  cWitate  fuerat  non  satis  equam  80- 
ciebteni  cum  populo  exercebal  (Léon.  Bruni,  1.  IV,  p.  67). 

*  L'ambizione  degli  ufizi  e  del  regimento  in  Firenze  era  ed  ora  è  intanto 
cresciuU  che  ogni  uomo  volea  e  procura  va  il  reggimento.  —  E  quasi  più 
era  queslo  vizio  esdegno  ne'  grandi  che  negli  altri  (Stefani,  HI,  196). 

'  Repetti,  art.  Montopoli.  —  Capponi,  I,  81. 

*  Même  en  1535,  c'est-à-dire  après  le  triomphe  définitif  du  parti  popo^ 
lano,  dans  le  statut  de  la  parte  qui  fut  alors  rédigé  et  qui  est  le  plus  ancien 
non  certes  de  ceux  qui  ont  existe,  mais  de  ceux  qu'on  a  conservés,  on  pro« 
voque,  on  encourage  par  des  récompenses  en  argent  la  nomination  de  nou-^ 
veaux  chevaliers ,  jusqu'à  concurrence  de  6  par  an.  On  donnait  à  chacun 
d'eux  la  somme  de  50  florins  d'or.  «  Conciosiacosachè  a  cosi  magnifica  città 
si  confaccia  risplenderc  per  quantité  di  cavalieri.  »  (SUUuto  délia  parle 
guelfa,  cap.  xxxix,  ap.  Arch.  stor.,  nuova  série,  t.  Y,  disp.  i,  ann.  1857* 
—  Cr.  P.  ViUan,  Nuova  Antologia,  t.  XI,  p.  447-449,  juillet  1869.) 


340  LA  FAMILLE  CHEZ  LES  GRANDS.  (An.  1392) 

Si  c'est  un  principe  de  Fart  raililaire  qu'on  vient  à  bout 
de  toute  citadelle  en  la  coupant  de  ses  communications. 
Ton  était  loin  d'avoir  réduit  la  parte  guelfa  à  cette  extré- 
mité :  elle  conservait  des  intelligences  jusque  dans  le  camp 
ennemi.  Les popola/ni  grassi  se  rapprochaient  des  grands. 
Par  désir  de  décrasser  leur  roture,  d'anoblir  leur  opulence, 
ils  contractaient  dans  la  caste  réprouvée  des  mariages 
nombreux  ;  ils  désertaient  les  intérêts  de  la  leur.  c<  A  peine 
sorlis  du  peuple,  ils  réagissaient  avec  fureur  contre  lui, 
mélange  surprenant  de  traditions  féodales  et  d'instincts 
mercantiles*.  »  Le  menu  peuple,  trop  humble  encore  et 
trop  éloigné  des  magnats  pour  en  pouvoir  être  jaloux,  se 
montrait  docile  à  leurs  perûdes  excitations  contre  le  gros 
des  popolani  toujours  défiant  et  hoslîle.  Passionné  pour 
les  fêtes,  il  admirait  les  nobles  qui  en  étaient  l'ornement, 
et  il  tendait  une  main  avide  à  l'or  que  répandait  leur 
prodigalité. 

Il  suffirait  de  ces  causes  pour  expliquer  la  puissance 
persistante  de  l'aristocratie  florentine;  mais  elles  sont 
communes  à  tous  les  pays  où  les  classes  sociales  se  trou- 
vent en  conflit.  On  en  doit  ajouter  une  plus  particulière  a 
Florence,  si  l'on  veut  bien  comprendre  à  quel  point  était 
difficile  le  triomphe  des  marchands. 

Comme  ces  animaux  qui,  battus  en  plaine  par  le  vent 
de  la  tempête,  se  serrent  les  uns  aux  autres  pour  n'en  pas 
être  emportés,  les  grands,  dès  les  premiers  jours  de  la 
persécution,  avaient  resserré  les  liens  de  la  famille,  et 

*  M.  Edgar  Quinet,  (le  qui  est  cette  expression,  ajoute  :  c  d'enthousiasme 
pour  la  science.  »  Mais  ce  dernier  mot  ne  peut  se  rapporter  qu'à  des  temps 
posténeurs.  Voy.  Révolutions  dltalie,  I,  200-202,  ce  bel  ouvrage  où  Tau- 
teur,  malgré  une  méthode  défectueuse  et  trop  dépourvue  de  critique  exacte, 
porte  des  jugements  dignes  de  remarque  sur  des  faits  qu'il  comprend  bien, 
alors  même  qu'il  ne  les  connaît  qu'à  moitié. 


(An.  1292)  LES  CONSORTERIE.  341 

fait  d'elle  une  vaste  association  qui  centuplait  ses  forces. 
L'on  y  agissait  en  commun.  Le  conseil  des  parents  réu- 
nis délibérait  sur  toutes  les  questions  de  quelque  gravité; 
il  nommait,  pour  les  résoudre,  des  arbitres  dont  les  déci- 
sions avaient  toute  la  valeur  des  jugements  légaux.  L'or- 
ganisation des  arts  avait  servi  de  modèle.  Sous  le  nom  de 
comorleSy  étaient  compris  dans  la  famille  «  tous  ceux 
qui  provenaient  en  ligne  masculine  de  la  môme  souche 
jusqu'à  l'inGni*.  »  Œuvre  de  la  coutume  et  non  de  la  loi, 
celte  consorteria  n'en  avait  poussé  dans  le  sol  que  de  plus 
profondes  racines.  Les  nobles  y  puisaient  une  vigueur  nou- 
velle, pour  compenser  la  perle  de  leurs  droits  féodaux*. 
C'est  en  vain  qu'au-dessous  d'eux  on  avait  tenté  de  suivre 
leur  exemple*.  Seuls  ils  savaient  habiter  porte  à  porle, 
palais  contre  palais,  grouper  autour  d'eux  leurs  comorti 
et  clienls,  leurs  famigli  ou  serviteurs,  appeler  à  la  res- 
cousse, au  moment  du  danger,  la  population  campagnarde 
qui  vivait  au  dehors  dans  leur  dépendance,  sur  leurs  pro- 
priétés*. 

L'État,  ce  semble,  aurait  dû  s'y  opposer;  mais  il  ne  le 


*  Qui  consortes  sint  de  eadcin  stirpc  per  linenm  masculinam  usquc  ad 
infiniliim.  —  Cette  phrase,  dit  M.  P.  Villari,  est  souvent  répétée  et  montre 
comment  se  formaient  les  consorieiie  (  Voy.  //  PoHtecnico,  juillet- 
août  1868,  p.  208-219).  —Nous  avons  dit  plus  haut  (1. 1,  c.  iv,  1. 1,  p.  190) 
le  sens  de  ce  mot.  Il  apparaîtra  plus  clair  encore  par  ce  que  nous  disons 
ici. 

*  Voy.  M.  P.  Villari,  Nuova  Antologia,  t.  XI,  p.  449,  juillet  1869.  — 
Sur  ce  point  important,  nous  prenons  le  plus  souvent  pour  guide  ce  profes- 
seur, ce  publicistc  distingué,  qui  en  a  excellemment  disserté  dans  les  deux 
recueils  sus-indiqucs. 

'  11  en  est  question  dans  les  Ordinamenia  juêUtiœ,  Rub.  il  du  texte  de 
Fincschi  et  de  M.  Giudici,  Rub.  16  du  texte  de  M.  Bonaïui.  —  Nous  explique- 
rons plus  bas,  dans  ce  même  chapitre,  ce  que  sont  ces  Ordinamenia  et  ces 
trois  rédactions. 

^  Voy.  sur  ces  faits  31.  P.  Villari,  Nuova  Aniolqgia^  loc.  cit.,  p.  447. 


312  TROUBLES  GAISÉS  (An.  1292) 

pouvait.  La  direction  changeant  de  main  tous  les  deux 
mois,  les  gibelins  succédaient  aux  guelfes,  et  les  nobles 
aux  popolani.  Ce  qu'on  filait  en  octobre,  dit  Dante,  était 
défait  en  novembre  ^  À  la  stabilité  politique  suppléait  de 
son  mieux  Tesprit  de  gouvernement  :  il  favorisait  la  for- 
mation et  les  progrès  des  forces  particulières  qui  se 
tenaient  debout  sans  être  soutenues,  qui  maintenaient  un 
équilibre  toujours  menacé,  qui  servaient  de  frein  aux 
tyrannies  de  hasard,  et  de  contre-poids  au  pouvoir  central. 
C'est  ainsi  que  le  pouvoir  central,  faute  de  notions  justes 
sur  l'État,  ne  le  distinguait  pas  de  la  société  ;  c'est  ainsi 
qu'il  devait  souhaiter  le  développement  de  puissances  qui 
gênaient  son  action,  et  se  mêler  d'affaires  privées  où,  en 
des  conditions  moins  singulières,  il  n'aurait  pas  dû  mettre 
la  main.  Nul  n'avait  le  droit,  sans  son  autorisation,  de 
passer  d'une  rue  ou  d'un  quartier  dans  un  autre,  car  tout 
changement  de  ce  genre  pouvait  pousser  un  citoyen  à 
changer  de  parti  ou  d'alliances,  et  devenait  par  là  ques- 
tion politique;  mais  les  magistrats  pratiquaient  eux- 
mêmes  ce  qu'ils  défendaient  à  autrui  :  sans  cesse  ils  re- 
maniaient les  sestieri^  soit  pour  fortifier  leurs  amis  où  ils 
les  trouvaient  faibles,  soit  dans  des  vues  moins  intéres- 
sées et  moins  étroites,  pour  maintenir  cette  juste  balance 
des  quartiers  et  des  familles  qui  donnait  seule  quelque 
stabilité  à  l'État*. 

Aucun  d'eux,  pas  même  les  plus  clairvoyants,  ne  pres- 
sentait les  conséquences.  Elles  étaient  graves  pourtant, 


Verso  di  te,  che  fai  tanto  sottili 
ProTTedimenti,  ch'  a  meizo  novembre 
Non  giunge  quel  che  tu  d'ottobre  fili. 
{Purg,  VI,  142.) 

•  Yoy.  M.  P.  Yillan,  //  Politecnico,  jumeUoût  1868,  p.  222. 


k 


(An.  1^292)  PAR  LES  CONSORTERIE.  543 

et  à  peu  près  inévitables.  Gomme  on  ne  constitue  pas  de 
forces  sans  qu'elles  usurpent  des  attributions  politiques, 
l'esprit  de  caste  reconquérait  en  partie  ce  que  les  précé- 
dentes réformes  lui  avaient  enlevé.  Comme  Téquilibre  où 
on  les  maintient  dégénère  aisément  en  antagonisme,  les 
œnsorterie  se  jalousaient  réciproquement.  De  là  des 
troubles  que  Villani,  observateur  exact  des  faits,  mais  in- 
vestigateur superficiel  des  causes,  attribuait  «  à  l'excès  de 
prospérité  et  de  tranquillité  qui  engendre  naturellement 
les  nouveautés  avec  l'orgueil*.  »  —  «  Les  outrage*!,  pour- 
suit cet  auteur,  les  blessures,  les  homicides,  se  multi- 
pliaient. Les  nobles  surtout,  qu'on  appelait  grands  et  puis 
sanls,  se  déchaînaient  contre  les  popolani  impuissants, 
dans  la  ville  et  sur  le  territoire,  contre  les  personnes  par 
la  violence  armée,  contre  les  biens  en  les  occupant*,  y* 
Qu'un  souffle  passager  de  la  faveur  publique  les  portât 
encore  au  pouvoir,  ou  qu'ils  y  fussent  représentés,  ce  qui 
était  l'ordinaire,  par  les  popolani  grossi  de  leur  bord,  ils 
en  usaient  pour  violer  les  lois  existantes,  pour  en  substi- 
tuer de  plus  favorables  à  leurs  prétentions,  pour  opprimer 
leurs  ennemis  et  assurer  l'impunité  à  leurs  amis,  pour  se 
saisir  des  biens  de  la  commune,  sous  prétexte  de  récom- 
penser ceux  qui  l'avaient  vaillamment  sei*vie.  Dans  le 
contarfo,  ils  obligeaient  les  contadini  libres  de  toute  ser- 
vitude, à  signer  de  faux  contrats  qui  les  assimilaient  aux 
fidèles,  aux  serfs,  aux  autres  hommes  privés  de  leur 
liberté.  Toute  résistance  eût  été  inutile  devant  des  cava^ 
tiers  et  des  parfont  qui  s'avançaient  la  menace  à  la  bouche, 
la  dague  et  la  torche  dans  les  mains'. 

«  Villani,  VIU,  i. 

«  Ihid.  Cf.  Léon.  Bruni,  IV,  67. 

'  On  peut  ¥oir  dans  les  DeliziCy  à  la  fin  du  t.  YIII ,  p.  282 ,  une  pétition 


344  EFFORTS  INFRUCTUEUX  (An.  1292) 

Accoutumée  à  ces  désordres,  Florence  n'y  voyait  rien 
de  bien  nouveau.  Ce  qui  Tétait  pourtant,  c'est  que  soute* 
nus  par  leur  consorteria ,  les  nobles  ne  se  contentaient 
plus  de  se  faire  justice  à  eux-mêmes;  ils  refusaient  en 
outre  de  se  soumettre  aux  juges.  Après  avoir  délibéré  en 
commun  sur  telle  ou  telle  vengeance,  ils  leur  arrachaient 
ou  ils  dérobaient  à  leurs  poursuites  celui  d'entre  eux  ou 
de  leurs  familiers  qu'ils  avaient  chargé  de  l'exécution. 
Quelquefois  même  ils  le  rachetaient  à  prix  d'argent.  Y 
échouaient-ils?  Le  coupable  était-il  traîné  devant  la  jus- 
tice? Personne  ne  voulait  témoigner  contre  lui.  Ainsi  l'on 
trouvait,  le  malin,  des  cadavres  déjà  froids  sur  les  dalles 
des  rues  ;  on  apprenait  qu'un  citoyen  avait  disparu,  et  son 
cadavre  même  était  perdu  à  jamais.  Les  meurtriers  res- 
taient inconnus;  les  maisons  de  la  consorteria  suspecte 
ne  livraient  point  leur  secret.  Pas  plus  que  les  parents  de 
la  victime,  le  potestat  n'y  pouvait  pénétrer.  Des  preuves 
ou  des  présomptions  assez  fortes  permettaient-elles  de 
condamner  un  grand  à  l'amende?  il  se  trouvait  ne  pos- 
séder rien  en  propre.  Le  juge  et  avec  lui  l'État  demeu- 
raient désarmés*. 

La  plupart  des  seigneuries  luttaient  obstinément  pour 
remédier  à  ces  désordres,  où  pouvait  sombrer  la  Répu- 
blique. liC  7  juin  1285,  «  considérant  les  énormes  crimes 
qui  se  commettent  et  l'impunité  dont  s'enorgueillissent 
beaucoup  de  coupables,  par  l'impuissance  des  victimes,  » 
les  conseils,  à  la  demande  des  prieurs,  donnaient  balia 

de  quelques  hommes  de  Castclnuovo  qui ,  étant  libres  de  toute  servitude , 
furent  contrainis  par  les  Pazzi  et  d'autres  «  armata  manu  cum  militibus  et 
pedilibus  »,  les  armes  et  les  torches  aux  mains  y  à  signer  un  contrat ,  fei- 
gnant d'avoir  un  procès  qu'ils  n'avaient  pas  :  «  et  scribi  faciendo  litcm 
contra  eos  esse  super  revocationem  sei^ilorum.  » 
*  Voy.  M.  P.  Villari,  Nuova  Aniologia,  loc*  cit.,  p.  452. 


(An.  4292)  POUR  REMÉDIER  A  CES  MAUX.  545 

jusqu'au  1''  septembre  suivant  à  messer  Baldovino  des 
Ugoni,  capitaine  du  peuple,  «d'enquérir,  juger,  condam- 
ner pour  tout  crime ,  méfait  ou  excès,  et  appliquer  la 
peine  selon  les  statuts  ou  à  son  gré,  quand  le  cas  n'est 
pas  prévu*.  »  Mais  ces  pleins  pouvoirs,  d'ailleurs  limités 
quant  à  leur  objet  et  à  leur  durée,  étaient  devenus  la 
monnaie  courante  de  la  politique,  et  avaient  cessé  d'être 
un  épouvantail.  On  les  donnait  aussi  pour  punir  les  mar- 
chands qui,  en  temps  de  disetle,  accaparaient  la  viande  et 
le  vin',  pour  les  contraindre  à  fournir  du  sel  de  bonne 
qualité,  pour  en  interdire  la  vente  à  tout  citoyen  qui  n'en 
aurait  pas  reçu  le  privilège'.  Le  2  octobre  1286,  les  con- 
seils autorisaient  le  potestat,  le  capitaine  et  leurs  juges, 
jusqu'au  1"  janvier  suivant,  à  contraindre  «  réellement 
et  personnellement*  »  tout  magnat  qui  molesterait  un 
popolanOj  en  l'empêchant  d'habiter  ses  maisons  ou  de 
cultiver  ses  terres,  à  les  acheter  à  un  prix  équitable  ou 
même  excessif,  selon  la  décision  des  prieurs.  La  voix  pu- 
blique, un  seul  témoin,  la  simple  dénonciation  de  l'of- 
fensé suffisait  à  établir  l'offense,  pourvu  qu'il  l'affirmât 
sous  la  foi  du  serment. 

Le  même  jour,  les  mêmes  conseils,  «  voulant  refréner 
l'effrénée  et  audacieuse  présomption  des  magnats  et  puis- 
sants de  la  ville  et  du  contadOj  »  décrétaient  que  tous  les 
mâles  âgés  de  plus  de  quinze  ans,  dans  les  familles  qui 
seraient  désignées,  s'obligeraient  sous  caution  de  deux 


*  Provvisionif  n"  I,  p.  17  v*. 

-  18  juillet  1285.  Prowisioni,  n'  I,  p.  17  V. 
^  5  novembre  1285.  Proruixiowt,  n*  I,  p.  21. 

*  Rcaiiter  et  personaliter  (Doc.  du  12  octobre  1286,  Consulte,  PP.,  I, 
32,  Frammcnli  di  provvisioni  e  ri  forme).  —  Dans  ce  document  se  trouve 
résumé  celui  du  2  octobre  dont  nous  parlons  ici. 


346  EFFORTS  INFRUCTUEUX  (An.  1292) 

mille  livres,  pour  eux-mêmes,  leurs  fils  et  leurs  frères,  à 
ne  contrevenir  en  aucune  façon  aux  règlements  et  lois  de 
la  commune.  Diverses  peines  étaient  portées  contre  qui- 
conque n'y  obéirait  pas,  ou,  par  fraude,  les  éluderait*. 
Dix  jours  plus  lard,  le  12  octobre,  on  étendait  ces  mesures 
des  délits  contre  la  commune  aux  délits  contre  les  particu- 
liers, notamment  pour  protéger  les  propriétés  indûment 
occupées  par  des  hommes  puissants,  et  lout  ensemble 
celles  dont  ils  empêcheraient  la  vente.  On  déclarait  abro- 
gés les  statuts  contraires  à  ces  dispositions.  Le  conseil 
spécial  du  capitaine,  réuni  dans  San  Pier  Scheraggio  aux 
capitudmi  des  douze  arts  principaux,  approuvait  par  assis 
et  levé  ces  propositions,  à  l'unanimité  des  quarante-sept 
conseillers  présents.  I^e  conseil  général  sanctionnait  aus- 
sitôt', et  les  mesures  votées  étaient  dès  lors  exécutoires, 
sans  qu'il  les  fallût  soumettre  aux  conseils  du  potestat, 
dont  faisaient  partie  ces  grands  qu'on  voulait  réprimer. 
Vive  et  durable  fut  Témotion  parmi  eux.  Elle  grandit 
de  jour  en  jour,  se  répandit  en  rumeurs  sur  la  voie  pu- 
blique, éclata,  le  30  octobre,  en  excès  contre  le  potestat, 
le  capitaine  et  leurs  familiers*.  Sans  perdre  un  instant, 
ces  deux  magistrats,  avec  une  résolution  rare,  attaquèrent 
le  taureau  par  les  cornes.  Le  même  jour,  ils  convoquent 
les  deux  conseils  du  potestat,  où  les  grands  avaient  droit 
de  siéger  et  de  se  faire  entendre*.  Là,  en  présence  du  po- 

*  Prowisioni,  n"  I,  p.  27-52.  Consulte,  loc.  cit. 

*  ConsuliCy  loc.  cit.  —  Rien  n'est  plus  rare,  dans  les  conseils  florentins, 
que  Tunanimité  des  suffrages.  Les  personnes  qui  connaissent  le  mieux  cette 
histoire  croient  même  volontiers  qu'il  n'y  en  a  pas  d'exemples.  Nous  en 
avons  relevé  quelques-uns.  Ainsi,  le  15  décembre  1290  «  placuit  om* 
nibus  in  dicto  presenti  consilio  existentibus.  »  (Prawisioni,  n*  Vll, 
p.  17  V.) 

'  Excessuum  etrumorum  [Consulte,  PP.,  I,  34  ▼•). 

*  On  cherche  les  motifs  de  cette  interversion  de  l*ordre  accoutumé.  Il  est 


I 


(Âif.  1292)  POUR  RIDMÉDlËR  A  CES  MAUX.  347 

testât,  Bertoido  de  Stefani,  Roraain,  qui  présidait  selon 
Tusage,  le  capitaine  du  peuple,  Monaldo  des  Monaldeschi, 
d'Orvieto,  expose  qu'on  ne  peut  faire  pleine  inquisition, 
procès  et  punition  de  ces  excès  et  rumeurs,  si  l'on  ne 
change  quelques-uns  des  slaluls  du  potestat  et  du  capi- 
taine, ceux-là  surtout  qui  enchaînent  trop  leur  liberté,  et 
il  demande  qu'il  y  soit  procédé  sur-le-champ,  sans  même 
donner  l'ordinaire  lecture  de  ces  statuts.  Intimidés  ou 
absents,  les  grands  n'y  mirent  aucun  obstacle,  et  la  pro- 
position fut  approuvée  par  assis  et  levé.  Les  deux  magis- 
trats se  rendirent  incontinent  dans  les  conseils  du  capi- 
taine, dont  l'approbation  nullement  douteuse  n'était  que 
pure  formalité.  le  potestat  y  prit  la  parole,  pour  mieux 
marquer  sans  doute  ce  dont  témoignait  déjà  sa  présence, 
qu'il  était  avec  son  collègue  en  parfaite  communauté  de 
sentiments.  Il  fit  les  mêmes  demandes  que  le  capitaine 
avait  faites  dans  les  précédents  conseils;  il  réclama  toute 
licence  de  punir  sans  exception  de  droit  ni  de  statut,  et 
sans  qu'ils  pussent,  ni  lui  ni  le  capitaine,  être  soumis,  leur 
charge  expirée,  au  redouté  contrôle  du  sindacato^  pour 
leurs  actes  contre  les  grands.  Portée  enfin  devant  le  par- 
lement général  du  peuple,  réuni  à  Santa  Reparata ,  la 
proposition  y  fut  agréée,  et  les  statuts  promptement  ré- 
formés purent  être  appliqués  sans  retard  *. 

Ce  n'était  qu'un  essai,  limité  au  P'  janvier  1287; 
mais  on  pouvait  renouveler  les  mesures  édictées,  si  elles 
avaient  réussi.  On  ne  les  renouvela  point,  ou,  du  moins, 


probable  qu'on  voulut  bruscpier  les  choses,  en  aTertissant  seulement  les 
popoîani  qui  faisaient  partie  des  conseils  du  potestat  de  se  rendre  à  la  réu- 
nion, ce  qui  assurerait  aux  mesures  projetées  une  majorité.  Nous  ne  nous 
souvenons  pas  d'avoir  yu  un  autre  exemple  de  ce  renversement. 
*  Consulte,  PP.,  I,  34  v',  35.  Frammenti  di  prowiiiani  e  ri  forme. 


348  SOLIDARITÉ  ENTRE  PARENTS.  (Ah.  1292) 

on  les  modifla,  le  18  janvier,  comme  trop  dures  en  cer- 
taines parties  et  d'une  impossible  application.  Il  fui  sti- 
pule ainsi  que  le  père  donnant  sa  garantie  pour  le  fils,  ou 
le  fils  pour  le  père,  ou  un  frère  pour  l'autre,  cette  garantie 
ne  serait  exigée  double  eh  aucun  cas*. 

Ce  qui  domine  dans  ces  premiers  tâtonnements  d'une 
législation  draconienne,  c'est  le  dessein  d'introduire  dans 
le  châtiment  la  solidarité  qu'on  trouvait  dans  la  faute. 
Rien  n'élait  plus  naturel  et  même  plus  légitime.  A  Flo- 
rence, la  responsabilité  collective  était  partout,  dans  le 
patrimoine  domestique,  en  grande  partie  indivis  puisque 
les  mâles  possédaient  presque  tout',  comme  dans  le  com- 
merce, où  le  père,  les  fils,  les  frères  étaient  responsables 
solidairement.  Ainsi  ancrée  dans  la  société  civile,  la  soli- 
darité devait  pénétrer  dans  la  société  politique.  Comment 
n'eût-on  pas  étendu  la  condamnation  du  coupable  à  ses 
complices,  &ux  protecteurs  qui  le  dérobaient  ou  l'arra- 
chaient au  juge?  C'était  le  fond  même  des  législations 
germaniques.  En  Italie,  où  elles  étaient  connues,  personne 
ne  pouvait  donc  trouver  surprenant  qu'on  les  imitât. 
L'amende  était-elle  la  seule  peine  encourue?  La  propriété 
restant  indivise,  c'est  la  famille  qui  devait  payer.  Même 
très-riche,  le  condamné  pouvait  n'avoir  pas  de  biens 


'  Provvisioni,  n**  I,  p.  4i.  Cette  modiGcat ion  ne  dut  pas  avoir  pour  cause 
un  changement  dans  les  principales  magistratures,  c;ir  si  un  nouveau  po- 
testât  était  entré  en  charge  le  1*'  janvier,  le  capitaine  conservait  la  sienne 
ju8qu*au  i*'  mai.  —  Il  y  avait  des  accommodements,  soit  quand  les  nobles 
étaient  démontres  pauvres,  soit  à  la  demande  d'une  ville  alliée.  Le  12 
avril  1287,  on  réduisait  à  50  livres  par  personne  la  caution  des  Rinaldini 
c  cives  et  comilatini  »  de  Sienne  qui  réclamait  pour  eux  en  cette  qualité 
cl  à  cause  de  leur  pauvreté  constatée  (Frammenti  di  provvisioni  e  riforme), 

*  Les  auteurs  de  nouvelles,  chez  qui  Ton  rencontre  de  précieuses  traces 
des  mœurs ,  parlent  de  frères  qui  dépensent  mal  leur  avoir ,  deviennent 
pauvres  et  redeviennent  riches  ensemble. 


(An.  1292)  LÀ  SËKVITUÛË  AfiOUB.  349 

propres.  La  somme  à  verser  ne  dépassait  jamais  deux 
mille  livres;  ce  n'était  donc  pas  une  charge  que  des  fa- 
milles opulentes  pussent  trouver  excessive  et  repousser 
à  tout  prix*. 

Si  elles  la  repoussaient,  c'est  qu'elles  trouvaient  dans 
leurs  serfs  et  tenanciers  des  campagnes  comme  une  ar- 
mée toujours  prête  à  les  soutenir  aveuglément.  Pour  leur 
ôter  ce  pointd'appui  et  tout  ensemble  pour  attacher  les  con- 
tddini  à  la  cause  commune^onfacilitaità  ceux-ci  la  liberté. 
Depuis  longtemps  déjà  elle  était  acquise,  en  vertu  d'un 
vieux  statut,  à  tout  esclave  qui  venait  sur  le  territoire  flo- 
rentin habiter,  en  qualité  d'homme  libre,  une  maison 
libre,  et  rien  n'avait  contribué  davantage  à  la  destruction 
des  liens  personnels*.  Le  6  août  1289,  la  servitude  fut 
abolie.  Pour  la  première  fois  peut-être  dans  la  péninsule 
étaient  énoncées  et  appliquées  les  nouvelles  maximes  de 
droit  public  qui  commençaient  à  se  faire  jour',  et  qui 
eurent  jusqu'en  France  un  écho  dont  retentissent  les  or- 

*  Voy.  M.  P.  Villari,  Nuova  Antologia,  loc.  cit.,  p.  451. 

«  Statuta,  U,  74.  Villari,  //  Politecnico,  juillet-août  1868,  p.  220. 

^  Guin  libertas,  quia  cujusque  voluntas  nou  ex  alicno  sed  ex  proprio  de- 
pcndct  arbitrio  ,  jure  naturali  muitipliciter  decoretui* ,  qua  ctiam  civitates 
et  populi  ab  oppressiouibus  defendunlur,  et  ipsorum  jura  tuentur  et  augen- 
tur  in  inclius  ,  volcnles  ipsain  et  ejus  specics  uon  solum  manulcucre ,  sed 
ctiam  augmentarc  per  Dominos  prières  artium,  etc....  provisum....  extitit 
salubriter  et  firmatum  quod  nuUus  undecumque  sit  et  cujuscumque  condi- 
tionis....  existât,  possit....  Tel  per  alium  tacite  vel  expresse  emere,  Tel... . 
adquircre  in  perpetuum ,  vel  ad  lempus  aiiquos  fidèles ,  colonos  perpétues , 
vel  conditionalcs ,  adscriptitios ,  vel  ceositos ,  vel  aiiquos  alios  cujuscumque 
coiiditionis  existant,  vel  aliqua  alia  jura  scilicet  angbiaria,  vel  pro  angharia, 
vel  quevis  alia  contra  liberlatem  et  conditioncm  jpersone  alicujus  in  civitate 
vel  comitatu  vel  dislrictuFlorentie...,  etc.  {Prowmoni,  n*  II,  p.  24  v*.)  — 
M.  Villari  a  émis  des  doutes  sur  Fauthenticité  de  ce  texte,  parce  qu*il  ne  Ta 
connu  que  d'après  VOsservatore  fiorentino,  qui  le  rapporte  (T.  IV,  p.  179, 
5*  cd).  Ne  fùt-il  pas  dans  un  document  positif,  on  pourrait  encore  y  ajouter 
foi,  tant  il  est  conforme  aux  ordonnances  de  nos  rois  i*endues  quelques  an- 
nées plus  tard. 


350  MESURES  PRÉKENTiVES.  (Ah.  1^99) 

donnances  de  Philippe  le  Bel,  de  Louis  le  Hutin,  de  Phi- 
lippe le  Long^ 

L'expérience  montra  bientôt  que  les  nobles  trouvaient 
encore  des  échappatoires.  Divers  privilèges  obtenus  en 
divers  temps  des  papes,  des  empereurs,  du  roi  Charles  on 
de  leurs  vicaires,  permettaient  de  recourir  à  d'autres  ma- 
gistrats que  le  potestat,  le  capitaine  et  les  prieurs,  pour 
faire  valoir  les  droits  féodaux.  Des  peines  sévères  furent 
édictées  contre  quiconque  recourrait  à  ces  tribunaux  ou 
à  ces  juges,  contre  les  notaires  qui  transcriraient  les 
actes,  contre  les  jurisprudents  qui  les  soutiendraient.  Les 
parents  du  condamné  de  ce  chef  étaient  rendus  rigoureu- 
sement responsables*.  Enfin,  pour  mieux  assurer  la  paix 
publique  contre  les  réclamations  armées,  défense  était 
faite  à  tous  de  porter  des  armes  dans  la  ville,  et  c'est  à 
peine  si,  par  occasion,  l'on  exceptait  les  ambassadeurs 
étrangers'. 

*  Ordonnances  do  1511,  1515,  1318.  —  Voy.  Ordonnances  des  rois  de 
France,  t.  1,  p.  583,  653,  et  notre  ouvrage,  La  déynocratie  en  France  au 
moyen  âge,  I,  G5,  06. 

*  Aliquas  lilteras  impetrare  vel  impetrari  facere,  aut  privilegium  Tel  res- 
criptuni,  per  quas  Tel  quod  aliquis,  vel  aliqui  de  civitate  vel  districtu  Flo- 
renlie  citentur  vel  Irahantur  ad  causam ,  quistionem ,  vel  liligium  aut  exa- 
men alicujus  judicis,  nisi  coram  D.  Potestate,  capitaneo  et  aliis  officialibus 
comunis  Florentie  et  qui  contrafaceret....  teneantur  potestas  et  capitaneus 
qui  de  prediclis  requisitus  esset ,  coudemnare  patrem ,  vel  filium ,  vel  fra- 
trem  carnalem,  vel  cuginum  ex  parte  palris,  vel  palniuin  et  nepotesejus  in 
dicta  pena,  et  dictarn  coiideninationem  exigere  cum  efTectu,  et  etiam  in  roa- 
jori  pena  ad  arbitriuni  eoruin  cujuscuinque  eorum  ,  si  eis  vel  alteri  eorum 
fidetur  expedire.  Et  nihilominus  compellat  cos  et  qucmlibet  eoruin  dnre  et 
facere  tali  contra  quem  dicerentur  taies  littere  vel  prifilegium  vel  rescrip- 
lum  impelrata,  omnes  expensas  quas  faceret  vel  fecisset  occasione  prcdicta, 
credendo  de  prediclis  expeTisis  juramento  liujusinodi  contra  queni  diceren- 
tur predicla  vel  aliquod  ipsorum  impetrata  (Provvisioni,  L,  p.  175.  Texte 
publié  par  M.  Villari,  dans  UPolilecnico,  novembre  1867,  p.  610). 

^  Ces  ambassadeurs  obtenaient  quelquefois  le  privilège  de  conserver  leurs 
armes  ,  mais  pour  un  temps  limité.  Le  10  juillet  1290  ,  on  le  leur  accor- 
dait jusqu*au  mois  de  janvier  suivant  (Provvmoniy  n*  H,  p.  111  v*). 


(Ah.  1392)  DIVISIONS  DANS  LES  ARTS.  551 

Au  reste,  à  la  condition  de  se  soumettre  aux  statuts  an- 
ciens et  nouveaux,  les  grands  cessaient  d'être  considérés 
comme  ennemis.  On  multipliait  les  eflbrts  pour  rétablir 
la  concorde  entre  ceux  qui  avaient  des  querelles  privées. 
On  récompensait  les  personnes  qui  s'y  étaient  entremises. 
On  célébrait  l'heureux  événementpar  des  réjouissances  que 
payait  le  trésor  public.  C'est  ainsi  que,  le  11  avril  1290, 
tous  les  conseils  votaient  deux  mille  livres  pour  fêter  l'ac- 
cord rétabli  entre  les  Lamberti  et  les  Tosinghi  ou  Délia 
Tosa,  que  divisait  un  misérable  débat  sur  la  possession 
de  certaines  terres  *. 

Mais  combien  d'autres  familles  n'aurait-il  pas  fallu 
réconcilier  encore,  pour  que  Florence  jouît  de  la  paix! 
I^ur  exemple  était  contagieux.  Les  arts,  soutien  naturel 
et  nécessaire  de  la  seigneurie,  se  laissaient  gagner  à  l'in- 
subordination et  se  déchiraient  entre  eux.  Les  marchands, 
les  artisans,  ne  se  conformaient  plus  aux  règles  de  leurs 
corporations.  Y  élaient-ils  appelés  à  la  dignité  de  consuls, 
ils  en  profilaient  pour  fixer  le  prix  comme  la  forme  des 
marchandises,  pour  remplacer  la  concurrence  par  le  mo- 


*  Libr.  duorum  milium  f.  p.  de  ipsiiis  communis  inter  nobiles  viros  illos 
Bcilicet  de  La  Tosa  et  illos  de  Lambertis  ,  et  etiam  in  lis  que  yidebuntur 
expedire  et  utilia  fore  ad  ipsam  pacem  faciendam  (Provvisioni,  n*  II, 
p.  84  V*).  —  Le  14  avril,  les  prieurs  réunis  a^ec  le  capitaine  dans  le 
chœur  de  San  Pier  Sclieraggio,  taisaient  la  répartition  de  ces  2000  livres  : 
1*  1400  à  M.  Scolaio  des  Pulci,  pour  être  consacrées  à  deui  dots.  —  2*  570 
à  M.  Fornaio  des  Pulci  pour  être  données  aui  Lamberti.  —  3*  les  30  livres 
restant  à  répartir  entre  Otta vante  Rigaletti,  Andréa  de  Cerreto,  Chiaro  des 
Goltoli ,  Niccolo  Âcciajuoli ,  jurisconsultes  qui  s*étaient  donné  beaucoup  de 
mal  pour  conduire  à  bonne  fin  ladite  paix  (Provvmonij  n*  II,  p.  87).  —  Le 
4  août  suivant,  à  la  demande  de  M.  Geffo  des  Lamberti  et  de  M.  Enrico  délia 
Tosa,  comparaissant  au  nom  de  leurs  familles  ,  les  conseils  du  capitaine  et 
les  capiludini  des  douze  arts  principaux,  réunis  dans  San  Pier  Scheraggio, 
ratifiaient  le  lodo  des  prieurs  qui  mettait  fin  à  ces  discordes  privées  (Prov* 
vUioni,  n*  n,  p.  131). 


352  DIVISIONS  DANS  LKS  ARTS.  (An.  1292) 

nopole.  Le  50  juin  1290,  une  provision  des  prieurs  réta- 
blissait la  liberté  du  trafic  en  prohibant  toute  «  douane 
ou  composition  ^,  »  el  décidait  que  «  quelques  explorateurs 
secrets  seraient  élus*,  pour  s'assurer  s'il  n'était  point 
commis  d'infraction  à  ces  nouveaux  règlements'.  »  Cette 
provision  devait  être  lue  une  fois  par  mois  dans  les  con- 
seils du  capitaine  et  aussi  dans  les  rucs^.  En  vain  avait-on 
cru  qu'il  sufOrail  d'une  menace  :  le  27  juillet,  les  conseils, 
frappés  du  persistant  état  des  choses,  invitaient  la  seigneu- 
rie à  nommer  les  explorateurs*.  Le  21  octobre  1292,  c'é- 
taient les  consuls  des  arts  eux-mêmes  qui  réclamaient  des 
pouvoirs  publics  l'autorité  de  punir  d'amende,  d'effacer 
de  leurs  registres  matricules  les  artisans  qui  commettaient 
vols  ou  falsifications,  leurs  complices  et  les  receleurs*. 
Le  pis,  c'était  le  désaccord  entre  les  arts.  Attaqués  en 
haut  par  la  noblesse,  les  arts  majeurs  étaient  jalousés 
en  bas  el  mal  secondés  par  les  arts  mineurs.  Entre  ces 
aînés  et  ces  cadets  d'une  même  famille,  il  n'y  avait  pas 
seulement  inégalité  de  richesse  :  leurs  vues,  leurs  intérêts 
étaient  différents,  sinon  opposés.  Les  uns  auraient  sacrifié 
leur  dernier  florin  pour  prendre  Livourne  ou  Porto-Pi- 
sano.  Ils  faisaient  la  guerre  au  luxe,  afin  d'avoir  plus 
d'argent  pour  les  entreprises  militaires.  Ils  tenaient  par- 
dessus tout  à  l'alliance  des  Lucquois.  Us  ne  voulaient 
pas  que  Gênes,  Venise  et  les  Lombards  prissent  trop  d'a- 
vantages. Les  autres,  indifférents  aux  entreprises,  aux 


*  Ne  dogana  vel  corapositio  fiât. 

*  Exploratores  secrcti  aliquot. 


^  Provvisionif  n"  IV,  p.  29. 

♦  3  juillet  1290.  Prowisioni,  n*  lY,  p.  29. 

s  Ordinamcnta  firinata  contra  artes  et  artifices  facieutes  vel  servantes  in- 
licita  ordinamenta,  couipositiones  et  posturas  (Provvisioniy  n*II,  p.  130  v*). 

•  Provviiioni^  n*  III,  p.  112  v*. 


(An.  1292)  SENTIMENTS  DU  MENU  PEUPLE.  353 

négociations  lointaines  du  trafic  et  de  la  politique,  sou- 
haitaient le  luxe  pour  en  vivre  et  les  fêtes  pour  s'en  di- 
vertir. Ces  palais,  ces  villas,  ces  églises  monumentales 
qu'une  riche  aristocratie  faisait  construire  et  orner  somp- 
tueusement, c'est  eux  qui  les  construisaient  et  les  or- 
naient. La  guerre  suspendant  fêles  et  travaux,  ils  avaient 
en  haine  la  guerre.  Ils  maugréaient  contre  ces  mar- 
chands qui,  roulant  sur  l'or,  vivaient  avec  une  parcimo- 
nie sordide,  contre  ces  popolani  grassi  qu'ils  avaient 
poussés  au  pouvoir  et  qui  les  en  excluaient  en  même 
temps  que  les  nobles.  Us  trouvaient  un  puissant  appui 
auprès  des  femmes,  indifférentes  comme  eux  à  la  gloire 
de  Florence,  comme  eux  ennemies  des  combats,  «  que 
détestent  les  mères,  »  amies  du  luxe  qui  les  passionne  à 
tout  âge,  constamment  prêtes,  par  tous  les  artifices,  à 
éluder  les  lois  tyranniques  qui  prétendaient  régler  et  ré- 
duire outre  mesure  leurs  ajustements*. 

Un  jour  ou  l'autre,  les  grands  devaient  tirer  profit  de 
ces  rancunes,  de  ces  jalousies,  de  ces  haines  ;  mais  l'heure 
n'en  était  pas  venue  encore.  Tout  favorisait  alors  l'irrésis- 
tible progrès  de  l'esprit  démocratique.  Les  associations 
étaient  libres  et  fortes.  En  s'enrichissant,  le  plus  humble 
Florentin  pouvait  passer  d'un  art  mineur  à  un  art  ma- 
jeur, et  s'ouvrir  accès  à  la  vie  publique,  aux  plus  hautes 
fonctions.  Ainsi  les  déshérités  du  sort  s'en  tenaient  à 
une  lulte  sourde  contre  ces  riches  marchands  qui  les  dé- 
daignaient sans  leur  ôler  tout  espoir.  Ainsi  aux  jours  de 
trêve,  ils  se  rapprochaient  des  nobles,  comme  Tenfant  de 
tout  ce  qui  brille  ;  mais  aux  jours  de  combat,  ils  se  re- 


*  Voy.  Sacchelti,  Nouvelle  15,  et  plus  bas  un  chapitre  spécial  sur  b  vie 
à  Florence  (t.  UI,  liv.  VU,  ch.  m). 

niST.   DB  FLORENCE.  —  II.  23 


354  EMBARRAS  DES  MARCHANDS  FLORENTINS.      (An.  12dS) 

trouvaient  aux  côtés  des  popolani^  donl  le  triomphe^  ils 
le  sentaient  bien,  devait  préparer  ie  leur. 

Quoi  qu'il  en  soit,  les  arts  majeurs  étaient  mécontents. 
Ils  voyaient  les  magistrats  user  du  plus  révoltant  ar- 
bitraire^; ils  s'irritaient  de  tant  d'excès  impunément 
commis  au-dessous  comme  au-dessus  d'eux,  et  dont,  le 
plus  souvent,  ils  étaient  victimes.  Leonardo  Bruni  les 
montre,  quoique  marchands,  a  plus  sensibles  à  la  puis- 
sance des  familles,  aux  meurtres  et  aux  blessures  qu'à  la 
perte  de  leur  patrimoine*.  »  Mais  les  embarras  de  leur 
trafic  accrurent  encore  ce  malaise,  précurseur  ordinaire 
des  grandes  crises. 

A  l'orient,  la  perte  de  Ptolémaïs'  leur  avait  causé  des 
dommages  considérables*.  A  l'occident,  leurs  regards 
émus  se  tournaient  vers  la  France.  Depuis  longtemps,  les 
Français  y  abandonnaient  le  haut  négoce  aux  Lombards, 
comme  on  appelait  les  marchands  natifs  d'Italie.  De  Mont- 
pellier, fief  du  roi  de  Majorque,  centre  primitif  de  leurs 
opérations,  Philippe  le  Hardi  avait  appelé  les  Florentins 
à  Nimes,  sur  les  domaines  de  sa  couronne^,  puis  dans  les 


*  Le  22  elle  23  février  1291,  il  fallait  décider  que  nul  ne  pourrait  être 
contraint  par  aucun  rettore  à  payer  plus  de  la  somme  à  laquelle  il  était  taxé, 
la  commune  se  réservant  de  fixer  elle-même  celles  qu'auraient  à  ferser 
les  personnes  qui  se  montreraient  récalcitrantes  à  acquitter  leurs  impôts 
{Provvisioni^  n*  il,  p.  190  v*). 

*  Veriti  potentiam  familiarum  et  csdes  ac  Tulnera  plus  quam  jactiunm 
patrimonii  formidantes  (Léon.  Bruni,  IV,  67). 

>  Saint  Jean  d'Acre,  au  moyen  âge  Acre,  en  lalin  Accon,  Acconis. 

*  Villani,  VII,  146.  Pipini  Chron.,  l.  IV,  c.  xxxtii  (R.  I.  S.,  t.  XI, 
733).  —  Cet  événement  fut  le  dernier  soupir  du  génie  des  Croisades* 
f  Les  choses,  s*il  plait  à  Dieu  ,  écrit  un  chroniqueur  musulman  ,  resteront 
ainsi  jusqu'au  dernier  jugement.  »  (Yoy.  Michaud,  Hist.  des  Croisades^ 
t.  m,  p.  321-336,  7*  éd.) 

»  Voy.  un  record  de  cour  de  1288.  Trésor  des  Chartes^  Reg.  XXIV, 
P  33.  —  En  vertu  de  cette  transaction,  toutes  les  marchandises  venant 
d'Italie  devaient  aborder  au  port  d'Aigues-Mortes  ,  fondé  par  saint  Louis  et 


(An.  1292)  LEUR  SITUATION  EN  PRANCE.  355 

autres  parties  de  son  royaume  ;  une  grande  route  permet- 
tait au  roulage  de  faire  en  trente-cinq  jours,  par  la  Sa- 
voie et  la  Bourgogne,  le  trajet  de  Gênes  à  Paris  ^  Ces 
marchands  ne  se  contentaient  pas  de  fréquenter  les  foi- 
res, en  Champagne  et  ailleurs  ;  ils  avaient  partout  établi 
des  comptoirs  que  protégeait  la  royauté.  Philippe  le  Bel 
veillait  à  ce  que  les  conventions  conclues  entre  les  Ita- 
liens et  son  père  fussent  ponctuellement  exécutées*. 
L'âpreté  de  deux  Florentins  le  poussa  à  une  véritable 
persécution.  Celaient  deux  frères,  Biccio  et  Musciatta 
Franzesi.  Lui  ayant,  à  plusieurs  reprises,  fait  de  for- 
tes avances,  ils  avaient  reçu,  en  remboursement,  les 
tailles  et  autres  impôts  de  plusieurs  provinces.  Autorisés 
même  à  en  exercer  directement  la  perception,  ils  se  trou- 
vaient tout  ensemble  administrateurs  des  fmances,  ban- 
quiers et  fermiers  généraux  du  roi  :  redoutable  pouvoir 
dans  une  société  dont  les  ressources  étaient  si  faibles  et 
le  désordre  si  grand.  Sous  Taiguillon  de  Tinlérêl  per- 
sonnel, ils  firent  un  rigoureux  usage  de  leur  privilège  : 
ils  écrasèrent  d'exactions  les  Français,  et  plus  encore  les 
Italiens,  qui  naturellement  criaient  moins  haut.  Même 
pour  en  éviter  la  concurrence,  ils  persuadèrent  au  roi  de 
les  arrêter  tous,  honnêtes  ou  déshonnêtes,  comme  accusés 
de  prêter  à  usure,  au  mépris  des  ordonnances  de  saint 
Louis. 

Contre  les  Lombards  comme  contre  les  Juifs  il  y 
avait  par  malheur  des  précédents*  En  1277  on  arrêtait 

amélioré  par  son  successeur.  Le  roi  tirait  de  grands  revenus  de  ce  mono- 
pole (Ordonn.  des  rois  de  France,  IV,  668.  Dom  Vaissète,  HisL  de  Lan- 
guedoc, IV,  26,  ap.  Boutaric,  La  France  sous  Philippe  le  Bel,  1.  II,  c.  m, 
p.  356). 

*  Les  0/tm,  t.  III,  p.  661,  ap.  Boutaric,  lac,  cU, 

*  1288.  Ordonn.  des  rois  de  France,  IUL,  4S0.  Boutaric,  loc.  cUé 


556  PERSÉGDTIONS  EN  FRANCE       (An.  lâ9S) 

des  Siennois^  En  1282,  des  Florentins  refusant  de  payer 
certaines  redevances',  le  polestat  de  leur  patrie,  les 
quatorze,  les  capitudini  et  un  très-grand  nombre  de 
sages  s'ingéniaient,  par  crainte  de  mesures  sévères,  à 
calmer  Philippe  le  Hardi'.  Le  sentiment  public  était 
hostile  à  ces  marchands  d'outre  monts.  Dans  la  nuit  du 
1^'  janvier  1291,  sur  tous  les  points  du  royaume  à  la 
fois,  ils  furent  appréhendés  au  corps  et  jetés  dans  des 
cachots.  Us  connaissaient  le  moyen  d'en  sortir,  et  ils  se 
rachetèrent  à  prix  d'or.  Le  plus  grand  nombre  quitta  la 
France  sans  retard  ;  quelques-uns  y  restèrent,  retenus  par 
de  graves  intérêts  \  a  Nous  avons  été  et  nous  sommes 
fort  tourmentés,  écrivaient  Messer  Consiglio  des  Cerchi 
et  compagnie  {e  compagni)^  à  leurs  correspondants  en  An- 
gleterre, quand  nous  pensons  aux  embarras,  aux  dom- 
mages qui  peuvent  résulter  de  cet  événement  pour  nos 
marchandises,  nos  capitaux,  notre  avoir  dans  les  Flandres 
et  la  Champagne.  De  la  Cour  nous  espérons,  avec  l'aide 
de  Dieu,  qu'elle  ne  nous  fera  aucun  mal,  parce  que  nous 

<  Le  20  mai  1277  ,  Sienne  envoyait  à  ce  sujet  des  ambassadeurs  à  Phi* 
lippe  le  Hardi  (Coniiglio  délia  Campana,  XXI,  85). 

*  De  predicla  talia. 

'  Sur  Favis  de  Bonaccurso  Lisei,  on  décide  que  quelques  »apientei  jurU 
écriront  de  suite  au  roi  que  la  commune ,  conformément  i  ses  statuts ,  lui 
fera  la  justice  qu'elle  pourra,  et  qu*on  verra  s'il  y  a  lieu  d'envoyer  des  am- 
bassadeurs. Lape  Aimeri  aurait  voulu  qu'on  protestât  contre  ceux  ad  giio- 
rum  instatUiam  predida  facta  fuerunt,  et  qu'on  envoyât  sur  le  champ  un 
ambassadeur  dire  au  roi  que  la  commune  était  prête  à  contraindre  selon  la 
justice  ceux  qui  étaient  obligés  â  payer  depredicta  talia.  Bindo  des  Cani- 
giani  voulait  qu'on  écrivit  au  roi  de  contraindre  ceux  qu'il  avait  dans  son 
royaume,  et  que  la  conunune  en  ferait  autant  de  ceux  qui  étaient  en  son 
pouvoir.  Ser  Carradore ,  notaire  ,  demandait  que  les  sages  élus  se  fissent 
dans  les  quinze  jours  montrer,  par  les  intéressés,  leurs  titres  et  droits.  Un 
certain  MafTeo  proposait  de  remettre  la  solution  aux  consuls  des  quatre 
arts  principaux  (Consulte,  t.  I.  quad.  G,  p.  55  v*,  5G). 

^  Yoy.  U.  Martin,  Hiêt.  de  France,  lY,  395-596. 


(An.  1293)         CONTRE  LES  MARGDÂNDS  ITALIENS.  357 

n'avons  aucun  tort  envers  le  roi.  Nous  croyons  que  main- 
tenant nos  associés  et  nos  marchandises  ont  été  remis  en 
liberté,  de  manière  que  nos  affaires  puissent  continuer 
comme  par  le  passé  \  » 

Ainsi  Ton  ne  savait  au  juste,  le  25  juin,  date  de  cette 
lettre,  ce  qui  était  advenu  des  marchands  incarcérés,  des 
marchandises  confisquées  le  l""'  mai.  Quelle  perturbation 
dans  les  affaires  du  négoce,  dans  la  fortune  des  trafi- 
quants*! Si  ce  ne  fut  qu'une  bourrasque  passagère,  si 
les  Lombards,  intéressés  à  fournir  d'or  la  couronne, 
recommencèrent  bientôt  à  en  acheter  fort  cher  le  privi- 
lège, à  solliciter  et  à  payer  les  précieuses  lettres  de 
naturalité  qui  les  assimilaient  aux  régnicoles  et  les 
exemptaient  des  taxes  dont  on  accablait  les  étrangers', 

*  Della  quale  cosa  ne  siamo  stati  e  siamo  molto  crucciosi  »  pensando  lo 
sconcio  e  la  briga  e'I  damaggio  che  inter? enire  ne  puote»  si  della  nostra 
mercatanzia  e  si  deUa  rooneta  e  aTere  dovemo  in  Fiandra  e  in  Campagna. 
Che  quanto  del  fatto  della  corte,  noi  a?emo  speranza  di  non  afere  danno,  a 
Taiuto  di  Dio,  perché  non  afemo  misfatto  contra  di  lui.  Or  credem  noi  che 
ora  i  nostri  cempagni  e  la  nostra  mercatanzia  siano  tutti  diliveri ,  in  tal 
modo  che  i  nostri  fatti  si  possano  fare  corne  di  prima  e  corne  doteroo.  E  oosi 
piaccia  a  Dio  che  sia  (Florence,  25  juin  1291,  ap.  Giudici,  Storia  dei  mth 
nicipi  italianij  t.  H,  Append.,  p.  237). 

'  1  mercatanli  di  Firenze  ricevettono  gran  danno  e  ruina  del  loro  avère 
(Villani,  VU,  146). 

'  Non  sustinebimus  quod  ipsi  tanquam  Lombard!  tractontur  ;  imo  preci- 
pimus  ex  nunc  sicut  burgenses  nostros  reputari,  traclari,  etcenseri  (Lettres 
accordées  h  Antonio  Scarampi  et  Antonio  de  Quarto,  le  5  septembre  1291. 
Voy.  BibL  de  Ctcok  des  Chartes,  4*  série,  t.  IX,  p.  265).  —  On  a  de  fort 
rares  exemples  de  concessions  de  oe  genre.  Voy.  Trésor  des  Chartes, 
Reg.  XLVI,  n*  219,  ann.  1512.  —  Ce  retour  de  faTeur  8*accentue  :  en  1294, 
les  agents  royaux  protégeaient  les  Lombards  contre  les  seigneurs  leurs  dé- 
biteurs (llesnard,  Histoire  de  Nitmes,  t.  I,  preuves,  p.  117).  En  1295, 
Philippe  le  Bel  les  afîranchit  de  toutes  tailles ,  collectes ,  emprunts ,  droits 
d'ostet  de  chevauchée,  et  de  tout  autre  impôt,  à  condition  de  payer  un  de- 
nier, obole  et  pite  par  livre  de  toutes  marchandises.  11  les  autorise  à  de- 
meurer dans  toutes  les  Tilles  du  royaume  après  y  avoir  ac(|uis  le  droit  de 
bourgeoisie  (Ordonn,  des  rois  de  Fr.,  l,  526,  ann.  1295.  —  Bouturic,  loc. 
ct<.,  p.  356-557). 


M 


358  LES  cm  ARTS  INTERMÉDIAIRES  (An.  ii93) 

rébranlement  fut  de  durée  à  Florence.  Toute  foi  dans 
l'avenir  y  avait  disparu.  Le  malaise  universel  inspirait  la 
haine  :  on  devait  bientôt  voir  avec  joie  la  France  acca- 
blée de  malheurs*.  Une  irritation  mal  contenue  accrut 
encore  Tinquiet  désir  de  réformes  intérieures,  de  répres- 
sion efficace  contre  ces  grands  que  le  peuple  florentin^ 
dit  le  vieux  Paolino,  avait  en  horreur*. 

Il  n'était,  pour  atteindre  le  but,  nul  besoin  de  violence 
ni  de  révolution.  L'usage  voulait  que,  chaque  mois,  un 
ou  plusieurs  statuts  de  la  commune  fussent  lus  dans  les 
conseils,  pour  y  être  corrigés,  suspendus  ou  abrogés'. 
Quand  les  corrections  devaient  être  considérables,  les 
sages  chargés  de  les  accomplir  étaient  tenus,  comme  les 
prieurs,  de  vivre  ensemble  jusqu'à  la  fin  de  leur  travail*. 
Le  tout  était  de  s'entendre  sur  ce  qu'il  convenait  de  leur 
demander. 

Or  parmi  les  réformes  dont  les  Florentins  s'entrete- 
naient à  la  veillée  ou  sur  la  place  publique,  il  y  en  avait 
une  fort  importante  et  qui  semblait  préparée  :  c'était  de 
donner  plus  de  force  aux  métiers  et  à  la  classe  moyenne 
contre  les  popolani  grassi  et  les  magistrats.  Pour  y  par- 
venir, il  suffisait  d'adjoindre  aux  sept  arts  principaux. 


*  Onde  molto  fu  ripreso  e  in  grande  abbominazione  Tenne ,  e  d^allora 
innanzi,  loreame  di  Francia  sempre  and6  abbassando  (Villani,  VII,  146). 

*  Il  popolo  di  Firenze,  per  orrore  ch*  egli  aToano  de*  grandi,  fecero  cerli 
ordinameoti  (Paolino,  II,  47). 

»  Voy.  par  exemple  Prowisioni,  n*  II,  p.  69,  19  juin  1290  ;  p.  182  y, 
9  février  1291  ;  n*  III,  p.  10,  11  avril  1291.  —  Dans  un  grand  nombre  de 
prowisionij  on  accorde  un  salaire  à  des  scribes  chargés  de  transcrire 
les  statuts  nouTeaux  ou  roodiûés. 

^  Le  19  juin  1290  ,  14  arbitres  assistes  d*un  notaire  étaient  ainsi  ren- 
fermés, et  l'on  assignait  4  livres  par  jour  t  pro  eorum  expensis  quas  ibidem 
in  eorum  et  familie  sue  cibo  et  potu  fecerunt  et  facient  ».  (Prowisioni, 
n«n,  p.69.) 


(An.  1292)  APPELÉS  A  LA  VIE  POLITIQUE.  559 

dans  la  vie  publique,  les  cinq  qui  les  suivaient  de  plus 
près.  Déjà,  en  plus  d'une  occasion,  Ton  convoquait,  pour 
éclairer  les  prieurs  de  leurs  lumières,  les  capitudini  des 
douze  premiers  arts,  appelés  ensemble  pour  plus  de 
commodité  dans  le  langage,  les  douze  arts  majeurs*. 
C'était  un  premier  pas  des  cinq  arts  intermédiaires;  le 
second  ne  pouvait  se  faire  attendre.  Puisque  leurs  chefs 
étaient  jugés  dignes  d'intervenir  souvent  aux  affaires  pu- 
bliques, pourquoi  les  marchands,  les  artisans  qu'ils 
représentaient  n'auraienl-ils  pas  les  mêmes  droits  que 
ceux  des  sept  arls  légalement  majeurs?  C'était  le  moyen 
de  désarmer  leur  mécontentement  et  de  les  séparer  des 
magnais,  qui  l'exploitaient  avec  tant  d'adresse.  On  ne 
voyait  que  trop,  dans  diverses  villes  d'Italie,  et  l'on  com- 
mençait déjà  de  voir  à  Florence  les  déplorables  effets  de 
cet  accord  monstrueux. 

De  môme  qu'un  léger  souffle  détache  de  l'arbre  le  fruit 
mûr  qui  résistait  vert  à  la  rage  des  vents,  de  même  le 
moindre  incident  fait  passer  de  l'esprit  dans  la  vie  et 
transforme  en  acte  l'idée  parvenue  à  maturité.  Une  faute 
des  grands  guelfes  enhardit  ceux  qui  rêvaient  de  réfor- 
mes ;  confiantes  dans  l'appui  des  popolani  grossi^  les 
familles  nobles  se  crurent  invincibles  et  se  divisèrent". 

*  Il  nous  parait  impossible  de  dire  s'il  y  aTait  à  cet  égard  des  règles,  ou 
si  Ton  s'en  rapportait  b  la  volonté  des  magistrats.  Le  plus  probable  est  que 
ce  fut  une  application  variable  de  ce  principe  des  institutions  florentines 
en  vertu  duquel  on  appelait  auprès  des  prieurs,  pour  toute  affaire,  un  nom- 
bre plus  ou  moins  grand  de  sages.  On  dut  faire  de  même  pour  les  capitu- 
dini ;  seulement  on  n*alla  jamais  ,  dans  ces  dernières  années  du  treizième 
siècle,  au  delà  du  douzième  art.  11  est  facile,  dans  tous  les  cas,  de  compren- 
dre que  c'était  un  pas  de  plus  vers  la  démocratie ,  et  qui  en  présageait 
d'autres. 

*  Nec  sane  plenam  ad  servitulero  plebis  quicquam  aliud  obstare  videbatur, 
quam  quod  nobilitas  ipsa  ,  inter  sese ,  varie  divisa  ,  semulntione  et  invidia 
concertabat  (Léon.  Bruni,  IV,  67). 


560  CORSO  DOiNATI  ET  YIERI  DES  GERCHI.        (An.  1292) 

Âdimari  contre  Tosinghi,  Rossi  contre  Tornaquinci, 
fiardi  et  Mozzi,  Bisdomini  et  Falconieri,  Bostichi  et 
Foraboschi  formaient  autant  de  groupes  ennemis.  Les 
FrescobaIJi  se  déchiraient  entre  eux,  et  les  Donati  sui- 
vaient leur  exemple.  Les  fiuondelmonti  se  partageaient 
en  deux  camps,  pour  faire  face  les  uns  aux  Cavalcanti, 
les  autres  aux  Giandonati.  Bien  des  maisons  encore,  dit 
Yillaniy  montraient  le  même  aveuglement  ^  Ces  luttes 
fraternelles  dénouaient  le  faisceau  laborieusement  lié, 
détournaient  les  regards  des  intérêts  communs,  et,  par 
surcroît  d'aberration,  n'empêchaient  pas  les  violences 
contre  les  humbles,  quand  il  devenait  plus  facile  de  les 
réprimer. 

Aux  mécontents  enhardis  il  fallait  un  chef.  Deux  ci- 
toyens, alors,  étaient  surtout  en  vue  :  Corso  Donati  et  Vieri 
des  Cerchi.  Mais  l'un,  le  bouillant  vainqueur  de  Certo- 
monde,  était  le  plus  hautain  personnage  de  ces  hautaines 
familles  qu'il  s'agissait  de  terrasser  ;  l'autre,  froid  et  cou- 
rageux organisateur  des  feditori  à  la  même  bataille, 
riche  marchand  et  popolano^  était  modéré  de  caractère, 
dépourvu  de  ce  talent  ou  de  cette  initiative  qui  porte  un 
homme  à  la  tête  d'un  peuple  soulevé.  Giano  délia  Bella 
parut  mieux  propre  à  ce  rôle.  11  descendait  d'une  race 
authentiquement  ancienne,  jadis  anoblie,  avec  les  Pulci, 
les  Nerli,  les  Gangalandi,  les  Giandonati,  par  Hugues, 
«  le  grand  baron  ',  »  vicaire  d'Otton  IIP.  Le  temps  n'avait 

*  Ë  tra  più  altri  nobili  assai  e  più  altri  casati  (Villani,  VU[,  i). 

«  Paradwo,  XVI,  128. 

'  Les  familles  que  Ilugucs  avait  anoblies  portaient  ses  armes  dans  les  leurs. 
Il  avait  reçu,  en  1006,  les  honneurs  de  la  sépulture  dans  la  vieille  Badia, 
et  tous  les  ans  des  honneurs  funèbres  lui  étaient  rendus  le  jour  de  la  fêle 
de  saint  Thomas  (Voy.  Paradiso^  XVI,  127,  128,  et  les  notes  des  éditeurs 
Fraticelli,  Costa  et  Blanchi,  etc.). 


(An.  1292)  GIAKO  DELLA  BELU.  361 

point  ôté  leur  noloriété  aux  Délia  Bella,  comme  à  tant 
d'autres  :  souvent  ils  Ggurent  aux  actes  publics,  et  en 
1197  un  d'eux  était  consuP.  Ils  semblent  néanmoins 
avoir  été  de  ces  nobles  primitivement  gibelins  qui  préfé- 
rèrent la  richesse  dans  Je  travail  à  l'indigence  dans 
Foisivelé  :  Giano  délia  Beila  est  appelé  par  Yillani,  son 
contemporain,  «  ancien  et  capable  homme  noble  popo- 
lano^  riche  et  puissant,  du  peuple  de  San  Martino'.  » 
Les  auteurs  disent  de  lui  qu'il  était  a  loyal,  franc,  de 
bon  conseil,  en  ce  lemps-là  le  plus  grand  citoyen  de 
Florence  pour  le  sens  et  la  vertu',  ami  du  bien  public, 
mettant  du  sien  pour  la  commune  sans  en  retirer  rien*, 
mais  présomptueux  et  vindicatif',  trop  amoureux  du 
bruit \  »  Ses  actes  nous  le  montrent  homme  d'action 
sans  les  qualités  de  l'homme  d'action,  imprudent  et 
irréfléchi,  prompt  à  prendre  feu  au  contact  de  qui 
l'excitait,  naïf  autant  qu'honnête,  législateur  nul  et  po- 
litique médiocre,  très-propre,  en  un  mol,  par  ses  dé- 
fauts comme  par  ses  qualités,  à  devenir  l'idole  de  ces 


*'  Voy.  le  doc.  dans  Cantini,  H,  5-25.  Parmi  les  signataires  so  troufe  au 
deuxième  rang  Giani  Bella  (Capitoli,  XXIX,  49). 

*  Uno  antico  e  valente  uomo  nobilc  popoiano  ricco  e  possente....  del  po- 
polo  di  San  Martino  (Villani,  VIII,  1).  —  M.  Ueumont  n*est  donc  pas  com- 
plet quand  il  Tappelle  «  antico  e  ricco  popoiano  •  (Tav,  chron,^ 
ann.  1293),  et  Pignotti  encore  moins,  quand  il  dit,  d'après  Ammirato  :  t  Di 
condizione  popolare.  »  (L.  lU,  c.  tu,  t.  HI,  p.  184.) 

^  Uomo  di  buono  consiglio  c  lealc  al  suo  comune  e  franco ,  e  in  questo 
tempo  era  lo  maggior  cittadino  di  Firenze,  si  per  senno  e  per  virtù.... 
(Stefani,  UI,  204.) 

^  Egli  cra  il  ^lii  leale  uomo  e  dirilto  popoiano  di  Firenze ,  aroalore  del 
beno  comune,  e  quelli  che  mellea  in  comune  c  non  ne  traeva  (Villani,  VIII, 
8). 

'  Era  presontuoso  e  volea  le  sue  vcndette  fare  (Yillani,  VUI,  8). 

^  Veramente  questi  fu  il  maggiore  popoiano  che  mai  fosse  in  Firenze 
stato  infino  a  lui,  e  maggiore  sarebbe  advenuto,  se  quello  che  fece  e  Tolea 
fare  avesse  fatto  per  senno  e  non  con  romore  (Paolino,  II,  49). 


4 


362  GlANO  DELLA  BELLA  (An.  1292) 

classes  populaires  qui  aiment  partout  à  trouver  leur 
chef  hors  de  leurs  rangs*.  Contre  quelques  nobles  il 
nourrissait  des  ressentiments  personnels,  et  il  les  éten- 
dait à  leur  casfe  entière.  On  rapportait  qu'il  avait  été 
a  vilainement  insullé,  dans  San  Pier  Scheraggio,  par 
Berto  Frescobaldi ,  grand  et  chevalier,  qui  lui  avait 
mis  la  main  sur  le  nez,  disant  qu'il  le  lui  cx)uperait*  ». 
Polestat  à  Pisloia,  il  n'y  avait  pu  remplir  sa  charge  jus- 
qu'au bout:  il  en  était  revenu  excommunié  par  l'évê- 
que  de  cette  ville,  pour  avoir  procédé  criminellement 
contre  un  grand  nombre  d'ecclésiastiques'.  On  le  savait 
donc  décidé  à  poursuivre  le  crime  ou  le  mal,  de  quel- 
que litre,  de  quelque  robe  qu'il  se  couvrît. 

En  effet,  d'humeur  frondeuse  et  mécontent  par  situa- 
tion, Giano  critiquait  à  tout  propos  les  institutions  de  sa 
patrie,  se  courrouçait  à  la  pensée  des  maux  dont  elle  souf- 
frait, se  plaignait  de  l'audace  des  nobles  et  de  la  lâcheté 
du  peuple.  Ne  voyait-on  pas  que  tolérer  les  injures  pri- 
vées, c'était  marcher  rapidement  vers  la  servitude  publi- 
que? Si  le  juge  tremblait  sur  son  siège  ou  s'y  voyait 
comme  au  désert,  accuses  et  témoins  refusant  de  com- 
paraître devant  lui,  quelle  garantie  resfait-il  aux  oppri- 
més? Étant  les  plus  fnibles,  ils  ne  pouvaient  même  se 
faire  justice  de  leurs  mains.  A  cette  extrémité  les  rédui- 
sait la  connivence  des  popolani  grossi  avec  les  grands. 


«  Machiavel  (ht.  /ior..  H,  21  B)  esl  très-favorable  à  Giano.  —  M.  Ciu- 
dici  (Stor.  dei  mun.  ital.,  \,  886)  exagère  Tcloge  et  fait  trop  de  lui  un  pa- 
ladin populaire.  Sisinondi  (III,  42)  Faccuse  d^ambition,  nous  ne  voyons  pas 
sur  quel  fondement. 

«  Ammirato,  1.  IV,  t.  I,  p.  187.  —  Villani.  VUI,  8. 

»  Provmsione  du  5  octobre  1 294,  où  Ton  décide  d'obliger  Pisfoia  à  lever 
Texcommunication.  Les  ecclésiastiques  frappés  par  Giano  sont  nominésdans 
ce  document  (N*  lY,  p.  76). 


(An.  1292)  PROMOTEUR  DE  LA  RÉFORME.  365 

Supporterail-on  toujours  la  cupidité,  la  concussion,  H 
dilapidation  chez  les  recteurs?  L'heure  était  venue  d'en- 
diguer le  torrent,  si  l'on  ne  voulait  qu'il  inondât  ia  ville, 
de  réformer  les  statuts,  comme  le  permettait  l'antique 
coutume,  de  remettre  en  vigueur  les  plus  durs  et  d'en 
édicter  de  plus  durs  encore,  qui  inspirassent  aux  injus- 
tes et  aux  violents  une  salutaire  terreur*. 

Les  esprits  ainsi  préparés,  on  n'attendit  point  une  nou- 
velle seigneurie.  Il  aurait  fallu  différer  jusqu'au  15  fé- 
vrier 1293.  Dès  le  10  janvier  de  cette  année,  le  potestat 
Tebaldo  Brugiati,  de  Brescia,  et  le  capitaine  du  peuple, 
Gurrado  de  Sorecina,  Milanais',  cédaient,  avec  les  prieurs 


*  E  facendo  in  Firenze  ordine  e  arbilrio  a  correggere  H  staluli  e  le  nos- 
tre  leggi,  siccome  per  li  nostri  ordini  consueto  era  di  Tare  per  antico  (Yil- 
laniy  YIII,  i  ).  De  ces  propos,  les  historiens  de  la  renaissance  ont  fait  une 
harangue  à  la  mode  antique  ,  qu'ont  reproduite  ou  résumée  les  historiens 
modernes.  On  y  voit  dans  Léon.  Bruni  (lY,  67)  des  phrases  textuellement 
empruntées  aux  Latins.  AmmiratoTa  refaite  (L.  IV,  1. 1,  p.  i88),  Sismondi 
(111,  47),  Giudici  (I,  887)  de  même,  et  ils  semblent  croire  qu^l  y  eut  ainsi 
un  discours  unique,  solennel,  qui  décida  les  événements.  UOsservatore  fuh 
rentino  a  même  prétendu  qu'il  fut  prononcé  au  Scheraggio,  aux  bords  de 
résout  de  ce  nom,  derrière  Féglise  où  se  réunissaient  les  conseils.  11  ajoute 
que  c'est  Ih  qu'on  fit  les  nouveaux  règlements  contre  les  grands.  Â  vrni  dire, 
dès  la  pnge  suivante,  c'est  dans  l'église  qu'aurait  parlé  Giano,  ce  qui  serait 
du  moins  plus  vraisemblable  et  plus   conforme  aux  usages  (V,   205, 
206,  3*  é<l.).  Le  fait  n'étant  rien  moins  qu*avéré,  chacun  le  place  au  moment 
qu'il  veut,  Bruni  avant,  et  Sismondi  après  l'élection  de  Giano  comme  prieur. 
Sismondi  dit  même  que  «  élant  l'un  des  prieurs  des  arts,  il  saisit  l'occasion 
d'une  assemblée  du  peuple  ou  parlement  pour  haranguer  ses  concitoyens 
sur  la  place  publique  » .  Or  nous  avons  vu  que  le  parlement  se  tenait  â  Tin- 
térieur  de  Santa  Reparata.  De  plus,  Giano  prieur  eût  fait  ses  propositions  h 
ses  collègues,  non  au  peuple.  Enfin  les  dates  et  les  documents,  comme  on  va 
le  voir,  prouvent  qu*il  n'était  pas  prieur  quand  la  réforme  fut  décidée. 

*  Ce  potestat  est  appelé  Taddeo  par  la  plupart  dos  auteurs  ;  mais  la  liste 
des  Officiales  foreuses  et  Paolino  (nnn.  1293)  disent  Tebaldo.  Cet  oflicier, 
entré  en  charge  le  !•'  janvier  1292,  y  resta  jusqu'au  1*'  juillet  1293.  Quant 
au  capitaine,  il  exerça  la  sienne  un  an,  de  novembre  1292  à  novembre  1293, 
ayant  été,  en  mai  1293,  maintenu  pour  six  mois.  M.  P.  Yillari  (N.  AntoL^ 
juillet  1869,  p.  453)  dit  qu'à  la  date  du  10  janvier,  la  loi  était  déjà  prête. 


564  DÉUBÊRATIO.NS  DES  CONSEILS  (An.  1292) 

du  15  décembre,  aux  instigalions  de  Giano  et  à  la  près* 
$ion  publique,  en  proposant  au  conseil  des  cent  de  de- 
mander balia  aux  autres  conseils  d'arrêter  les  bases  d'une 
réforme  qu'auraient  d'abord  approuvée  la  seigneurie  et 
ses  sages.  Deux  membres  voulaient  qu'on  y  lût,  qu'on  y 
disculât  ces  bases,  ce  qui  eût  éternise  le  débat  et  com- 
promis le  succès  :  soixante-douze  voix  contre  deux  ac- 
cordèrent incontinent  la  balia  demandée.  Dans  le  conseil 
spécial  du  capitaine,  le  scrutin^  succédant  au  vole  par 
assis  et  levé,  dont  il  paraissait  alors  une  confirmation 
nécessaire,  donnait  soixanle-lrois  voix  pour   et  vingt 
contre.  Le  conseil  général  ayant  approuvé  à  son  tour,  la 
réforme  triomphait,  car,  dans  les  deux  conseils  du  potes- 
tat  les  nobles  n'étaient  pas  en  nombre  suffisant  pour  in- 
firmer ces  trois  délibérations  ^  Après  avoir  entendu  en- 
core quelques  sages  et  les  capiludini  des  vingt-et-un  arts, 
—  on  consultait  donc,  pour  cette  affaire  si  grave,  les  chefs 
des  plus  humbles  métiers,  —  les  résolutions  prises  furent 


Cesi  une  erreur  contraire  à  toutes  les  vraisemblances  et  que  rien  ne  jus- 
tifie dans  le  document.  (Proposuit  D.  Capitaneus  si  videlur  consilio  utile 
fore....  teneri  concilia  opporluna  super  bailia,  licentia  et  auclorilate  danda 
et  concedenda  D.  Potcstati ,  capitaneo  et  prioribus  presentibus  et  sapien- 
tibus  quos  habere  yoluerint,  providendi  super  artibus  et  artificibus  uniendis 
et  super  provisionibus  et  ordinamentis  faciendis....  —  iO  janvier  1295. 
Arch,  slor.j  nuova  scrie,  t.  I,  p.  78,  doc.  B). 

*  Yoy.  le  sommaire  de  la  dJÏibcration  publié  par  Bl.  Bonuïni,  dansTArc/i. 
s(or.,  nuova  série,  t.  I,  part.  I,  p.  78,  doc.  B.  —  On  ne  saurait  admettre 
de  nombreuses  abstentions,  forme  de  protestation  moderne.  Un  autre  vote 
ayant  eu  lieu  pour  la  provision  ou  salaire  des  prieurs,  on  retrouve  les  mémos 
chiffres.  Il  y  avait  donc  26  absents.  -^  Ces  sommaires  sont  probants  pour 
les  dates  comme  pour  tout  le  reste.  Or  Giano  ne  figure  pas  sur  la  liste  des 
prieurs  de  décembre  1292,  tandis  qu'on  lit  son  nom  sur  celle  des  prieurs 
de  février  1293  (Voy.  Stefani,  III,  195,  201).  Ainsi,  le  principe  de  la  ré- 
forme fut  adopte  avant  (^u*il  eût  qualité  pour  la  demander  ofÎBcieUement. 
Les  prieurs  durent  donc  céder,  de  très-bon  gré  d'ailleurs,  à  la  pression  du 
dehors. 


(An.  1292)  SUR  LES  RÉFORMES  PROJETÉES.  365 

promulguées.  Huit  jours  avaient  suffi  pour  les  prendre  : 
on  était  au  18  janvier*. 

Voici  la  teneur  de  ces  résolutions  : 

1°  Le  nombre  des  arts  majeurs  serait  accru,  l'esprit 
en  serait  renouvelé  par  l'adjonction  des  cinq  arts  qui 
les  suivaient  dans  l'ordre  hiérarchique,  sans  avoir  comme 
eux  de  coupables  connivences  avec  les  grands. 

2"*  Aux  six  prieurs  on  en  ajouterait  un  septième  qui, 
sous  le  nom  de  gonfalonier  de  jusiice,  exécuterait  les  dé- 
cisions de  la  seigneurie,  avec  l'assistance  de  mille  servi- 
teurs armés.  On  voulait  aiïranchir  les  prieurs,  magis- 
trats démocratiques,  du  potentat  et  du  capitaine,  qui 
n'étaient  pas  dans  leur  dépendance,  et  que  les  statuts 
obligeaient  à  prendre  parmi  les  nobles  étrangers*. 


*  Arch.  stor,,  loc.  cit.,  p.  84-89.  Parmi  ceux  qui  prennent  la  parole,  on 
relève  les  noms  de  Dino  Compagni,  Rogerio  Albizzi,  Pacino  Penizzi. 

*  Tous  les  auteurs,  sans  en  excepter  M.  Villari,  un  des  plus  noufeaux  et 
de  beaucoup  le  plus  clairvoyant,  ont  commis  In  faute  de  voir  un  chef  de  gou- 
vernement dans  le  gonfalonier  dès  son  institution.  Un  Florentin  du  dix-sep- 
tième siècle,  dont  nous  avons  un  manuscrit,  avait  mieux  compris  les  choses; 
il  dit  ce  qui  suit  du  gonfalonier  :  i  Da  principio  non  poteva  essere  nobile, 
e  era  uficio  di  poca  ripulazione.  •  (Ribl.  nat.,  ms.  743,  p.  55.)  —  Ce  lan- 
gage est  conforme  aux  bases  mêmes  de  la  réforme  telles  que  M.  Ronaïni  les 
a  publiées  :  il  y  est  dit  que  le  gonfalonier  sera  c  de  majoribus  popularibus 
artlBcibus  civitatis  Florentie....  et  qui  non  sit  de  magnalibus  civitatis  pre- 
dicle.  >  (Abbozzo,  Rub.  4,  ap.  Arch.  stor.y  nuova  série,  t.  I,  part.  I, 
p.  46  sq.)  C*est  seulement  en  1306  que  cette  charge  devint  importante  au 
point  de  changer  de  caractère,  et  qu'au  lieu  d*étre  un  simple  exécuteur  de 
justice,  le  gonfalonier  fut  le  procurateur  de  la  république,  sans  être 
encore,  tant  s'en  faut,  le  chef  du  gouvernement.  Alors  les  nobles  com- 
mencèrent à  obtenir  et  surtout  à  désirer  cette  charge,  qui  ne  fut  plus 
accordée  qu'à  ceux  des  citoyens  qui  comptaient  parmi  les  plus  consi- 
dérables. (Bibl.  nat.,  ibid,)  —  M.  P.  Yillari  tombe  donc  dans  Ter- 
reur commune  quand  il  écrit  :  t  La  creazione  di  questo  magistrato  viene 
chiaramente  a  provare  che  si  sentiva  il  bisogno  di  dare  unità  e  capo  al 
govemo,  ma  la  gelosia  repubblicana  non  permise  d'andar  oltre  una  sem- 
plice  apparenza.  •  (iV.  AntoL,  juillet  1869,  p.  400.)  Le  gonfalonier  n'est 
pas  le  chef,  même  en  apparence;  sur  les  listes  de  prieurs  il  est  toujours  le 


366  ÉLECTION  DES  PRIEURS.    '    (An.  1293) 

3*  Balia  serait  donnée  à  trois  jurisprudents  de  réviser 
à  loisir  les  statuts,  et  d'y  accomplir  les  transformations, 
d'y  introduire  les  mesures  propres  à  imposer  le  respect 
des  lois,  à  rendre  les  grands  inoiTensiFs.  Un  projet  som- 
maire serait  remis  à  ces  trois  doctes,  conforme  aux  prin- 
cipes et  aux  usages  du  droit^ 

Les  Florentins  procédèrent  ensuite,  avec  un  soin  tout 
parliculier,  à  l'élection  des  nouveaux  prieurs.  C'était  la 
coutume  que,  la  veille  ou  l'avant-veille,  on  décidât  sous 
quelles  formes  elle  aurait  lieu,  et  chaque  fois  ces  formes 
subissaient  de  sensibles  modifications,  f^e  14  février, 
après  une  discussion  où  se  rencontrent  les  noms  connus 
de  Peruzzi,  d'Albizzi,  de  Gualterotti,  du  boucher  Dino 
Pecora  et  du  juge  Lapo  Salterelli,  on  décidait  presque  à 
l'unanimité,  sur  la  proposition  de  Rosso  Strozzi,  que  le 
capitaine  et  les  prieurs,  à  l'exclusion  du  poteslal,  éli- 
raient trois  ou  quatre  personnes  par  sesto,  et  que  celui 
qui  obtiendrait  le  plus  de  voix  serait  prieur  pour  son 
$esto^  les  capitudini  et  les  sages  de  chacun  des  six  quar- 
tiers s'abstenant,  s'éloignant  même,  lant  qu'on  ferait 
l'élection  de  leur  quartier". 

A  peine  entrés  en  charge,  les  nouveaux  prieurs,  dont 
était  Giano  délia  Bella,  élurent  gonfalonier  de  justice 
Baldo  Ruffoli,  du  sesto  de  Porta  di  Duomo,  qui  arbora, 


dernier,  c'est-à-dire  le  neuvième.  Il  n'a  après  lui  que  le  notaire.  —  Ste* 
fani  donnait  déjà  Texemple  de  confondre  les  temps  :  «  Ed  era  onorato  più 
innanzi  ad  ogni  cosa  cbe  gli  altri  priori.  >  (lU,  106.)  Quant  à  Ammirato, 
il  commence  beaucoup  trop  lot  à  désigner  les  temps  par  les  noms  des 
gonfaloniers. 

*  Ce  projet  est  celui  qu'a  publié  M.  Bonaïni  dans  VArch.  stor.,  nuova 
série,  t.  I,  part.  I,  p.  37  sq. 

*  Salvo  quod  capitudines  et  sapientes  illius  seitusinquo  fiet  scruptinium 
non  sint  présentes  (14  février  1293.  Doc.  de  YArch.  stor,,  nuova  série, 
1. 1,  part.  I,  p.  84)* 


(Âii.  1293)         ACCROISSEMENT  DES  ARTS  MAJEURS.  367 

le  même  jour  (15  février)*,  aux  fenêtres  de  sa  propre 
maison  '  un  gonPalon  blanc  à  croix  rouge,  signe  de  ral- 
liement pour  les  mille  pedoni  artisans  qu'on  voulait 
placer  sous  ses  ordres'.  Non  moins  facilement  se  fit  Tad- 
jonction  des  cinq  arts  intermédiaires  aux  sept  arts  ma- 
jeurs :  le  sentiment  public,  on  l'a  vu,  y  était  préparé.  Ce 
furent  ceux  des  bouchers  {beccari)y  des  cordonniers 
(calzolai)^  des  forgerons  {fabbri)^  des  charpentiers  et 
maçons  {maestri  di  pietra  et  legname)^  enfin  des  fri- 
piers {rigattieri)^  gens  nombreux,  de  condition  infé- 
rieure et  de  manières  rudes,  très-propres  à  fortifier,  à 
raviver  l'élément  populaire  parmi  ces  riches  marchands 
qui  jouaient  à  l'aristocratie  sans  renoncer  à  leur  trafic. 
Les  nouveaux  arls  majeurs  eurent  désormais,  comme  les 
anciens,  des  armes,  des  pavois,  tous  les  insignes  néces- 
saires pour  marquer  la  place  qu'ils  commençaient  à 
occuper  dans   TÉtat*.   Les  pouvoirs   publics  reposaient 


*  Villani  (VUI,  i)  ne  dit  pas  à  quel  moiueat  fut  élu  le  premier  gonfalo- 
nier  ;  mais  Ammirato  est  très-précis  :  i  II  quale  entrando  primo  di  quella 
dignità  nel  duoyo  magislrato  a  15  di  febbraio  doveva  finirlo  alla  meta 
d'aprile.  »  (L.  III.  t.  I,  p.  189.) 

*  Bibl.  nat.,  ms.  ital.,  loc.  cit.  Admis  bientôt  à  loger  avec  les  prieurs, 
sa  réputation  s'en  trouva  augmentée. 

^  Quoddam  magnum  vexillum  de  bono  et  solito  zendado  albo  cum  una 
cruce  magna  rubea  in  medio  per  totum  vexillum  extenta....  m.  pedites  ex 
populanbus  seu  artiGcibus  civilatis  Florentie  (Ordinamenta  justitiœ , 
Rub.  4.  —  Bonaïni,  Arch.  stor,,  loc.  cil.,  p.  47-48.  —  Cf.  Stefani,  III, 
196). 

*  Que  celte  adjonction  ait  eu  lieu  dès  lors,  cVst  ce  que  prouve  la  pro- 
mulgation des  Ordinamenta  justitiŒf  qui  eut  lieu  en  présence  des  capitu- 
dini  des  douze  arls  majeurs.  Villani,  par  une  erreur  assez  inexplicable, 
rapporte  même  ce  fait  à  Tannée  précédente  :  <  Le  selte  arli  maggiori  s*al- 
legarono  con  le  cinque  arti  conseguenti,  e  imposono  tra  loro  arme  e  pavesi 
e  certe  insegne,  e  fu  quasi  cominciamento  di  popolo,  onde  poi  si  prese  la 
forma  del  popolo  ,  cbe  si  cominciè  nelli  anni  di  Cristo  1292.  •  (VII,  131.) 
U  est  probable  que  Yiiiani  voit  raccomplissement  du  fait  dans  quelques* 


368  MESURES  CONTRE  LES  GRANDS.      (An.  1295) 

donc  sur  une  base  plus  solide,  parce  qu'elle  était  plus 
large  ;  ils  devenaieut  un  instrument  plus  sûr. 

Restaient  les  mesures  à  prendre  contre  les  grands. 
Le  soin  de  réformer  les  statuts  à  leur  égard  avait  été 
commis  par  les  prieurs  de  décembre  à  Dino  Rislori, 
Ubertino  délia  Strozza  et  Baldo  d'Aguglione,  juriscon- 
sultes renommés,  guelfes  résolus  et  partisans  du  peuple, 
quoique  membres  de  cet  art  des  juges  et  des  notaires 
qui  se  rapprochait   insensiblement  de  Taristocralie  de 
naissance,  parce  qu'il  formait  l'aristocratie  de  savoir*. 
On  leur  laissa  tout  loisir  d'étudier  les  projets  soumis  à 
leurs  délibérations,  d'en  préparer  et  d'en  arrêter  les  ter- 
mes défînitifs.  Â  mesure  qu'un  statut  était  rédigé,  ils 
le  soumettaient  aux  magistrats,  qui  en  donnaient  lec- 
ture aux  conseils,  et,  s'ils  étaient  approuvés,  en  procu- 
raient aussitôt  l'exécution".  Le  12  août  1294,  tous  les 


unes  des  tentaliTcs  antérieures,  dont  nous  avons  parlé,  de  joindre  à  Tocca- 
sion  les  cinq  arts  moyens  aux  sept  majeurs ,  en  altendant  qu'on  pût  iutro- 
duire  cette  adjonction  dans  les  statuts.  Mais,  en  ce  cas,  ce  n'est  pas  à  1292, 
c'est  k  1^85  tout  au  moins  qu'il  faudrait  remonter. 

*  Un  peu  plus  tard  c  i  grandi  s'accosta rono  col  consiglio  del  coUegio  de* 
giudici  e  notari.  »  (Villa ni.  YIII,  8.) 

*  Ordinamenti  di  giustiziay  Rub.  80,  ap.  Giudici,  t.  Il,  App.,  p.  585. 
Ces  trois  commissaires  ont  un  mauvais  renom  dans  Tbistoire,  surtout  auprès 
de  Dante  et  des  gibelins,  moins  pour  leurs  méfaits  que  pour  les  maux  sub- 
séquents dont  on  les  rendit  responsables,  parce  qu'on  en  voulut  voir  la  cause 
dans  les  statuts  qu'ils  avaient  rédigés.  Ubaldo  ou  Baldo  d'Aguglione  surtout 
a  été  cloué  au  pilori  par  Dante  et  son  conunentateur  ,  qui  l'appellent  l'un 
c  le  villain  d'Aguglione  >,  parce  qu'il  était  né  dans  le  casiello  de  ce  nom 
au  val  de  Pesa  (Parad,,  XVI,  56),  Tautre  «  un  grand  chien  >  (qui  fuit  m  i- 
gnus  canis.  —  Benvenuto  da  Imola,  Comment,  à  ce  vers,  ap.  Murât.,  Ant, 
ital.,  I).  — On  lui  attribue,  entre  autres  méfaits  ,  d'avoir  ,  en  1299 ,  aidé 
^iccola  Acciajuoli  à  déchirer  une  feuille  d'un  livre  public  où  ce  dernier  se 
trouvait  compromis  (Voy.  note  de  Costa  et  Bianchi  au  Purgat.,  XII,  104). 
—  On  trouve  bien,  en  août  1293,  que  lecture  était  faite  aux  conseils  de  sta- 
tuts déjà  rédigés  (lecto  ordinamento  justitie  de  hoc  loquenle.  —  Arch.  stor., 
doc.  Bonaini,  loc,  cti.,  p.  86,  87)  ;  c'est  sans  doute  que  les  rédacteurs  les 


(An.  1294)  LES  ORDONNANCES  DE  JUSTICE.  569 

staluls  ou  ordinamenla  juslUix  ayant  été  successive- 
ment adoptés  par  les  conseils,   le  potcstat  Maffeo  des 
Maggi,  de  Brescia,  soumit  dans  leur  ensemble  les  nou- 
veaux  règlements  à  l'approbation  de  son  conseil  gé- 
néral. Le  notaire  Bene  de  Vaglia  se  leva  pour  recom- 
mander l'adoption  ;  Neri  Atiglianti  après  lui  pour  con- 
seiller le  rejet,  puis  le  juge  Boninsegna  de  Bccchinugi 
et  le  boucher  Dino  Pecora  pour  appuyer  la  motion  du 
notaire.  Sans  plus  de  paroles,  on  vola  par  assis  et  levé. 
Dans  cette  assemblée  où  les  nobles  avaient  accès,  les 
ordinamenla  furent  adoptés  presque  à  l'unanimité*.  Le 
peuple  florentin  connut  alors  dans  leur  ensemble  ces 
lois  draconiennes,  objet  pour  les  uns  de  confiance  et 
d'espoir,  pour  les  autres  de  colère  et  d'effroi". 

Elles  formaient  une  ordonnance  en  quatre-vingts 
paragraphes  ou  rubriques,  dans  le  style  diffus  de  la  judi- 
cature  et  le  désordre  propre,  durant  les  siècles  du  moyen 
âge,  aux  documents  législatifs  de  tout  pays.  Comme 
leur  titre  l'indique,  leur  principal  objet  était  la  justice; 
mais  elles  touchaient  aussi  à  la  politique,  notamment 
pour  l'élection  des  magistrats.  Rédigées  d'abord  en 
latin,   selon  l'usage,  elles  furent  bientôt  traduites  en 

• 

livraient  au  fur  et  à  mesure  de  leur  travail.  On  les  approuvait  aussitôt  (Voy. 
Provvisioni,  iO  avrU  1293,  12  janvier  1294,  n*  lU,  p.  131, 154  V).  —  Au 
reste,  on  employait  le  mot  ordinamenli  dès  lors,  à  propos  de  toute  mesure 
à  prendre.  Le  22  octobre  1293,  les  prieurs  étaient  autorisés  à  faire  des  or^ 
dinamenti  pour  forcer  personnellement  les  condamnés  ï  payer  les  amendes 
(Provvisioni,  n"  Ul,  p.  143).  Le  préambule  des  ordinamenla  porte  la  date 
du  18  janvier  1292,  c'est-à-dire  1293  (Voy.  Giudici,  Append..  t.  Il,  p.  308). 

*  Placuit  quasi  omnibus  secundum  propositionem  (Lib.  di  Cons,,  Arch, 
stor.y  nuova  série,  t.  I,  part.  I,  p.  82). 

*  On  a  peine  à  comprendre  que  Muratori  ait  passé  sous  siJence  un  fait  si 
considérable  ;  mais  c'est  ainsi  que,  de  son  temps,  on  comprenait  Thistoirc . 
Les  institutions  paraissaient  prêter  h  une  dissertation  critique,  non  pouvoir 
entrer  dans  un  récit  bis  torique. 

BIST.   DE  PLORBiNCB.   —  II.  24 


370  LES  ORDONNANCES  DE  JUSTICE.  (âm.  1294 

langue  vulgaire,  pour  que  lous  les  pussent  comprendre 
ceux  qui  étaient  tenus  de  les  observer,  comme  ceux  qu 
avaient  à  les  appliquer  V  Dans  cette  République  si  mo< 


'  Sur  les  différents  textes  des  Ordinamenta  juttitiœ,  nous  ne  pouvon 
mieux  faire  que  de  rapporter  ce  qu'en  dit  M.  P.  Villari  :  c  Les  ancienne 
rédactions  des  Ordinamenti  sont  si  diverses  qu'il  y  en  a  qui  n*ont  qu* 
22  rubriques,  d'autres  plus  de  100.  Il  y  a  6  rédactions,  4  imprimées,  2  iné 
dites.  Celle  qui  est  du  dix-huitième  siècle  peut  dès  Tabord  être  rejetée.  C'es 
une  compilation  générale  des  statuts  florentins  faite  en  1415  par  Barto- 
lommeo  Volpi  et  Paolo  de  Castro  (StattUa  populi  et  communis  FlorenUœ 
collecta  ann.  1415.  Friburgi,  1778-1781).  On  y  a  réuni,  sans  ordre  histo 
rique,  des  lois  de  temps  très-divers.  Les  Ordinamenti  y  sont  altérés  pa 
toutes  les  modifications  postérieures  ,  pêle-mêle  et  sans  date.  De  même  ui 
ms.  inédit  de  VArchivio  di  $UUo ,  déjà  condamné  par  M.  Bonaïni  pour  ui 
semblable  motif.  Des  quatre  autres,  celle  de  M.  Bonaïni  n'a  que  22  rubri 
ques  et  est  incomplète.  Mais  il  est  aisé  de  voir  que  dans  les  autres,  à  par 
tir  de  la  29*  rubrique,  il  y  a  des  additions,  des  lois  postérieures  qui  sou- 
vent portent  leur  date  et  sont  unies  aux  Ordinamenti,  parce  qu'elles  le 
modifient,  les  développent  ou  traitent  de  matières  y  relatives.  Donc  le 
28  premières  sont  seules  de  1293.  Malheureusement,  il  y  a  des  divergen- 
ces entre  ces  28  rubriques  et  les  22  de  M.  Bonaïni,  qui  sont  manife» 
tement  les  plus  anciennes.  Mais  M.  Hegel  a  prouvé  (Die  Ordnungen  de* 
Gerechtigkeitj  etc.,  Erlangen,  1867,  discours  d'ouverture  où  il  examine  l 
publication  de  M.  Bonaïni)  que  ce  n'est  là  qu'une  première  ébauche 
comme  l'appelle  M.  Bonaïni  lui-même,  non  encore  discutée  et  approuvée 
Ce  ms.  porte  la  date  de  1292,  de  même  januarii,  c'est-à-dire  1293 
mais  pas  de  formules  officielles,  beaucoup  de  ratures,  de  blancs,  uni 
contradiction  au  sujet  des  témoins  contre  les  grands  {per  testes  probante^ 
de  publica  fama)  ;  car  on  sait  par  Villani  (au  nom  de  Villani,  M.  P.  ViL 
lari  ajoute  ici  celui  de  Dino  Compagni)  qu'il  suffisait  de  deux.  Or  c'est  li 
un  fait  grave  sur  lequel  il  ne  peut  se  tromper.  En  juillet  de  Tannée  sui- 
vante, nous  voyons  en  effet  une  révolution,  et  tout  l'avantage  que  lei 
nobles  en  retirent ,  c'est  qu'au  lieu  de  2  témoins ,  il  en  faudra  5  (Vil 
lani,  YIU,  12).  Le  mérite  de  cette  ébauche  est  d'être  un  peu  antérieur 
à  la  promulgation  ,  tandis  que  les  autres  rédactions  sont  postérieures.  Ls 
comparaison  du  texte  latin  publié  par  le  P.  Fineschi  en  1790  (Memorii 
storiche  di  S.  Maria  Novella,  p.  186,  255)  et  du  texte  italien  publié  pai 
M.  Giudici  en  1855  (Storia  deiMunidpi  italianiy  t.  II,  App.)  y  montre  tous 
les  caractères  d'une  loi  légalement  sanctionnée ,  et  l'examen  des  mss.  qui 
sont  anciens  et  authentiques  le  démontre.  Tous  les  deux  portent  la  date, 
conunencent  par  les  formules.  En  se  tenant  aux  28  premières  rubriques,  on 
remarque  peu  d'additions ,  aucune  au  delà  de  1295 ,  et  en  comparant  avec 
les  22  de  l'ébauche  de  M.  Bonaïni,  on  ne  voit  que  des  différences  de  forme. 


(Ah.  1294)  ÉLECTION  DE  LÀ  SEIGNEURIE.  571 

bile,  elles  étaient  destinées  à  durer  autant  que  la  Répu- 
blique même.  Dante  vécut  assez  pour  les  voir  en  vigueur 
pendant  près  de  trente  années,  pour  remarquer^  si  son 
humeur  sombre  le  lui  permit,  que  Florence  savait,  au 
besoin,  ne  pas  détruire  en  novembre  ce  qu'elle  avait  filé 
en  octobre.  Aussi  a-t-on  pu  dire  que  les  ordonnances  de 
justice  furent  pour  les  Florentins  ce  qu'est  la  Grande 
Charte  pour  les  Anglais  ^ 

La  partie  politique  de  la  réforme  portait  principale- 
ment, nous  l'avons  dit,  sur  l'élection  des  magistrats  po- 
pulaires, c'est  à  dire  des  prieurs  et  du  gonfalonier,  et 
aussi  sur  les  formalités  apportées  à  l'exercice  de  leur 
charge.  Il  faut  suivre  dans  ses  détails  cette  organisation 
compliquée,  telle  que  la  firent  les  ordinamenta^  et  les 
modifications  que  l'expérience  y  devait  bientôt  apporter. 

Peu  de  jours  avant  la  date  fixée  pour  l'installation  d'une 
nouvelle  seigneurie,  le  capitaine  du  peuple,  d'accord  avec 
les  prieurs  sortants,  désignait  le  lieu  où  se  réuniraient 
les  capitudini  des  douze  arts  majeurs  avec  des  sapientes 
juris  et  des  buomwmini  des  métiers,  au  nombre  que  fixe- 
raient les  dits  prieurs.  Là,  en  leur  présence,  le  capitaine 
demandait  aux  personnes  convoquées  sous  quelle  forme 
elles  voulaient  procéder  à  l'élection*.  Ces  formes  souvent 


Donc ,  quand  les  trois  rédactions  sont  d'accord ,  nous  pouvons  être  certains 
d*ayoir  le  texte  d)  1393.  Quand  elles  sont  en  désaccord,  il  faut  s'aider  des 
chroniqueurs.  »  (Suit  une  bibliographie  précise  de  toute  ces  rédactions.  — 
P.  Villari,  La  Repubblica  fiorentina  al  tempo  di  Dante,  Nuova  Antologia, 
juillet  1869,  t.  XI,  p.  455-458).  Il  est  à  peine  utile  d'ajouter  que  ce  qu'on 
trouve  des  OrdinamerUa  au  t.  IX  des  Delizie  degli  eruditi  Toicani  est  très- 
incomplet  et  ne  doit  pas  être  confondu  avec  le  travail  d'auteur  inconnu  où 
SjB  trouvent  résumées  les  institutions  de  1280  à  1292  (p.  256  sq). 

*  M.  Bonaîni  (Arch,  stor,,  nuova  série,  t.  I,  part.  I,  p.  4). 

*  Si  singulier  que  soit  ce  manque  de  fixité  dans  une  constitution  qui  fixe 
tant  de  menus  détails,  il  est  hors  de  doute.  Le  rédacteur  des  Ordinamenti 


57S  MODES  DE  L'ÉLECTION.  (âh.  1204) 

modifiées  montrent  par  quelles  ^fluctuations  passait  l'es* 
prit  démocratique  en  ses  progrès.  Ainsi,  le  13  avril  1293, 
il  est  décidé  que  chacun  des  six  quartiers  désignera  six 
personnes  choisies  dans  son  sein,  sur  le  nom  desquelles 
voleront  immédiatement  les  prieurs  sortants,  chargés  de 
l'élection '.  Le  13  juin,  ce  ne  sont  plus  les  quartiers,  ce 
sont  les  sages  de  chaque  art,  qui,  sous  la  présidence  de 
leurs  consuls,  désigneront  un  éligible  par  quartier*.  Le 
14  août,  la  lecture  étant  donnée  de  la  rubrique  des  ordù 
namentaj  déjà  rédigée',  on  en  revient  aux  six  élus  des 
quartiers,  dont  un  au  moins,  innovation  digne  de  remar- 
que, sera  pris  dans  les  arts  mineurs*.  Le  14  octobre,  re- 
tour aux  errements  du  13  juin,  sauf  que  l'éligible  de 
chaque  art  devra  être  choisi  dans  l'art  même,  afin  que 
chaque  corporation  en  ait  un  dans  chaque  quartier'.  Le 


s*y  reprend  à  deux  fois  :  «  Et  in  presentia  ipsorum  doininorum  Priorum, 
predictus  Doniinus  defcnsor  et  capitancus ,  coram  ipsis  capitudinibus  et  Si- 
picntibus  proponat  et  consilium  pelât  quo  modo  et  qua  forma  electio  fulu- 
rorum  Priorum  arlium....  Sicquo  quolibet  anno,  singulis  duobus  mensibus, 
predicto  tempore,  super  electionc  priorum  facienda,  proponendo  scmper  quo 
modo  et  forma  in  ipsa  electione  procedcndum  sit....  »  (Ord,jusi,,  Rub.  5. 
Bonaïni;  Cf.  Giudici,  p.  514,  515).  —  En  général ,  quand  les  deux  textes 
sont  conformes  ,  nous  préférerons  citer  Toriginal  latin  ,  plutôt  que  la  tra- 
duction italienne  ,  même  odiciellc.  Quand  nous  descendons  aux  rubriques 
absentes  dans  le  texte  de  Bonaïni ,  c'est  qu'elles  ne  sont  pas  postérieures 
à  1295. 

'  Quod  sex  per  sextum  eligantur  per  illos  de  suo  sextu  ;  et  postea  Gat 
scruptinium»  ut  dictum  est  (Lib,  di  Coîîs,,  Arch,  stor,,  nuova  série,  t.  I, 
part.  I,  p.  85). 

*  Pacinus  Poruczi  consulit  quod  sapientes  se  convciiiant  cum  consulibus 
sue  artis  et  eligant  unum  per  sextum.  Postea  fiat  scruplinium  more  solito 
(Ibid.,  p.  8G,  87). 

3  Lccto  ordinamento  justilie  de  hoc  loquenle.  (Ibid,) 

*  Et  sit  ad  minus  unus  ex  minoribus  artibus.  (Ibid.) 

'  Quod  quelibet  capitudo  cum  sapientes  sue  artis  eligant  unum  per 
sextum....  quod  quelibet  capitudo  det  in  scriptis  solummodo  de  illis  dearte 
sua,  et  postea  fiât  scruptinium  more  solito  (Ibid.,  p.  88).  Cette  délibéra* 


(An.  1294)  SERMENT  DES  ÉLECTEURS.  373 

14  décembre,  aux  prieurs  conjointement  avec  le  gonfa- 
lonier  est  rendu  le  droit  de  choisir  les  éligibles  au 
nombre  de  deux  ou  quatre  par  quartier,  puis  l'élection 
définitive  est  faite  par  eux,  par  les  capitudini,  par  les 
sages  dont  se  compose  avec  eux  le  collège  électoral,  tou- 
jours à  raison  d'un  prieur  par  quartier*. 

Une  seule  chose  ne  variait  pas  parmi  lant  de  varia- 
lions  :  le  serment  que  prêtaient  sages,  capiludini  et 
prieurs  sortants  de  faire  bonne  élection  sans  céder  aux 
prières,  c'est-à-dire  de  choisir  parmi  les  plus  loyales  et 
meilleures  gens  qui  exercent  un  art  ou  figurent  du  moins 
sur  ses  registres  matricules  et  ne  sont  pas  chevaliers  ou 
magnats*.    «  Pour  qu'une  convenable  égalité  soit  ob- 


tion  a  été  en  outre  publiée  dans  une  collection  de  documents  relatifs  à  Dino 
Compagni  (Voy.  Arch,  s/o»*.,  3*  série,  t.  XVI,  1872,  p.  14,  15). 

'  Quod  prières  et  vcxillifer  présentes  eligant  duo  vel  quatuor  per  sextum, 
quibus  per  omncs  indicto  consilio  cxistentes  dentur  voces,  et  illi  sex,  sci- 
licet  unus  per  sextum,  qui  plures  voccs  babuerint,  sint  prières  per  duo- 
bus  mensibus  yenturis  (ïbid.,  p.  89).  —  M.  6.  Gapponi  (I,  84)  et  M.  Del 
Lungo  (notes  à  la  Cbron.  dite  de  D.  Compagni,  1.  1,  p.  37,  n.  18)  com- 
mencent dès  lors  à  appeler  arruoti  (participe  à^airogere)  ceux  qui  sont 
adjoints  aux  prieurs  en  exercice  pour  nommer  les  nouveaux  prieurs,  et 
qu'on  nommait  auparavant  savi  ou  richiesti,  Peut-êtic  est-ce  devancer  un 
peu  le  temps  où  ce  nouveau  mot  fut  en  honneur. 

'  De  prudentioribus,  melioribus  et  legalioribus  artiûcibus  civitalis  Flo- 
rentie,  dummodo  non  sint  milites  (Rub.  3,  texte  de  Bonaïni).  —  Gbe  nulle 
de'  priori  potesse  essere  di  casa  de'  nobili  delti  grandi,  che  prima  ve  n'avea 
sovente  chiamali  :  ci6  erano  certi  de'  grandi  i  quali  erano  mercatanti  e 
buoni  uomini  (Villani,  VUI,  1).  —  D'après  l'ébauche  des  Ordinamenta 
publiée  par  M.  Bonaïni,  il  aurait  fallu  exercer  effectivement  un  art  (conti- 
nue artem  exercenlibus)  ;  mais  le  texte  de  Fineschi  est  contraire,  ainsi 
que  celui  de  M.  Giudici  (Li  quali  facciano  continuamente  arte,  owero  siano 
scritli  in  libre  owero  malricola  d'alcuna  arte).  Cela  prouve  que  le  projet 
primitif  ne  fut  pas  adopté  ou  qu'on  renonça  très-promptement  à  en  assu- 
rer l'exécution.  Giano  délia  Bella  est  nommé  prieur,  quoique  n'exerçant 
aucun  art.  Comme  il  avait  en  France  quelques  intérêts  conunerciaux,  peut- 
être  aurait-il  pu,  à  la  rigueur,  être  censé  remplir  les  conditions  de  la  loi  ; 
mais  il  n'en  est  pas  ainsi  de  Dante,  dont  on  sait  que,  s'il  était  inscrit  aux 


374  SERMENT  DES  PRIEURS.  (Ah.  1294) 

servée  %  ]»  ne  peuvent  être  élues  les  personnes  appelées 
à  prendre  part  au  vote,  ni  aucune  de  leur  famille  {ccisa) 
ou  de  leurs  alliés  {casato)j  non  plus  qu'aucun  des  prieurs 
des  années  précédentes.  Les  votants  devaient  déclarer 
pour  quel  art  ils  élisaient  tel  ou  tel  prieur,  car  il  n'y 
en  pouvait  avoir  deux  pour  le  même  art.  C'est  pour- 
quoi, avant  de  commencer,  on  tirait  au  sort  l'ordre  des 
sestieri  sur  lesquels  porteraient  tour  à  tour  la  désigna- 
tion des  éligibles  et  l'élection  ou  le  tirage  au  sort  qui  déjà 
tendait  à  la  remplacer*.  Aucun  élu  ne  pouvait  décliner 
l'honneur  que  le  choix  ou  le  hasard  lui  imposait  :  con- 
trainte nécessaire  pour  ne  pas  recommencer  incessam- 
ment le  double  scrutin  que  compliquaient  tant  de  condi- 
tions et  d'exclusions. 

L'élection  des  prieurs  avait  lieu  la  veille  ou  l'avant- 
veille  du  jour  où  ils  devaient  entrer  en  charge,  et  ils  y 
entraient  le  15  des  mois  de  février,  avril,  juin,  août,  oc- 
tobre, décembre.  Dans  la  matinée  même,  ils  se  rendaient 
au  conseil  du  capitaine  ou  dans  l'assemblée  à  parlement, 
afin  d'y  prêter,  entre  les  mains  de  ce  magistrat,  le  ser- 
ment obligatoire.  Ils  désignaient  eux-mêmes  la  maison  où 


registres  des  médecins  et  apothicaires,  il  n*ezerça  jamais  leur  profession 
(Voy.  M.  P.  Villari,  Nuova  ArUologiay  p.  458).  —  Cantini  (IV,  4)  publie 
aussi  un  texte  conforme  à  celui  de  M.  Bonaïni  (admittatur  pro  artifice  qui 
continue  artem  exerceat)  ;  mais  la  date  de  ce  document  est  le  18  janvier 
1203;  il  ne  s'agit  donc  que  des  ébauches  ou  projets  bientôt  modifiés  par 
la  rédaction  définitive. 

*  Et  ut  in  electionibus  fulurorum  priorum  débita  convenientia  et  con- 
decens  equalitas  observetur  (Ord.jtui.y  Rub.  3  ;  Bonaïni,  p.  45  ;  Cf.  Giu- 
dici,  p.  316.) 

*  Primo  in  qualibet  electionc  ipsorum  futurorum  priorum ,  antequam 
super  ea  aliquid  proponatur  vel  fiât ,  Forle  dirempto  et  terminato  in  quo 
sextu  primo  et  in  quo  sextu  secundo,  et  sic  de  ceteris  sextibus  (Ord,  ju$t,, 
Kub.  3  ;  Bonaïni,  p.  44  ;  Cf.  Giudici,  p.  315).  L'élection  au  sort,  a  traita, 
ne  devint  de  règle  qu'en  1328  (Voy.  Cantini,  IV,  1). 


(An.  1294)  OBUGATIONS  DES  PRIEURS.  375 

ils  devaient  vivre,  manger,  et,  comme  disent  les  Italiens, 
dormir  ensemble*.  Ils  n'en  pouvaient  sortir  que  pour  les 
affaires  publiques;  quant  à  leurs  affaires  privées,  ils 
devaient  obtenir,  pour  y  vaquer,  la  licence  de  leur  chef 
qui  était,  non  le  gonfalonier,  comme  on  l'a  cru  long- 
temps, mais  un  d'eux,  élu  par  eux  sous  le  nom  de 
propostOj  seulement  pour  deux  jours*.  Celle  licence  ne 
leur  était  accordée  que  rarement  et  de  nuit.  Se  ren- 
daient-ils dans  leurs  propriétés  du  contado^  on  leur  con- 
fiait une  des  clefs  de  la  ville.  Ils  n'assistaient  ni  au 
baptême  de  leurs  enfants,  ni  aux  funérailles  de  leurs' 
amis  ou  de  leurs  proches  :  celles  de  leurs  collègues 
étaient  seules  exceptées.  A  personne  il  n'était  permis  de 
leur  parler,  sauf  en  audience  publique,  le  lundi,  le  mer- 
credi, le  vendredi,  toujours  en  présence  de  quatre  d'en- 
tre eux  et  d'un  de  leurs  notaires  ou  greffiers. 

Leur  office  était  presque  gratuit,  car  ils  ne  recevaient 
que  dix  sous  par  jour.  Leur  table  et  leur  entrelien  coû- 
taient, à  vrai  dire,  journellement  dix  florins  d'or;  mais 
pour  cette  somme  ils  devaient  nourrir  eux,  leurs  notaires, 
les  neuf  donzelli  et  les  cinq  religieux  attachés  à  leur  ser- 
vice, ainsi  que  leurs  divers  domestiques,  le  spenditorey 
qui  présidait  à  la  dépense  et  à  l'achat  des  comestibles,  un 
cuisinier-maitre ,  deux  aides ,  deux  massiers ,  deux  trom- 
pettes, deux  fifres,  quatre  sonneurs  et  le  clerc  qui  servait 
leur  messe,  à  laquelle  ils  assistaient  seuls.  Encore  ju- 
raient-ils de  ne  pas  faire  un  autre  emploi  de  ces  dix  flo- 


*  In  una  domu  ubi  voluerint  (Ord,  jtut,^  Rub.  3;  Bonaïni,  p.  46  ;  Cf. 
Giudici,  p.  317). 

*  Cantini,  IV,  24.  —  La  seule  prérogative  du  proposto  ,  dit  cet  auteur  , 
était  d'avoir  le  pas  sur  ses  collègues ,  après  le  gonfalonier  et  le  potestat. 
Pour  ce  qui  est  du  gonfalonier,  il  se  trompe,  parce  qu*il  confond  les  temps. 


376  PRIVILÈGES  ET  OFFICE  DES  PRIEURS.         (Ax.  1294) 

rins,  et,  s'ils  avaient  du  surplus,  de  le  restituer  à  la 
caméra  ou  trésor  public.  On  porta  bientôt  à  trois  le 
nombre  des  lîfres,  à  sept  celui  des  trompettes,  pour 
donner  plus  de  corps  à  leur  musique  criarde  qui  se  fai- 
sait entendre  pendant  le  dîner  et  le  souper.  On  donnait 
à  ces  musiciens  quatre  florins  d'or  par  mois,  plus  deux 
habits  neufs  par  an,  du  prix  de  vingt  livres,  l'un  à  la 
Saint-Jean,  l'autre  à  la  NoëP.  Quarante  berrovieri  et 
douze  messagers  ou  banditori  complétaient  la  famiglia 
des  prieurs*. 

Tant  que  durait  leur  charge  et  même  une  année  pleine 
après  qu'ils  en  étaient  sortis,  nul  ne  pouvait  inquiéter  ces 
magistrats  dans  leurs  biens  ou  leurs  personnes,  pour 
cause  de  dettes  ou  de  trafic,  ni  même  leur  intenter  procès 
de  ce  chef  et  les  condamner.  Rentrés  dans  la  vie  privée, 
la  seule  distinction  qui  perpétuât  le  souvenir  de  leur 
dignité,  c'était  le  privilège  de  porter  jusqu'à  leur  mort 
toute  sorte  d'armes  sur  le  territoire  florentin*.  Gomme  on 
nommait  trente-six  prieurs  par  an ,  comme  ils  ne  pou- 
vaient être  de  sitôt  réélus,  il  dut  y  avoir,  à  la  longue, 
beaucoup  d'hommes  armés  dans  cette  ville  où  il  était 
interdit  de  porter  des  armes.  Maigre  récompense,  au 
demeurant,  d'un  labeur  assidu.  Durant  deux  mois,  la 
seigneurie  devait  vaquer  aux  fonctions  les  plus  diverses  : 
préparer  les  lois,  convoquer  les  conseils,  procurer  l'exé- 
cution de  la  justice,  destituer  au  besoin  les  juges  du  po- 
teslat  et  du  capitaine,  assurer  la  tranquillité  publique,  la 


*  Canlini,  IV,  22,  23. 

*  Les  berrovieri  étaient  d'abord  au  nombre  de  32.  Le  29  mars  1294  on 
en  porta  le  nombre  à  40,  recevant  5  livres  de  petits  florins  par  mois  (Con- 
sulte, I,  p.  2  v*). 

*  Canlini,  IV,  22-23. 


(AN.  1294)      ÉLECTION  DU  GONFALONIER  DE  JUSTICE.  377 

libei  (é^  la  sûreté  des  rues,  afin  que  les  marchands  y  pus- 
sent faire  étalage  de  leurs  marchandises,  veiller  à  l'ap- 
provisionnement des  forteresses,  les  démolir  ou  les  répa- 
rer, en  édifier  de  nouvelles,  sans  même  attendre,  dans 
les  cas  d'urgence,  l'approbation  d'aucun  conseil,  y  faire 
la  rassegna^  c'est-à-dire  vérifier  l'état  des  lieux  et  en 
recevoir  la  remise,  quand  expiraient  les  pouvoirs  d'un 
châtelain,  nommer  son  remplaçant,  fixer  le  chiffre  de 
ses  gages,  créer  des  capitaines  de  guerre  à  pied  et  à 
cheval*. 

Quoique  faisant  partie  du  collège  des  prieurs*,  le  gon- 
falonier  de  justice  n'était  élu  qu'après  eux  et  selon  un 
mode  particulier,  ce  qui  est  une  marque  de  son  infériorité 
primitive.  Le  jour  même  où  l'on  procédait  à  l'élection 
de  la  nouvelle  seigneurie,  les  prieurs  sortants  désignaient 
deux  hommes  capables  {valenti  uomini)  de  chaque  ses- 
tiere,  et  le  capitaine  du  peuple  les  convoquait  aussitôt 
avec  les  capitudini  des  arts.  Après  avoir  prêté  serment, 
les  membres  de  ce  corps  électoral  liraient  au  sort  le  ses- 
tiere  où  serait  pris  le  gonfalonier,  puis,  dans  ce  sestierCy 
six  des  principaux  popolani^j  gens  des  métiers  et  bons 
guelfes,  amis  de  la  paix  et  du  repos  de  l'État \  ni  parents 
ni  alliés  d'aucun  des  prieurs  nommés  ou  en  exercice.  On 
volait  alors  au  scrutin  secret  sur  le  nom  de  ces  six 


«  Canlini,  IV,  16-20. 

*  Et  habeat  dictus  vexillifer  ofûtium  et  yocem  inter  priorcs  ,  sicut  unus 
ex  prioribus  (Ord.just.,  Rub.  4  ;  Bonaïni,  p.  47  ;  Cf.  Giudici,  p.  318). 

^  Quo  sextu  nominato  eligant  sex  probos  viros  populares  artifices  de  sextu 
predicto....  Et  sit  lalis  vexillifer  de  majoribus  popularibus  artificibus  civi- 
talis  Florentie,  et  qui  pacificum  et  tranquillura  stalum  diligat  puro  corde, 
et  qui  non  sit  de  magnatibus  civitatis  predicte  (Ord,  ju$t,^  Rub.  4  ;  Ro<- 
naini,  p.  47  ;  Cf.  Giudici,  p.  518). 

^  Yoy.  la  note  précédente 


378  OFFICE  DU  GONFÂLONIEa.  (âh.  iS94) 

popolanij  les  sages  et  les  capitudini  du  quartier  sur 
lequel  portait  Télection  s'abslenant,  comme  on  Ta  vu, 
(l'y  prendre  part.  La  première  fois,  le  tirage  au  sort 
des  sestieri  avait  porté  sur  tous  les  six  ;  la  deuxième  il 
ne  porta  plus  que  sur  cinq,  et  la  cinquième  que  sur 
deux,  en  sorte  que,  la  sixième,  celui  qui  devait  fournir 
le  gonfalonier,  se  trouvait,  sans  tirage,  indiqué  naturel- 
lement. Toute  candidature  posée  à  l'avance,  toute  réu- 
nion préparatoire  était  interdite  sous  peine  de  cent  livres 
d'amende  ^  Pendant  une  année,  le  gonfalonier  n'était 
point  rcéligible,  non  plus  que  le  notaire.  C'est  ce  qu'on 
appelait  le  divieto*.  11  était  de  deux  ans  pour  les  prieurs, 
preuve  nouvelle  que  les  prieurs,  dans  le  principe, 
avaient  le  pas  sur  le  gonfalonier.  Mais  celui-ci  ayant 
bientôt  pris  plus  d'importance,  grâce  surtout  à  la  force 
armée  qu'il  commandait,  on  le  voit  déjà,  en  1295,  avant 
le  mois  de  juillet,  assimilé  aux  prieurs  pour  le  divieto 
comme  pour  tout  le  reste  \  Il  vivait  et  délibérait  avec 

'  Porgere  prieghi ,  convenirsi  in  alcuno  luogo  a  procurare  d'eleggere 
{Ordin.  di  giuit,,  Rub.  5  ;  Giudici,  p.  520-321).  —  Cette  rubrique  manque 
dans  le  texte  de  Bonaïni. 
*  Ce  mot  signiGe  défense,  du  latin  veiare  ;  italien,  tnetarCy  mâme  sens  • 
'  La  question  est  obscure.  Le  premier  texte  de  Bonaïni  dit  un  an  pour 
le  gonfalonier  ;  Fineschi  et  Giudici  deux.  Il  nous  parait  certain  que  le  chiffre 
d'un  an  est  exact,  mais  pour  un  temps  très-court.  Dans  la  loi  du  dix 
ami  1293  publiée  par  Bonaïni  (Doc.  A,  Arch,  stor,,  loc.  cit.,  p.  75)  on 
lit  que  les  prieurs  et  le  gonfalonier  auront  les  mêmes  privilèges  :  c  Salvo 
et  excepta  quod  que  in  ordinnmento  justitie  loquente  de  electione  vexilli- 
feri  continentur  circa  devetum  et  tempus  deveti  ipsius  vexilliferi..,,  •  Ces 
paroles  se  trouvent  dans  la  31*  rubrique  de  Fineschi  et  de  Giudici,  qui 
est  au  nombre  des  additions  postérieures  à  juillet  1295.  Comme  elles 
s^y  trouvent  en  contradiction  avec  leur  assertion  précédente,  il  est  proba- 
ble qu'après  Tassimilation,  Ton  oubha  d'effacer  cette  phrase  désormais 
sans  objet,  chose  peu  étonnante  dans  ces  Ordinamenta  faits  de  pièces  et  de 
morceaux.  Tout  porte  à  croire  que  Tassimilation  eut4ieu  avant  juillet  1295. 
1  ne  fallait  pas  plus  de  temps  pour  constater  que  le  chef  de  la  force  anoéç 


(An    1294)  ARMIiS  DU  GONFÂLONIËR.  379 

eux\  Pourtant  le  législateur  n'avait  pas  permis  que 
sa  voix,  en  cas  de  partage,  fit  pencher  la  balance,  car 
trop  souvent  il  eût  été  l'arbitre  unique  des  délibérations. 
Dans  ce  collège  de  sept  personnes  la  majorité  légale  était 
de  cinq  voix*. 

Un  peu  plus  tard  il  fut  enjoint  au  gonfalonier  de  se 
donner,  d'accord  avec  les  prieurs,  six  conseillers popo/am 
et  artisans  par  sestiere^  élus  comme  lui  pour  deux  mois'. 
Mais  ce  conseil  de  trente-six  membres  lui  fut  une  gène 
plutôt  qu'une  force.  Sa  force  était  dans  la  petite  armée 
dont  il  avait  le  commandement. 

Le  jour  même  où  il  entrait  en  charge,  en  l'église  de 
San  Pier  Scheraggio,  alors  qu'il  y  venait  prêter  serment 
avec  les  prieurs,  le  capitaine  du  peuple  lui  remettait  le 
gonfalon  de  justice  à  longue  croix  rouge  sur  champ 
blanc.  Cette  bannière  était  ensuite  déposée  dans  la  maison 
des  prieurs  avec  des  armures  qui  en  portaient  les  insignes, 
savoir  cent  heaumes,  cent  boucliers,  cent  lances,  vingt 
cinq  arbalètes,  réserve  des  cas  urgents,  pour  les  hommes 
du  gonfalon  qui  ne  pourraient,  faute  de  temps  ou  de 
libre  circulation  dans  les  rues,  rentrer  chez  eux  et  y 


ne  pouvait  occuper  un  rang  subalterne  dans  le  collège  dont  il  était  membre. 
Voy.  sur  ce  point  M.  P.  Villari,  hc,  cit,^  p.  459.  —  Nous  ne  voyons  pas 
que  gonfalonier  ni  prieurs  éludassent  le  divieto  ;  mais  pour  d^autres  ma- 
gistratures on  Téludait  quelquefois.  Ainsi ,  en  1295  ,  Guglielmo  des  Maggi , 
de  Brescia,  était  capitaine  du  peuple.  Comme  il  ne  pouvait  être  immédia- 
tement réélu  en  cette  qualité,  on  le  fait  potestat  et,  au  bout  des  six  mois 
de  cette  charge,  on  le  renommait  capitaine.  11  mourait  dans  Texercice  de 
ses  fonctions,  et  on  le  remplaçait  par  un  de  ses  parents,  Matteo  des  Maggi, 
qui  avait  déjà  été  capitaine  en  1281  (Paolino,  II,  49,  50). 

*  Et  cum  eis  moretur  et  comedat  et  dorraiat  prout  et  sicut  prières  mo-. 
rantar  etfaciunt  (Ord.  just.,  Rub.  4  ;  Bonaïni,  p.  47  ;  Cf.  Giudici,  p.  318). 

'  £t  valeat  et  teneat  id  quod  fiât  per  quinque  ex  eis ,  computata  persona 
vexilliferi  inter  prières  predictos.  (Ibid,) 

5  Ord.  jusL,  Rub.  35  ;  Giudici,  p.  358. 


380      ,  HILEOE  DU  GONFALONIER.  (Ah.  1S94) 

prendre  ces  mêmes  armes  dont  ils  étaient  tenus  de  se  four- 
nir à  leurs  frais.  Chaque  année,  en  février,  le  capitaine 
du  peuple,  les  prieurs  et  le  gonfalonier  faisaient  la  ckia- 
mata*  :  ils  appelaient  mille  pedoni  des  métiers,  tous 
amis  de  la  concorde  et  de  la  paix*,  qui  juraient  de  se 
rendre  auprès  de  leur  chef  au  moindre  tumulte,  sponta- 
nément et  toutes  les  fois  qu'ils  en  seraient  requis  par 
messager,  par  édit  ou  au  son  de  la  cloche. 

SufQsante  dans  les  temps  ordinaires,  cette  garde  civi- 
que pouvait  ne  plus  Télrc  aux  heures  d'agitation  et  de 
trouble.  C'est  pourquoi  le  10  avril  1295,  cinq  jours  avant 
de  cesser  d'être  prieur,  Giano  délia  Bella  faisait  lire,  dis- 
cuter, approuver  dans  tous  les  conseils  un  nouveau 
statut  qui  l'augmentait  de  mille  autres  pedoni,  de  cent 
cinquante  maçons  et  charpentiers,  de  cinquante  pionniers 
«  forts  et  gaillards,  »  armés  de  bons  pics  ^  Les  deux  mille 
pedoni  formèrent  dès  lors  vingt  compagnies,  chacune  de 
cent  hommes,  ayant  deux  bannières,  l'une  blanche  à  croix 
rouge,  comme  celle  du  gonfalonier,  mais  de  moindres 


'  Appel,  de  chiamare,  ajipeler. 

■  Ord.juil.,  Rub.  4,  De  eledione  etoftitio  vexillifen  jiulitie,  et  mille 
pedUum. 

'  150  inagJslri  de  l:ipide  et  lignamine ,  50  piconarii  fortes  el  rotnisli 
cum  bonis piconibus, — Quant  aui  1000  DOUTeauxpMfoni.Oltrarnoet  S.Pier 
Scheraggio  en  fournirenl  cbacun  400  ,  les  autres  xeEti  chacun  300  (Docii- 
lueDtapubliésparM,  Bonaioi,  i  la  suite  des  Ordinamenta  de  1393,  doc.  A). 
H.  Giudici  donne  la  date,  et  Fioeschi  le  fait,  sans  la  date.  Seulement  cca  deux 
demien,  au  lieu  de  1000  hommes  di*enl  12200.  C'eût  été  presque  toute  la 
Tille  et  le  conlado.  Si  le  fait  était  eiact,  les  chroniqueurs  en  auraient  parlé  ; 
or  Villani  (Vlll,  1)  parle  de  iOOO,  puis  2000,  puis  400Û.  Les  teiles  de  Giu- 
dici et  Fineschi  prouvent  que  cetle  Torce  année  alla  toujours  en  augnieu- 
tant,  mais  ou  y  voit  aussi  une  preuve  de  la  nécessité,  si  l'on  ne  veut  pas  taire 
d'anai^ronisme,  de  les  conrronter  constamment  avec  le  texte  primitif  de 
U.  Bonaïni  (Vo;.  i  ce  sujet  M.  P.  Villari,  iV.  Ant,  XI,  p.  465,  juil- 
let 1869). 


- 


(AN.  1294)  MILICE  DU  GONFALONIER.  581 

dimensions  \  pour  marquer  leur  commune  dépendance 
de  ce  magistrat,  l'autre,  portant  des  emblèmes  particu  liers, 
pour  les  désigner  entre  elles*.  Les  trois  ou  quatre  com- 
pagnies de  chaque  sestiere  formaient  un  groupe  qui  avait 
en  outre  un  gonfalon  commun ,  aux  emblèmes  du  sestiere*. 
Quand  ces  différents  groupes  devaient  se  réunir,  legonfa- 
lonier  se  rendait  au  lieu  de  leur  réunion,  et  assisté  de 
trois  notaires  du  capitaine,  il  condamnait  tout  absent  à 
une  amende  que  ces  notaires  enregistraient*. 

Qu'espéraient  les  Florentins  de  ce  nouveau  déploiement 
de  forces  urbaines?  Ce  n'était  pas  d'assurer  le  triomphe 


<  Ord.  digiuêi.,  Rub.  32  ;  Giudici,  p.  355,  356.  Ce  n*est  qu'un  peu  plus 
tard  qu'on  réduisit  à  50  l'unité  tactique  (Villani,  VIII,  i).  C'est  ce  que  Fau- 
riel  (I,  134)  et  H.  flillebrand  (p.  67)  appellent  les  cinquantaines,  unité 
qu'on  trouve  aussi  adoptée  par  Etienne  Marcel  pour  l'organisation  des  forces 
municipales  de  Paris  en  1357  (Voy.  notre  Etienne  Marcel,  prévôt  des  mar- 
chands  ,  p.  150,  2*  édit.  in  4*,  Paris  1874  ,  dans  la  grande  collection  de 
V Histoire  de  Paris,  publiée  par  la  préfecture  de  la  Seine).  Fauriel  a  le  tort 
de  rapporter  les  cinquantaines  à  l'année  1282  ,  et  M.  Hillebrand  celui  de 
croire  que  toute  la  bourgeoisie  fut  armée.  En  1306  seulement ,  on  porta 
les  compagnies  à  200  hommes,  ce  qui  fit  les  4000  hommes  dont  parle  Vîl- 
lani  (Vni,  1).  Voy.  Giudici,  I,  889. 

*  Les  quatre  compagnies  d'OUrarno  avaient  pour  enseignes  spéciales  : 
la  1'*  une  échelle  blanche  sur  champ  rouge  ;  la  2*  un  carré  blanc  semé  de 
coquilles  rouges  sur  champ  azur  ;  la  3*  un  fouet  noir  sur  champ  blanc  ; 
la  4*  un  dragon  vert  sur  champ  rouge.  San  Pier  Scheraggio  :  1*  une  roue 
de  char  couleur  d'or  sur  champ  azur  ;  2**  un  taureau  noir  sur  champ  d'or  ; 
3*  un  lion  noir  rampant  sur  champ  blanc  ;  4*  des  bandes  noires  et  blanches 
alternées.  Borgo  Sant'  Âpostolo  :  1*  une  vipère  verte  sur  champ  d'or  ;  2**  une 
aigle  noire  sur  champ  blanc  ;  3*  un  cheval  en  liberté  couvert  de  blanc, 
avec  croix  rouge  sur  champ  vert.  San  Pancrazio  :  1*  un  lion  rouge  rampant 
sur  champ  vert;  2*  un  lion  rouge  rampant  sur  champ  blanc;  3*  un  lion 
blanc  rampant  sur  champ  azur.  Porta  di  Duomo  :  1*  un  lion  d'or  sur  champ 
azur  ;  2*  un  dragon  vert  sur  champ  d'or  ;  3*  un  lion  azur  rampant  sur  champ 
blanc.  Porta  San  Piero  :  1*  des  roues  blanches  et  noires  ;  2*  des  clefs  rouges 
croisées  sur  champ  d'or;  3*  champ  mi-parti  rouge  et  gris.  (Osserv.  fior., 
VI,  142,  3-  éd.) 

'  Ord,  di  giust.,  Rub.  38  ;  Giudici,  p.  359. 
Ibid,,  Rub.  32,  p.  356. 


382  HIËRARCHIE  DES  ARTS.  (An.  ISM) 

du  droit,  de  la  justice  égale  pour  tous  :  la  justice,  en  ces 
temps-là,  se  faisait  représailles.  C'était  de  procurer  une 
revanche  aux  opprimés.  On  vit  donc,  chose  rare  dans 
l'histoire^  prendre  contre  les  grands  les  mesures  qu'on 
prend  d'ordinaire  contre  les  petits.  Cette  partie  sociale  des 
ordinamerUa  en  est  sans  contredit  la  plus  importante; 
mais  pour  qu'elle  fût  efGcace,  il  fallait  qu'au  préalable 
la  seigneurie  et  la  force  publique  à  ses  ordres  fussent 
constituées  vigoureusement. 

Le  premier  point  à  régler,  c'était  de  fixer,  du  haut  en 
bas  de  l'échelle,  la  hiérarchie  des  arts.  Il  ne  suffisait  pas 
d'avoir  donné  satisfaction  aux  arts  intermédiaires;  on 
devait  encore  faire  quelque  chose  pour  les  plus  infîmes, 
si  l'on  ne  voulait,  dans  la  lutte  contre  les  grands,  les  avoir 
contre  soi.  Tandis  qu'on  assignait  le  premier  rang  à  l'art 
des  juges  et  des  notaires,  honoré  par  un  peuple  de  mar- 
chands pour  son  savoir,  pour  les  services  qu'il  rendait  en 
administrant  la  justice  et  en  assistant  les  magistrats  dans 
les  affaires  du  gouvernement,  peut-être  aussi  parce  qu'il 
ne  pouvait  s'enrichir,  les  aris  mineurs  reçurent  pour  la 
première  fois  un  rang  déterminé.  Celait  leur  faire  offi- 
ciellement une  place  dans  la  société,  en  attendant  qu'on 
leur  donnât  ou  qu'ils  prissent  un  rôle  dans  TÉtat.  Depuis 
cinq  ans  déjà,  chacun  de  ces  arts,  au  nombre  de  neuf, 
avait  obtenu  le  droit  d'arborer  un  gonfalon  autour  duquel 
ses  membres  se  pussent  rassèmbler^  Nouveau  progrès, 
le  classement  hiérarchique  fut  fait  comme  suit  :  l"*  les 
cabaretiers  {vinattiei'i)  ;  2**  les  aubergistes  principaux 
(atbergatori  maggiori)  ;  3°  les  marchands  de  sel,  d'huile, 


*  Que  yexilla  habcnt  et  hiibcre  soient  a  communi  Florenlie  a  quinque 
unnis  citra  (Ord.jtuL,  Rub.  i  ;  Bonaïni,  p.  59;  Cf.  Giudici,  p.  508). 


(JlN.  1294)  CLASSIFICATION  DES  ARTS  MINEURS.  583 

de  fromage  {coloro  che  vendono  olio  e  sale  e  cascio)  ;  4**  les 
tanneurs  {arte  de'  galigai  grossi^  ou  conciatori)]  5**  les 
armuriers  {corazzai  et  spadai)  ;  6**  les  serruriers  et  for- 
gerons nouveaux  {chiavajuoli  et  ferrajuoli  mKm)\ 
T  les  charretiers  (carreggiai)  ;  8**  les  tabletiers  et  faiseurs 
de  boucliers  {scudai};  9**  les  menuisiers  ou  charpentiers 
(legnajuoli  grossi)*;  10*"  les  boulangers  {fomai). 

Il  n'est  pas  facile  d'expliquer  cette  hiérarchie  des  arts. 
On  voit  bien  qu'à  la  réserve  des  juges  et  notaires,  objet 
d'une  exception  honorable,  ils  étaient  classés  moins  d'après 
leur  utilité  journalière  que  d'après  leurs  richesses,  l'éten- 
due de  leurs  affaires  et  de  leurs  relations.  On  comprend 
mémo  à  la  rigueur  que  dans  un  pays  où  les  riches  seuls 
mangeaient  de  la  viande,  les  bouchers,  fournisseurs  des 
riches,  soient  au  premier  rang  des  arts  intermédiaires  : 
avec  leur  coutelas  en  main  et  l'habitude  de  verser  le  sang, 
ils  avaient  la  force  et  les  entiment  de  la  force;  leur  impor- 
tance sociale  est  un  fait  commun  au  moyen  âge  :  personne 
n'ignore  le  rôle  qu'ils  jouèrent  en  France  sous  le  règne 
de  Charles  YI.  Mais  pourquoi  les  boulangers  sont-ils  au 
dernier  rang  des  arts  mineurs'?  pourquoi  des  débitants. 


^  De  caliga  (d*où  Galigula)  chaussure.  U  y  avait  une  ancienne  famille  Ga- 
ligai ou  Galisgai  ;  mais  plusieurs  autres  depuis  prirent  ce  nom  de  leur  art, 
étant  très-roturières  et  sans  aucun  lien  avec  la  précédente.  —  Nous  devoMS 
ce  renseignement  à  l'inépuisable  obligeance  deM.  L.  Passerini»  dictionnaire 
vivant  pour  tout  ce  qui  touche  à  Thistoire  de  Florence. 

'  11  faut  remarquer  ici  les  legnajuoli  distingués  des  maeêtri  di  pietra  e 
legname,  architectes,  maçons  et  menuisiers. 

'  Nous  voyons  pourtant,  le  50  janvier  1282,  Bernardo  Rossi,  fomarius, 
prendre  la  parole  dans  les  conseils  du  capitaine  (Consulte,  t.  I,  quad.  C, 
p.  48).  Ce  fait  ne  peut  s'expliquer  que  d'une  manière  :  c'est  qu'il  y  avait 
des  personnages  riches  qui  possédaient  un  fonds  de  boulangerie,  sans  exer- 
cer eux-mêmes,  à  peu  près  conune  aujourd'hui  des  duchesses  sont  quelque- 
fois titulaires  de  bureaux  de  tabac.  À  plus  forte  raison  ,  probablement ,  en 
était-il  ainsi  pour  la  boucherie.  Resterait  à  savoir  si  les  valets^  les  manœa- 


S8i  LES  SYNblCS  DES  ARTS.  (Ai.  IMi) 

tels  que  le  marchand  de  vin,  l'aubei^iste,  l'épicier, 
prennent-ils  le  pas  sur  des  fnbricants  tels  que  le  lablelicr, 
le  cliarpcntier,  le  menuisier?  pourquoi  réunissait-on 
plusieurs  industries  pour  former  un  art?  Il  semble  malaisé 
de  croire  qu'il  y  eût  plus  de  banquiers  ou  de  marchands 
de  drap  que  de  serruriers,  de  charpentiers  ou  de  bou- 
langers. Les  Florentins  agissaient  sans  doute  en  vertu 
d'idées  préconçues,  qui  ne  sont  pas  toujours  les  nôtres, 
et  qui,  pourtant,  s'en  rapprochent  quelquefois.  N'y  a-t-il 
pas  dans  nos  sociétés  modernes  des  métiers  essentiel- 
lement utiles  auxquels  on  refuse  la  considération  etqu'on 
relègue  au  dernier  rang? 

Quoi  qu'il  en  soit,celte  classification  formait  la  première 
rubrique  des  ordonnances  de  justice' .  On  ne  pouvait  mieux 
marquer  de  quel  prix  paraissait  alors  une  forte,  stable  et 
complète  organisation  des  arts.  Mais  ce  qui  montre  bien 
le  but  poursuivi,  c'est  ce  qui  suit  dans  la  même  rubrique. 
Tous  les  ans,  au  mois  de  janvier,  chacun  de  ces  arts  devait 
se  donner  un  syndic,  et  ces  syndics  venaient  jurer  devant 
le  capitaine  du  peuple,  en  présence  de  ses  deux  conseils 
et  des  capitudini  des  douze  arts  majeurs,  de  faire  observer 
aux  gens  de  leur  corporation  bonne,  pure,  ûdèle  compa- 
gnie et  concorde,  de  les  maintenir  dans  l'obéissance  aux 
magistrats  et  de  prêter  à  ceux-ci  main-forte  s'il  en  était 

Très,  en  ce  cas,  suivaient  la  condilioo  de  leur  patron.  Cela  ne  lemble  guère 
probable.  —  Dans  Florence  moderue,  la  boulangerie,  par  une  Iraditioo  per- 
sisbntc,  est  encore  en  buUe  i  une  sorte  de  défaTCur. 

'  Aprte  quelques  anuées,  les  slatuU  des  arts  êtaieal  soumis  encore  Jl  une 
complète  rÛTtsion.  Le  4  avril  1300,  à  une  commistion  de  sept  membres, 
déjï  nommée  ,  on  en  adjoignait  sept  autres.  La  présidence  en  était  donnée 
il  Neri  [terri ,  car  le  règlement  des  dépenses  est  fait  ■  en  (àieur  do  Neri 
Bcrri  et  de  ses  Ireîic  compagnons.  >•  Ces  quatorze  commissaires  furent  en- 
fermés quelques  jouis  au  couvent  des  Servi.  Pour  leur  nourriture  et  leun 
écritures  on  leur  allouait  trente-deux  livres  {Promàoni,  X,  211!,  SSS  f). 


(Jl!f.  1294)  LEURS  ATTRIBUTIONS.  385 

besoin.  Toutes  les  compagnie?,  ligues,  promesses,  con- 
ventions, obligations,  serments,  tous  accords  enlve  popo- 
lani  non  prévus  par  la  loi,  contraires  ou  étrangers  aux 
constitutions  de  l'art,  étaient  annulés  et  prohibés  sévère- 
ment. L'art  où  ils  seraient  constatés  payerait  mille  livres 
d'amende  et  ses  consuls  cinq  cents,  ainsi  que  le  notaire 
qui  aurait  rédigé  l'acte.  Quiconque  l'aurait  conclu  ou  pro- 
voqué encourait  la  peine  capitale*.  Pouvait-on  mieux 
montrer  que,  sans  donner  de  droits  aux  arts  mineurs,  on 
entendait  leur  imposer  des  devoirs,  et  faire  d'eux  comme 
une  milice  de  réserve  aux  ordres  de  la  seigneurie? 

Ces  syndics,  dont  Tinslilution  s'étendit  aussitôt  à  toutes 
les  paroisses,  à  tous  les  «  peuples  du  territoire  »,  devaient 
être  élus  dans  la  ville  quinze  jours,  dans  le  contado  un 
mois  au  plus  après  la  promulgation  des  ordonnances*.  Ils 
devaient  assister  ou  suppléer  les  consuls  de  l'art  dans 
leurs  rapports  avec  la  justice,  exiger  le  payement  des 
amendes  prononcées,  prêter  main  forte  à  tout  offensé  sur 
sa  réquisition  ou  sur  celle  de  toute  autre  personne,  en 
requérir  jusqu'à  huit,  dans  leur  propre  syndicat,  pour 
les  accompagner,  ainsi  que  l'offensé,  auprès  du  poteslat 
ou  du  capitaine,  sous  peine,  en  cas  de  refus,  de  vingt-cinq 

*  Ord.jusL,  Rub.  1  ;  Bonaïni,  p.  58,  42  ;  Fineschi;  Giudici.  De  iode- 
laie  ,  unione ,  promissione  et  juramentis  ariium  in  infroicripto  ordina- 
mento  expressis.  —  Rub.  2.  Quod  promissioneSf  conventiones,  posture  et 
monopotia^  obligationes  et  juramenla  per  artes  non  fiant  vel  observentur. 

*  Ârtiûccs  ipsarum  artiuin....  debeanl  sindicos  ydoneos  et  suflQcientes, 
iaslructos  ad  onir.ia  et  singula  infrascripta  constiluere  legipiime,...  quod 
facere  teneantur  de  presenti  raense  januario  in  quo  sumus....  et  promictant 
facere  et  curare  quod  artes....racient  et  observuhunl  aliis  artibus  predictis.... 
bonam,  puram  et  ûdelein  sotietatem  et  compnsniam...,  obedient  Dominis 
Potcsiati,  Capitaneo.  Prioribus  et  VcxilUrero  ju?tilie  [Ord.  jmt.,  Rub.  \  ;  Ro- 
iiaïni,  p.  59;  Giudici,  p.  509.  Cf.  Ordin,  di  giust.,  Rub.  59;  Giiiditi. 
p.  57i). 

ii:sT.  nr.  florf.xcf.  —  ii.  2."* 


580  RIGUEURS  ÉDICTÉES  (An.  1294) 

livres  d'amende  en  ville  et  de  cent  sous  à  la  campagne*. 
Or  tout  popolano  de  dix-huit  à  soliante-dix  ans  était  in^ 
scrit  sur  les  registres  des  syndicats,  et  les  engagements 
des  syndics  restaient  consignés  sur  des  livres  que  gardaient 
par  devers  eux  les  prieurs  et  le  gonfalonier*. 

Les  capitudini  ou  consuls  des  arts  étaient  tenus,  de 
leur  côte,  d'appuyer  personnellement  les  plaintes  des 
artisans  de  leurs  corporations,  quand  un  grand  ou  un 
puissant  les  avait  molestés  ;  d'aller,  soutenus  au  besoin 
par  leurs  collègues  des  autres  arts,  «  autant  de  fois  qu'il 
serait  nécessaire,  »  devant  la  seigneurie,  le  capitaine  ou 
lepolestat'. 

Ainsi  en  mesure  d'accuser  et  de  poursuivre  les  grands, 
il  ne  restait  plus  à  la  bourgeoisie  florentine  que  de  con- 
firmer et  de  coordonner  un  grand  nombre  de  rigueurs 
précédemment  édictées  contre  eux.  Ces  rigueurs  remon- 
taient loin  :  dès  l'année  1285  ou  1286,  Pisloia,  qui 
prenait  exemple  de  Florence,  avait  déclaré  les  nobles 
inhabiles  au  gouvernement,  et  inscrit  sur  le  registre  des 
nobles  quiconque  troublait  l'ordre  public*.  Florence 
même  les  avait  exclus  du  conseil  des  cent,  des  deux 
conseils  du  capitaine,  des  milices  populaires  ;  elle  leur 
avait  interdit,  avant  de  l'interdire  aux  autres  citoyens,  le 
port  d'armes,  même  défensives,  à  moins  d'une  caution 


1  Ord,  digimt.y  Rub.  59;  Giudici,  p.  374. 

*  Ibid,,  Rub.  57,  58,  59  ;  Giudici,  p.  371-374. 

'  Teneantur  et  debeant  ad  requisitionem  et  yoluntatcm  talis  grayati  vel 
injuriati,  seu  alterius  pro  eo  predicta  pctentis  et  requirentis,  et  etiam,  si 
expedierit,  rectorcs  et  consules  omnium  ipsarum  arlium,  accedere  quando 
et  quoliens  opus  fuerit....  [Ord,  just.,  Rub.  1  ;  Bonaïni,  p.  40;  Giudici, 
p.  310.) 

*  Fioravanti,  Mem,  sior.  délia  ciltà  di  Pisloia,  c.  xvi,  p.  239.  -—  Sis- 
mondi,  III,  65. 


(An.  12y4)         CONTRE  LES  GRANDS.  387 

de  cinq  cents  livres*.  Il  n'y  cul  donc  qu'à  rendre  ces 
défenses  plus  formelles',  qu'à  aggraver  contre  les  grands 
les  peines  de  droit  commun*.  C'était  peu  de  les  avoir 
contrainte  à  se  faire  inscrire  au  registre  matricule  d'un 
des  arts  :  il  ne  leur  fut  pas  permis  d'y  devenir  consuls, 
capitudini  ou  recteurs.  Toute  élection  portant  sur  un 
grand  était  annulée,  et  l'art  qui  l'avait  faite  privé ,  pour 
deux  années,  de  chefs  élus*.  Il  n'y  avait  guère  de  fonctions 
publiques  dont  ils  ne  fussent  exclus,  et  on  les  excluait 
implicitement  des  autres,  en  stipulant  qu'il  y  fallait  être 
honnête  homme  %  car  qu'ils  pussent  mériter  ce  nom,  c'est 
ce  qu'on  n'admettait  point.  Le  registre  de  leur  classe  étail 
toujours  ouvert .  Les  popolani  mêmes  y  étaient  inscrits 
pour  vol,  homicide,  inceste,  pour  suspicion  de  les  aider 
dans  leurs  méfaits,  ou  simplement  d'adhérerà  leur  cause*. 
Contre  les  nobles  exilés  ou  fugitifs,  on  avait  d'autres 
armes.  A  les  ruiner,  à  les  tuer,  nul  n'encourait  aucune 
peine  :  ils  étaient  hors  la  loi\  Juste  châtiment  de  la 


>  Un  d  )C.  du  5  août  1294  prouve  que  ceUe  mesure  était  antérieure  (Con- 
sulte, t.  I,  p.  13  ;  Provvisioni,  n"  IV,  p.  55). 

*  La  Rub.  14  de  Bonaïni  (p.  62)  et  15  de  Gludici  (p.  556)  excluent  de 
nouveau  les  grands  du  conseil  du  capitaine. 

^  Radoppiando  le  pêne  comuni  diversamente  (Villani,  VllI,  1).  —  Item 
pro  iTiuUis  fraudis  evitandis  que  per  quamplures  magnâtes  et  nobiles  civi- 
tatis  et  comilatus  Florentic  conmictunlur  cotiJie  circa  satisdationes  et  so- 
damenla  que  per  ces  (iunt  per  formam  capituli  consliluti  corn.  Fior.  positi 
sub  rub.  De  securilatibus  prestandis  a  magnatibus  civ.  flor.  (Ord,  ju»l., 
Rub.  18  ;  Bonaïni,  p.  65,  66;  Giudici,  Rub.  17,  p.  558.) 

^  Ord.  di  gitut.f  Rub.  54  ;  Giudici,  p.  558. 

*  Probus  honio,  valente  uomo. 

^  Stat.  Flor, y  I,  429,  ap.  Cibrario,  DelV  economia  polHica^  etc.,  p.  47 
Cf.  Giudici,  I,  888. 

'  Alcuno  isbandito....  chc  quelle  cotale  cbe  offendesse....  possa  esserc 
impedito,  inquietato,  overo  gravuto  in  persona  overo  cose  [Ord.  di  giust, , 
Rub.  52  ;  Giudici,  p.  367).  —  En  1408,  il  parut  nécessaire  de  dire  ce  qu*on 
entendait  par  magnats  :  a  Qui  intelligantur  magnâtes  :....  in  quorum  do 


Ob8  bOLlDARiTÉ  ÉTABLIE  (A.x.  lâ<J4) 

guerre,  de  la  dévastation  qu'ils  portaient  dans  le  contado. 
Dans  la  ville,  la  peine  la  plus  commune  étant  toujours 
l'amende,  il  importait  d'empêcher  qu'elle  ne  devînt  illu- 
soire. On  y  réussit  en  resserrant  les  liens  de  la  solidarité 
entre  grands.  On  savait  de  longue  date  à  quoi  s'en  tenir 
sur  rexcellence  du  syslème*.  Un  vieux  statut  portait  ce 
litre  :  De  securilatibus  prxstandis  a  magnalibus  civilatis 
Florentix.  Les  familles  des  grands  y  étaient  désignées. 
Le  maximum  de  la  caution  y  était  porté  à  deux  mille 
livres,  sauf  les  cas  de  confiscation.  La  fournir  solidaire- 
ment, c'était  ce  qu'on  appelait  sodare^  un  des  mots  qui 
reviennent  le  plus  souvent  dans  la  vieille  langue  floren- 
tine. Y  contraindre  les  familles  nobles,  déjouer  toutes  les 
échappatoires  était  peut-êlre  le  nœud  de  la  question,  le 
point  capital  de  la  réforme*.  Tout  condamné,  en  effet, 
se  déclarait  insolvable',  et  il  cessait  de  l'être,  si  l'amende 
était  à  la  charge  de  toute  sa  famille.  Aussi  ne  fit-on  point 
d'exception,  même  pour  les  magistrats  qui  figuraient  au 
registre  d'un  des  arts,  car  on  savait  qu'en  général  ils 
n'exerçaient  aucun  métier.  Pour  être  affranchi  desodarCy 

mibus  ?cl  casato  sunt  vel  fuerunt  a  viginli  annis  citra,  ye\  crunt  in  postenim, 
milites  (Yoy.  Del  Luiigo,  notes  k  la  Ghron.  de  Dino  Compagni,  1.  I,  p.  36, 
n.  15). 

'  Dans  un  document  du  28  août  1286,  nous  trouvons  cette  déclaration  de 
rexpcrience  que  les  cautions  imposées  aux  grands  sont  reconnues  très-utiles 
à  réprimer  la  malice  des  méchants  (Frammenti  di  prowisioni  e  riforme, 
p.  9.  10). 

*  Che  cotale  il  quale  pecc6  e  non  sod6  ,  overo  meno  idoncamente  sod5 , 
hae  uno  figliuolo  o  piii....  e  per  la  detta  cagione  i  più  prossimani  i  quali  fos- 
sono  tenuli  per  vertude  del  detlo  ordinamento  sieno  richiesli ,  fuggono  la 
pena  la  quale  si  contiene  nel  detto  ordinamento  (Ordin.  di  gitut.,  Rub.  82» 
np.  Giudici,  p.  392  ;  65,  ap.  Fineschi). 

'  Quod  si....  essont  insuflicientcs  et  impotentes  propter  paupertatem  ad 
sscurandum  et  sa  isdandum....  ipsi  domini  priores  ,  non  obstantibus  ante- 
diclis,  possint....  delibei'are  qumtitatem....  sodare  et  salisdare  tenean- 
tur....  (Rub.  18,  Bonaini,  p.  67  ;  Cf.  Giudici,  Rub.  17,  p.  540.) 


(Vv.  1291)     DANS  LES  FAMILLES  DES  GRANDS  589 

il  fallait  être  reconnu  popolano^  et  pour  être  reconnu 
popolanOy  il  fallait  appartenir  à  une  famille  qui  en  fût 
affranchie  elle-même,  au  moins  depuis  cinq  ans.  Tout  au- 
tre issu  de  magnat  devait,  comme  les  magnats  eux-mêmes, 
fournir  sa  caution  en  février  au  plus  tard,  sons  peine  d'être 
banni,  s'il  refusait  ou  hésitait \  En  ce  cas,  les  parents  les 
plus  proches,  dans  la  ligne  masculine,  lui  étaient  substi- 
tués. S'agissait-il  d'un  crime  capital?  Si  le  coupable  se 
dérobait  au  châtiment  par  la  fuite,  la  famille  perdait  ses 
deux  mille  livres  de  caution  et  payait  encore  mille  livres 
de  supplément.  Toutefois,  lorsque  entre  gens  de  môme 
famille  il  y  avait  des  inimitiés  de  sang,  l'obligation  de 
sodare  Tun  pour  l'autre  cessait  aussitôt',  preuve  mani- 
feste que  la  loi  poursuivait  seulement  la  solidarité  des 
haines  et  des  passions'.  Faire  plus  eût  été  contraire  à  la 
civilisation  de  ce  temps  et  aux  principes  du  droit  qu'on 
enseignait*. 

Ce  qui  donnait  à  cette  législation  raisonnable  un  réel 
caractère  de  férocité,  c'est  un  grand  étalage  de  pénalités 
effrayantes  pour  réprimer  les  violences  si  fréquentes  des 
grands  contre  les  popolani.  A  tout  grand  qui  tue  ou  fait 
tuer,  qui  blesse  ou  fait  blesser  un  popolano  de  manière 
que  morl  s'en  suive,  on  coupera  la  tôle,  ainsi  qu'à  la 


*  La  Rub.  18,  ap.  Bonaïni,  p.  C7  et  les  Rub.  17,  18,  19,  ap.  Giudici, 
p.  358-543,  disent  comment  devront  être  fixées  et  même  quoi  sera  le  mon- 
tant de  CCS  cautions. 

*  Se  apparissc  inimislîi  di  morte  overo  di  fedita  intra  le  dette  parti  per  !•' 
quali  Tuno  per  raltro  è  tenuto  di  sodare  e  pagare  la  condannagione....  non 
siano  costretti  (Ord.  di  giust.^  Rub.  19,  Giudici,  p.  343). 

'  C*est  ainsi  qifil  faut  entendre  le  mot  de  Villani  :  c  L*un  consorte  eia 
tenuto  perTallro.  »  (VIII,  1.)  —  Mucliiavcl  se  trompe  donc  ou,  si  Ton  vont, 
il  manque  d'exactitude  ou  de  clarlé  quand  il  dit  :  a  Obbligaromi  i  consorli 
del  reo  alla  medesima  pena  che  qucllo.  •  (hi.  fior.,  U,  21  B  ) 

*  Voy.  V.  P.  Villari,  N.  Aniol,  t.  XI,  p.  461,  462,  juillet  1869. 


399  l'ÉNALlTËS  POUR  LES  OFFENSES  (Ah.  1294) 

personne  qui  lui  a  servi  ou  qu'il  fait  passer  pour  lui 
avoir  servi  d'instrument.  Le  meurtre  par  procuration 
étant  le  cas  le  plus  ordinaire,  les  ordonnances  de  justice 
parlent  toujours  de  «  deux  capitaines  du  méfait,  »  les 
autres  élant  considérés  comme  complices.  Les  biens  des 
«  deux  capitaines  x>  sont  détruits  ou  confisqués.  S'ils  ont 
pris  la  fuite,  on  les  condamne  de  manière  à  n'avoir  qu'à 
exécuter  la  sentence,  le  jour  où  ils  tomberaient  aux  mains 
de  la  justice.  Deux  mille  livres  d'amende  punissent  ceux 
qui  ont  aidé  à  la  perpélra(ion  du  crime ^,  mille  ceux  qui 
n'y  ont  trempé  qu'indirectement*.   Ces  sommes  sont 
prises  sur  leurs  biens  et  sur  les  cautions  fournies  par  les 
magnats*.  Ignore-t-on  quel  est  le  principal  coupable?  la 
loi  exige  qu'on  en  désigne  un,  qu'on  c<  fasse  un  capitaine,  » 
et  ce  soin  est  commis  aux  parents  de  la  victime,  à  leur 
défaut  au  capitaine  du  peuple  ou  au  po(es(at\ 

Pour  une  simple  blessure,  le  coupable  n'était  puni 
que  de  deux  mille  livres  d'amende  ;  mais  faute  de  les 
payer  dans  les  dix  jours,  on  lui  coupait  la  main  droite  ou 
le  pied,  à  son  choix.  Sa  fuite  est  prévue  :  en  pareil  cas 


*  TuUi  gli  altri  grandi  li  quali  fossono  al  detto  micidio  ed  avessono  per- 
cosso  cotale  popohno  ,  siano  condannati  in  lire  do*  milia  per  datcheduno 
(Ord.  di  gituL,  Rub.  6  ;  Giudici,  p.  322).  —  La  Rub.  5  de  Bonaïni,  qui 
correspond  à  celle-ci,  est  moins  développée,  et  ne  contient  ni  ce  détail,  ni 
plusieurs  autres. 

*  Gli  altri  grandi  li  quali  in  altro  modo  fossono  colpevoli  del  detto  mi- 
cidio. (Ibid.) 

'  Bona  devastenlur  et  destruantur  ,  et  eis  detastatis  perveniant  in  corn- 
muni  Florentie.  Et  nihilominus  fideijussores  talis  magnalis  et  malefactoris 
compellantur  soWere  illam  quantitatem  pecunic  pro  qua  fidcijufsissent  (Ord* 
just.,  Rub.  5,  Bonaïni,  p.  49,  50;  Cf.  Giudici,  Rub.  6,  p.  522). 

*  E  per  lo  detto  micidio  possa  cssere  fatto  uno  capitano  solamente  di 
quelli  che  facessono  e  uno  di  quelli  cbe  facessono  fare.  E  sia  fatto  dal  con* 
giunto  di  colui  de  Tucciso,  e  se  quelli  congiunti  non  facessero,  allora  la  po- 
destà  ovrero  il  capitano  {Ord.  di  giust,  Rub.  6  ;  Giudici,  p.  522-325). 


(ÂM.  1294)  DES  GRANDS  ENVERS  LES  POPOUNL  591 

tous  ses  biens  sont  détruits  V  Si  le  sang  a  coulé  sans  atta- 
quer le  visage,  sans  causer  de  faiblesse  à  aucun  membre*, 
Tamende  n'est  que  de  mille  livres,  mais  elle  est  de  cette 
somme  pour  chaque  blessure  ou  chaque  coup.  Si  le  sang 
n'a  pas  jailli,  cinq  cents  livres;  si  la  main  qui  a  frappé 
n'était  pas  armée,  trois  cents.  Simultanément  condamnés, 
l'auteur  et  l'instigateur  de  l'agression  sont  en  même 
temps  exclus  pour  cinq  ans  de  tout  ofGce,  bénéfice,  hon- 
neur dans  la  commune'.  Si  un  grand  occupe  injustement 
les  biens  d'un  popolanOy  s'il  l'empêche  de  percevoir  ses 
revenus,  s'il  moleste  ses  locataires,  le  délit,  établi  par  deux 
témoins,  qui  peuvent  être  le  popolano  lui-même  et  son 
subordonné*,  est  puni  de  cinq  cents  livres  chaque  fois*. 
Si  ladite  ofTense  atteint  le  gonfalonier,  un  des  prieurs, 
leur  notaire,  ou  les  pères,  fils,  petits-fils,  frères,  aïeuls, 
oncles,  cousins,  ou  autres  parents  de  ce  magistrat  du  côté 
paternel,  la  peine  est  portée  au  double \  Pour  toute  insulte 
envers  un  officier  public,  l'exil,  dont  cet  officier  même  fixe 
la  durée''.  Aucune  de  ces  sentences  n'est  susceptible  d' ap- 
pel*. C'est  que  les  ordonnances  de  justice  étaient  tenues 
pour  supérieures  à  toute  loi,  .à  tout  statut.  Aussi  ne  les 


>  Amputetur  ei  manus  dextra  lia  quod  separetur  a  brachio  (Ord,  jtut.^ 
Rub.  5,  Bonaïni,  p.  50;  Giudici,  Rub.  6,  p.  323).  —  Le  choix  entre  li 
main  ou  le  pied  se  trouTe  dans  un  Prowisione,  3  août  1294,  n*  IV^p.  57» 

*  Nec  eliam  vulnus  fuerit  illatum  in  vultu,  nec  niembri  debilitatio  inde 
fuerit  subsecuta  (Ord.jtul,  ibid.,  Bonaïni,  p.  51  ;  Giudici,  p.  324). 

'  Ihid.f  Bonaïni,  p.  52. 

^  Et  credatur  et  stetur  in  quolibet  predicCorum  casuum  sacrameuto  in- 
juriati  et  sui  laboratoris  (Ord.just,^  Rub.  6»  Bonaïni,  p.  55  ;  Cf.  Giudici, 
Rub.  9,  p.  350). 

»  Ibid. 

«  Ibid.,  Rub.  15,  Bonaïni,  p.  62  ;  Giudid,  Rub.  20,  p.  343. 

^  Ibid.,  Giudici,  Rub.  14,  p.  336. 

*  Ne  alicujus  exceptionis  sive  protelationis  obstaculum  taleat  interponi 
(Rub.  21,  Bonaïni,  p.  69  ;  Giudici,  Rub.  26,  p.  350). 


592  PROCÉDUHE  UhNTllE  LES  GKÂNUS.  (A5.  1294) 

pouvait-on  proroger,  suspendre,  allérer  sans  de  graves 
châtiments'. 

Contre  les  grands  seuls,  et  seulement  dans  leurs  rap- 
ports avec  les  po/)o/am,  était  édictée  cetle  farouche  légis- 
lation. Qu'aucun  popotano  ne  fût  mêlé  dans  l'affaire, 
qu'il  s'agît,  par  exemple,  d'une  querelle  entre  un  maître 
noble  et  son  serviteur,  entre  deux  nobles,  parents  ou  non, 
la  loi  exceptionnelle  des  ordonnances  cessait  d'être  appli- 
quée; on  en  revenait  à  la  loi  commune,  aux  anciens 
statuts*.  Ces  statuts  étaient  rigogreux  pour  tout  le  monde, 
et  les  ordonnances  l'étaient  deux  lois  plus  pour  les  grands, 
puisqu'on  y  avait,  en  général,  doublé  les  peines;  toutefois, 
s'ils  se  fussent,  comme  précédemment,  flattés  d'y  échap- 
per, à  leurs  murmures  eût  bientôt  succédé  la  résigna- 
tion ;  mais  ce  qui  les  exaspérait,  c'est  qu'on  prétendît 
empêcher  que  la  loi  ne  fût,  comme  auparavant,  lettre 
morte.  Par  là  surtout  les  mesures  prises  contre  cette 
haulaine  et  tumultueuse  aristocratie  prenaient  un  ca- 
ractère original  et  nouveau. 

Tout  crime  ou  délit  doit  être  dénoncé,  et  c'est  à  peine 
si  le  dénonciateur  a  des  preuves  à  fournir;  le  jugement 
est  sommaire,  sans  aucune  des  formalités,  des  lenteurs 
protectrices  dont  la  justice  moderne  aime  à  s'entourer. 
L'offensé  a  trois  jours  pour  déclarer  l'offense,  s'il  Ta  souf- 
ferte en  ville;  dix,  si  c'est  au  dehors.  Ses  proches,  ses 
serviteurs,  à  défaut  de  lui,  ont  la  même  obligation,  sous 
peine  d'amende".  Tout  popotano  qui  nie  faussement  avoir 

*  Provisum....  quod  omnia  et  singula  predicla  ordinamenta  et  provisiones 
debeant  observari  et  prevaleant  omnibus  aliis  stalutis  (Rub.  22,  Bonaïni, 
p.  70). 

*  Rimangauo  a  la  ragione  comune  ed  agli  statut!  de!  comunc  (Ordin,  ai 
giuii.,  Rub.  7,  Giudici,  p.  329). 

'  Ord,  iust,,  Rub.  8,  Bonaïni,  p.  56;  Giudici,  Rub.  12,  p.  354. 


(An.  i!294)  DÉNOiNCIÂTlONS  ET  TËNALITÊS.  593 

été  témoin  du  fait  incriminé,  est  puni  de  deux  cents  livres, 
et  même  de  l'exil,  s'il  ne  comparait  points  II  fallait  com- 
battre l'habitude  de  se  taire,  naturel  effet  de  la  terreur 
chez  les  faibles.  Comme  preuve  on  admet  le  serment  de 
l'offensé,  ou,  s'il  est  mort,  de  son  plus  proche  parent, 
et  même  l'afGrmation  de  deux  témoins  qui  attestent,  non 
le  fait,  qu'ils  n'ont  pas  vu  de  leurs  yeux,  mais  le  bruit 
public,  guide  peu  sûr  en  ces  temps  de  pnssion*.  Le  capi- 
taine et  le  polestat  étaient  autorisés,  en  outre,  à  entretenir 
des  espions  ou  dénonciateurs  secrets.  A  la  porte  de  ces 
deux  officiers,  en  un  lieu  public  et  ouvert,  on  établit 
même  deux  boîtes  ou  tambiiri  où  le  premier  venu  pouvait 
déposer  toute  dénonciation  relative  aux  pratiques  des  con- 
damnés pour  faire  VaccattOj  c'est-à-dire  pour  recevoir 
d'autrui  le  montant  des  amendes  à  payer'.  Déjà  cet  expé- 
dient qui  divisait  la  somme  par  fractions  presque  infîni- 
tésimnles  et  rendait  la  peine  illusoire,  était  puni  de  cinq 
cents  livres  pour  le  condamné  qui  recherchait  Vaccatto, 
de  cent  pour  les  amis  qui  lui  donnaient  l'argent  ou  le 
recueillaient  pour  lui*.  Les  tamburi  facilitèrent  la  con- 
naissance de  ce  délit;  mais  la  loi  ne  put  empêcher  qu'on 
n'y  glissât  d'autres  dénonciations  plus  graves.  Insensible- 
ment les  magistrats  prirent  l'habitude  d'en  tenir  compte. 


<  Ord.  di  giust.j  Rub.  49,  Gîudici,  p.  565. 

*  Suffîciat  probatio  per  publicam  fainam  (Ord.  just.,  Rub.  9,  Bonaini, 
p.  57  ;  Giudici,  Rub.  16,  p.  337).  —  Cf.  Villani  :  f  E  si  polessono  provare 
i  malefici  perdue  testimoni  di  publica  boce  c  fama.  •  (VIU,  1.) 

'  Petere  vel  peti  facere  ab  aliquo  cive  vel  camitatino  Florentie  aliquam 
pecuniam  vel  aliquod  accattum  pro  ipsa  condempnatione....  Et  fiant  duo 
tambura....  in  quibus  sit  licitum  cuilibet  micterc  cedulam  continentem  illos 
taies  qui  fecerunt  contra  predicta....  Et  si  alie  cedule  de  aliis  factis  in  die- 
tis  tamburis  raicterentur,  pro  nichilo  babeantur  (Or(/.  digiust.,  p.  57,  58  ; 
Giudici,  p.  357,  338). 

-*  Jbid. 


394  EXÉCUTION  DES  SË^T£^CES  RENDUES         (An.  1294) 

et  ainsi  encouragée,  se  propagea  dans  les  mœurs  la  hideuse 
délation. 

A  peine  la  faute  était-elle  connue,  qu'elle  recevait  son 
châtiment.  Le  potestat  devait  rendre  sa  sentence  dans  les 
cinq  jours,  sinon  il  perdait  cinq  cents  livres  de  son  salaire, 
ou,  suivant  le  cas ,  était  privé  de  ses  fonctions  ^  En  son 
lieu  et  place  le  capitaine  du  peuple  devait  alors  instruire, 
juger  et  condamner.  Si  lui-même  n'avait  pas  accompli  son 
devoir,  le  potestat  se  trouvait  chargé  de  l'afTaire,  car  ils 
devaient  en  toute  occasion  se  contrôler  Tun  l'autre,  et  par 
rivalité  naturelle  c'est  en  conscience,  d'ordinaire,  qu'ils 
le  faisaient*.  S'agissait-il  d'un  crime  ou  délit  commis  hors 
de  la  ville,  sur  le  territoire,  le  potestat  de  la  localité  était 
par  eux  mis  en  demeure  de  poursuivre  nuit  et  jour'. 

Venait  enfin  l'heure  de  l'exécution.  Saisi  par  une 
dénonciation  secrète  dans  les  tamburi  ou  par  une  démar- 
che publique  des  syndics  de  quartier,  lui  amenant  soit 
ToiTensé,  soit  un  de  ses  proches,  qu'ils  protégeaient  contre 
ses  propres  défaillances,  non  moins  que  contre  ses  enne- 
mis, le  gonfalonier  suspendait  à  une  fenêtre  du  palais  le 
gonFalon  de  justice,  et  faisait  sonner  par  trois  fois  la 
campana  a  martello^  ou  tocsin  \  Aux  premiers  coups, 


1 


Et  in  predictis  omnibus  et  singulis  dominus  potestas  habeat  libenim 
arbitrium  inquirendi ,  et  teneatur  ipsa  malleficia  infesligare  et  condemp- 
nare  infra  quintum  diem  post  commissum  malleficium  et  pofitqnam  denun- 
tiatum  ei  fuerit  vel  ad  ejus  nolitiam  penrenerit.  Quod  si  non  faceret,  cadat 
et  priyatus  sit  a  regimine  sue  potestarie.  Âlia  Teromaleficia....  infira  octo 
dies....  Quod  si  non  faceret,  perdat  de  suo  salarie  libras  500  (Ord.  juit., 
Rub.  5,  Bonaïni,  p.  52  ;  Giudici,  Rub.  6,  p.  525-526.) 

»  Ibid. 

>  5  août  1294.  Prowisioni,  approbation  de  divers  Ordinamenia,  n*  IV, 
p.  57. 

*  Ex  quo  malleficio  mors  sequatur,  vel  faciei  Tituperatio  ex  enormi  tuI^ 
nere,  seu  membri  abscissio,  ita  quod  ipsum  membrum  a  rcliquo  corpore  9^ 
paretur....  D.  Potestas  teneatur....  de  conscientia  Vexilliferi  justitie,  ùicere 


(Ah.  1294)  PAR  LE  GONFALONIER  DE  JUSTICE.  395 

tandis  qu'il  délibérait  avec  ses  conseillers  et  d'autres 
sages  sur  le  nombre  d'hommes  qu'il  emmènerait,  sur  les 
postes  qu'il  occuperait,  sur  les  cas,  les  lieux,  l'ordre  de 
la  retraite  \  tous  ses  pedoni  se  hâtaient  de  s'armer,  de 
manger  et  de  boire*.  Quand  sonnait  pour  la  seconde  fois 
la  cloche,  ils  devaient,  sous  peine  de  vingt  sous  d'amende, 
être  réunis  auprès  de  leurs  porte-bannières  respectifs.  A 
la  troisième,  ils  étaient  tenus  de  se  trouver  à  la  maison 
des  prieurs,  et  leurs  banderai^  qui  les  y  avaient  conduits, 
de  remettre  au  capitaine  la  liste  des  absents,  faute  de 
quoi,  ils  payaient  cent  sous  d'amende'.  Le  gonfalonier 
déclarait  alors  quel  nombre  d'hommes  il  entendait  em- 
mener dans  son  expédition.  Le  minimum  en  était,  d'après 
les  ordonnances,  de  vingt  berrovieri  des  prieurs  avec 
heaumes,  boucliers  et  autres  grosses  armes,  vingt  des 
meilleurs  arbalétriers,  vingt  des  meilleurs  pedoni  armés 
de  lances.  Tout  était  prévu  :  la  longueur  des  lances,  qui 
était  de  dix  pieds  au  moins;  le  nombre  d'hommes  de 
chaque  corps  que  devait  fournir  chaque  sestiere^  savoir  : 
Oltrarno  et  San  Pier  Scheraggio  quatre,  les  autres  trois; 
enfin  l'ordre  de  marche  des  quartiers  \  Aucun  grand, 
dès  que  sonnait  la  cloche,  ne  devait,  sous  peine  de  cinq 
cents  livres,  se  trouver  à  la  maison  du  coupable,  ni  sur 


pulsare  ad  martellum  campanam  suam,...  et  m.  pedites  electi  armati  cou- 
currant  et  ire  sine  mora  festinent  ad  domum  dicti  Yezilliferi.  Et  inconti- 
nenti  ipse  vexilUfer  justitiœ,  una  cum  predictis  pedilibus  armatus  et  cum 
yexillo  justitie,  ad  domum  D.  Potestatis  vadat  (Ord.jusL,  Bonaïoi,  Rub.  5, 
p.  &3,  54). 

*  Ord.  digitut,  Rub.  64,  Giudicî,  p.  378. 

«  Ibid.,  Rub.  69,  70,  p.  381. 

'  Ibid.,  Rub.  69,  p.  381. 

^  Cet  ordre  était  le  suifant  :  Oltrarno,  San  Pier  Scheraggio,  Borgo,  Porla 
San  Brancazio,  Porta  del  Duomo,  Porta  San  Piero. 


39u  EXPÉDITIONS  DU  GONFÂLONIER  (âh.  1294 

les  lieux  où  clail  le  gonfulonier;  sous  peine  de  mille, 
se  réunir  à  ceux  de  sa  casle,  en  un  endroit  public  ou 
même  privé*.  Le  gonfalonier  déterminait  avec  le  «  juge 
des  méfaits  d  ce  qu'on  devait  détruire  des  biens  du  con- 
damné*, afin  de  ne  pas  retenir  ses  hommes  loin  de  leurs 
affaires  plus  longtemps  qu'il  ne  convenait'.  C'est  seule- 
ment dans  les  cas  sans  gravité  qu'on  laissait  au  coupable 
iix  jours  pour  payer  intégralement  l'amende,  avant  de 
procurer  la  destruction  de  ses  biens*. 

L'expédilion  se  mettait  alors  en  marche.  Chaque  ban- 
deraio  était  précédé  de  quatre  hommes  de  chaque  arme. 
Avant  ou  après  la  bannière  des  arbalétriers,  au  gré  du 
gonfalonier  de  justice,  venait  son  redoutable  gonfalon*. 
Sur  le  lieu  de  l'exécution,  les  groupes  se  reformaient,  les 
hommes  de  chaque  arme  se  réunissaient  sous  leurs  ban- 
nières respectives*.  Aucun  d'eux  n'y  devait  manger  ou 
boire,  par  crainte  de  désordre,  de  tumulte  et  de  querelles^ 
Personne  ne  pouvait  se  mêler  à  eux.  Quiconque  contre- 
venait à  cette  défense,  était  saisi  par  les  bcrrovieri  et 
conduit  aussitôt  au  palais  du  potestat^  Ce  magistrat, 


*  Ord.  di  giust.,  Rub.  47,  Giudici,  p.  365,  364. 

*  Nuus  avons  dcjh  dit  que  rarement  les  destructions  étaient  complètes. 
On  voil  dans  les  chroniqueurs  que  les  coupables  obtinrent  quelquefois  des  in- 
demnités, parce  que  la  démolition  avait  été  poussée  trop  loin  (Voy. 
M.  P.  ViUari.  N.  AnioL,  loc.  cit.,  p.  463). 

^  Si  che  per  quella  cagione  dimoranza  più  lunga  che  si  convenga  non  fac- 
ciano  i  podoni  de  la  giustizia  (Ord.  di  giust,,  Rub.  74,  Giudici,  p.  382). 

^  Nisi  infra  decem  dies  predictos  dicta  condempnatio  fuerit  commun  i 
Flor.  mtegraliter  eisoluta  (Ord,  just.,  Rub.  5,  Bonaïoi,  p.  54;  Giudici, 
p.  328). 

»  Ibid.,  Rub.  65,  66,  Giudici,  p.  379. 

« /frid.,  Rub.  67,  Giudici,  p.  5>^0. 

^  Acciô  che  quelli  pedoni  senza  zuffa  e  romore  vadano  e  torniao  e  sleano 
(Ibid.,  Rub.  70,  p.  381). 

»  Ibid.,  Rub.  72,  Giudici.  p.  382. 


(ÂH.  1*294)  CONTRE  LES  GRANDS  CONDAMNÉS.  397 

quoique  ne  prenant  point  part,  personnellement,  à  l'ex* 
pédition,  n'y  restait  pas  étranger.  Il  y  était  représenté  par 
six  de  ses  juges,  six  notaires,  douze  berrovieri^  c'est-à-dire 
un  juge,  un  notaire  et  un  berroviere  par  sestOj  pour 
prendre  note  de  ceux  qui  ne  se  présentaient  pas  ou  qui 
se  comportaient  mal,  empêcher  les  départs  isolés  avant 
l'ordre,  contraindre  les  délinquants  à  l'obéissance,  ou 
les  remettre  à  l'autorité  judiciaire*.  Le  gonfalonier  n'en 
conservait  pas  moins,  durant  l'expédition  et  sur  tous 
ceux  qui  en  faisaient  partie,  une  autorité  presque  dictato- 
riale*. Sur  son  refus  de  partir,  il  était  suppléé  par  le 
potestat  ou  par  le  capitaine.  Si  la  crainte,  la  corruption 
ou  quelque  autre  motif  les  détournait  tous  les  trois  de 
leur  odice,  aussitôt  toutes  les  boutiques  devaient  se  fermer, 
tout  travail  être  suspendu,  tout  artisan,  sous  peine  de 
vingt-cinq  livres,  prendre  les  armes,  tous  les  juges  civils 
s'abstenir  de  paraître  à  leur  tribunal,  jusqu'à  ce  que  la 
loi  eût  reçu  pleine  satisfaction'.  Bientôt  même,  quand  on 
vit  s'organiser  contre  les  mesures  nouvelles  la  résistance 
des  grands,  on  en  vint  à  ordonner  cette  suspension  de 
toutes  les  fonctions  sociales,  dès  que  les  sinistres  sons  de 
la  cloche  appelaient  aux  armes  les  hommes  du  gonfa- 
lonier*. 


1  Ordin,  di  giutt,,  Rub.  75,  Giudici,  p.  383. 

*  Possa  fare  comandamenti  e  pêne  e  bandi  imporre  si  a  banderai  corne 
iigli  altri  pedoni  (Ibid.,  Rub.  77,  p.  384). 

s  Et  si  dicla  maleficia  punita  non  fuerint  par  D.  Potestatem,  apotece  om- 
nes  artiGcum  stare  et  teneri  debeant  clause.  Et  quod  intérim  nullura  labo- 
reriumûat,  sed  ipsi  artifices  armati  et  muniti  stent  et  permaneant,  donec 
predicta  omnia  efTeclui  demandentur  sub  pena  1.  25  (Ord.just,,  Rub.  5, 
Bonaïni,  p.  52»  Rub.  6,  Giudici,  p.  326).  I  giudici  aile  civili  non  seggano 
a  rendere  r.igione  (Rub.  75»  Giudici,  p.  383). 

*  Ord,  di  giust.y  Rub.  40,  Giudici.  p.  362,  et  les  statuts  de  Pise,  §  18, 
{.ubliés  par  M.  Bonaïni  (Statuti  inedlti  delà  cilià  di  Pim,  t.  U,  Fie:-.,  1 STU, 


598  STABIUTÉ  ASSURÉE  (kn,  1994) 

Telles  sont  ces  terribles  ordonnances  de  justice  doni 
parlent  tous  les  chroniqueurs  et  qu'ils  nous  font  si  mal 
connatire.  L'humanité  en  parait  absente,  mais  elle  l'était 
tout  autant  des  statuts  calqués  sur  ceux  de  Florence  ou 
s'inspirant  du  même  esprit*.  La  crainte  élait  le  ressorl 
des  gouvernemcnfs  italiens.  Quiconque  y  voulut  renoncer 
se  perdit,  tomba  dans  la  servitude  des  républiques  prin- 
cières  ou  des  principautés  absolues.  Venise  ne  resta  si 
longtemps  prospère  que  parce  qu'elle  reconnut  dans  la 
terreur  la  source  de  sa  force  et  qu'elle  n'eut  garde  d'y 
renoncer*.  Maîtresse  pour  la  première  fois,  quels  moyens 
de  gouvernement  la  bourgeoisie  florentine  pouvait-elle 
employer  et  même  connaître ,  sinon  ceux  dont  elle  avail 
souffert  si  longtemps?  De  même  que  le  popolo  vecchiOj 
composé  de  grands  et  depopolani  grassiy  avait,  en  1282, 
fait  contre  les  gibelins  une  loi  de  suspects,  de  même, 
en  1293,  le  popolo  nuovo  en  faisait  une  contre  le  popolo 
vecchio^  ou,  pour  mieux  dire,  contre  les  grands,  qui  en 
étaient  l'àme  et  le  nerf.  Nulle  effusion  de  sang  à  ces  deux 


in  V.  Le  l.  III  a  été  publié  anlérieu rement  au  t.  H).  —  Nous  avons  cru 
pouvoir  joindre  aux  premiers  Ordinamenta,  tels  qu'ils  résultent  de  la  con- 
cordance entre  les  divers  textes  diverses  rubriques  additionnelles  sur  Tordre 
que  devait  suivre  le  gonfalonier  dans  ses  expéditions.  Elles  furent  débattues 
à  partir  du  31  mars  1295,  et  adoptées  le  7  avril  suivant  (Yoy.  Provvisioni, 
n-  V,  p.  73  V*). 

*  On  peut  voir  ceux  de  Pise,  dont  il  est  question  dans  la  note  précé- 
dente, sans  compter  ceux  de  Lucques  dont  nous  avons  déjà  parlé.  Le  légis- 
lateur pisan  est  même  plus  féroce  :  Se  lo  Ggliuolo  u  vero  11  figlinoli  del 
delinquente  avère  non  polrô,  puniroe  lo  padre  del  delinqucnte,  cosi  in  per- 
sona  corne  in  avère ,  ad  mio  arbitrio...  Li  loro  béni  siano  distructi  sicchè 
poi  non  si  rifacciano ,  né  rifare  li  permettero ,  nô  abitare  u  lavorare  u  ven- 
dere  u  alienarc  (S  12).  Che  nullo  nobile  possa  rendare  testimonianza 
(S  162). 

s  M.  Edg.  Quinet  a  très-bien  mis  cette  vérité  en  lumière  (Révolutions 
d'Italie,  II,  3-UV 


(Ail.  1294)  AUX  ORDONNANCES  DE  JUSTICE.  599 

dales  :  c'est  rhonneur  commun  des  deux  partis.  Le  pri- 
vilège de  la  bourgeoisie  fut  d'assurer  la  durée  à  sa  vic- 
toire. Convaincue  qu'en  négligeant  a  les  solennelles  sub- 
tilités du  droit,  »  elle  restait  a  dans  la  justice  et  la  vérité^,  » 
elle  eut  le  mérite  rare  de  bien  savoir  ce  qu'elle  voulait  et 
de  le  vouloir  fortement.  Tous  les  actes  des  conseils  en  ce 
temps-là  montrent  dans  leurs  idées  une  suite  et  une 
rancune  dont  rien  ne  les  put  détourner*.  Les  ordonnances, 
les  provisions  nouvelles  furent  placées  sur  des  tables,  dans 
le  palais  des  prieurs,  non  loin  du  lieu  où  ils  siégeaient'. 
Ainsi  personne  n'avait  Je  droit  d'exciper  de  son  ignorance  ; 
nul  n'était  censé  ignorer  la  loi.  Les  noms  et  prénoms  des 
bannis,  leurs  crimes  et  condamnations  furent  inscrits  sur 
un  registre  relié,  séparé  de  tout  autre,  attaché  avec  des 
chaînes  de  fer  et  qui  contenait  toutes  les  sentences  rendues 


^  Cum  ad  honorem  el  exalta iionem  Floreniini  populi  et  ad  conseryationem 
fclicis  status  ejusdem  populi  et  commuais  florentini  pertinero  et  spectare 
noscntur  quod  quesliones  mote  seu  movende  contra  magnâtes  et  potentes 
cifitalis  et  cômitatus  Florentie  summarie  el  sine  slrepitu  et  ûgura  juditii,  et 
potius  sequendo  veritattin  et  equitatem  quam  sequendo  fonnam  et  solemp- 
nitatem  slricti  juris  et  cavillationum  et  exceptionum  cl  defensionum  que  in 
queslionibus  opponi  et  uti  soient....  (21  juin  1294.  Provvisionu  n*  IV» 
p.  20). 

'  Voj.  diverses  provisions  :  défense  de  recevoir  en  témoignage  les  parents 
d'un  magnat  (26  juin  1294,  Provvitionij  n*  IV,  p.  22).  Les  magnats 
condamnés  depuis  le  18  janvier  1292,  seront  exclus  de  la  chance  d'être 
parmi  les  prisonniers  offerts  à  saint  Jean  ou  à  la  Madone  ,  c'est-à-dire  ren- 
dus k  la  liberté  (21  juillet  1294,  n*IV,  p.  45).  Si  la  condamnation  dépasse  la 
somme  donnée  en  garantie ,  le  surplus  devra  être  exigé  des  plus  proches 
parents.  Un  magnat  dont  la  caution  est  moindre  de  500  1.  ne  pourra  por- 
ter d'armes  défensives  (5  août  1294,  n*  IV,  p.  55).  Le  même  jour,  on  ap- 
prouvait les  Ordinamenta  contre  les  condamnés  et  bannis  ,  la  récompense 
de  1000  florins  à  quiconque  en  remettait  un  aux  mains  de  la  justice. 
([bid.) 

>  Vof.  ProwUiom,  X,  6.  Cette  provision  est  datée  du  6  avril  1290, 
mais  elle  constate  un  usage  antérieur. 


400  RÉVISION  DES  ORDONNANCES.  (An.  1294) 

depuis  l'anncc  1280,  du  temps  que  Pielro  des  Stefanes- 
chi,  de  Rome,  était  poleslat*. 

D'ailleurs,  loin  d'être  immuables,  les  ordonnances  de 
justice  étaient,  comme  les  autres  statuts,  la  mobilité  même. 
La  porte  restait  ouverte  aux  révisions  plus  ou  moins  par- 
tielles que  le  capitaine  du  peuple  estimait  nécessaires  et 
qu'il  soumettait  ou  faisait  soumettre  par  son  juge  au 
conseil  des  cent,  puis  à  ses  deux  propres  conseils. 
Le  9  décembre  1294,  on  révisait  les  statuts  du  potestat 
et  du  capitaine,  pour  les  mettre  en  harmonie  avec  la 
législation  nouvelle,  car  ils  étaient  jugés  ce  en  grand  nom- 
bre superflus  et  obscurs,  contraires  ou  semblables,  d'où 
résultaient  beaucoup  de  lenteurs  dommageables  à  la  com- 
mune et  aux  particuliers,  surtout  aux  pauvres  et  aux 
impuissants,  beaucoup  de  plaintes  dont  la  clameur  s'aug- 
mentait chaque  jour*.  »  On  se  proposait  donc  «  de  les 
réduire  à  un  moindre  volume,  de  les  rendre  clairs  et  in- 
telligibles, de  les  classer  surtout  par  ordre  de  raatières^  » 
On  y  réussit  peu,  nous  le  voyons  par  le  désordre  où  sont 

^  3  août  1394.  Provvisioni,  n"  IV,  p.  57.  La  date  de  ce  |)oteslat  n*cst 
pas  donnée  par  le  document  ;  mais  on  la  trouve  dans  la  liste  des  Officiales 
forenses, 

*  Cum  multa  capitula  reperiantur  et  sint  in  capitulis  dominorum  potes- 
tatis  et  capitanei  et  defcnsoris ,  quorum  aliqua  imo  multa  supcrflua  s>unt , 
quedam  obscura,  quedam  contraria,  quedam  similia,  propter  que  varietates 
et  ambiguitates  emei^gunt  quotidîe  in  questionibus  et  offitiis,  ex  quibus  pro- 
veniunt  comuni  et  spelialibus  personis  et  maxime  pauperibus  et  impoten- 
tibus  perîcula  et  dampna,  et  eliam  questiones  de  facili  decidi  non  possunt, 
immo  ex  una  questione  plures  resurgurit  et  questiones  terminari  non  pos- 
sunt,  imo  in  infmitum  extenduntur  (ProvvUioni^  n*IV,  p.  150).  —  Ce  texte 
a  été  public  parmi  les  documents  relatifs  à  Dino  Gompagni  dans  VArch. 
8lor„  5*  série,  1872,  t.  XVI,  4*  disp.,  p.  19-20. 

>  l't  dicta  htatuta  ad  consonnntiam  redigantur,  et  muUitudo  eorum  super- 
(lua  toUatur,  et  in  minori  volumine  et  clara  et  aperta  sint,  et  similia  et  de 
cadem  re  et  muleria  loquentia  eodem  loco  et  in  eodem  confinio  ponantur 
secundum  debitmu  ordinem,  ut  facilius  patere  possint  ea  investigare  volen- 
ihiis,  quod  hucusque  faclum  non  extitit.  (Ibid.) 


(Ak.  1294)  EFFORTS  POUR  ASSURER  LA  PAIX.  401 

encore  les  textes  après  ces  remaniements.  Les  contempo- 
rains eux-mômes  n'en  devaient  pas  êlre  satisfaits,  car  ils 
s'y  reprirent  à  plusieurs  fois*. 

D'une  condition  encore  dépendait  l'exécution  et  l'avenir 
des  ordonnances  :  il  fallait  assurer  la  paix  au  dehors*.  La 
guerre,  en  effet,  n'eût  pas  seulement  détourné  l'attention 
des  réformes  intérieures;  elle  eût  permis  aux  nobles  de 
se  croire,  de  se  rendre  indispensables  et  de  mettre  à  prix 
leur  concours.  Des  concessions  arrachées  ils  auraient 
profilé  hardiment  pour  redevenir  maîtres  de  Florence 
et  pour  tendre  la  main  aux  ennemis.  Cette  nécessité  de  la 
paix  était  vivement  sentie;  elle  donnait  lieu  à  d'assidues 
négociations,  qui  s'étendaient  au  loin  jusqu'à  Venise,  où 
les  marchands  florentins  souhaitaient  de  ne  rencontrer  ni 
hostilités  ni  embarras'.  Elles  étaient  surtout  actives  avec 
les  diverses  communautés  de  Toscane.  Le  29  juin  1293, 
les  prieurs,  réunis  «  dans  la  maison  des  Cerchi  avec  beau- 
coup de  grands  et  de  popolani^  »  examinaient  un  traité 
entre  la  ligue  toscane,  la  commune  de  Pise  et  les  exilés, 
dont  Lucques  leur  soumettait  les  basesV  Le  12  juillet  sui- 


*  Notamment  dès  le  30  mars  1295.  Provvisioni,  n*  V,  p.  73,  79  V.  Ces 
délibérations  prennent  du  31  mars  au  7  avril. 

*  Per  fortificare  lo  stato  del  popolo  e  indebolire  il  podere  de'  grandi,  i 
quali  moite  vol  te  accrescono  e  vivono  délie  guerre,...  assentirono  alla  pace 
(Vaiani,  Vin,  2). 

s  Lettres  de  la  commune  de  Florence  au  doge  et  à  la  commune  de  Ye^ 
nise,  8  janvier  1293  (Archivio  di  Yenezia,  AUi  diplomatici,  1'  série). 
En  1295 ,  on  trouve  dans  ces  mêmes  archives  un  registre  de  lettres  et  am- 
bassades de  Florence  à  Yenise  et  réciproquement,  Galli  de  Spolète  étant  po- 
testât  à  Yenise  (Ibid.,  n*  34  À).  De  1287  à  1292,  on  ne  rencontre  que  neuf 
documents  où  Florence  soit  intéressée.  Ils  ont  trait  à  des  affaires  privées 
de  marchands. 

^  Intcr  quos  fuerunt  milites  et  populares  in  magna  quantitate  in  domo 
Circlorum....  Super  tractatu  pacis  facto  per  Franciscum  de  ordine  S.  Âugus- 
tini  priorem  provincialem  et  per  docem  sapientcs  comunis  Luce  ad  hoc  per 

HIST.   DB  FLOREHCB.   —  n.  26 


402  LES  VILLES  TOSCANES  (An.  1:294) 

vant,  cette  paix  était  conclue^  Pise  promettait  de  détruire 
le  château  de  Pontedera,  d'accorder  franchise  des  gabelles 
à  tous  les  membres  de  la  ligue,  de  restituer  leurs  biens  à 
Nino  Visconti  et  aux  autres  exilés,  de  choisir,  durant 
quelques  années,  son  potestat  dans  les  villes  du  territoire 
de  Florence,  ou  tout  au  moins  des  autres  villes  de  la  con- 
fédération*. C'était  implicitement  congédier  Guido  de 
Montefeltro.  Blessé  dans  son  orgueil,  mais  impuissant  à 
se  venger,  quoiqu'il  prétendît  le  pouvoir  faire,  le  vieux 
renard  se  bornait  à  réclamer  ses  gages,  et  les  gibelins 
pisans,  la  mort  dans  le  cœur,  l'accompagnaient  à  plu- 
sieurs milles,  avec  les  plus  vifs  témoignages  de  tendresse 
et  d'estime'.  De  son  côté,  le  trop  célèbre  juge  de  Gallura 
se  retirait  dans  ses  domaines  de  Sardaigne,  s'y  faisait 
recevoir  citoyen  de  Gênes,  et,  avec  les  Génois,  continuait 
de  nuire  à  sa  patrie,  qui  continuait  de  l'exécrer*.  Même 
rouverte  aux  guelfes,  Pise  vomissait  de  son  sein  le  chef 
des  guelfes;  elle  oubliait  qu'il  avait  combattu  le  comte 
Ugolino,  pour  se  souvenir  seulement  qu'il  était  son  petit- 
Cls. 

Quand  Pise  se  soumettait,  quand  Sienne  restait  une 
fidèle  alliée,  qui  donc  en  Toscane  aurait  pu  résister  à 


comune  Luce  deputatos  (Doc.  publié  par  M.  Paoli,  ap.  Àrch,  itor.,  3*  série, 
1874,  t.  XIX,  1*  dispensa,  p.  51).  Ainsi,  même  en  ce  moment  de  crise,  il 
n'eut  pas  semblé  possible  d'exclure  les  nobles  des  délibérations  relatifes  aux 
questions  extérieures  et  militaires. 
«  Capt7o/i,  XXX,  n»  41,(^35  r\ 

*  Le  5  juillet,  Guido  de  Montefeltro,  potestat  de  Pise,  avait  reçu  balia  de 
conclure  ce  traité.  Le  8  juillet ,  des  syndics  étaient  nonmiés  des  deux  parts 
et  se  rendaient  en  congrès  à  Fucecchio  (Ibid,^  n*  41,  f**  38  r,  39  v*, 
et  n*  44,  f-  113,  115»  118;  ViUani,  VIU,  2;  Tronci,  p.  276  ;  Nuratori, 
Ann.dltaL,  \i9Z). 

»  Ibid, 

*  Arch,  stor.,  auoYa  série,  part  I,  p.  3^. 


(Ah.  1294)  EN  PAIX  AVEC  FLORENCE.  405 

Florence?  Arezzo  elle-même  cède  au  destin,  elle  offre  son 
amitié,  elle  ouvre  la  route  d'Orvieto,  de  Pérouse  et  de 
Rome.  La  forte  Poggibonzi  s'engage  à  payer  un  tribut*. 
Si  les  comtes  Guidi,  les  Ubaldini  et  d'autres  seigneurs 
féodaux  tiennent  encore  dans  le  Mugello,  il  suffît  d'une 
expédition  conduite  par  Garruècio  del  Verre,  «  habile  et 
loyal  popolano  d'Ollrarno,  »  pour  reprendre  les  biens 
qu'ils  avaient  jadis  enlevés  à  Florence,  ou  sur  lesquels 
Florence  prétendait  un  droit  de  suzeraineté.  On  en  for- 
mait aussitôt  une  masse,  sous  Tadministration  d'un  capi- 
taine spécial,  pris  dans  les  rangs  des  popo/ani*.  Aucune 
indépendance  n'était  plus  tolérée  chez  les  voisins.  Sans  être 
rebelle,  Prato  se  croyait  libre  encore  de  faire  respecler 
son  droit  d'asile  :  elle  refusait  de  rendre  un  meurtrier. 
Elle  le  rendra  pourtant  dans  les  trois  jours,  ou  elle 
payera  dix  mille  livres  d'amende,  telle  est  l'altemalive 
qui  lui  est  laissée.  Comme  elle  tente  encore  de  s'y  déro- 
ber, le  troisième  jour  les  enseignes  florentines  se  déploient 
au  dehors,  les  milices  reçoivent  l'ordre  de  marcher  a 
osle.  Cette  fois,  l'avis  est  entendu  :  Prato  effrayée  envoie 
les  dix  mille  livres  et  tout  ensemble  le  coupable,  dont  la 
tête  tombe  sous  la  hache  du  bourreau'.  Bientôt  on  devait 
voir  Pistoia,  voulant  à  son  tour  réformer  ses  statuts,  les 
soumettre  à  l'examen,  à  l'approbation  de  la  commune  de 
Florence*.  La  sécurité  est  complète  désormais,  si  complète 
qu'on  ne  prend  plus  de  mercenaires  qu'au  rabais  :  au  lieu 
de  florins  d'or  on  ne  paye  plus  leur  solde  qu'avec  le  même 


*  13  et  16  décembre  1293.  Capitoli,  XXX,  m  41,  (^  60,  61. 

«  ViUani,  Vm,  2. 

'  1293.  Yillani,  VUI,  2  ;  Stefani,  UI,  199. 

^  Voy.  au  livre  suirant,  ch.  i. 


404  JUGEMENT  DES  CHRONIQUEURS  (Âji.  1294) 

nombre  de  petits  florins  ^  Libre  à  eux,  s'ils  se  trouvent 
lésés,  de  quitter  le  service;  mais  ils  y  restent  tout  en 
grondant.  Florence,  à  tout  prendre,  était  une  bonne  maison 
de  banque  :  on  y  payait  régulièrement  aux  échéances,  et 
tout  portait  à  croire  que  des  hommes  de  guerre  allaient 
y  gagner  leur  argent  dans  les  douceurs  de  la  paix. 

Alors,  en  effet,  les  inévitables  conséquences  des  réfor- 
mes accomplies  n'apparaissent  pas  encore  à  tous  les 
yeux.  Les  plus  clairvoyants  pressentaient  peut-être  de 
prochains  orages,  de  sérieux  dangers  ;  mais  les  autres  se 
laissaient  bercer  mollement  par  le  décevant  espoir  d'un 
avenir  plus  heureux.  Môme  quand  l'orage  a  éclaté,  quand 
le  danger  est  devenu  catastrophe,  les  appréciations  des 
contemporains  diffèrent  quelquefois.  Si  Paolirio  voit  dans 
le  règne  commençant  de  la  bourgeoisie  celui  du  menu 
])euple,  la  démagogie  pure*,  Yillani  n'est  pas  moins  frappé 
du  bien  que  du  mal  '.  Le  bien  semble  même  l'éblouir  :  ici 
comme  précédemment,  il  se  complaît  au  brillant  tableau 
des  splendeurs  florentines  et  d'une  prospérité  sans  égale  \ 


>  25  octobre  1294.  ProwUioni,  n*  IV,  p.  89.  —  Paolino  explique  comme 
suit  la  différence  du  florin  d'or  au  petit  florin  :  c  En  1271  ,  le  florin  d*or 
valait  50  sous,  et  il  semblait  devoir  monter.  Les  cinq  arts  de  marchandise 
donnèrent  au  florin  le  cours  de  29  sous  ;  c'est  ce  qu'on  appela  le  petit  flo- 
rin. »  (II,  53.)  Cette  différence  donna  lieu  h  des  spéculations,  en  consé- 
quence de  quoi  il  fut  stipulé  par  lesdits  cinq  arts  que  tout  traflc  devait  être 
tiii  en  petits  florins  :  «  Ed  incominciaro  a  mercatare  a  fiorini,  ed  ordinaro 
di  nonfare  mercalo  se  non  a  quella  moneta,  e  cosi  da  allora  innanzi  mcrca- 
taro  a  fiorini,  e  cosl  cbbe  corso.  >  (Ibid.) 

*  £  reggeasi  per  lo  minute  popolo  e  molto  fiero  era  allora,  specialmente 
contre  a'  grandi  (Paolino,  II,  47). 

'  Elhebbepoi  moite  e  diverse  sequcle  in  maie  c  in  bene  (Villani,  VIII,  1). 

*  ViUani,  VIII,  2.  —  Machiavel  confond  un  peu  les  temps,  quand  il  mon- 
tre (ht  fior,,  1.  M,  p.  22  B)  Florence  en  plus  grand  et  plus  heureux  éUit 
alors  que  jamais,  pleine  d'hommes,  de  richesses,  de  gloire,  toute  la  Toscane 
obéissante  et  alliée  d'une  ville  capable  de  tenir  tète  à  toutes  les  autres  vil- 
les, à  tous  les  princes  en  Italie. 


(Ah.  1294)  SUR  CETTE  PÉRIODE.  405 

Pour  lui,  des  cvénemenls  logiques  ne  sont  que  des  acci- 
denls  imprévus.  Il  ne  sent  pas,  même  après  Tavoirvu, 
que  d'orgueilleux  magnats,  si  longtemps  maîtres,  ne  pou- 
vaient obéir  et  s'humilier  avant  d'avoir  brisé  leurs  forces 
dans  de  vains  essais  de  résistance  ;  qu'un  grand  nombre  de 
popolani  puissants  devaient  eux-mêmes  se  prêter  de  mau- 
vaise grâce  aux  ordonnances  de  justice,  car  a  il  leur  plai- 
sait mieux,  dit  un  récent  historien,  de  figurer  dans  les 
conseils  en  qualité  de  nobles  qu'en  qualité  de  mar- 
chands'; »  que  des  magistrats  accoutumés  à  laisser  dor- 
mir la  loi,  ne  se  décideraient  pas  volontiei^s  à  l'éveiller, 
tant  qu'ils  y  courraient  risque  de  la  vie  ;  que  les  opprimés, 
enfin,  manqueraient  plus  d'une  fois  de  la  patience  néces- 
saire pour  rentrer  par  les  voies  légales,  toujours  si  lentes, 
dans  les  biens  que  la  violence  leur  avait  enlevés*.  C'est 
ainsi  pourtant  que  le  maintien  ou  le  renversement,  l'ag- 
gravation ou  l'atténuation  des  ordonnances  récemment 
rendues  devint,  durant  quelques  années,  le  point  sur 
lequel,  de  part  et  d'autre,  se  portèrent  tous  les  efforts. 

«  G.  Capponi,  1,  87. 

*  A  lui  (au  peuple)  si  richiainaro  molli  popolari  di  certi  grandi  di  certe 
case  e  possessioni  che  erano  loro  state  per  H  grandi  tolte  e  per  la  forza  di  quel 
popolo  H  riebbero  (Paolino,  U,  47).  ViUani(Vin,  2)  mentionne  aussi  le  fait, 
mais  il  ne  parle  pas  de  violences  populaires. 


CHAPITRE  IV 


ÉTABLISSEMENT   DEFINITIF   DES  ORDONNANCES   DE  JUSTICE 

—  1294-1300  — 


Los  grands  soulevés  contre  Giano  dclla  Bella.  —  Complicité  du  popolo  grosso^ 
du  pape,  des  juges,  des  bouchers.  —  Dino  Pecora  et  Corso  Donati.  —  Procès 
et  absolution  de  Corso  Donati  [20  janvier  12d5).  —  Soulèvement  populaire 
contre  le  potestat.  —  Conjuration  contre  Giano.  —  Bulle  de  Boniface  VIII 
(23  janvier  1205).  —  Procès  de  Giano  (17  février).  —  Son  départ  (5  mars). 

—  Sa  condamnation.  —  AfTermissemcnt  de  la  révolution  des  ordonnances.  — 
Elle  se  propage  dans  les  autres  villes  de  Toscane.  —  Jehan  de  Cliâlon  éloigné 
de  la  province  par  la  médiation  du  pape.  —  Aggravation  des  ordonnances  (13 
mai  1295).  —  Réclamation  des  grands  et  tentative  d'émeute  [6  juillet).  — 
Triomphe  padlique  des  marchands.  —  Mesures  d'apaisement  prises  par  les 
vainqueurs  (1295-1300).  —  Soumission  d'une  partie  des  grands.  —  Derniers 
efforts  des  autres  :  le  potestat  Monfiorito  (janvier-mai  1299).  —  Poursuites 
contre  les  prieurs  du  15  août  (19  octobre).  —  Autorité  croissante  de  Florence 
sur  la  ligue  toscane.  —  Ses  relations  avec  Charles  II  d'Anjou.  —  Avec  Bolo- 
gne (1296-1298).  —  Avec  Boniface  VIII  (1297).  ^  Croisade  contre  les  Colonna. 

—  Ambassade  des  Florentins  nu  jubilé  (1300).  — Travaux  publics  à  Florence 
pendant  cette  période  (1293-1300).  —  Les  édifices  religieux  :  San  Giovanni, 
Santa  Reparati,  Santa-Croce,  Santo-Spirito,  Santa  Maria  Novella.  —  Travaux 
d'édilité.  —  Les  prisons.  —  Le  palais  de  la  seigneurie.  —  La  troisième  en- 
ceinte de  murs.  —  Travaux  sur  le  territoire  et  au  delà  :  routes,  ponts,  châteaux 

—  Jugement  contradictoire  de  Dante  et  de  Machiavel  sur  cette  période. 

Étourdis  du  coup  qui  les  frappait,  les  nobles  florentins 
avaient  besoin  de  temps  pour  se  reconnaître.  Jusqu'où 
irait  Taudace  de  leurs  ennemis?  Se  maintiendrait-elle 
seulement  dans  les  limites  de  cette  nouvelle  et  odieuse 
légalité?  C'est  ce  que  personne  ne  pouvait  savoir  encore. 
Il  fallait  donc  s'entendre,  étouffer  tout  dissentiment  prive, 


(An.  1294)    COLÈRE  ET  PLAINTES  DES  GRANDS.         407 

mettre  ses  forces  au  service  du  ressentiment  commun. 
Antérieurement  au  15  avril  1293,  un  an  encore  avant  que 
les  ordonnances  de  justice  fussent  rédigées  en  entier  et 
promulguées,  le  premier  gonfalonier  de  justice  avait 
accompli  contre  les  grands  la  première  expédition  \  Un 
membre  de  la  famille  des  Galli  '  s'étant  rendu  coupable, 
en  France,  d'homicide  contre  un  popolano  florentin,  les 
maisons  que  ses  parents  possédaient  au  sestiere  de  Porta 
Santa  Maria,  avaient  été  détruites,  après  quoi  Baido  des 
Ruffoli,  le  gonfalonier,  était  rentré  chez  lui,  ordonnant 
à  tous  de  poser  les  armes*. 

D'autres  expéditions  durent  suivre,  peu  éclatantes  sans 
doute,  puisqu'il  n'en  est  pas  fait  mention  dans  les  auteurs, 
mais  assez  nombreuses  et  assez  î*évères,  car  le  menu 
peuple,  qui  avait  toujours  pour  les  grands  de  secrètes 
faiblesses,  accusait  de  barbarie  les  gonfaloniers  successifs. 
Les  marchands,  au  contraire,  leur  faisaient  un  crime  de 
ne  détruire  qu'à  moitié  les  maisons,  selon  l'ancien  usage, 
et  de  laisser  ainsi  le  moyen  de  les  reconstruire.  Hautement 
ils  insultaient  à  leur  lâcheté. 

C'est  ce  partage  des  esprits  qui  enhardit  les  oppresseurs 
de  la  veille,  opprimés  du  lendemain.  Leurs  sourds  mur- 
mures se  Iran  formèrent  en  étourdissanles  clameurs.  Loin 
d'attribuer  leur  mauvaise  fortune  à  la  force  inéluctable 
des  choses,  ils  l'incarnaient  dans  quelques  personnes  qu'ils 
accusaient  de  leur  ruine  et  poursuivaient  de  leur  haine. 


<  Les  chroniqueurs  ne  donnent  pas  la  date,  mais  le  nom  du  gonÊilonicr, 
qui  se  trouve  dans  la  liste  des  prieurs  en  exercice  du  15  février 
au  15  avril  1295,  la  donne  h  quelques  jours  près. 

*  Machiavel  dit  ^  tort  Galletti  et  le  faux  D.  Compagni  Galigaï.  Yillani  (Ylll, 
1),  Slcfani,  III,  198,  Simone  délia  Tosa  (an.  1293)  sont  d'accord  sur  le  nom 
de  Galli. 

'  Les  mêmes. 


408  INFLUENCE  DE  GIANO  DELLA  BELLA.         (An.  1294) 

les  trois  jurisconsultes  rédacteurs  des  ordonnances,  et 
surtout  Giano  della  Bella.  Giano  n'était  plus  prieur  et  ne 
l'avait  été  que  deux  mois  ;  mais  l'intempérance  ordinaire 
de  son  langage  lui  faisait  attribuer  l'initiative  et  l'impul- 
sion. Soutenu  par  la  petite  bourgeoisie,  chef  de  la  plèbe 
des  arts  mineurs^,  qu'il  détachait  de  plus  en  plus  des 
grands,  c'était  lui,  disait-on,  qui  venait  de  porter  le  trouble 
dans  les  intérêts  et  la  propriété,  en  déterminant  la  com- 
mune à  réclamer  toutes  los  terres  qu'elle  jugerait  injus- 
tement acquises,  si  ancienne  qu'en  fût  l'acquisition.  C'était 
lui  qui  dépouillait  la  parle  guelfa^  pour  mieux  écraser 
les  grands  qui  y  dominaient.  Plus  ardent  à  tout  ramener 
vers  la  légalité  qu'habile  à  choisir  le  moment  opportun, 
il  ne  pouvait  endurer  le  scandale  de  tant  de  biens  conGs- 
qués  aux  gibelins  par  la /;ar/e,  à  qui  un  tiers  seulement 
eu  avait  été  reconnu.  Il  proposait  de  la  contraindre  à 
rendre  gorge,  d'appliquer  au  service  de  la  commune  toutes 
les  propriélés  aliénables  de  cet  état  implanté  au  cœur  de 
l'État*.  Certes,  on  ne  pouvait  raisonnablement  l'accuser 
de  n'être  pas  guelfe  :  il  l'était  comme  toute  sa  famille*; 
il  le  prouvait  par  mainte  mesure  que  prenaient  des  prieurs 
dociles  à  ses  conseils  \  Il  faisait  notamment  rapporter  le 


1  Villani  (VllI,  8)  dit  expressément  qu'il  était  le  caporale  delpopolo  mi- 
nuto, 

*  Voile  torre  a'  capitani  di  parle  guelfa  il  suggello  e  '1  mobile  della  parte, 
ch'cra  in  gran  quantitade,  e  recarlo  in  comune  (Villani,  VIII,  8).  —  Cf. 
Stefani,  III,  204.  L'histoire  ne  dit  pas  si  Giano  réussit  dans  ce  dessein. 

^  Non  perché  non  fosse  guelfo  e  di  nazione  guelfa,  ma  per  abbassarc  la 
potenza  de'  grandi  (Villani,  Vlll,  8). 

^  Ainsi  une  loi  formelle  expulsait  de  la  ^illc  les  aveugles,  parce  qu'ils 
n'y  vivaient  d*ordinaire  que  de  mendicité;  par  exception  se  voyaient  rap- 
pelés des  malheureux  à  qui  les  gibelins  ,  en  haine  du  parti  guelfe  ,  avaient 
crevé  les  yeux  (9-11  décembre  1294).  —  On  rouvre  ainsi  les  portes  à  Naio 
di  Artiglio,  a  Cnpo  di  Gherardo  et  à  sa  femme,  ces  deux  derniers  gardes  du 


(Ah.  1294)    IL  DÉFEND  LA  LÉGALITÉ  NOUVELLE.        409 

chapitre  des  statuts  qui  exigeait  que  le  potestat  fût  che- 
valier ^  Il  soutenait  les  arts  mineurs  dans  leur  prétention 
naissante  d'obtenir  comme  les  arts  moyens  d'être  comptés 
pour  quelque  chose  dans  la  vie  publique*.  Mais  il  était  à 
l'apogée  de  sa  puissance  :  il  contraignait  Pistoia,  sous 
peine  de  cinq  cents  marcs  d'argent  et  de  représailles 
jusqu'à  concurrence  de  cette  somme,  à  l'absoudre  de  sa 
condamnation,  de  son  excommunication,  et  à  le  déclarer 
indemne  des  conséquences*.  C'est  à  son  instigation  que 
les  prieurs  donnaient  balia  à  quatorze  arbitres,  dont  il 
était,  de  réformer  les  statuts  du  potestat  et  du  capitaine, 
pour  les  mettre  en  parfaite  harmonie  avec  les  ordonnances 
de  justice*.  C'en  fut  assez  pour  qu'on  le  craignît,  pour 
qu'on  l'accusât  de  favoriser  les  gibelins  et  de  préparer 
leur  retour  au  pouvoir,  accusation  toujours  meurtrière, 
même  quand  les  faits  en  démontraient  l'inanité.  Les 


châlcau  de  Molezzano  et  victimes  du  comte  Simone  Guidi  (Prowiiioni , 
n«  IV,  p.  103  V,  i04). 
<  Septembre  1294.  (ConsulUy  t.  I,  p.  17). 

*  Les  auteurs  jugent  fort  diversement  la  conduite  de  Giano.  Sismondi 
(IIL  45)  rappelle  dédaigneusement  un  «  gentilhomme  démagogue •  ;  M.  Gino 
Capponi  (I,  88)  le  montre  sévère  envers  le  popolo  minuto  pour  le  contenir. 
Muchiavel  dit  que  les  popolani  ricchi  attaquaient  en  lui  c  Texcès  de  son  au- 
torité »  :  Perché  pareva  loro  che  la  sua  aulorità  fusse  troppa.  (ht,  fwr,^ 
II.  21  B.) 

^  5  octobre  1294.  Provvisioni,  n'  Vf,  p.  76.  Voy.  sur  cette  condamnation, 
le  chnpitrc  précédent,  p.  562. 

*  9  décembre  1294.  Les  arbitres  étaient  les  suivants  : 

OItrarno  :  Norfo  Guidi,  Gherartiino  des  Yelluli,  Piero  Goni|iagni. 

S.  P.  Sclicraggio  :  Alberlo  de!  Giudicc,  Lape  Talenti,  Tancredo  Bencivenni. 

Borgo  :  Palmcrio  Altoviti,  juge  ;  Dino  Gompagni. 

Porta  S.  Pancrazio  :  Albizzo  Orlandini,  Ncri  Berra. 

Porta  di  Duomo  :  Piero  Borghi,  Arrigo  Arrighi. 

Porta  S.  Piero  :  Baldo  d'Aguglione,  juge;  Giano  délia  Bella. 

(Prowisioni,  n"  IV,  p.  129-1 30.)  —  Doc.  publié  dans  VArch.  stor.y  5*  sé- 
rie, 1872,  t.  XVI,  4'  disp.,  p.  17,  doc.  B. 


410  VENGEANCE  PROJETÉE  DES  GRANDS.         (Ah.  1994) 

grands  guelfes  n'avaient  pas  le  choix  des  armes.  L*insti- 
tution  de  la  parle  étant  leur  dernière  citadelle,  s'y  voir 
assiégés  c'était  la  ruine  totale  après  l'incapacité  civique  : 
plutôt  que  de  s'y  soumettre,  ils  résolurent  de  tout  ris* 
quer. 

ils  pouvaient  encore  être  redoutables  :  le  danger  avait 
mis  fin  à  leurs  discordes  ;  la  défiance  de  la  populace  avait 
rapproché  d'eux  la  riche  bourgeoisie  ;  dans  la  populace 
même  on  pouvait  espérer  d'introduire  la  division,  cap 
si  un  grand  nombre  s'attachaient  aux  pas  de  Giano, 
d'autres  pouvaient  rester  ou  redevenir  fidèles  aux  nobles 
dont  les  prodigalités  étaient  pour  eux  comme  la  manne 
tombant  du  ciel,  et  qui  alimentaient  les  petites  industries 
comme  les  grandes,  le  plus  restreint  comme  le  plus  vaste 
trafic.  Au  dehors,  la  cause  menacée  trouvait  dans  Boni- 
face  VIII,  le  nouveau  pape,  un  précieux  appui  ^  Ce  pon- 
tife, ambitieux  mais  sans  pouvoir,  était  en  quête  d'allics 
et  voulait  dominer  à  Florence.  Quoique  gibelin  d'origine", 
il  était  guelfe  passionné,  comme  Innocent  IV  et  tant  d'aulros 
papes  qui  rachetaient  ainsi  leur  péché  d'origine.   On 
rapporte  que,  donnant  un  jour  les  cendres  à  Porchello 
Spinola,  archevêque  de  Gênes,  il  les  lui  jetait  violemment 
aux  yeux  avec  ces  paroles  :  «  Gibelin,  rappelle-toi  que 
tu  es  cendre,  et  qu'avec  les  gibelins,  tes  pareils,  tu 
retourneras  en  cendres*.  »  Un  moment,  les  ennemis  de 
Giano,  jadis  si  prompts  à  enfourcher  leurs  étriers  et  à 


*  Boniface  VHl  avait  été  élu  en  décembre  1294. 

*  Assai  gentile  huomo  di  sua  torra,  figliuolo  di  M.  Lifredi  Guatani  e  di 
sua  nnlione  ghibellino  (Villani,  VUI,  0). 

*  Prœfaiio  Muratorii  in  chron.  Jacohi de  Voragme(l{.  1.  S.,- 1.  IX,  5).  — 
Dal  Borgo,  Diu,  II,  p.  95.  ~  Sismondi,  III,  88.  —  En  même  temps,  comme 
on  sait ,  il  prétendait  être  empereur  et  césar  :  c  Ego  sum  caesar ,  ego  suin 
imperator.  •  (Pipini  Chron.,  IV,  47,  R,  l.  S.,  t.  IX,  745.) 


(ÂK.  1295)  JEHAN  DE  GllÀLON.  411 

courir  au  combat,  crurent  trouver  la  force  militaire,  qui 
leur  faisait  défaut,  dans  un  gentilhomme  attaché  à  la 
maison  de  Bourgogne.  Cet  étranger  se  nommait  Jehan 
deChâlon*.  Les  gibelins  de  Toscane  l'avaient  appelé*, 
et  le  roi  des  Romains,  Albert,  duc  d'Autriche,  venait 
de  lui  conférer  le  titre  de  vicaire  dans  cetle  province. 
Il  y  arrivait  avec  cinq  cents  cavaliers  tant  bourguignons 
qu'allemands'.  N'ayant  pu,  sans  doute,  rien  obtenir  de 
Charles  II  d'Anjou,  qui,  en  1294,  passait  pourtant  par 
Florence*,  les  grands  guelfes,  de  concert  avec  le  pape, 
demandèrent  à  ce  champion  des  gibelins  d'abandonner 
ceux  qui  le  payaient  et  de  soutenir  ceux  qu'il  devait 
attaquer.  La  proposition  n'avait  en  soi  rien  d'étrange  : 
c'était  une  question  d'argent.  Mais  il  eût  fallu  verser  aux 
mains  de  l'aventurier  plus  d'or  que  ne  faisaient  les 
bannis.  Faute  de  s'y  pouvoir  résoudre,  les  tentateurs 
manquèrent  l'occasion  propice.  On  reconnaît  bien  là 
l'influence  prépondérante  sur  les  nobles  appauvris  des 
riches  marchands  qui  s'étaient  faufilés  parmi  eux. 

Le  danger  qu'il  venait  de  courir  aurait  dû  être  pour 
Giano  délia  Bella  un  avertissement.  Il  n'en  tint  pas  compte. 
Il  se  croyait  invulnérable.  Au  lieu  de  se  borner  pour  le 

'  Ce  Jehan  de  Ghâlon  (sur  Saône)  et  non  deChâlons  (sur  Marne),  comme 
le  prétend  le  faux  Dino  Compagni,  était  le  quatrième  du  nom,  prince 
d'Orange  et  seigneur  d'autres  lieux.  Voy.  Anselme,  Hist.  généaL,  etc.» 
t.  VIII,  p.  409.  '  Villani  (YIII,  iO)  Tappelle  «  vaillant  et  courtois  •.  Son 
nom  dcYient  «  Jean  de  Cabillon  •  dans  un  document  (Provvisioni,  n*  Y, 
p.  152  V,  23  septembre  1295). 

*  À  sommossa  délia  parte  ghibellina  di  Toscana  (Villani,  YUI,  10). 
5  ïbid, 

*  Le  29  mars  1294,  les  conseils  florentins  ordonnaient  d'acheter  six 
draps  d'or  pour  leur  faire  honneur  {Consulte,  t.  I,  p.  2  y*,  3).  Ces  voyages 
obscurs  de  Charles  en  Toscane  paraissent  avoir  été  fréquents.  Le  25  mars 

>    1293,  il  était  attendu  h  Sienne,  et  Ton  y  décidait  de  lui  accorder  l'argent 
qu'il  demandait  (Consiglio  délia  Cancana,  XLY,  65). 


I 


412  CONJUIIATION  COr^TRË  GlANO.  (An.  1295) 

moment  aux  réformes  accomplies,  il  ne  rêvait  que  d'en 
procurer  sans  retard  de  nouvelles.  Plus  que  jamais  il  se 
complaisait  au  rôle  séduisant  de  redresseur  des  torts.  Il 
ne  craignit  pas  de  s*atlaquer  à  l'art  redouté  des  juges, 
coupable  de  traîner  les  procès  en  longueur  et  accusé  de  ne 
les  terminer  qu'à  prix  d'argent*.  Il  lui  reprochait,  en 
outre,  de  dicter  ses  volontés  aux  magistrats,  en  les  mena- 
çant d'une  sévérité  extrême  dans  l'enquête  ou  syndicat 
dont  leurs  actes  étaient  l'objet  à  l'expiration  de  leur 
charge.  Ainsi  se  dressa  contre  le  réformateur  cet  ordre 
puissant  et  hautain  de  la  judicature,  inestimable  recrue 
pour  une  faction  composite  qui  rejoignait  avec  tant  de 
peine  ses  hybrides  tronçons*. 

Ce  fut  encore  un  coup  de  la  fortune  que  d'y  rallier 
Dino  Pecora,  le  grand  boucher,  comme  on  l'appelait,  et 
grâce  à  lui,  la  corporation  d'hommes  brutaux,  sangui- 
naires dont  il  était  le  chef.  Popolaiio  considérable,  il 
n'exerçait  l'art  que  par  des  subordonnés;  mais  il  avait  au 
marché  plusieurs  étaux,  sans  compter  un  cabaret,  dont 
la  propriété  lui  était  commune  avec  ses  deux  frères'. 


*  Varielales  et  ambiguitates  einergunt  quotidie  in  questionibus  et  offitiis, 
ex  quibus  proveniunt  communi  et  spetialibus  personis  et  maxime  paupe- 
ribus  et  iropotentibus  pericula  et  dampna,  et  etiam  quzestiones  facile  decidi 
non  possunt,  imo  ex  una  quaeslione  plures  resurgunt  et  quaesliones  termi- 
nari  non  possunt,  imo  in  infinitum  extenduntur  (9  décembre  1294.  Provvi- 
sioni,  n""  lY,  p.  129-130).  —  I  quali  per  baver  bavuto  alcun  freno  aile  lor 
ruberie,  si  teneano  fortemente  gravati  da  lui  (Ammiralo,  1295,  1.  lY,  t.  I, 
p.  193). 

«  Yillani,  Vin,  8. 

'  Les  Pecori  étaient  originaires  du  territoire  de  Pistoia.  Leur  nom  ne  pa- 
raît pas  un  sobriquet,  comme  on  Ta  cru.  G'e&t  par  hasard  ou  peut  être 
parce  qu'il  portait  ce  nom ,  que  Dino  ou  Ildebrandino  Pecora  se  fit  inscrire 
à  rart  des  bouchers.  11  mourut  en  1301.  Son  fils  était  inscrit  aux  registres 
de  Part  des  apothicaires.  Sa  descendance  directe  s'éteignit  dons  une  des 
pestes  du  quatorzième  siècle  (L.  Passerini,  Memorie  genealogico-storiche 


(An.  1295)  LE  BOUCHER  DINO  PECORA.  413 

D'élocution  facile  et  orateur  ordinaire  des  conseils*, 
prompt  à  se  mettre  en  avant  et  auteur  en  partie  des  re- 
formes de  1282,  il  avait  été  trois  fois  prieur;  il  devait 
l'être  une  fois  encore,  et,  dans  l'intervalle,  consul  de  son 
art*.  Chéri  de  la  multitude,  qu'entraînent  toujours  les 
hommes  d'action  doués  de  faconde,  on  l'avait  vu  jusqu'a- 
lors ennemi  acharné  des  nobles;  mais  comme  il  ne  pou- 
vait voir  sans  ombrage  la  popularité  de  Giano,  on  le  poussa 
sans  trop  de  peine  à  s'unir  aux  ennemis  de  son  rival. 
Dans  le  même  temps,  pour  les  rendre  irréconciliables,  on 
excitait  Giano  par  dessous  main  à  s'élever  conlre  les 
violences  des  bouchers  et  à  en  demander  la  répression. 
Ainsi  les  deux  chefs  du  menu  peuple  suivaient  une 
voie  opposée;  entre  eux  il  fallait  choisir.  Un  incident 
imprévu,  comme  il  en  survient  toujours  pour  dénouer  les 
crises,  fit  pencher  la  balance  et  acheva  ce  qu'avait  com- 
mencé la  perfidie.  Non  moins  populaire  que  Giano  della 
Bella  et  Dino  Pecora  était  Corso  Donati.  Beau  parleur, 
d'esprit  pratique  et  de  résolution  hardie,  il  faisait, 
depuis  1285,  figure  dans  les  conseils'.  La  victoire  de 
Certomondo,  dont  Florence  lui  était  redevable,  l'avait 
mis  encore  plus  en  vue,  et  soa  grand  nom,  qui  remontait 
aux  querelles  légendaires  de  1215,  sa  magnifique  pres- 


della  famiglia  Pecoridi  FirenzBy  p.  8.  9,  Flor.  1868  in-8-).  —  Cf.  Caria- 
pécore  Strozziane-Ugucdoni,  18  octobre  1502. 

'  Voy.  les  résumés  des  délibérations  publiés  par  M.  Bonaïni  dans  VArch, 
sior,,  nuova  série,  t.  I,  part.  I.  —  Le  nom  de  Dino  Pecora  y  revient  sou- 
vent. 

*  n  fut  prieur  en  1284,  1289,  1294,  1298,  et  consul  des  bouchers  en 
1296  (Passerini,  loc.  cit.,  et  Tavola  /  à  la  suite  de  son  excellent  ouvrage). 

'  Voy.  les  recueils  des  Consulte,  où  se  rencontre  souvent  son  nom  parmi 
ceux  qui  donnent  leur  avis.  —  Fu  il  più  savio,  il  più  valente  cavalière  e  *1 
più  belle  parlatore  e  meglio  pratico ,  e  di  maggiore  nominanza ,  di  grande 
ardire  e  impresa  che  al  suo  tempo  fosse  in  Italia  (Villani,  VIH,  96). 


414  CORSO  DONATl  (An.  1295) 

tance,  la  grâce  toute  mondaine  de  ses  manières^  étaient 
cause  qu'on  le  suivait  avec  admiration  dans  les  rues, 
qu'on  l'y  saluait,  sur  son  passage,  au  cri  de  vira  il 
baronel  On  lui  pardonnait  tout,  son  féroce  orgueil  de 
magnat,  Tempoisonnement  présumé  de  sa  femme,  qui 
était  des  Cerchi*,  la  violence  faite  à  sa  sœur  Piccarda, 
pour  la  contraindre  à  épouser  un  Délia  Tosa*.  On  avait 
presque  applaudi  en  le  voyant  la  relancer  jusque  dans  le 
couvent  de  Santa  Chiara  où  elle  avait  pris  le  voile,  esca- 
lader avec  douze  sicaires  les  murs  du  saint  asile,  enlever 
sa  proie  de  vive  force  et  la  traîner  à  l'autel  pour  cette 
union  odieuse,  cause  de  sa  mort  prématurée  et  de  sa  poé- 
tique immortalité*.  En  toutes  choses  les  Florentins 
aimaient  l'énergie,  même  sous  ces  formes  mauvaises  dont 
était  coutumière  la  famille  des  Donati^. 


1  Fu  bello  délia  pcrsotm  o  di  grazioso  aspctto,  ma  iiiolto  fu  mondano  (Vil- 
lani,  Vm,  96). 

'  L'bi  tliori  sociam  quam  ex  prosapia  Circlorum  duxerat  segriludino  con- 
sumptam  amisit,  sed  fama  rctulit  illam,  marito  potum  ministrante,  veneno 
inixtum,  extinctam  pcriisse  (Fcrreti  Vicentini  Historia,  I.  U,  R.  I.  S., 
t.  IX,  974). 

>  Dante  parle  de  Piccarda  comme  d'une  amie,  presque  d*une  parente.  On 
sait  en  effet  que  sa  femme  Gemma  était  desDonati.  (Voy.  Léon.  Bruni,  F/7a 
di  DanlCy  p.  5,  et  uu  travail  de  M.  Passerini  dans  l'ouvrage  intitulé  Dante 
e  il  Buo  secolOj  publié  en  1865,  à  Florence,  à  Toccasion  du  centenaire  de 
Dante.) 

*  Voy.  Purg,f  XXIV,  13,  Parad.^  III,  106,  les  notes  des  diverses  éditions 
de  la  Divine  Comédie,  et  la  Vila  di  Beata  Piccarda  Donati  dans  les  Vite  de' 
ianti  fiorentinit  par  Brocchi. 

>  En  1295,  Messer  Simone,  fils  de  Vinciguerra  des  Donati,  ayant  tué 
Puccio,  du  peuple  de  San  Michèle  Visdomini,  était  condamné  par  le  poteslat 
à  2000  livres  d'amende  et  voyait  ses  biens  dévastés  ou  détruits.  Ses  garants, 
tous  des  Donati,  payèrent  pour  lui,  mais  réclamèrent  recours  sur  lesdits 
biens.  Sur  la  proposition  de  Dino  Pccora,  les  conseils  du  potestal  déli- 
bèrent ,  le  11  février  ,  d  accorder  eu  recours  jusqu^à  concurrence  de  cette 
somme,  en  nommant  six  personnes  compétentes  pour  estimer  ce  que  valent 
encore  les  propriétés  dévastées  (Prowiiioni,  n*  IV,  p.  159  v*,  160).  —  On 


(ÂM.  1295)  POURSUIVI  EN  JUSTICE.  415 

C'est  rimpétueux  Corso  qui  provoqua  l'incident,  occa- 
sion de  la  crise.  Il  était  pour  lors  en  querelle  avec  un 
popolano  de  ses  parents,  nommé  Simone  Galastrone*. 
Quelques-uns  de  ses  serviteurs  rencontrent  dans  la  rue 
ce  Galastrone,  qui  marchait  entouré  des  siens  ;  une  rixe 
s'engtige;  un  de  ceux-ci  tombe  mort,  plusieurs  blessés. 
Le  hasard  avait  peut-ôtre  tout  fait;  mais  Corso  passa  pour 
avoir  ordonné  l'agression*.  Préméditée  ou  non,  c'est  de 
son  côté  qu'elle  était  venue  ;  c'est  de  l'autre  qu'étaient  les 
victimes.  Lui  seul  et  ses  agents  devaient  donc  être  pour- 
suivis. Ainsi  l'exigeaient  les  Ordhiameïila.  Ainsi  le  voulait 
le  peuple  même,  indulgent  aux  violences  envers  une  fille 
noble  et  un  couvent,  mais  infiniment  plus  sourcilleux, 
quand  un  grand,  quel  qu'il  fût,  causait  la  mort  d'un 
homme  de  moindre  condition.  Nul  ne  doutait  que  le  potes- 
tat,  GiannideLucino,  ne  prononçât  une  sentence  rigou- 
reuse*.  Déjà  (20  janvier)  le  gonfalonier  arborait  à  sa  fenêtre 
le  gonfalon  de  justice,  signe  précurseur  de  l'exécution*. 
Quand  retentit  dans  les  airs  la  cloche  communale,  tout 
le  monde  crut  qu'elle  annonçait  la  condamnation  du 
meurtrier \  Loin  de  là,  le  condamné,  c'était  la  victime, 


surprend  ici  les  premiers  effets  de  l'alliance  entre  les  nobles  et  Diuo  Pe- 
cora. 

«  Villani,  VIII,  8. 

*  Per  cagione  che  doveva  aver  morto  uno  popolanu  (Villani,  VIU,  8).  — 
Ammirato  affirme  la  culpabilité  de  Corso  (1295,  1.  IV,  1. 1,  p.  192).  —  Ma- 
chiavel (ht.  fior.,  II,  21  B)  doute  comme  Villani. 

'  Villani,  VIU,  8.  —  Ce  magistrat  était  de  Côme,  comme  on  le  ?oit  dans 
la  liste  des  OffidaUê  foreuses ^  laquelle  est  d'accord  sur  son  nom  avec  Vil- 
lani et  Simone  délia  Tosa. 

*  E  già  traite  era  il  gonfiailone  délia  giustizia  per  fare  la  esecuzione  (Vil- 
lani, VIU,  8).  —  Cf.  Stefani,  lU,  204. 

'  Quando  son6  a  prosciolvigione,  il  popolo  credetie  sonasse  a  condanna- 
gione  (Stefani»  UI,  204). 


416  EFFORTS  INFRUCTUEUX  DE  GIÂNO  (An.  1295) 

c'était  Galastrone,  rendu  responsable  de  l'agression*. 
Corso  Donali  plein  de  confiance  avait  affronté  son  juge, 
gagné  sans  doute,  quoiqu'on  ne  sache  à  quel  prix*.  La 
multitude  aussitôt  se  répandit  dans  les  rues,  criant  :  Mort 
au  potestat!  Aux  armes!  Vive  le  peuple!  Elle  courut  à  la 
demeure  de  Giano,  pour  le  mettre  à  sa  tête  et  marcher 
avec  lui  contre  le  juge  prévaricateur.  Mais  Giano  refusa 
de  sortir  de  chez  lui.  Défenseur  de  la  légalité  contre  qui- 
conque la  violait,  il  ne  voulut  pas  la  violer  lui-même  en 
conduisant  une  manifestation  tumultueuse'.  Taldo,  son 
frère,  en  prit  la  direction  à  sa  place,  avec  ou  sans  son 
aveu,  mais  pour  mettre  les  turbulents  à  la  disposition 
des  prieurs  et  du  gonfalonier  Pacino  Angiolieri,  qui  sau- 
raient bien,  disait-il,  faire  leur  devoir*.  Renonçant  bien- 
tôt à  les  conduire,  il  les  suivit  dans  leur  course  désor- 
donnée vers  la  maison  du  potestat.  C'est  seulement  quand 
Giano  sut  la  vie  de  cet  étranger  menacée,  qu'il  accourut 
à  son  tour.  Parcourant  à  cheval  les  rangs  de  la  foule  ameu- 
tée, et  salué  encore  de  ses  acclamations,  il  la  surprit  e( 
l'irrita  par  ses  sages  exhortations  au  respect  des  lois  et  a 
une  immédiate  retraite.  Il  dut  se  retirer  lui-même,  pour 
n'être  pas  jeté  à  bas  de  sa  monture  et  percé  de  coups  de 
lance.  Devant  un  acte  d'indépendante  droiture  s'éva- 
nouissait sa  popularité. 


^  Condannato  M.  Simone  Galastrone  deUe  f édite  (Villani,  VIU,  8). 
'  Onde  M.  Ck)rso  Donati  era  andato  dinanzi  con  sicurtà  del  dette  podestà 
a  preghi  d*aLtri  amici  e  signori  (Villani,  VUI,  8). 

*  Villani,  VUI,  8.  —  Ammirato,  1295,  l.  lY,  1. 1,  p.  192. 

*  Villani  rapporte  cette  substitution  comme  un  bruit  (si  dice)  ;  mais  Ste- 
fani  et  Ânimirato  la  tiennent  pour  un  fait  avéré.  La  conduite  de  Giano  n'est 
pas  bien  connue  en  ce  moment  décisif.  Paolino,  qui  lui  est  très-hostile,  va 
jusqu'à  prétendre  qu'il  était  présent  à  la  condamnation,  qu'il  s'emporta 
contre  le  potestat  et  souleva  aussitôt  la  foule  contre  lui  (U,  49).  Ce  témoi- 


(ÂM.  1295)  POUR  APAISER  L'ÉMEUTE.  417 

Désormais  les  furieux  avaient  libre  carrière.  L^arc 
tendu,  la  dague  au  poing,  ils  attaquèrent  le  palais.  Le 
feu  mis  aux  portes  leur  donna  accès  dans  l'intérieur. 
L'incendie  dévora  les  chambres  de  la  commune,  les 
chapelles  el  jusqu'aux  dépendances  S  Ce  qui  subsista  de- 
vint la  proie  des  pillards.  Tandis  qu'ils  volaient  jusqu'aux 
chevaux,  les  hommes  qu'animait  la  passion  politique 
s'emparèrent  de  la  famiglia  du  potestat,  cherchant  par- 
tout le  potestat  lui-même.  Il  s'était  enfui  par  les  toits, 
ainsi  que  Corso  Donati,  et  réfugié  tout  près  dans  la  maison 
des  Cerchi.  Sa  femme,  qu'au  mépris  de  la  loi  il  avait 
amenée  avec  lui  de  Lombardie,  recevait  en  même  temps 
un  asile  inviolable  à  San  Pier  Maggiore,  où  des  nonnes 
avaient  alors  un  couvent^  Déçue  dans  son  désir  de  justice 
sommaire,  la  multitude  assouvit  sa  rage  sur  les  registres 
contenant  les  procès  instruits  par  Gianni  de  Lucino,  le 
potestat  fugitif,  et  par  son  prédécesseur  Pino  Vernacci*. 

Agréable  aux  malfaiteurs,  cette  lacération  attrista,  in- 
quiéta les  honnêtes  gens.  Ils  y  virent  <x  le  mauvais  usage 


gnage  isolé  ne  semble  pas  être  de  nature  à  prévaloir  contre  celui  de  Vil- 
laniy  confirmé  par  les  chroniqueurs  et  historiens  subséquents. 

'  Le  13  mai  1295,  le  conseil  des  cent  dispensait  les  gardes  du  mobilier 
de  la  commune  de  représenter  au  syndicat,  en  quittant  leur  charge,  les  ob- 
jets brûlés  dans  les  stalles  du  paluis  communal,  dans  la  petite  maison  voi- 
sine du  lieu  où  Ton  tenait  le  lion,  dans  c  les  chapelles  »  dudit  palais,  dans 
la  maison  du  syndic  de  la  commune,  dans  ceUe  du  juge  des  gabelles,  durant 
les  troubles  de  janvier  (Prowisioni,  n*  Y,  p.  99). 

*  Paolino  (U,  49)  attribue  au  potestat  la  fuite  par  les  toits  Ters  la  maison 
des  Cerchi;  Villani  (VUI,  8)  à  Corso  Donati,  mais  il  ne  dit  pas  où  ce  noble 
insolent  trouva  un  refuge  ,  et  il  prétend  que  la  foule  s'empara  du  potestat 
conmie  de  sa  famiglia.  Cela  parait  peu  Traisemblable  ;  ce  magistrat  y  eût 
perdu  la  vie  ou  subi  des  violences  dont  il  serait  resté  quelque  souvenir. 

^  Ë  tutle  Taccuse  e  processi  nuovi  fatti  per  lui  e  delli  Tecchi  fatti  per 
M.  Pino  Vernacci  altresi  furono  stracciati  e  rubati  e  portatt  via  (Paolino,  U, 
49). 

HIST.  DE  PLORINGE.    —  11.  37 


418  ACCUSATIONS  COiNTRE  GlANO.  (An.  1295) 

que  le  menu  peuple  fait  de  sa  puissance^  d,  ils  sentirent 
que  les  juges  et  les  grands  exploiteraient  ces  désordres 
pour  perdre  Giano.  Voulant  le  sauver»  les  prieui-s  déci- 
dèrent, d'accord  avec  les  conseils,  que  le  potestat  recou- 
vrerait les  choses  volées,  que  son  salaire  lui  serait  payé, 
qu'il  abandonnerait  immédiatement  sa  charge  et  qu'il 
y  serait  remplacé  par  le  capitaine  du  peuple,  Guglielmo 
des  Maggi,  de  Brescia,  ce  qui  fut  fait  le  28  janvier*. 

Mais  cette  demi-satisfaction  ne  pouvait  sauver  rien.  Les 
ennemis  de  Giano  étaient  trop  avisés  pour  ne  pas  profiter 
de  leurs  avantages.  Ils  aigrirent  le  ressentiment  du  popolo 
minulo^  furieux  que  son  chef,  au  lieu  de  guider  ses  vio- 
lences ,  eût  osé  lui  en  faire  honte.  Auprès  de  la  classe 
moyenne,  magnats,  juges,  popolani  grassi^  bouchers, 
firent  de  Giano  le  bouc  émissaire.  C'est  lui  qui  avait  tout 
ordonné,  tout  fait.  Ce  fut  un  concert  calculé  d'accusa- 
tions, de  calomnies,  de  plaintes,  où  le  pape  lui-même  ne 
dédaigna  point  de  faire  sa  partie.  Dès  le  25  janvier,  on 
avait  obtenu  de  lui  une  bulle  qui  autorisait  et  provoquait 
même  les  entreprises  contre  ce  guelfe  si  tiède  qui  com- 
battait les  grands  de  h  parte  guelfa^  colonnes  de  l'Église, 
contre  ce  chrétien  si  peu  fervent  qui  avait  bravé  les  foudres 
de  Févêque  de  Pistoia ,  et  forcé  ce  prélat  à  ne  les  plus 
brandir  contre  lui.  La  bulle  faisait  défense  à  la  commune 
de  l'élire  à  aucun  ofQce  ou  gouvernement,  et  même  de  le 
tolérer  dans  la  ville,  le  contado^  le  territoire  et  le  dis- 

'  La  qiial  cosi  dispiacque  a  molti  (Paolino,  U,  49).  —  Veggendo  che  il 
popol  minuto  malamente  usava  la  sua  autorità  (Ammirato,  1.  IV,  t.  I, 
p.  193). 

*  11  fut  remplacé,  le  6  mars  suivant,  dans  les  fonctions  de  potestat  inté- 
rimaire par  un  de  ses  parents.  11  exerçait  encore  sa  charge  de  capitaine  du 
peuple,  quand  il  mourut  le  15  avril  1295  (Voj.  la  liste  des  Officiales  f(H 
remes). 


(An.  1295)  PROCÈS  DE  GIANO.  419 

irict.  Elle  fulminait  rexcommunication  contre  quiconque 
lui  donnerait  asile,  lui  prêterait  aide  ou  conseil,  ainsi 
qu'à  son  frère  Taldo  et  à  son  neveu  Ranieri,  fils  de  Cam- 
parini  délia  Bella\ 

C'était  beaucoup  d'avoir  tourné  contre  l'ennemi  com- 
mun le  saint-siége;  mais  encore  fallait-il  en  exécuter  les 
commandements,  et  ce  n'était  pas  chose  facile  dans  une 
ville  accoutumée  à  les  braver,  soulevée  par  de  récents 
désordres,  divisée  par  les  plus  ardentes  passions.  II  y 
fallut  d'activés  et  secrètes  pratiques  dont  Corso  Donati  fut 
l'inspirateur.  Tous  les  efforts  tendirent  à  s'assurer  une 
bonne  seigneurie*.  On  n'attendit  point,  pour  procéder  à 
l'élection,  le  13  ou  le  14  février,  comme  à  l'ordinaire; 
on  y  procéda  plusieurs  jours  auparavant,  afin  de  battre 
le  fer  tandis  qu  il  était  chaud^.  Le  15,  à  peine  les  nouveaux 
prieurs  avaient-ils  prêté  serment,  qu'on  s'empressa  d'ac- 
cuser auprès  d'eux  Ginno  délia  Sella  d'avoir  troublé  le 
pacifique  état  de  la  ville,  assailli  en  armes  et  chassé  de  son 
palais  le  potestat.  Le  17,  le  capitaine  du  peuple  instruisit 
le  procès,  au  lieu  et  place  du  potestat  renvoyé,  dont  il 
faisait  provisoirement  les  fonctions  :  nature  malléable, 
il  s'entendait  avec  les  prieurs  en  exercice  comme  avec 
les  précédents,  qui  étaient  de  sentiments  tout  opposés. 
Mais  ce  procès  inique  souleva  la  conscience  populaire, 
plus  droite  sinon  plus  éclairée.  La  fausseté  des  griefs 
allégués  ramena  le  menu  peuple  vers  son  ancienne  idole. 
11  courut  à  la  maison  de  Giano,  se  déclara  prêt  à  le 


»  Roma,  iO  kal.  febr.,  anno  1  ('23  janvier  1295).  —  Copie  de  cette  bulle 
dans  les  Capitoli,  XXX,  n»  41,  f^  77  f. 

•  Corso  con  gli  allri  tennero  segreti  modi  délia  elezione  de*  priori  d'a- 
verla  a  loro  modo  (Stefani,  111,  204). 

^  E  trassesi  fuori  anzi  al  tempo  usato  (Viliani,  YIU,  8). 


430  DÉPART  ET  CONDAMNATION  DE  GIANO.         (An.  1295) 

défendre  par  les  armes,  à  mettre  en  pièces  quiconque  se 
déclarerait  son  ennemi.  Giano  hésitait,  comme  naguère, 
à  prendre  en  main  l'étendard  de  la  révolte.  Son  frère, 
plus  résolu,  Gnit  par  le  déployer.  Le  5  mars,  il  se  mit  à 
la  léte  des  hommes  de  bonne  volonté  et  les  conduisit  vers 
la  maison  des  prieurs,  où  s'étaient  réunis  leurs  adver- 
saires. Déjà  il  était  h  la  hauteur  d'Or  san  Michèle,  et  une 
nouvelle  bataille  des  rues  semblait  imminente.  Giano 
n'en  voulut  courir  les  hasards  ni  pour  ses  concitoyens 
ni  pour  lui\  Il  quitta   sans  plus  de  retard  Florence, 
comptant  bien  que  le  peuple  ne  tarderait  pas  à  le  rap- 
peler*. Il  emmenait  avec  lui  son  frère  Taldo,  son  neveu 
Ranieri,  sa  fille  Gâter ina ,  mariée  à  Galastrino  des  Gas- 
tellani  de  Pisloia'. 

Était-ce  de  sa  part  un  scrupule  patriotique,  pour 
n^étre  pas  cause  de  la  guerre  civile,  ou  une  inspiration 
de  la  prudence  pour  sauver  sa  tête?  Le  moment  de  son 
départ,  les  sentiments  qu'on  lui  connaît  permettent  de 
croire  qu'il  pensa  à  lui  moins  qu'aux  autres  ;  mais  s'il 
se  flattait  vraiment  d'un  prochain  retour,  il  n'en  pouvait 
diminuer  plus  impolitiquement  les  chances.  Partir,  en 
effet,  et  se  dérober  au  jugement,  c'était  presque  se  recon- 
naître coupable,  c'était  tout  au  moins  prêter  le  flanc  aux 
accusations  les  plus  diverses,  et  laisser  le  champ  libre  à 


<  Non  si  voile  mettere  alla  ventura  délia  battaglia  cittadincsca  per  non 
ll^qiastare  la  terra,  c  per  tema  di  sua  persona  non  voile  ire  dinanzi  (Villani, 
Vm,  8).  —  Cf.  Machiavel,  ht.  fior.,  II,  22  A. 

*  Sperando  che  il  popolo  il  rimellcrebbe  ancora  in  islalo  (Yillani ,  VIU,  8). 
—  Diliber6  di  non  comparire  e  d'aspettare  die  il  popolo  rimediasse  a  ciô, 
e  se  pure  avesse  baiido,  d'essere  ribandito  (Slefani,  111,  204).  C'est  sans 
doute  par  erreur  typographique  que  M.  G.  Capponi  (I,  90)  dit  le  3  mars. 
Tous  les  auteurs  disent  le  5. 

'  Ammirato,  hc.  cil,  *  Léon  Bruni,  IV,  72. 


(ÂH.  1295)  GIANO  EN  FRANGE.  421 

d'implacables  ennemis.  Ces  ennemis  aussitôt,  en  eflet,  le 
tirent  condamner  par  contumace  à  l'exil.  Sa  maison,  selon 
l'usage,  fut  pillée  et  à  moitié  détruite*.  De  fortes  amendes 
furent  infligées  à  ses  amis.  Leurs  timides  tentatives  pour 
obtenir  le  rappel  de  l'exilé  devaient  échouer  devant  le 
souverain  pontife  et  son  inflexible  opposition'. 

Victime  des  lois  qu'il  avait  fait  porter  lui-même  et  qui 
défendaient  à  toute  ville  toscane  de  donner  asile  aux 
bannis  florentins,  Giano  délia  Bella  en  aurait  pu  trouver 
un  dans  les  autres  provinces  d'Italie,  chez  les  gibelins. 
Il  préféra  la  France,  où  la  maison  de  banque  qu'il  avait 
fondée  avec  les  Pazzi  entretenait  des  comptoirs*.  Sa  pré- 
voyance laborieuse  assura  donc  le  pain  de  ses  derniers 
jours,  que  tant  d'autres  exilés  mendiaient  dans  les  cours 
étrangères.  A  l'étranger,  il  vécut  et  mourut  chez  lui, 
sensible  consolation  d'un  malheur  alors  si  commun.  Mais 
à  Florence,  fort  longtemps  sa  mémoire  fut  proscrite, 
presque  à  l'égal  de  sa  personne.  Nul  n'osait  en  prendre 
la  défense.  Villani,  le  premier,  put  porter,  cinquante  ans 
plus  tard,  un  jugement  moins  injuste,  quoique  sévère 
encore.  Sans  nier  les  fautes  de  Giano,  il  le  déclara 
«  condamné  à  tort  par  les  non-justes*.  — Grand  exem- 


«  Villani,  VUI,  8.  —  Paolino,  U,  49.  —  Stefani,  lU,  204.  —  M.  Hille- 
brand  (p.  78)  dit  que  La  maison  de  Giano  fut  détruite  par  ses  anciens  parti- 
sans. Mais  ses  anciens  partisans  étaient  revenus  à  lui,  et  la  destruction  dont 
il  s'agit  était  une  partie  de  la  condamnation  ,  en  vertu  des  Ordinameîita, 
L*erreur  provient  d'une  phrase  mal  comprise  dans  le  faux  Dino  Compagni. 

*  Gum  de  illo  revocando  agitaretur,  adversarii  ad  Bonifacium  pont,  con- 
fugerunt.  lUe  per  lilteras  magistratui  populoque  prsecepit  ne  Janum  Label- 
lam  neve  Taldum  fratrem  aut  Rainerium  nepotem  ab  exilio  revocarent  neve 
ad  dignitatem  aliquam  vel  bonorem  admitterent....  quoniam  ille  sator  dis- 
cordiarum  inler  cives  fuisset  (Léon.  Bruni,  IV,  72). 

5  P.  Villari,  iV.  AnL,  loc.  cit.,  p.  472. 

*  E  forse  per  li  detti  peccati  fu  per  le  sue  leggi  medesime  ch*  avea  fatte, 


A-n  LA  RÉFORME  DES  ORDONNANCES      (An.  1295) 

pie,  ajoute-t-il,  qui  avertit  les  hommes  à  venir  de  ne 
point  vouloir  être  seigneurs  dans  leurs  villes,  mais  de 
s'en  tenir  aux  droits  communs  du  citoyen,  car  Florence 
sait  par  d'anciennes  et  de  nouvelles  expériences  que 
quiconque  s'est  fait  chef  de  peuple  ou  d'université  a 
été  abattu  ;  c'est  la  seule  récompense  que  donne  jamais 
l'ingratitude  populaire  V  »  —  Que  Giano  ait  voulu  être 
seigneur,  c'est  ce  que  rien  ne  prouve.  Qu'il  ait  été  un 
clief  dé  peuple,  c'est  ce  qu'on  ne  saurait  nier;  mais 
tout  porie  à  croire  qu'en  se  laissant  pousser  en  avant 
par  le  souffle  populaire,  il  ne  cherchait  que  les  satis- 
factions vaines  d'une  enfantine  vanité. 

Par  sa  faute  avait  échoué  une  tentative  prématurée 
pour  donner  à  la  grande  innovation  des  ordonnances  un 
développement  qui  l'eût  alors  compromise.  Mais  son 
imprudence  n'avait  été  qu'un  prétexte  pour  ses  ennemis. 
S'ils  s'acharnèrent  à  sa  chute,  ce  fut  bien  moins  pour  ce 
qu'il  avait  voulu  faire  en  dernier  lieu  que  pour  ce  qu'il 
avait  fait  ou  provoqué  auparavant.  Il  paya  la  rançon 
d'une  réforme  capitale  qui  lui  survécut,  à  laquelle  ses 
vainqueurs  durent  se  résigner.  Du  fond  de  son  exil,  il  eut 
même  la  salisfaction  de  voir  les  autres  villes  toscanes 
suivre,  selon  leur  coutume,  l'exemple  de  Florence. 

A  Sienne,  en  effet,  les  neuf  adoptaient  contre  les  ma- 
gnats des  règlements  analogues,  levaient  dans  chaque 
terzo  ou  quartier  une  force  armée  de  quatre  cents 
hommes,  tendaient  de  grosses  chaînes  dans  les  rues, 


a  lorto  e  sanza  colpa  per  li  non  giusti  giudicato  (Villani,  VlIT,  8).  —  Cf. 
Léon.  Bruni  :  «  Iti  civis  bene  merilus  a  populo  ipso  cujus  auctoritatem 
contta  potentiores  asserucrat ,  ingrate  desertus  in  exilio  diem  obiit  (1.  IV , 
p.  72), 
'  ViUani,  Vlfl,  8. 


An.  1295)  DANS  LES  VILLES  TOSCANES.  425 

pour  que  les  anciens  dominateurs  ne  les  pussent  plus 
parcourir  à  cheval,  tout  en  maintenant,  à  vrai  dire,  «e 
pouvoir  oligarchique  du  popolo  grosso  qui,  selon  un  de 
leurs  historiens,  fit  longtemps  la  prospérité  de  leur  pa- 
trie*. 

Pise,  dans  sa  détresse,  allant  d'un  extrême  à  l'autre, 
faisait  plus  encore.  Au  Heu  d'accomphr  elle-même  les  ré- 
formes qui  devaient  la  faire  entrer  dans  la  société  guelfe, 
elle  en  commit  le  soin  à  Boniface  VIII,  qu'elle  élut  po- 
testat  et  gouverneur,  avec  un  salaire  de  quatre  mille 
livres.  Boniface  fit  exercer  ces  pouvoirs  nouveaux  par  un 
vicaire,  le  comte  Elio  de  Colle,  qu'accompagnait  le  prévôt 
de  Vence,  chargé  de  lever  l'interdit  et  de  toucher  l'amende 
de  cinq  cents  pièces  de  monnaie,  à  laquelle  les  Pisans 
s'étaient  vus  condamnés'.  Assez  habilement,  ce  peuple 
gibelin  faisait  la  part  du  feu  ;  il  consentait  à  devenir 
guelfe,  certain  que  la  papauté  ne  le  courberait  pas  sous 
le  joug  d'une  démocratie  qu'il  redoutait. 

De  telles  appréhensions  n'avaient  guère  alors  leur  rai- 
son d'être.  Nulle  part  on  ne  voyait  l'avènement  du  peuple. 
Sans  parler  de  Venise,  qui,  sous  son  doge  Piero  Gradeni- 
go,  affermissait  pour  des  siècles  le  régime  aristocratique*, 
à  Florence  même,  comme  en  témoigne  son  plus  lucide  et 
plus  sûr  chroniqueur,  «  les  artisans  et  le  menu  peuple. 


*  Sotto  nome  di  govcmo  popolare  tendcva  più  alla  potcnza  di  pochi  che 
a  partecipazione  univcrsalc,  la  quai  cosa,  benchè  fosse  molesta  a  molti,  fu 
nondimeno  di  non  piccola  utilità  a  qucllo  stnto  (Malavolti,  part.  îl,  1.  111, 
f"  5fi  r). 

«  Ann,  eccL,  1290.  t.  XXIV,  p.  199.  —  Muralori,  Ann,  iTItaL,  1296. 
—  Tostl,  Storia  di  Bonifazio  VIII,  1.  III,  1. 1,  p.  265. 

'  Voy.  Romanin,  Storia  di  Venezia,  1855.1861.  10  vol.  —  Zanotto. 
Storia  délia  repubblica  Veneziana^  1864,  2  vol.  —  Daru,  Histoire  de  Ve- 
niée.  Paris,  1819-1822.  —  Sismondi,  III,  229  sq. 


494  MÉDIATION  DE  BONIFACE  YIII.  (An.  1295) 

après  la  chute  de  Giano,  firent  peu  de  chose  dans  la  com- 
mune. I^e  gouvernement  resta  aux  mains  des  popolani 
grossi  et  des  puissanlsV  »  Tandis  que  Brunetto  Latini 
mourait  honoré  de  tous* ,  et  que  le  boucher  Dino  Pecora 
triomphait  bruyamment  d'une  victoire  dont  il  s'attribuait 
tout  l'honneur,  les  popolani  grossi  et  la  seigneurie,  leur 
instrument,  ne  tendaient  qu'à  éloigner  de  la  Toscane  ce 
qui  aurait  pu  les  troubler  dans  la  possession  du  pouvoir. 
Jehan  de  Châlon  s'y  trouvait  encore,  quoique  les  guelfes  et 
les  Florentins  lui  déniassent  le  titre  de  vicaire  du  roi  des 
Romains  dans  celte  province*.  N'ayant  pu  obtenir  d'eux  le 
prix  qu'il  mettait  à  ses  services,  il  s'était  tardivement  sou- 
venu que  les  gibelins  les  premiers  l'avaient  appelé.  Il  avait 
groupé  autour  de  lui  Ârétins,  Romagnols,  exilés  de  Flo- 
rence, et  rendu  actives  de  molles  hostilités.  Boniface  VIII 
ne  refusait  point  sa  médiation  aux  guelfes,  pour  en  finir 
avec  lui,  mais  une  fois  engagé  dans  l'affaire,  son  tempé- 
rament despotique  y  prétendit  tout  régler.  Il  fixa  à  quatre- 
vingt  mille  florins  d'or  l'indemnité  que  les  «  bons  Tos- 
cans >  de  la  Ligue  devraient  payer  au  Bourguignon*  ;  il 
voulait  que  tout  cet  argent  passât  par  ses  mains.  «  11 
réprimandait  vertement  les  sages  et  la  commune  de  Flo- 


*  Dair  ora  innanzi,  gli  artefici  e'  popolani  minuti  poco  podere  ebbono  in 
comune,  ma  rimnse  al  governo  de'  popolani  grassi  et  potenli  di  Fircnze 
(Villani,  VIII,  8).  —  M.  Gino  Capponi  n*esl  donc  pas  d*une  parfaite  exacti- 
tude ,  quand  il  dit  à  cet  endroit  :  c  Qui  ogni  cosa  era  per  il  popolo.  i  (1, 
91.) 

»  Villani,  VIIMO. 

*  Qui  se  asserit  viwrium  régis  Romanorurn  in  Tuscia  (ProvvUioni,  n*  V, 
p.  117).  —  Cette  phrase  se  retrouve  dans  tous  les  documents  où  il  est  ques- 
tion de  lui. 

*  Plol.  Luc.  Annal.,  R.  I.  S.,  t.  XI,  1301.  —  Selon  cet  auteur,  la  co- 
tisation de  Lucques  était  de  18,000  florins. 


(An.  1295)     DÉPART  DE  JEHAN  DE  CHALON.  425 

rencc',»  de  ne  lui  point  consigner  les  vingt-cinq  mille 
florins  de  leur  cotisation*.  Les  marchands  florentins 
durent  s'exécuter.  «  En  considération  de  Thonneur  et  du 
respect  dus  à  l'Église  de  Rome,  »  ils  donnèrent  balia  à 
leurs  magistrats  de  remettre  au  pape,  non-seulement  la 
part  afférente  à  leur  ville,  mais  encore  celle  de  plusieurs 
autres,  jusqu'à  concurrence  de  soixante  mille  livres.  Les 
maisons  des  Cerchi,  desFrescobaldi,  des  Mozzi,  des  Spini, 
en  comptèrent  chacune  douze  mille;  celle  des  Scali  six 
mille\  Si  Jehan  de  Châlon  reçut  tout  cet  argent,  c'est  ce 
qu'on  ne  saurait  dire;  mais  on  se  prend  à  en  douter, 
quand  on  voit  Boniface  YIII  le  payer  d'autre  monnaie,  lui 
accorder  pour  son  frère  l'évêché  de  Liège  \  L'aventurier 
ne  dut  pas  se  montrer  difficile.  «  Suspect  aux  gibelins, 
comme  étant  de  langue  française,  »  il  retourna  sans  re- 
tard en  Bourgogne  avec  ses  gens*. 

Sans  attendre  son  départ,  les  grands  étaient  entrés  en 
campagne  contre  les  ordonnances*.  Elles  subsistaient 
malgré  l'expulsion  de  Giano,  et  même,  sur  divers  points, 


*  Non  modicum  reprehendit  sapientes  et  comune  Florcnlie  (6  oc- 
tobre 1295.  Provvmoni,  n*  V,  p.  iiS). 

*  Villani  (VIII,  10)  dit  seulement  5500  florins.  Mais  outre  que  ce  chiffre 
est  en  contradiction  palpable  ayec  ceux  de  Ptolémée,  Florence  n*ayant  pu 
contribuer  pour  moins  que  Lucqucs»  celui  de  25,000  florins  se  trouTO  dans 
un  document  positif  du  25  septembre  1295,  Prowisioni,  n*  V,  p.  154  ▼•. 
Le  7  juillet  précédent ,  Florence  avait  contracté  un  emprunt  pour  ce  paye- 
ment (Ibid.,  p.  117). 

5  20  septembre,  6,  10,  25  octobre  1295.  Prowisioni,  n-  V,  p.  152, 
145,  148,  156  v*. 

*  Ptol.  Luc,  loc.  cit.  —  Muratori,  Ann,  d'ItaL,  1296. 
5  Villani,  Vllï,  10. 

^  Il  est  impossible  de  ne  pas  remarquer  la  coïncidence.  C'est  le  6  juil- 
let 1 295  que  80  fait  cette  campagne.  Le  7  ,  les  prieurs  contractent  un  em- 
prunt |)our  payer  ce  qu'on  a  c  promis  i  de  donner  à  Jehan  de  Châlon  (Prùv- 
visioni,  n*  V,  p.  117).  Donc  tout  était  réglé  b  cette  date,  il  n'y  avait  plus 
qu'à  arrêter  le  mode  do  payement. 


426  AGGRAVATION  DES  ORDONNANCES.  (An.  4295) 

on  les  avait  aggravées.  C'était  le  nœud  de  cette  situation 
étrange,  que  \cspopolani  grmn  tendaient  une  main  aux 
nobles  pour  les  affaires  du  gouvernement,  et  l'autre  au 
popolo  magrOj  pour  soutenir  les  lois  nouvelles,  leur 
commun  palladium.  C'est  ainsi  que,  le  15  mai  précé- 
dent, on  avait  vu  les  conseils  du  capitaine,  où  lesj^opo- 
laniy  gras  et  maigres,  avaient  seuls  accès,  décider  : 
1**  qu'aucun  magnat  ne  pourrait  exiger  des  popolani 
qu'ils  subissent  les  peines  auxquelles  ils  auraient  été 
condamnés,  notamment  sous  le  potestat  Pino  Yernacci, 
très-suspect  d'injustice;  2"*  qu'il  ne  serait  plus  permis 
aux  magnats  accusés  d'offense  par  un  popotano  pauvre, 
d'en  exiger  judiciairement  des  sûretés,  quand  l'olTense 
ne  paraîtrait  pas  évidente  \  Mais  ce  que  les  magnats 
tenaient  surtout  à  faire  abroger,  ce  qui  rapprochait  entre 
eux  jusqu'aux  Âdimari  et  aux  Tosinghi,  jusqu'aux  Mozzi 
et  aux  Bardi*,  c'était  la  solidarité  de  tous  les  membres 
de  la  fi)mille  dans  la  faute  ou  le  crime  d'un  seul,  et  la 
preuve  du  bruit  public  par  deux  témoins  seulement. 
L'une  de  ces  rigueurs  ctnil  pour  les  ordonnances  la 
condition  même  de  leur  efficacité;  l'autre  ôtait  toute 
garantie  h  h  justice  ;  elle  était  l'injustice  même.  Mais 
fussent-elles  extrêmes  dans  leur  lettre  ou  leur  esprit,  on 
ne  détruit  pas  à  volonté  les  institutions  ou  les  lois  qu'a 
dictées  une  pressante  nécessité. 

On  pouvait  du  moins  le  tenter.  I^e  6  juillet  1295, 
assurés  de  la  complicité  des  prieurs,  les  magnats  descen- 
dirent dans  les  rues,  et  vinrent  au  palais  communal 
réclamer  la  réforme  des  ordonnances,  ou,  au  pis  aller. 


*  Provvmoniy  n*  V,  p.  98  v%  99. 

•  Villani,Vin,  12. 


(An.  1*295)  SOULÈVEMENT  DES  GRANDS.  427 

de  ces  deux  rubriques.  La  ville  fui  aussitôt  en  rumeur  et 
en  armes*.  Ils  l'avaient  prévu  ;  ils  n'en  furent  point  dé- 
concertés. On  les  vit  sur  leurs  chevaux  caparaçonnés, 
que  suivait  à  pied  la  multitude  de  leurs  vassaux  campa- 
gnards et  celle  des  masnadieri  ou  gens  sans  aveu,  se 
répartir  en  trois  Iroupes  et  occuper  trois  poinls  impor- 
tants. La  première  prit  position  sur  la  place  de  San-Gio- 
vanni.  Elle  avait  pour  chef  Forese  des  Âdimari,  qui  tenait 
en  main  l'enseigne  royale.  La  seconde,  sous  les  ordres 
de  Yanni  desMozzi,  s'établit  sur  la  piazza  al  Ponte,  aux 
abords  du  Ponte  vecchio^  par  où  pouvait  déboucher  le 
populeux  faubourg  d'Ollrarno.  La  troisième,  ayant  à  sa 
tête  Geri  Spina,  se  rendit  au  point  central  du  MerccAo 
nuovo.  Elle  avait  pour  mission  de  balayer  les  rues  en  tout 
sens,  d'y  empêcher  tout  hostile  rassemblement*. 

A  tout  prix  il  fallait  déjouer  cette  tactique,  et  si  Ton 
ne  pouvait  circuler  soi-même,  interdire  du  moins  la  cir- 
culation aux  magnats.  Les  popotani  tendirent  partout 
des  chaînes,  obstacle  insurmontable  à  la  cavalerie  et,  par 
suite,  aux  contadini,  qui  n'osaient  s'avancer  qu'à  l'ombre 
de  leurs  maîtres.  En  même  temps  se  réunissaient  les  mi- 
lices urbaines:  elles  étaient  bientôt  en  nombre  sous  les  fe- 
nêtres du  palais  communal,  qu'habitait  le  potestat,  et  sous 
celles  de  la  maison  des  Cerchi  où  résidait  pour  lors  la 
seigneurie*.  Leurs  chefs  les  y  avaient  conduites,  moins 
pour  les  mettre  aux  ordres  de  magistrats  suspects  que 


»  Villani,  VIII,  12. 

*  Per  volere  correre  la  terra  (Villani,  Vlll,  12).  —  Ces  mots,  dans  les 
chroniqueurs,  paraissent  ne  se*rapporter  qu'à  la  troisième  trou|)e. 

'  Nous  avons  souvent  parlé  de  ces  maisons.  Elles  étaient  derrière  San 
Procolo,  non  loin  de  la  vieille  Badia.  Une  rue  qui  porte  encore  le  nom  des 
Cerchi  et  débouche  sur  la  place  de  la  Seigneurie ,  indique  à  peu  près  où 
elles  se  trouvaient.  Voy.  le  plan  de  Florence  joint  à  cet  ouvrage. 


428  MODÉRATION  DES  PRIEURS.  (Ak.  1295) 

pour  les  séparer  de  la  noblesse  et  leur  imposer  les  vo- 
lonlés  populaires.  N'y  pouvant  parvenir,  ils  doublèrent 
sans  hésiter  le  nombre  des  prieurs.  Pour  en  rompre  la 
majorité  ennemie,  ils  leur  adjoignirent  six  popolarii  con- 
sidérables et  sages,  un  par  sestiere^.  C'était,  sans  engager 
la  bataille,  mettre  les  nobles  hors  de  combat '.  Déjà  ils 
ne  pouvaient  plus  communiquer  avec  le  potestat,  avec  la 
seigneurie,  et,  pour  surcroît  de  disgrâce,  ils  allaient  en 
voir  les  décisions  se  tourner  contre  eux. 

Vainqueurs  à  si  peu  de  frais,  les  popolani  furent  clé- 
ments :  ils  ne  les  chassèrent  point  de  Florence.  Villani 
prétend  qu'ils  l'auraient  pu  *  ;  mais  le  doute  est  permis  : 
la  clémence  ne  fut  sans  doute  que  prudente  circonspec- 
tion. D'accord  pour  défendre  les  ordonnances,  cet  abus 
de  la  victoire  les  eût  divisés.  De  nouveau  la  haute  bour- 
geoisie eût  fait  cause  commune  avec  les  magnais.  C'est  à 
elle  qu'ils  durent  quelque  adoucissement  t^  leur  sort  :  les 
prieurs  supplémentaires  disparurent  sans  bruit;  quelque 
atténuation  fut  apportée  à  la  rigueur  des  ordonnances.  Il 
fut  décidé  qu'on  exigerait  trois  témoins,  au  lieu  de  deux, 
pour  attester  le  bruit  public;  qu'on  ne  punirait  plus 
personnellement  qu'un  «  capitaine  »  ou  chef  d'homicide, 
et  que  les  autres  grands  qui  auraient  participé  au  meurtre 
d'un  popolano  ne  seraient  plus  condamnés  qu'à  deux 
mille  livres  d'amende\  On  édicta  des  peines  contre  qui- 


*  Dierono  compagnia  a*  priori,  perché  v'erano  in  sospetto,  uno  per  seslo 
(Villani,  Vin.  12). 

*  Non  ebbono  nulla  forza  ne  podere  contro  loro  (Villani,  VIH,  12). 

^  Il  popolo  arebbe  piutosto  potulo  vincere  e  soprastare  a'  grandi  e  cac- 
ciarli  (Villani,  VIII,  12).  —  Machiavel  dit  (hL  fior.,  II,  22  A,  B)  que  beau- 
coup auraient  voulu  en  venir  aux  inains  tout  de  suite  ,  et  rien  n*cst  plus 
probable  ;  mais  Villani  ne  fait  mention,  à  cet  égard,  d'aucun  dissentiment. 

^  Quod  unus  solummodo  qui  fiot  capitaneus  homicidii  pénis  supra  dictis 


(ÀH.  1295)         COLÈRE  DU  PEUPLE.  429 

conque  porterait  contre  eux  de  fausses  accusations  ou  de 
faux  témoignages  ;  on  leur  reconnut  le  droit  de  punir 
librement  chez  eux  leurs  écuyers  et  serviteurs*. 

Ils  crurent  qu^ils  allaient  respirer  ;  mais  les  prieurs 
avaient  cédé  plus  que  ne  permettait  le  sentiment  public*. 
A  l'expiration  de  leur  charge,  ils  furent  poursuivis  dans 
les  rues,  accablés  de  coups  de  pierres.  A  défaut  de 
pierres,  on  leur  lançait  à  la  tête  les  instruments  des 
métiers \  «  Les  choses,  dit  Villani,  ne  tardèrent  pas  à 
revenir  dans  leur  ancien  état^.  »  Sans  violence  apparente, 
on  ôta  aux  grands  leurs  plus  redoutables  armes,  leurs 
grosses  arbalètes  :  ils  n'osèrent  refuser  de  les  vendre  à 
la  commune  \  Dans  les  conseils  des  derniers  mois 
de  1295  et  dans  ceux  des  années  subséquentes  on  relève 
nombre  de  mesures  propres  à  (c  fortifier  »  les  ordonnances 
de  justice*.  A  la  date  du  24  août  1295,  le  potestat  Maffeo 
des  Maggi,  de  Brescia,  recevait  balia  jusqu'au  1*'  no- 
vembre suivant,  de  retenir,  pour  le  bien  de  la  commune, 
toutes  personnes  dans  les  cours  de  son  palais,  tout  le 


puniatur.  Reliqui  vero  magnâtes  qui  dicto  bomicidio  inUrfuerint  et  percu»- 
scrint  hujusinodi  populareui  in  libris  duabus  millibus  fp.  condempnentur. 
Et  pro  dicto  bomicidio  fieri  possit  et  debeat  unus  capitaneus  tantura  qui 
|)ena  capilis  et  in  destructione  et  deTastatione  suorum  bonorum  puniatur,  etc. 
(6  juillet  1295.  Provvisioni,  n»  V,  p.  113  f  ). 

>  Ibid.  Le  lendemain,  7  juillet,  on  ordonnait  aux  Mannelli  et  aux  Velluti 
de  Caire  la  paix  entre  eux ,  s'ils  ne  Toulaient  y  être  contraints  par  la  force 
(/6id.,p.  417  V). 

>  E  ci6  feciono  i  priori  contre  al  Tolere  de*  popolani  (Villani,  YIU,  19). 
—  Léo  (1.  VU,  c.  n,  1. 11,  p.  54)  dit  :  à  Tinsu  du  peuple,  —  ce  qui  est  un 
non  sens. 

3  Poco  appresso  si  hyocô  et  tornô  nel  primo  stato  (Villani,  VIII,  IS). 
*  Furono  picchiate  le  pancbe  dietro  con  le  caviglic  e  gettati  molti  sassi, 
percb'  erano  stati  consentienti  a  faYoreggiarc  i  grandi  (Villani,  VUl,  12). 
»  Villani,  VIU,  12. 
^  Fortificando  li  ordini  délia  giustixia  (Villani,  VUI,  12). 


430  NOUVELLES  RIGUEURS  (âh.  1S95) 

temps  qu'il  jugerait  à  propos;  d'interroger  «  avec  ou 
sans  tourments  »,  et  de  punir  «  à  son  gré  »  les  coupa- 
bles de  blessures  ou  d'injures  contre  les  magistrats,  les 
promoteui^,  auteurs  et  fauteurs  de  tumultes,  d'attroupe- 
ments dans  la  ville  et  les  faubourgs,  tous  ceux  enfin  qui, 
dans  les  rues,  crieraient  aux  armes  ou  serra^  c'est-à-dire 
arrête  ^  Le  9  novembre,  on  portait  de  mille  à  deux  mille 
livres  la  peine  pour  les  blessures  faites  au  visage  à  main 
armée,  si  l'arme  avait  frappé  à  moins  de  cent  brasses  de 
la  maison  du  blessé,  distance  mesurée  à  la  canna^  ou 
aune  de  calimala*. 

De  nouveaux  troubles  justifiaient  ces  nouvelles  ri- 
gueurs'. Les  grands  ne  parvenaient  pas,  peut  être  même 
ne  cherchaient-ils  pas  à  chasser  ce  naturel  qui  revient 
au  galop.  Les  partisans  de  Giano  délia  Bella  réclamaient 
bruyamment  son  rappel.  Pour  couper  court  à  ces  de- 
mandes, comme  ce  pour  obvier  aux  scandales,  bruits, 
rixes,  séditions  qui  avaient  affligé  récemment  Florence,  » 
on  interdit,  le  13  décembre  1295,  le  rappel  de  quiconque 
aurait  été  condamné  depuis  le  1**^  janvier  précédent,  pour 
clameurs  ou  injures  contre  la  seigneurie,  le  potestat  et 
le  capitaine,  pour  rumeurs,  tumultes,  séditions,  comme 
pour  avoir  mis  le  feu  au  palais  de  la  commune  ou  aux 
portes  dudit  palais^. 

^  Prowisioni^  n"  V,  p.  125  v*.  Même  balia  était  donnée  le  17  jao- 
TÎer  1296  h  Giliolo  des  Maccheruffi  de  Padouc,  le  nouveau  potestat  (Ibid., 
p.  13  V).  De  mênne  le  17  janvier  1297  (Ibid,,  n»  Vlï,  p.  37  v%  38).  Acette 
dernière  date,  on  limite  à  cinq  jours  le  temps  durant  lequel  le  potestat  était 
autorisé  à  garder  les  gens  dans  les  cours  de  son  palais  ou  dans  la  tour  de 
Volognano. 

*  Ibid.,  p.  171. 

^  Un  document  du  29  janvier  1297  prouve  qu'il  y  avait  eu  des  troubles, 
notamment  le  16  décembre  1296. 

*  Provvisioni,  n*  V,  p.  187. 


(An.  1295)         CONTRE  LES  GRANDS.  451 

Ces  derniers  mots,  comme  ces  proscriplions  persis- 
lantes,  monlrent  assez  que  Tesprit  de  parti,  qui  avait 
chassé  rinfortuné  Giano,  subsistait  dans  toute  sa  force. 
D'autant  plus  remarquable  est  donc  la  persistance  des 
conseils  à  confirmer,  à  développer  l'œuvre  de  l'impru- 
dent mais  généreux  proscrit.  Sages  intermédiaires  entre 
les  factions,  ils  veillaient  à  la  paix  publique  ;  ils  prohi- 
baient, pour  la  protéger,  tout  ce  qu'à  tour  de  rôle  elles 
imaginaient  pour  la  troubler.  Sur  les  boucliers,  les  écus, 
les  bannières,  les  soubrevestes  de  guerre,  les  housses 
des  chevaux  se  voyaient,  en  signe  de  ralliement,  les  armes 
peintes  ou  brodées  de  la  famille  dont  on  suivait  la  direc- 
tion. Entre  membres  ou  clients  de  familles,  de  partis 
adverses,  c'étaient,  dans  les  rues,  autant  de  provocations 
à  la  lutte.  Désormais,  sous  peine  de  deux  cents  livres 
pour  un  magnat,  et  de  cent  pour  un  popolanOy  personne 
ne  put  plus  porter  que  les  armes  de  son  art  ou  les  siennes 
propres,  avec  celles  du  roi  Charles  ou  de  ses  descendants. 
Quiconque  en  peindrait,  coudrait,  sculpterait  ou  vendrait 
d'autres,  serait  sévèrement  châtié,  s'il  n'était  point  de 
bonne  foi  ^  Un  magnat  avait-il  des  a  guerres  ou  inimitiés 
patentes*  »,  on  lui  défendait,  sous  peine  de  mille  livres, 
d'aller,  sans  permission  expresse  de  la  seigneurie,  à 
aucune  réunion  de  nobles,  pour  obsèques,  mariages, 
fiançailles,  prises  d'habit,  célébration  de  première  messe 
ou  «  mystère  de  quelque  défunt'.  » 


*  17  janvier,  l*'fémer  1296  (Provvitioni,  n-  V,  p.  13  v%  18). 

*  Guerram  seu  inimicitiam  patentera  (17  janTÎer  1297.  Prowisiani,  n"  YO, 
p.  38).  —  Ce  document  a  été  publié  en  partie  par  Gaye,  1,  433. 

^  in  civitate,  burgis  vel  suburgis  seu  in  comitatu  Florentie  ire  ad  aliquam 
invilatam,  que  ficret  de  ipsis  magnatibus  vel  magnate  pro  aliquo  defuncto, 
vel  ad  exequias  alicujus  defuncti,  vel  pro  mogliazio  seu  sponsalibus,  vel  pro 


432  ADOUCISSEMENTS  AUX  ORDONNANCES.  (An.  1295) 

Et  ce  n'étaienl  point  là  des  prescriptions  vaines,  comme 
celles  (le  tant  de  lois  au  moyen  âge.  Tour  à  tour  les  plus 
grands  noms  passaient  sous  les  fourches  caudines  de 
l'odieuse  loi.  Simone  Pazzo  des  Pazzi,  condamné  à  deux 
ceiUs  livres  pour  blessures  faites  à  Âgnolo  des  Pazzi,  qui 
était  de  sa  caste  comme  de  sa  famille,  et  à  trois  mille 
pour  d'autres  blessures,  peut-être  moins  graves,  à  Baldo 
de  Mandria, />o/?o/ano,  voyait  ses  quatre  répondants  em- 
prisonnes pour  payer  jusqu'à  concurrence  de  mille  livres, 
et  obtenant  un  recours  sur  ses  biens  \  Quelques  années 
plus  tard,  un  grand,  qui  a  laissé  une  chronique  particu- 
lière assez  curieuse,  écrivait  simplement,  sans  récrimi- 
nations :  a  II  advint  que  moi  et  Maffeo,  qui  étions  des 
grands,  nous  ne  pouvions  intenter  une  action  contre  Gone 
et  Redi  de  Ghigi  de  Ghofo,  qui  étaient  du  peuple  \  » 
Diverses  mesures  correctives,  prises  à  diverses  dates, 
prouvent  même  qu'on  avouait  quelque  excès  dans  la 
répression,  et  qu'on  tentait  d'y  remédier.  Tant  de  per- 
sonnes avaient  été  condamnées,  pour  méfaits,  à  des 
amendes  de  cinquante  livres  et  au  dessous,  puis  incar- 
cérées pour  refus  de  payement,  qu'il  fallait,  le 
2  juin  1298,  les  remettre  toutes  en  liberté,  et  faire  dé- 
fense au  potestat,  au  capitaine,  à  leurs  juges,  d'inscrire, 
pour  de  si  faibles  condamnations,   les  condamnés  au 


aliqiio  presbylero,  monacho  vel  monacha,  seu  pro  misterio  alicujus  mortui, 
nisi  de  licentia  et  parabola  dominonim  priorum  arlium.  (!bid.) 

*  Dans  le  nombre  de  ces  répondants  était  un  des  Lamberli  et  un  des 
Adiuiari  (4  février  1297.  Provvisioni,  n?  VU,  p.  53  v'). 

*  E  avvenne  per  cagione  cbe  io  e  Maffeo  eravaino  de'  grandi,  e  non  po- 
levaino  torre  azione  contra  Gone  e  Redi  di  Ghigo  di  Ghofo,  che  erano  di  po- 
polo  (Cronichetta  di  Neri  degli  Strinali,  1300,  p.  124,  opuscule  parfaite- 
ment authentique  publié  à  la  suite  de  la  fausse  chronique  de  Semifonte, 
attribuée  à  Pace  de  Certaldo). 


(Àif.  1299)  STABILITÉ  DES  ORDONNANCES.  433 

livre  des  bannis \  Le  13  mai  1299,  étaient  déclarées 
nulles  toutes  protestations  et  inquisitions  faites  devant 
les  magistrats,  si,  dans  les  trois  jours,  elles  n'avaient  été 
enregistrées  et  communiquées  aux  inculpés*.  Le  18  jan- 
vier 1500,  tout  citoyen  était  autorisé  à  accuser  le  potestat, 
le  capitaine,  le  juge  des  appels  et  leurs  famigli^  pour 
toute  infraction  5  ce  nouveau  statut,  et  même  pour  toute 
autre  accusation  dont  ils  fussent  Tobjet'. 

Mais  qu'on  serait  loin  de  la  vérité,  si  Ton  voyait  dans 
ces  médiocres  adoucissements  à  une  législation  terrible 
la  moindre  tendance  à  y  renoncer  1  En  corriger  les  excès 
inutiles,  c'était  au  contraire  la  confirmer  dans  ses  points 
essentiels.  Personne  ne  s'y  trompait.  Les  petites  localités 
qui  ne  s'étaient  pas  encore  assuré  le  bénéfice  des  ordon- 
nances, le  réclamaient  et  l'obtenaient  des  Florentins.  A  la 
demande  des  habitants  de  Caslelnuovo,  dans  le  val 
d'Arno,  Florence  interdisait  à  tout  magnat  d'acheter  des 
maisons,  des  tours,  des  terres  ou  toute  autre  propriété 
sur  le  territoire  dudit  château,  par  crainte  qu'ils  n'y 
voulussent  ainsi  établir  leur  seigneurie.  Elle  ordonnait, 
en  outre,  que  si  quelque  grand  y  possédait  déjà  quelque 
tour,  cette  tour  ne  pût,  sous  peine  de  mille  livres  d'a- 
mende, être  haute  de  plus  de  cinq  brasses*.  Plusieurs 
années  plus  tard,  en  1306,  le  15  mars,  on  devait  donner 
aux  ordonnances  une  consécration  solennelle  dans  cette 
vieille  église  de  San  Pier  Scheraggio  qui,  dès  1294,  en 
avait  vu  la  promulgation*. 

*  Prowisioni,  n*  IX,  p.  40. 
«  /M.,  n»X,  P.-48. 

'  Quelibet  persona  licite  et  impune  possit  sibrque  liceat  facerc  protesta- 
tioneset  inquisitiones  super  quocumque  negolio  (Ibid.,  n*  X,  p.  191  )• 
^  28  septembre  1500.  Prowisioni,  n*  X,  p.  277. 

*  Ordin.  di  giust.,  Bub.  80;  Giudici,  p.  585. 

HI8T.  DE  rL0.1EKCE.  —  11.  28 


43i  INTRIGUES  DES  GRANDS.  (an.  1299) 

La  noblesse  florentine  sentit  à  peine  ce  dernier  coup  : 
depuis  longtemps  elle  avail  laissé  toute  espérance.  Beau- 
coup de  familles  sans  pouvoir  ni  grandes  propriétés, 
€  se  mettaient  du  peuple  ^  »  La  politique  modération 
des  hommes  qui  avaient  conduit  avec  tant  de  suite  et  de 
fermeté  cette  paciOque  campagne,  sut  leur  adoucir  l'a- 
mertume du  breuvage,  s'ils  la  sentaient  encore  en  vidant 
le  calice.  C'est  avec  raison  que  Villani  nomme,  pour  leur 
rendre  hommage,  ces  marchands  dont  le  nom  est  devenu 
célèbre,  les  Mancini,  les  Magalotti,  les  Alloviti,  les 
Peruzzi,  les  Acciajuoli,  les  Cerretani*.  Grâce  à  eux,  les 
magnats  purent  se  résigner  à  leur  sort.  A  peine  quel- 
ques-uns, s'obstinant  dans  leur  résistance  farouche,  cher- 
chèrent-ils encore  les  moyens  d'abattre  le  peuple  et  de 
le  soumettre  '.  Leurs  intrigues  et  leurs  violences  y 
échouèrent  pareillement;  mais  elles  devaient  sufflre  à 
entretenir  un  certain  malaise  \  alors  même  qu'elles 
curent  cessé  d'èlre  un  péril  pour  «  le  nouvel  état  du 
peuple  à  Florence*  »• 

Une  fois  encore  elles  aboutirent  à  quelque  éclat.  Les 
nobles  récalcitrants  avaient  réussi,  le  i"  janvier  1299,  à 
faire  nommer  potestat,  et  par  conséquent  juge  chargé  de 
prononcer  contre  eux  d'après  les  ordonnances,  un  pauvre 
gentilhomme  de  la  Marche  Trévisane,  Messer  Monfiorito 
de  Coderta,  dont  ils  avaient  peut-être  acheté  d'avance  les 


*  Molti  casati  che  non  erano  tiranni  ne  di  grande  potere,  si  trassono  del 
numéro  de'  grandi,  e  misero  nel  popolo  (Villani,  Vni,  12). 

*  Villani,  Vm,  12. 

'  Da  indi  innanzi  i  grandi  non  finirono  giammai  di  cercare  via  e  modo  di 
polere  abbattere  il  popolo  a  loro  podcre  (Villani,  VUI,  12). 
^  Sconcio  e  maie  stato  che  ne  segui.  (IbùL) 

*  NuoTO  stalo  di  popolo  in  Firenze.  (Ibid,) 


(An.  1299)  LE  POTËSTAT  MONFIORITO.  435 

bons  offices*.  Infraclicns  nombreuses  à  la  légalité,  dénis 
de  justice,  fraudes  et  vols  signalèrent  dès  son  début  cette 
magistrature  et  tournèrent  les  popolanij  même  les  popo- 
lani  grassi^  contre  le  magistrat  prévaricateur.  Aux  élec- 
tions du  14  avril  pour  la  seigneurie,  le  sentiment  public 
se  fit  jour  par  le  choix  d'hommes  résolus  à  sévir  contre 
lui*.  Le  4  mai,  après  dix-huit  jours  de  patience,  les  nou- 
veaux prieurs  lui  ôtaient  la  baguette,  signe  de  sa  dignité, 
recommandaient  aux  syndics  un  sévère  examen  de  ses 
actes,  et  préventivement  l'incarcéraient  avec  ses  famigli 
dans  une  prison  nommée  depuis  la  Monfiorita*.  Le  7,  Ric- 
ciardo  des  Artinigi,  de  Bologne,  capitaine  du  peuple, 
était  chargé,  jusqu'au  l*""*  juillet,  des  fondions  de  poteslat, 
et  l'on  faisait  défense  à  tout  grand,  lâous  peine  de  cent 
livres  d'amende,  d'entrer  sans  y  être  appelé  dans  le  palais 
de  cet  officier,  et  à  tout  futur  potestat,  comme  à  ses 
serviteurs,  d'avoir  un  médecin  qui  ne  leur  fût  désigné 
par  la  seigneurie*.  N'entrevoit-on  pas  dans  cette  prescrip- 

i  Vil  nni  ne  pulanl  point  de  ce  potestat,  les  auteurs  qui  en  parlent^  no- 
tanuncntlc  meilleur  et  le  plus  récent  de  tous,  M.  Gino  Capponi  (I,  91),  le 
placent ,  avec  le  faux  D.  Compagni ,  immédiatement  après  l'expulsion  de 
Giano.  Mais  on  Toit  dans  la  liste  des  Officiales  foren$es  tous  les  pott^stats  dé- 
sormais semestriels  de  1296  à  1299,  et  à  cette  dernière  date  Monfiorito. 
Ce  témoignage  suffisant  est  confirmé  par  Simone  délia  Tosa  (p.  222),  par 
Paolino  (II,  53)  et  surtout  par  diverses  provvisioni  relatives  à  ce  magistrat. 

*  M.  Del  Lungo,dans  ses  annotations  à  Dino  Compagni  (1. 1,  c.  xis,  p.  55), 
ne  comprend  pas  que  les  citoyens  qui  avaient  appelé  Monfiorito  ne  pussent 
pas  le  tolérer  plus  longtemps.  Cela  s'explique  pourtant  très-bien  :  on  Pavait 
élu  sur  la  désignation  plus  ou  moins  indirecte  des  nobles,  qui,  avant  ou 
après  son  élection,  l'avaient  gagné  à  leur  cause. 

'  Au  bout  de  la  rue  dite  Yacchereccia,  en  face  du  Palazzo  vecchio,  C*était 
une  tour  de  la  maison  des  Tizzoni.  Le  capitaine  y  résidait  alors  (Paolino,  H, 
53). 

*  Provvisioniy  n"  X,  p.  32  v*.  —  Le  faux  D.  Compagni  rapporte  que 
Monfiorito  fut  soumis  h  la  question  ,  par  le  supplice  de  la  corde  ,  et  que  la 
femme  d'un  grand  ,  d'un  des  Arrigucci ,  qui  était  en  prison  avec  lui ,  leur 


456  PROCÈS  DE  MONFIOIUTO  (An.  1399) 

tion  singulière  que  le  médecin  de  Monûorito  avait  dû 
servir  d'ngent  à  ses  prévarications? 

La  seigneurie  du  15  juin  maintint  ce  qu'avait  fait  la 
précédente;  mais  par  un  injuste  retour  des  choses  d'icî- 
bas,  celle  du  15  août,  animée  de  sentiments  contraires, 
supprima  «  beaucoup  de  papiers  du  livre  des  actes,  qu'on 
gardait  au  fond  d'une  armoire,  dans  la  chambre  d'un  des 
prieurs,  et  qui  contenaient  contre  Monfîorito  les  preuves 
de  sa  culpabilité.  »  Elle  fit  plus,  elle  imita  ses  fraudes, 
ses  vols,  ses  extorsions.  De  là,  au  1 5  octobre,  des  élections 
populaires.  Le  19,  quatre  jours  après  être  entrée  en  fonc- 
tions, la  seigneurie  donnait  ordre  au  nouveau  potestat, 
Ugolino  de  Corigia,  parmesan,  de  procéder  contre  les 
prieurs  et  le  gonfalonier  sortants,  de  les  condamner,  selon 
les  ordonnances  de  justice,  dans  leurs  personnes  et  leur 
avoir.  Il  devait,  sous  peine  de  deux  mille  florins,  terminer 
en  dix  jours  le  procès  relatif  à  la  soustraction  des  papiers, 
et,  sous  peine  de  mille,  conduire  le  plus  rapidement  pos- 
sible rinsiruction  touchant  les  autres  méfaitsV 

Pourtant,  ce  n'était  point  une  tâche  facile.  Contre  des 
accusés  qui  se  défendaient  par  leurs  dénégations  ou  qui 
se  dérobaient  par  la  fuite,  on  ne  trouvait  guère  ni 
preuves  ni  témoins.  C'est  pourquoi,  malgré  ces  injonc- 
tions sévères,  les  choses  traînaient  en  longueur.  Le  20  fé- 
vrier 1300,  enire  était  donné  au  potestat  brescian  Ge- 

ayant4f|!f|iié?léf^lîAles  sourdes  et  aulres  fers,  ib  purent  s'cnAiir.  Mais 
ces  2êêèiÛQtiè  ne  se  trouTant  conBrmées  ni  par  les  documents  ni  par  Si- 
mone délia  Tosa,  qui  a  parlé  de  cette  affaire  un  peu  plus  que  les  autres  au- 
teurs, on  ne  saurait  s'y  arrêter.  —  Ce  supplice  de  la  corde,  tomme  disent 
les  Italiens,  nous  l'appelons  estrapade.  Un  peintre,  H.  Steinhcil,  en  a  donné 
une  représcnlalion  assez  fidèle  dans  un  tableau  qui  a  figuré  à  Texposition 
de  1875,  sous  le  n""  1857,  et  sous  ce  titre  :  Un  tribunal  au  quinzième  <tè- 
cle.  L'interrogatoire. 
^  Prowisioni,  n*  X,  p.  113. 


(A«.  1299)        ET  DE  SES  COMPLICES.  437 

rardino  de  Gambara,  de  «  procéder  par  toute  sorte  de 
lourments,  avec  ou  sans  indices,  en  dérogeant  à  toutes 
les  règles  sur  la  prescription,  contre  quiconque  serait  ré- 
puté avoir  commis  des  vols,  fraudes,  faux,  actes  de  cor- 
ruption, soit  avec  Messer  Monfiorito  de  Coderta  ou  quel- 
qu'un de  sa  famiglia^  soit  par  leurs  conseils  ou  séduc- 
tions*. » 

Sur  les  résultats  mêmes  de  ce  grand  et  scandaleux  pro- 
cès, les  documents  ne  nous  apprenneni  rien.  On  voit 
seulement  dans  Simone  délia  Tosa  que  «  beaucoup  de 
Florentins  furent  condamnés  pour  les  rapines*.  »  Dante, 
par  un  de  ces  mots  obscurs  qu'éclairent  ses  commenta- 
tours',  flétrit  un  certain  Durante  des  Chiermontesi,  qui 
axait  enlevé  de  la  mesure  du  sel  la  douve  où  était  appliqué 
le  sceau  de  la  commune,  pour  Tadapter  à  un  vase  plus 
petit,  et  tromper  ainsi  les  acheteurs\  Un  ami  de  ce  Du- 
rante, Niccola  Acciajuoli,  ayant,  pour  le  sauver,  lacéré  les 
registres  du  notaire,  fut  condamné  à  une  amende  de  trois 
mille  livres.  Complice  ou  complaisant,  Baldo  d'Aguglione, 
le  fameux  rédacteur  des  ordonnances,  dut  payer  deux 
mille  livres  et  s'exiler  pour  un  an'.  Ainsi  s'éteignait  dans 


*  Provvuioniy  n*  X,  p.  208  v*. 

*  •«  Trabalderie.  i  (Simone  délia  Tosa,  p.  225.) 

*  Ad  eUde 

Cb*  era  sicuro  il  quaderoo  e  la  doga. 

{Purg,  XII,  104]. 

*  Florence  ne  tint  pas  rigueur  au  fils  de  ce  délojal  personnage.  Gerî  de 
Scr  Durante  des  Cbiermontesi  est  prieur  pour  le  ie$to  de  San  Piero  du 
15  juin  1301  au  15  août  (Stefani,  lY,  225.  Deliùe,  X,  16). 

'  Yoy.  surtout  le  commentateur  anonyme  de  liante.  Il  n*Y  a  rien  ^  ce 
sujet  daus  BeoTenuto  d^linola.  —  Niccola  Acciajuoli  était  de  la  seigneune 
provaricatrice  (15  août-15  octobre  1299),  mais  non  Baldo  d*Aguglione» 
qui  était  juge,  c*est-âi-dire  d*un  art  qui  fournissait  les  notaires,  mais  non  les 
prieurs  (Voy.  les  listes  de  Slcfini,!'!.  2''0.  Delizie,  VUI,  80).  Pourtant  les 


438  RELATIONS  EXTÉRIEURES        (An.  ii99) 

d'ignominieuses  misères  la  grande  lulle  qu'avait  en  vain 
soutenue  la  noblesse,  frappée  à  mort  par  un  peuple  de 
marchands. 

On  se  ferait  une  bien  fausse  idée  de  l'activité  prodi- 
gieuse, comme  de  l'incroyable  liberté  d'esprit  dont  Flo- 
rence faisait  preuve,  si  nous  ne  disions  un  mol  de  ses  re- 
lations au  dehors  dans  le  même  temps.  En  Toscane,  elle 
wait  presque  à  ses  ordres  la  taglia  ou  armée  de  la  ligue 
/jelfe.  La  puissante  parte  guelfa  en  était  le  nerf;  c'est 
elle,  le  plus  souvent,  qui  en  désignait  le  capitaine,  dans 
les  diètes  ou  parlements  si  souvent  tenus  à  Empoli. 
Le  19  août  1297,  les  ambassadeurs  florentins  recevaient 
mission  d'y  fixer  la  taglia  à  cinq  cents  cavaliers  stipendiés 
pour  un  an,  et  d'y  procurer  le  maintien  d'Inghiramo, 
comte  de  Biserno,  dans  la  charge  de  capitaine,  qu'il 
occupait  dès  le  mois  de  février  ^  faute  de  quoi  ils  feraient 
en  sorte  que  Télection  fût  différée  et  se  fît  à  Florence*.  Ce 
que  Florence  avait  à  redouter,  c'était  moins  une  oppression 
ouverte  que  la  force  d'inertie  et  la  négligence.  Aussi  mul- 
tipliait-elle les  ambassades  auprès  de  ses  alliés.  Une 
d'entre  elles  montre  Dante  Alighieri  partant  pour  San- 
Gemignano  et  sommant  cette  pclile  ville  de  remplir  ses 

juges  étaient  quelquefois  prieurs;  ainsi  Lapo  Sallerelli  (15  avril- 
i5  juin  1500),  Dogio  dal  Borgo  (15  décembre  1500-15  février  1301).  — 
Voy.  Stcfani,  IV,  222.  Delixie,  X,  15,  14. 

^  Il  avait  sous  ses  ordres  plusieurs  autres  capitaines,  Vanni,  Berre  de 
Pise,  Ugo  de  Caldaia,  Cberico  Donati,  Belluccio  d'Ostina,  Puccio,  comte  de 
Sarteano ,  Puccio  d'Ârezzo ,  Michelozzo  Buglietti  de  Lucardo ,  Salino  Dorri- 
ghi,  Giliolo  de  Parme  (28  février  1297.  Provvisioni,  n*  VU,  p.  84  V).  Ces 
capitaines  avaient  un  nombre  variable  de  cavaliers  ,  en  général  peu  consi- 
rable,  15,  28,  40.  A  chaque  page  des  provvisioni ,  on  trouve  de  ces  sortes 
d'engagements,  nouveaux  ou  renouvelés.  Il  est  assez  bizarre  que  le  chiffre 
de  29  se  rencontre  souvent  (Voy.  Prowiêioni,  n*  V,  p.  165,  28  oc- 
tobre 1295). 

*  Prowimni,  n»  YIII,  p.  113  V. 


{An.  1299)  DES  FLORENTINS.  439 

obligations  ^  San-Gemignano  pliait,  mais  en  relevant  la 
tête  :  ses  syndics  recevaient  ordre  de  n'engager  en  rien 
leur  commune,  sans  en  référer  à  ses  conseils  et  à 
ses  magistrats,  surtout  quant  au  fait  des  dépenses*.  Jus- 
que dans  les  moindres  centres  de  population,  la  souve- 
raineté communale  pouvait  bien  déléguer  ses  pouvoirs; 
elle  n'avait  garde  d'abdiquer. 

Hors  de  la  Toscane  même,  Florence  s'intéressait  aux 
événements.  Ses  modestes  alliées  n'étendaient  pas  si  loin 
leurs  regards.  Elle  ne  les  eût  pas  facilement  déterminées 
à  envoyer  des  secours  à  Charles  II  contre  les  rebelles  de 
Sicile.  Il  est  vrai  qu'elle-même  n'accordait  les  siens  qu'avec 
circonspection  '  ;  malgré  les  plaintes  des  ambassadeurs 
royaux,  ses  conseils  persistaient,  quelquefois  à  l'una- 
nimité, dans  leurs  résolutions  dilatoires*.  Mais  économe 
de  ses  hommes  d'armes,  prodigue  de  démonstrations 


*  Die  8  maii  conyocato  et  adunato  consilio  generali  comunis  et  homînum 
S.  Geminiani  in  palatio  dicti  comunis....  dixit  (Dantes)  quod  ad  presens  in 
certo  loco  parlamcntum  et  ratiocinatio  more  sotito  per  omnes  comunitates 
Tallie  Tuscie,  et  pro  renovatione  et  confirmatione  noyi  capitanei  fieri  expe- 
dity  propter  que  ad  expediendum  predicta  conyenit  quo  sindici  et  ambaxia- 
tores  solemnes  predictorum  comunium  simul  conveniant  se  (Libri  Refor" 
maiionum  Terrœ  S,  Geminiani),  — Ce  document  a  été  reproduit  plusieurs 
fois  :  par  Stefani,  t.  VI,  p.  257  ;  Pelli,  Memorie  di  Dante,  p.  94,  Flor., 
1823,  2*  édit.  ;  Pecori,  Sioria  délia  Terra  di  San  Gemignano,  p.  605  ; 
Reumont,  Délia  diplomazia  italiana  dal  ucolo  XUl*  al  lYI*,  p.  3S8, 
Flor.,  1857.  —  Voy.  en  outre  Balbo  ( Fi te  di  Danfe,  1. 1,  p.  190-192,Turin, 
1839).  —  Le  capitaine  qui  fut  nommé  était  Taddeo,  comte  de  Montorgiale 
diMarittima  (Provviêioni^  n*  X,  p.  85  y%  21  août  1299). 

*  Dummodo  nil  possint  firmari  yel  aliquod  se  obligari,  quin  primo  dicte 
comuui  et  octo  expensarum  facium  déclarent.  (JJb,  Reform.  Terrœ  S.  Ge^ 
min.f  loc.  cit.) 

>  10, 12 décembre  1296.  Provmioni,n*  VII,  p.  17. — Non  videntur  esse 
contenti  responsionis  predicte  (15  décembre  1296.  Ibid,,  p.  17  ?*). 

*  Placuit  omnibus  in  dîcto  presenti  consilio  existentibus.  (Ibid,)  »  Autre 
exemple  d*unanimité  dans  les  conseils. 


440  GUERRE  DE  ROMAGNE.  (An.  1399) 

amicales,  elle  savait  délier  les  cordons  de  sa  bourse.  En 
juillet  1299,  elle  marquait  sa  joie  de  la  victoire  navale 
remportée  par  Charles  II  contre  Frédéric  d'Aragon*,  en 
habillant  de  neuflesenvoyésqui  lui  apportaient  l'heureuse 
nouvelle*.  Vingt  mois  plus  tard,  le  15  mars  1301,  elle 
comptait  au  roi ,  naturellement  sur  sa  demande,  cinq  mille 
florins  d'or  %  et  il  est  certain,  malgré  la  perte  des  actes 
authentiques,  qu'elle  avait  fait  dans  ces  mains  percées 
bien  d'autres  versements. 

Plus  près  de  ses  frontières,  elle  envoyait  avec  moins 
de  répugnance  ses  cavallate  et  ses  milices.  Il  faut  la  voir, 
en  1296,  soutenant  à  Bologne  la  cause  guelfe  que  mena- 
çaient les  gibelins  de  Romagne  et  Âzzone,  marquis  de 
Ferrare*.  Le  25  avril ,  elle  emprunte  douze  mille  livres 
pour  cet  objet\  Le  18  juillet,  a  attendu  les  nouveautés 
qui  arrivaient  à  la  journée,  »  les  prieurs,  ayant  reçu 
jusqu'au  15  août  pleine  balia  pour  les  choses  de  la 
guerre*,  envoyaient  deux  cents  chevaux  et  autant  d'arba- 


*  Roger  de  Loria,  amiral  de  Frédéric ,  mais  fort  maltraité  par  lui ,  avait 
lait  défection.  —  Boniface  arait  déterminé  Don  Jayme ,  attaqué  par  les  rois 
de  Gastille  et  de  France,  ^  abandonner  In  Sicile  aux  entreprises  de  Charles, 
st  promettre  même  de  Taider,  pour  prix  de  la  main  de  Blanche,  fille  de  ce 
pince,  richement  dotée,  et  de  la  Corse  et  de  la  Sardaigne,  que  le  pape  li- 
Trait  à  PAragonais ,  quoiqu'elles  appartinssent  aux  Pisans  et  aux  Génois. 
G*e8t  alors  que  les  Siciliens  araient  couronné  Tinfant  Don  Fadrique,  qui  gou- 
fcmait  leur  ile  au  nom  de  Jayme,  son  frère  (Bartk,  Neocattr.  Uist.  st- 
cul., c.  CUV,  R.  I.  S.,  t.  XIII,  H68  sq  ;  Nicolai  SpecialU  Hist.  sicid.,  l.  Il, 
c.  xx-xxv,  R.  I.  S.,  t.  X,  961  sq  ;  Sismondi,  111,  59  sq). 

*  Le  27  juillet  1299,  on  votait  pour  celte  dépense  170  livres,  10  sous, 
4  deniers  (Protrvtstont,  n*  X,  p.  79). 

>  La  somme  exacte  est  5084  florins  et  36  sous  (Ibid,,  p.  310). 

^  Une  lettre  de  Guglielmo  Durante,  évèque  de  la  Marche  et  d'Ancône,  in- 
formait les  Bolonais  du  dessein  de  leurs  ennemis.  —  On  peut  lire  cette  let 
tre  dans  Ghirardacci,  Délia  Hist.  di  Bolognùy  I,  333. 

*  Prowisionit  n*  VI,  p.  13. 

*  Ibid.,  p.  Cl. 


(An.  1299)  PAIX  AVEC  LES  ROMAGNOLS.  441 

léiriers.  Grâce  à  ce  concoure,  les  guelfes  bolonais,  battus 
d'abord  par  Azzone,  battaient  bientôt  Uguccione  de  la 
Faggiuola  de  Modène,  et,  après  l'avoir  fait  prisonnier,  le 
prenaient  pour  capitaine,  s*emparaicnt  sous  ses  ordres  de 
la  place  de  Bazzano  (25  nove^lbre)^  Après  deux  ans 
d'hostilités  obscures,  Florence  avait  le  dégoût  d'une 
guerre  où  la  cruelle  Bologne  écartelait  ses  exilés'.  Le 
29  novembre  1298,  ses  conseils  accédaient  au  compromis 
qu'Azzone  et  Bologne  déféraient  à  l'arbitrage  de  syndics 
florentins,  après  avoir  rerais  en  garantie  à  la  commune 
médiatrice  l'un  le  château  de  Fiumaccio,  l'autre  celui  de 
Spilacaberto'.  Dix  chevaliers  avaient  été  envoyés  jusqu'à 
Bologne,  pour  faire  escorte  aux  délégués  des  deux  parties 
contractantes*.  La  paix  conclue  (30  décembre),  ces  délé- 
gués reçurent  des  vêtements  neufs ,  et  assistèrent ,  sur  la 
place  de  San  Giovanni,  garnie  de  gradins  et  d'une  somp* 
tueuse  estrade,  à  la  promulgation  solennelle  du  traité'. 
La  ratification  du  saint-siége  fut  ensuite  demandée  :  les 
ambassadeurs,  envoyés  à  cet  effet  par  Florence,  reçurent 
chacun  quatre  livres  dix  sous  de  gages  par  jour.  C'était 
dix  sous  de  plus  qu'ils  ne  recevaient  ordinairement'. 

L'arrogant  et  dédaigneux  Boniface  YIII  n'avait  rien  à 
refuser  aux  Florentins''.  Contre  les  Colonna,  ses  ennemis 
personnels*,  il  sollicitait  les  secoui^  de  la  ligue  toscane. 

<  Gbirardacci,  I,  554  sq. 
«  Ibid. 

*  ProwUioni,  n*  IX,  p.  108  ?•. 

*  9  décembre  1298.  Ibid.,  p.  116. 
»  ibid.,  p.  122. 

«  25  février  1299.  Ibid.,  p.  154. 

^  Fuslosus  et  arrogans  et  omnium  contemptifQS  {PtoL  Luc,  Hiêt  eccL, 
I.  XXIV,  c.  XXXVI,  R.  I.  s.,  t.  XI,  1205). 

^  Il  avait  déposé  deux  cardioaux  du  nom  de  Colonna,  n'ayant  obtenu  leurs 
voix  dans  le  conclave  que  par  supercherie  (Ferreii  YicenUiU  Chron*,  !•  lit 


442  LE  CARDINAL  D  AGQUASPARTA,  (Ah.  iS99) 

Pour  prêcher  contre  eux  une  impie  croisade  S  il  avait  en- 
voyé légat  dans  la  province  (26  juin  1297)  Matleo  d'Ao- 
quasparta,  arcliiprôtre  de  Prato,  général  des  Franciscains, 
créé  cardinal  par  Nicolas  IV,  et  chargé  jadis  avec  Boni- 
face  lui-même  d'une  ambassade  auprès  de  Rodolphe,  roi 
des  Romains'.  Loin  de  se  bornera  une  prédication  vague, 
ce  prélat,  selon  ses  instructions  précises,  demandait  un  se- 
cours d'hommes  d'armes  pour  deux  mois^.  Les  deux  mois 
non  encore  écoulés,  il  priait  qu'on  le  continuât  à  son  maî- 
tre jusqu'en  novembre  suivhnt\  Sans  cesse  étaient  renou- 
velées ces  demandes,  et  à  leur  suite  les  envois  d'hommes 
ou  d'argent*.  Florence  donnait  166  cavaliers.  Sienne  124, 
Lucques  114,  Pistoia47,GittàdiGastello20,Yolterrel8, 

R.  I.  s.,  t.  IX,  968.  —  Fr.  Pipini  Chron.,  IV,  45,  R.  I.  S.,  t.  IX,  744 
—  Sismoudi,  m,  88). 

*  Avendo  guerra  prciso  a  Laterano, 

E  non  con  Sarncin,  ne  con  Giudei, 
Chè  ciascun  suo  nemico  era  crisliano»' 

[Inf.  XXYII,  86.) 

*  Un  document  du  26  juin  1297  rappelle  Roberto,  archiprètre  de  Pnto 
(Provvivoni,  n*  VIII,  p.  95).  Un  autre  du  8  février  i298,Malteo,  cardinal- 
éveque  de  Porto  et  de  S.  Rufine  (Prawisioni,  n*  IX,  p.  14  t*).  Les  docu- 
mcnls  dcsomuiis  rappellent  toujours  •  Frater  NattheuB,  episcopus  Portuen- 
sis,  aposlnlice  sedis  Icgalus.  »  (Voy.  27  juin  1300.  Prùwitiani,  n*  X, 
p.  260  et  autres.)  Il  n*y  a  donc  pas  lieu  de  tenir  compte  d'appellations  di- 
verses qu'on  trouve  dans  les  auteurs  (Quem  Villanus  eumque  seaitus  S.  An- 
toninus  Osliensem  vocant.ilrtn.  eccl,,  1500,  t.  XXIV,  294).  Villani  l'appelle 
en  fait  «  Matteo  d*Acquasparta,  cardinale  Portuense.  •  (VUI,  36.)  On  Tac- 
cusa  d'avoir  luissé  s'introduire  trop  de  relâchement  dans  la  r^le  de  son 
ordre.  Dante  dit  un  mot  de  ce  reproche  {Parad.^  XII,  124).  Voy.  sur  Tam- 
bassadc  commune  de  Malteo  et  de  Benedetto  Gaetani,  le  futur  Boni- 
face  VIII,  Tosti,  Hi9t,  de  Bonif,  YIII,  t.  I,  p.  50  de  la  trad.  fr.,  par  Tabbé 
Marie  Duclos,  Paris,  1854. 

'  Prowitioni,  n*  VIII,  p.  95.—  Le  2  juillet  1297,  un  impôt  extraordi- 
naire était  levé  à  Florence  pour  envoyer  ce  secours  (Ibid,,  p.  98  v*). 

*  21  août  1297  (/Wd.,  p.  118  V). 

*  3  février  1298,  balia  donnée  à  la  seigneurie  d'envoyer  des  secours  au 
pape.  8  février  1298,  nouvelle  demande  du  pape.  Les  conseils  accordent 
100  cavaliers  pour  trois  mois,  y  compris  le  teinpt  de  Taller  et  du  retour.  Le 


(An.  1299)         LÉGAT  EN  TOSCANE.  443 

Prato  15,  San  Gemignano  7,  Colle  5,  Poggibonzi  4^  Si 
Pise  n'est  pas  mentionnée,  c'est  que  le  pape  y  commandait, 
en  sa  qualité  de  potestat.  Cette  guerre  peu  édifiante  excitait 
un  zèle  tout  politique  chez  les  gouvernants,  tout  dévot 
chez  les  particuliers.  Neri  Donati,  «  ayant  pris  la  croix  pour 
le  secours  de  l'Église  romaine  contre  les  Colonna,  »  lais- 
sait par  testament  dix-huit  livres  pour  équiper  un  homme 
de  pied*.  Giovanna,  fille  de  Bonaccursi  del  Velluto, 
versait  trente  livres  et  envoyait  son  croisé  c<  contre  ces  per- 
fides Colonna  et  contre  tous  autres  rebelles  de  ladite  Église 
et  du  souverain  pontife'.  »  Avec  ses  dévoués  auxiliaires, 
Boniface  prenait  à  ses  ennemis  Palestrina  et  tous  leurs 
châteaux  de  la  campagne  romaine*.  «  En  promettant 
beaucoup  pour  tenir  peu,  »  selon  le  conseil  de  Guido  de 
Montefeltro,  qu'il  avait  tiré  du  couvent  où  le  vieux  guer- 
rier terminait  sa  vie  sous  la  bure  du  franciscain*,  il  les 
réduisait  à  fuir  en  pays  étranger  auprès  de  Philippe  le 
Ber. 

Maître  chez  lui  jusqu'à  l'orage  terrible  qu'il  amassait 
comme  à  plaisir,  Boniface  VIII  y  faisait,  on  peut  le  croire, 

27  juin  1298,  Boniface  demande  qu'on  proroge  la  durée  de  ce  service.  Les 
conseils  y  consentent,  en  laissant  aux  prieurs  le  soin  d*en  fixer  le  terme. 
(Prowisioni,  n»  VU,  p.  169,  n*IX,  p.  4, 14  V.) 

*  Ammirato,  1297. 1.  IV,  t.  I,  p.  200. 

*  Quod  assumpserit  crucem  in  auxilium  romanae  ccclesiae  contra  Colump- 
nenses  (Doc.  ap.  Arch.  Stor,^  \*  série,  Append.,  t.  V,  2*  disp.,  p.  307). 

'  Contra  illos  perfides  de  Columpna  ,  et  centra  quoscumque  alios  dicte 
Ecclesie  et  summi  pontificis  inimicos  atque  rebelles.  (Ibid.) 

*  Omnia  ipsorum  castra  et  Tillae  ac  podcria  occupata  fuerunt  traditaque 
nobilibus  Romanis  ;  quaedam  vero  Ecdesia  sibi  reserfayit  (Ptol.  Luc.  HUt. 
eccL,  R.  I.  S.,  t.  XI,  1502). 

*  Plurîma  eis pollicemini,  pauca  obsenrate  (Pipini  CAron.,  lY,  41,  R.  I. 
S.,  t.  IX,  741).  —  Cf.  Dante,  Inf.,  XXYII,  110.  Lunga  promessa con lat- 
tender  corto. 

*  Ferreti  Vicentini  HUt.,  1.  0,  R.  I.  S.,  t.  IX,  970.  —  Pipini  Ckron.  ; 
PioL  Luc.  Eiii.  eccl.,  loc.  cit.  —  Sismondi»  III,  91. 


444  LE  JUBILÉ.  (Ah.  1300) 

l)On  accueil  aux  ûdèles  Toscans  quî  Ty  venaient  visiler. 
Une  occasion  unique  s'en  proscntail.  Il  avait  donné  ren- 
dez-vous aux  chrétiens  dans  Rome,  pour  célébrer,  en 
raniiée  1500,  une  solennité  religieuse  nouvelle.  Parmi 
les  peuples  du  moyen  âge  régnait  cette  croyance  que  le 
saint-siége,  de  temps  immémorial,  accordait  une  indul- 
gence plénière  à  toute  âme  pieuse  qui ,  dans  la  dernière 
année  du  siècle,  venait  se  prosterner  aux  pieds  des  saints 
apolresS  Rien,  dans  le  passé,  ne  confirmait  celte  pré- 
tendue coutume;  elle  n'en  plaisait  pas  moins  aux  gens 
avides  de  laver  à  peu  de  frais  leurs  fautes  ou  en  quête  de 
prétextes  pour  un  voyage  d'agrément.  En  fait,  Tindul- 
j-ence  plénière  n'était  ni  pour  les  romei  qui  visitaient 
Rome,  ni  même  pour  les  pèlerins  qui  se  rendaient  en 
Galice  au  sanctuaire  de  Saint-Jacques;  l'Église  la  réservait 
aux palmieri  qui  s'acheminaient  vers  les  lieux  saints,  et 
qu'on  nommait  ainsi  des  palmes  qu'ils  en  rapportaient*. 
Mais  un  pape  avait  droit  d'innover,  surtout  pour  faire 
couler  le  Pactole  à  Rome.  Aux  Romains  qui  pendant 
trente  jours,  aux  étrangers  qui  pendant  quinze,  visite- 
raient les  églises  des  bienheureux  apôlres  Pierre  et  Paul, 
Roniface  YIII  accorda  cette  précieuse  indulgence  qui  met- 
tait les  plus  pervers  en  règle  avec  le  ciel*. 

L'empressement  public  dépassa  tout  ce  qu'avait  pu 
rêver  l'ambitieux  pontife.  Selon  Yillani,  témoin  oculaire, 


«  Muratori,  Ann,  (TïtaL,  1300. 

*  Balbo,  Yita  di  DanU,  I,  257. 

'  Comme  le  remorque  M.  Henri  Martin  (IV,  423),  le  nom  de  Jubilé  ne 
figure  pas  dans  la  bulle  pontificale  qui  instituait  cette  cérémonie  séculaire 
(Yoy.  Ann,  eccL,  1300,  t.  XXIV,  p.  284  sq).  Oémeot  YI  Toulut  qu'elle  fût 
renouvelée  tous  les  50  ans  (1343),  Grégoire  XI  tous  les  33  ans  (1373)« 
Paul  H  tous  les  25  ans  (1470).  (Yoy.  Isambert,  Biogr,  tmîo.  Hœfer^  art. 
Boni''afe  Vllf.^ 


(\^.  1300)  AFFLUENGE  A  ROME.  445 

il  y  eut,  toute  l^année,  à  Rome,  deux  cent  mille  pèlerins, 
sans  compter  ceux  qui  fourmillaient  sur  les  routes  pour 
l'aller  et  le  retour*.  Guglielmo  Ventura,  le  chroniqueur 
d'Asli,  qui  fit  aussi  le  voyage,  parle  en  bloc  de  deux  mil- 
lions d'hommes  et  de  femmes*.  Les  auberges  étaient 
pleines.  On  voyait  des  septuagénaires  et  des  infirmes  por- 
tés sur  des  litières,  un  Savoyard  âgé  de  plus  de  cent  ans 
et  que  ses  fils  conduisaient^.  Il  fallut  diviser  en  deux  dans 
sa  longueur  le  pont  Saint-Ânge,  au  moyen  d'une  palissade 
en  bois,  pour  qu'un  double  courant  de  circulation  s'y 
pût  établir^.  Malgré  cette  précaution ,  la  foule  avançait 
lentement,  tantôt  avec  patience,  sans  bruit  et  sans  que- 
relles', tantôt  avec  frénésie  et  en  se  foulant  aux  pieds  \ 
Nuit  et  jour  elle  assiégeait  l'autel  de  Saint-Paul,  où  deux 
clercs,  tenant  en  main  des  râteaux,  «  râtelaient  »  des 
sommes  infinies^,  qui  enrichissaient  le  pape*,  tandis  que 
les  Romains  devenaient  tous  riches  en  vendant  leurs  den- 


«  Villani,  vin,  36. 

'  Viginti  cenlum  millia  yironiin  et  miilîerum....  Ego  ibi  fui,  et  per  dies 
15  ibi  steti  (G.  Ventura,  Chronicon  Atierue^  c.  xxn,  R.  I.  S.,  t.  XI,  192). 
»  Dante,  /it/.,  XVIII,  28-33.  -  Cf.  Balbo,  Viia  di  Dante,  I,  258. 

♦  Ann.  eccL,  1300,  g  0,  t.  XXIII,  p.  286. 

*  Con  molta  pazienza  e  sanza  rumore  o  zuffe.  E  io  il  posso  testiraoniare, 
che  vi  fui  présente  e  viddi  (Villani,  VIII,  36). 

0  Pluries  ego  ibi  (am  viros  quam  mulieres  conculcatos  sub  pedibus  alio- 
rum,  et  etiam  egomet  in  eodem  periculo  plures  vices  evasi. (Ventura,  Chron, 
Âstente,  loc.  cit.) 

^  Die  ac  nocte  duo  clerici  stabant  ad  allare  S.  Pauli,  tencnles  in  eorum 
manibus  rastelios  rastcUantes  pccuniam  infinitam.  (Chron.  Aileme,  loc. 
cit.) 

>  Papa  innumerabilcm  pecuniam  ab  eisdem  recepit.  {Chron,  Asteme,  loc. 
cit.)  —  Molto  tesoro  ne  crebbe  alla  cbicsa  (Villani,  YllI,  36).  La  peinture 
a  conservé  le  souvenir  de  ce  premier  jubile  dans  deux  palais  de  Florence , 
au  palais  Strozzi  et  au  Palazzo  vecchio,  dans  la  salle  où  se  réunissaient  les 
prieurs.  La  fresque  de  ce  dernier,  œuvre  de  Jacopo  Ligozzi,  a  été  repro- 
duite en  gravure  au  frontispice  des  Ritratti  (Tuomini  Ulutlri  toscaniy 
4  vol.  in-r*,  Florence,  1766  (Yoy.  TroUope,  I,  233). 


440  AMBASSADE  DES  FLORENTINS  (Ah.  1300) 

récs,  en  hébergeanl  les  ét^ange^s^  L'avoine,  lefoin  étaient 
hors  de  prix,  les  auberges  plus  encore.  A  Guglieimo  Yen* 
lura,  pour  son  lit  et  ses  chevaux,  on  faisait  payer  un  gros 
tournois*,  somme  énorme  pour  le  temps. 

Florence  était  trop  voisine  de  Rome  pour  que  ses  mar- 
chands n'y  vinssent  pas  en  nombre,  acheter  à  prix  d'or 
leur  salut;  mais  la  commune  même  voulut  être  re- 
présentée au  jubilé.  Elle  y  envoya  une  ambassade  allé- 
gorique, splendidement  équipée.  Pour  indiquer  qu'elle 
plaçait,  dans  son  respect,  le  trône  pontifical  au-dessus  de 
tous  les  autres,  ses  ambassadeurs  Gguraient  les  princi- 
pales puissances  de  la  lerre  qui  s'y  venaient  prosterner'  : 
Vermiglio  Alfani,  l'empereur  d'Occident;  Simone  des 
Rossi ,  l'empereur  d'Orient  ;  Musciatto  Franzesi ,  déloyal 
persécuteur  de  ses  compatriotes  à  Paris,  le  roi  de  France; 
Ugolino  des  Cerchi,  le  roi  d'Angleterre*;  GuicciardoBas- 


'  E' Romani,  perle  loro  Jerrate,  furono  tutti  ricchi (Villani,  VHI,  136). 

*  Chron.  Astense^  loc.  cit.  Le  gix)s  était  la  128*  partie  de  la  livre ,  ou 
la  8*  d*une  once.  C'était  une  monnaie  d'argent,  créée  sous  Louis  IX,  et  va- 
lant 12  deniers  ou  un  sou. 

5  La  liste  s'en  trouve  dans  i*  Pétri  Calzolarii  de  viris  illtutribus  F/o- 
rentiœ,  et  Pauli  Mini  de  nohil,  Flor.  cap.  de  Flor.  eloquio  clarisy  cités 
par  Rossi  (Vita  Bonifacii  VUI,  c.  xi,  p.  121),  cité  lui-même  par  Tosti,  /si. 
di  Bon.  Vin,  1.  V,  t.  Il,  p.  117  ;  2*"  dans  un  ms.  de  la  bibl.  Laureoziana. 
(Plut.  XXIV,  n"*  8,  in-i*.  Voy.  Bandini,  Catalogué  codicum  latinorum  Bi- 
hliolhecœ  medicœ  laurentianœ,  t.  IV,  col.  195-196,  et  Osserv,  fior,^  VI, 
20,  3*  éd.)  Dans  les  deux  auteurs,  la  liste  contient  13  noms,  et  dans  le 
ms.  12  seulement.  Le  nom  supprimé  est  celui  de  Florence,  ce  qui  rend  la 
suppression  peu  vraisemblable  et  donne  plus  d'autorité  à  la  première  liste, 
différente  ,  d'ailleurs ,  de  la  seconde  ,  quant  au  nom  de  plusieurs  des  per- 
sonnages envoyés.  —  On  peut  voir  une  description  minuiieuse  de  cette 
ambassade  dans  Giunta  di  Fr.  Serdonati  al  libro  dei  casi  deyli  huomini 
tVustri  di  G,  Boccaccio,  p.  807-812,  Flor.,  1598,  in-8-.  —  Cf.  Manni, 
Délia  nobillà  di  Firenzc,  p.  99,  et  Vannucci,  p.  234  note. 

^  Le  ms.  de  la  Laurenziana  dit  Ugolino  da  Vicchio.  La  présence  d*iin 
Ccrclii  dans  cette  ambassade  où  il  fallait  faire  de  la  dépense,  est  pourtant 
bien  vraibeniMable. 


(An.  1300)  A  ROME  POUR  LE  JUBILÉ.  447 

taro,  le  khan  desTartares;  fiencivenni  des  Folchi,  le 
grand-maîire  de  Rhodes;  Romero  Frighinello,  le  roi  de 
Bohême;  Manno  des  Adimari,  le  roi  de  Naples  ;  Bernardo 
Vaio,  le  roi  de  Sicile;  Sino  Diotisalvi,  le  seigneur  de 
Camerino  ;  Benedctto  Nerli ,  les  seigneurs  de  la  Scala,  de 
Vérone,  de  Carrare  et  de  Padoue  ;  Lapo  des  Uberli ,  la 
commune  de  Pise,  et  Palla  des  Strozzi,  celle  de  Florence*. 
Leur  suite  se  composait  de  cinquante  chevaliers  au  moins, 
comme  eux  splendidement  vêtus  et  armés.  Aux  costumes 
divers  on  reconnaissait  les  peuples  et  les  princes.  Boni- 
face  VIII  fut  frappé  de  ce  brillant  et  dispendieux  appareil. 
Un  vieux  manuscrit  rapporte  à  ce  sujet  une  scène  carac- 
téristique. —  Quelle  cité  que  cette  Florence  !  s'écria  le 
pontife.  —  Personne  ne  répondant,  il  répéta  par  trois 
fois  son  exclamation.  Comme  le  silence  persistait  autour 
de  lui  :  —  Si  vous  ne  me  répondez  pas,  reprit-il,  je  vous 
mettrai  tous  à  Pamende  ou  en  prison  *.  —  Alors,  un  car- 
dinal dit  ces  mots  :  —  Seigneur,  la  cité  de  Florence  est 
une  bonne  cité.  —  Sur  quoi  le  pape  :  —  0  méchant  Espa- 
gnol, que  dis-tu?  Elle  est  la  meilleure  de  toutes  les  cités. 
Est-ce  que  ceux  qui  nous  nourrissent,  qui  administrent 
et  gouvernent  notre  cour,  ne  sont  pas  des  Florentins?  Ils 
semblent  même  gouverner  le  monde  entier,  car  Flo- 
rentins étaient  tous  les  ambassadeurs  que  nous  ont  en- 
voyés, dans  ces  temps-ci,  rois,  barons  et  communautés. 


^  Nous  ne  donnons  pas  les  autres  noms ,  parce  qu'ils  ne  sont  pas  con- 
cordants. —  Yillani  ne  parle  point  de  cette  ambassade  ,  mais  il  n*en  faut 
pas  conclure  qu*ellc  soit  conlrouTëe.  11  n*a  point  parlé  non  plus  du  potestat 
Monfiorito  dont  Taventure  est  établie  par  les  documents. 

*  Tandem  post  tertiam  interrogationem  turbatus  quia  nullus  ei  respon- 
debat,  dixit  :  —  Nisi  mihi  respondeatis,  omnes  vos  poni  faciam  in  multa , 
sive  in  carccrera.  (Bibl.  Laurenziana,  loc.  ciL,  ap.  Ouerv,  fior,^  M,  21, 
}•  éd.) 


448  TRAVAUX  PUBLICS.  (An.  1500) 

Ils  sont  en  vérilé  le  cinquième  élément  de  TunÎYersV 
Ce  n'est  pas  eui,  assurément,  qui  purent  souffrir  à 
Rome  du  manque  de  vivres,  cruelle  misère  des  derniers 
mois  de  Tannée  pour  des  pèlerins  moins  opulents,  non 
plus  que  dans  leur  patrie  de  la  disette  de  viande  de  bou- 
cherie el  autres  comestibles,  qui  s'étendit  jusqu'à  la  Tos- 
cane*. S'ils  avaient  de  l'or  pour  les  dépenses  de  luxe,  ils 
n'en  manquaient  pas  pour  les  dépenses  nécessaires.  Pré- 
voyants et  industrieux,  ils  le  prodiguaient  avec  une  sage 
économie  pour  donner  à  leur  ville  toutes  les  commodités 
et  môme  lous  les  ornements  de  l'existence,  pour  en  faire 
un  incomparable  séjour.  Dans  cette  période  troublée  o& 
s'édiclent  et  s'établissent  les  ordonnances  de  justice,  les 
travaux  publics  prennent  un  puissant  essor.  Le  dire  d*un 
mot,  sans  détails  et  sans  dates,  ce  serait  n'en  point  don- 
ner une  idée. et  comme  égarer  à  plaisir  le  jugement  du 
lecteur  sur  cette  alliance  pour  nous  si  surprenante  des 
agitations  stériles  de  la  guerre  et  des  œuvres  fécondes  de 
la  paix,  comme  sur  le  constant  esprit  de  suite  du  plus 
mobile  des  gouvernements. 

La  conslruclion,  l'embellissement  des  églises  était,  à 
Florence,  un  soin  de  tous  les  jours.  On  y  voyait  le  moyen 
d'honorer  Dieu  et  les  saints ,  de  désarmer  le  siège  apo- 
stolique, d'ajouter  aux  splendeurs  de  la  ville.  N'était-ce 


*  Nam  omnes  ambaxiatores  qui  islis  lemporibus  ad  nos  per  regcs,  baro- 
ncs  et  communitates  sunt  direct!,  Florentini  fuerunt....  Et  ideo  cum  Flo- 
rentini  re^nt  et  gubcrnent  toium  muiidum,  yidetur  mihi  ipsi  sint  quiotum 
elementum.  (Ibid,) 

*  18  mars  1301.  Comiglio  délia  Campana,  LIX,  p.  71.  —  CeUe  di« 
sette  se  prolongea  ou  revint.  Le  21  juin  1302,  il  y  avait  i  Sienne  quinii 
mille  pauvres  qui  mouraient  de  faim  par  suite  de  la  disette  et  de  Finsuffi- 
sance  des  aumônes  (Ibid.^  LXI,  p.  132).  Scion  lesAnn.  eccl,  (XIUl,  286), 
rien  ne  manqua  à  Rome,  pendant  la  période  du  jubilé. 


(An.  1500)  SAN  GIOVANNI.  449 

pas  lionorer  saint  Jean,  son  patron,  que  de  réparer, 
hausser,  niveler,  daller  la  place  de  San  Giovanni*,  que 
d'isoler  cette  vénérable  église  en  enlevant  les  monuments 
funèbres  qui  en  encombraient  les  abords,  que  d'y  recon- 
struire en  marbre  blanc  et  noir  les  vieux  pilastres  de 
pierre,  comme  l'entreprit  à  ses  frais  l'art  de  Calimala*? 
Mais  c'était,  en  même  temps,  faciliter  les  communica- 
tions d'un  quartier  à  l'autre,  et  donner  plus  d'espace  aux 
sermons  qu'on  débitait  sur  cette  place  étroite,  aux  fêtes 
fréquentes  qu'on  y  célébrait'.  Entrepris  en  1293,  ces  tra- 
vaux, trois  ans  plus  tard,  étaient  jugés  insuflisants.  On 
décidait  alors  de  démolir  l'hôpital  dit  de  San  Giovanni, 
pour  le  reconstruire  plus  loin,  dans  la  via  nuoia  degli 
spadai.  Et  comme  les  propriétaires  des  maisons  situées 
sur  la  place  ainsi  agrandie  en  voyaient  singulièrement 
accroître  la  valeur,  ils  étaient,  dès  le  premier  jour,  impo- 
sés d'une  taxe  spéciale,  qu'ils  payaient  sans  murmurer*. 
En  face  se  trouvait  Santa  Reparata,  plus  vieille  encore 
que  San  Giovanni,  trop  étroite  pour  les  cérémonies  du 
culte  et  pour  les  réunions  du  peuple  à  parlement.  Le 
4   mars  1295,  quatre  cents  livres  étaient  votées  par 
les  conseils,  en  vue  de  la  restaurer  et  de  ragrandir\  Le 

*  Le  23  janvier  1289,  on  dépensait  100  florins  :  <  In  opéra  et  occasione 
operis  quod  nune  fit  et  jam  pro  ccrta  parte  factum  est  pro  reparando  in 
alzando,  adeguando  et  maclonando  plaleain  B.  Joannis  Baptiste.  »  (Proovt- 
sionij  n*  1,  ap.  Gaye,  I,  418.)  Autre  dépense  de  100  florins  pour  le  même 
objet  le  12  avril  suivant  (Ibid.,  p.  419). 

<  Yillani,  YUl,  3  ;  Simone  délia  Tosa.  p.  219,  ann.  1293. 

^  Quod  cum  platea  ecclesie  Sci  Johannis  et  sce  Reparate  sit  arcta  et  pane 
capacitatis  gentium,  ita  quod  gentes  teinpore  quo  predicationes  in  ea  fiunt, 
et  quando  fcslivitatum  solempnitates  ibidem  aguntur ,  commode  in  ea  ad 
andiendum  verbum  dei  coUocariet  morari  non  posait  (5  juin  1296.  Provvi- 
sioni,  n*  VI,  p.  34  V.  —  Yoy.  Gaye,  I,  429-450). 

*  Ibid. 

*  Provvitiom,  n*  1,  ap.  Gaye,  I,  428. 

UJST.  DE  PLOREKCE.   —  11.  29 


450  SANTA  HEPARATA.  (An.  150C 

1 5  décembre  suivant,  plutôt  que  de  recourir  de  nouYeai 
au  trésor  public,  toute  personne  qui  aurait  causé  du  prë 
judiccà  la  commune  en  percevant  indûment  des  deniers 
en  s'appropriant  à  tort  divers  objets,  était  autorisée  i 
s'acquitter  en  versant  les  sommes  dues  dans  le  tronc  aw 
aumônes  pour  ces  travaux.  Tout  débiteur  dans  Tembarrai 
pouvait  composer  avec  les  prêtres  Chiaro  et  Guido,  cha< 
pelains  de  ladite  église,  pour  obtenir  du  temps^  L*évêqui 
Francesco  battit  monnaie  avec  les  indulgences*.  Gommi 
achats  de  pardons  et  repentirs  de  prévaricateurs  étaieni 
rares  ou  insuflisants,  le  8  décembre  1296,  à  la  requête 
de  ce  prélat,  de  ses  chanoines  et  des  ouvriers  qu'il  em- 
ployait, les  prieurs  frappaient  d'un  impôt  général  la  ville, 
les  bourgs  et  faubourgs,  pour  acheter  les  maisons  néces- 
saires h  Tagrandissement  projeté.  Tout  citoyen  imposé  au- 
dessus  de  vingt-cinq  livres  devait  payer  deux  sous  pour 
tout  membre  de  sa  famille  âgé  de  plus  de  quinze  ans;  à 
vingt-cinq  livres  ou  au-dessous,  douze  deniers;  à  cinq 
livres  ou  au-dessous,  six  deniers  pour  les  hommes  et  trois 
pour  les  femmes.  A  quiconque  faisait  son  testament,  il 
était  enjoint,  ses  parenls  et  le  notaire  étant  tenus  de  lui 
rappeler  cette  injonction,  de  léguer  une  somme  pour  cette 
œuvre  pie,  faute  de  quoi  Théritier  serait  soumis  par 
révoque  à  une  taxe  qui  pourrait  s'élever  jusqu'à  vingt 


sous'. 


*  Provtfisioniy  n"  Y,  p.  485  ▼". 

*  Voy.  les  mots  «  hactenus  concessas  •  dans  la  note  2  de  la  page  sui* 
vante. 

>  Quelibet  persona....  que  suuin  testamentum  cum  scriptura  deposuerit, 
teneatur  legare  in  subsidium  operis  dicte  ecclesic  aliquam  petîunie  quanti- 
tatem,  et  notarius  et  alii  sibi  conjuncti  ibidem  présentes  hujusraodi  testa^ 
torem  moiicre  debent  de  tali  legalo  ,  heredes  cjus  ad  exibendum  in  subsi- 
dium ejusdem  operis  usque  in  quantitalem  soldorum  yiginti  efiéctualiter 


(An.  1500)  CONTIUBliTlONS  IMPOSÉLS.  451 

Ces  résolutions  de  la  seigneurie  devenaient  la  loi  pour 
deux  ans\  sans  préjudice  des  contributions  forcées,  des 
dons  que  les  conseils  y  ajoutaient*,  en  opérant  des  rete- 
nues de  quatre  deniers  par  livre  sur  tout  payement  fait 
par  le  camerlingue  et  sur  la  vente  des  gabelles  pergues 
aux  portes  de  la  ville'.  Le  pouvoir  civil  invitait  même  le 
pouvoir  ecclésiastique  à  renouveler,  à  multiplier  ses  pro- 
messes d'indulgences  aux  donateurs\  Il  fallait,  en  effet, 
faire  flèche  de  tout  bois  :  au  lieu  de  réparer  un  édifice 
en  ruinas,  on  avait  reconnu,  par  un  juste  calcul,  que 
mieux  valait  cent  fois  le  reconstruire  en  entier*. 

A  temple  nouveau  Ton  voulut  même  donner  une  pa- 
tronne nouvelle  :  la  vierge  Repara  ta  dut  descendre  de  ses 
autels  pour  que  la  Vierge  Marie  pût  y  monter.  Le  8  sep- 
tembre, jour  de  sa  nativité,  fut  choisi  pour  poser  solen- 
nellement la  première  pierre.  C'était  en   1298*.  Un 


compellantur  {Protwisioni,  n*  VI,  p.  150.  —  Voy.  le  texte  ap.  Gaye,  I,  431- 
432). 

•  ïbid. 

*  Et  quod  Yelit  etiam  reverendus  florentinus  antistes  cuilibet  predictas 
pecunie  quantitates  soWendi  vel  leganti ,  ultra  gratias  benefactoribus  dicti 
operis  haclenus  concessas  indulgcntias  elargiri  (Prowiiioni^  n*  VI,  p.  150). 

>  In  subsidium  et  pro  opère  ecclesie  Sce  Rcparate,  que  reparatur ,  quin 
immo  de  novo  construitur  (Provvmonij  n*  VIU,  ap.  Gaye,  1,  434). 

^  Dans  le  document  qui  précède,  ils  accordaient  2400  florins  pour  un  an. 
(Ibid.)  Le  7  octobre  12117,  8000  livres  pour  deux  ans  {Prowisoni^  n'  IX, 
ap.  Gnye,  I,  435).  Cette  somme  devient  en  quelque  sorte  réglementaire. 
On  la  trouve  volée  le  4  février  1500,  le  24  novembre  1301,  etc.  (Voy.  Prov- 
visionif  n*  X,  p.  203,  n*  XI,  p.  81  v"). 

»  Ibid. 

6  Villani  (YIII,  9)  et  Simone  délia  Tosa  (p.  220)  s'accordent  pour  dire 
en  1294  ;  mais  ils  confondent  les  réparations  avec  la  reconstruction,  comme 
le  prouve  l'ancienne  inscription  qu'on  lit  encore  sur  une  d^s  façades  laté- 
rales de  Téglise  :  «  Annis  millenis  centum  bis  octonogenis  venit  legatus 
Roma  bonitate  donatus  qui  lapidem  fixit  fundo  sinml  et  benedixit,  etc.  i 
(Voy.  les  annotations  de  Manni  à  Simone  delk  Toc^a ,  et  le  Vasari  de  Le- 
monnier,  I,  253.) 


453  SANTA  MARU  DEL  FIORE.  (An.  1300) 

cardinal,  Pielro  Valériane,  dePipernô,  légat  apostolique, 
vint  de  Rome  pour  cette  cérémonie*.  On  y  vit  assister  en 
grand  nombre  des  évoques,  des  prélats,  des  clercs,  des 
religieux,  le  potestat,  le  capitaine  du  peuple,  les  prieurs, 
«  tous  les  ordres  des  seigneuries  de  Florence*,  »  toutes 
les  bonnes  gens,  hommes  et  femmes*.  Dès  ce  moment, 
Âmolfo  de  Colle,  fils  de  feu  Cambio,  a  le  plus  fameux 
maître  et  le  plus  expert  dans  la  construction  des  églises 
qu'il  y  eûtes  pays  voisins*,  »  entreprit  avec  ardeur  de 
reculer  Téglise  pour  faire  la  place  plus  grande,  de  con- 
struire aux  dépens  des  maisons  avoisinantes,  de  revêtir 
l'édifice  de  marbres  aux  couleurs  variées,  et  de  l'orner 
de  sculptures'. 

Les  Florentins  voyaient  avec  joie  s'élever  comme  à  vue 
d'oeil  une  basilique  splendide,  où  paraissait  un  art  tout 
nouveau  encore,  mais  dont  ils  étaient  déjà  de  fins  appré- 
ciateurs. Dans  leur  reconnaissance,  et  sur  une  pétition 
de  l'architecte,  le  1*"^  avril  1500,  considérant  «  que  par 
son  industrie,  son  expérience  et  son  talent,  la  commune 
et  le  peuple  de  Florence,  d'après  le  magnifique  et  visible 
commencement  de  ladite  œuvre  de  ladite  église,  espèrent 
avoir  le  plus  beau  et  plus  honorable  temple  qu'il  y  ait 
ailleurs,  en  aucune  autre  partie  de  la  Toscane',  »  les 

»  ViUani,  Vm,  9. 

*  Tutti  gli  ordini  dclle  signorie  di  Firenze.  (Ibid.) 

*  ViUani,  VIU,  7,  parlant  de  rércction  de  Santa  Croce  ;  mais  ce  ({u*il  dit 
de  cette  cérémonie  peut  être  dit  à  plus  forte  raison  de  celle  dont  Santa  Re- 
parata  fut  Tobjet. 

^  Capud  magister  laborerii  et  operis  ecclesie  beatc  Reparate,  niajoris  ec- 
clesie  florentine ,  et  quod  ipso  est  famosior  magister  et  magis  expertus  in 
hedificalionibus  ccclesiarum  aliquo  alio  qui  in  vicinis  partibus  cognoscatur. 
(Prowisioniy  n*  X,  p.  235.  —  Gave  a  publié  ce  texte,  I,  445.) 

»  Villani,  VIII,  9. 

^  Quod  pcr  ipsiu5  industriaro.  cxperientiam  ctingenium,  commune  et  (kh 


(Ah  1300)  SANTA  CROCE,  SANTO  SPIRITO.  453 

conseils  accordaient  audit  Arnolfo,  pour  toute  sa  vie, 
exemption  de  payer  à  l'État  redevances  ni  impôts  ^  Sous 
l'invocation  de  Santa  Maria  del  fiore  fut  placée  la  nou- 
velle cathédrale,  pour  rappeler  tout  ensemble  la  sainle 
patronne  qui  devait  désormais,  concurremment  avec  saint 
Jean-Baptiste,  protéger  Florence,  et  le  lis  qui  était  dans 
les  armes  comme  dans  le  nom  de  la  ville.  Mais  le  peuple, 
là  comme  partout,  devait  rester  longtemps  fidèle  aux 
anciennes  habitudes  du  langage  :  durant  des  siècles 
encore,  Santa  Maria  del  fiore  devait  être  pour  lui  et 
même  pour  les  auteurs  florentins,  Santa  Reparala*. 

D'autres  édifices  religieux  obtenaient  aussi,  quoique  à 
un  moindre  degré,  les  encouragemenls,  le  concours  actif 
de  la  seigneurie.  Trois  années  avant  d'ériger  ce  monu- 
ment où  elle  mit  son  orgueil,  le  8  avril  1295,  elle  faisait 
accorder  deux  cents  livres  aux  Frères  mineurs  de  saint 
François  qui  voulaient  avoir,  à  l'intérieur  des  murs,  le 
couvent  et  l'église  qu'ils  avaient  à  l'extérieur'.  Le  3  mai 
suivant,  jour  de  l'Invention  de  la  sainte  croix,  était  posée 
la  première  pierre  de  Santa  Croce^  avec  une  solennité  qui 
servit  de  modèle  à  celle  dont  Santa  Maria  del  fiore  devait 
bientôt  être  l'objet  *.  Santo  Spirito  des  Augustins  obtint 


pulus  Florentie  ex  magnifico  et  visibili  principio  dicti  operis  ecclesie  jam 
dicte  inchoacti  per  ipsum  magistnim  Arnolphum,  habere  sperat  venustius 
et  honorabilius  templum  aliquo  alio  quod  sit  in  partibus  Tuscie  {Prowi- 
sionif  n*  X,  p,  235). 

<  ïbid.  Le  4  février  1300  ,  le  24  novembre  1301 ,  on  volait  8000  livres 
pour  la  cathédrale  (Provvisioni^  fiize  XI  et  XU,  Gaye,  I,  445,  447). 

*  Con  tutlo  ci5  che  mai  non  le  si  muté  il  primo  nomo  per  Tuniverso  po- 
polo  (Villani,  VUl,  9).  Les  textes  disent  même  parfois  Santa  Liberata. 

'  Prowisionif  n*  V,  p.  82.  Voy.  le  texte  ap.  Gaye,  I,  428. 

^  Villani  (VIII,  7)  dit  que  ce  fut  en  1294,  et  un  des  deux  mss.  de  Si- 
mone délia  Tosa  confirme  cette  date  :  mais  l'autre  porte  1295,  et  l'annota- 
teur Manni  fait  remarquer  que  1295  se  trouve  dans  Fancienne  inscription 


454  SANTA  MARIA  NOVELU.  (Ak.  1500) 

les  mêmes  faveurs  pécuniaires  %  à  la  condition  toutefois 
que  ces  religieux  subviendraient  à  la  plus  grande  partie 
de  la  dépense  et  feraient  daller  les  rues  latérales*.  Les 
Dominicains  obumaient  mêmes  faveurs  pour  leur  église 
de  Santa  Maria  Novella,  a  qu^on  refaisait  et  réédifiait  à 
nouveau',  »  comme  pour  l'élargissement  de  la  place, 
qui  leur  permettrait  de  respirer*.  Parfois  ces  trois  édi- 
fices étaient  englobés  dans  de  communes  largesses  *,  et 
Florence  condescendait  même  à  contribuer  de  ses  deniers 
aux  réparations  intérieures  de  certains  autres  établisse- 
ments religieux*. 

Le  zèle  n'était  pas  moindre  aux  travaux  profanes  de 
l'édilité.  Fortes  à  percer,  [)onts  à  réparer,  pêcheries  à 


qu'on  lit  à  Sauta  Croce  môiue,  sur  la  muraille,  près  de  la  chapelle  des  Scr- 
ristori.  —  Yoy.  Siraouc  delIa  Tosa,  p.  220  ;  Stefani  (IH,  205)  dit  le  18  mui  ; 
or  Yillani  dit  expressément  :  «  Il  di  di  S.  Croce  di  maggio.  »  C'est  donc 
le  3  qui  est  la  date  la  plus  probable. 

^12  octobre  1294.  20i)  livres  «  in  precio  et  pro  precio  quarumdum  do- 
morum  juxta  plateam  ecclesie  S.  Spiritus  ordinis  S.  Âiigustini  emendarum 
et  postea  destruendarum  in  ipsa  et  pro  ipsa  platea  amplianda  secunduni 
fonnam  status  com.  Flor.  » (Provvisioni^  filza  Y.  ap.  Guye,  I,  426.)  25  sep- 
tembre 1295.  Conventui  et  fabrice  ecclesie  S.  Spiritus  pro  constructione  et 
hedifûcatione  dicte  eorum  ecclesie,  lib.  400  {Promisionit  filza  X,  ap.  Gaye, 
1,  429).  Le  6  juin  1*297,  nouveau  subside  de  600  liv.  (Provvisioni^  filza  IX, 
ap.  Gaye,  1,  454.) 

*  Quod  fratres  ^ci  Spiritus  debeant  eorum  propriis  expensis  lastricari  fa- 
cere  viam  que  est  juxta  dictam  ecclesiam.  (Ihid.)  —  Le  11  février  1298  , 
les  Augustins  adressaient  une  supplique  à  l'effet  d^obtenir  1800  livres 
f  pro  amplianda  platea.  »  (Provvinoniy  filza  YUI,  ap.  Gaye,  I,  455.) 

'  Que  de  novo  refficitur  et  rehedificatur  lib.  1 200  in  termine  unius  anni 
(6  juin  1297.  Prowisioni,  filza  IX,  ap.  Gaye,  I,  454). 

*  800  livres  en  4  échéances  du  4  février  1500  au  5  août;  1200  livres 
pour  achat  de  maisons  à  démolir,  le  7  juillet  1501  (Provvisioni,  n*  X, 
p.  204  ;  n-  XI,  p.  14.  Cf.  Gaye,  I,  446). 

*  Le  26  septembre  1298,  pour  les  réparations  de  S.  Croce,  S.  Spirito, 
s.  M.  Novella,  1500  livres  (Prowisioniy  filza  Vlll,  ap.  Gaye,  1,459). 

*  51  juillet  1298,  100  livres  pour  daller  Téglise  et  murer  le  cloître  de 
Servi  de  S.  Maria  de  Gafaggio  (Ibid    p.  457). 


(An.  1500)  TRAVAUX  D'fiDlLlTf:.  455 

rectifier,  rues  à  ouvrir,  à  redresser,  à  prolonger,  places 
à  élargir  ou  à  exhausser  devenaient  Tobjel  d'incessantes 
délibérations  dans  les  conseils*.  Si  étroites  et  si  tortueusas 
étaient  les  rues,  qu'habitants  comme  passants  s'en  trou- 
vaient incommodés*.  Les  eaux  s'y  précipitaient  en  tor- 
rents, ou  s'y  accumulaient,  y  séjournaient  en  flaques 
infectes*.  Les  travaux  s'accomplissaient  aux  frais  des 
maisons  riveraines*.  La  seigneurie  veillait  à  ce  que  les 
voies  de  communication  qu'elle  améliorait  ne  fussent 
encombrées  ni  d'ordures  ni  de  boutiques  ambulantes. 
Des  arbitres  élus  prononçaient  que  les  principales  étaient 
de  plein  droit  la  propriété  de  la  commune,  à  l'exclusion 
de  toute  personne,  université  ou  collège*.  Ainsi  la  police 
même  procédait  légalement.  Aux  lieux  opportuns,  aux 
extrémités  et  aux  carrefours,  de  manière  à  commander 
devant  soi  ou  de  droite  et  de  gauche  une  longue  enfi- 
lade, on  construisait  des  tours  où  se  tenaient  des  gardiens 
chargés  de  cette  surveillance  *. 

Il  fallait  aussi  construire  des  prisons.  Tant  de  méfiiits 


<  Il  serait  trop  long  d*énuinérer  celles  qu'on  trouTe  à  chaque  page  des 
mss.  Nous  nous  bornerons  à  en  indiquer  quelques-unes  :  3  Kal.  maii  1282. 
Capitoli,  XXIX,  50,  Gaye,  I,  410.  —  12-19  avril  1289.  Provvisioni,  n- 1, 
Gayc,  l,  419.  —  17  juillet.  3  août  1290.  Ibid.,  p.  420,  421.  —  21  juillet 
1 291 ,  Ibid.,  p.  422.  —  27  août  1292,  Ibid.,  p.  423.  —  2  décembre  1294, 
/Wd.,  p.  427.  —  25  et  28  janvier  1295,  CapUoli,  XXXV,  122,  125,  etc. 

*  Sit  adeo  arta  et  deformis  quod  vii  tollerari  polest  per  distantes  vteinos 
ipsius  vie  et  per  ipsam  transeuntes  commode  nequeant  perlransire  (8  dé- 
cembre 1294.  Provvi$ioni,  filia  Y,  Gaye,  I,  428). 

'  Cum  etiam  proptcr  coadunationem  et  multitudinem  aquarum.... 
maxime  tempore  pluvie.  (Ibid.) 

*  Dirisetur  per  resccationem  domorum  fiendam  de  domibus  et  de  ipsis 
domibus  id  quod  adimetur  solum  et  terrenum  addatur  ipsi  yie.  (Ibid,) 

«  25,  28  janvier  1295.  Capitoli,  n*  XXXV,  f^'  122  ?•,  125  V. 

^  In  loco  qui  dicitur  cruciiera  juila  ipsam  stratam,  bedifficetnr  etfiat  una 
turris  in  qua  inorentur  aliqui  custodes  pro  ipsa  strata  custodienda  et  secu- 
randa  (20  mai  1298.  Provmioni,  filza  VI,  ap.  Gaye,  I,  456). 


456  LES  PRISONS.  (An.  iSOO) 

prévus  et  reprimés  pir  (antde  statuts  anciens  et  nouveaux 
rendaient  insuffisantes  celles  dont  on  pouvait  disposer. 
Le  21  avril  1297,  on  en  affectait  de  nouvelles  aux  con- 
damnés de  la  commune,  aux  débiteurs  des  particuliers, 
aux  femmes,  aux  jeunes  gens  qui,  se  gouvernant  mal, 
devaient  être  incarcérés  à  la  requête  de  leurs  parents*. 
Le  7  septembre  1299,  on  décidait  d'en  bâtir  «  cinq  au 
moins,  »  sous  les  murs  de  la  ville,  près  de  la  porte 
Gibeline*.  On  y  consacrait  dès  lors  cinq  mille  livres,  et 
plus  d'une  fois  encore  le  trésor  public  dut  s'ouvrir  pour 
ces  importantes  constructions'. 

Il  en  était  une  plus  importante  encore,  dont  les  Floren- 
tins avaient  depuis  longtemps  le  projet.  Ils  souffraient 
de  voir  leurs  magistrats  dans  des  maisons  particulières, 
mal  fortifiées,  où  ils  avaient  été,  naguère  encore,  victi- 
mes d'un  coup  de  main.  Le  potestat  lui-même,  quoiqu'il 
occupât  le  palais  communal  du  Bargello,  n'y  était  avec 
ses  conseils  guère  plus  en  sûreté*.  Si  d'épaisses  et  hautes 
murailles  semblaient  l'y  protéger,  l'escalier  donnait 
libre  accès  aux  assaillants,  car  il  avait  été  construit  en 
dehors,  peut  être  pour  réunir  avec  moins  de  dépense  les 


'  De  novo  fiant  et  constniantur  carceres  in  quibus  condempnati  dicli 
comunis ,  debitores  spetialium  personanim ,  et  mulieres ,  nec  non  juvencs 
et  maie  se  gerentes,  qui  aliquando  ad  eonim  corrcctionem  ad  pclilioncm 
eorum  parentum  carcerantur....  (Prowisionij  filza  IX,  ap.  Gayc,  1,  454.) 

*  Numéro  quinque  ad  minus  (ProwUioni,  n*  X,  p.  165  v*,  ap.  Gjye, 
I,  44 i).  Ces  prisons  construites  sur  remplacement  du  théâtre  actuel  Pa- 
gltuno  ,  sont  déjà  désignées  sous  leur  célèbre  nom  de  Stinche  ,  dans  une 
provision  du  29  février  1505  (N'  XII,  p.  i05). 

'  Voy.  notamment  8  août  1501,  1000  livres  (ProwUioni^  n*  XI,  p.  56). 

^  Pro  reparatioiic  tecti  pallntii  comunis  in  quo  fiunt  consilia  comunis 
(27  mai  1291.  Prowitioni^  filza  lY,  ap.  Gaye,  I,  422).  —  In  pallatio  dicti 
comunis  in  quo  moratur  Dom.  Poleslas.  (27  mars  1292.  Ibid.)  —  Â  cotle 
date,  le  capitaine  logeait  toujours  dans  des  maisons  privées  :  c  In  domibus 
in  quibus  D.  capitaneus  pro  comuui  moratur  (26  mai  1292.  Ibid,^  p.  425). 


(An.  1300)  LE  PALAIS  DE  LA  SEIGNFURIE.  457 

diverses  habitations  dont  se  composait  l'édifice.  Ce  n'était 
pas  uniquement  par  lâcheté  que  Guido  Novello,  jadis,  n'y 
avait  osé  soutenir  l'assaut  des  guelfes  ses  ennemis^  Le 
21  et  le  ^2  juillet  1294,  le  conseil  des  cent  et  les  conseils 
du  capitaine  décidaient  de  construire  un  plus  grand, 
plus  fort,plus  magnifique  palais,  et  en  déterminaient  l'em- 
placement'. Mais  ils  étaient  si  peu  fixés  encore  sur  les 
plans  à  suivre,  que,  le  12  octobre,  ils  votaient  des  fonds 
pour  réparer  la  toiture  de  San  Pier  Scheraggio,  destiné 
cependant  à  disparaître  dans  ces  constructions  •.  C'est  seu- 
lement le  30  décembre  1298,  que,  résolus  à  ne  plus  dif- 
férer l'entreprise,  ils  exproprièrent  les  maisons  voisines*. 
Le  26  janvier  1299,  ordre  élait  donné  au  camerlingue 
en  exercice  et  à  tous  ses  successeurs  de  dépenser  au 
moins  mille  florins  d'or  chacun  pour  acheter  des  terrains 
et  élever  les  bâtiments,  jusqu'à  ce  qu'ils  fussent  totale- 
ment achevés  et  payés.  La  charge  de  camerlingue  durant 
deux  mois,  comme  celle  des  prieurs,  c'était  donc  une 
dépense  annuelle  de  six  mille  florins  que  la  commune 
s'imposait  \  L'architecte  Arnolfo  donna  les  dessins.  Ils 
formaient  un  parallélogramme  parfait,  dont  on  s'écarta 
plus  tard  pour  agrandir  les  bâtiments*.  Dans  les  bâti- 


*  Voy.  L.  Passerini.  Curiosità  siorico-artiêtiche  florentine^  I"  série.  — 
Del  Pretono  di  Firenze,  p.  7,  Flor.,  i866. 

-  Tenclur  consilium  super  pallatio  pro  cotnunt  Fior.  facicndo,  et  de  loco 
inYcniendo  in  quo  dicluin  pallatiura  fierit  débet  (Provviêioniy  n*  IV,  p.  45, 
et  ap.  Gave,  1,  424). 

5  Procopriendo  tecluin  ccclesie  S.  Pelri  Scheradîi  100  livres  (Prom-' 
iioni,  ûlza  V,  ap.  Gaye,  I,  426). 

*  Provviêioni,  n«  IX,  p.  120  V.  Voy.  le  texte  ap.  Gave,  1, 440.  —Divers 
documents  indiquent  Tachât  de  maisons  (Voy.  entre  autres,  en  1299,  Capi- 
ioli,  n-  XXXV,  f-  153-156). 

*  Prowisioni^  n*  IX,  p.  141  ▼'. 

^  11  faut  renoncer  à  la  légende  célèbre  des  diverses  seigneuries  qui  se 


458  LE  PALAIS  DE  LA  SEIGNEURIE.  (An.  1500) 

ments  primitifs  que  l'on  commença  d'élever  sans  pompe 
le  24  février  1299*,  on  lit  entrer  la  tour  des  Foraboschi, 
dite  délia  Yacca,  qui  était  haute  de  cinquante  brasses.  On 
l'exhaussa  encore,  pour  que,  de  loin,  tout  le  monde  pût 
voir  et  reconnaître  le  siège  de  la  seigneuiie,  et  Ton  y 
plaça  la  cloche  communale.  Plus  tard,  les  constructions 
ayant  pris  des  développements  imprévus,  il  fallut  jeter  à 
bas  la  nef  septentrionale  de  San  Pier  Scheraggio,  qui  en 
était  trop  rapprochée*. 

Assez  semblable  aux  autres  palais  de  Florence,  aux 
forteresses  des  Spini,  des  Mozzi,  des  Buondelmonti,  des 
Bardi,  cet  imposant  édiiice  se  fit  remarquer  entre  tous 
par  ses  dimensions  énormes  et  disproportionnées,  par  sa 
hauteur  extrême,  par  son  lourd  appareil  de  pierres 
épaisses  et  rudement  taillées,  qui  rappelait  Tordre  étrus- 
que primitif.  À  la  porte  unique,  on  ne  parvenait  que  par 
un  escalier  d'où  l'on  pouvait  de  haut  précipiter  les  assail- 
lants. Des  fenêtres  étroites,  peu  nombreuses,  hors  de 
portée  on  lançait  sans  danger  sur  eux  une  grêle  de  traits. 
Après  quelques  années  de  patient,  d'infatigable  labeur, 
Florence  fut  donc  en  possession  d'un  palais  public  digne 
d'elle,  théâtre  futur,  impassible  témoin  des  plus  tragiques 
péripéties,  juste  sujet  d'étonnement,  quand  on  le  voil 
dressant  sa  masse  formidable,  victorieux  après  cinq  siè- 

succédaient,  ne  permettant  pas  de  bâtir  sur  des  terrains  où  s*cIcTaientja  is 
les  maisons  des  Uberli,  et  empêchant  ainsi  de  construire  d'équerre.  Voy. 
cette  légende  dans  Villani,  Vlll,  26.  Son  récit  a  été  démontré  faux  par  Fil. 
Moïse»  lllîutrazione  storicchariisiica  del  palazzo  de'  priori,  Flor.,  1843. 
Cf.  Vannucci,  p.  21 '2,  n.  i. 

1  Simone  délia  Tosa,  p.  222. 

'  Villani,  VIII,  26.  —  Voy.  pour  le  dessin  primitif  du  Palazzo  vecchio 
ou  de^  Signori^  la  reproduction  d'une  ancienne  peinture  dans  Fruttuoso 
Betchi,  Cenni  mile  Stinche  di  Firenze  (Flor.,  1839),  et  F.  Moïse,  ///««- 
irazione  iiorioMirtiitica  del  Palazzo  vecchio. 


(An.  1500)  U  TROISIÈME  ENCEINTE.  459 

des,  et  qui  sait  pour  combien  de  siècles  encore?  des  in- 
jures du  temps. 

Restaient  les  murs  de  la  ville,  qu'il  fallait  élargir  de- 
vant les  flots  pressés  d'une  population  croissante,  et  forti- 
fier contre  les  ennemis  du  dehors.  Depuis  longtemps 
l'enceinte  de  1078  ne  suffisait  plus.  On  y  avait  enfermé 
successivement  les  bourgs  de  San  Lorenzo,  de  Sant'Apos- 
lolo,  de  San  Pancrazio^  En  1284  fut  reconnue  la  nécessité 
de  faire  davantage  ^  Mais  on  hésitait  à  prendre  un  parti 
décisif.  En  1290  on  en  était  encore  aux  expédients  :  on 
prolongeait  le  mur  haut  de  dix  brasses  et  large  de  deux, 
qui,  partant  du  PotUe  vecchio^  allait,  parallèle  à  TArno, 
jusqu'au  château  d'Âllafronte'^;  on  traçait  entre  ce  mur 
et  les  maisons  du  lungarno  ou  quai,  une  voie  d'au  moins 
quatoi*ze  brasses  \  C'est  en  1298  qu'on  se  mit  à  l'œuvre 
avec  une  résolution  et  une  fièvre  d'activité  dont  l'exemple 
fut  contagieux'.  Il  ne  s'agit  plus  de  constructions  par- 
tielles; il  s'agit  a  des  murs  de  la  cité  de  Florence  à 
heureusement  commencer,  faire  et  construire,  de  terrains 
à  acheter  et  à  posséder*.  x>  À  chaque  instant  les  conseils 


*  Ou  Bi-ancazio,  comme  disaient  de  préférence  les  Florentins. 

*  H.  Rosa  (DeW  origine  di  Ftrentey  ap.  Arch,  stor.y  1865,  5'  série, 
t.  I,  part.  I,  p.  86)  dit  1285;  mais  Manni,  dans  ses  annotations  à  Paolino 
(H,  54)  renvoie  à  une  inscription  qui  rétablit  la  date  yéritable.  (Voy.  sur  ces 
trois  enceintes  Pietro  Tbouar,  Notizie  e  guida  di  Firenzey  p.  20,  et  Van- 
uucci,  p.  215.) 

'  Ce  château  était  situé  lungarno,  sur  la  rive  droite,  au  coin  des  Uf/izi 
actuels. 

^  De  muro  faciendo  jiixla  flumen  Ami  a  coiia  Pontis  yeteris,  etc. 
(21  juillet  1290.  Prowisioni,  n*  IV,  p.  54  ▼•  ;  texte  ap.  Gaye,  I,  422). 

^  Voy.  Tiraboschi,  Storia  delta  letleralura  italiana^  t.  IV,  p.  499  sq. 
2*  éd.  de  Modène,  1788,  in-4\ 

^  Pro  mûris  civitatis  Floreniine  féliciter  incipiendis  et  faciendis  et  con- 
stniendiset  pro  terreno pro  ipso  commune  emendo  et  habendo  (10  arril  1298. 
Proviisioni,  lilza  VUI,  ap.  Gaye,  1,456).  Le  texte  de  Gaye  porte  1518,  mais 


4G0  LA  TROISIÈME  ENCEINTE.  (An.  1500) 

votent  des  allocations  de  cinq  cents  livres^  Ils  annulent 
les  testaments  de  quiconque  ne  laisse  pas  de  legs  a  pour 
subvenir  à  la  construction  des  nouveaux  mursV  »  Ils 
décident  que  les  hériliors,  dans  le  délai  de  deux  mois, 
s'ils  habitent  la  ville,  et  de  trois,  s'ils  habitent  le  œntado, 
devront  payer  de  cent  sous  à  vingt  sous,  selon  que  le 
mort  était  imposé  de  cent  livres  ou  de  moins  de  vingt- 
cinq,  faute  de  quoi  faire  dans  le  délai  prescrit,  ils  se- 
raient condamnés  à  une  double  contribution'. 

Cette  œuvre  importante,  qui  devait  subsister  jusqu^à 
nos  jours  \  demandait  de  longues  années.  Elle  ne  prit  Qn 
qu'en  1527.  Aussi  fut-il  interdit  d'aliéner  les  vieux  murs 
avant  que  les  nouveaux  fussent  terminés'.  Sur  un  circuit 
de  six  milles  ils  furent  percés  de  neuf  portes*,  fortifiés  de 
soixante  tours  et  même  plus.  On  respecta,  on  reproduisit 
leur  ancienne  forme  carrée,  qui  rappelait  le  camp  romain. 
Désormais  dans  l'enceinte  quatre  fois  plus  grande  que  la 
seconde  et  dix  fois  plus  que  la  première',  se  trouvaient 
compris  sur  la  rive  gauche  le  populeux  faubourg  d'Ol- 
trarno,  sur  la  rive  droite  le  Borgo  d'Ognissanti  cl  le  Prato^ 


c^est  une  erreur  typographique  que  démontre  la  place  de  ce  texte  et  sa  con- 
frontation avec  les  précédents  et  les  suivants. 

»  Voy.  Gave,  I,  436-445. 

'  Pro  subsidio  novorum  murorum  (23  décembre  1299.  Prowisioni, 
filza  XI,  ap.  Gaye,  I,  445). 

'  La  contribution  de  Tbéritier  était  de  60  sous  pour  un  impôt  de  moins 
de  100  livres  et  de  plus  de  25;  de  40  sous  pour  un  de  moins  de  50  et  de  plus 
de  25  (19  décembre  1299.  Prowisioni,  n»  X,  p.  102  V).  —  Le  23  dé- 
cambre  1299  ,  ces  mesures  étaient  prorogées  jusqu^au  15  février  suivant 
(/Wd.,u-X,p.  103  V). 

•  Rosa,  DeW  origine  di  Firenze,  loc.  cit. 

•  2  mai  1301.  Prowisioni^  n*  XI,  p.  5  v'. 

®  La  dernière,  celle  de  Sun  Niccolè,  fut  ouverte  seulement  en  1540. 

•  Repelli,  II,  262. 


(ÂM.  1300)  TRAVAUX  SUR  LE  TERRITOIRE.  461 

auxquels  le  Mugnone,  restant  en  dehors,  servit  de  fossé  \ 
Les  tours  placées  à  la  distance  de  deux  cents  brasses  l'une 
de  l'autre,  étaient  larges  de  quatorze  et  hautes  de  quarante, 
sauf  celles  des  portes  qui  s'élevaient  jusqu'à  soixante.  Sur 
la  rive  droite  elles  étaient  au  nombre  de  quarante-cinq, 
et  sur  la  rive  gauche  probablement  de  vingt-trois".  Vues 
du  haut  des  collines  au  nord  ou  au  sud,  ce  devait  être  un 
imposant  spectacle  que  celui  de  ces  soixante-huit  tours, 
auxquelles  s'ajoutaient  celles  des  particuliers  à  l'intérieur, 
dans  le  circuit  de  près  de  six  milles  que  traçaient  les 
hautes  murailles. 

Sur  son  territoire  et  même  au  delà,  Florence  étendait, 
dans  ce  genre  de  travaux,  sa  sphère  d'activité.  Elle  répa- 
rait les  routes,  les  fontaines,  les  aqueducs,  les  ponts,  les 
châteaux '.  Elle  surveillait  ses  artisans.  Une  arche  du  pont 
que  certains  d'entre  eux  construisaient  sur  la  Sieve,  à 
Monte  Sasso,  s'étant  écroulée,  par  découragement  ils  aban- 
donnaient l'entreprise  :  sa  main  de  fer  les  contraignait  à 
la  reprendre\  Pour  celles  qui  intéressaient  d'autres 
communes,  elle  tâchait  d'obtenir  leur  concours,  tout  au 
moins  pécuniaire;  mais  à  leur  défaut,  elle  savait  agir 
seule'.  Sur  la  Pesa,  où  elle  n'avait  encore  qu'un  droit 
d'hégémonie,  non  de  propriété,  elle  jetait  deux  ponts 
en  cinq  années*.  Hérisser  de  forts  châteaux  la  Toscane 


1  Paolino,  II,  54. 

*  Villani,  IX,  256.  —  Vannucci,  p.  214. 

'  On  peut  voir  dans  Gaye,  I,  422-446,  le  dépouillement  des  Prowitioni 
à  cet  égard  de  1285  à  1300. 
«  9  février  1295.  Prowisioni,  filza  X,  ap.  Gaye,  I,  428. 

*  Pro  opère  cujusdain  pontis  noviter  Gendi  supra  flumeu  Samclii  ia  strata 
publica  per  quam  a  civitate  Florcntie  itur  Bononiam  1.  25  (2  décembre  1294. 
Prowisioni,  filza  V,  ap.  Gaye,  I,  427). 

*  Super  flumeu  Pesé  prope  Cerbariam  juxta  stratam  qua  itur  versus  cas- 


462  CHATEAUX  RÉPARÉS.  (An.  1300) 

était  pour  elle  un  soin  de  tous  les  jours.  Â  divers  «  peu- 
ples »  elle  suggérait  l'idée,  elle  accordait  l'autorisation 
de  se  fortifier  contre  les  gibelins  et  les  Pisans  *.  Elle  répa- 
rait, murait,  accroissait  Pontedera,  Laterina*  et  bien 
d'au  1res  rocche^  boulevards  de  sa  puissance.  Elle  érigeait 
celle  de  Monteluce  au  passage  de  Berardenga',  une  autre 
près  du  bourg  de  Gasalberti  et  deux  en  la  plaine  de  Casu- 
berti,  au  val  d'Ârno  supérieur  \  puis  San  Giovanni  et 
Gastelfranco,  qui  commandaient  les  deux  rives  du  fleuve, 
entre  Figline  et  Montevarcbi,  celui-là  contre  les  Pazzi, 
celui-ci  contre  les  Ubertini.  Dix  années  d'immunités  et  de 
franchises  furent  offertes  à  qui  viendrait  habiter  ces 
deux  châteaux,  en  sorte  qu*avant  peu  «  ayant  cru  et 
multiplié,  ils  devinrent  de  bonnes  et  grosses  terres*.  » 
Voilà,  dans  un  seul  ordre  de  faits  et  durant  une  période 
très-restreinte,  ce  que  faisait  une  ville  en  proie  à  d'in- 
cessantes agitations.  Ge  temps,  où  Florence  donne  tant  de 
marques  d'une  vitalité  puissante,  est  pourtant  celui  où 


trum  Fiorenlinum  et  versus  Vulterras  (26  mai  1295.  Provviêioni,  fîlia  X, 
ap.  Gaje,  I,  429).  —  Super  flumine  Pesé  in  descensione  S.  Gassiani  ad  De- 
cimum  (Ibid.^  filza  XI,  ap.  Gaye,  I,  446). 

*  Populi  s.  Martini  de  Vitiana,  populi  S.  Pétri  de  S.  Petro  et  populi 
S.  Christine  dePangnana  canina  (4  avril  1300.  Jbid.y  filza  XI,  p.  446). 

*  Pro  reparatione,  fortificationc,  etc.  Pontis  hère  ac  cliam  pro  initiando 
opus  cujusdam  casseri  seu  fortilitic  1.  3000  (19  juillet  1291.  Prowisioni, 
filza  IV,  ap.  Gaye,  I,  422).  —  In  Castro  Latlerini  reparando ,  murando  et 
fortificando,  vel  de  quodam  alio  cassero  construendo  (Ihid.,  fika  VIII, 
p.  436). 

»  1285.  Capitoli,  XLIII,  ap.  Gaye,  I,  417. 

^  Très  tcrraî  fiant  in  partibus  vallis  Âmi  superioris  due  in  planitie  de 
Casuberli,  alia  juxta  burgum  Gasalberti  (burgum  plani  AJberli)  pro  honore 
et  jurisdictionc  coinunis  Florcntie  amplianda,  cuin  mûris  et  foveis  et  aliis  for- 
tilitiis,  hediificiis,  etc.  (janvier  1299.  Prowisioniy  filza  VllI,  ap.  Gaye, 
I,  442). 
*  »  Villani,  VIII,  17.  —  Ammirato,  1296, 1.  IV,  1. 1,  p.  198. 


(Aif.  1300)  JUGEMENT  DE  DANTE  ET  DE  MACHIAVEL.       463 

Dante  la  compare,  ainsi  que  Tltalie,  tantôt  au  flux  et  au 
reflux  de  la  mer*,  tantôt  au  vaisseau  sans  nocher  dans 
une  grande  tempôle ',  tantôt  au  malade  qui,  ne  pouvant 
trouver  de  repos  dans  la  plume,  se  retourne  sur  l'autre 
flanc  pour  tromper  sa  douleur'.  C'est  que  les  contempo- 
rains sont  mauvais  juges  :  ce  dont  ils  soufTrent,  ils  le 
voient  de  trop  près,  et  avec  des  verres  grossissants.  Contre 
l'admirable  civilisation  d'Athènes  Eschyle,  Thucydide, 
Platon,  n'ont  qu'austères  censures,  Aristophane  que  san- 
glantes railleries.  Où  Dante  voit  l'âge  de  fer,  le  froid  génie 
de  Machiavel  salue  un  âge  d'or.  «  Jamais,  écrit-il,  notre 
ville  ne  fut  en  plus  grand  et  plus  prospère  état  qu'en  ce 
temps  où  elle  était  riche  .d'hommes,  de  biens,  de  répu- 
tation, où  elle  comptait  dans  ses  murs  trente  mille  hom- 
mes en  état  de  porter  les  armes,  et  sur  son  territoire 
soixante-dix  mille,  où  toute  la  Toscane,  tant  alliée  que 
sujette,  lui  obéissait.  Il  y  avait  bien  entre  les  nobles  et  le 
peuple  des  motifs  de  colère  et  de  soupçon  ;  mais  il  n'en 
résultait  aucun  mauvais  effet.  Florence  ne  craignait  plus 
ni  ses  exilés  ni  l'empire,  et  elle  était  en  force  pour  tenir 
tête  à  tous  les  États  d'Italie  \  » 


*  E  corne  il  Yolger  del  ciel  délia  luna 
Guopre  ed  iscuopre  i  liti  senza  posa, 
Co9i  fa  di  Fiorenza  la  fortuna. 

(Parad,  XVI,  82.) 

'  Nave  senza  nocchiero  in  gran  tempeata. 

(Purg.  VI,  77). 

*  Vedrai  te  simigHante  a  qaella  inferma 
Che  non  pa6  trovar  posa  in  su  le  piume, 
Ma  con  dar  volta  suo  dolore  schenna. 

(Purg.  VI,  149). 

*  ht.  fior.y  n,  22  B.  —  Si  calme  d'ordinaire,  Machiavel  se  laisse  empor- 
ter, cette  fois,  bien  au  delà  du  vrai  :  «  Unitamente,  dit-il,  et  in  pace  cias' 
cuno  si  vivcva    » 


!  464  JUGEMENT  DES  MODEKNES.  (âm.  1300) 

C'est  à  un  autre  point  de  vue  qu'on  se  place,  de  nos 
;  jours,  pour  justifier  les  Florentins  d'avoir  causé  leur 

malheur  par  l'instabilité.  «  Les  mutations,  écrit  M.  Atto 

Yannucci,  étaient  la  marque  d'une  vie  puissante;  elles 

!  étaient  nécessaires  à  qui  voulait  maintenir  la  liberté  con- 

j  quise  et  aspirait  à  en  conquérir  une  plus  grande.  Qui- 

'  conque  voit  un  bien  plus  grand  et  fait  tous  ses  eiïorts  pour 

y  atteindre,  agit  en  homme;  quiconque  est  dans  le 
mal  et  s'y  tient  obstinément,  n'est  pas  un  homme,  mais 
une  brûle  stupide.  Puis,  si  les  fréquentes  mutations  sont 
un  mal,  la  stabilité  n'est  pas  un  sûr  indice  de  la  bonté 
''  d'un  gouvernement.  S'il  en  était  ainsi,  il  faudrait  conclure 

que  le  despotisme  brutal  de  la  Chine  est  le  modèle  de  tous 
ij  les  gouvernements*.  » 

';  Sans  nier  que  la  stabilité  soit  un  bien,  on  peut  passer 

à  un  peuple  de  ne  la  point  meltre  dans  ses  institutions, 
quand  elle  est  dans  ses  tendances  et  dans  ses  vues.  Or 
Florence  était  guelfe  d'instinct,  de  sentiment,  de  convic- 
tion, d'intérêts,  c'est-à-dire  résolue  à  marcher  d'accord 
avec  le  pape,  tout  en  maintenant,  dans  une  juste  me- 
sure, ses  libres  volontés,  et  à  faire  servir  cet  accord  aux 
progrès  de  sa  démocratie.  C'est  là  ce  qu'il  faut  voir  dans 
son  histoire,  plutôt  que  de  la  mesurer  à  la  nôtre,  plutôt 
que  de  se  répandre  en  banales  déclamations  sur  les  maux 
de  l'anarchie.  Les  Florentins  en  gémissaient,  parce  qu'ils 
concevaient  un  état  meilleur,  mais  ils  y  vivaient  comme 
dans  leur  élément.  Ils  ne  se  sentaient  pas  conduits,  mais 
ils  se  conduisaient'  eux-mêmes,  ce  qui  vaut  mieux,  ce 
qui  relève  Thomme  par  la  dignité. 

L'instabilité,  d'ailleurs,  n'est  pas,  môme  dans  leurs 

*  AUo  Vannucci,  I  primi  tempi  délia  liherià  fiorentina,  p.  181. 


An.  1300)         FORCE  ET  FAIBLESSE  DE  FLORENCE.  4G5 

institutions,  aussi  grande  qu'on  le  dit  et  qu'elle  parait 
de  prime  abord.  Procédant  par  induclion,  par  générali- 
sation, par  tâtonnements,  et  non  par  déduction  ou  d'a- 
près des  théories  préconçues,  ils  avaient,  dès  les  temps 
les  plus  anciens,  appliqué  aux  affaires  communales  les 
magistratures  qui  réussissaient  aux  plus  modestes  corpo- 
rations, sauf  à  les  modifier  quand  à  l'épreuve  ils  en  eu- 
rent reconnu  Tinsuffisance  ou  les  inconvénients.  Mais  le 
fond  restait  invariablement  le  même,  à  savoir  la  direc- 
tion suprême  confiée  à  un  petit  nombre  d'hommes  nom- 
més pour  une  courte  période,  et  ayant  les  mains  liées 
par  la  nécessité  d'en  référer  sur  toutes  choses  aux  cinq 
conseils,  d'en  obtenir  l'approbation,   la  ratification.  Ce 
qui  varie,  c'est  le  nombre  de  ces  magistrats,  le  titre 
qu'ils  portent,  la  durée  et  l'étendue  de  leurs  pouvoirs, 
les  conditions  qui  leur  étaient  imposées,  le  mode  de  leur 
élection,  en  un  mot  l'accessoire,  non  le  principal.  Les 
esprits  inattentifs  ou   superficiels  ne  voient,    comme 
Dante  plus  excusable  parce  qu'il  était  contemporain, 
que  cette  mobilité  de  la  surface,  sans  comprendre  qu'en 
donnant  satisfaction  au  goût  instinctif  des  hommes  pour 
le  changement,  elle  les  détournait  de  s'attaquer  au  fond 
et  contribuait  à  sa  solidité  ;  sans  remarquer  qu'en  somme 
Florence  s'est   tenue  à  un  système   de  gouvernement 
qu'elle  n'avait  trouvé  nulle  part,  pas  plus  dans  sa  lec- 
ture assidue  des  anciens  que  dans  son  étude  attentive 
des  institutions  en  vigueur  autour  d'elle  ;  sans  recon- 
naître que  sous  ce  gouvernement  imparfait,  à  peine 
protecteur ,  elle  a  grandi  et  vécu ,  dompté  ses  voisins , 
rayonné  au  loin,  conquis  dans  l'histoire  une  gloire  du- 
rable entre  Athènes  et  Paris. 

Il  ne  faut  pas  lui  reprocher  davantage  de  n'avoir  pas 

H18T*  DB  FLORKKCE.  —  II.  50 


t 


;, 


466  FORGE  ET  FAIBLESSE  DE  FLORENCE.         (An.  1300 

cherché  Tunité  nationale,  que,  dans  le  même  temps,  as- 
suraient à  la  France  Philippe  le  Bel  et  ses  successeurs. 
Ses  guelfes  l'avaient  poursuivie  en  donnant  l'exemple  de 
se  soumettre  au  pape,  ses  gibelins  en  appelant  l'empereur. 
Mais  les  temps  barbares  avaient  morcelé  la  péninsule 
en  mille  tronçons  doués  de  vie,  bientôt  épris  de  l'isole- 
ment. L'Allemagne,  comme  l'Italie,  s'en  est  accommo- 
dée durant  des  siècles.  11  y  a  des  peuples  dont  il  semble 
être  la  condition  naturelle,  et  qui  n'y  renoncent  pas  sans 
regretter  les  sacrifices  dont  ils  payent  l'unité.  Ijc  morcel- 
lement n'est  pas,  cliez  eux,  exclusif  de  la  grandeur. 
Lltalie  trouva  la  grandeur  dans  ce  mobile  équilibre  que 
maintinrent  d'abord  le  sacerdoce  et  l'empire,  puissances 
rivales,  puis  les  guelfes  et  les  gibelins,  courants  contrai- 
res, et  que  modifiaient,  sans  le  renverser,  tant  de  cités 
d'esprit  divers  comme  de  développement  inégal. 

Florence  eut  pourtant  ses  erreurs,  qui  assombrirent  et 
abrégèrent  ses  brillantes  destinées.  Même  quand  elle 
voulut  et  put  être  un  État,  elle  ne  sut  pas  s'affranchir 
assez  du  sentiment  communal,  élargir  son  horizon  poli- 
tique comme  elle  avait  élargi  l'horizon  de  son  trafic.  Elle 
resta  toujours  une  ville  qui  commande  à  d'autres  par 
droit  dé  conquête,  et  qui  traite  en  ennemies  celles 
qui  échappent  à  ses  commandements,  cause  irrémédiable 
de  faiblesse,  quand  elle  eut ,  plus  tard ,  à  prendre  les 
armes  contre  des  adversaires  plus  éloignés.  En  outre, 
après  avoir  cédé  au  flot  montant  de  la  démocratie,  tant 
qu'il  la  portait  elle-même,  elle  se  flatta  follement  de  lui 
opposer  une  barrière,  quand  il  souleva  les  déshérités. 
Puisqu*eUe  n'admettait  pas  que  le  menu  peuple  dût 
jamais  avoir  son  jour,  que  n'opposait-elle  aux  ctforls 
envahissants  mais  décousus  des  classes  subordonnées  les 


(AN.  1500)  FORCE  ET  FAIBLESSE  DE  FLORENCE.  467 

eflbrls  répressifs  et  coalisés  des  classes  dominai! les?  Par 
un  impolitique  mépris,  elle  continua  de  s'abandonner  à 
ces  divisions  funestes  qui  firent  de  la  multitude  l'arbitre 
des  querelles,  et  qui  sont  en  tout  pays,  en  tout  temps, 
l'invariable  faute  des  partis  victorieux*. 

La  principale  erreur  des  Florentins  fut  donc  de  n'a- 
voir pas  su  dompter,  étouffer  l'esprit  de  discorde.  Qu'ils 
aient  reconnu  que  là  était  le  mal,  et  qu'ils  en  aient  gémi, 
on  ne  saurait  le  nier,  quand  on  a  parcouru  leurs  vieilles 
chroniques  ;  mais  ils  manquèrent  tous,  comme  on  Ta  vu 
depuis  en  d'autres  pays,  de  l'esprit  d'abnégation  et  de 
sacrifice,  qui  pouvait  seul  en  triompher.  A  plusieurs  re- 
prises ils  tentèrent  de  procurer  la  réconciliation  par  des 
mariages.  N'y  réussissant  point,  ils  s'imaginèrent,  ce 
qui  flattait  leur  passion,  que  supprimer  la  résistance,  ce 
serait  rétablir  la  concorde.  De  là  tant  de  proscriptions, 
de  démolitions,  de  supplices,  d'amendes,  d'ordonnances, 
de  statuts,  sans  autre  profit  que  de  déplacer  le  mécon- 
tentement, que  de  donner  au  menu  peuple,  dans  ses  re- 
vendications orageuses,  l'appui  des  magnats  humiliés  et 
amoindris.  Cette  impuissance  absolue  faisait  prévoir 
pour  Florence  et  j)our  les  républiques  à  son  image  une 
fin  plus  ou  moins  prochaine.  Quand  il  ne  peut  trouver  le 
repos  au  sein  de  la  liberté,  l'homme  s'avilit  jusqu'à  le 


*  M.  G.  Ferrari  voit  une  autre  cause  dMnfcriorilê  pour  Florence.  Quoique 
il  se  pique  de  démocratie,  les  tyrannies  unittircs  qui  déjà  écrasaient  la  Lom- 
bardie,  lui  paraissent  un  proj^rès  sur  Fanarchie  communale,  parce  qu'elles 
donnent  un  chef  au  peuple  ,  renversent  les  aristocraties  féodiiles  ,  font  ré- 
gner plus  ou  moins  la  paix  dans  les  villes,  les  défendent  à  Textérieur  contre 
leurs  ennemis  (RéroL  dltal.y  voy.  les  premières  pages  du  t.  UL)  —  C'est 
la  théorie  de  Favilissant  césari^me,  qui  n'a  même  pas  toujours  pour  effet  de 
faire  régner  la  paix  intérieure  et  de  défendre  les  sujets  qu'il  dégrade  contre 
les  ennemis  du  dehors. 


468  FORGE  ET  FAIBLESSE  DE  FLORENCE.  (An.  1300) 

chercher  dans  la  servitude.  Lasse,  à  la  fin,  de  ses  agita- 
tions incessantes,  Florence  devait  se  prendre  à  envier  le 
sort  des  villes  lombardes  qui  avaient  descendu  avant  elle 
la  pente  fatale,  et  se  réfugier,  à  leur  exemple,  au  port 
rarement  sûr  et  toujours  empesté  du  pouvoir  absolu. 
Après  avoir  été  dans  toute  la  force  du  mot  une  personne, 
elle  devait  n'être  plus  qu'une  chose,  une  résidence  prin- 
cière,  un  merveilleux  sépulcre  où  les  générations  tour  à 
tour  viendraient  admirer  les  restes  de  la  vie,  les  traces 
d'un  glorieux  passé.  Mais  au  temps  où  nous  sommes  par- 
venus, l'incomparable  commune  n'était  encore  qu'à 
moitié  de  sa  brillante  et  orageuse  carrière.  Après  avoir 
dompté  les  magnats  au  dehors,  puis  au  dedans,  et  sou- 
mis la  plupart  des  villes  toscanes,  il  lui  restait  à  en 
écraser,  à  en  soumettre  quelques-unes  qui  lui  opposaient 
encore  une  énergique  résistance,  et  à  défendre  ses  tradi- 
tiens  communales  contre  les  petites  gens  qui  de  plus  en 
plus  impérieusement  réclamaient  leur  place  au  soleil. 


FIN  DU  TOME  H. 


APPENDICE 


AD  DEUXIÈME    VOLUME 


L.  lY,  eu.  m,  p.  123.125. 


I 


Non  isperate  ghebellini  soccorso 
Per  la  lesione  chefTatta  nela  magna. 
Or  tienci  (tienti?)  amico  aine  tullo  oorsso, 
Chel  mondo  in  tutto  coai  ciso  frangna, 
Cierto  si  che  per  lo  fermo  orsso. 
Verte  a  fine  e  chi  fisi  acompangna. 
Tuerri  troppo  che  qui  nona  forsso, 
Fia  delo  mpero  ora  tutla  la  campangna. 

Già  de  langnello  non  si  terne  morsso, 
Che  suo  mordere  nciente  %ik  non  sangna. 
Epara  peggio  che  leone  od  onao, 
Chui  mordera  che  giamai  noristangna, 
Se  pur  convene  Carllo  piliichi  il  toriso, 
Uderansi  i  guai  piula  che  in  Spangna. 
Cierto  alompero  gli  para  un  sorsso, 
A  conquidere  chi  flore  di  lui  si  Ungna. 

Gienle  folle  di  chui  taie  festa, 
Or  non  sapete  corne  Carllo  paga, 


t 


470  APPENDICE. 

1d  uoo  punto  chilglie  incontro  or  intoppa. 
Amico  orlilega  aldito  quesla, 
La  nostra  génie  edi  combat tere  Taga, 
Siche  de  luoi  avranno  solo  la  groppa. 

Me  pare  millani  puo  che  siano  alcamppo, 

Che  bene  avrete  ghebellini  rascoppio, 

Giamai  dalchuno  non  si  rano  da  pezo, 

Sono  cierto  corffia  nitto  (surto?)  il  nostro  scamppo, 

Di  chui  avenio  danno  ûa  pagato  adopio, 

Cavcmo  sengnorc  ca  Carllo  niutravczo. 

{tîaccoUa  di  varie rotnanze  volgari,  ms  en  parchemin,  de  la  fm  du  xni*  siècle, 

Bibl.  du  Vatican,  n*  3793.  f  156  v*  .) 

(Cherrier,  III,  517-518,  Append.  n»  IX,  1.) 


U 

Non  vale  savere  achui  f'orluna  ascorsso. 
Convicnc  pcr  forza  iiiisuo  coïc  doiglia  mangna, 
Sa..ita  (se  asiiita?)  coutro  a  noi  largo  suo  corsso. 
Yeniuni  cncontra  ortutta  pare  la  frangna, 
E  chi  ma  dato  pena  fcrmo  orsso, 
Che  tosto  fia  dillui  morttc  conipangna. 
Sanza  consilglio  fia  chicolsno  ^o^^so 
Coninstcra  iulpic  mcssa  in  cainpagna. 

Quclli  che  fue  detio  angncllo,  chinaura  morsso, 
Inongne  partie  pena  il  l'crro  sangna . 
Perche  vcdemo  chellui  amcsso  aJorsso 
Contro  adongiialtro  fia  sua  potonza  stangna, 
Da  che  Dio  lui  conciede  ore  il  corsso, 
Ëcicrti  siemo  ulegra  fianc  Spaiigna, 
Chi  è  stalo  dritlo  alompero  fia  sorsso, 
Poi  fia  comquiso  chiglia  data  langna. 

Il  nostro  corc  diritlo  in  taie  festa, 
Ne  pcr  tcmenza  da  noi  si  dispaga, 
E  cierti  siemo  noslra  sia  la  loppa. 
Yostra  speranza  bene  vedemo  quesla, 
I  Pcrlulto  Irovcr.isi  aldielio  il  divagha, 

I  Del  gioco  inanzi  rimarete  in  groppa. 

Tostainenti  fia  langncllo  il  campo. 
Non  piaccravi  molto  cotalc  coppio, 


APPENDICE.  471 

GoDTene  congne  allru  nericeTt  spezo, 
Da  taie  potenza  nuUo  fiani  scamppo 
Pegiore  pen  pairi  assai  adoppio, 
Imsi  dolgliosa  mortte  Garllo  tcso. 

[Ibid.  —  Cherrier,  III,  518,  Append.,  II,  2.) 


III 

Poi  il  nome  cai  ti  fa  il  coraggio  altero. 
Pure  mestero  catpetti  stormo  magio, 
Epero  speri  chuno  nuovo  re  stranero, 
Albastastero  vengna  a  graa  branagio, 
Orlega  unaltra  facca  del  salterp, 
Seaeno  autero  nom  fara  taie  TÎagio, 
De  la  batalglia  colcampione  sampero, 
Omo  di  8U0  stero  nalevaro  aagio. 

Ma  segli  ariene  capur  al  campo  salglia. 

Mai  di  trafaiglia  nom  sara  pendente  (perd ente?). 

Redio  comsente  avinciere  la  mongioja, 

Chc  Carllo  crede  casua  apada  glivalglia 

E  cadio  calglia,  sichc  sia  Tinciente, 

E  di  présente  comqaidore  chi  lonodia. 

{¥•  148  \*.  —  Cherrier,  III,  515,  App.,  n»  IX,  4.) 

A  la  suite  de  ces  pièces  inédites,  H.  de  Cherrier  ajoute  ce  qui 
suit  :  «  Elles  ont  été  copiées  sur  le  manuscrit  du  Vatican  par  le 
savant  M.  Fr.  Orioli,  professeur  d*archéoIogie  à  la  Sapienza  de 
Rome.  En  nous  les  envoyant,  il  y  a  joint  une  interprétation 
italienne  des  passages  obscurs.  Le  texte  est  rapporté  fidèlement. 
Les  mots  sont  souvent  unis  de  telle  sorte  que  le  sens  en  parait 
presque  inintelligible.  L'orthographe  est  incorrecte.  Plusieurs 
vers  sont  faux....  La  version  française  n*est  pas  littérale.  Elle 
offre  seulement  le  sens  général  de  chaque  pièce.  H.  Michel 
Amari  a  bien  voulu  nous  faciliter  ce  travail.  » 

(Cherrier,  T.  III,  p.  520-521,  Append.) 


Il 


LIV.  \\  CH.   I,  P.  249, 


Parlamento  ia  Santa  Reparata. 

Le  capitaine  donne  licence  à  chacun  des  assistants  de  dire 
ce  qu*ils  jugent  utile  aux  arts  et  aux  artisans 

Compagno  Riccardini  conseille  que  les  maisons,  possessions 
et  honneurs  de  la  commune  ne  se  puissent  vendre  en  aucune 
manière  ;  que  la  prison  des  femmes  soit  détruite,  et  qu'ion  ne 
puisse  désormais  envoyer  aucune  femme  en  prison;  que  les 
coupables  soient  punies  selon  la  nature  du  crime;  que  s*il  est 
nécessaire  de  les  mettre  en  prison,  on  les  fasse  garder  par  des 
femmes  ;  qu'on  donne  licence  aux  fugitifs  de  venir  se  défendre 
contre  leurs  créanciers  ;  qu'on  fixe  une  certaine  somme  d'argent 
à  allouer  chaque  jour  aux  arbitres  pour  leurs  dépenses  ;  qu'on 
ne  puisse  donner  à  personne  des  biens  de  la  commune. 

Lando  Jacobi,  marchand  de  vin,  conseille  qu'on  pourvoie  aux 
statuts  quod  nemo  possit  commedere  in  ixihemay  et  qu'il  soit 
permis  aux  marchands  de  vin  de  donner  à  manger  dans  leurs 
tavernes. 

Ser  Uberlino  Cervellini  propose  qu'on  fixe  une  certaine  somme 
à  dépenser  annuellement  pour  les  réparations  de  Santa  Reparata  ; 
qu'on  prie  les  chanoines  d'envoyer  demander  au  pape  l'indul- 
gence (pour  ceux  qui  contribueront  aux  réparations)  de  ladite 


APPENDICE.  475 

église  ;  qu*on  fixe  les  mesures  pour  les  blés  ;  qu*on  ait  boni  et 
legaleSy  et  ante  quant  discedant  ils  cherchent  secrètement  le  lieu 
où  il  faudra  faire  le  palais  ;  qu'on  envoie  des  ambassadeurs  à 
Lucques  et  à  Gènes  pour  Tinjure  faite  par  les  ambassadeurs 
génois  à  un  chevalier  et  citoyen  de  Florence,  en  le  frappant  et 
le  dépouillant;  qu'on  envoie  inviter  la  commune  de  Pise  ù 
soumettre  à  la  commune  de  Florence  son  différend  avec  la 
commune  de  Gènes,  en  se  soumettant  elle-même  aux  défenses 
et  à  la  protection  de  ladite  Florence;  qu'on  procure  que  la 
commune  d'Arezzo  restitue  à  la  commune  de  Florence  ce  qu'elle 
lui  doit,  et  qu'on  le  convertisse  en  grains. 

Jacopo  Trinqualacqua  veut  qu'on  envoie  deux  préposés  bons 
et  loyaux  cul  aptandum  la  route  de  Romandiola  jusqu'à  Pietra- 
santa,  et  qu'on  fasse  ou  qu*on  achève  le  château  de  Pietrasanta. 

Rainerio  del  Sasso  demande  que  le  potestat  ait  un  assesseur 
et  un  juge  des  méfaits  pour  chaque  sesto,  et  le  capitaine  quatre 
juges  ;  qu'on  fasse  les  cours  ou  tribunaux  près  du  palais  du 
potestat,  dans  le  lieu  où  il  demeurait. 

(Contulte,  t.  I,  p.  114  V.) 


Ili 


RÉSUMÉ  DES  CONSEILS  TENUS  A  FLORENCE  EN    ISS6  SUR  LA  QUESTION 

DE  LA  GUERRE  AVEC  PISE 


LIY.   V,  eu.   II,   P.   289-991. 


lasB 


Conseil  de  nombreux  sages  devant  lo  juge  du  postestat  et  celui  du  capitaine. 

Le  débat  s'ouvre  sur  Tainbassade  reciUita  per  ner  Bertardum 
et  per  eum  et  Pellam  Gualducci  facta^  à  Gônes,  à  Toccasion  du 
traité  de  paix  de  Gènes  et  de  Pise. 

Corso  Douati  conseille  de  ne  faire  aucun  traité  avec  le  comte 
Ugone  ou  Pise,  mais  d'envoyer  soudain  des  ambassadeurs  pour 
faire  une  armée  contre  les  Pisans  selon  le  traité  conclu,  à  moins 
que  ledit  traité  avec  le  comte  Ugolino  ou  quelque  Pisan  se 
puisse  faire  avec  le  concours  ou  Tasscntiment  de  Gènes. 

Baldovino  Rinucci  ne  s'oppose  pas  à  l'avis  du  préopinant, 
pourvu  que  les  choses  se  puissent  faire  en  observant  les  pactes 
de  la  ligue. 

Brunetto  Latini  veut  qu'on  recherche  les  traités  avec  Gènes  et 
Lucques,  habeantur  per  ser  Bertardum  et  Pellam  et  aliter^  et 
qu'on  envoie  ad  parlamentum  des  sages  fidèles  et  légales^  des 
magnats  de  la  ville,  pour  excuser  la  commune  et  montrer  la 
cause  de  l'ambasvade,  ou  dire  toutes  ces  choses  aux  ambas- 
sadeurs de  Gènes,  s'ils  viennent  à  Florence. 

On  s'en  remet  au  potestat,  au  capitaine  et  aux  prieurs. 

[CoHiulle,  t.  I,  quad.  E,  p.  66,) 


APPENDICE.  475 


IV    FEVBIEB    1«8S 


Conseil  des  capitudini  des  sept  arts  miyeurs  et  d*autres  nombreux  sages, 
dans  la  maison  dca  prieurs,  en  prt^sencc  du  potestat  cl  du  capitaine. 

Aux  termes  de  la  ligue  entre  Florence,  Gènes,  Lucques  et 
autres  villes  de  la  Toscane,  toutes  ces  communes,  à  la  requête 
d'une  d'entre  elles,  sont  tenues  d'envoyer  des  ambassadeurs  en 
Lunigianc  pour  délibérer  sur  les  dommages  à  infliger  aux  Pisans. 
Or  Gènes  et  Lucques  ont  envoyé  leui*s  ambassadeurs  à  Florence 
pour  demander  cette  réunion  à  Sarzane. 

Les  conseils  y  ayant  acquiescé  en  principe,  le  potestat  demande 
combien  d'ambassadeurs  il  faut  envoyer,  comment  et  quand  il 
faut  les  envoyer,  et  s'ils  doivent  ou  non  avoir  balia  de  conclure 
un  accord  quelconque. 

Arrigo  del  Boccacio  propose  que  les  ambassadeurs  soient  pris 
parmi  les  meilleurs  citoyens,  et  pour  le  reste  s'en  rapporte  aux 
magistrats,  à  condition  pourtant  que  les  ambassadeurs  n'auront 
d'autre  mandat  que  d'écouter  et  d'écrire  ce  qui  leur  sera  dit, 
pour  le  soumettre  ensuite  aux  délibérations  des  sages. 

Simone  Donati  appuie,  mais  il  ajoute  que  le  potestat,  le  capi- 
taine el  les  prieui*s  devront  décider  à  leur  gré  si  les  ambassa- 
deurs devront  ou  non  être  chargés  de  quelque  ouverture. 

L'assemblée  vole  selon  l'avis  de  Simone. 

[Ibid.,  p.  08  ) 


•  a    FÊVmiEB    •«8K 

Conseils  spécial  et  géiiural  du  capitaine,  avec  les  eapUudim 

des  douze  arts  majeurs. 

On  entend  les  ambassadeurs  de  Lucques  qui  demandent  que 
les  milites  tallie  stipendiés  par  la  commune  de  Florence  soient 
envoyés  pour  15  jours  au  service  de  Lucques,  pour  Ihonneur  de 
Gènes  et  des  autres  villes  de  la  ligue. 

Le  capitaine  propose  de  prendre  une  provision. 

Ghino  Davanzi  et  Cione  Buonaguida  veulent  s'en  remettre  au 
potestat,  au  capitaine  et  aux  prieurs. 


476  APPENDICE. 

Hainerio  del  Sasso  veut  qu'on  fasse  droit  à  la  demande  des 
Lucquois. 

Bardo  Angiollicri  également;  mais  il  désire  qu'on  prie  les 
Lucquois  d'observer  les  traités. 

Ser  Bernardo  Accursi  s'oppose  à  tout  envoi  d'ambassadeurs, 
tant  que  Lucques  n'aura  pas  rendu  les  salines  séquestrées  et  les 
péages  perçus  sur  des  Florentins. 

Baldovino  Rinucci  appuie,  et  indique  précisément  la  restitution 
à  exiger  des  mallôtes  et  péages  perçus  depuis  la  conclusion  de 
la  ligue  jusqu'à  ce  jour. 

Segna  Orlandini,  de  même,  ne  veut  pas  d'ambassades,  tant  que 
Lucques  n'aura  pas  observé  ses  obligations. 

On  vote  conformément  à  l'avis  des  trois  derniers  prëopi- 
nants. 

(Ibid.,  p.  70-72.) 


Parlement  assemblé,  selon  les  statuts,  dans  Téglise  de  Santa  Reparata,  tU  ett  moriê, 

en  présence  du  poteslat  et  des  prieurs. 

On  aborde,  aussi  selon  l'usage,  diverses  questions. 

Sur  la  question  pendante  avec  Lucques,  Ubertino  Cervellini 
conseille  d'envoyer  des  ambassadeurs  dans  cette  ville,  et,  s'il  le 
faut,  même  à  Gènes,  pour  réclamer  que  par  l'intermédiaire  de 
ces  deux  communes  les  Lucquois  observent  leur  engagement  de 
ne  pas  percevoir  de  péages,  ou,  sinon,  de  déclarer  que  Floi*ence 
ne  veut  pas  de  ligue  avec  Lucques. 

Corso  Donati  veut  que  de  Rome  à  Pise  on  signifîe  par  ambas- 
sadeurs à  toutes  les  communes  de  Toscane  de  ne  percevoir 
aucun  péage  sur  les  Florentins,  faute  de  quoi  il  soit  publié  dans 
la  cité  que  dans  le  délai  de  quinze  jours  ou  d'un  mois  les 
citoyens  florentins  sortiront  de  ces  villes  et  pays  avec  leurs 
biens,  et  ne  chemineront  plus  sur  leurs  routes  ;  il  demande  en 
outre  qu'on  publie  un  ban  contre  lesdites  villes  et  pays,  et 
qu'on  leur  fasse  une  vive  guerre,  non  toutefois  avant  d'avoir 
terminé  la  guerre  contre  Pise. 

Bonaccorso  Bellincioni  conseille  de  ne  pas  entreprendre  pour 
le  moment  de  pareilles  nouveautés. 


APPENDICE.  477 

Dindo  del  Baschicra  s*y  oppose  également  ;  mais  il  veut  que 
Lucques  ne  prenne  plus  ou  ne  laisse  plus  prendre  de  péages  sur 
les  Florentins,  et  qu'elle  donne  satisfaction  à  ceux  sur  qui  elle 
en  a  pris. 

(IbUL,  p.  72.) 


•  MARS  laas 


Conseil  des  capUttdini  des  sept  arts  majeurs  et  de  beaucoup  d'autres  sages 
désignés  par  les  prieurs  par  sestiere^  en  présence  desdits  prieurs. 

Le  potestat,  en  présence  et  avec  Tassentiment  du  capitaine, 
propose  de  prendre  une  provision  sur  le  fait  des  lettres  des 
ambassadeurs  de  la  commune  qui  sont  en  Lunigiane,  sur  le 
territoire  de  Sarzane,  avec  ceux  de  Gènes,  de  Lucques  et  d'autres 
villes  de  la  ligue,  pour  traiter  de  Tarmée  à  faire  contre  les 
Pisans. 

Albizzo  Corbinelli  demande  qu'on  traite  de  ces  choses,  non- 
seulement  devant  les  popolani  et  les  artisans,  mais  aussi  devant 
les  magnats  de  la  ville,  cum  que  tangunt  omnes  debent  ab  omnibus 
approbari. 

Cardinale  des  Tornaquinci  conseille  de  saisir  les  conseils,  de 
donner  balia  au  potestat,  au  capitaine,  aux  prieurs,  et  d'écrire 
aux  ambassadeurs  florentins  qu'ils  ne  craignent  pas  d'attendre 
que  ces  magistrats  aient  pris  une  décision. 

Giovanni  del  Brodaio  veut  qu'avant  de  suivre  l'avis  des  préo- 
pinants, on  choisisse  des  sages  en  droit  pour  examiner  les 
clauses  de  la  ligue,  et  que  si  l'on  peut,  on  réponde  aux  ambas- 
sadeurs qu'on  ajourne  à  un  autre  parlement  la  délibération  sur 
le  fait  de  l'armée. 

Ugo  Altoviti  demande  qu'on  invite  les  ambassadeurs  à  pro- 
tester que  Florence  est  prête  à  observer  les  clauses  de  la  ligue, 
et  à  dire  aux  ambassadeurs  de  Gênes  que  la  commune  ne  s'oc- 
cupera en  aucune  façon  de  lever  l'armée,  tant  que  Lucques 
n'aura  pas  restitué  ce  qu'elle  a  indûment  pris  aux  Florentins. 
La  restitution  faite,  on  avisera  au  jour  à  fixer  pour  la  réunion 
des  ambassadeurs. 

L'assemblée  vote  la  proposition  d'Albizzi  Corbinelli. 

[Ibid.,  p.  74-75.) 


478  An'ENDICK. 


Conseil  d^s  capitudini  des  sept  arts  majeurs  et  d'un  giand  nombre 
de  sages  ma«^nat8,  populani  et  artisans. 

Décisions  conformes  à  celles  du  précêdenl  conseil  ;  mais  on 
décide  qu'une  nouvelle  assemblée  sera  tenue  le  lendemain, 
composée  d'autres  citoyens. 

(Ibid.,  p.  75.) 


flO   BBABfl   1«8S 


Conseils  général  et  spécial  du  capitaine  et  des  capitudini  des  douze  arts  majeurs, 

en  présence  des  prieurs. 

Ugo  Altoviti  et  Segna  Orlandini  soutiennent  la  nécessité  de  ne 
pas  faire  d'armée  avant  que  Lucques  ait  cédé,  mais  d'exhorter 
les  ambassadeurs  des  autres  connnunes  à  l'y  décider. 

Bardo  Angiolieri  veut  faire  une  armée  générale  contre  les 
Pisans  et  y  envoyer  les  deux  tiers  de  Florence,  proportion- 
nellement par  sestiercj  pendant  un  mois  à  partir  du  15  mai. 
11  demande  que  l'armée  campe  dans  le  val  d'Era,  tandis  c)ue 
les  Lucquois  occuperont  le  val  de  Serchio;  que  les  doux 
capitaines  de  la  tallia  soient  ceux  (|u'ont  désignés  les  ambas- 
sadeurs :  i"*  Guido  de  Polenta,  2*"  Ormanno  de  Sassoferrato. 

Rainerio  del  Sasso  propose  de  s'en  remettre  aux  magistrats. 

Ser  Berardo  Accursi  conseille  qu'on  fasse  examiner  les  pactes 
de  la  ligue  par  six  sages  en  droit,  des  meilleurs  et  des  plus 
légaux  (legalioribus)  de  la  ville;  que  si  l'on  peut,  en 
observant  les  pactes,  ne  pas  faire  l'armée,  on  ne  la  fasse  pas, 
et  que  s'il  n'est  possible,  on  l'ordonne  pour  le  mois  de 
septembre  suivant,  pourvu  que  les  Lucquois  n'y  soient  pas 
avec  les  Florentins,  et  que  les  communautés  de  la  Toscane 
puissent  faire  compagnie  avec  qui  elles  voudront. 

Micco  del  Velluto  veut  l'armée  pour  un  mois  entre 
le  1"  juin  et  le  !«'  octobre,  au  temps  que  les  Génois  jugeront 
le  plus  opportun. 

[Ihid.,  p.  75  v%  76.) 


APPEMMGE.  479 


/ 


t«    MARS    1 


Conseil  sp^al  du  cnpitaine  en  présence  des  prieurs. 

Brunetto  Latini  propose  dVnvoyer  des  ambassadeurs  à  Luc- 
ques  pour  déférer  au  potestat  et  aux  sages  de  cette  ville  les 
injures  et  dommages  dont  Lucques  s'est  rendue  coupable  avant 
et  depuis  la  ligue,  envers  la  commune  et  les  marchands  de 
Florence  ;  pour  Tinviter  à  ne  plus  molester  Uberto  des  Pulci 
et  ses  associés,  touchant  le  péage  qu'elle  a  acheté  du  vicaire  ou 
chancelier  du  roi  des  Romains,  et  qu'elle  fait  percevoir  m  valie 
NebtUle  (NievoL),  au  lieu  de  celui  qu'elle  percevait  près  de  San 
Hiniato. 

L'assemblée  adopte  ces  propositions  et  décide  que  cette  am- 
bassade soit  organisée  (firmetur)  par  les  capitudini  des  douze 
arls  majeurs  et  par  d'autres  marchands  intéressés  dans  l'afTaire, 
dummodo  non  \H)8sini  firmare  aliquid. 

{Ibid,,  p.  79  y.) 


■Amb  savm 


Le  conseil  général  liu  capitaine  approuve. 

(Ibul  ) 


89  MAmn  sass 


Conseil  des  capitudini  des  douze  arts  majeurs  et  de  beaucoup  d'autres  sagAs 
devant  le  potestat,  le  capitaine  et  les  prieurs,  dans  la  maison  des  prieurs. 

On  entend  !•  le  rapport  de  Ser  Arrighi  Gratie,  notaire,  envoyé 
au  parlement  de  la  ligue  avec  les  ambassadeurs  de  la  com- 
mune ;  2<^  Ser  Johannes,  notaire,  ambassadeur  de  Sienne. 

On  décide  de  donner  in  nomine  Domini  plein  mandat  aux 
ambassadeurs  de  Florence  sur  tout  ce  qui  a  été  proposé  et  de- 
mandé par  les  ambassadeurs  de  Gônes,  pour  les  satisfaire  plei- 
nement, selon  les  clauses  de  la  ligue. 

{Iffid,,  p.  80. 


480  APPENDICE. 


Conseil  gcaéral  du  capiUine,  en  présence  des  prieurs. 

Le  capitaine  fait  les  propositions  ci-dessus. 

Sur  l'avis  de  Brunctto  Lutini  on  décide  l'armée  générale  pour 
un  mois,  pourvu  que  ce  soit  à  partir  du  i^*^  mai  et  sur  la  rive 
gauche  de  l'Ârno,  de  manière  à  être  séparés  des  Lucquois.  Le 
potestat,  le  capitaine,  les  prieurs  et  les  sages  de  leur  choix  pour- 
ront prendre  à  ce  sujet  toutes  autres  provisions,  sans  préjudice 
de  celles-ci. 

(/6m/.,  p.  80.) 


Le  conseil  général  du  potestat  adopte. 


[Ibid.) 


mûmm  aoum 

Conseil  d'un  grand  nombre  de  sages  devant  le  juge  du  potestat  et  le  capitaine 

dans  la  maison  des  prieurs. 

Ils  délibèrent  sur  les  voies  et  moyens.  Ils  confirment  les 
provisions  prises  le  malin  par  le  conseil  général  du  capi- 
taine. 

(Ibid.) 


•  •y    MARS    1«AS 


Conseil  des  sages  devant  le  potestat,  le  capitaine  et  les  prieurs, 

dans  la  maison  des  prieurs. 

On  entend  lecture  de  l'ambassade  faite  à  Sarzane  par  Oddo 
Altoviti.  On  décide  que  le  potestat,  le  capitaine  et  les  prieurs 
éliront  douze  capitaines  de  l'armée  et  un  notaire. 


APPENDICE.  -481 

Le  polestat  propose  d'ordonner  qu'il  ira  avec  le^  autres 
ambassadeurs  conférer  avec  le  potestat  et  les  ambassadeurs  de 
Lucques. 

On  décide  de  décréter  auparavant  et  d'équiper  l'armée. 

[IbUl.,  p.  82.) 


Conseil  des  capiUidini  des  douze  arts  msjeurs,  convoqués  par  les  prieurs. 

Tout  le  monde  est  d*avis  de  régler  le  différend  avec  Lucques, 
en  priant  cette  ville  de  lever  omnes  nialatoltas  perçues  sur  les 
Florentins,  et  en  supprimant  toutes  représailles  entre  les  deux 
villes,  ou  au  moins  en  élisant  des  arbitres  pour  étudier  et 
décider  la  question,  enfin  en  traitant  cum  effeclu,  si  fieri 
pote  rit, 

[Ibid  ,  p.  82  V.) 


St     HABS    fl«8K 


Conseil  des  capiiudiui  des  sept  urts  majeurs  et  de  beaucoup  de  sages, 

dans  la  mai.^on  des  prieurs. 

Le  potestat  propose  de  prendre  des  provisions  sur  l'ambas- 
sade recitata  per  Lapum  SaltarelU  louchant  les  pratiques  du 
polestat  et  des  anibassadeui  s  de  Florence  avec  le  polestat  et  les 
ambassadeurs  de  Lucques  à  Empoli. 

On  décide  que  s'il  faut  répondre  à  la  commune  de  Lucques 
super  acceptatione  des  chàleaux  de  Ripafratta  el  de  Viareggio, 
on  dise  que  cela  plaît  aux  Florentins;  le  potestat,  le  capitaine 
et  les  prieurs  choisiront  douze  sages,  parmi  lesquels  seront  les 
ambassadeurs  qui  ont  été  avec  le  potestat,  et  qu'on  délibère 
avec  eux  sur  le  fait  du  comte  Ugolino  et  sur  l'envoi  d'ambassa- 
deurs à  Gènes. 

(/6m/.,  p.  83  V.) 


mST.    DE   FLOnKKCË.  —   II. 


51 


483  APPENDICE. 


s    AVRIL    fl«8K 

Conseil  de  dix-neuf  sages  devant  le  potcsiat,  le  capitaine  et  les  prieurs. 

On  examine  le  traité  conclu  avec  le  potestat  et  les  sages  de 
Lucques  à  Enipoli. 

Lolto  (les  AyU  veut  qu'on  le  notifie  caïUe^  saplenter  el  secrète 
aux  coniHiunes  de  la  ligue,  et  que  des  ambassadeurs  de  Florence 
aillent  à  Gôuis  avec  ceux  de  Lucques,  el  qu'iprès  s'ôlre  enquis 
de  la  volonté  des  communes  de  la  ligue  au  sujet  de  ces  choses, 
on  pourvoie  à  remettre  aux  mains  de  Florence  ce  qui  lui  a  été 
enlevé  (le  texte  ajoute  :  par  le  comte  Ugolini,  mais  cela  parait 
absolument  inexplicable).  On  veut  même  que  toutes  les  com- 
munes de  la  ligue  prennent  part  à  cette  ambassade. 

Oddo  Altovili,  qui  a  fait  partie  des  précédentes  ambassades, 
veut  que  la  ligue  envoie  ses  ambassadeurs  à  Florence  pour 
s'entendre,  et  que  tant  qu'on  n'aura  pas  été  à  Gôiies,  tant  qu'on 
ne  connaîtra  pas  les  intentions  de  cette  commune,  on  ne  pi  enne 
pas  los  châteaux. 

Stoldi)  Jacopi  veut  qu'on  envoie  des  ami)assadeurs  à  Gênes, 
qu'on  en  donne  avis  à  Lucques,  qu'on  lui  dcMiiande  s'il  lui  con- 
vient d'envoyer  un  de  ses  notaires  avec  un  de  ceux  de  Florence 
communiquer  cet  avis  aux  autres  communes  de  la  ligue  ;  qu'on 
procure  que  Siemie  et  Pistoia  envoient  aussidesanibassadeui^sà 
Gênes,  quand  même  elles  ne  le  voudraient  pas,  et  qu'en  atten- 
dant on  ne  prenne  pas  les  châteaux. 

On  décide  conformément  à  l'avis  de  Stoldo. 

[Ibid.,  p.  84.) 


•  AVRIL.   1C8B 

Conseil  de  sages  devant  le  potestat,  le  capitaine  et  les  prieurs. 

On  discute  sur  la  défense  faite  par  Lucques  d'aller  à  Pise  à 
pied  ou  à  cheval,  et  notifiée  par  les  ambassadeurs  de  Lucques. 

Genni  Bentacorde  dit  qu'il  faut  pourvoir  à  ce  que  Florence  ne 
supporte  pas  un  tel  dommage. 


iUPPENDICE.  485 

Segna  Orlandini  veut  qu'on  réponde  aux  ambassadeurs  de 
Lucques  que  les  Florentins  ne  veulent  pas  acquiescer  aux  déli- 
bérations de  cette  commune. 

Micco  del  Velluto  veut  qu'on  proclame  que  nul,  sans  encourir 
des  peines  dans  sa  personne  et  son  avoir,  ne  pourra  aller  à  Pise, 
ni  de  Pise  venir  à  Florence  par  quelque  route  quo  ce  soit  ;  qu'il 
sera  dél'endu  sous  les  mêmes  peines  de  conduire  d'une  de  ces 
villes  à  l'autre  les  personnes  ou  les  marchandises;  qu'enfin  le 
potestat,  le  capitaine  et  les  prieurs  avec  leurs  sages  pouivoiront 
prudemment  et  secrètement  à  l'avantage  et  honneur  de  la  com- 
mune et  des  marchands. 

Cet  avis  est  adopté. 

[Ibid.,  p.  87.) 


Conseil  de  sages  devant  le  potestat,  le  capitaine  et  les  prieurs. 

On  propose  d'aviser  sur  les  lettres  de  Lucques  touchant  l'am- 
bassade à  faire  à  Gênes  pour  traiter  de  l'accord  avec  Pise  et  le 
comte  Ugoliiio. 

On  lit  l'ambassade  de  Ser  Villano,  notaire  et  ambassadeur  de 
Lucques,  à  et;  sujet. 

On  dêlib'Mo  d'envoyer  un  ambassadeur  à  Gênes,  conjointe- 
ment avec  ceux  de  Lucques. 

(Ibid.,  p.  88  r>.) 


9   MAI    tS8G 


Conseil  des  sages  devant  le  potestat,  le  capitaine  et  les  prieurs. 

Le  potestat,  d'accord  avec  les  autres  magistrats,  propose  d'a- 
viser sur  toutes  les  négociations  relatives  à  un  accord  entre 
Gênes  et  Pise,  après  avoir  ouï  la  relation  de  Berti  et  de  Lotti 
touchant  la  paix  avec  le  comte  IJgolino  et  autres. 

Tommaso  Spigliati  demande  qu'on  diffère  jusqu'au  retour  des 
ambassadeurs  envoyés  au  pape,  sauf  le  cas  où  quelque  messa- 
ger, quelque  lettre  préviendrait  ce  retour. 


4g4  APPENDICE. 

Oddo  Altoviti  veut  qu'avant  que  le  pape  envoie  messager  ou 
lettre,  on  prie  les  villes  de  la  ligue  de  se  préparer  contre  Pise, 
qu'on  nomme  le  capitaine  de  l'armôe,  qu'on  prenne  les  autres 
mesures  propres  à  mettre  bientôt  Tarmée  sur  le  pied  de  guerre, 
et  qu'on  en  donne  avis  à  Ugolino. 

Celle  proposition  est  adoptée,  en  laissant  d'ailleurs  de  pleins 
pouvoirs  aux  magistrats. 

{Ibid.,  p.  91  vM 


!«   HAÏ    taSB 


Conseil  de  sages  devant  le  potestat,  le  capitaine  et  les  prieurs. 

Le  potestat  propose  de  décider  si  Ton  doit  ou  non  répondre 
aux  ambassadeurs  d' Ugolino  et  de  Pise. 

Glierardo  desBuondelraonti  ne  veut  pas  envoyer  d'ambassadeurs 
ou  de  lettres  à  Lucqucs  sur  le  fait  des  promesses  échangées 
entre  Lucques  et  Pise  au  sujet  des  châteaux  de  Ripafratta  et  de 
Viareggio.  11  conseille  aussi  de  donner  à  Gênes  le  château  de 
Castro,  comme  il  a  été  dit  précédemment,  et  de  dire  aux  am- 
bassadeurs qu'il  leur  sera  répondu  en  temps  0[)portun;  que, 
pour  le  moment,  ils  peuvent  se  séparer. 

Giamberlo  des  Cavalcanti  propose  d'envoyer  un  ambassadeur 
à  Lucques  sur  tout  ce  qui  précède,  pour  qu'il  reprenne  curia- 
liter  cette  ville  de  ce  qu'elle  fait  et  veut  faire  contre  le  comte 
Ugolino  et  Pise  au  sujet  de  ces  chMeaux,  et  la  prie  d'agir  léga- 
lement selon  les  conventions  et  promesses  faites  au  comte,  di- 
sant qu'il  n'a  agi  que  sur  les  exhortations  des  Florentins.  11 
conseille  aussi  d'envoyer  sur-le-champ  un  ambassadeur  au 
comte. 

Oddo  Altoviti  répond  qu'il  semble  mieux  de  donner  le  châ- 
teau de  Castro  à  Gênes,  sauf  les  droits  du  comte  juge  (de  Gal- 
lura),  du  comte  Ansehni  et  d'autres  magnats. 

Stoldo  Jacopi  émet  l'avis  de  dire  que  ce  n'est  pas  pour 
Florence,  mais  pour  Lucques  qu'a  été  envoyée  à  Gênes  la  grande 
ambassade  ;  de  ne  répondre  à  aucune  des  demandes  desdits 
ambassadeurs  sur  les  instructions  du  pape;  pareillement,  de 
déclarer  que,  quant  à  l'armée,  Florence  pourvoira  à  ce  qui  con- 


APPENDICE.  485 

vient,  non  à  Pise,  mais  suo  loco,  qu'on  envoie  des  ambassadeurs 
à  Lucques  pour  dire  à  ce  sujet  tout  ce  qu'on  pourra  dire,  et 
qu'on  donne  à  Gênes  le  château  de  Castro,  s'il  n'y  a  pas  d'autre 
moyen  de  faire  l'accord. 

(Ibid.,  p.  92.) 


ts  MAI  tass 


Gontei]  des  capUudini  des  doute  arts  mtgeurs  et  d'autres  sages 
detant  le  capitaine  et  l'assesseur  du  potestat. 

Le  capitaine  propose  de  faire  une  provision  sur  les  accords 
pris  avec  le  comte  Ugolino  par  les  ambassadeurs  qui  lui  ont  été 
envoyés  et  sur  toutes  les  pratiques  avec  Gènes  touchant  l'accord 
à  faire  entre  Gênes  et  Pise. 

Simone  Donali  veut  que  le  potestat,  le  capitaine  et  les  prieurs 
avec  des  sages  avisent  et  en  réfèrent  au  conseil. 

LoUo  des  Agli,  d'accord  avec  d'aulres,  propose  que  les  provi- 
sions à  faire  soient  ou  ne  soient  pas  rapportées  devant  les  con- 
seils, à  la  volonté  des  magistrats. 

Ces  deux  propositions  sont  adoptées. 

[Jbid,,  p.  92.) 


i«  MAI  tass 


Lq  capitaine  de  l'année  et  d'autres  sages  élus  par  les  prieurs,  devant  ces  mêmes 

prieurs,  le  capitaine  et  le  polestat. 

On  lit  les  articles  et  règlements  relatifs  à  l'armée  à  faire  contre 
les  Pisans. 

On  fait  mention  des  pratiques  tenues  pour  rétablir  la  con- 
corde. 

Teghia  Tedaldi  dit  que  s'il  faut  faire  l'armée,  il  faut  y  envoyer 
des  cavaliers  stipendiés  par  la  commune  avec  d'autres,  jusqu'à 
concurrence  de  500,  compris  ceux  qu'on  possède  dès  mainte- 
nant, et  des  fantassins  de  la  ville  et  du  contado  au  nombre 
de  6000. 


486  APPKNDICE. 

Bindo  del  Baschiera  veut  qu'on  fasse  vite  et  que  les  sages  qui 
auront  été  consultés  par  les  magistrats  soient  capitanei  exer^ 
citas, 

Gherardo  des  Buondelmonti  propose  d'inviter  les  villes  amies 
de  Toscane  à  envoyer  leur  contingent.  Quand  on  le  connaîtra,  les 
sages  fixeront  celni  do  Florence. 

Rosso  de  la  Tosa  veut  que  les  6000 jWoni  soient  par  moitié  de  la 
ville,  par  moitié  du  contado,  que  les  capit  lines  élisent  des  giiasta- 
tores,  qu'il  y  ait  500  milites^  dont  200  boni  et  ydonei,  que  les  ca- 
pitaines et  autres  bitonuomini  élisent  les  fantassins  et  les  cavaliers 
de  la  ville,  que  le  potentat  ou  le  capitaine  aille  h  r«irmée,  et 
qu'on  se  procun^  de  l'argent  en  imposant  ceux  qui  n'y  vont  pas. 

Manetti  Tiniosi  demande  une  armée  générale,  mais  il  veut 
que  le  potestat  et  le  capitaine  Aa6eanf  les  capitaines  de  l'armée, 
ou  que  le  lendemain,  summo  mane^  tous  les  sages  ensemble  dé- 
libèrent et  décident. 

On  vote  conformément  à  Tavis  de  Manetti. 

{Ibid,,  p.  93.) 


■  •    MAI    taSB 

Conseil  des  capitudini  des  douze  arts  majeurs  et  autres  sages. 

On  discute  pour  savoir  si  trois  sesti  de  Florence  doivent  ail  r 
15  jours  à  l'armée  contre  Pise,  pour  être  remplacés  par  les  trois 
autres  pendant  ib  autres  jours,  en  laissant  dans  la  ville  ceux 
qui  seront  préposés  à  sa  garde  1 1  auront  à  payer  une  certaine 
somme  à  la  commune. 

Ou  bien  s'il  y  a  lieu  d'approuver  la  proposition  suivante  du 
capitaine  de  l'armée  assis! é  d'autres  sages  :  que  le  quart  de  la 
ville  et  du  contado  aille  à  l'arméo  cum  certa  solutione,  d  que  les 
trois  autres  parties  payent  la  somme  qui  sera  fixée. 

Simone  de  Salto,  juge,  veut  envoyer  deux  sesti  à  la  fois  pour 
iO  jours. 

Gianni  Buonaguida  ajoute  qu'il  ftiut  que  U  potestat,  le  capi- 
taine et  les  prieurs  pourvoient  à  ce  que  deux  sesti  formept 
500  milites  ou  salariés;  en  outre,  qu'on  obtienne  de  Sienne, 
Prato,Pisloia  et  autres  villes  de  la  ligue,  d'aller  à  l'armée  ex  for- 
tio,  sicut  conveniens  fuerit. 


APPENDICE.  487 

Ugo  Altoviti  veut  qu'on  diminue  du  tiers  la  paye  des  militei, 
et  du  quart  celle  des  pedoni,  et  qu'on  allège  le  poids  des  impôts 
à  ceux  qui  relateront  char«:és  de  garder  la  ville. 

Segua  Orlandini  demand'^  (jue  tous  ceux  qui  ont  des  chevaux 
aillent  A  rarniêc  sans  rémunération  ;  que  trois  sesti  on  fassent 
partie  pour  15  jours,  sans  qu'aucun  de  leurs  habitants  reste  à  la 
garde  de  la  ville  ;  que  tous  les  nobles  possédant  des  chevaux 
partent  avec  leur  sesto. 

Uberlo  des  Pulri  veut  que  l*iniposi' ion  proposée  par  le  capi- 
taine de  l'armée  soit  diminuée  de  ÎO  livres. 

Mico  del  Velluto  veut  qu'on  fasse  une  armée  générale  pour  la 
ville  et  qu'une  moitié  du  contado  y  soil  compri>e;  que  les  autres 
restent  pour  garder  Florence,  et  que  dans  les  f-imilles  où  il  y  a 
deux  frères,  l'un  des  deux  parte  seul;  do  môme  pour  les  autres 
degrés  de  parenté. 

Borgo  V(  ut  que  la  discussion  soit  reprise  le  lendemain  de  grand 
matin  (reducantur  summo  mane)^  par  le  même  conseil,  avec  ad- 
jonction de  12  autres  sages. 

(Consulte,  i,  I,  p.  iOO,  iOi.) —  La  lettre  du  cahier  manque; 
mais,  à  en  juger  par  la  pagination,  c'est  le  même  qne  le 
prêchent. 


•  8   MAI   taSB 

Même  conseil.  —  Suile  de  la  discussion. 

Teri  Barbassori  propose  que  personne  ne  reste  à  la  garde  de 
la  ville,  et  que  si  les  trois  sesti  désijrnés  ne  fournissent  pas 
500  milites,  on  en  envoie  des  autres  sesti,  en  leur  payant  un 
salaire  à  fixer  par  le  capitaine,  per  libram,  non  per  imposiUtm. 

Glierardo  des  Buondelmontî  veut  que  500  milites  aillent  à 
l'armée  sans  salaire,  que  toute  la  ville  et  le  contado  partent  éga- 
lement, sauf  ceux  que  le  potestat,  le  capitaine  et  les  prieurs  Ré- 
signeront pouf  rester  à  la  garde  de  la  ville. 

Uberto  des  Pulci  veut  qne  le  poteslat,  le  capilaine  çl  les 
pfieurs  s'adjoignent  0  sages  {sapientes  juris) ,  ef  12  aijtrçs  dorjl  G 
soient  marchands  et  artisans,  pour  toul  régler. 

On  décide  quç  les  prJQurs  éliront  24  sage^,  parmi  lesqpgl?  de 


4RS  APPE^nlCK. 

sages  manhaiids,  arlisans  et  aulrps  boni  homines,  qui  délibére- 
ront avec  eui,  le  poletlal  et  le  capilaine  super  fado  ej:ercitus, 
après  avoir  vu  ce  qui  a  élé  arrêté  in  terra  Sarrazam,  sous  réserve 
de  ne  pifudre,  quant  aux  dépenses,  aucune  provision  conirairc 
aux  elaiuls. 

[ContulU.   tUd,  p    100-101.) 


Caïueil  de  lingt-troU  spgts  asipmblfs  en  prfKiice  dci  prieurs. 

On  délibéi-e  super  facto  ererciltit  xecuntliim  ea  qvod  remissa 
fiierunl  in  ipsog  per  nliuil  majus  consiliiim. 

Talano  de  la  Tosa  propose  qu'on  fasse  le  recensement  des 
ri::lies  Florentins  r|ui  peuvent  enlr^lenir  d^s  chevaux,  île  ma- 
nière qu'il  y  ait  à  I  iirmé  ■  jusqu'à  1000  cavaliers  ;  qu'en  général 
la  ville  et  le  contaiio  aillent  à  l'armée,  mais  qu'à  la  gai  do  de  la 
ville  reste  une  grande  qiianliié  de  boni  homines,  de  qui  l'on 
eiigera  beaucoup  d'argeni,  afin  qu'ils  ainii-nl  mieux  partir 
pour  l'année  que  de  rei^liT,  et  que  cet  argent  serve  ;'i  paver 

Pepo  des  Itindi  veut  qu'on  envoie  SOO  bons  cavaliers,  mais 
que  tes  deux  tiers  de  la  ville  et  du  contado  resleot  à  la  ga<de  do 
Florence  et  payent  d'^  grosses  sommes  pour  la  solde  de  l'armée. 

Bcrto  des  Froscobaldi  veut  qu'on  sVn  remette  aux  prieurs, 
mai5  que,  s'ils  déci'lent  du  former  rarinêe,  tous  les  cavaliers  di 
corredo  en  fassent  partie,  sauf  les  infirmes  et  les  septuagé- 
naires. 

La  plupart  s'accordent  à  demander  que  l'année,  si  on  la  fait, 
soit  générale,  et  que  ceux  qui  resteront  à  la  garde  de  la  ville 
soient  répartis  entre  les  divers  quarlicrs,  pourvu  que  ceux  qui 
partiront  soient  plus  nombreux  que  ceux  qui  resteront. 

Sur  la  proposition  d'iberlino  de  lo  SIrozza,  on  renvoie  an  len- 
demain. 

Talano  de  la  Tosa  propose  pour  capitaine  de  la  taglia  :  1°  Guide 
Cornes  Salvalicits ;  2°  Cornes  Merander;  5"  Malpigli  de  San  Mi- 
niato.  Il  demande  qu'on  mette  une  imposition  sur  ceux  qui  reste- 


APPENDICE.  489 

ront  dans  la  ville,  et  que,  si  elle  ne  suffit  pas,  on  frappe  un  em- 
prunt forcé. 

Dono  Rocchi  veut  qu'il  y  ail  500  cavaliers,  payés  à  raison  de 
20  sous  s*ils  ont  5  chevaux,  de  14  s'ils  en  ont  2,  de  8  s'ils  n'en 
ont  qu'un,  et  que  l'armée  forme  au  moins  15  000  hommes  payés 
au  moyen  d*une  taxe  (libra)  à  imposer  au  contado. 

(Consulte,  ibid  ,  p.  i0i-i02.) 


•  t    MAI    taSB 

Conseil  des  cent. 

Les  mêmes  opinions  se  reproduisent.  Nous  ne  citons  ici  que 
celles  qui  apportent  quelque  chose  de  nouveau. 

Bandino  des  Falconieri  veut  que,  outre  la  libray  on  impose 
ceux  qui  iront  à  l'armée  de  20  sous  pour  100,  ceux  qui  resteront 
de  40. 

Simone  Aiigolotti  veut  quod  exercitus  non  fiat^  multis  rationibus 
et  causis, 

Lapo  Guglielmi  veut  qu'avant  de  rien  résoudre,  on  entende  les 
marchands  de  Calimala  et  autres  habentes  facere,  qui  mettront 
leur  sentiment  par  écrit. 

Bonaccorso  Yillanuzzi  veut  que  l'armée  générale  se  fasse  sans 
rémunération  ;  que  pour  les  dépenses  on  impose  la  libra,  et 
qu'on  envoie  de  suite  à  Gênes,  afin  d'obtenir  un  sursis  pour  le 
départ  de  l'armée. 

On  décide  qu'il  sera  fait  une  armée  générale,  qu'une  garde 
suffisante  restera  en  ville,  selon  ce  qu'avaient  proposé  les  vingt- 
quatre,  que  Cf  ux  qui  partiront  ne  seront  pas  rémunérés,  que  ceux 
qui  ne  partiront  pas  payeront  un  impôt  à  fixer  par  les  prieurs. 

[Consulte,  ibid.,  p.  102-105.) 


Conseil  général  du  capitaine. 


Ugo  Altoviti  repousse  tout  salaire. 

Rosso  del  Fornario  propose  que  ceux  qui  vont  à  l'armée  soient 


490  APPENDICE. 

payôs  par  leurs  voisins  qui  restent;  quo  ceux  de  la  ville  reçoivent 
6  sous,  ceux  du  conlado  5. 

Lapo  del  Pralese  veut  que  lous  ceux  qui  ont  des  chevaux 
partent  et  que  les  prieurs  fixent  leur  salaire. 

Simone  del  Salto  ;.ppuie  le  préopiiiant  sur  le  premier  point, 
et  le  combat  sur  le  secoiid. 

Mano  Jacobi  demande  qu'il  ne  reste  en  ville  aucun  cavalier  di 
corredoy  ni  fils  de  cavalier,  et  que  ceux  qui  restent  payent  en 
proportion  de  leiirs  impôts. 

Guallerio  de  Ganghereto  n^clam»;  la  convocation  de  l'assem- 
blée à  parlement. 

Corso  Deodati  veut  qu'on  s'en  remette  au  pot^^stal,  au  capi- 
taine du  peuple  ol  aux  capitaines  de  guerre,  assistés  de  6  snges 
par  sesto^  mais  de  ctux  qui  n'ont  pas  figuré  dans  les  conseils 
du  capitaine  et  des  vingt-quatre. 

La  décision  est  conforme  à  celle  du  conseil  des  cent. 

(Conaulle,  ibid.,  p.  10^.] 


■  JUIN  tass 

Conseil  général  du  potestat.' 

Neri  de  Hostignani  s'en  tient  à  ce  qui  a  été  décidé,  sauf 
qu'il  veut  200  cavaliers  mercenaires  ou  autn^s,  avpc  chevaux 
l^ardés  de  fer,  recevant  chacun  p^ur  ses  chevaux  i  florin  d'or. 

Arrigo  del  Boccacio  demande  rajoiirnement.  On  se  rend  à  son 
avis. 

{ConsulUf  ibid.,  p.  107.) 


4   JUJiyt    I  C8S 

M^me  conseil. 


Plusieui*s  soutiennent  la  décision  prise. 
D'autres  préfèrent  s'en  remettre  aux  magistrats. 
Gherardi  veut  qu'on  fasse  une  levée  de  800  chevaux. 
Lambertuccio  des  Frescobaldi  est  d'avis  q|f'pp  sonnç  la  cloche 
comme  à  l'ordinaire  ppur  l'araiée. 


APPENDICE.  491 

L'assemblée  s'en  remet  au  potestat,  au  capitaine  du  peuple, 
aux  prieurs  ot  autres  sagos. 

{Ihid.) 


Ces  magistrats  et  sn^cs  se  réunissent. 

Neri  Bordolli  propose  de  sVn  tenir  .1  ce  qui  a  été  décidé  et  de 
fixer  à  2'25  les  cavaliers  stipendias. 

Simone  Donali  veut  que  tout  soit  définitivement  fixé  par  12 
ou  24  sag'S  réunis  devant  U  potestat. 

Celte  proposition  est  adoptée. 


s  auiN  lasB 


Conseil  de  vingt-quatre  sages  en  présence  du  potestat.  [On  ne  lit 
dans  le  document  que  les  noms  de  23  sages.) 

Neri  dos  Pigli  veut  qu'on  montre  aux  sages  les  lettres  du  pape, 
pour  savoir  si  elles  sont  un  juste  motif  de  différer  l'armée. 
Dans  le  cas  contraire,  il  demande  qu'elle  se  melte  en  marche, 
que  le  potestat  avec  sa  famiglia  et  le  capitaine  de  l'armée  avec 
tous  ceux  qui  portent  les  (  nsoignes  de  la  commune  se  rendent 
sur  la  terre  d'Empoli,  et  qu'on  en  donne  avis  au  légat  aposto- 
lique, pour  qu'il  s'y  rendo  de  son  côté.  (Ici  une  lacime.) 

lîgo  Alloviti  veut  qu'on  envoie  4  officiers,  2  laïques  et  2  no- 
taires vers  I^érouse  pour  enrôl<'r  jusqu'à  2^0  mercenaires,  et 
qu'on  enrôle  aussi  d(^s  balestrieri,  des  architectes,  des  sapeurs 
et  des  mineurs;  qu'on  envoie  des  hommes  sages  h  Pise,  pour 
recherchir  ce  que  veulent  faire  avec  la  cppimune  He  Florence 
le  comte  Ugo(liuo)  et  la  commune  de  Pise,  et  que  le  potestat 
avec  les  enseignes  ne  sorte  pas  de  la  ville. 

Tommaso  Spigliati  veut  s'en  tenir  à  ce  qui  a  été  décidé,  sauf  A 
examiner  les  lettres  du  pape. 


492  APPENDICE. 

Buondelmonie  des  Buondelmonti  veut  que  selou  la  teneur 
desdites  lettres  on  fasse  ou  ne  fasse  pas  Tarmée. 

Cipriano  des  Tornaquinci  appuie  le  préopinant. 

Giovanni  del  Brodaio  veut  qu'on  élise  des  officiers  pour  le 
fait  de  l'armée. 

On  décide  d'élire  des  sages  pour  examiner  les  lettres  du 
pape,  et,  si  elles  conseillent  de  renoncer  à  Tarméc,  d*y  surseoir, 
mais  tout  en  continuant  à  faire  les  préparatifs  nécessaires. 

(CoMuUe,  ibid.,  p.  107-108.) 


«  JUIN  lacis 


Devant  le  potestat,  le  capifaine  du  peuple  et  les  prieurs  se 
réunissent  les  capitaines  de  Tarraée,  les  capitudini  des  sept  arts 
majeurs  et  les  24  sages  convoqués  précédemment. 

Le  conseil  du  capitaine  a  délibéré  qu'on  fît  une  armée  géné- 
rale contre  les  Pisans,  conformément  aux  stipulations  de  la 
ligue  ;  que  ceux  qui  iraient  ne  reçussent  aucune  paye  de  la 
commune  ;  que  dans  la  ville  et  le  contado  restât  une  garde  suf- 
fisante ;  que  les  prieurs  la  désignassent  conjointement  avec  les 
sages  qu'il  leur  plairait  ;  que  ceux  qui  resteraient  payassent 
pour  ladite  garde  une  certaine  somme  à  exijrer  per  lihram. 

Cette  délibération  fut  portée  au  conseil  général  du  potestat 
ou  de  la  commune,  lequel  s'en  remit  pour  tout  au  potestat,  au 
capitaine,  aux  prieurs  et  aux  sages  qu'ils  désigneraient. 

En  conséquence  de  quoi,  le  mardi  précédent,  les  susdits  ma- 
gistrats se  réunirent  avec  vingt-quatre  sages  et  résolurent  que 
les  lettres  récemment  envoyées  par  le  pape  au  sujet  de  ladite 
armée,  l'admonition  y  relative  faite  par  D.  Jacopo,  évêque  de 
Ferentino,  au  nom  du  pape,  seraient  examinées  par  les  sages 
en  droit  civil  et  canonique,  en  aussi  grand  nombre  qu'ils  se- 
raient élus  par  les  prieurs;  et  que  si  lesdits  sages  étaient  d'avis 
que  la  commune  pût  légitimement  et  juridiquement  s'excuser 
de  faire  ladite  armée,  on  temporisât,  en  faisant  toujours  les  pré- 
paratifs. 

Les  sages  en  droit  furent  élus  par  les  prieurs,  et  donnèrent 
à  ce  sujet  divers  conseils  qui  furent  lus  et  écrits  par  Ser  Bo- 
naiuto. 


APPENDICE.  493 

Enfin  vinrent  à  Florence  des  ambassadeurs  de  Gônes,  pour 
déclarer  que  la  commune  devait,  selon  le  traité,  faire  une  armée 
générale,  et  ils  rédigèrent  un  acte  en  conséquence. 

Après  cette  exposition  des  faits  antérieurs,  la  discussion 
s'engage. 

Sur  Tavis  d*Ugo  Altovili,  l'assemblée  décide  d'attendre  avant 
de  prendre  une  résolution,  le  retour  des  ambassadeurs  envoyés 
à  Gènes,  la  venue  d  une  autre  ambassade  de  Gènes  ou  d'ail- 
leurs, ou  tout  au  moins  deux  ou  trois  jours. 

{Consulte,  t.  I,  quad.  G,  p.  103.) 


ta  jui:i  lass 


Conseil  des  capitudini  des  douze  arts  majeurs  et  d'autres  sages  en  présence 
du  potestat,  du  cai>itaine  et  des  prieurs  en  leur  maison. 

Dans  les  lettres  du  pape  il  était  dit  que  la  commune  devrait 
lui  envoyer  des  ambassadeurs,  syndics  et  procurateurs,  avec 
pleins  pouvoirs  pour  traiter  de  la  paix  entre  Florence  et  Pise, 
et  pour  promettre  et  accepter  tout  ce  que  le  pape  jugerait  à 
propos  d'ordonner  à  ce  sujet,  et  qu'en  attendanf,  par  respect 
pour  le  siège  apostolique,  on  devrait  s'abstenir  de  toute  attaque 
contre  les  Pisans  et  leur  territoire.  —  Rêver endus  vir  D.  Jacobus 
episcopus  Ferentinus^  légat  et  nonce  du  pape,  a  averti  pro  prima^ 
secunda  et  tertia  peremptoria  monitioney  le  potestat,  le  conseil  et 
la  conmmne  de  Florence  de  comparaître  ad  primam  diem  non 
feriatam,  après  la  fête  de  saint  Jean-Baptiste,  devant  le  pape,  par 
l'intermédiaire  d'ambassadeurs  et  de  syndics. 

Le  potestat  propose  de  prendre  une  provision  à  ce  sujet. 

Sur  l'avis  de  Stoldi  Jacopi  on  délibère  d'envoyer  au  pape  non 
pas  les  syndics,  mais  un  sage,  pour  excuser  la  commune  de  n'a- 
voir pas  envoyé  les  syndics.  Des  sages  pourvoiront  à  ce  que 
ledit  ambassadeur  devra  dire  pour  excuser  la  commune. 

[Consulte,  t.  I,  cpiad.  G,  p.  i03,  10'».) 


494  APPENDICE. 


t«  siiËM  f  ass 


Conseil  des  capiiudini  des  douze  arls  majeurs  et  d*uu  graud  nombre  d' Autres 
sages  ca  préscace  du  poteslal,  du  capilaine  et  des  prieurs  dans  leui*  maisou. 

Lecture  est  donnée  des  leltros  des  ambassadeurs  de  Florence 
à  Gônes,  et  de  celles  de  marchands  (lorentins  ({ui  demeurent 
dans  cette  ville.  On  rappt'lle  la  dernière  provision  des  sa*jes  sur 
l*armée,  et  le  potestat  ouvre  la  délibération. 

Talano  délia  Tosa  propose  d'attendre,  pour  tenir  conseil,  le 
retour  des  ambassadeurs  qui  sont  à  Gènes,  et  la  réponse  que 
fera  Lucques  aux  offres  de  Florence  portées  par  des  mar- 
chands. 

Ciango  de  Giandonati  veut  qu'on  s'en  remette  au  potestat, 
au  capilaine,  aux  prieurs  et  à  deux  sages  par  sesto^  qu'ils 
éliront. 

Ghierico  des  Pazzi  veut  que  si  les  Génois  peuvent  faire  avec 
Lucques  ce  que  demandaient  l('s  marchands,  on  se  borne  là. 

Giovaimi  del  Brodaio  veut  que  le  potestat,  le  capilaine  et  les 
prieurs  fassent  en  sorte  d'avoir  les  cavaliers  et  les  fantassins 
offerts  à  la  commune  do  Lucques  par  les  ambassadeurs  de  Gè- 
nes; et  si  Luc(iues  n'acceptait  pas,  qu'on  fasse  l'armée  le  mieux 
qu'on  pourra. 

Stoldo  Jacopi  demande  qu'on  réunisse  deux  sages  par  sesto, 
dont  six  marchands  et  deux  sapientes  juris,  alin  de  prendre  la 
provision  qu'ils  jugeront  convenable,  et  que  leur  provision  soit 
portée  à  un  conseil  semblable  ou  plus  grand,  afin  que  lesdites 
choses  se  fassent  sans  retard. 

Uberto  des  Pulci  veut  qu'on  s'occupe  d'avoir  l'argent  néces- 
saire à  la  solde  des  cavaliers. 

Tieri  Burbassi  demande  le  renvoi  au  lundi  suivant,  et  qu'à 
partir  de  ce  jour  on  puisse  faire  tous  rapports  et  propositions  au 
conseil  spécial  du  capilaine  et  des  capiUulini  des  douze  arts 
majeurs,  et  de  deux  sages  par  art  à  désigner  par  les  consuls  de 
ces  mèmt'S  ai  Is. 

Lapo  Ugoni  veut  qu'on  envoie  deux  ambassadeurs  et  plus,  à 
la  volonté  des  consuls  de  Galimala,pour  aller  à  Lucques  donner 


APPENDICE.  495 

leur  salaire  à  trois  cent  quarante-quatre  cavaliers  (et  cinq  cents 
fantassins,  mais  prudemment,  caute,  et  de  manière  que  Florence 
reste  excusée  auprès  de  Gènes. 

Forese  Buonaccorso  recommande  i'avis  de  Ciango  de  Gian- 
donati,  en  ajoutant  que  mittant  pro  responsione  habenda  de  pre- 
dictis. 

On  décide  que  si  Ton  peut  faire  avec  Lueques  comme  on  est 
convenu  avec  les  ambassadeui*s  de  Gènes,  qu'on  le  fasse,  à  sa- 
voir, donner  à  Tune  ou  à  l'autre  de  ces  républiques  l'argent  né- 
cessaire pour  trois  cent  quarante-quatre  cavaliers  incirca,  ou  cinq 
cents  cavaliers  parmi  lesquels  il  y  ait  des  mercenaires  et  cinq 
cents  fantassins. 

(ContnUe,  t.  I,  quad.  E,  p.  104  v«.) 


ICI   JUIN    tasB 


Conseil  (le  quelques  sages,  appelés  à  dolihcrer  devant  le  poteslat,  le  capitaine  et 
les  prieurs,  sur  une  pétition  des  marchands,  qui  demandent  qu'on  décide  tou- 
cliant  le  fait  de  Tannée,  selon  la  teneur  des  ietiu-s  envoyées  par  les  ambassa- 
deurs de  la  commune  de  Gènes  à  I  ucques,  et  touclinnl  l'îiml)a>sade  lîe  Ser 
Arriglii  Gratic,  portant  la  réponse  de  celte  cuuiniuue  à  la  demande  qui  lui  a 
été  lailc  pai  la  commune  de  Florence  de  proroger  rarmée,  à  l'occasion  des 
lettres  envoyées  par  le  siège  apostolique. 


Manetti  Tiniozi  veut  laisser  la  décision  aux  capitudini  des  sept 
arts  majeurs,  avec  le  potestat,  le  capitaine,  les  prieurs,  et  des 
sages  de  leur  choix. 

Manetti  Henincasa  propose  que  le  capitaine  avise,  en  tout  c  ts, 
à  ce  qu'on  ne  fasse  point  l'armée,  cum  fieri  non  possit  aliquo 
modo. 

Divers  demandent  que  l'armée  se  fasse  selon  la  volonté  des 
ambassadeurs  génois,  en  ayant  de  Lueques  le  plus  grand  n  inbre 
de  soldés  qu*il  sera  possible,  et  on  en  demandant  aussi  aux 
autres  villes  de  la  ligue;  mais  qu'on  envoie  des  ambassadeurs  à 
Gènes,  pour  obtenir  la  prolongation  du  terme  fixé. 

Gherardo  des  Buondelmonti  veut  qu'on  décide  avant  tout  s'il 
faut  ou  non  tenir  compte  des  lettres  du  pape.  Si  oui,  il  ne  faut 
plus  tenir  de  conseils  sur  cette  affaire;  si  non,  il  faut  faire  l'ar- 
mée générale  de  la  ville  et  du  contado. 


496  APPENDICE. 

Oddo  Altoviti  demande  une  autre  réunion  de  ce  même 
conseil  pour  le  mercredi  suivant,  en  y  adjoignant,  si  l'on  veut, 
d'autres  sages. 

Pela  Gualducci  appuie  la  motion. 

Uberlino  de  lo  Sirozza  pareillement,  sauf  qu*il  veut  que  les 
capitudini  dos  sept  arts  majeurs  prennent  l'initiative  des  choses 
à  proposer  audit  conseil,  auquel  on  lira  les  lettres  du  pape. 

Micco  del  Velluto  \eui  qiiod  predicta  reducantur  ad  niagnos  et 
nobUes  et  fjotentes  civitatis  Florentie,  ita  quod  provideant  super 
indempnitate  mercatorum. 

On  ne  prend  point  de  résolution. 

{Consulte,  l.  I,  p.  111  y,  112.; 


CO    JUIN    ••8S 


Conseil  spécial  du  capitaine  avec  les  capitudini  et  d'autres  sage$ 

dans  San  Picr  Schcr.iggio. 

Lottcringo  de  Montesperloli  veut  qu'on  s'en  remette  au  potes- 
tat,  au  capitaine  et  aux  prieurs,  avec  ou  sans  adjonction  de 
sages,  dummodo  serviciûm  fiai  magnum  et/ionorabiliter, 

Donato  Camaiano  propose  qu'on  fasse,  non  une  armée  géné- 
rale, mais  des  envois  particuliers  de  cavaliers  et  de  pedoni,  de 
manière  que  la  commune  de  Florence  demeure  dans  Tamour  de 
celle  de  Gùnes. 

Boleynino,  cordonnier,  veut  s'en  remettre  au  potcslat,  au  ca- 
pitaine et  aux  prieurs,  avec  trois  ou  quatre  sages  par  sesto. 

Milliazo,  peaussier,  veut  que  Texpédition  à  Porto  Pisano  se 
fasse  de  manière  à  contenter  les  Génois. 

Segna  Orlandini  veut  qu'on  envoie  500  cavaliers  et  500  fan- 
tassins avec  les  Lucquois  et  les  autres,  laissant  au  po- 
testat,  au  capitaine,  aux  prieurs  le  soin  de  déterminer  l'endroit 
où  on  les  enverra. 

Giovanni  Angiolini  conscillo,  ut  pericula  evitentur^  qu'on 
arrête  maintenant  de  faire  l'armée,  et  s'il  plaît  aux  Génois  d'agir 
contre  Porto  Pisano,  de  faire  en  sorte  de  les  satisfaire  avec  le 
plus  grand  nombre  d'hommes  qu'il  sera  possible. 

Bucco  Sabini  demande  qu'on  marche,  non  co.itre  Porto  Pisano, 
mais  contre  le  contado  de  Pise. 


APPENDICE.  497 

Plusieurs  insistent  pour  qu*on  donne  satisfaction  à  Gènes  en 
marcliant  contre  Porto  Pisano. 

Uberto  des  Pulci  veut  que  l'expédition  se  compose  de  400  ca- 
valiers de  la  commune,  des  cavaliers  de  la  taUia  et  de  2000  pe- 
doniy  avec  ceux  qu'offrira  Lucques  et  qu'on  demandera  aux 
autres  villes  de  la  ligue. 

Neri  Burbassi  est  d'avis  qu'on  diffère,  à  la  volonté  des  prieurs. 

Giovanni  del  Brodaio,  qu'on  envoie  à  Lurques  pour  y  obtenir 
la  venue  des  100  milites  que  cette  ville  a  promis,  et  qu'on 
publie  une  proclamation  quod  volantes  ire  faciant  se  scribi. 

Ser  Rainuccio  de  la  Paniera  veut  que  le  potentat,  le  capitaine, 
les  prieurs  avec  douze  sages,  parmi  lesquels  des  magnats  el  des 
artisans,  avisent  au  bon  état  de  la  ville  et  des  marchands. 

On  décide  qu'il  y  a  lieu  de  confier  aux  sages  un  nouvel  exa- 
men de  la  question,  pour  agir  conformément  à  l'avis  de  Ser 
Itainuccio. 

[Consulte,  t.  ],p.  112.) 


HÉCaUB   JOtJK 

Réunion  de  ce  conseil  des  sages  devant  le  potestat,  le  capitaine  et  les  prieurs. 

Alberto  Baldoni  propose  de  mander  aux  ambassadeurs  de 
pourvoir  aux  soldés  de  Lucques  et  de  fixer  le  terme  ;  de  décider 
de  marcher  contre  Porto  Pisano  avec  le  moindre  nombre  d'hom- 
mes qu'il  sera  possible,  cum  salvamento  et  securitate  euntium; 
de  publier  une  proclamation  pour  que  les  gens  de  bonne 
volonté  se  fassent  inscrire  à  la  solde  de  la  commune;  de  se 
procurer  sans  retard  l'argent  nécessaire  par  le  moyen  d'une 
libra  ou  taxe  à  restituer  sur  le  premier  impôt. 

Talano  de  la  Tosa  conseille  que  le  potestat,  le  capitaine  et  les 
prieurs  élisent  douze  personnes  afin  de  pourvoir  à  cette  affaiie. 

Uberlo  des  Pulci  reproduit  son  avis  de  la  réunion  précédente. 

Simone  de  Salto  conseille  qu'on  donne  aux  marchands  vingt 
mille  livres  à  dépenser  pour  le  salaire  de  ceux  qui  iront  à 
l'armée,  sans  contraindre  personne;  et  si  l'on  ne  peut  ainsi 
faire  l'armée,  qu'on  convoque  l'assemblée  à  parlement  dans  le 
délai  de  15  jours. 

HI8T.    DE  FLOREHCE.   —  II.  32 


498  APPENDICE. 

.Arrigo  Paradisi  et  Stoido  Jacopi  opinent  pour  l'expédition  à 
Porto  Pisano. 

Gueifo  des  Cavalcanti  de  môme.  Il  demande  300  cavaliers, 
chacun  desquels  ait  un  compagnon  et  60  sous  de  salaire 
par  jour  pour  lui  et  son  compagnon. 

On  décide  selon  l'avis  de  Talano  de  la  Tosa. 

(CoruuUê,  t.  I,  p.  lis  ▼•,  113.) 


■  t  JUIN  taas 

Conseil  de  douxe  sages,  de? ant  le  potestat,  le  capitaine  et  les  prieun. 

Pela  Gualducci  demande  l'armée  contre  Porto  Pisano»  200  ca- 
valiers,  chacun  avec  un  compagnon,  et  2000  pedonL  11  pro- 
pose t)0  sous  de  salaire  pour  le  cavalier  et  son  compagnon,  4  sous 
pour  le  pedone. 

Simone  Donati  veut  renvoyer  la  délibération  au  lendemain. 

Rogerio  des  Tomaquinci  demande  qu'on  ne  fasse  pas  l'armée 
et  qu'on  envoie  des  ambassadeurs  au  pape  pour  qu'il  le  défende, 
de  manière  que  les  Génois  ne  fassent  pas  de  procès  contre  la 
commune  de  Florence. 

L'avis  de  Simone  Donati  est  adopté. 

(CoruuUe,  1. 1,  p.  113.) 

Même  conseil. 

On  y  décide  secundum  quod  notatum  est  in  cedula. 

[Ibid.) 


■s  jpijiM  f  «as 


Conseil  spécial  da  capitaine  avec  les  capUudinL 
Conseil  général  du  capitaine  a?ec  les  eapiiudini. 

La  cédule  est  approuvée,  sauf  qu'on  ne  puisse  contraindre 
personne  à  aller  à  l'armée,  excepté  ceux  qui  sont  désignés  pour 
défendre  la  ville. 


APPENDICE.  499 

CSes  deux  réunions  sont  peu  nombreuses.  Un  seul  niembre  de 
chacune  est  mentionné  comme  s*étant  levé  pour  soutenir  la 
proposition,  aucun  pour  la  combattre. 

[/6ûf.) 


t«8ft 


Conseils  spécial  et  général  du  capitaine. 

On  propose  dix  mille  livres  pour  la  paye  des  stipendiés. 

(CoMuUe,  1. 1,  p.  115  ▼•.) 


•  jruiuLi 


tSAB 


Conseils  de  quelques  sages  derant  le  polestat,  le  capitaine  et  les  prieurs 

à  la  Badia. 

On  discute  les  voies  et  moyens. 

Jacopo  des  Agolanti  veut  qu'on  impose  une  certaine  libra 
sur  Tancien  esiimOf  à  raison  de  15  ou  20  sous  pour  100. 

Hanetto  Tiniozi  demande  que  les  prieurs  élisent  six  marchands, 
un  par  sesto,  pour  examiner  ce  (|ue  la  commune  peut  espérer 
encore  des  condamnations  ou  taxes  non  payées  et  ce  qui  manque 
d*argent,  pour  qu'on  puisse  en  conséquence  fixer  un  emprunt 
ou  impôt  en  quantité  opportune,  pourvu  que  les  sommes  ainsi 
perçues  n'aillent  pas  aux  mains  des  camerlingues,  mais  soient 
déposées  pour  le  payement  des  stipendiés. 

On  voté  conformément  à  cet  avis. 

{ConsuUe,  t.  I,  p.  115  ▼•.) 


ft    JVËMjMMT    tS8B 


Conseil  général  du  capilaine. 


Le  capitaine  propose  que,  selon  la  provision  des  six  sages  élus 
à  cet  elTet,  on  émette  une  libra  à  raison  de  10  sous  pour  100, 
afin  de  donner  aux  stipendiés  la  paye  de  mai,  juin,  juillet,  août, 


500  APPENDICE. 

et  que  Targent  soit  enfermé  dans  une  cassette  {gcripnio)  de 
la  chambre,  fermée  par  deux  clefs  conservées,  Tune  par  le  ca- 
merlingue, l'autre  par  les  prieurs,  afin  qu'on  ne  remploie  à 
autre  chose. 
On  approuve  après  quelque  discussion. 


Conseil  spécial  du  capitaine  arec  le:»  capUudini. 

'-  L'assemblée  est  saisie  de  la  question  de  onze  mille  livres  (sic) 
pour  paye  des  stipendiés. 
On  approuve  les  résolutions  prises. 

[Consulte,  t.  l,  p.  115  t*.) 


!•'  AOUT  tses 


Conseil  de  sages  derant  le  capitaine,  le  potestat,  les  prieurs,  k  la  Badia. 

On  présente  la  demande  de  Lucques  à  savoir  que  Florence  lui 
envoie  un  secours  de  milites  pour  l'expédition  contre  Fisc,  et 
qu'on  défende  à  tout  Florentin  d'aller  ou  de  rester  à  Pise, 
pour  éviter  les  scandales. 

Sur  la  proposition  de  Fantoni  des  Rossi,  on  renvoie  au  lende- 
main. 

[Consulte,  t.  I,  p.  119  t*.) 


s  Aoirr  fl«8s 


Conseil  de  sages  devant  le  potestat,  le  capitaine  et  les  prieurs. 

Talano  de  la  Tosa  propose  de  s'en  remettre,  sur  la  demande 
de  Lucques,  au  potestat,  au  capitaine,  aux  prieurs  et  aux  sages 
qu'ils  désigneront. 

Teghia  Tedaldi  veut  notifier  à  Lucques  que  Florence  est 
soumise  à  l'Église  et  au  pape,  que  le  pape  lui  a  défendu  de 


APPENDICE.  ^0i 

procéder  contre  les  Pisans  et  qu*elie  doit  obéir.  Qu*on  réponde 
là-dessus  cum  abilioribus  verbis  que  dici  potuerint,  à  la  pro- 
vision du  potestat,  du  capitaine  et  des  prieurs. 

Fantoni  des  Rossi  veut  qu'on  dise  aux  ambassadeurs  de  Luc- 
ques  de  retourner  chez  eux,  que  Florence  délibère  et  qu*on 
répondra  par  ambassadeurs. 

Giovanni  fiuonaguida  appuie  Talano  de  la  Tosa. 

Forese  des  Adimari  veut  qu'on  réponde  que,  pour  obéir  aux 
commandements  du  pape,  on  n*a  pas  fait  Tarméc  ;  mais  que  si 
Ton  peut  obtenir  qu'il  lève  ses  défenseurs,  Florence  est  prête  à 
servir  Lucques,  non-seulement  d'une  petite,  mais  d'une  grande 
quantité  d'hommes.  Quant  à  défendre  aux  Florentins  d*aller  ou 
de  rester  à  Pise,  c'est  dans  les  attributions  du  potestat,  du 
capitaine  et  des  prieurs. 

Giovanni  Angelini  et  Jacopo  Giambertani  appuient  Forese. 

Le  conseil  se  range  à  l'avis  de  Talano. 

{Consulte,  t.  I,  p  120.) 


MÈmK  JOU» 

Conseil  de  sages. 


Oddone  Altoviti  reproduit  et  soutient  l'avis  de  Forese  des 
Adimari,  en  protestant  que  la  fraternité  est  si  grande  entre 
Lncquos  el  Florence,  que  Florence  voudrait  pouvoir  satisfaire  à 
la  demande  de  Lucques. 

L'assemblée  approuve. 

[Ibid.) 


to  Aoirr  isoft 


Conseil  de  sages  devant  le  potestat,  le  capitaine  et  les  prieurf, 

dans  la  maison  des  prieurs. 

On  donne  lecture  des  conditions  offertes  par  le  comte  Ugonc 
el  la  commune  de  Pise. 

Attendu  qu'il  a  déjà  été  décidé  par  les  sages  d'envoyer  des 


502  APPENDICE. 

ambassadeurs  au  pape,  pour  qu'il  annule  les  pactes  avec  Gènes; 
que  le  juge  d*Arborea  avait  mandé  ses  ambassadeurs  à  Gènes 
pour  conclure  certains  traités;  que  le  cornes  Fatius  (Fazio)  avait 
été  délivré  de  prison,  et  qu'il  était  nécessaire  que  les  ambassa- 
deurs de  la  ligue  se  réunissent,  le  potestat  propose  d*en  déli- 
bérer à  nouveau. 

Rogerio  Tornaquinci  appuie  Tenvoi  d'ambassadeurs  au  pape, 
et  la  réunion  des  ambassadeurs  de  la  ligue;  mais  auparavant 
il  désirerait  une  réunion  plus  nombreuse  de  sages  et  de  ma- 
gnats. 

Forese  Bonaccorsi  parle  dans  le  même  sens. 

Gante  Bernardi  veut  qu'on  s*en  tienne  à  ce  que  décideront  les 
ambassadeurs  de  la  ligue  réunis. 

Manetti  Tiniozi  veut  bien  envoyer  des  ambassadeurs  au  pape  ; 
mais  il  s'oppose  au  parlement  des  ambassadeurs  de  la  ligue,  à 
moins  que  les  autres  communes  de  Toscane  ne  le  réclament. 

Teghia  Buondelmonti  appuie  au  contraire  la  convocation  de 
ce  parlement,  et  demande  que  les  résolutions  en  soient  sou- 
mises au  potestat,  au  capitaine,  aux   prieurs  et  autres  sages. 

Neri  des  Bardi  parle  dans  le  même  sens  que  Rogerio  et  Forese. 

On  décide  l'envoi  d'ambassadeurs  au  pape  et  le  parlement 
des  ambassadeurs  de  la  ligue. 

Jbid.) 


Conseil  des  sages  devant  le  potestat,  le  capitaine  et  les  prieurs. 

Le  parlement  des  ambassadeurs  ayant  eu  lieu,  ses  résolutions 
sont  communiquées  au  conseil. 

Albizzi  Gorbinelli  et  Giovanni  del  Brodaio  ne  veulent  pas  que 
les  décisions  de  ces  ambassadeurs  engagent  Florence  avant  d'avoir 
été  soumises  aux  conseils  du  capitaine. 

Sous  cette  réserve  qui  est  approuvée,  on  décide  d'envoyer 
de  nouveaux  ambassadeurs. 

(Consulte,  t.  I,  p.  125.) 

La  conclusion  manque.  Des  documents  sont  é\idemment 
perdus,  non-seulement  les  derniers,  mais  beaucoup  d'intermé- 


APPENDICE.  505 

diaires.  Il  est  probable  d*ailleui^  que  si  les  conseils  du  capitaine 
et  ceux  du  potestat,  même  le  conseil  des  Cent,  disparaissent 
si  souvent  devant  les  conseils  des  sages,  c'est  que  dans  ces 
derniers  surtout  s'ouvraient  les  avis  nouveaux,  presque  inva- 
riablement adoptés,  sans  discussion,  ou  après  une  discussion 
trè&<x)urto,  dans  les  autres  assemblées. 


IV 

DÉBATS  DES  CONSEILS  SUR  LES  PRIVILÈGES  DES  CLERCS 

L.   Y,  CH.  II,  P.   335. 


•  •  AOI7T   tS8B 

Conseil  de  sages. 

On  fait  une  proposition  sur  le  cas  des  clercs  fictifs  (fictitii}  qui 
commettent  des  méfaits  et  autres  énormes  crimes,  et  qu'on  veut 
défendre  sous  prétexte  du  privilège  clérical. 

D.  Albizzi  conseille  qu'on  réunisse  des  sages  spécialement  in 
jure  canonico,  lesquels  pourvoient  à  celte  affaire,  sine  periculo 
regimlnis  et  communis. 

Johannes  (probablement  del  Brodaio),  que  spécialement  au 
clerc  qui  est  infortia  potestatis,  on  écrive  à  l'évoque  en  lui  signi- 
fiant les  crimes  dudit,  en  le  priant  de  le  vonloir  priver  des 
ordres,  et  qu'on  prie  les  prélals  et  les  clercs  florentins  de  pour- 
voir à  ces  choses. 

Franciscus  (sic)  qu'on  prie  l'évoque  comme  est  dit  ci-dessus. 
S'il  le  fait,  c'est  bien.  Dans  le  cas  contraire,  qu'on  traite  ce  clerc 
comme  s  il  était  laïque,  sans  égard  à  aucun  privilège. 

Manectns  (Manetlï)  conseille  que  le  potestat  ail  à  cet  égard 
pleine  liberté,  qu'il  fasse  contre  cos  clercs  ce  que  commande 
son  honneur  et  celui  de  la  commune,  en  y  pourvoyant  au  mieux 
avec  quelques  sages. 

D.  Loctius  (ser  Lotto)  conseille  qu'on  observe  la  teneur  des 
statuts. 


APPENDICE.  505 

On  décide  de  remeltre  les  choses  à  un  conseil  de  sages,  spé- 
cialemenl  in  jure  canonico,  et  de  procéder  d'après  leur  volonté 
sur  le  fait  d'envoyer  ou  de  ne  pas  envoyer  les  lettres  (au  pape). 

(Consulte  délia  Repubblica,  i.  l,  p.  125.) 


••    AOUT    tS8B 


Conseil  des  capitudini  des  douze  arU  majeurs  et  d'autres  sages  derant  le  potestat 

et  le  capitaine  dans  la  maison  des  prieurs. 

On  dèWhère  super  facto  clericorum  fictitiorum.  On  lit  les  statuts 
et  la  provision  faite  par  d'autres  sages  à  ce  sujet. 

Bardo  Angiolieri  conseille  qu'on  élise  six  juges,  six  notaires  et 
12  autres  buoniunnini,  pour  faire  de  nouveaux  statuts,  inter- 
préter ou  casser  les  statuts  actuels  à  leur  volonté,  et  que  ces 
choses  soient  préparées  par  les  conseils  opportuns,  pourvu  qu'on 
ne  change  pas  les  statuts  faits  contre  la  perversité  des  héré- 
tiques. 

Brunetto  Latini  veut  que  la  réforme  des  statuts  soit  faite  par 
le  potestat,  le  capitaine  et  les  prieurs,  d'accord  avec  l'évoque  de 
Fiesolc  et  le  chnpitre  de  l'Église  florentine,  et  si  ceux-ci  ne 
veulent  pas,  qu'on  élise  des  sages  qui  cassent  tous  les  statuts 
sur  les  clercs  ou  en  fassent  un  nouveau  qui  établisse  qu'à  ceux 
(|ui  no  payent  pas  les  impôts  et  les  taxes,  la  commune  ne  rende 
pas  raison,  et  (ju'on  fasse  en  sorte  d'avoir  un  syndic  dans  la  curie 
(romaine). 

Johannes  del  Brodaio  comme  Bardo;  il  ajoute  que  tout  statut 
en  faveur  des  clercs  doit  être  cassé,  et  le  capitaine,  le  po- 
teslat,  leurs  /amt^/îe  demeurer  indemnes  dans  les  exécutions. 

Dino  fiianni  (Dino  Gompagni)  veut  que  le  clerc  qui  est  in  fortva  tU<c  S 
soit  condamné,  que  le  potestat,  le  capitaine  et  leurs  famiglie  U  >iMT  J^^iu., 
demeurent  indemnes  et  tiennent  là-dessus  conseil  avec  les  sages  ;  ^^-z^y  ^"^  • 
puis  qu'ils  présentent  leurs  délibérations  à  l'évéque  et  au  cha-  ;^*^  ^ta!^^ 
pitre  de  TÉglise  majeure.  S'ils  s'y  rangent,  c'est  bien;  dans  le  (*^**  fx^-^^. 
cas  contraire  on  prohibera  quod  aliquis  non  laboret  suis  terris 
vel  habite t  in  suis  domibus. 

On  décide  que  le  potestat,  le  capitaine,  les  prieurs  avec  vingt- 
quatre  sages,  dont  six  juges  et  six  notaires,  y  pourvoiront. 

(/6/rf.,  p.  126.; 


u^o  j4Ja.*VM 


5(m  APPENDICE. 


•  •   ACK7T    t«8B 


Conieil  des  vingt-quatre  nges  ci -dessus  mentioimés. 

Donato  Âlberti  conseille  qu'on  casse  les  statuts  qui  parlent 
des  clercs  ;  qu'aux  clercs  soit  rendue  justice  par  la  commune  et 
ses  officiers,  dans  la  forme  des  sacrés  canons,  mais  qu'on  ne 
leur  applique  pas  les  statuts  qui  parlent  de  la  manière  de  faire 
les  procès  ;  que  le  potestat  et  le  regimen  procèdent  contre  les 
clercs  faux  ou  simulés  comme  contte  les  laïques,  et  qu'on  en- 
tende par  faux  et  simulés  ceux  qui  ne  sont  pas  continuellement 
dans  les  églises  comme  recteurs  ou  chanoines,  qui  portent  des 
armes  et  ne  portent  pas  l'habit  ecclésiastique;  que  les  laïques  ne 
soient  jamais  grevés  à  cause  des  clercs  ;  que  le  potestat,  le  capi- 
taine et  les  prieurs  avisent  contre  ceux  qui  invoquent  litteras 
contre  quelqu'un  de  la  ville  ou  du  district  de  Florence,  afin 
qu*elles  soient  annulées  ;  que  si  quelque  laïque  fait  donation  à 
un  prêtre  ou  à  un  chanoine,  le  domaine  et  la  propriété  de  cette 
chose  acquiratur  ecclesie;  et  si  le  clerc  acquéreur  n*apparticnt 
à  aucune  Église,  acquiratur  episcopatui  florentino;  que  la  com- 
mune fasse  un  bon  et  expert  syndic  qui  demeure  à  la  cour  du 
pape,  pour  répondre  à  ce  qu'on  pourrait  dire  contre  la  com- 
mune. 

-  Bardo  Angiolieri  comme  le  précédent  touchant  les  officiers 
de  la  commune  à  conserver  indemnes,  et  les  statuts  à  casser  qui 
parlent  de  brachio  seculari  dando  clericis  et  de  decimis;  qu'aux 
frais  de  la  commune  et  pour  ses  syndics  on  préserve  Bonaccursi 
de  l'excommunication  portée  contre  lui  sur  la  proposition 
de...  ;  qu'on  rende  justice  aux  clercs  comme  auparavant  ;  qu'on 
casse  les  statuts  qui  parlent  des  clercs,  et  qu'on  en  fasse  de 
nouveaux. 

Uberlino  de  lo  Strozza,  qu'on  maintienne  le  statut  du  capitaine 
qui  parle  de  alienationibus  non  faciendis;  qu'on  ne  fasse  pas  de 
statut  qui  permette  d'acquérir  à  l'Église  et  à  l'évôché,  et  s'il  se 
faisait  quelque  aliénation,  qu'on  récupère  les  droits  de  la  com- 
mune; qu'on  casse  tous  les  statuts  qui  parlent  de  privilèges 
pour  les  clercs;  qu'aucun  office  de  la  commime  n'observe  le 


APPENDICE.  507 

droit  des  décimes,  et  qu'on  ne  leur  accorde  pas  le  bras  sé- 
culier. 

Francesco  Torselli  ajoute  que  si  quelqu'un  encourt  Texcom- 
munication.  Ton  ne  puisse  le  poursuivre  ni  au  civil,  ni  au  cri- 
minel, et  qu'aucun  laïque  ne  puisse  appeler  en  jugement  un 
autre  laïque,  sinon  au  for  séculier,  sous  peine  de  100  livres 
d'amende  ;  que  celui  qui  a  déjà  été  pris  soit  condamné  par  le 
potestat,  et  si  celui-ci  encourt  quelque  dommage,  conservetur 
par  la  commune. 

Lapo  Salterelli  comme  Donato  Âlberti. 

Ser  Arrigo  Gratie  veut  que  six  sages  obtiennent  balia  de  ré- 
diger cette  délibération,  ajoutant  ou  diminuant  à  leur  gré  pour 
l'honneur  de  l'Église  romaine  et  de  la  commune. 

Bonaccorso  Lisei  veut  huit  juges  ou  notaires  qui  soumettront 
leur  travail  au  potestat,  au  capitaine,  aux  prieurs  et  aux  sages. 
Il  demande  qu'on  fasse  un  statut  qui  ordonne  que  si  quelqu'un 
est  excommunié,  la  commune  doive  le  libérer  à  ses  frais,  si  elle 
est  injuste,  qu'on  envoie  des  ambassadeurs  et  des  syndics  au 
pape,  qu'on  supprime  les  capUoli  qui  ordonnent  que  la  com- 
mune ne  soit  pas  tenue  des  excommunications  qu'encourraient 
le  potestat,  le  capitaine  et  leurs  famiylie. 

On  décide  selon  Tavis  d'Arrigo  et  de  Bonaccorso. 

[Ihid..  p.  426-127.) 


tS8B 


Les  quatre  conseils  du  capitaine  et  du  potestat  convoqués 
tour  à  tour  approuvent  la  résolution  prise  sur  la  cassation  des 
anciens  statuts  et  sur  la  compilation  des  nouveaux  sur  les 
clercs.  Il  n'y  a  pas  trace  d'opposition  dans  les  conseils  du  capi- 
taine, mais  dans  ceux  du  potestat.  Talano  délia  Tosa  propose 
de  ne  pas  procéder. 

Francesco  Toselli  veut  qu'aucun  laïque  ne  puisse  appeler  en 
jugement  un  autre  laïque  sinon  devant  un  juge  séculier,  et  que 
si  quelqu'un  a  contracté  des  dettes  envers  une  personne  qui 
ensuite  se  fasse  clerc,  il  doive  nonobstant  être  appelé  devant 
un  juge  séculier  pour  dettes  contractées  avant  la  prise  d'habit. 

Ciolo  des  Abati  demande  qu'on  ne  fasse  rien  de  la  propo- 


508  APPENDICE. 

sition,  mais  que  sur  ces  choses  délibèrent  le  potestat,  le  capi- 
taine et  les  prieurs  avec  le  chapitre  de  rËglise  florentine  et 
révoque  de  Fiesole,  et  que,  quant  au  statut  du  potestat  conte- 
nant que  les  excommuniés  doivent  se  libérer  à  leurs  frais,  on 
pourvoie  à  ce  que  la  commune  en  demeure  indemne.  (Les  prê- 
tres excommuniaient  pour  dettes.  La  commune  rachetait  les 
condamnés,  ou  ils  se  rachetaient  eux-mêmes  à  leurs  frais.) 
On  approuve  la  proposition. 

[Ibid.,  p.  128.) 


!•  mmrrKmmmK  tses 


Conieii  de  sages,  chevaliers,  marchands,  notaires,  artisans  dans  la  maison 
des  prieurs,  en  présence  du  potestat,  du  capitaine  et  des  prieurs. 

Le  potestat  propose  de  prendre  des  résolutions  touchant  le 
procès  que  les  clercs  entendent  faire  au  potestat,  au  capitaine, 
aux  prieurs  et  à  la  commune  de  Florence,  pour  la  sentence  ren- 
due par  eux  contre  Icsdits  clercs. 

Bonaccorso  Bellincioni  conseille  que  le  potestat,  le  capitaine 
et  les  prieurs,  avec  deux  sages  par  sesto,  dont  des  juges,  déli- 
bèrent à  ce  sujet,  et  envoient  à  la  cour  du  pape  ou  autrement, 
pour  que  les  choses  faites  par  la  commune  aient  leur  plein 
effet,  et  que  les  sages  ne  s'éloignent  pas  de  la  chapelle  de  la 
maison  des  prieurs  avant  d*y  avoir  pleinement  pourvu. 

Rainerio  del  Sasso  demande  qu'on  envoie  auprès  des  plus 
grands  clercs,  et  qu*on  se  consulte  avec  eux  au  sujet  desdits  or- 
dinamenta,  pourvu  que  les  ordinamenta  en  faveur  de  la  com- 
mune restent  intacts. 

Dino  Compagni  veut  que  si  dans  les  trois  jours  les  clercs  ne 
renoncent  pas  à  ce  procès,  on  publie  par  la  ville  défense  à  cha- 
cun de  rester  dans  leurs  maisons  ou  de  labourer  leurs  terres, 
qu*ils  soient  privés  de  la  protection  de  la  commune  et  puissent 
être  offensés  par  tout  le  monde. 

Albizzo  Corbinelii  conseille  qu'on  élise  douze  sages  inter  quos 
sint  très  sapientes  et  alii  sint  làici  boni  et  sapientes  et  discreti,  qui 
pourvoient  auxdites  choses  pour  Thonneur  et  utilité  de  la  com- 
mune, sans  qu'on  tieime  d'autres  conseils  à  ce  sujet. 


APPENDICE.  500 

Gianni  Bucclli  veut  qu*on  fasse  feir\emeni  in  ecclesiaSancte  Li- 
bérale (Rcparate)  comunis,  summo  mane^  auquel  chacun  pourra 
venir,  et  qu*on  notifie  lesdits  ordinamentu,  ledit  procès,  qu*on 
fasse  à  ce  sujet  une  proposition  générale  et  qu'on  procède  selon 
la  volonté  de  ce  parlement. 

Aldobrandino  Megliorelii  demande  que  le  lendemain,  de  bon 
matin,  se  réunissent  six  sages  en  droit  civil  et  canonique,  six 
chevaliers  et  autres  six  buonitominiy  et  qu*après  leur  avoir  exposé 
les  choses  faites  par  les  clercr.,  on  procède  selon  leur  volonté  ; 
qu'on  soumette  ensuite  les  mêmes  faits  aux  capitudini  des  arts 
et  aux  conseils,  et  qu'on  s'en  tienne  à  leur  délibération,  en  ayant 
égard  à  ce  qu'auront  décidé  les  sages. 

Giovanni  del  Brodaio  demande  que  le  lendemain  on  fasse  un 
parlement,  et  qu'on  annonce  qu'à  cette  occasion  les  boutiques 
seront  fermées. 

On  décide  de  tenir  un  parlement,  mais  sans  fermer  les  bou- 
tiques. 

{Ibid.,  p.  150.) 


tt    SRPTBiaiKE    tSSB 


Conseils  spécial  et  générai  du  capiUiine  et  du  polestat,  et  parlement  a  Santa 
Heparata,  annoncé  au  son  des  cloches  et  par  la  Toix  des  crieurs. 


Le  potestat,  en  présence  des  autres  magistrats,  expose  les 
choses  faites  par  la  commune  par  rapport  aux  statuts  sur  les 
clercs,  et  la  sentence  rendue  par  le  chapitre  et  par  les  clercs 
contre  le  potestat,  le  capitaine,  les  prieurs,  les  autres  officiers 
de  la  commune  et  la  commune  même.  Il  demande  ce  qu'il  con- 
vient de  faire,  non  sans  énoncer  son  propre  avis. 

Bonaccorso  Bellincioni  conseille  de  conserver  les  ordinamenta 
adoptés;  que  si  quelque  officier  ou  autre  personne  encourt  l'ex- 
communication, la  commune  à  ses  frais  l'en  libère  ;  que  si  les 
clercs  ne  renoncent  pas  au  procès,  ils  soient  privés  de  la  pro- 
tection de  la  commune,  et  qu'on  fasse  à  ce  sujet  un  autre  parle- 
ment; que  le  potestat,  le  capitaine  et  les  prieurs  aient  pleine 
liberté  sur  les  susdites  choses,  et  qu'ils  appellent  à  eux  des 


510  APPENDICE. 

sages  pour  en  délibérer,  à  condition  que  les  ordinamenta  faits 
soient  maintenus. 

Dino  Compagni  veut  que  si  le  procès  n'est  pas  abandonné,  on 
publie  par  la  ville  que  personne  ne  devra  rester  dans  les  mai- 
sons de  ces  clercs,  ni  sur  iéui*s  terres,  ni  les  travailler,  et 
qu'ils  perdront  tout  droit  à  la  protection,  à  la  défense  de  la 
commune. 

Arrigo  del  Boccacio  demande  que  tant  que  les  clercs  n'auront 
pas  renoncé  au  procès,  aucun  artisan  ne  leur  doive  prêter  ses 
services;  que  le  potestat,  le  capitaine  et  les  prieurs  avisent  sur 
lesdites  choses,  et  qu*on  fasse  un  syndic  pour  conserver  le  po- 
testat et  les  autres  officiers  et  conseillers  indemnes  des  excom- 
munications qu'ils  pourraient  encourir  pour  les  susdites  causes. 

Lapo  Salterelli  propose  que  le  potestat,  le  capitaine  et  les 
prieurs,  avec  des  sages  parmi  lesquels  trois  chevaliers-juges, 
trois  marchands  et  trois  artisans,  délibèrent  surs  lesdites  choses; 
que  la  commune  libère  à  ses  frais  les  officiers  qui  encourent  les 
excommunications  ;  qu*on  nonune  un  syndic  à  cet  eflet  ;  que  si 
ces  choses  n*obtiennent  pas  plein  effet,  on  convoque  un  autre 
parlement 

On  approuve  le  conseil  de  Lapo. 

(/6tt/.,  p.  430-131.) 


tV    ■■»«■■■■    !••■ 


On  constitue  des  syndics  pour  le  fait  des  clercs. 

{Ibid.,  p.  131  ▼•.) 


Conseil  spécial  du  capitaine,  ayec  les  eapUudmi  et  autres  sages  derant  le  potestat, 
le  capitaine  et  les  prieurs,  à  la  Badia,  ad  sonum  campane  et  vocem  preconu 
et  nurUiorum  requUitionem. 

On  leur  communique  le  traité   d*accord    préparé   par  les 
clercs. 
Plusieurs  en  conseillent  Tacceptation. 


APPENDICE.  511 

Teghia  Tedaldi  veut  qu'on  maintienne  les  choses  faites  par  la 
commune,  et  qu*on  n'innove  rien  tant  que  n'aura  pas  été  révo- 
quée la  sentence  d'excommunication  et  d'interdit  lancée  par  les 
clercs. 

Giovanni  del  Brodaio  propose  que  le  potestat,  le  capitaine, 
les  prieurs,  décident,  mais  avec  l'assistance  des  capitudini  des 
arts. 

Heno  Jacobi  est  d'avis  du  rejet,  qu'on  ne  fasse  rien  de  hiis  que 
tracUUa  sunt  de  concordia  predicta. 

Lapo  Salterelli  veut  que  lesdites  choses  se  réduisent  ad  minus 
consUium,  c*est-à-  dire  qu'il  plaira  au  potestat,  au  capitaine  et 
aux  prieurs  de  convoquer,  mais  qu'on  décide  dés  à  présent  que 
les  capitoli  ne  seront  point  suspendus,  mais  qu'on  en  commette 
aux  sages  la  décision. 

On  adopte  l'avis  de  Lapo,  en  y  ajoutant  que  les  laïques  de- 
vront être  relâchés. 

{Ibid.,  p.  131  f ,  132.) 


Conseil  des  sapées  deyant  les  {prieurs  dans  la  maison  de  Ghani  Forçai. 

Nouvelle  délibération,  à  l'occasion  d'une  certaine  cédule. 

(Ibid.,  p.  132  ▼•.) 


sBpnDBBRB  tas» 


Conseil  de  sages  dans  la  maison  des  prieurs,  en  [-présence  des  prievrs, 
du  capitaine  et  du  juge  assesseur  du  potestat. 

On  rapporte  le  traité  avec  les  clercs,  et  le  capitaine  demande 
conseil. 

Arrigo  Gratie  propose  de  donner  balia  au  potestat,  au  capi- 
taine et  aux  prieurs.' 

Andréa  de  Gerreto  veut  qu'on  approuve  le  traité. 


On  se  range  à  son  avis. 


(Ibid.,  p.  132  r.) 


512  APPENDICE. 


!•'  cMnroBmB  tses 


Les  prieurs,  ic  conseil  spécial  du  capitaine,  les  capitudini  des  douie  arts  majeurs 
et  autres  sages  dans  la  maison  des  prieurs  deyani  le  poteslat  et  D.  Jacopo,  juge 
du  capitaine. 

Le  poteslat  demande  si  l'on  veut  en  venir  à  la  concorde  avec 
les  clercs  de  la  manière  suivante  :  maintenir  dans  les  statuts  le 
chapitre  quod  capitula  que  sunt  contra  ecclesiasticam  libertatem 
sint  cassa^  et  que  tout  d*abord  les  clercs  révoquent  la  sentence 
d*excommunication  et  d'interdit. 

Rogerio  des  Tornaquinci  approuve,  à  condition  de  laisser  la 
décision  suprême  aux  magistrats. 

Bardo  Angiolieri,  juge,  conseille  qu'on  envoie  au  pape  un 
ambassadeur  sacré,  pour  lui  notifier  toutes  les  choses  faites 
par  les  clercs  contre  Florence  ;  qu'on  ne  procède  pas  à  cette 
concorde,  et  que  ledit  chapitre  ne  reste  pas  dans  les  statuts. 

Albizzo  Gorbinelli  appuie  Rogerio,  pourvu  qu'auparavant  l'ex- 
communication et  l'interdit  soient  \e\ès  solempniter  et  de  jure. 

Bonaccurso  Bellincioni  veut  que  rien  ne  se  fasse  avant  que 
les  clercs  aient  renoncé  à  tout  procès,  et  que  si  le  jour  même 
on  ne  prend  pas  une  décision  sur  ces  choses,  on  convoque 
l'assemblée  à  parlement,  en  donnant  ordre  de  fermer  les  bou- 
tiques. 

Talano  de  la  Tosa  veut  donner  balia  aux  magistrats  et  à  une 
vingtaine  de  sages,  pour  arriver  à  la  concorde. 

Jacopo  de  Ayraerii  est  d'avis  que  si  la  concorde  peut  se  faire 
selon  le  traité,  elle  se  fasse;  dans  le  cis  contraire,  qu'on  s'en 
tienne  à  ce  qui  a  déjà  été  fait. 

Dino  Compagni  demande  qu'on  élise  deux  clercs  pour  voir  les 
nouveaux  statuts  et  les  choses  dont  ils  sont  mécontents;  qu'ils 
se  présentent  (specificentur)  dans  un  conseil  de  sages  ;  s'ils  n'y 
consentent  pas,  que  ledit  statut  subsiste,  à  condition  pourtant 
qu'il  ne  préjudicie  point  aux  statuts,  aux  mesures  qu'on  a  prises 
récemment. 

Ghino  Frescobaldi  propose  que  si  les  clercs  font  ce  qu'ils  pro- 
mettent quant  au  fait  des  faux  clercs,  on  procède  à  faire  la  con- 
corde. 


APPENDICE.  515 

Ubcrtino  de  lo  Strozza  veut  que,  rexcommunication  étant  d*a- 
bcrd  levée,  on  élise  deux  sages  de  chaque  côté,  qui  donnent 
leur  avis  sur  la  question  de  savoir  si  commune  de  jure  et  neces- 
sUate  tenetur  ponere  dictum  statutum,  et  qu*on  procède  confor- 
mément à  leur  avis. 

Arrigo  Gralie  opine  que  ledit  traité  doit  se  faire,  une  fois  l'ex- 
communication levée, 

Tieri  Burbassi,  qu'on  maintienne  les  décisions  prises,  et  que 
s'il  convient  de  les  modifier,  on  convoque  à  ce  sujet  le  par- 
lement. 

[Ibid.,  p.  133.) 


•    «MTVOBRB    t 


Conseils  spécial  et  général  du  capitaine  et  capitudini. 

Le  capitaine  propose  que  si  quelqu'un  allègue  que  le  potes- 
tat,  le  capitaine  ou  un  autre  officier  de  la  commune  est  excom- 
munié, on  ne  l'écoute  pas. 

Ser  Guido  de  Lucto  (Lotlo)  approuve,  syoutant  que  si  l'oppo- 
sant est  soumis  à  la  juridiction  de  la  commune,  il  soit  puni,  et 
que  les  prieurs  y  pourvoient  à  leur  gré. 

Lapo  Saltcrelli  conseille  qu'on  inflige  aux  opposants  une  amende 
de  cent  livres  ou  plus,  à  la  décision  des  prieurs. 

Sa  proposition  est  approuvée  par  assis  et  levé. 

[Ibid.,  p.  133.) 


s    CKrrOBBIB    tS8B 

Conseil  général  du  capitaine. 

Le  capitaine  propose  de  ne  pas  rétablir  la  concorde  avec  les 
clercs,  si  d'abord  ils  ne  lèvent  la  sentence  d'excommunication, 
et  qu'à  ce  sujet  on  fasse  un  slalut. 

Tieri  Burbassi  conseille  de  rejeter  la  proposition. 

Ser  Iberlino  et  Cenni,  de  l'approuver. 

Leur  avis  prévaut. 

HIST.   DE  FLOREHGB.    —   H.  35 


514  APPENDICE. 

En  tête  de  la  provision  de  ce  jour  on  trouve  cette  note  : 

Die  tertio  octokris  provisum  fuit  per  priores  quoddam  auctori- 

tate  consiliorum  super  facto  clericorum  et  super  exceptione  ex- 

oommunicatorum  non  admittenda. 

{Ibid.,  p.  13i.) 


m  19SK 


Conseil  général  du  potesUt. 

Le  potestatfait  la  même  proposition. 
Elle  esl  approuvée. 

{Ibid.,  134.) 


la    •GTOI 


Conseils  spécial  et  général  du  capitaine  et  eapitudini  et  autres  sages 

appelés  par  les  prieurs. 

Le  capitaine  propose  que  pour  la  concorde  à  faire  avec  les 
clercs  on  procède  selon  la  provision  lue  par  le  notaire. 

Ser  Berliiighiero  Oradini  conseille  que  ladite  proposition  reste 
au  bon  plaisir  du  potestal,  du  capitaine,  des  prieurs  et  des 
sages. 

Neri  del  Sasso  appuie  la  proposition  du  potestat. 

Uosso  Fornari  veut  qu*aucun  axord  ne  se  fasse  avant  d'avoir 
supprimé  les  capitoli  contraires  à  la  liberté  de  l'Église. 

Ser  Ârrigo  Gratie,  que  ledit  accord  soit  fait  par  le  capitaine,  le 
potestat,  les  prieurs  et  les  sages;  mais  si  on  en  peut  faire  un 
meilleur,  qu'on  le  fasse. 

Bindo  Neri  Âmbrosii,  que  lesdites  choses  se  fassent  au  gré  du 
potestat,  du  capitaine,  des  prieurs  et  des  eapitudini  des  arts  ma- 
jeurs, qui  devront  se  réunir  le  jour  môme. 

Oddo  Altoviti  appuie  la  proposition. 

lacopo  de  Certaldo  ne  veut  pas  qu'aucun  accord  puisse  dimi- 
nuer la  valeur  des  statuts  nouvellement  faits,  ni  qu'on  puisse 
supprimer  aucun  des  autres  statuts  qui  soit  contre  la  liberté  de 
l'Église,  sinon  parla  volonté  du  présent  conseiL 


APPENDICE.  515 

Lapo  Salterelli  veut  que  dans  les  affaires  civiles  la  curie  sécu- 
lière procède  comme  fait  la  curie  ecclésiastique. 

Lotto  des  Âgli  demande  que  les  présents  prieurs,  ou,  si  le  temps 
leur  manque,  les  prieurs  à  venir,  réunissent  six  sages  in  jure  et 
six  laïques,  et  un  pour  chacun  des  sept  arts  majeurs,  à  élire  par 
les  capiludini  de  ces  arts,  pour  examiner  si  les  capitoli  nouvelle- 
ment faits  sont  contraires  à  la  liberté  de  TÉglise,  en  tout  ou  en 
partie  ;  que  leurs  délibérations  à  ce  sujet  soient  portées  au  con- 
seil, et  qu  on  procède  selon  la  volonté  de  celui-ci. 

  la  pluralité  de  plus  des  quatre  cinquièmes,  on  approuve  Ta- 
vis  de  Lotto. 

[Ibid.,  p.  135.) 


tV    OCTOBMB    198K 


Conseil  de  sages  élus  selon  la  riformagione  du  conseil  du  capitaine. 

Le  potestat,  en  présence  du  capitaine  et  des  prieurs,  demande 
ce  qu*il  convient  de  faire  touchant  les  statuts  compilés  par  la 
commune  que  les  clercs  disent  être  contraires  à  la  liberté  ecclé- 
siastique, et  comment,  quand,  avec  quels  clercs  il  faudra  ouvrir 
des  colloques  à  ce  sujet. 

Brunetto  de  Brunelleschi  conseille  que  lesdites  choses  soient 
examinées  par  le  potestat,  le  capitaine,  les  prieurs  et  six  sages, 
qui  feront  ensuite  des  propositions  au  conseil  du  capitaine. 

Lapo  Salterelli,  que  le  potestat,  le  capitaine,  les  prieurs  et  les 
sages  présents, 'avec  le  proposto  et  le  vicaire,  ou  avec  le  vicaire 
seul,  pourvu  d'un  plein  mandat  à  lui  donné  par  les  clercs,  exa- 
minent lesdits  capitoli;  qu'ils  voient  ceux  qui  sont  contre  la 
liberté  de  l'Église,  et  qu'on  procède  conformément  à  leur  pro- 
vision. 

Bardo  Angiolieri  et  Lotteringo  Pegolotti  appuient  Lapo. 

Francesco  Toselli  demande  que  les  capitoli  soient  examinés 

d'abord  par  les  sages  présents,  et  qu'ensuite  on  convoque  les 

clercs  selon  l'avis  de  Lapo. 

{Ibid.,  p.  156.) 


516  APPENDICE. 


IMTVOBBB    1 


Conêeils  spécial  et  géaéral  du  ctptUine,  capUudini  des  doute  trU  majeun, 
autres  sages  précédemment  élus  pour  le  fait  des  clercs,  et,  en  outre,  dei  sagef 
élus  selon  la  riformagiane  d'un  autre  conseil. 

Après  qifona  entendu  Texposition^par  BardoAngiolieri,  des 
choses  arrêtées  entre  les  sages  et  les  clercs;  après  qu'on  a  lu  le 
statut,  les  monitions,  les  constitutions  faites  par  le  chapitre  de 
rÉglise  floientine,  le  capitaine  demande  conseil. 

Gatto  Hranchi  demande  que  l'accord  se  fasse  comme  il  a  été 
dit,  et  qu'on  voille  à  ce  que  les  clercs,  môme  véritables,  qui 
commettraient  quelque  méfait,  soient  mis  en  prison. 

Gherardo  dos  Visdomini,  que  l'accord  se  fasse  comme  il  a  été 
proposé. 

Ubertino  de  lo  Strozza,  que  le  pouvoir  soit  laissé  au  potestat, 
au  capitaine  et  aux  autres  sages  de  corriger,  diminuer  ou  aug- 
menter le  statut  qui  traite  de  jure  reddendo  elericis,  comme  il 
leur  paraîtra  convenable. 

Corso  Deodati  veut  qu'on  agisse  selon  le  traité,  qu'il  soit  valable 
pour  un  an  et  qu'on  envoie  vers  les  clercs. 

Lapo  Guglielmi  comme  Ubertino  quant  à  la  correction  du  sta- 
tut, sous  réserve,  s'il  y  a  lieu,  d'en  référer  aux  conseils  oppor- 
tuns. 

Cet  avis  prévaut  à  la  pluralité  des  six-septiémes  et  plus. 

[Ibid,) 


«    KOVEaUBMB    1«8B 


Conseil  des  sages  devant  le  potestat,  le  capitaine  et  les  prieurs, 

dans  la  maison  de  eeux-ci. 

Le  conimencenient  manque. 

Bardo  Angiolieri  demande  que  le  potestat,  le  capitaine  et  les 
prieurs  envoient  à  la  curie  Homainc  des  ambassadeurs ,  qu'ils 
désigneront  eux-mêmes  au  nombre  qui  leur  paraîtra  convenable^ 
et  formelur  ambaxiata  predicta  per  sapientcs  ;  que  lesdits  ambas- 


APPENDICE.  517 

sadeurs  puissent  constituer  un  syndic  et  faire  ce  qui  sera  utile 
touchant  la  sentence  d'excommunication  et  les  Ordinamenti. 
Quant  à  faire  un  autre  procès,  que  les  pieuurs  en  décident. 

Talano  de  la  Tosa  veut  qu*on  envoie  de  bons  et  sages  ambas- 
sadeurs, qu'on  élise  ensuite  douze  sages  parmi  lesquels  il  y  en  ait 
de  versés  dans  le  droit,  qui  avisent  aux  moyens  de  laire  un  accord, 
s*il  est  possible,  sans  aller  plus  loin. 

Arrigo  Paradisi  conseille  que,  s'il  y  a  lieu,  on  envoie  à  la  curie 
un  notaire,  ou  un  laïque  avec  un  notaire,  pour  comparaître  de- 
vant le  pape  et  demander  qu'il  soit  pourvu  à  celte  affaire,  mais 
que  l'ambassade  se  fasse  aux  frais  de  l'Église. 

Bonaccorso  Lisei  est  d'avis  qu'on  on  réfère  aux  conseils  du 
capitaine. 

Rogerino  des  Pigli,  qu'on  n'envoie  pas  d'ambassadeur,  qu'on 
ne  tienne  pas  conseil ,  mais  qu'on  élise  six  hommes,  un  par 
sesto ,  deux  desquels  soient  sages  en  droit ,  pour  aviser  à  l'ac- 
cord. 

Le  conseil  de  Bardo  est  approuvé  presque  à  l'unanimité. 

(Jbid.,  p.  ir>9.) 


TABLE  DES  MATIÈRES 


LIVRE  IV 


CHAPITRE    PREMIER 

LB   fiOUVEMMBUnSHiT   DBS   «IBBLINS 

Guerre  des  gibelins  de  Florence  contre  Lacques  et  les  guelfes  réfugiés  (1^1;. — 
Négociation  des  guelfes  avec  Gonradin.  —  Atermoiements  de  la  cour  d'Alle- 
magne. —  Tentative  des  guelfes  pour  rentrer  à  Florence  (2(i  sepU'mbre  1262). 
Occupation  et  abandon  de  Signa.  —  Campagne  des  gibelins  dans  le  val  d'Arno 
inférieur  (printemps  de  1203).  —  Traité  avec  Lucques.  —  Kxpulsion  des 
guelfes.  —  Ils  se  retirent  à  Bologne.  —  Ils  se  font  mercenaires  à  Modène  et 
à  Rcggio  (12t>i).  —  Ils  se  relèvent  progressivement.  —  Manlred  noue  contre 
eux  des  alliances.  —  Négociations  du  saint-siége  pour  lui  susciter  un  rival.  — 
Charles  d'Anjou.  —  Lenteur  de  la  négociation.  —  Clément  IV  en  haie  la  fin 
(1205).  —  Ses  emprunts  aux  banquiers  toscans.  — Année  de  Charles.  —  Ar- 
rivée de  Charles  à  Rome  (mai  1205).  »  II  jure  le  traité  (29  mai).  —  Nou- 
velles négociations  financières.  —  Accueil  fait  à  l'armée  française  en  Italie.  — 
Sa  marche  vers  Rome.  —  Elle  est  grossie  des  guelfes  toscans.  —  Agitation  et 
combats  en  Toscane.  —  Manlred  cherche  un  accommodement.  —  Bataille  de  Bé- 
névent  (26  février  1260).  —  Défaite  et  mort  de  Manfred.  —  Jugement  des 
Italiens  à  son  égard.   .    .   .- 1 


5^0  TABLE  DES  MATIÈRES. 


CHAPITRE   II 

EMM    FmATI    fiAUIMBlTl    BT    UB    rmOTBCTOMAT 
DE  CHABUM    D'ANilOU 


EfleU  de  la  bataille  de  Bénévenl  en  Italie.  —  Réconciliation  de  Florence  avec 
rtgUde.  —  Concessions  de  Guido  Novello.  — les  fraii  gaudenti.  —  Conseil 
des  trente-six  buoni  uomini.  —  Organisation  qu'ils  donnent  aux  art».  —  Pro- 
grès de  la  démocratie.  —  Efforts  de  Clément  IV  pour  chasser  les  Allemands. 
— Emprunt  refusé  à  Guido  Novello.  —  Attaque  des  Ltmbcrti  contre  les  trente- 
six  (il  novembre  1266).  —  Résistance  des  marchands.  —  Échec  et  retraite  de 
Guido  Novello.  —  Il  tente  de  rentrer  dans  Florence  (12  novembre).  —  Réor- 
ganisation du  gouvernement  florentin.  —  Part  qu'y  prend  Clément  lY.  —  Effort 
des  Florentins  pour  conserver  leur  indépendance.  —  Domination  passagère 
des  modérés.  —  Mariages  mixtes.  —  Mécontentement  des  guelfes  et  du  pape. 
—  Leurs  tentatives  pour  dissoudre  le  ligue  gibeline.  —  Entrée  de  Guy  de 
Montfort  et  des  Français  à  Florence  [12  avril  1267).  —  La  seigneurie  offerte  à 
Charles  d'Anjou.  —  Réforme  des  institutions  florentines.  —  Les  douze  buoni 
lunnini.  —  Les  divers  conseils.  —  Les  biens  des  gibelins  confisqués.  —  Orga- 
nisation de  Ui  parte  guelfa.  —  Plaintes  des  gibelins  :  Fra  Guittone  d'A- 
rezzo 55 


CHAPITRE  III 

DBUXIÈMB     COlJVBmniEMBlVT     DBS     fiUBLFK» 
BT    rBtfl  KC  ■  OMAT    nWL   CBADLBfl   D'ARMOIJ 


Les  ennemis  de  Charles  d'Anjou  à  Pise.  —  Ambassade  des  gibelins  à  Conradin.— 
Charles  d'Anjou  en  Toscane  (mai  1267).  —  Charles  y  est  nommé  paciarius 
(4  juin  1267).  —  11  fait  campagne  contre  les  gibelins.  —  Révolution  à  Sienne. 

—  Siège  et  prise  de  Poggibonzi  par  les  guelfes  (mi-juillet-30  novembre).  — 
Campagne  contre  Pise  (février  1268).  —  Prise  de  Motrone.  —  Chants  guer- 
riers des  troubadours.  —  Don  Enrique  de  Gistille,  sénateur  à  Rome.  —  Con- 
radin  en  Italie  (octobre  1267).  —  Préparatifs  et  emprunts  de  Charles  d'Anjou. 

-  •  Son  séjour  à  Viterbe  (5-30  avril  1268).  —  Excommunication  de  Conradin 
et  de  ses  fauteurs  (8  avril).  —  Conradin  à  Pise.  —  Alarmes  des  guelfes.  — 
Marche  de  Conradin  à  travers  la  Toscane.  —  Défaite  des  guelfes  à  Ponte  a 
Valle  (24  juin).  —  Clément  IV  relève  le  courage  des  vaincus.  —  Conradin  a 
Rome  (24  juillet-10  août).  —  Bataille  de  Tagliacozzo  (22  août).  —  Captivit»' 
et  supplice  de  Conradin  (29  octobre).  —  Iudé|)endance  réelle  de  la  Toscane 
sous  le  protectorat  de  Charles  d'Anjou.  —  Guerre  contre  Sienne.  —  Défaite 
et  mort  de  Provenzano  Salvani  (17  juin  1269).  —  Expédition  contre  Ostina 
et  Asciano  (septembre).  — Malheurs  publics.  —  Exigences  des  Florentins.  — 
Charles  d'Anjou  conclut  la  paix  avec  Pise.  —  Son  séjour  en  Barbarie  (1270). 


TABLE  DES  MATIÈRES.  521 

—  Guy  de  Montfort  le  remplace  en  Toscane.  —  Deslruction  de  Poggibonzi 
(juin).  —  Paix  ivec  Sienne  (4  août).  —  Ligue  guelfe  de  Toscane.  —  Gibelins 
suppliciés  à  Florence.  —  Guy  de  Montfort  perd  son  autorité  (1271).  —  Im- 
puissance de  Charles  d'Anjou  et  du  sainl-siége  (1272).  —  Grégoire  X  i  Flo- 
rence (18  juin  1273).  —  Pacification  entre  les  guelfes  et  les  gibelins  (li  juil- 
let^. —  Perfidie  des  guelfes  et  départ  des  gibelins.  —  Colère  et  départ  du 
pape.  —  Discorde  croissante  dans  l'Italie  centrale.  —  Rodolphe  de  Habsbourg, 
reconnu  roi  des  Romains  [1274K  —  Grégoire  X  de  nouveau  à  Florence  (18 
décembre  1275).  —  Sa  mort  (10  janvier  1276).  —  Les  Pisans  vaincus  par  les 
Florentins  au  fossé  Rinonichi  (juin  1276).  —  Paix  entre  Pise  et  la  ligue 
(13  juin).  —  Progrès  des  Florentins  par  l'impuissance  de  Charles  et  du  saint- 
siége 108 


LIVRE  Y 


CHAPITRE   PREMIER 

COWIl'H/IlTi    dAfINITI'VB    de    MJk    mBPinBUQUB 

Discordes  croissantes  entre  les  guelfes  et  les  gibelins.  —  Le  cardinal  Latino, 
légat  et  médiateur  (8  octobre  1279).  —  Pouvoirs  qui  lui  sont  conférés.  — 
Paix  entre  les  partis  (18  janvier  1280).  —  Réforme  du  gouvernement.  —  Le 
saint-siége  protecteur.  —  Les  quatorze.  —  Les  mille  de  la  milice  civique.  — 
Révision  des  statuts.  —  Réforme  semblable  i  Sienne,  Volterre,  Pistoia.  —  Dé- 
part du  cardinal  Latino.  —  Impuissance  du  vicaire  impérial.  —  Prospérité  à 
Florence.  —  Ses  relations  avec  le  saint-siége.  —  Martin  IV,  fauteur  des  guel- 
fes (1281).  —  Reconstitution  de  la  ligue  toscane  (8  février  1282).  —  Les 
vêpres  siciliennes.  —  Les  Florentins  en  Sicile.  —  Leurs  délibérations  finan- 
cières. —  Nouvelles  discordes.  —  Les  gibelins  proscrits.  —  Commission  pour 
réformer  le  gouvernement.  —  Les  prieurs.  —  Le  potestat,  le  capitaine,  le  pro- 
consul. —  Leurs  attributions  :  le  gouvernement,  la  justice,  la  police,  l'armée. 

—  Les  conseils  :  leur  r61e  dans  l'État.  —  Magistrats  subalternes.  —  Les  am- 
bassadeurs. —  Caractère  de  cette  Constitution.  —  Satisfaction  des  Florentins- 

—  Fêtes  et  réjouissances 189 


CHAPITRE  II 

GVEMmBfl    POUM    L'HÊGÉMOniIB   COIfniB   ABEZKO    BT  PISB 

BATAILLE   DE  CABIPALDL'VO 

Politique  commerciale  de  Florence.  —  Ses  relations  avec  les  villes  voisines.  — 
Réforme  du  gouvernement  i  Sienne,  Arczto,  Pistoia.  —  Discordes  à  Pise  après 


522  TABLE  DES  MATIÈRES. 

la  bataille  de  la  Meloria  (i28M285).  —  Reconttitution  de  la  ligue  guelfe  (13 
oclobre  1284).  —  Le  comle  Ugolino  :  ses  négociations  avec  les  guelfes.  —  Hos- 
tilités ouvertes  contre  Pise  (10  novembre  1284).  —  Ugolino,  seigneur  à  Pise 
(janvier  1285).  —  Ses  propositions  à  Florence  et  délibérations  des  conseils. 

—  Difficultés  avec  Lucques,  et  médiation  d'Honorius  lY.  —  Ugolino  à  Flo- 
rence. —  Traité  conclu  avec  lui.  —  Sa  tyrannie.  —  Hostilités  provoquées  par 
révêque  d'Arexzo  (1285-1287).  —  Prinzivalle  des  Fieschi,  délégué  impérial 
(1287).  —  Expédition  des  Florentins  contre  Arezzo  (23  mai  1288).  —  Chute 
d'Ugolino  (juillet  1288).  —  Florence  assiste  Nino  Visconti,  son  petit  fils.  — 
Guido  de  Montefeltro,  seigneur  i  Pise  (1289).  —  Charles  II  d'Anjou  à  Flo- 
rence (mai  1289).  —  Nouvelle  campagne  contre  Arezzo  (2  juin  1289).  —  For- 
ces guelfes. —  Elles  campent  dans  la  plaine  de  Campaldino. —  Forces  gibelines. 

—  Bataille  de  Campaldino  (11  juin  1289).  —  Lente  marche  des  vainqueurs 
sur  Arezzo.  —  Leur  échec  devant  Arezzo.  —  Leur  retour  à  Florence  (23  juil- 
let). —  Résultats  de  la  campagne.  —  Ezpédition  au  pays  pisan  (16  août).  — 
Nouvelle  tentative  contre  Arezzo  (novembre).  —  Tactique  de  Guido  de  Mnnte- 
feltro.  —  Délibération  des  conseils  florentins  sur  la  guerre  contre  Pise.  — 
Prise  de  Porto  Pisano  (septembre  1290).  —  Campagne  de  1291.  —  Prise  de 
Pontedera  par  Montefeltro.  —  Campagne  de  1292.  —  Hégémonie  de  Flo- 
rence en  Toscane.  —  Sa  prospérité 264 


CHAPITRE  111 


Puissance  persistante  des  grands.  —  Leur  alliance  avec  les  popolani  gnusi.  — 
Constitution  des  con$orterie.  —  Troubles  qui  en  résultaient.  —  Efforts  in- 
fructueux pour  y  remédier.  —  Solidarité  entre  parents.  —  Abolition  de  la  ser- 
vitude. —  Divisions  dans  les  arts.  —  Perturbations  du  trafic.  —  Divisions 
entre  les  grands  guelfes.  —  Giano  délia  Bella.  —  Reforme  votée  par  les  con- 
seils (18  janvier  1293).  — Seigneurie  réformatrice  du  15  février  1293.  —  Le 
gonfalonier  de  justice.  —  Adjonction  de  cinq  arts  aux  sept  arts  migeurs.  — 
Rédaction  des  ordonnances  de  justice.  —  Adoption  définitive  des  ordinamenta 
justitiœ  (12  août  1294).  —  Économie  de  ces  ordonnances.  —  Partie  politique  : 
élection  des  prieurs.  —  Leur  prérogatives  et  attributions.  —  Élection  du  gon- 
falonier. —  Force  armée  à  ses  ordres.  —  Nouvelle  organisation  des  arts.  — 
Leurs  syndics.  —  Partie  sociale  :  mesures  contre  les  grands.  —  Cautions  exi- 
gées des  familles  nobles.  —  Pénalités  édictées  contre  elles.  —  Dénonciations 
et  preuves  i  l'appui.  —  Expéditions  du  gonfalonier.  —  Droit  permanent  de 
réviser  les  ordonnances.  —  Paix  et  alliance  avec  les  villes  toscanes  (12  juillet 
1294) 338 


CHAPITHE  IV 


Les  grands  soulevés  contre  Giano  délia  Bella.  —  Complicité  du  popolo  grosso, 
du  pape,  des  juges,  des  bouchers.  —  Dino  Pecora  et  Corso  Donati.  —  Procès 


TABLE  DKS  MATIÈRES.  525 

et  absolution  de  Corso  Donati  (20  janvier  1295).  —  Soulèvement  populaire 
contre  le  potestat.  —  Conjuration  contre  Giano.  —  Bulle  de  Boniface  VIII 
(23  janrier  1295^.  —  Procès  de  Giano  (17  février).  —  Son  départ  (5  mars). 

—  Sa  condamnation.  —  AfTermissement  de  la  révolution  des  ordonnances.  — 
Elle  se  propage  dans  les  autres  villes  de  la  Toscane.  —  Jehan  de  ChAlon,  éloigné 
de  la  province  parla  médiation  du  pape.  —  Aggravation  des  ordonnances  (13 
mai  1295).  —  Réclamation  des  grands  et  tentative  d'émeute  (6  Juillet).  — ' 
Triomphe  pacifique  des  marchands.  —  Mesures  d'apaisement  prises  par  les 
vainqueurs  (1295-130»).  —  Soumission  d'une  partie  des  grands. —  Derniers 
efforts  des  autres  :  le  potestat  llonfiorito  (janvier-mai  1299).  —  Poursuites 
contre  les  prieurs  du  15  août  (19  octobre).  —  Autorité  crois5ante  de  Florence 
sur  la  ligue  toscane.  —  Ses  relations  avec  Charles  II  d'Anjou.  —  Avec  Bolo- 
gne (1290-1298).  —  Avec  Boniface  VIII  (1297).  —  Croisade  contre  les  Colonna 

—  Ambassade  des  Florentins  au  jubilé  (1300).  —  Travaux  publics  à  Florence 
pendant  celte  période  (1295-1300).  —  Les  édifices  religieux  :  San-Giovanni, 
Santa-Reparata,  Santn-Croce,  Santo-Spirito,  Santa-Maria  Novella.  —  Travaux 
d'édilité.  —  Les  prisons.  —  Le  palais  de  la  seigneurie.  —  La  troisième  en- 
ceinte de  murs.  — Travaux  sur  le  territoire  et  au  delà  :  routes,  ponts,  châteaux, 

—  Jugement  contradictoire  de  Dante  et  de  Machiavel  sur  cette  période.     406 


INDEX  ALPHABÉTIQUE 


DES  NOMS  ET  DES  CHOSES  PRINCIPALES 


Les  noins  d'auteurs  ou  d'ouvrages  mentionnés  pour  .U  première  fois  sont  en  italiqties,  Deui 
diilTres  au  nidme  nom  d'auteur  indiquent  deux  outrages  difTérenls  de  cet  auteur. 


Aixili,  312,  507. 
Absents,  38i. 
Abstecsions,  264. 
Abruzzcs,  126, 144. 
Accapireurs,  345. 
Accatto,  393. 
Acciajuoli,i85,351,368, 

434.437. 
Accursi,  476,  478. 
Acerni,  49. 
Achat  de  maisons,  etc., 

433,  450. 
Acquasparta,  83,  442. 
Acre,  272,  354. 
Adam  de  la  Halle,  22, 

52,  53 
Adda,  228. 
Adelasie,  177. 
Adenolfo  del  Gonto,  196. 
Adîmari,  4, 14,  82,  166, 

192,  218,  360,  426, 

427,432,447,501. 
AITranchissemeiit    des 

serfs,  349,  350. 
Afrique,  13,  161. 


Agli,  482,  485,  515. 

Agobbio,  328. 

Agolanti,  499. 

Aguglione,  268,  409. 

Âicarts  delFossat^  127. 

Aigues-Mortes,  354. 

Aimer i  de  Pegvilain, 
52,  53. 

Ain,  146. 

Alba,  144,  1 V8,  153. 

Albergatori,  voy.  Auber- 
gistes. 

Albert  d'Autriche,  411. 

Albert  de  Parme,  25. 

Albcrti,  485,  506. 

Albigeois,  85. 

Albizzi,  326,  365,  366, 
504. 

Albizzo,  voy.  Gorbinelli. 

Aldobrandino  de  Sienne, 
180. 

Alençon,  259. 

Alexander  (Cornes),  488. 

Alexandre  IV,  17. 

Alfani,  265,  446. 

Allemagne,  4, 5,  35,110, 
123,  126,   151  -  153. 


217,  466. 

Allemands,  7, 26, 46, 40, 
59,  67-70,  72,  74,  76, 
79, 83, 120, 128, 139. 
141-143,  147,  156, 
158,  295. 

Alphonse  de  Castille,  109, 
175. 

Altafronte,  459. 

AltoYiti,4,193,287,326, 
409,  434,  477,  478, 
180,  482,  483,  485, 
487,  489,  491,  493, 
496,501,  514. 

Alvernia,  311. 

Amairico  Augerio^  27. 

Amari,  266,  471. 

Amatore  Puzzini,  37. 

Amaury  de  Montfort,  85. 

Ambassadeurs,  250,  251, 
266,  268,  278,  279, 
281,  283,  284,  328, 
334,  350,  356,  438, 
439,  441,  446,  447, 
473-477,  479,  481- 
483. 493-495,  502. 

Ambra,  301. 


5-26 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 


Amendes,  172,239,246, 
250,  309,  348,  349, 
378,  381,  385,  386, 
390,  391,  394,  395, 
414,  422,  430-432. 

Amidei,  201. 

Ancone,  134,  143,  160. 

Andréa  de  Cerreto,  351 , 
511. 

Angers,  30. 

Angelerio  Bonelli,  37. 

Angelini,  501. 

Angelo,  307. 

Angclotli,  489. 

Angiolieri,476,478,505, 
506,   512,  515,  516. 

Angioliui,  496. 

Anglais,  371. 

Anglano,  9,  136. 

Angleterre,  356. 

Anguillara,  167. 

Anjou,  30, 130, 297, 308. 

Annal.  Placent.  Gib„ 
130. 

Annal,  vet.  Mutin.  ^  15. 

Annunziata,  316. 

.^nsclmi,  4H4. 

Antonio  de  Quarto,  357. 

Anlonio  Scaranipi,  357. 

.\nziani,  16, 90,  91,215, 
255,  257,  324. 

Apennin,  13, 42, 43, 129, 
175, 191,  267,  316. 

Apothicaires,    65,    232, 

374. 
Appels,   239,  251,  391. 
Apulien,  144. 
Aqueducs,  461. 
Aquila,  136. 
Aquino,  46,  47. 
Aragon,  297. 
Arbalétriers,  313,    396, 

491. 
Arbitres,  358,  409. 
Arborea,  271,502. 
Archevêque  de  Pise,  274. 

294. 
Archinlri,  228. 
Architectes,  491 . 
Ar(lin«!helli,  185. 
Arezzo,  5,  6,43,  58,121, 
138,   163,   174,  481, 


182,  499,  267,  268, 
270,  294-296,  298- 
301,  303,  305,  308- 
312,  318-320,  323, 
324.  326,  327.  329, 
335, 403,  424,  473. 

Aristocratie,  67,168,231, 
253,  339,  353,  367. 

Aristophane,  463. 

Armée,  30,  31, 145, 182, 
235,  510-313,  319, 
322,  332,  333. 

Anneggiatori,  195. 

Armes  de  Charles  d'An- 
jou, 431. 

—  des    compagnies, 

240. 

—  du     gonfalonier. 

379. 

—  des  guelfes,  42, 

—  des  Métiers,  65, 

66,431. 

—  des  Siennois  ,212. 
Armurier^t,  voy.Carozzai, 

Spadai. 
Amo,  9,  460,  181,  183, 

303,311,322,459. 
Arnoiro   de  (>)lle,  452, 

453,  457. 
Arnonico,  183. 
Amulphe,  131. 
Arrighi,  4(19. 
Arrighi  del  Beccaio,  218. 
Arrigo  del  Boccaccio»286. 
Arrigucc),  435. 
Arruoti,  233,  242,  256, 

373. 
Artinigi,  435. 
Artistes,  268. 
Arts,  65,  66,  68,  74, 95, 

195,  204,  227,  230- 

233,    254,  266,  351, 

352,  358,  359,  364, 
582-384,  387. 

Arts  majeurs,  65,  66,  93, 
2*24,  231,  252,  ^233, 
251,  254,   255,  352, 

353,  559,   365,  567, 
371,572,  584,385. 

Arts  mineurs,  66,  254, 
350,  r,53,  382-385, 
408,409. 


Arts  iiioycus,  254,  359, 

365,  367. 
Asciana,  160,  180,  304. 
Asia,  136. 
Asie,  13. 
Asino  desUbcrti,  11,50, 

130. 
Assemblée  à  parlement, 

92,238,248,249,256, 

283,  374,  472, 509. 
Assesseurs  de    poteètat, 

240,  241. 
Assise,  335. 
Asti,  153,  306. 
Aslura,  149. 
Athenœum,  7. 
Athènes,  96,  463,  465. 
Atiglianti,  369. 
Auberges,  446. 
Aubergistes,  66,  .^82. 
Audiences,  234,  375. 
Augustins,  62, 453,  454. 
Aune,  430. 
Autriche  [duc  d*),  427, 

439. 
Avane,  44. 
Aveugles,  408. 
Aymeric,  307,  308,  310, 

315,  316,  321,   327, 

331. 
Aymerii,  512. 
Azzolino  des  Uberli,  466. 
Azzone,  440,  441. 


Badia,64,231,234,275, 

326.  360,  427. 
Baglione  di  S.  Giovanni, 

184. 
Baguette,  435. 
Balayeurs,  242. 
Baldo  d'Aguglione,  268, 

409,437. 
Baldo  de  Mandria,  432. 
Baldoni,  497. 
Baldovinodes  Ugoni,237, 

345. 
Baldo  vi  DO  Rainucci,  266. 
Baléares,  277. 
Baleslrieri,  343. 


INDEX  ALPHABÉTIQUli, 


527 


Balia,i97,205,258,305, 
319,   325,  328,  344, 
345,   366,  409,  425, 
429,  440,  442,  475, 
477,  51i,  512. 
Banderaio,  395,  396. 
Bandini,  446. 
Banditori,  376. 
Bannières,  212, 310,317, 

331,  333,   380,   381, 

396,  403. 
Banquiers,  384. 
Barbadori,  99. 
Barbarie»  162. 
Barbas«:ori,  487. 
Barberino,  158. 
Barcli,154,156,157,185, 

223,  231,   360,  426, 

458,  502. 
Bardo  d'Ammirato,  199, 

200. 
Bargello,  456. 
Bari,  199. 

Barrau  (Nie.  de),  121. 
Bartolini,  312. 
Barlolo  des  Hardi,  231. 
Bascbicra  (Bindo],  477, 

486. 
Bastaro,  440. 
Battifolle(Guido(ii),22i. 
Baudouin,  169.  170. 
Bazzacarino,  268. 
Béatrix  de  Provence,  21. 
Beaumoni  (Geoffroy  de), 

42. 
Becchi,  458. 
Bccchinugi,  309. 
Belindorc,  125. 
Bclla  (Délia),  360,  361. 
Beliincione  des  Adimari, 

82. 
Bcllincioni  (Bonaccorso), 

476,  508,509,512. 
Belluccio  d'Ostinn,  438. 
Bencivenni,  409. 
Bene  de  Vaglia,  369. 
Bénévent,  25,    47,   49, 

51,  129,  148, 156. 
Benincasa,  495. 
Benintendi,  293. 
Bentacordc,  'i82. 
Benvenulo  de    Saraane, 


181. 
Bérard,  307,  310.  316. 
Berlinghieri,  99. 
Bernardi,  502. 
Bernardini,  81. 
Berii.irdino  délia  Porta, 

237. 
Bemardo,  éfêque,  180. 
Bernardo  de  Rieti,  304. 
Bemardo  Lanfredi,  271. 
Bemarttus  Guido,  28. 
Bcrre  de  Pise,  438. 
Berrovieri,    ÏIO,    233, 
236,  238,    240,   376, 
395-397. 
Bertardo,  474. 
Berti,  483. 

Bertoldode  Slefani,  347. 
Bescherelle,  146. 
Béthune-Dampierre,  32, 

41. 
Bibbiena,  312.  319. 
Bibliolh,  de  F  École  des 

Oiarlcs,  22. 
Bicntina.  179,  282. 
Bindi,  488. 

Bindo  des  .\diniari,  82. 
Bindo  Galigai,  .18. 
Bisdomini,   voy.    Visdo- 

niini. 
Biserno,  438. 
Blanche  d'Anjou,  440. 
Blanche  de  Gastille,  21. 
Blé,  250. 
Blessures,  430. 
Boccaccio,  475,490,510. 
Bolegnino,  289,  496. 
Boighcri,  179. 
Pologne,  13,  14,  42,  62, 
106,   107,   175,  177, 
179,   185,  191,   267, 
268.   500,  .-10,  440, 
441,  461. 
Bolzano,  127. 
Bonaccorsi,  185. 
Bonaccorso,  4,  15,  495, 

502. 
Bonaccursi,  506. 
Bonaccurso  Lisci,    356, 

507. 
Bonaguida;Ricco),  37. 
Bonaiuto,  492. 


Bonamore,  198,  204. 
Bonaventura,  30,  36. 
Bonaventura  du  Mugello, 

180. 
BonifaceVIIl,  410,  422, 
424,  425,  459,   441- 
444,447. 
Boninsegna   de  Becchi- 

nugi,  369. 
Bonucci,  171. 
Bonzolino.  200. 
Bordeaux,  260. 
fiordelli,  369,  491. 
Borghi,  409. 
Borgo  (Citoyen),  487. 
Borgo,    98,    201,    209, 

381,  409. 
Borgo  San  Sepolcro,  121 . 
BoHichi,  195,  360. 
Bouchers,  66,  243,  254, 

367,  369.  383. 
Boucliers  (Fabricants  de) , 

voy.  Scudai. 
Bouffons,  261,  262. 
Boulangers .  66, 243, 383, 

384 
Boules,  247. 
Bourgogne,    355,    411, 

425. 
Bourse,  44. 
Boutaric,  355. 
Boutiques,  597. 
Drainne,  297. 
Braiselve,  133, 138, 159. 
Brancaleoni,  194. 
Branchi,  516. 
Brescia,  369. 
Brioii   (Simon   «ic),   37, 

221. 
Britaiiz,  157-100. 
Brudaio;  477,  492,  497, 
502,  504,   5:15,   509, 
511. 
Bruit  public,  393,    428. 
Brunelleschi,  515. 
Bucelli,  509. 
Buglielti    de    Lucardo , 

438. 
Bulle,  418. 

Buonuonte  de  MontcfcU 
tro,  298,  301,  313, 
317. 


528 

Buonâguida,   475,  486, 

501. 
Buondelmonli,   ii,   88, 

ii7,   193,  198,  199. 

tKîO,  255,  266,  287, 

289,   560,  458,  484, 

486.   487,  492,   495, 

502. 
Buoni  Uomini,   64..   68, 

71,   90,  91.   94,  96. 

101,   105,   164,  199. 

206-209,   225,   232. 

233,235,255,371. 

Buoso  de  Doara,  17,  42, 

56  153. 
Burbii8si,369,494,  497, 

513. 
Busson.  170. 
Buzzaccherini.  328. 
Bzoviuêf  142. 


Cabarctiers,  582. 
Cncca,  15. 
Cagliari,  179,  302. 
Calcina ia,  324. 
Calimala,64,65,72,227, 

230,  231,   232,  250. 

329,  430.  449,    489, 

494. 
Calore,  47. 
Calzaioli,  65. 
Caliolario,  446. 
Camaiore,  271. 
Cambi,  253. 
Camaldoli,  311. 
Cambio,  452. 
Caméra,  376. 
Camerlingues,  249,  250, 

451,  457,  500. 
Campaldino.   295,   314, 

315,  319,  336. 
Campanie,  221. 
Camparini    dclla    Bellfl, 

419. 
Cariipi,  75. 
Cauipigtia,  118. 
Canipo  (place  du),  211. 
Cnmporcna,  332. 
Cancellicri,  215. 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 

Candidaturea,  378. 
Canigiani,  356. 
Canna,  430. 
Capalle,  75. 
Capcce,    87.  109,    110, 

137. 
Capitaine  florentin.  206. 

—  de  la  Toscane. 

115. 

—  de    la    guerre, 

235,241,256. 
377. 

—  de    la    Ta^rlia. 

222. 

—  de  mercenaires, 

438. 

—  du  méfait,  590, 

428. 

—  du  peuple,  90, 
105,  209,  210,  211, 
219,  231,  236-241, 
244,  245,  248,  249, 
251,  257,  266,  286, 
305,  319,  329,  345- 
348,  350,  351,  565. 
366,  371,  377,  384- 

386.  394,  397,  400, 
409,  419,  430,  433, 
435,  458,  456,  474- 
505. 

Capitaine  général  de  la 
guerre,  240,  285. 

Capitanatc,  144. 

Capitani  di  parte  guelfa. 
101-105.  196.  206. 

Capitudini,  91-94,  96. 
200,  218,  224,  233, 
235,  241,  242,  248, 
250,  251,  254,  256, 
546,  556,  359,  36^4, 
366.  367.  571.  575, 
577,   578,  58  i,  ,386, 

387,  477-479,  486, 
494,  496,  408,  510, 
512-516. 

Capo  di  Gherardo,  408. 
Caponsacchi,  2U1. 
Caposelvolc,  325. 
Capoue,  25,  47,  166. 
Capriolo,  42. 
Caprona,  322. 
Cirdinnle  des  Tornaquin- 


ci,  193,  219,  477 
Cardinali,  255. 
Carradore,  356. 
Carreggiai,  383. 
Carrefours,  455. 
Carretto  (Del),  135. 
Carroccio,  158, 195,  209. 
Carniccio  del  Verre,  403. 
Cartilage,  162. 
(Uisalbcrti.  462. 
Cascina,  183. 
Ca$entino,44,  158,  300, 

311,  325. 
Caserte,  46,  47.  51. 
Caslagna  [Tour  de  la), 

254. 
Castelbuoni,  287. 
Castelfranco,  2,  462. 
Castellani,  212. 
CasteItanidePistoia,420. 
Ca^tellano,  484. 
Castello  del  Bosco,  553. 
Castelnuofo ,    44,    344, 

433. 
Castiglione.  11. 
Castiglioni,  228. 
Castro.  121,  285.  484. 

485. 
Castro,  370. 
Casul>erti.  462. 
Catalano   des   Malavolli, 

62,  63,  77,  80. 
Catalogne,  506. 
Calena.  22i. 
Caterina  dclla  Bella,  420. 
Caution,  548,  588,  589. 
Cavalcanti,82,  255,514. 

560.  485,  498. 
CavalcaU,  219. 
Cavalerie,  210. 
Cavallale,  500,304,  308, 

309,  323,  440. 
Cece  Buondelmonti,  11, 

50. 
Cece  Gherardini,  95. 
Cecina,  177, 
Cenci,221. 
Ccnnamella.  242. 
Ccnni,  513. 
Cent  (Conseil  des),   91. 

94,  96,  256,  327,  328, 

364,  386,  417,  457. 


Ceperano,  4G,  52,  144. 

Cerbaria,  461. 

Cerchi,  73,  204,  209, 
295,  510,  526,  356, 
401,  414,  417,  425, 
427,  416. 

Cerchio,  voy.  Enceinte. 

Gcrlomondo,  512,  518, 
521,  415. 

Cervellini,  472,  476. 

Césarbmc,  467. 

Châlon,  411. 

Champngoe ,  18 ,  145, 
355,  556. 

Chandelle,  156,  323. 

Chanoine,  450. 

Change,  230-252. 

Changeurs,  65. 

Cliansons  de  Charles 
d'Anjou,  22-24. 

Chapelles,  417. 

Charles  I"  d'Anjou,  19- 
50,  52-55,  59-42,  44- 
46,  48,  50,  51,  54, 
79,85,84,87,88,90, 
100,  105,  109-111, 
115-124,  127,  128, 
152,  155,  155-157, 
141,  142,  144,  145, 
147-151,  155,  154, 
156,  159,  161,  162, 
167-169,  175,  174, 
176,  178,  184-187, 
195,  205,  212,  215, 
220.  221,  225-225, 
259,  260,  266,  269, 
275,  295,  505. 

Charles  II  d'Anjou,  297, 
505,  506,  507,  509, 
411.451,459,  440. 

Charles  VI,  585. 

Charpentiers,  vo?/.  Maes- 
tri  et  Legnajuoli. 

Charretiers,  votj.  Carreg- 

giai. 
Charte,  571. 
Chftteaux,  461. 
Cherico  Donati,  458. 
.Chevalerie,  168,  255. 
Chevaliers,    258,    250, 

233,  261 .  359. 
Chevaux,258,  242,  251. 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 

ChiamaU,  580. 

Chiana,  44. 

Chianciano,  118. 

Chiaro,  450. 

Chiavajuoli,  585,  ^84. 

Chiermontcsi,  457. 

Chine,  464. 

Chiusi,  300.  522. 

Chron.  imp,  et  ponlif.^ 
22. 

CJiron.  mélrique  de  St.' 
Magloire,  51. 

Chron,  SicilicCf  49. 

Ciaconio,  194. 

Ciampoli,  253. 

Cimabue,  115. 

Cinquantaines,  3S1. 

Citeaux,  307. 

Ciità  di  Caslello,  442. 

Ciuccio  de  Cinto,  268. 

CiviteUa,191,  525. 

Clément  IV,  28,  29,  31, 
36-42,  45,  55,  57. 
61-63,  68,  69,  76-79, 
81,  85-86.  90,  100, 
109,  112,  114-147, 
119,  122,  126-128, 
150,  152,  155,  155, 
156,  140,  142,  145, 
149-151,  154.  162, 
295. 

Clément  VI,  444. 

Clercs,  218,  555,  566, 
504-517. 

Clermont,  18. 

Cloche,  580,  597,  415. 

Coderta,  454. 

Codice  dipl.  del  Regno, 
41. 

Colle,  118, 121, 156, 157, 
222,  269,  510,  517, 
442. 

Collège,  455. 

Collemedio,  69,  70,  77, 
78,  141. 

Colletmccio,  150. 

Colonna,  441,  445. 

Cùme,  155,  415. 

Comète,  27,  28. 

Commission  des  ordon- 
nances, 568. 

Compagni  (Dino),  250, 


HIST.   DE  FLOR£KCB.   —   II. 


520 

529,  555,   565,  409, 
505.  508,  510,  512. 

Compagni  (Piero),  409. 

Compagnies  des  quar- 
tiers, 210. 

Compagnies  du  Gonfalo- 
nier,  580,  581. 

Comptoirs,  355,421. 

Conciatori,  385. 

Conciles,  168,  174. 

Conclave,  18,  176,  221, 
441. 

Condottieri,  240. 

Confinés,  201,  228. 

Confiscation,  97, 98, 590. 

Conradin,  5-6,  20,  24, 
86,110,112,113,125, 
124,  126,  127,  129, 
150,  154-158,  141- 
145,  147-151,  155. 

Conseils,  91-97,  103, 
199,  218,  219,  226, 
255-258,  241-249, 
256,  282,  289,  297, 
526-529,  334,  545- 
547,  551,  552,  564, 
574,  580,  584,  586, 
414,  418,  457,  450, 
460,  472. 

Conseils  de  la  parte  guel- 
fa,  102,  103. 

Consiglio  des  Cerchi, 
556,  557. 

Consorterie,  541,  545, 
544. 

Consorti,  341. 

Constance,  297. 

Constantinople,  272. 

Consuls,  551,  552,  572, 
585. 

ConUdo,  139,  319,  345, 
545,  549,  574,  585, 
588,  418,  427,  460. 

Conticino,  166. 

Contingent,  442. 

Convention,  104. 

Copistes,  242,  558. 

Corazzai,  585. 

Corbano,  voy,  Curbans. 

Corbinelli,284,527,477, 
502,  508,  512. 

Corde,  432. 

34 


550 

Cordonniers,  GO,  254, 
289, 367. 

Gorrado  de  Paltszo,  184. 

Corredo,  224,  261. 

Corse,  440. 

Corso  Dcodati ,  voya 
Deodati. 

Corso  Donati,  282,  285, 
310,  3H,  314,  316, 
327,  333,  535,  360, 
413^17,  474,  476. 

Corlone,  121,  134. 

Cor  varia,  voy.  Guide. 

Goscnza,  52, 146. 

Cosimo,  177. 

Costumes,  256. 

Cousance,  146,  147. 

Gredenza,  01,94,  96. 

Crémone,  42,  175. 

GriveUi,  228. 

Croisade,  51,  45,  168, 
173,  354,  442. 

Crusca,  197. 

Cuisiniers,  575. 

Curban8,81,116. 

CurrtdodeSorecina,  562. 

Cymbales,  242. 


Dandolo,  293. 

Dante,  42.  45,  50-54, 
80,145,148,166,254, 
275,  286,  505,  506, 
514,  516,  517,  519, 
522,  542,  560,  571, 
373,  437,  438,  442, 
463. 

Dante  e  il  suo  secolo, 
414. 

Dflrti,  423. 

Davanzi,  475. 

Décime,  36,  150. 

Démagogie,  25 i. 

Démocralie,  67,  91,  OG, 
97,215,250,255,553, 
559, 572,  422»  464. 

Dénonciation,  592,  505, 

Deodati  (Corso),  286, 
490,  510. 

Détaillants  de  draps,  66. 

Dini,  99. 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 

Dino,    voy.    Compagni, 

Peoora. 
Discordes  civiles,  192. 
Diotisalvi,  447. 
Disette,  448. 
DiWeto,  244,  249,  578. 
Dix,  256. 

Docteurs,  210,  250. 
Dominicains,  454. 
Donali,  4,  82,  192,  282, 

560,  414,  voy.  Corso, 

Simone. 
Donato  Camaiano,  496. 
Doiiato,  graveur,  268. 
Donoralico,    14i,    177, 

295. 
Donzelli,  224,  575. 
Douve,  437. 
Dovadola,  191. 
Drap    [marchands    de), 

584. 
Droit  de  cité,  268. 
Duclos,  442. 
durante,  évéque,  440. 
Durante  des  Ghiermon- 

tesi,  457. 


Édilité,  455. 

Edmond     d'Angleterre, 

19,  24. 
Edouard     d' .Angleterre, 

167,  506. 
Égalité,  559. 
Eglise  grecque,  185. 
Egypte,  19. 
Electeurs,  257,  243. 
Elections,  237,  258,243, 

366,  371-374,:387, 

435. 
Elias  Peleli,  77,  81. 
Elio  de  Colle,  425. 
Elisabeth,  111,  112. 
Éloquence,  95,  96,  246, 

247. 
Empoli,  225,  282,  528, 

458,  482. 
Empruut,29, 55-41, 150- 

152,   141,  187,   217, 

225,  226,   265i  325, 

529,  440. 


enceinte,  459-46 1. 

Enquête,  244. 

Enriquc  de  Castille,  25, 
109,  111,  120,  142, 
144,  146,  148,  161. 

Enzio,  155. 

Era,  122. 

Érard,  voy.  Valéry. 

Eschyle,  465. 

Espagne,  124,  125. 

Espagnols,  144, 146, 148, 
156. 

Essayeurs  de  monnaies, 
2i4.  250. 

Este.  42,  185. 

Estimo,  259,  499. 

Estrapade,  456. 

Evesham,  1G6. 

Évéques  d'Arezzo,  294, 
298. 

Évêques  de  Florence, 
287. 

Exactions,  355. 

Exarchat,  187. 

Excommunication,  134, 
140,  143,  202,  506, 
562. 

Exil,  591,420,  421. 

Exilés,  20,  42,  48,  85, 
120,  159,  150,  161, 
165,  179,  180,  182, 
195,  201,  202,  212, 
215,  205,  296,  299, 
50  i,  505,  512,  524, 
401,  402,  421,  424, 
453,441. 


Facio  Juncle,  50. 
Fadrique,  440. 
Faonza,  62, 179. 
Falconieri,    266,    500, 

489. 
Famiglia,  258,  541. 
Famille,  540.  5ii,548. 
Familles,     255,    551, 

560. 
Fanloni  des  Rossi,  290. 
Farinati  des  Uberti,  11, 

50,  82, 166  322. 


Farinclla,  132. 
Farnesc,  501 
Fasanella,  45. 
Fascolo,  278. 
Fa^ello,  150. 
Fazio,  502. 
Federici,  60. 
Feditori,  514. 
Femmes,  456. 
Ferentino,  287,492,493. 
Ferracani,  82. 
FerrajuoU,  382. 
Ferrare,  42,  175,  410. 
Fetenli,  81. 
Fêles,    259,  261,   262, 

307,  336,  353,  449. 
Fieschi,  129,  298. 
Fiesolc,  508. 
Fifanti,  71,  201. 
Fifres,  375,  376. 
Figline,  462. 
Filippo  Spinelli,  200. 
Financer,  70,  71. 
Fineschi,  370. 
Fiorita  d'Iialia,  150. 
Finmaccio,.4il. 
Flandre,  297,  356. 
Florin,  404. 
Flotte,  33,  84,143, 161, 

174,  272,  273,  350. 
Folchi,  447. 
Fondaccio    S.    Mccolô , 

172. 
Fontaines,  461. 
Foraboschii  3G0,  458. 
Forcari,  131. 
Forescdes  Adimari,  14, 

82,291,  427. 
Foresi,  511. 
Forgerons,  66, 254, 367, 

383.  Voy.  Ferrajiioli. 
Forli,179,  191,306. 
Fornai,  voy.  Boulangers. 
Fornari,  99. 
Forteguerra,214. 
Françai8,42,  47,49,  80, 

108,   111,   116,   120. 

121,   159,   140,   146, 

148,  182,  221,   222, 

306,  354,  355. 
France,    15,  549,   554, 

356,  573,  421,  466. 


LNDËX  ÂLPUÂBÉTIQUË. 


Franccsca    do   Rimini  , 

314. 
Franceâco,  504. 
Franccsco  de  Guido,  30, 

36. 
Francesco,  évêque,  450. 
Franchises,  462. 
Franciscains,  442,  453. 
Frangipani,  voy.  Latino. 
Franzesi,  355,  446. 
Frali  Gaudcnti,  61,  64, 

68 ,  72  ,  73,   76-78, 

80,  90,  105, 107. 
Frédéric     Barberousse , 

187. 
Frédéric  II,  4,  45, 132, 

152,  187,  198,  274, 

303. 
Frédéric  d'Aragon,  440. 
Frères  de  Sic-Marie,  60, 

61. 
Frères  prêcheurs,  271. 
Frescobaldi,   29,    170, 

185,   220,  307,  360, 

362,  488,  490,  512. 
Fripiers,  66,  367. 
Frighinello,  447. 
Fromage  (marchandi  de), 

383. 
Fucecchio,  2,  265,  291, 

402. 
Funérailles,  375. 


Gabbrielli,  309,  328. 
Gabelles,  295,  451. 
Gaêtc,  47. 
Galastrino,  420. 
Galastronc,  415,  416. 
Galigai,   38,   71,    204, 

583. 
Galigai  [tanneurs),  583, 

407. 
Gallctti,  407. 
Galli,  407. 

Galli  de  Spolèlc,  401 . 
Gallura,  177,  272,  277, 

292,  293,  484. 
Gauibara|437. 


531 

Gangalaudi,   201,    509, 
360. 

GanghcreU,  286. 
Ganlelme,  26,  29,  147. 

Gardiens,  455. 

Gnrdingo,  80. 

Garigliano,  47. 

Garencio,  150. 

Gamero,  130. 

Gascogne,  85. 

Genazzano,  148. 

Gônes,  30,  173,  267, 
268,  272-274,  276- 
279,  281-286,  288, 
290,  291,  295,  298, 
302,  529,  350,  552, 
555,  402,  410,  440, 
473-477  ,  481-485, 
493-495, 498, 502. 

Gcppi,  99. 

Gerardino  de  Gambara, 
437. 

Geri,  voy.  Spina. 

Geri  des  Chiermonlcsi, 
437. 

Gherardeaca,  177,  202. 
Voy.  UgoUno. 

Ghcrardi,490. 

Gherardini,  326. 

Gherardo  de  Prato,  181. 

Gbini  des  Frescobaldi, 
220. 

Giachinotti,  253. 

Giambertani,  501. 

Giandonati,  360,  494, 
495. 

Gianni  do  Lucino,  415, 
417. 

Giano  délia  Bella,  360- 
364,  366,  373,  380, 
408-411,  413,  416. 
418-422,  424,  430, 
43f. 

Gibelins,  16,17,  26,42^ 
44,  48,  67,  68,  71, 
75,  76,  82,  85,  86, 
97,  100,  104,  105, 
107,  109,  112,  114, 
123,  129,  134,  137> 
13«,  142,  143,  161, 
103,  165,  166,  168» 
169*   170,  171,  174. 


552 

177,  178,  183,  190, 
191-193,   200,    204- 
206,    208,    211-215, 
221,  227,   228,  26»>, 
267-269,    275,    278, 
294,    296-298,    500. 
503,  305,  506,    508, 
512,    522,  326,  527, 
542,    402,    409-411. 
421,  422,  424,  425, 
440,462. 
Gieremiei,  275. 
GUles  le  Brun,  52. 
Giliolo  de  Parme,  458. 
Giordano  d*Aiiglano,  5» 

47,  50,  51,  156. 
Giovanni  Cini,  246. 
Giovanni  de  Appia,  298. 
Giovanni  di  Paganello  , 

64. 
Giovanni    de    Procida , 

224. 
Giovanni  de  Sant'Eusla- 

chio,  206. 
Giovanni  Novello,  298. 
Giovanni  deViterbe,  180. 
Girolami,  72. 
Giudice    (Alberto    del) , 

409. 
Giudùe  [del],  41. 
Giuseppe  Coppi.  57. 
Gune  de  Gliigi,  452. 
Gonfalon,  209,  210,  367, 
579,  581,   582,   594, 
396,  415. 
Gonfaloniers,  209,  210, 

249,271,  500. 
Gonfalonier  de  justice, 
565,  566,  571,  573, 
575,  577^79,  386, 
391,  394-397,  407, 
415. 
Gorili,  7. 

Goro,  graveur,  268. 
Gottoli,  551. 
Gozzadini,  61. 
Gradenigo,  425. 
Grandelia,  47. 
Grands,    67,  97,  168, 
169,  172,  190,   192, 
210,  211,  213,  214, 
219,  238,  229,  230, 


LNDEX  ALPUABÉTIQUE. 

253,  284,  286,  300, 
359,  542,  5i5,  545, 
540,  550,  551,  555, 
559,  365,  568,  586, 
587-598,  401,  405, 
407,  410,  418,  419, 
422,  426,  428-455. 
Gralie,  479,   495,  507, 

511,515. 
GrégoireX,  167,169-174, 
176,  179,    181,   182, 
185,  195,  216,  287. 
Grégoire  XI,  444. 
Gre:>sa,  117. 
Greti,  303. 
Gros  tournois,  446. 
Grosseto,  118. 
Guala,  5. 
Gualbert,  311. 
Gualducci,474,496,498. 
Gualterio    de    Ganglie- 

reto,  286,490. 
Gualterotti,  360. 
Guascone  Trapilicini,  36. 
Guazzesi,  521. 
Guelfes,  5,  5,  6,  8,  9, 
16,   17,  20,  43,   47, 
48,  56,  59,  62,  65, 
67,   68,   76,  82,  85, 
97,    100,    101,    105, 
107,  109,   110,   119, 
120,  121,  125,   157, 
142,  146,  147,  155, 
155,    161-165,    170, 
171,    177-179,    182, 
190,   192,  195,  200, 
204-206,    208,    212, 
214,  215,   221,  224, 
227,   266,    268-270, 
273,  275,  278,  293, 
295,  297,  299,  300, 
513,  522,  523,  326, 
327,  342,   368,  577, 
402,  408,  410,  422, 
424,  440,  441,  457. 
Gueifo  Falconi,  271. 
Guglielmi,  489,  516. 
Guglielmino   des   Pazzi, 

501.  308,  509,  517. 
Guglielmino   des    Uber- 
linl,  294,   298,   516, 
517,  321. 


Gu^^lieinio  d'Alba,  184. 

Guiderello  d'Orvielo  , 
517. 

Guidi,  201,  204,  300, 
405,  409. 

Guido  Gaviilcanti,  82.  ' 

Guido,  chapelain,  450. 

Guido  de  Corrigio,  105. 

Guido  de  Corvaria,  162. 

Guido  de  Moilcfellro, 
lui,  227,  506,  525, 
524,  528,  551,  552, 
554,  402,  443. 

Guido  Guerra,  4,  42,  47, 
65,  75.  83-85,  100, 
140, 142, 158. 

Guido  Novcllo,  1,  2,  3, 
7,  8,  9,  11,  53,  43, 
44.  56-59, 62,  68,  70, 
71,  73,  74,  76,  79, 
82.  86,  87,  105,  154, 
157,  154,  155.  158, 
171,   191,  202,  204, 

295,  505,    511-515, 
516,517,525,  457. 

Guillaume    de    Nangis , 

54. 
Guinigi,  214. 
Guittonc   d'Arezzo,    60, 

105-107. 
Guscianella,  158. 
Guyart,  49. 
Guy    de   Montfort,   85, 

87,   90,    112,    116, 

162,    165,    165-167, 

296,  297. 

Guy  Foulquet,  28. 


HabiU,  576. 
Uabsbourg,  169. 
Hangest,  voy.  Brilauz. 
Hegel  (Karl),  570. 
Henri  de  Bavière,  112. 
Henri  VI,  187. 
Henri  VII,  54. 
Henry  III  d'Angleterre, 

19,24,  85.166. 
Hérode,  112. 
Hiérarchie  des  arts,  582. 


Uobenschwangau,  110. 
Ilohenstaufen,  4,  40. 
Honorius  IV,  286,  297. 
Hôpitaux,  242,  449. 
Hostignani,  490. 
llugone  Jacobi,  36. 
Hugues,  360. 
Hugues  de  St-Gyr,  41 . 
Huile  (marchands  d'),  GG, 
382. 


Ildebrandeschi,  177. 
ImbrcTiature,  242,  245. 
Immeubles,  99-101. 
Iinportuni,  253. 
Jncontri,  213,  214. 
Indemnité,  424. 
Indulgences,  450,  451. 
Industries,  voy.  Arts. 
Inghiramo   de    Biserno, 

438. 
Initiative  privée,  248. 
Innocent  IV,  19,  410. 
Innocent    V,   182,  185, 

186. 
Inondations,   160,    259, 

260. 
Inscription  aux  arts,  228, 

230. 
Institutions  89-93, 206- 

211,230-256. 
Interdit,  173-175,  180. 
hambcrt,  444. 
Isnard    Ilugolin  ,    138 , 

140-142. 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 

Jacopo  Egidii,  36. 
Jacopo ,  év.  de  Fcren- 

tino,  492,  493. 
Jayme  d'Aragon ,   303, 

306,  308,  439. 
Jehan  de   Ghâlon,  411, 

424,  425.  , 
Jérémic,  18. 
Jérusalem,  4, 18,  112. 
Joinyille,  24. 
Jongleurs,  261,  262. 
Jubilé,  336,  444-447. 
Juge   des   appels,    239, 

251,  433. 
Juge  des  méfaits,  396. 
Juge  de  sestiere,  240. 
Juges,    65,   232,   258, 

345,  350,   368,  582, 

396,  597,  418. 
Juges  du  potcslat,  voy. 

Assesseurs. 
Jura,  14G. 
Justice,  239. 


Jacobi,  472,  490,  511. 

Jacobins,  104. 

Jacopi    (Stoldo)  ,   482, 

485,  493,  498. 
Jacopo  d'Angelotlo,  199, 

200. 
Jacopo  de  Cerreto.  57. 
Jacopo  de  Certaido,  514. 
Jacopo  de  Cingnano,  200. 
Jacopo  della  Lana,  Gl. 


Laine,  65,  230-232. 
Lajatico,  325. 
Limbertnzzi,  175. 
Lambcrti,   29,    71,    72, 

76,   102,    201,   312, 

351 ,  432. 
Lamberto  dell'  AntcUn, 

204. 
Lamprugnani,  228. 
Lancia,  109,   110,  134, 

137,  142,  144. 
Landino,  61. 
Landshut,  110. 
Lanterne,  290. 
Laon,  18. 
Lapi,  99. 

Lapo  Aimeri,  356. 
L;ipo  del  Pratese,  490. 
La|>o  des  l'berli. 301,322. 
Lapo,  îjraveur,  208. 
Lapo  Guglielmi,  286. 
L^ipo    Riniiicini  ,    218, 

226. 
Lapo,  voj^.  Saller*  l!i. 


533 

Lateriiu ,    139,    158, 
301,  304,  312,  325, 
462. 
Latini   (Brunetto],  203, 
243,  244,  258,  275, 
283,  325,  327,  424, 
474,  479.  480,  505. 
Latino  (card.),  194-199, 
201,   203-206,  211, 
213,  216,  227,  25*. 
Lavagna,  129,  298. 
Lavenza,  137. 
Légistes,  210. 
Lognajuoli,  383, 384. 
Leicester,  24,  85,  166. 
Le  Mans,  30. 
Le  Puy,  28. 
L'Estendart,    129,   139, 

147. 
Lettres    do    naturtlité, 

357. 
Liber  muU.  epUt»,  4. 
Liberté,  349,  350.     ^ 
Licinio  Bonaccorsi,  2  8. 
Liège,  425. 
Ligozzi,445. 
Ligue  guelfe,  222,  223, 
275,   276,   279,  280, 
282,   291,   293,  298, 
305,    326-328,    331, 
401,402,424,475. 
Lion,  417. 
Liris,  52. 
Lis,  105,  453. 
Lisei,  517. 
Livourne,  352. 
Livres,  386. 
Location  de  boutiques, 

242,  330. 
Lodare,  198. 
Loderingo  d'Andalô,  59, 

61-63,  77,80. 
Lodo,  215,  351. 
Lombardie,  14,  17,  35, 
41,42,  44,  55,   110, 
111,129,143.  335. 
Lombards,  49, 144, 153, 
176,   221,  352,  354, 
355,  357. 
Ix>mbrici,  271. 
Loria,  439. 
Lottario  Bonasa*,  37. 


Lollcringode  Nanteiper- 
loli,  «H. 

LoIlcriodelliTosi,  SST. 

Lollerio  Fcrmecî,  38. 

Lolli,U3,5M,513. 

LntlicrtdeTillungo.ïOO. 

totto  dei  Agli  ,  SIS. 
fojf.  Agii. 

Lotto  d-DgoliDo,  S09. 

Lolto  Hogolini,  3<l. 

Louii  de  Bavière,  4,119. 

Louii  Vllr,  21,  W.  85. 

Louis  IX,  19,  Sl-33,27, 
38,31.  3B,  US.  U9, 
181,  102.  354,  355. 

I«uii  X,  350. 

Lul^e^l,  40,  111,  130, 
138.  144. 

LDaiiie»,a.4,  5,  7-0.11. 
12,10.  20,  03.  83.84. 
107,  118,  IM,  130, 
131.  138.  149,  150, 
105.  174.  180.  199, 
2Î1.  222,  207,  2(W, 
279.  281-285,  288, 
2fl0,  201,  300.  30 J, 
304.  310,  314,  333. 
325-327,  329,  330, 
352,  598,  401.  41a. 
473.  474-479,  481- 
485.  404,  495,  497. 
MU,  501. 

Lune,  3, 19. 

Luniarna,  450. 

Luni,  129. 

Lunit^anc,  282,  283, 
475,  477. 

Luxe.  352,  353. 

Lion,  32,  108,174,175. 


MicehnrufR,  4.'î0. 
HiuliiiTrili,  90.  403. 
Mij^Dna.  roi/.  Ilic«lri. 
Hiwlri    di  piptra  0   le- 
gnainc.  M,  5117,  380. 
Miiffïo.  350,  309.  43i. 
Hagnlolli,  434. 
Manai.  360.379.418,429. 
Hnghiniirrlo,  4. 


rNDEX  ALI'IIABËTIQUE. 

Migr»,  12.  159. 
Higiut).  voij.  Gnnilt. 
Hihitut,  140. 
Uiinardo   de   Sutinani, 

300,  310. 
Hiine.  30. 
Maùtn,  152. 
Hainrilé,  370. 
lI.joiv|iic,  351. 

oij.  Lalino, 


H.!>!| 


.,129. 


Halitssti,  337. 
HiItlMti.  353. 
Mnleoln.W  1  1.132. 
M.lfiiieiirs,  S13. 
Malpoli.  488. 
Hancini.  434. 
Hineate   de    Sirtcano , 

326. 
Hanenti  de  Cliinncionn, 

118. 
Hanelli  Bcaiitcu*.  288. 
UanelU   Tignnsi,    205, 

504.  Vos-  Tignosi. 
Ilsnfrcd.   3,   5.   10-19, 

25-28.  33.  33. 44-5.^.. 

63.67.110,111,120, 

152. 1S7,  297. 
Hangiadori.  287. 
Hini^na  IAIc!!.di\103. 
Hannem,  429. 
Manni,  416. 
Kantoue.  42. 
HinboUini,  253. 
Harcb.  187. 
HircliandiiCl,  100. 
Harcbands  d'Iiuilc.  von. 

Huile. 
Marcliands  de  ragnurt^a. 

G6. 
Harcliandt  de  TJn.  60. 
Ilarclie  d'AncAnc.  Q.  50, 

134,  143,  221.312. 
Harche   Trévi^ane.  185, 

434. 
Uari^chaui,  242. 
Harcmmcs.   167,    179. 

2  [4.  320. 
}|3riage!.20l.3l4. 
Harmnn,  17G. 
Harins,  109. 
Nannonlcl.  2I.'>, 


Hntfeillr,  39,  33. 
MaHIn  IV,  321.  980. 
Mirlinplla,  372. 
Haanidiori.  427. 
WaMiguclfa.lOO,  lOÎ. 


,  375. 


..  127. 


Hhtlilhlc, 

Halleodea  Tiiiegi,  !((. 

SIMecin»,  05.  210.  3V.'. 

374,  435. 430. 
iiidhlioa,  193. 
Mcditi,  177.  30).  230. 
U«j;''0''a1o.  130. 
Mcpliorelli.-'.OO. 
Heinharl   de  Gorili,  7, 

1<3. 
Mrloria,  273.  302,  518, 

324. 
Helii,  398. 
Hende  di  CaTalli,  243. 
uisiïTS.  vnif.  Logii.1- 


427. 
MercenairM,  14.40.67. 

83,    180,   191.    21». 

226,   393.  300,  310, 

317.403, 
HiTciiTS,  05,  239. 
Mfinard,  357. 
Meautters  37(3,  3»0. 
Ilcfse.  375.  131. 
Heswre.  2.32. 
MohI,  233. 
HcMJnc.  22).  230. 


Heua 


,  146. 


Hicco  de)  VeNiitn,  389. 
Milan,  17,  42.  153,  228. 
tliltcc    du    Gonfnlonicr, 

370.  3S0.  410. 
HilIfM.  209.  2)2,  380. 

403. 
Mille   (1rs).   209,    240, 


Uilliaio,  400. 
mni,  416. 

Mudènc,  14.  15,  59,02, 
lo3,  175,  101. 


Maiti,  *58. 
Uarnn,  313. 
Molciiano,  409. 
Uorialdeschl.St.Ml- 
fS,.„M!.  nrt. 
Wonrioriu,  4M- 
Uonfionlo  ,   434- *37, 

«7. 
Uonniie!.  30,  98,  KO, 

244, 250,  404,  440. 
IlonUpcrli,  O'i.flV.  I"'", 
155.   1S8,  213,  307, 
315. 
Hante,  100. 
l(onlecaWoli,291. 
Nonlecastello,  180. 
IConlecïtini,  165. 
M(.nlccchi<.,170.  300. 
Monlecuïcari,  270. 
Jtonlc  d'Artneln,  il. 
Monte  di  Ouief»,  11- 
llonlefcUra.voy   Guido, 

Buonconle. 
JIonleErtMlo'i,  ^^• 
Nontelaco  de  U  Berar- 

dengi,  335.  4CÎ. 
Honte  Pisano,  11. 
Uontepuldino,  6S,  119. 

121.300.  32i. 
Montcfasso,  401. 
lIonteligniMi.  325.   _ 
JlnnlGiurclii,  158.   Mt. 

335.  462. 
Uoiiircml,  17. 
Honltarl,   noij.   Simon, 

Guï,  Am>ufï- 
Hontjoic,  IM. 
Honlopoli,  "8. 182. 
Uontorgi»le.  439. 
Montpellier,  354. 
Montiat.   hi»t.  patrur 

276. 
UoTimont,  135. 
Itorosinii  275. 
Uorra.  45. 

Motrone,  122,  123, 130. 
Notii.  m,  195,  204, 
298,  360,  425-fî7, 
458. 
Mimitiplité.  102, 247. 
Hiigello,173,4«3. 
Hugnonc,  461- 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 

Man.  459-461.  1 

Huiiciens,  375, 370. 
llaiique,  376. 
Hjslère,  431. 


Hnio  d'Artiglio,  408. 
K.pl«.  24,  25.  47. 165, 

274,  208,  308, 331. 
Marlionno.  28. 
NBsico  N3>si.  268. 
SasEiu,  265. 
KcllodelUPietra.2T>- 
Scocaitfo,  149. 
S«ri  Anibrwii,  514. 
Beri  Aligliïnli.  309. 

Km  Borri.  3S3, 409. 

Seri  Bordelli,26''. 

Scri  Bmt««»i,  28'J. 

Dcri  Donnli.  413. 

HûrideiStrinali,  432. 

rierli,220.  300,447. 

Sero  Fonwri,  37. 

{Psliis  dcl).  172. 


es  V.W' 


Senfde  Sienne.  269, 270. 
Kevers,  162. 
KLccolini.  224. 
SIcolaa  m,    186,   1S7, 

193,  221,  222. 
HicoU,   IV,   366.    308. 

334.442. 
Nieïole,  479. 
Hime«,  354. 

Sino   de  GxUur»,   1'". 
277,  292.   293,  302- 
304.  325-329. 402. 
Soirs,  247. 

Solaires,  05,  222,  232, 
230,  238,  242.  245, 
249-251,  350,  358, 
368.  375.  378.  381. 
382,385,  391,450. 


l   Obwmteura,  272. 
Ociroi.22fl. 
OCTrande  de  prisonnieri 
299. 
l   Oglio,  42.       I 
OKnittiDti.  75,  400. 
ûtim,  305. 

OUrsmo,  98,   99,  ÎOI. 
208-210.  231.   395, 
409,  427,  400. 
Ombrie,  26'<. 
Ondiai,  314. 
OrtRe,  316.  310. 
OrdinimenU    juiliti»  . 
2ÏJ,   233,    308-398, 
415    420.   430,   433, 
500,  510. 
Ordonnsncis  de  juslier, 
noy,  Ordin>menl«,Plc. 
Ordonnance»  de»  roii  de 

France,  350.  355. 
Orgia,  138. 
Orioli,  471, 
Orlandinl.  131, 400,470, 

483.  487,  i'JU. 
Om.mno    du    Sassoti^r- 

«10,281,478. 
Or  un  Hiclielc,  420. 
Orsini.  180.   194,  221, 

334. 
Ortoni,  136. 
OrWelo,20.  27.57.  81, 

201,308,  320,403. 
Oïlie.  54. 191. 
O.^nï.159,103. 
OUgf»,  114,  203,  250. 

OtUïinleBiplelli,  551. 
Otl.vi«no,  57.  58,  100, 

*M.113- 
Ollocar  de  Boliime,  187. 
Otlon  m,  360. 


'  al  Pa- 


laffio,  275. 


Piice  de  Crrlïldo,  432. 
Pacino  AnKiolieri,  410. 
Pïdoue.  14t,  328. 


536 

Paladino,  15,  315. 
Palais,  458. 
Palamidease,  125. 
Palazzo    Yecchio ,    435» 

445,  456-458. 
Patenta,  144,  148. 
Paiermini,  311. 
Paleslinc,  84,  85,  145, 

167, 182. 
Palio,  320. 
Palmicri,  444. 
Panicote,  4. 
Paniera,  497. 
Pannier,  133. 
Pannochicschi    d'Elci , 

325. 
Pantalcon,  18. 
Papirio  Masion^  27. 
Papon,  50. 
Paradisi,  408,  517. 
Paris,  29,  355,  405. 
Parlement  ,    voy.    As- 

semblt^c  à.... 
Parmc,15,  42, 153, 175, 

191,  237. 
Parte   guelfa,   101-104, 
199,   258,   206,  295, 
322,  529,  353,  359, 
540,  408,  410,  418. 
438. 
Pasierini,  414. 
P.itarins,  190. 
Patrimoine  deSt-Picrrc, 

5,18,  201,221. 
Palrizi,  301. 
Paul  lî,  444. 
Pauvres,  202. 
Pavesari,  513. 
Pavie,    56,    127,    128, 

150,  134. 
Paysans,  voy.  Conlado. 
Pazzi,    44,    159,    179, 
185,   192,   201,   204, 
294,  301,   344,   421, 
452,  462,  494. 
Pi'ngcs,  242,  275. 
Pecora  (Dino),  527,566, 

509,412-414,  424. 
Pedoni,  580-595. 
Pedro  d'Aragon,  200. 
Peiîololli,  515. 
Pela,  voy.  Gualducci. 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 

Pelaricini,  17,  42, 129, 

153. 
Pelé,  209. 
Pèlerins,  444. 
Pellavillani,  124. 
Pelletiers  ou  peaussiers, 

65,  232. 
P«//i,521. 
Percivallc,  298,  299. 
Peregrino  Cassini,  37. 
Pcrouse,    27,   34,    46, 
106,  143,  326,   403, 
491. 
Perrens,  350,381. 
Peruzzi,  115,  325,  336, 

365,  372,  43^4. 
Pesa,  461. 
Pescia,217. 
Peuples,  385. 
Phare,  135,  224. 
Philippe  le  Hardi ,  167, 

554,  556. 
Philippe    le   Bel,    308, 
350,  555,   557,   443, 
466. 
Philippe  le  Long,  550. 
Piandimezzo,  165. 
Piazza  al  Ponte,  427. 
Picard  (Soldai),  50. 
Piccurda  Donati,  414. 
Piccolomini,  214. 
Pics,  580. 
Piémont,  41. 
Pierre,  18,19,  444. 
Pierre  Léopold,  256. 
Pietrasanta,  129,  473. 
Pieve  al  Toppo,  501 . 
Pigeons,  245. 
Pigli  (ou  Pilli),  266,287, 

491,  517. 
Pignatelli,  52. 
Pi  no  Vernacci,  417,426. 
Pinli,  74,  177. 
Pionniers,  580. 
Piperno,  -452. 
Pisc,  5,   8, 10,  26,  50, 
53,  62,  83,  84,  106, 
109,  110,    112,  114, 
118,  120,   122,   125, 
129,  154,  155.    157, 
158,   444,    154-150, 
160-165,    165,    176- 


180,    183-186,    217. 
220,    265-268,   271- 
288,  292,  294,  299, 
301-504,    306,    522- 
326,    550-555,   398, 
401  ,  402 ,  423.  440, 
445,  46?,  475,  474- 
505. 
Pistoia,5,  58,109, 118, 
121,   151,   165,  174, 
180,   184,   187,  199, 
215,   222,  251,  245, 
244,   271,  276,  284, 
500,  505,   510,  514, 
510,   528,   535,  362, 
386,    405,  409,  418, 
442,  482,  486. 
Places,  455. 
Plaisance,  155, 167. 
Platon,  465. 
Pô,  129. 

Pogpibonzi  ,    119-125, 

130,  158,    155,  161, 

165,   222.   276,  505, 

405,  442. 

Poggioa  S.  Cecilia,  295. 

Poitou,  41. 

Polenta,  219,  284,  514, 

471. 
Police,    240,  242,  245, 

542,  577,  455. 
Politique    commerciale', 

266. 
Pontassieye,  511. 
Ponte,  148. 
Ponte  a  Serchio,  11. 
PonlcaValle,  158,  159, 

147. 
Pontedera,    182,    292, 
525,   527,   551,  554, 
402,  402. 
PonletcUo,  157. 
Pontevccchio,  427,  459. 
Ponlremoli,  129,  157. 
Ponts,     75,    160,    168, 

181,  242,454,461. 
Popolani,  75,  91,  92, 
î'0,97,  102,192,207, 
211,  215,  228-250, 
250,  255,  250,  201, 
284,  520,  559,  540, 
342,  543,   545,   347, 


354,  360,  377-379, 
385-387,  389,  391, 
392,  401,  403,  405, 
407,  409,  412,  426- 
428,431,432,435. 

Popoleschi,  253. 

Popolo  grasso,  65,  91, 
94,  340,  542,  353, 
358,  559,  362,  398, 
418,  423,  42^i,  426, 
435. 

Popolo  m inuto,  66,  340, 
418,  425,  426. 

Popolo  nuoro  (ou  se- 
condo),  398. 

Popolo  vecchio  (ou  pri- 
mo), 398. 

Poppi,  312. 

Populari,  119. 

Porchello,  voy,  Spinola. 

Porcs,  48. 

Port  d'armes,  242,  259, 
350,  376,  386. 

Porladi  duomo,  98,201, 
209,  210.  366,  381, 
409. 

Porta  Rossa,  65,  105. 

Porta  Sanla-Maria,  201. 

Porta  San-Niccolô,  260. 

Porta  San-Pancrazio  , 
98,  209,  40 J. 

Porta  San-Piero,  98, 
100,  209,  210,  381, 
407,409. 

Portes,  454,  460. 

Porto  Pisano,  33,  122, 
268,  279,  290,  329, 
330,  352,  496,  498. 

Poteslat,  90,  104,  105. 
154,  101,  184,  206, 
209-211,  219,  220, 
235,  237-239,  241, 
243,  244,  248-251, 
257,  266,  271,  284, 
286,  305,  309,  311, 
319,  329,  335,  545- 
348,  550,  356,  365, 
366,  385,  386,  394, 
396,  400,  409,  414. 
416,  419,  427,  430, 
433-435,  456,  474- 
503. 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 

Pouillc,  41,  45,  5 1, 120, 

126,  308. 
Prato,  74,  75,  113, 121, 
131,  154,  184,   222, 
243,  276,  305,   403, 
442,  486. 
Prato  (le),  460. 
Pratomagno,  311,   316. 
Pr($fel  d  Étrurie,  170. 
Présents,  165,  307. 
Préleur,  221. 
Prieur  do  peuple,  270, 

271,296. 
Prieurs,  90,  91,  231- 
233,  235,  236,  241, 
242,  244,  249,  251, 
255,  257,  266,  271, 
289,  292,  305,  318- 
320,  325,  528,  329, 
345,  350,  351,  359, 
364-366,  368,  371, 
373-377,  386,  391, 
395,  408,  418,  419, 
420,  426,  428,  429, 
450,  474-503. 

Priori  di  parte,  101. 

Prisonniers,  222,  273, 
278,  279,  302,  317, 
330,  399,  456. 

Prisons,  455,  456. 

Privilèges,  376. 

Proconsolo,  237. 

Proposlo,  374. 

Propriété,  348. 

Proscriptions,  200. 

Protectorat,  89,  90, 155, 
187. 

Provençaux,  146,147. 

Provence,  129. 

Provenzano,  voy.  Sal- 
vani. 

Psalmistc,  181. 

Ptolémais.  voy.  Acre. 

Puccio  d'Arezzo,  438. 

Puccio  de  Sarteano,  438. 

Puccio  de  S.  M.  Visdo- 
miiii,  414. 

Pulci,  73,  351,  360. 
479,  487,  494,  497. 


557 


Quartiers ,  voy.  Sesti, 
Tcrzo. 

Quatorze,  199,  205, 207- 
209,  216-219,  226, 
227,  230,  232,  233, 
244,  255,  259,  266, 
356. 

Quinct,  340. 

Quinze,  213, 270. 


Radicofani,  16,  43. 

Ragone,  325. 

Rainerio  del  Sasso,  473, 

476,  508. 
Rainuccio  de  la  Pâmera, 

289. 
Ranerio,  30. 
Rnnieri  délia  Bella,  419, 

420. 
Ranicri    des    Ubertini , 

215. 
Ranieri    (Pielro),    199, 

206,  207. 
Rapallo,  275. 
Rapolano,  118. 
Rassegna,  377. 
Ravenne,  187,  218. 
Raymond  Bérenger,  21. 
Recensement,  211. 
Réconciliations,  351. 
Redi  de  Gbigi,  432. 
Réélection,  voy.  Divicto. 
nrgegia  Urbam  IV,  19. 
Reggio.  14,  15,  62,  80, 

175,  191. 
Registres,  387,388,417. 
Règlement  (desoonseils), 

245-247. 
Rejet  des  propositions, 

244. 
Reno,  175. 
Repas  des  prieurs,  209, 

234.  376. 
Représailles,  382. 
Réserve,  314. 
Résidence  des    prieurs, 

209,231,234. 


INDEX  ALI'IIABÉTIQUE. 


Ikiiâino,  130. 

Rome,  4,  25,  29,  3S3:.. 

Siinl-Fmntois  d'AsjiJf, 

Hellon,  m. 

40,  42,  4.1,  84.  IM, 

511,  331. 

Rtwnont.  *3fl. 

135,  137,    138,  142- 

SaiDl-GilIcs-tur-Rhânc, 

Itennche,  UT. 

144,   14<,    140,  101, 

28. 

n<Svition    des    itUuls , 

180,   201,  218,  208, 

Saint-Jean,   210,   2<>l , 

211,383,100. 

304,   334,  330,  400, 

301,419,453. 

Rhode»,  UT. 

413,   444,  445,  448. 

Rimoli,  m.  201. 

152. 

SaiDi-Paul-liort'des- 

RkcDrdjiii,  m. 

Romei,  444. 

Hurs,  33. 

Romuild.  311, 

S^i^^l-Picrte-HsiLir,  00, 

ttlcconiBDni,  39,  318. 

Itondinc,  304. 

190. 

tloniano,  62. 

S«i..l-Thomai,  360. 

3.10,108.175. 

Saliire..  922,  2.10,  243, 

Hid.Je.t[.  !I3,  00,  233, 

rtciti.  440. 

250,   285.  280.  30"! 

235,  Î42,  244.  250, 

Ros.i,  99,  261.290,310, 

525,  320,   358,  304, 

250. 

3G0,   384,   440,500, 

376,383,411. 

Dieil,  304. 308. 

501. 

Salfirnc,  2:>3,  2:>9,  266. 

HiKTDBgioni.  MO. 

RossoBaehen-Ili,231. 

SaiimbcTii,    38. 

Jtinaldiui,  348. 

Salino  Dorriglii,  138. 

Bioildo  Ba<lali  SQO. 

220. 

SBllerelli,327..3«0.1f!l, 

Hinonichi,  183,  331. 

Rouo  de)  Pornirio,  489, 

597,  510.  511.   513, 

Binucei,  474,  476. 

Rd»so  délia  To!a,  186. 

515. 

RusLinaoJunctc.  30. 

Sallini,  230. 

2BS,  aC4,   481,  484. 

Roti.  29.37. 

Sallo,  114.  117,148. 

Ripoli,  300,  310. 

Rolaj..  11. 

Sallo  '[Simone  dc^,  480, 

Dislorl,  308. 

RoulGge,  355. 

490, 197. 

niolucclall,  103. 

Roule.,  461. 

EaWani  (Cinmpolo).  213. 

RUralti   duomini   ill. 

RuLorli,  170. 

Salvani  (rtn)ille),  214. 

toie.,  445. 

Rues,  155. 

Robert  d'.*rtois,  207, 

RufToli,  360,  467. 

155, 158. 

Itobcrtilfl  B»ri,  151. 

Ruga  Rossa,  105. 

S>1«ntico,101,223,  488. 

ItolKîrtdc  Flandre,  151. 

Ru|:giert   des   Ad  1  ma  ri, 

S(il.iCirubmi.23l. 

RocciiCiiilellan>.130. 

iOO. 

SanBoaifjiio.ia. 

Roera  d'Arec,  47. 

nuggiero  des   UbaWinL, 

San  Casiinno,  102. 

Rowhi,  480. 

274,  294.  3U2.   305, 

San    Donato  in  colllna. 

366. 

305. 

16B,  170,    180,   1S7. 

Rutebcur,  22,  41. 

San  Pirenie,   73,  74. 

217,  205.  290. 

Rjmer,  19. 

San  Frediano,  7. 

Rodolphe,   roi  des   Ro- 

San  Gallo,  212. 

miins,  443. 

■ 

San    GemiRnano,    118, 

Roger  n*a>a,  28. 

121,  165,   217,  222, 

Roger  d«  Lohi,  439. 

Sablni,  490. 

270,  305,   310,  43'<. 

«ulaniio,  Zfl. 

Saga,  03,  90.  218, 219, 

439,442. 

llomB)[ne,  5, 14,42.179, 

222,  224,   231,  244, 

San  Cermano,  47. 

185,   194,   2IIÎ,  218, 

256,  282,   986.  289, 

San  Giorgio,  212. 

221,   297,  209,  300, 

326,   3Ï9,   350,  350, 

San  Cio>aiini,   73,   305, 

305,  510,  312,   331, 

300,   371-373,  378, 

3-il,  4'J7,  441  -ï-iO. 

424. 

474-5(0. 

Romsins,  49,  100.  444, 

Sagoiiie,  164: 

d'.lrno,  40-i. 

4(5. 

Saicil-Aiige  (l'ont),  445. 

San  Cregorio  délia  pncc, 

Romandiolc,  218. 

Salnle-CécilcMi/.BrioD. 

171,172,210. 

Romanin.  423. 

Sainl-Eusùbe,  42. 

San  Martine,  231,  361. 

San  Marlino  de  Vitinna, 
462. 

San  Michèle  Visdomini, 
414. 

San  Miniato  al  Tedesco, 
165,  18i,  217.  225, 
205,  276,  299,  oOO, 
305,  310,  352,  479. 

SanPancrazio,201,209, 
210,251,381,459. 

San  Picr  Mapgiorc,  417. 

San  Piero,  73. 

San  Piero  (borgo),  437. 

San  Pier  Schcraggio,  74, 
98,  201,  208,  209. 
210,  231,  251,  326, 
530,  546,  551,  562. 
379,  381,  395,  409, 
433,  457,  458. 

S.in  Pietro  (navire),  268. 

San  Procolo,  209,  329. 

San  Quirico,  158. 

San  Salvadore,  45. 

San  Savino,  299. 

San  Scverino,  45. 

Sant'  Apostolo,  459. 

Santa  Chiara,  414. 

SanU  Cristina  de  Pan- 
gnana,  402. 

SanlaCroce,  2,291,452- 
454. 

SanU  Félicita,  99,  261. 

Santa  Liberata,  «155. 

Santa  Maria  a  Monte,  2, 
291. 

Santa  Maria  de  Gafagio, 

454. 
Santa  Maria    del  Fiore, 

455. 
Sanla Maria  Novclla,115, 

196, 199,  204,  454. 
Santa  Maria  sopra  Porta, 

102. 
Santa  Repara Ui,248, 285, 

547,  565,  449,  450- 

455,  472,  476,  509. 
Sanf  Ellcro,  116,  117, 

119. 
Santo  Spirilo,  455,  454. 
SaiNlaignc,  109,272,285, 

402,440. 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 

Sarrasins,18, 48,49,  85, 

111,   133,  156,  144, 

277. 
Sarteano,  43. 
Sarzanc,  U,  137,  475, 

477,  480,  488. 
Sa^^soferrato,  284. 
Savelli,  286. 
Savi,  voy.  Sages. 
Savoie,  355. 
Savoyard,  445. 
Savone,  134. 
Savorigi,  75. 
Scala,  127. 
Scali,  177,  425. 
Schiutta  des  Gancellieri, 

215. 
Schiatta  Ubaldino,  287. 
Scolari,  71,201. 
Scrutin,  242,  247,  574, 

577,578. 
Scudai,  583,  584. 
Sciirc'ola,  144, 148. 
Scurta  délia  porta,  181, 

196. 
Secret  des  délibérations, 

255. 
Segalari,  177. 
Sei  delta  biada,  250. 
Seigneurie,  218. 
Sel,  457. 

Sel  (marchand  de], 362. 
Semilonte,  452. 
Sénateur  de  Rome,  25, 

27,    109,    157,    161, 

185,186,  221. 
Sénéchal   de   Provence, 

140. 
Sénèque,  171. 
Sépulture,  51,  52. 
Serdonati,  446. 
Serezzana,  U. 
Serfi,  349. 
Serment,  238,  374,  577, 

379,  585. 
Serragli,  73,  75. 
Serruriers,  voy,  Chiava- 

juoli. 
Servi,   56,  102,   383, 

45  i. 
Servitude,  344,  349. 
Sestieri,    90,    98,    102, 


539 

116,  156,  201,  208- 
210,  219,  226,  231, 
232,  235,  259,  255, 
285,  286,  552,  542, 
566,  572-374,  377- 
379,  381,  395,  407, 
428,  4/7,  486,  487, 
499. 

Settimo,  307. 

Sexagénaires,  210. 

Sicile,  4, 19, 54,  55, 126, 
135,  137,  143,  223, 
227,  259,  266,  272, 
297,  308,  459,  440. 

Sienne,  3,  6,  8,  10,  12, 
16,26,30,56,57,39, 
40,43,62,63,68,85, 
84,110,114,118-121, 
125,  129,  151,  154, 
137-159,  141,  154. 
156,  159,  16M66, 
174,  180,  211-214, 
222,  2b7-269,  276, 
288,  295,  29!>,  299- 
301,  304,  505,  507, 
508,  510,  5*22,  529, 
548,  356,  402,  422. 
442,  448,  482. 

Sievc,  461. 

Signa,  8-10. 

Signori,  231 . 

Signori  délia  Zecca,  250. 

Simon  de  Monlfort,  24, 
85,  160. 

Simone  Ajigeloiti,  286. 

Simone  des  Bardi,  223  « 

Simone  del  Salto,  218. 

Simone  Donati,  82,  327, 
475,485,491,498. 

Simone  (frère  de  G.  No- 
vello),  75,  103,  154, 
171. 

Simplice,  9,  33,  50,  51. 

Sindacato ,  236  ,  244 , 
347. 

Siserno,  177. 

Sitoni,  228. 

Sodare,  388,589. 

Soie,  65,  252. 

Soldanieri,  59,  72,  204. 

Solidarité,  548,  350, 
587,  426. 


540 

Sonneur*,  3(8,  375. 

Sordetlo,». 

Souibc.  300. 

Sonna.  177. 

Sputii.  383,  UO. 

Spenditore,  375. 

SpiKlU[i,37,  4S3,  WI. 

Spilicabcno,  44t. 

Spini  (Geri).  4ST. 

Spini.  435, 437, 458. 

SpinDl*.  410. 

SpioinTUito,  44. 

Spolitc,  5,  <43,  331, 
313. 

Slatiita  Flor..  370. 

GUtoU,  311,  318,  358. 
343,  344,  3-i7.  35S, 
3W),  303,  400,  400. 

Stehnaclii,  400. 

SterMadcDibbieuD,33e. 

Steinheil,  43fl. 

Sren»,  335. 

Slii,  311,  313. 

SloMi,  90. 

StrinaM,  433. 

Stroni,  368.  488,  490, 
500,513,510. 

Slnuit,  300,  447. 
Snduii,  195. 
Saiiaet,  70. 
Sulmaiu,  144. 
Sjndio,  251,  254.  369, 
Ï75,    305.   384-5S0, 
304.403,435.441. 


Ttbielifni,  m»/.  Scodii. 
Tidilco  <jc  Hontorgiale. 

439. 
Taglia.   131,  IGD,   178, 

333,   260,  379,  39,i, 

308,  331.  438. 
T*Elùu»ia>,  148.  150. 
Tilini  delaTosï,  330. 
Taido  dclla   Bclla,  410, 

420. 
Tiknli,  409. 


INDEX  ALPHiBÉTIQUE. 

Timbari,  393,  394. 
Tamiae.  100. 
TanneuDi.  voy.  Galigai. 
TarenI,  360. 
T>rti(oTar1ili.300,S33. 
TarUrea,447. 
Tirqutn.  150. 
Tiiea,7l,S39,245.307, 

368,  385.  305,  357, 

449-491,  460. 
T»c    de   guerre,   181, 


Ti^dildini,  71. 
Teghia  Tcdaldi.  390. 
Tfnioignteea,  3M,  438, 

439. 
Templiera,  63,  131. 
Terre  de  Gaudio,  85. 
Terre  de  Labour,  35. 
Teno,  16,  4Î3. 
Teitimenl,   443,   450, 

400. 
TAûrrieuf  Vatticolor  , 

86. 
Thouar,  4^9. 
Thucydidi!,  403. 
Tibre,  38.  53. 
Tiniosi,  486.  495,  400. 


i,4î5. 
Tocain,  394. 
Talomai,  214. 
TolumcoAldobr,indi.2l8. 
Toniitm.  110-112. 

Toriei.  101. 
Tonubuoni,  353, 
Tarnaquinci,   73.    193, 

353,  310,   360,   477. 

498,  503.  512. 
Torre   (Dell>).    17,   42, 

BI.IM,  140. 
Tomnianl,  172. 
Torseill,  507 
Ton»,  voi/,  Totiagh]. 
Toscane."  4,   5,  12.  13, 

17.35.  43.44.  5G,. 5)1, 

77,  81,  86,  110-113, 


120.  130,  133,  137. 
143,  155-155,  100, 
163,  168.  176.  181, 
185,  103,  333,  309, 
370,  397,  312.  331. 
335,  401,  40ï,  404, 
463. 

TMelli.  507,  515. 

Tojinghi,  193,  330,3.^1, 
360,  414.  486,  480, 
488.  401,  405.  408, 
500.  501,  »7,  513, 
517. 


Trafic.  185. 306-307. 
Traiignics,  32. 
Trente-sii.  64.  68,  7t, 

73.  70.  00,  164,  312, 

213,  379. 
Tréêor  dn  Charlit,  354. 
Ti^aor  publie,  370. 
TribuMui.  309.  350. 
Tribune,  346. 


Trinc 


.  87. 


TriDcoTolia,  132. 
TrinquaUcq"*'  '^3- 
Triomphe,  331. 
Tmmpellea,    233,   842, 

375,  376. 
Troubadours,   53,   123- 

125. 
Trou.ère«,  53,  123-135. 
Tfojï*.  18.29. 
Tunli.  161. 
Turin,  8.  41. 
Tyrans.  17, 50,  335. 
TïTol,  7. 


Ubaldini,  173.  300, 303, 


Uberli,  43,  71,  S3,  88, 
139,  106,  198.  100, 
301,312.447. 

Ubertinl.  43,  315.  894, 
309,  305.  463. 


LNDEX  ALPII.VIJÉTIQUË. 


541 


UbertinOf  515. 

Ubcrtino  de  lo  Strozza, 
voy.  Strozza. 

Ugo  do  Caldtia,  438. 

Ugoliiio  de  GonigÎJ,  456. 

Ugoliao  de  la  Gberar- 
dcsca,  178,  171),  182, 
27  i- 280,  284-288, 
290-294,  302,  503, 
306,  402,  47  i,  481- 
484,491,501. 

Ugolino  des  Itossi,  310, 
321. 

Ugolino  de  Vicclilo,  446. 

Ugoni,  545,  494. 

Ugucciooe  de  la  Fag- 
giuola,  441. 

Unanimité,  346. 

Université,  509,  455. 

Upczzinghi,  292,  321. 

Urbain  lY,  18,  20,  25, 
27.  28,  30,  56,  60. 

Urbino,  506. 


Vacca  (lour),  458. 
Yaccbereccia,  435. 
Vado,  13i. 
Vaglia,  360. 
Vaiisèfe,  355. 
Yaiu,  447. 
Yaleriano,  452. 
Yalery,  145, 147. 148. 
alloinbrcuse,  511. 
Yalori,  185. 
Yanni  (cap').  438. 


Yanni  des  Mozzi,  427. 
Vannucci,  46 i. 
Yarramivta,  353. 
Yelasco,  1H5. 
Yelletri,  194. 
Yelluti,  429,  445,  478, 

483,  487,  496. 
Yence,  423. 
Ycnise,    17,    256,   293, 

352,  398,  401,  423. 
Yuiitroja  dcsTornaquiuci, 

510. 
Yenlura,  445,  446. 
Yépres  Siciliennes,  221. 
Ycrceil,  42,  153. 
Yerde,  52. 
Yerdun,  18. 
Yernactia,  281,286. 
Yernacci,  417,  426. 
Yérone,  56.  118,    127, 

134. 
Yerrucchio,  237. 
Yia  Bellauda,  330. 
Yiadc'Renai,  172. 
Yiareggio,   281,    282, 

284,  481,  484. 
Yicaire   impérial,    176, 

186,  216,  217,   283, 

411,422. 
Yicaire   royal,    12,   l(î, 

53,90,157,160,163, 

181,  221. 
Yicrjîe,  159,  212. 
Yicri   des  Gerchi,   310, 

313.  333,  360. 
Yij;nale  in    Gafiiporcna, 

332,  334. 
Yillani  (ramillo),  185. 


Yillano  (ser),  483. 
Yillanuzzi,  489. 
Yimercali,  228. 
Yinatlicri,  582. 
Yiiigl-quatre,  164,  212. 
Yiscouti,  167,  228,  277. 
Yisconli   de   Canipiglia, 

118. 
Yisconli  de  Gallura,  177, 

178. 
Yisdomini,  360,  516. 
Vitali,  25. 
Yilerbe.    77.    80,    115. 

118,   126,   153,   134, 

136,  142,  li3,  166, 

167,  181,  221,   326, 

335. 
Yoie  latine,  144. 
Yoirie,  455. 
Yolognano,  430. 
Volpi,  370. 
Voltaire,  152. 
Yollcrrc,  118,  121,  160, 

165,  177,  215,  222, 

267,  279,  305,  310. 

325,  326,  328,  442, 

462. 
Yole,  247. 
Yoyages,  355. 
Yiilturnc,  47. 


Zumbra,  322. 
Znnche,  177. 
Zannoni,  203. 
Zanotlo,  425. 
Zobi,  177. 


ERUATA 


Page  41,  note  Ti,  li^iie  2,  au  lieu  de  cnilo,  lin.*!  :  Carlu  I. 
I*age  588,  ligne  18,  au  lieu  de  iiMiiîistrals,  lisez  :  maguals.